Felice Varini : S’amuser avec la rigueur corbuséenne

Felice Varini : S’amuser avec la rigueur corbuséenne

Après Xavier Veilhan, dans le but de prendre la mesure du lieu, Daniel Buren afin de le maîtriser, Dan Graham dans l’optique de le démultiplier, le designer propriétaire du MaMo (pour Marseille Modulor) Ora Ito a invité Felice Varini à s’emparer du toit corbuséen.

Connu pour son travail sur l’utilisation de la perspective italienne, son œuvre interroge le génie du lieu dans lequel il intervient. Le toit de l’unité d’habitation de Marseille relève du défi pour l’artiste tessinois. Même si c’était une première pour lui de monter sur le toit de « la maison du fada », le Parisien d’adoption, a mis en place son protocole habituel. D’abord il déambule dans les différentes espaces du lieu, repère tel ou tel matériau, se documente sur son histoire. Ensuite il utilise son corps et la hauteur de ses yeux comme étalon pour déterminer le (ou les) points de vue. A Marseille, trois points de vue ont été choisis. Tels des meubles, plusieurs volumes architectoniques peuplent le toit. Pensées à l’échelle de la vue panoramique sur la métropole, les microarchitectures ne rendent pas la tâche facile. Avec discernement Felice Varini a opté pour trois « points de lecture ». Celui aux bandes jaunes se place sur la terrasse devant la façade principale du gymnase. L’autre aux aplats rouges est à l’opposé, côté école et bassin. Le troisième se situe à l’intérieur du gymnase et entremêle le jaune et le rouge. Juste après avoir fermé la porte qui donne sur le toit-terrasse et avoir effectué un 360° degré, aspiré par la lumière qui l’entoure, le visiteur essaie immédiatement de trouver l’emplacement idéal pour comprendre et lire la peinture murale « parfaite ». Cette quête de compréhension et de pureté absolue du point de vue est certainement à mettre sur le compte de notre aliénation volontaire à la perspective albertienne. Tout le travail de Varini aspire à détruire cette convention. Il souhaite nous emmener ailleurs, dans la multitude, la fragmentation, pas dans l’unique ni la pureté.

Christophe Le Gac

 

Retrouvez ce reportage dans CREE 377 Habiter / Intérieurs, en kiosque le 29 juillet 2016

 

Felice Varini, A ciel ouvert, MaMo, Centre d’art de la Cité Radieuse, 280 Boulevard Michelet, 13008 Marseille

Agenda : A ciel ouvert, Felice Varini au MaMo

Via Intramuros : Les jeux graphiques de Felice Varini au MaMo à Marseille

https://mamo.fr

 

Instagram, des images pour architectes en vacances.

 

Pendant vos vacances, maintenez le contact visuel avec l’architecture sur Instagram, à travers cette courte sélection de comptes, en attendant l’arrivée du compte architecture CREE à la rentrée.

 

m1rasoulifard 

Tête en l’air : l’architecture islamique iranienne vu à travers ses plafonds

m1rasoulifard

 

socialistmodernism

Back in USSR, et même au-delà, dans tous les pays que les vicissitudes de l’histoire ont doté d’un riche patrimoine soviétique.
socialistmodernism        

@ modarchitecture

Pendant de cette ostalgie galopante, l’architecture américaine des années 50/60 présentée dans toute sa splendeur par le photographe d’architecture Darren Bradley

modarchitecture

 

brutal_architecture

Un peu de rudesse dans ce monde de brutes : brutal_architecture réhabilite l’architecture brutaliste, blocs de l’Ouest ou blocs de l’Est acceptés.

brutal_architecture

 

@ staircases_fireescapes_etc

Compte dédié aux escaliers et aux sorties de secours, ouvert à tous les contributeurs pourvu qu’ils postent des images inédites, prises par eux mêmes ou jamais publiées sur le net. De quoi s’adonner au Stair_Porn

staircases fireescapes etc

 

@ cyrilleweiner

Le Work in progress du photographe Cyrille Weiner

cyrilleweiner

 

@ ptrcmr

Les paysages énigmatiques d’un opérateur dans le milieu du cinéma

ptrcmr

 

@ fernandogguerra

Le photographe d’architecture portugais Fernando Guerra diffuse ses derniers reportages, entre lesquels viennent s’intercaler des images de Porsche, son autre passion.

fernandogguerra

@ lucboegly

Le off du photographe d’architecture Luc Boegly

lucboegly

@ churtichaga_

Architecte madrilène (agence Churtichaga+Quadra-Salcedo) et enseignant à Miami, Josemaría de Churtichaga rend compte de ses pérégrination en couleurs, parfois, et plus souvent en noir et blanc. Parfois, des photos d’huitres : la nécessité d’un temps de pause.

churtichaga

 

@ olivierleclercq

Le off de l’architecte Olivier Leclercq, associé de l’agence Air

olivierleclercq

@ samuelhoppe

Le paysage prend souvent le pas sur l’architecture avec Samuel Hoppe, gérant de la librairie Volume et photographe aguerri des alpes suisses, qu’il photographie à la chambre. Ce n’est pas encore l’Alpinarchitektur de Bruno Taut, mais presque…

samuelhoppe

Olivier Namias

 

Prologue : Voir la France à Venise

Prologue : Voir la France à Venise

Nouvelles richesses, l’exposition du pavillon français à la 15e biennale de Venise, dresse un inventaire de l’architecture française. Nous revenons sur les projets de la salle Terreau, que nous présenterons tout au long du mois d’août. 

biennale venise terreau bonnet ajap
Croquis de la salle Le Terreau © Obras-Frédéric Bonnet Ajap14

Faire le portrait de l’architecture française est toujours un exercice délicat. La dernière tentative notable en la matière remonte à la publication du livre France Architecture 1965-1988, sous la plume de Jacques Lucan. Déplorant régulièrement son absence sur la scène architecturale mondiale – la sélection d’Alejandro Aravena, commissaire de cette 15e biennale, a fourni une nouvelle occasion d’auto-flagellation — l’architecture française donne rarement une image lisible d’elle-même. Douterait-elle de sa pertinence, de son unicité, ou, ce qui revient au même, de sa réalité, c’est à dire de sa capacité à former un ensemble modelé par une ou plusieurs tendances, des écoles, des techniques ?

 

Après la French Touch en 2008, Frédéric Bonnet et le collectif AJAP14 ont exposé au Pavillon Français des Giardini un panorama de la production nationale de ces 10 dernières années, en prenant le parti pris des Nouvelles du front, motto lancé par Aravena. Invitant à résoudre les problèmes sociaux par l’architecture, ce slogan teinté d’héroïsme facile devrait selon nous susciter autant de réserves que d’enthousiasmes. Il faut reconnaitre à Bonnet et aux AJAP 14 d’avoir su l’interpréter sans misérabilisme, en tenant compte d’un contexte national, qui, malgré la crise, n’appelle pas les solutions d’un pays émergent – une confusion parfois entretenue dans les allées de la corderie.

 

Cependant, en sélectionnant une équipe composée du lauréat du grand prix de l’urbanisme 2014 (Frédéric Bonnet) et des lauréats du prix des jeunes architectes, les ministères de la Culture et du Logement ont pu donner l’impression de consacrer une nouvelle fois leurs choix. N’y avait-il donc aucun candidat valable parmi la vingtaine de postulants au commissariat, pour la première fois attribué sur concours ? Consacrée par ce visa officiel, il se peut que l’exposition finisse par se muer en digest illustrant à tout propos la politique architecturale du gouvernement. Il se peut qu’elle déplaise, et certains ne se sont pas privés d’exprimer leur mécontentement face à ce choix de bâtiments ne misant pas sur la flamboyance. Elle n’est pas exempte de critiques, mais on ne peut lui reprocher de développer une vision attendue ou facile du territoire, vision d’autant plus pointue qu’elle est informée et nourrie par des institutions qui ne sont pas connues pour parler d’une seule voix – les CAUE, les écoles, les maisons d’architectures, et les Architectes-conseils de l’État (ACE).

 

S’attachant aux territoires dépourvus des grands outils d’aménagement dont disposent les métropoles, le pavillon français affirme promouvoir une architecture source de Nouvelles Richesses, titre de l’exposition. Nous avons voulu vous présenter cet été l’ensemble des projets d’architectures rassemblés sous forme de diaporama dans la salle « Terreau », moins diffusés que les dix projets figurant dans la salle « territoire ». Terreau, une appellation qui cerne les ambitions de cette cinquantaine d’exemples choisis selon un parti pris affirmé, offrant une perspective critique à méditer, ainsi qu’un nouvel état de cette insaisissable architecture française.

Olivier Namias 

« Nouvelles richesses », exposition du pavillon français à la 15e biennale de Venise, sera présentée jusqu’au 27 novembre sur le site des Giardini.

Mardi prochain 2 août, épisode 1 : les équipements sportifs et sanitaires

A voir aussi : Biennale 2016 : architecture année 0 et Nouvelles du front, Nouvelles richesses

 

 

Architecture en France, combien de divisions ?

Architecture en France, combien de divisions ?

Sur le front de l’architecture française, les nouvelles sont moroses : faible visibilité de l’architecture hexagonale, concurrence mondiale exacerbée, paralysie administrative et recul des soutiens du secteur public au profit du privé. Sur le territoire, la résistance s’organise…

collector CREE Mehdi Zannad
Eglise Saint-André, Bobigny, Marius Depont architecte. Eau-forte et aquatinte, 20×15, 2015 © Mehdi Zannad

 

C’était il y a trente ans, et c’était il y a une éternité. Après 1981, le monde entier avait les yeux braqués sur l’architecture française, portée par les ambitieux chantiers de François Mitterrand, les fameux « grands projets » dont seule une partie d’ailleurs, était le fait d’architectes de l’hexagone. Peu importe : à côté de cette production monumentale et médiatique, la loi MOP du 12 juillet 1985 donnait à une architecture plus quotidienne l’occasion d’essaimer sur le territoire : lycées, médiathèques, logements, palais de justice, suscitèrent l’émergence d’une nouvelle génération d’architectes pouvant prendre des risques conceptuels, l’échec au concours étant indemnisé. Passée cette période d’euphorie, les architectes d’aujourd’hui traversent des heures difficiles. Les deux derniers présidents de la République ont été des maitres d’ouvrages absents, visiblement peu désireux de laisser une trace dans la pierre. Les procédures de PPP, SEMOU, les marchés négociés, les « réinventez-moi ça » et autres montages exotiques mis en place par les pouvoirs publics détournent allègrement les cadres de la commande que ces mêmes pouvoirs publics avaient pourtant institués. Le grand public voit encore dans l’architecte un métier enviable aux prestations coûteuses (1), quand les observatoires de la profession mesurent une carrière en phase de paupérisation, qui voit presque le tiers de ses effectifs réaliser moins de 50 000 euros de chiffres d’affaires au sein d’une structure comptant 1,7 salarié (2) ! On appréciera la précision statistique, tout en se demandant comment l’architecture pourra s’assurer un avenir sur notre territoire quand elle semble aussi fragile…

 

Sauvé in extremis lors de la dernière réforme de l’ordonnance des marchés publics de juin 2015, le concours d’architecture semble désormais la dernière voie d’accès démocratique à la commande. Si un appel d’offres pour un photocopieur reçoit une dizaine de réponses, notait une journaliste (3), chaque concours d’architecture voit affluer des centaines de candidats pour la moindre crèche, et lorsque le marché est plus important, ceux-ci arrivent même de l’étranger, ouverture européenne des marchés oblige. Preuve amère que la loi MOP est vraiment cette procédure que le monde entier nous envie, les agences internationales ont pour notre pays les yeux de Chimène. À Caen, le hollandais Koolhaas achève la BMVR (bibliothèque multimédia à vocation régionale), non loin du Palais de Justice construit par l’agence autrichienne Baumschlager-Eberle, poursuit un projet de Pierre Champenois et de Christian Hauvette, disparu en 2011. La grande mosquée de Bordeaux sera signée des frères lisboètes Aires Mateus, qui s’apprêtent à inaugurer le nouveau siège du CCC à Tours. À Poitiers, c’est un autre portugais, Joao Luis Carrilho da Graça, qui a livré le théâtre de la ville en 2008. Le notorious BIG a été chargé de concevoir la MECA à Bordeaux, des Allemands et des Autrichiens remportent des projets d’arena ou de collèges, les Japonais Shigeru Ban et Kengo Kuma se voient confier la Cité musicale ou le Frac PACA. La liste n’est pas exhaustive. Lors des consultations publiques les plus prestigieuses, il n’est pas rare que l’architecte français soit l’exception parmi les concurrents. Ces derniers ont beau prôner l’ouverture de la commande et refuser l’idée de tout repli sur eux-mêmes, la xénophilie des maîtres d’ouvrages et leur goût pour les grandes signatures internationales fait grincer des dents, dans une profession durement touchée par la crise. « La France aime-t-elle encore ses architectes ?», se demandait Christine Desmoulins dans une tribune du journal « Le Monde » (4). Tout n’est sans doute pas aussi noir que cela peut paraître : d’abord, parce que les architectes étrangers s’associent immanquablement à des architectes français, les seuls capables de se mouvoir dans les écueils et les tréfonds de nos réglementations. Certains finissent par ouvrir une agence en France, comme les Autrichiens de Baumschlager-Eberle, qui ont repris l’agence de Christian Hauvette, ou Dietrich-Untertrifaller, qui ont créé leur antenne parisienne ex-nihilo. Ces structures amènent avec elles de nouvelles méthodes de travail et de nouvelles compétences, notamment dans les domaines de la construction bois. Ce sont d’ailleurs des expertises particulières qui expliquent leur succès à l’import.

collector CREE Mehdi Zannad
Centre National de la Danse, Pantin, Jacques Kalisz architecte, Robin-Guieysse architectes de la réhabilitation. Eau-forte et aquatinte, 20×15 cm, 2015 © Mehdi Zannad

Indéniablement, l’anomalie que constituent à l’échelle européenne les concours indemnisés favorise les agences étrangères et défavorise les agences hexagonales, qui ne retrouvent pas l’équivalent au-delà de nos frontières, où le marché est dominé par des agences anglo-saxonnes, bien préparées à une commande souvent structurée suivant des procédures qu’elles ont contribué à mettre en place, au Moyen-Orient par exemple. Si on laisse de coté nos starchitectes, — Nouvel, de Portzamparc, Perrault — qui auront sans doute plus de facilité à construire ailleurs sans pour autant être à l’abri de tout risque, s’exporter est plus difficile pour une agence française. Ce qui n’empêche pas certains de tenter l’aventure via les concours ouverts. Le Studio Milou livrera à la fin de l’année la National Art Gallery de Singapour, musée de 60 000 m2 qui peut être vu comme l’équivalent du Louvre, le musée national d’Estonie, en voie d’achèvement, est signé de l’agence DGT, basée à Paris, l’école du design de Hong Kong est l’œuvre des Lillois de Coldefy & associés… Sans parler de ces agences françaises implantées à l’étranger – Architectures Studio, AREP, SPA, ou de ces agences installées sur le territoire national qui conservent une activité dans le pays d’origine de leur fondateur. Dans cette dynamique d’échanges, la notion d’architecture française a-t-elle encore un sens ? Recouvre-t-elle un savoir-faire commun, une pratique, une relation à la commande ? Sûrement pas un style, un « Ordre François » tel celui imaginé par Philibert de l’Orme pour couronné ses colonnes, encore moins une école, à l’instar des anciens Beaux-Arts qui avaient essaimé leur méthodologie jusqu’aux lointaines Amériques…

collector CREE Mehdi Zannad
Orgues de Flandres, Paris, Martin van Treeck architecte. Eau-forte et aquatinte, 20×15 cm, 2015 © Mehdi Zannad

En France, dans toute période de doute, grande est la tentation d’entonner une nouvelle fois l’antienne du déclin national. Les signes seraient là : absence de projet français – 1 sur 100 – dans la sélection des projets présentés par le commissaire de la biennale d’architecture de Venise 2016, inexistence des écoles d’architectures dans les classements internationaux, relative faiblesse des architectes français à l’export, dernier Pritzker en 2008 avec Jean Nouvel. Sur le plan bâti, l’opposition à la parisienne tour Triangle (Herzog & de Meuron architectes) serait la preuve d’un passéisme indécrottable, tout à l’inverse d’une ville comme Londres, la grande rivale du Paris au XXIe siècle. Pourtant, Paris ne manque pas de tours, et ceux qui pensent qu’on ne peut rien faire dans la capitale sont souvent les premiers à fustiger la canopée des Halles construite par Patrick Berger. On aime, ou plus souvent, on n’aime pas, mais l’on peut difficilement voir dans ces poumons d’acier plaqués sur le ventre de Paris un avatar du néoclassicisme conservateur… D’autres projets montrent une évolution continue de la ville : la tonitruante fondation Vuitton et la démonstrative « Cité de la mode », les plus discrets projets d’infrastructure, comme le tramway, la réfection du carreau du temple, la récupération des quais, sans parler des chantiers à venir. On ne s’arrête pas à Paris : Nantes, Rennes, Bordeaux, Lille, Marseille, Lyon… les grandes métropoles ouvrent des chantiers d’aménagements et de rénovations urbaines, les plus petites ne sont pas en reste. N’y aurait-il rien à sauver dans toute cette production ?

collector CREE Mehdi Zannad
Tour CMA-CGM, Marseille, Zaha Hadid architecte. Eau-forte et aquatinte, 19,1×15,1 cm, 2010 © Mehdi Zannad

Rendez-vous biannuel, le pavillon français à la biennale d’architecture de Venise pourrait fournir un panorama renouvelé de l’architecture française. Après s’être penché sur la modernisation du pays – et ses échecs — au cours des deux dernières éditions, avoir exploré les métropoles, ou avant, avoir servi de tour de chauffe à une myriade d’agences bien décidées à en découdre, en prenant pour étendard une « French Touch », le commissaire du Pavillon Frédéric Bonnet entend se pencher sur une architecture qui fait le quotidien de nos territoires. Répondant aux demandes de « nouvelles du front “formulées par le commissaire Alejandro Aravena, il entend montrer « comment la condition économique qui s’installe durablement — inégalités croissantes, financiarisation, concurrence métropolitaine mondialisée — suscite des organisations nouvelles qui déplacent le sens de la richesse. C’est une approche résolument optimiste. Nous ne croyons pas au vertige de la concurrence des territoires, nous croyons au contraire qu’il y a partout d’immenses ressources, des complémentarités, des valeurs latentes à mobiliser, révéler, fertiliser. (…) Les politiques publiques s’étiolent, l’urbanisme contemporain assemble des produits immobiliers dont le relookage façadier peine à masquer la standardisation étriquée et, ça et là, quelques centaines de millions de dollars donnent à deux ou trois grands couturiers de dispendieuses illusions. Nous voulons témoigner de tout le reste, moins visible, émergeant pourtant de partout, sur des territoires ordinaires, et qui révèle des richesses insoupçonnées(5)».

 

La feuille de route fixée par Bonnet pourrait opposer deux France : celle des grandes métropoles, dotées d’une ingénierie urbaine capable de porter des projets importants, au risque que les réflexes technocratiques prennent le pas sur l’inventivité et la créativité qui devrait guider la fabrication de la ville. Rappelons-nous la critique salutaire formulée par Jacques Lucan à l’encontre des macrolots, forme urbaine structurante des grandes opérations d’aménagements réalisées sur des friches militaires ou industrielles ou ferroviaires. L’autre architecture française se trouverait loin de ces pôles régionaux, ne pourrait compter que sur sa force de conviction et une bonne écoute des maires, de plus en plus rare, la mobilisation de matériaux et de savoir-faire locaux. C’est à Paluel, commune de 455 habitants, un écohameau de 23 logements (Co-be architectes), à Patrimonio, 707 âmes, un manifeste en pierre massive construit par Gilles Perraudin, à Pesmes, 2198 habitants, un séminaire organisé par Bernard Quirot rassemblant des jeunes architectes voulant redonner un sens à leur métier. Entre ces deux France, toujours un territoire des trente glorieuses à recycler, des matériaux à réutiliser, des campements à stabiliser, de nouvelles façons de construire à inventer… Montée au front, l’architecture française prend le maquis et aligne ses troupes en ordre dispersé. Ici, pas de puissants régiments, mais partout de petites brigades isolées, entamant un bras de fer avec les conditions contemporaines de la commande, souvent comparée à des soumissions – au privé, à la réglementation, à la bureaucratie. Du succès de ces révoltes et de ces mutineries dépendra le futur de l’architecture française.

Olivier Namias

 

(1) « Architecture et qualité de vie : quel rôle pour les architectes ? », sondage réalisé par BVA pour le compte de l’Ordre des architectes Ile-de-France, 6 avril 2016.

(2) Observatoire de la profession d’architecte 2014, disponible sur le site de l’ordre national des architectes 

(3) Catherine Sabbah, « architectes : péril en la demeure », Les Échos, 20 mars 2015

(4) Christine Desmoulins, « l’Hexagone, chantier mondial », Le Monde, 16 mai 2013

(5) extrait du communiqué de presse diffusé sur la page d’accueil de la biennale. Frédéric Bonnet, Grand Prix de l’Urbanisme 2014, est commissaire du pavillon, en association le collectif AJAP 14.

 

Texte paru dans le numéro Collector d’Architectures CREE, mai 2016

Calais : l’école d’art au secours du centre-ville

 

Implantée en plein centre-ville de Calais, l’école d’art dit Le Concept, conçue par Arc-Ame, cache un programme mixte mélangeant l’enseignement et l’habitat derrière une façade cuivrée.

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Insertion

Anciennement à l’étroit dans un immeuble quasi insalubre, un centre d’animation artistique ouvert à tous les publics dit aujourd’hui Le Concept, école d’art du Calaisis, s’est vu contraint d’être déplacé. Inscrit dans un schéma urbain de revitalisation du centre-ville projeté par Arc-Ame – contraction d’architecture et aménagement – a été préféré à la périphérie une parcelle issue d’un remembrement complexe dans le quartier industriel Saint-Pierre : une surface désaffectée de grande distribution, en friche depuis une dizaine d’année, située au croisement des quatre principaux boulevards, en face du centre commercial Cœur de Vie. L’école, également conçue par l’agence Arc-Ame, symbolise le renouveau du quartier, respectant l’équilibre et les échelles du contexte dans lequel elle s’insère ; seule sa façade cuivrée est pensée comme un signal, faisant appel depuis la rue.

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Transparence

A l’ancien bloc monolithique, Arc-Ame a préféré un édifice en verre, dont la toiture ondulante en cuivre enveloppe le bâtiment jusqu’à se dématérialiser en un rideau tissé en façade. Le hall d’accueil, totalement ouvert sur la rue, assure une percée visuelle jusqu’aux jardins, engendrant une relation étroite entre la ville et le cœur d’îlot. Dépourvu de points porteurs, il devient un espace de médiation, servant de salle d’exposition modulable et polyvalente sur sa double hauteur. La transparence était un des points clés du projet : « elle représentait un défi dans un site urbain ultra-dense avec un programme extrêmement contraint, où elle était impossible à imaginer au départ. C’aurait été une évidence à la campagne, mais pas dans cet îlot que recouvrait totalement un bâtiment en friche, sans aucune lumière naturelle. Nous avons eu l’idée d’occuper l’îlot de façon différente, de creuser le bâtiment pour créer des patios et des jardins », précisent Carole Vilet et Laurent Pezin, architectes associés d’Arc-Ame.

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Les plafonds servants dans les ateliers sont constitués de panneaux radians, baffles acoustiques et éclairages suspendus sur fond noir. Pour un aspect « atelier de travail », le mobilier est en bois d’apparence brut, réalisé sur-mesure, avec toujours la prédominance des courbes

 

Œuvre d’art ?

A la demande d’une architecture pensée comme une œuvre d’art, formulée par la maîtrise d’ouvrage, les architectes répondent par des références artistiques, considérant que l’architecture se distingue des autres formes d’art par sa dimension spatiale. En premier lieu, l’espace a été voulu d’un blanc neutre, telle une toile blanche, afin de laisser libre cours à la créativité des élèves et des enseignants et surtout à l’appropriation. Dès lors, dessins et peintures recouvrent les murs, tandis que les sculptures nous sourient à travers les baies vitrées. Quand aux matériaux, ils s’inspirent, selon les architectes, des différentes formes d’art : « nous avons souhaité que le choix des matériaux exprime la vocation de l’école : être une vitrine au service de multiples disciplines artistiques. Le cuivre travaillé qui recouvre la façade et la toiture, à la convergence entre sculpture, peinture, gravure et architecture, est à ce titre le meilleur reflet de l’ambition artistique du projet architectural. (…) Et ce cuivre tissé fait écho à l’enseignement du tissage, l’une des activités dispensées au sein de l’école. Quant au béton texturé, en opposition avec la patine lisse du cuivre, il se rapproche de la sculpture. Un dialogue s’établit entre le cuivre précieux et lisse et le béton matricé, plus brut. » La maille en façade devient quant à elle un élément structurant du projet : tantôt rideau offrant une lumière douce et tamisée dans les ateliers, tantôt écran, support d’évènements lumineux animant la ville.

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En façade principale, la maille de cuivre servant de filtre à la lumière naturelle (50% d’ouverture) et d’écran pour des projections lumineuses, est en aluminium anodisé teint, plus léger que le cuivre. Préfabriquée, elle est arrivée en une seule pièce sur le chantier, puis déroulée le long de la façade. Des poutres butons reprennent les charges.

 

Mixité

Si l’école est une entité autonome, elle forme un ensemble architectural avec les 25 logements sociaux, posés sur sa toiture, accessible de façon indépendante depuis une rue adjacente. Arc-Ame a en effet mené de front la réflexion sur les deux programmes, afin d’assurer leur unité architecturale. Ces logements sont une superposition de T3 ou T4 en simplex ou duplex, chacun étant traversant et disposant d’une terrasse orientée plein sud. Ils sont accessibles par des coursives donnant sur le cœur d’îlot, c’est à dire sur le jardin central de l’école, les patios plantés et les toitures engazonnées, conçus par l’agence de paysage Babylone.

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Objet singulier du centre-ville de Calais, l’école, depuis le parvis, appelle autant qu’elle sait se faire discrète, participant à la revitalisation du centre-ville plutôt que de privilégier l’expansion périphérique.

 

Amélie Luquain

 

 

Fiche technique

Maîtrise d’œuvre : Arc-Ame. Programme : Réalisation d’une école d’art de 16 classes et 25 logements sociaux. SDP : 5650 m2. Entreprise générale : Rabot Dutilleul Construction. Ingérop Nord-Ouest BET TCE ; BET acoustique AVA; paysagiste Agence Babylone. Cout des Travaux : 10,43 M€ HT. Livraison : juin 2015

 

Courtesy Arc-Ame / Michel Denancé

Strasbourg, d’une rive à l’autre

Engagé dès les années 1990, le projet Deux-Rives s’étendant sur 250 ha de l’Ill au Rhin positionne Strasbourg comme ville rhénane et transfrontalière.

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Strasbourg Deux-Rives : périmètre de projet

Insérée dans une géographie puissante, Strasbourg a longtemps contenu son expansion entre les bras de l’Ill, un affluent du Rhin. Du XVe au XIXe siècle, la ville, tout en connaissant un développement démographique marqué, ne s’étend plus et reste corsetée à l’intérieur de ses enceintes militaires. Suite à la défaite française de 1870, le Reich annexant les territoires d’Alsace-Moselle, l’ancienne muraille est abattue. A cette époque, la ville continue son développement autour de son port autonome, jusqu’à devenir le deuxième port fluvial français. Engagé en 1990, le projet Deux-Rives vise la reconquête de zones portuaires devenues obsolètes. Suivant une tendance générale, Strasbourg met à profit ses canaux et bassins et se construit au bord de l’eau, sur un axe ouest/est de 5km, soit 250 hectares en mutation s’étirant des rives de l’Ill au Rhin. De quoi faire du projet urbain Strasbourg Deux Rives l’un des plus grands de France après celui de Paris Rive Gauche. Promenade d’une rive à l’autre …

Le parc du Heyritz

Figé dans ses fonctions de glacis militaire et de zone portuaire, le Heyritz a engagé sa transformation depuis 1990 et poursuit sa métamorphose fin 2011 avec l’aménagement d’un parc de 8,7 ha bordé d’un ensemble immobilier programmé par l’architecte Antony Bechu et la ville de Strasbourg comme aménageur.

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Le parc du Heyritz, perspective aérienne © Antony Bechu

Etoile

Tissant le lien nord/sud entre le centre-ville et les quartiers de Neurdof, la ZAC Etoile est le nœud historique des Deux-Rives, le projet urbain y ayant pris naissance avec la conception du complexe cinématographique de Denis Valode et Jean Pistre en 2000 (face à la presqu’île Malraux) et la Cité de la musique et de la danse d’Henri Gaudin en 2006. A venir, un îlot produisant son énergie de chauffage grâce à des sondes de géothermie intégrées aux pieux de fondation. Dernière phase de la ZAC, LAN livrera d’ici 2018 sur l’îlot Saint Urbain des logements, bureaux, hôtels et commerces, soit sept parallélépipèdes à la géométrie capable d’effacer les différences de typologies.

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Ilot Saint Urbain © LAN

Presqu’île André Malraux

Le bassin d’Austerlitz a peu à peu abandonné ses fonctions portuaires, faisant la part belle à l’actuelle presqu’île André Malraux, anciennement occupée par les Armements Seegmuller, une compagnie d’armateurs navals. Là, les trois principaux bâtiments étaient des entrepôts et silos aux façades de briques rouges soulignées d’une ossature en béton armé blanc, ensemble représentatif des années 30, inscrits dans la mémoire collective des strasbourgeois. La Société d’Aménagement et d’Équipement de la Région de Strasbourg (SERS) souhaitant préserver les traces d’une architecture industrialo-portuaire, les bâtiments désaffectés depuis les années 90-2000 ont été réhabilités laissant place aux équipements culturels et logements. On notera la médiathèque André Malraux, constituée d’un volume opaque blanc et d’un autre habillé de verre, signée Jean-Marc Ibos et Myrto Vitart, inaugurée en 2008 ; la Maison Universitaire Internationale (MUI) dont seules les façades ont été préservées, par les architectes Weber et Keiling livré en 2015 ; les Dock’s, soit un bâtiment mixte regroupant logements, bureaux, commerces et une fabrique du numérique dite « Shadock », l’agence strasbourgeoise Heintz-Kehr ayant renforcé la structure poteaux-poutres des années 30 ainsi que l’aspect des façades briques, tandis que l’ancienne toiture à pente laisse place à trois niveaux de logements à la signature contemporaine. Autre projet emblématique dont la livraison est prévue d’ici 2017-2018, les trois tours d’habitations Black Swan d’Anne Demians, dont la singularité tient en la double peau métallique noire, contrastant avec le parement de la deuxième façade colorée et réfléchissante en bleu ou rouge.

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Médiathèque André Malraux, Ibos et Vitart © ADEUS
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Maison Universitaire Internationale, Weber et Keiling © AL
dock's presqu'île andré malraux strasbourg deux rives
Les Dock’s, Heintz-Kehr © AL
Black Swans Anne Demians Strasbourg deux rives presqu'île malraux
Black Swans © Architectes Anne Demians

Eco quartier Danube

Les 6 ha de l’Eco quartier Danube, aménagé par la SERS, comprendront des constructions allant de R+1 à R+15, dont la livraison sera échelonnée jusqu’en 2020. Misant sur une mobilité douce, il ne prévoit pas d’espace pérenne pour la voiture en surface mais des parkings silos déportés.

D’ici fin 2018, sera réalisé par EnlpAa + Kuhn Und Lehmann Architekten un îlot à gestion énergétique intelligente, qui vise à utiliser l’énergie produite sur la parcelle en limitant tant que possible la revente en bloc au réseau d’électricité : autoconsommation électrique sur les équipements communs et effacement (retrait du réseau électrique), une heure par jour à minima grâce au stockage de l’électricité produite. A venir aussi d’ici 2018, la tour de logements à énergie positive Elithis par X-Tu, soit 4600 m2 de logements et 900 m2 d’activités et de commerces.

Elithis XTU Strasbourg deux rives danube
Tour à énergie positive Elithis © XTU

ZAC des Deux-Rives

Dernier projet en date (2016), les 74 ha de la ZAC des Deux-Rives, dont la mise en œuvre opérationnelle se fera par la Société Publique Locale (SPL) des Deux-Rives, créée en 2014. La ZAC est subdivisée en 4 grands secteurs : Citadelle, Starlette, Port & Rives du Rhin dont le Plan Guide Territoire est assuré par les agences TER, 51N4E et LIST, mettant à profit la structure existante des bras du Rhin ; le Plan Guide COOP mené par Alexandre Chemetoff, soit 50 000 m2 de bâti à réhabiliter sur 9 ha de terrain, dans un esprit de culture coopérative de la ville.

ZAC Deux-Rives strasbourg TER
ZAC Deux-Rives, perspective aérienne © Agence TER
COOP Chemetoff strasbourg deux rives
COOP, Alexandre Chemetoff © AL
COOP Chemetoff strasbourg deux rives
COOP, Alexandre Chemetoff © AL
starlette TER strasbourg deux rives
Starlette © Agence TER
Îlot bois KOZ strasbourg deux rives
Îlot BOIS © KOZ Architectes

Territoire transfrontalier

Porté par l’Eurométropole de Strasbourg (1er janvier 2015) en partenariat avec la ville de Kehl (Allemagne), l’extension de la ligne D de tramway (2017) vers l’est de l’agglomération jusqu’à Kehl constitue l’épine dorsale du projet transfrontalier des Deux-Rives. Trait d’union entre les deux villes, un troisième pont, en partie ferré pour le tram et en partie piéton, évoque un ricochet sur l’eau selon les mots de son architecte Marc Barani. Un geste dont la portée symbolique est forte mais dont les avantages territoriaux restent à démontrer, Kehl étant bien plus petite que sa voisine avec seulement 35 000 habitants contre 270 000.

tramway kehl strasbourg deux-rives
Extension du tram vers Kehl
pont rhin tramway strasbourg deux rives kehl
Pont sur le Rhin, Marc Barani © PHSChalk

Amélie Luquain

 

Strasbourg Deux-Rives en chiffres

250 hectares ; 1,5 million de m2 construits ; 9 000 logements ; 20 000 habitants supplémentaires ; 8 500 emplois

 

Calendrier à venir

Été 2016 : Finalisation des Plans Guides Territoire (équipe TER + 51N4E + LIST + OTE) et COOP (équipe A. Chemetoff & Associés + GCI).

Automne 2016 : Lancement de la démarche d’activation citoyenne et culturelle du projet urbain. Lancement du projet COOP (pôle culturel et économique). 1ere consultation logements-activités sur la ZAC Deux-Rives.

Printemps 2017 : Mise en service du tramway reliant Strasbourg à la ville de allemande de Kehl. Trois stations desservent le projet.

2017 – 2026 : Consultations d’opérateurs logements – activités sur les différents sites. Développement de 400 à 450 logements par an.

2018 – 2020 : Montée en puissance du projet COOP (travaux, occupations temporaires, évènementiel, activités économiques, ateliers-bureaux, espaces multi-usages…) Inauguration du parc du Rhin, des aménagements paysagers des quais de Citadelle et des premiers bâtiments.

 

Corbusier patrimoine mondial : revue de presse spéciale du 19/07/2016

Corbusier patrimoine mondial : revue de presse spéciale du 19/07/2016

Spécial Inscription de l’œuvre de Le Corbusier au Patrimoine Mondial de l’UNESCO

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Maison ouvrière à Saint-Nicolas d’Aliermont, Seine Maritime. Le Corbusier architecte, 1917. © Adagp/Fondation Le Corbusier

 

Corbu honoré, Corbu attaqué !

« Une bonne nouvelle ou un moment d’égarement? », s’interroge sans détour Télérama, lançant un débat entre Xavier de Jarcy – procureur général – et Luc le Chatelier – avocat – sur l’œuvre de Le Corbusier, entrée au patrimoine de l’humanité le 17 juillet 2016, après avoir essuyé deux refus en 2009 et 2011. Certains se réjouissent, d’autres profitent de l’occasion pour ressortir les cadavres des placards. Adversaire résolu de l’œuvre et de l’homme, de Jarcy revient sur ce « passé qui ne passe pas », résumant en quelques lignes la thèse de son ouvrage« Le Corbusier, un fascisme français ».  pour les cinquante ans de l’anniversaire de la mort du Corbu. L’auteur voulait dénoncer les sympathie de l’architecte pour l’extrême-droite, accointances conférant une tonalité fasciste à son œuvre construite. Le magazine Géo revient sur « ce dont rêvait Le Corbusier pour la rive droite », c’est à dire le Plan Voisin, agité comme un épouvantail pour effrayer le lecteur entre deux voyages dans les lagons enchanteurs. « Les amoureux du vieux Paris doivent-ils se faire du souci ? », se demande l’auteur de l’article comme si les pelleteuses descendaient la rue de Rivoli. Le Corbusier voulait raser le centre de la capitale au nom de la modernité, c’est finalement son grand ami, Malraux, qui ringardisera les modernistes en redonnant son lustre au Marais. Débarrassé de sa couche de suie, le passé est redevenu le futur ! Quand au passé fasciste de l’architecte franco-suisse, il sera finalement discuté le 23 et 24 novembre prochain, plus d’un an après avoir été annoncé de façon tonitruante lors de la visite de presse de l’exposition retrospective du Centre Pompidou.

via TéléramaGéo et Le Moniteur

 

Classe mondiale et classe locale

10 des 17 sites inscrits à l’UNESCO se trouvent en France, ce qui divise de facto le patrimoine corbuséen hexagonal en deux catégories : les « Mondiaux célèbres » et les « Locaux anonymes ». Ces derniers peuvent être déçus « Et pourquoi pas Rezé? », déplore Ouest-France en constatant l’absence de l’imposante Cité radieuse bretonne dans la liste des bâtiments reconnus pour leur « valeur exceptionnelle universelle ». Difficile, effectivement, de passer à coté du paquebot de 100 mètres de long perçant le skyline de l’agglomération nantaise. L’UNESCO n’étant pas favorable aux candidatures en série, il a fallut choisir la plus aboutie des cinq unités d’habitation, explique Michel Richard, directeur de la Fondation Le Corbusier. Et c’est Marseille, « avec son merveilleux toit-terrasse », qui a remporté la mise, bien que « Rezé a su préserver plus fortement l’esprit d’origine » du phalanstère vertical. Réunis à Istanbul, les experts de l’ICOMOS perturbés par le putsch en cours auraient omis une question fondamentale : Esprit corbuséen, es-tu là ?

Via Ouest France 

 

#Je suis Corbu

Ils ne peuvent pas arborer le précieux macaron orné du logo du « World Heritage », mais ne doivent pas perdre espoir pour autant. Les coins de France disposant d’une œuvre du Corbu ne figurant pas sur la liste des 10 sites pourraient bien faire ruisseler sur eux un peu de la notoriété acquise à l’UNESCO. « Quelle est la bonne écluse Le Corbusier ? ». Les dernières nouvelles d’Alsace posent une devinette à la façon « où est Charlie » à propos de l’écluse de Kembs-Niffer sur le canal Rhin-Rhône. Celle dessinée par Charles Edouard Jeanneret en 1960 se reconnait à sa toiture en parabole hyperbolique. Quasiment inutilisée, elle a presque pris l’allure d’une cabane de jardin depuis la modernisation de l’écluse en 1995, et la construction d’une « majestueuse tour de commande » que bien souvent, « les meilleurs publications attribuent au célèbre architecte. Bien à tort ». Qu’elles cessent !

Via les dernières nouvelles d’Alsace 

 

Corbusier (Le) for connoisseur

De son coté, le fil d’actualité de la CCI de Normandie déniche un projet de jeunesse du Corbu à Saint-Nicolas d’Aliermont, près de Dieppe. Une œuvre pour super-initié et amateur ultra-chevronné : une maison jumelée genre Phénix, construite en 1917 à la demande de l’horloger Bayard pour loger ses ouvriers. « Le Corbusier s’inspira des réflexions menée à Saint-Nicolas d’Aliermont pour réaliser les groupements sociaux de Lège et Pessac », affirme la voix de la CCI au grand dam du journal Sud-Ouest, qui voit dans « six cubes aux couleurs méditerranéennes » de Lège-Cap-Ferret « la première déclinaison du concept de maison égalitaire destiné à loger les ouvriers ». A qui est le point ?

Via Normandinamik 

 

Corbusa Dry

Attention à ne pas voir désormais du Corbu partout, comme on voit déjà du Eiffel sur la moindre poutrelle d’acier riveté, au risque de rajouter de l’amertume à la déception. Ainsi, certains Spinaliens – (habitants d’Épinal) – ont été d’autant plus furieux d’apprendre que l’usine Claude-et-Duval avait intégré le patrimoine mondial alors que leur « Kiosque de la Vierge », boutique de journaux spinalienne, restait, anonyme, sur le carreau. Un bâtiment modeste, aux allures de Ronchamp, œuvre de Le Corbusier d’autant plus méconnue qu’elle est …de Jean Crouzillard, architecte en chef de la reconstruction dans les années 50. Ça ressemble à du Corbu, mais ce n’est pas du Corbu, et c’est pour cela que ça désappointe !

Via Vosges-Matin 

 

No Corbu, no problem

Les Spinaliens chagrins devraient prendre exemple sur Piacé, village sarthois qui ne compte aucune œuvre de Charles Edouard, et ne se démonte pas pour autant. La commune affirme lui avoir inspiré sa théorie sur la ferme radieuse au début des années 30. A l’époque, l’artiste céramiste Norbert Bezard avait imaginé avec Le Corbusier des solutions pour « sortir le monde rural du romantisme du fumier », et, mais il ne le savait pas, sauver en 2016 ce hameau de 363 âmes d’un oubli profond. Conseil aux maires : commandez vite un panneau « Corbu was here » , une solution pas idiote pour transformer les centres-bourgs en déshérence en villages heureux. Radieux, forcément radieux quartiers corbuséens…

Via Ouest-France

 

Les Champions

« Le Corbusier, Champion du monde » a titré Le Parisien. Revenus bredouilles du Stade de France le 10 juillet, nos compatriotes auraient pu profiter de cette victoire de l’architecture survenue une semaine plus tard pour faire malgré tout la fête. « L’usine Le Corbusier de Saint-Dié-des-Vosges classée par l’UNESCO ! » : si l’on en juge par le point d’exclamation terminant le titre du fil d’info « Blé lorraine », la nouvelle est surprenante. Bien sûr, Le style particulier du sélectionneur franco-suisse, faiseur « d’utopies vivantes et clivantes » divise « les pro, farouchement pro, et les anti farouchement anti », même si, témoigne l’architecte Vanessa Fernandez à la Voix du Nord, « il était d’une avant-garde incroyable, dans les années 30 ou après guerre ».

Via Le Parisien , Blé Lorraine et La voix du Nord 

 

Les raisons d’une victoire

Comme pour le France-Allemagne de l’Euro 2016, cette consécration survient après une longue série de défaites. 2009, ou 22 sites furent présentés devant la commission, puis 2011 avec 19 sites, rappelle La Croix, qui revient sur les raisons de ces échecs à répétition. « On craignait, selon le quai d’Orsay, que la consécration de l’architecte (…) ne fasse passer au second plan les autres représentants du mouvement moderne ». Autre faille des précédentes candidatures « l’absence notable de complexe du Capitole, l’Inde n’ayant pu jusque là participer au dossier pour des raisons administratives ». En 2016, La plus grande démocratie du monde a pu rejoindre une équipe internationale regroupant sept pays – France, Suisse, Japon, Argentine, Belgique, Allemagne – un fait rare, souligne encore La Croix. L’inscription devrait être une bénédiction pour la fréquentation touristiques des sites , qui devrait augmenter de 25 à 30% si l’on se fie à ce que l’on a observé sur d’autres sites du patrimoine mondial. En attendant la ruée sur l’or du Corbusier, le département de Haute-Saône organisera entre le vendredi 22 et le dimanche 24 un lâcher de 3 000 ballons munis de cartes postales à renvoyer à l’office du tourisme. Les 25 premiers expéditeurs recevront deux entrées pour visiter la chapelle Notre-Dame-du-Haut à Ronchamp. T’as voulu voir Vesoul et on a vu Corbu, pourra-t-on chanter bientôt dans le 70.

Via La Croix et Vosges Matin

 

Après Corbu?

Quelle sera la prochaine œuvre architecturale à rentrer au patrimoine mondial? Pourquoi pas cette incroyable « Eglise-Poulet » construite dans la jungle indonésienne par Daniel Alamsjah, concepteur de 67 ans mue par « une vision d’inspiration divine ». Loué soit le seigneur, s’est écrié un internaute devant ce temple dédiée à un culte inconnu et, pour autant qu’on puisse en juger, pacifique et tolérant. Ce sanctuaire abandonné ne devrait-il pas encourager l’ICOMOS à inscrire tous les canards architecturaux de la planète sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité ? Après l’œuvre de le Corbusier, il serait temps de reconnaître la puissance de l’Effet Venturi !

Via the Daily Mail 

 

Pour mémoire

Le comité du patrimoine mondial a annoncé lundi 17 juillet qu’il avait joint l’œuvre de Le Corbusier aux quatre nouveaux sites inscrit sur sa liste (avec l’ensemble de Pampulha de Niemeyer, le chantier naval d’Antigua et le parc national de Khangchendzonga en Inde. Les œuvres de Le Corbusier distinguées sont les suivantes, classées par ordre chronologique par Le Monde. Il s’agit des maisons La Roche et Jeanneret (1923) à Paris, une villa au bord du lac Léman (1923) à Corseaux (Suisse), la Cité Frugès (1924) à Pessac (Gironde), la maison Guiette (1926) à Anvers (Belgique), les maisons de la Weissenhof-Siedlung (1927) à Stuttgart (Allemagne), la villa Savoye et la loge du jardinier (1928) à Poissy (Yvelines), l’immeuble Clarté (1930) à Genève, l’immeuble locatif de la porte Molitor (1931) à Boulogne-Billancourt (Haut-de-Seine), l’Unité d’habitation (1945), dite « cité radieuse », à Marseille (Bouches-du-Rhône), la Manufacture (1946) à Saint-Dié-des-Vosges (Lorraine), la maison du docteur Curutchet (1949) à La Plata (Argentine), la chapelle Notre-Dame-du-Haut (1950) à Ronchamp (Haute-Saône), le Cabanon de Le Corbusier (1951) à Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes), le complexe du Capitole (1952) à Chandigarh (Inde), le couvent Sainte-Marie-de-la-Tourette (1953) à Eveux (Rhône), le Musée national des beaux-arts de l’Occident (1955) à Taito-Ku (Japon) et la Maison de la culture (1953) à Firminy (Loire). La France totalise 10 sites sur 17. 1031 sites de 163 pays figurent actuellement sur la liste du patrimoine mondial. 

Via Le Monde

Olivier Namias

Sur le même thème : Firminy, la cité méconnue de le Corbusier 

Immeuble LESS par Vincent Parreira

L’Atelier d’Architecture Vincent Parreira a récemment livré un équipement sportif et 69 logements à proximité des quais de Valmy (Paris 10e). Entre densification et diversification programmatique, l’opération se distingue de prime abord par ses boîtes encastrées en façade. Visite en images d’après le reportage photos de Luc Boegly.

 

LESS AAVP Parreira canal saint martin

Prenant position le long du passage Delessert et tenant l’angle de la rue Pierre Dupont –à deux pas du canal Saint-Martin, ancienne desserte industrielle devenue lieu de promenade – s’élève une opération mixte comprenant un équipement sportif et 69 logements sociaux par l’Atelier d’Architecture Vincent Parreira. Celle-ci entend croiser l’échelle industrielle, encore présente au travers de quelques bâtiments d’envergure, à l’image de la cité Clémentel, avec l’échelle intime du logement.

LESS AAVP Parreira canal saint martin

Implanté sur la dernière parcelle libre du quartier, un bucolique terrain vague, l’immeuble vient densifier les lieux tout en diversifiant les activités, la mixité programmatique étant une obligation inscrite au PLU. Les 69 logements, identifiés en façade par le motif des loggias, reposent sur la toiture du gymnase : une série de portiques franchissant plus de 20 m de portée, dont les poutres forment des refends au premier niveau et déterminent la trame des voiles porteurs supérieurs.

LESS AAVP Parreira canal saint martin

Une longue coursive métallique surplombe un jardin conçu par l’atelier Roberta en cœur d’îlot, dessinant un paysage en soi. Écartée de 5 m de la façade arrière, elle autorise des accès individualisés aux logements tous traversant. Chacun est doté d’une loggia encadrée de mélèze, la boite permettant la lecture des logements depuis la rue et les différentes profondeurs assurant l’intimité vis à vis des voisins. A R+1, une terrasse paysagère commune est posée sur le socle du gymnase, face au cœur d’îlot. Sur rue, l’équipement public est habillé d’une résille métallique qui filtre la lumière, pour ne pas gêner la pratique sportive dans le gymnase et la salle de danse et tamiser l’exposition des sportifs du regard des passants. A contrario, l’escalier qui descend au gymnase semi-enterré multiplie les transparences tous azimut. Ainsi, l’opération ménage des zones intimistes tout en multipliant des transparences et des porosités visuelles, au risque que tout un chacun ne soit pas isolé de la vue de l’autre. Rue, ville, passant, cœur d’îlot, voisin, tout se voile et se dévoile tour à tour au gré des déplacements.

Amélie Luquain

 

LESS AAVP Parreira canal saint martin

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Lieu : 4-14 passage Delessert / 10-12 rue Pierre-Dupont 75010 Paris. Programme : construction d’un ensemble de 69 logements sociaux et d’un gymnase (1 442 m2). Maîtrise d’ouvrage : ICF La Sablière. Assistance à maîtrise d’ouvrage sites et sols pollués : Letourneur Conseil. Maîtrise d’oeuvre : AAVP Architecture – Vincent Parreira (architecte mandataire). Bureaux d’études : Économie du bâtiment : Bureau Michel Forgue. Bureau d’ingénierie des structures : EVP. Bet fluides & SSI : Louis Choulet. Bet hqe : Oasiis. Bet acoustique : Altia. Paysagiste : Atelier Roberta. Coûts travaux bâtiment : 14,87 M€ HT. Surface de plancher : 6 445 m2. Superficie terrain : 2 135 m2. Certifications : Cerqual (logements), Certivea (gymnase), Plan Climat Ville de Paris

Calendrier : Concours en janvier 2010. Début de chantier en janvier 2014. Livré en avril 2016

 

Courtesy AAVP / Luc Boegly

Le futur siège Lego aux couleurs de la firme

Le futur siège Lego aux couleurs de la firme

L’agence d’architecture C.F. Møller a été retenue pour la conception du nouveau siège social de la firme danoise Lego, dans sa ville d’origine de Billund.

En juillet, le groupe Lego a présenté son projet de conception d’un nouveau complexe de bureau de 52 000 m2 entouré d’un parc public, à Billund (Danemark), conçu par l’agence danoise C.F. Møller. La conception du siège a vocation internationale est basée sur les valeurs du groupe Lego, cumulant espace de travail et espace de jeu pour les employés. Subdivisé en plusieurs volumes, avec chacun sa cour intérieure pour l’apport de lumière, le bâtiment sera organisé autour d’un atrium aux couleurs de la marque. Il comprendra des espaces de travail flexibles et informels. Des statues Lego géantes décoreront l’intérieur du bâtiment et un minigolf sera même installé sur le toit. Élément clé du projet, le rez-de-chaussée comprendra une « Lego People House », avec des espaces pour des activités partagées.

A Billund, il fera donc bon vivre pour tous les amateurs de Lego, puisque c’est aussi dans cette ville que se trouve le premier parc Legoland, ouvert en 1968.

Amélie Luquain

lego billlund cf moller

lego billlund cf moller

lego billlund cf mollerCourtesy C.F. Møller

ARCHE DE NOE, SONY, GUNDAM…: LA REVUE DE PRESSE DU 12 JUILLET 2016

ARCHE DE NOE, SONY, GUNDAM…: LA REVUE DE PRESSE DU 12 JUILLET 2016

Parc à thèmes pour dieux chrétiens et dieux payens, Sony détruit son flagship de Ginza, Edmonton détruit par les Gundams, la femme de ménage et l’architecte, effondrements de balcons à Villeneuve-Saint-Georges.

sony immeuble

Petite arche entre Amish

Long comme un terrain et demi de football sans être un stade, haute de sept étages sans pour autant être un immeuble, d’un coût de 102 millions de dollars, dotée de la plus grande charpente en bois de tous les Etats-Unis : c’est l’Arche de Noé qui a ouvert le 7 juillet dernier à Williamstown, Kentucky. Son promoteur, Ken Ham, fondateur du musée de la Création, veut que son parc à thème enseigne l’histoire de l’humanité telle que la professe la Bible. Le succès public devrait être au rendez-vous, un sondage Gallup de 2014 montrant que 42% des américains rejettent encore les théories de l’évolution, croyant que la genèse décrit parfaitement la formation du monde bien qu’ils confessent douter que cela n’ait pu se faire qu’en six jours. Dans ce vaisseau construit par des menuisiers de la communauté Amish, trouveront place trente espèces d’animaux dont un Tyranosaurus Rex ! Le personnel embauché a dû signer une déclaration de foi revenant à admettre qu’il n’était pas homosexuel. « Ici, ce ne sera pas le monde de Disney ou d’Universal, où les gens viennent pour s’amuser. » Finalement, on n’était peut-être pas si mal chez Mickey !

via Le Monde

 

Peur sur Edmonton

Le déluge n’est pas la seule menace qui plane sur nos villes. En attendant d’être engloutie par le réchauffement climatique, Edmonton doit faire face à un danger immédiat : être détruite par un Gundam, robot transformiste des dessins animés japonais. La prochaine saison de Mobile Suit Gundam a choisi comme théâtre pour sa bataille finale cette petite ville peuplé d’un million d’habitant, ou l’âge médian est de 36,5 ans. Une ville oubliée des canadiens eux-mêmes, qui ne s’en souviennent que pour évoquer ses hivers sans fins et le style soviétique de son architecture. D’habitude, les réalisateurs s’évertuent plutôt à détruire New York, Londres, Los Angeles, et quand ils tournent au Canada, vont plutôt du coté de Vancouver ou Toronto. Pourquoi avoir choisit Edmonton ? Ce n’est pas clair : « peut-être que son architecture fade a rendu la ville désirable » en la faisant ressembler au Japon vernaculaire. « il est intéressant de remarquer que les responsables de l’animation ont reproduit les immeubles, mais n’ont pas reproduit l’étalement urbain américain ». Une double solution au Sprawl et à l’attractivité des villes moyennes?

via Guardian Canada Week

 

Sonycide

Godzilla chassé des rues de Tokyo, la destruction de la ville continue. Contre toute attente, Sony vient d’annoncer qu’il allait démolir son magasin phare de Ginza pour le remplacer… par un parc qui accueillera les visiteurs des jeux Olympiques 2020, bien que la surface réduite du terrain ne laisse pas présager d’un grand espace vert. Yoshinobu Ashihara avait dessiné en 1966 ce batiment abolissant le concept d’étage – les surfaces de plancher y était répartis sur 27 plateformes décalées de 90 cm les unes par rapport aux autres, formant une sorte de raumplan en spirale ascendante. En 2022, un nouvel immeuble sera construit par Sony sur cette parcelle, voisine du magasin Hermès de Piano. Un précédent hante les sceptiques : en 2011, Sony avait construit un nouveau batiment à Osaki. L’immeuble conçu par Nikken Sekkei devait être le vaisseau amiral de la marque : il fut revendu deux ans plus tard pour redorer le bilan financier de l’entreprise. Les optimistes se réjouissent que la parcelle vide n’ait pas été transformée en parking, suivant un mécanisme courant dans la capitale japonaise, voyant les prémices d’une renaissance urbaine régulièrement annoncée, une Arlesienne nippone.

Via The Guardian

 

Obsolesence rapidement programmée

Certains édifices n’ont besoin de personne pour se détruire. A Villeneuve-Saint-Georges, trois balcons d’un immeuble de logement social de style pseudo haussmanien se sont effondrés samedi soir, entrainés par la chute du plus haut perché d’entre eux. Aucune victime n’est à déplorer, même les deux canaris dont la cage a chu ont survécu, relate un témoin. L’immeuble a été étayé et évacué. Sa construction remonte à 2011. « Il y avait des fissures sur le balcon du troisième étage et ça avait été signalé il y a deux mois » s’insurgeait une habitante en colère. « Et ma salade, je l’aurai quand ?», s’est inquiété un voisin dont le potager venait d’être enseveli sous les gravats. Surveillez vos balcons : le mal semble se répandre à grande vitesse dans la construction contemporaine, et avait déjà touché un immeuble du quartier Ginko à Bordeaux. L’architecture biodégradable est-elle née le 9 juillet 2016 à Villeneuve-Saint-Georges ? L’expertise en cours répondra peut-être à cette question pendante.

Via Le Parisien

 

 

Alcool in the city

Plutot que de s’instruire à l’Arche de Noé, la correspondante du Globe and Mail a préféré s’éduquer dans un autre parc à thème pour adulte, la Cité du Vin à Bordeaux. Une expérience à vivre avec Bacchus dont elle est revenue ravie « et voici l’endroit ou les jeux deviennent super cool. A la table des terroirs, lorsque vous pointez une manette sur la carte IGN d’une région viticole, un livre s’ouvre (…) des cultivateurs de chaque région vous parlent, les cartes se déplient des images en sortent et viennent flotter dessus, c’est totalement immersif ». Quant au complexe, c’est un « temple dédié au vin ». Pendant ce temps, à Bruges, la brasserie De Halve Maan préfère investir dans les infrastructures. Elle vient d’installer un pipeline souterrain de trois kilomètres pour relier un centre logistique à son usine du centre historique. Cette canalisation inédite remplace la noria de camions qui venaient auparavant retirer des livraisons en centre ville, générant des nuisances de plus en plus mal acceptées par les riverains. Des experts en tunnel travaillant dans le secteur pétrolier ont collaboré avec des experts de la bière pour concevoir ce conduit percé dans le sol d’une ville inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Les travaux ont été financés en partie par crowfunding. « Pour moi, le patrimoine mondial de l’UNESCO ne doit pas s’attacher qu’aux briques et aux éléments matériels : conserver une brasserie en activité doit aussi en faire partie, c’est une partie de l’héritage immatériel » , a déclaré M. Vanneste, directeur de la Brasserie De Halve Maan. Le développement des brasseries artisanales à Paris conduira peut-être à la création d’un nouveau réseau de bieroducs.

Via the Globe and Mail et l’Express

 

Bon ménage

« la maison d’une femme de ménage a remporté un prix d’architecture » s’écrie visiblement stupéfait le site Se Loger. Et pas le prix de la maison la plus fleurie du quartier mais le prix mondial d’architecture décerné par le site Archdaily à 14 projets construits à travers le globe en 2015. Dalvina Borges Ramos, 74 ans, voit sa maison à 150 000 reais (41 500 euros) figurer sur le meme palmarès que le gratte ciel turinois de Renzo Piano pour la banque Intesa SanPaolo – heureuse coïncidence pour Dalvina qui demeure elle même à Sao Paulo – l’Harbin Opera House de Mad Architectes, ou le stade Matmut Atlantique d’Herzog & de Meuron. On est déçu d’apprendre que Dalvina n’est pas l’architecte de sa maison, qui a été conçue par l’agence Terra e Tuma arquitetos. Le prochain Pritzker ne sera pas femme de ménage, elle préfigure peut-etre les nouvelles vocation de maitre d’ouvrage qui devraient apparaitre avec l’abaissement du seuil des construction à 150 m2 par la loi CAP.

via Se Loger