Participez aux Intramuros Design Awards!

Participez aux Intramuros Design Awards!

 

Les inscriptions aux Intramuros Design Awards sont ouvertes. Ils récompenseront les produits qui ont marqué les esprits ces derniers mois, en mettant en lumière l’innovation et la créativité des designers et fabricants, dans l’univers de la maison, mais aussi dans ceux de l’automobile ou du contract.

La rédaction sélectionnera parmi les dossiers reçus cinq nommés, dont les candidatures seront soumises au vote des internautes.

Une récompense et une visibilité exceptionnelles

Le lauréat de chaque catégorie se verra remettre un trophée au cours d’une soirée à Paris. Un dossier spécial « Intramuros Design Awards » sera publié dans le numéro estival d’Intramuros et dans archiCREE.

Les catégories :

Archi-design : En intérieur ou en extérieur, lorsque design et architecture se complètent harmonieusement.

Matériau design : Des matériaux qui allient performance et design.

Design universel : En partenariat avec l’Association des Paralysés de France : le design adapté à tous les usagers (droitiers comme gauchers, personnes en fauteuil, femmes enceintes, déficients visuels ou auditifs, personnes âgées, etc.).

Pur Design : L’objet emblématique de l’année, toutes catégories confondues, qui a bouleversé les codes et/ou remporté un immense succès.

Mobilier design : Du canapé à la table en passant par la chaise de bureau : le mobilier qui a marqué les esprit.

Salle de bains design
: Du mobilier à la robinetterie en passant par la céramique et les sèche-serviettes, la réinvention du bien-être dans la salle de bains par les designers.

Cuisine design : Les modèles sachant concilier, dans cette pièce que l’on dit être la préférée des Français, souci d’esthétique et besoin d’ergonomie.

Chauffage design : Au-delà du fonctionnel, le chauffage comme élément créatif essentiel dans l’aménagement de l’habitat.

Design outdoor : Le mobilier, ultra-résistant, spécifiquement destiné aux jardins et aux terrasses, ces nouvelles pièces à vivre.

Piscine design : Des styles épurés aux formes libres, de la tendance contemporaine aux aspirations naturelles, la piscine s’affirme comme un élément de décoration incontournable du jardin jusqu’à la maison.

Design automobile : Carrosserie, habitacle et nouvelles technologies : le design comme moyen de révolutionner l’objet automobile.

Calendrier
Du 15 février au 27 avril, rendez-vous ici pour postuler !
Du 10 mai au 31 mai : vote du public.
L’annonce des lauréats aura lieu lors de la remise de prix au mois de juin 2018.

5/7 : Le brutalisme, style révolu ou projet futur ?

Cette semaine, Architectures CREE se penche sur le brutalisme, succès architectural de la décennie. Est-il juste un patrimoine à découvrir et valoriser, une occasion de réécrire l’histoire de l’architecture ou les fondements d’un nouveau pacte entre architecture et société.

Sirius Apartment Building, Sydney, Australia, 1978–1980. Theodore “Tao” Gofers © Craig Hayman, tiré du livre SOS Brutalism

« Il y a quelque chose de doux-amer dans l’architecture brutaliste. Une nouvelle vision du futur, une audacieuse rébellion de béton contre la légèreté et la frivolité de l’architecture du début du 20e siècle, les bestiaux brutalistes criaient à haut volume à travers les récentes villes nouvelles leur audacieux credo de nouvelles communautés, vivant en bonne harmonie dans des rues accrochées au ciel ».

Page d’accueil du site Brutalism:Online

 

La Pyramide, Abidjan, Ivory Coast, 1968–1973. Rinaldo Olivieri, tiré du livre SOS Brutalism
Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM), Brazzaville © Luc Boegly
Rozzol Melara, Trieste, Italy, 1969–1982. IACP (Carlo Celli / Luciano Celli) © Paolo Mazzo, tiré du livre SOS Brutalism

« Ce qui a été baptisé du nom de brutalisme à Londres apparaissait simultanément à d’autres endroits du monde, ou était déjà apparu avant » (1), dit Oliver Elser en introduction à l’ouvrage SOS Brutalism, catalogue d’une exposition du DAM (Deutsches Architekturmuseum) qui veut recenser et sauver « les monstres de béton » à travers la planète. Les formes surprenantes et les dimensions hors du commun des bâtiments avaient fédéré les aficionados du brutalisme. il faut admettre que les spécimens remis en lumière surprennent les architectes eux-mêmes. Les édifices brutalistes visibles sur les sites ou les publications n’apparaissent qu’à la marge des histoires de l’architecture, quand il n’en sont pas simplement absents. Certes, tout architecte qui se respecte a entendu parler du Barbican center à Londres, ou de la Bank of London de Buenos Aires (Clorindo Testa). Si ces bâtiments ont occasionnellement attisé la curiosité des architectes, ils n’avaient jamais reçu une si forte attention. Quel livre d’histoire mentionne le campus de l’université Ben Gourion, à Be’er Sheva (Israël), ou le Premabhai Hall d’Ahmedabad (Balkrishna Doshi arch., Mahendra Raj ingénieur)? L’intérêt du brutalisme tient à ce qu’il invite, brutalement comme il se doit, à revisiter de manière transversale l’histoire de l’architecture, incitant à réévaluer des œuvres négligées ou décriées, et de ce fait menacées. Robin Hood Garden, ensemble de logements sociaux qui est un des bâtiments majeurs des Smithsons, vient d’être démoli à Londres pour faire place à un ensemble immobilier privé. L’accession à une catégorisation « brutaliste » peut aider à protéger ses édifices, en montrant qu’ils sont dignes d’intérêt. Il sera plus facile de plaider la cause de la caisse d’Épargne de Bordeaux, construite dans le quartier de Meriadec par Lay-Cassou et Dugravier, maintenant qu’elle figure en bonne place parmi les représentants du brutalisme à la française. Le bâtiment est protégé mais sa fortune critique est loin d’être faite. Le goût pour le brutalisme signifie d’abord la remise en lumière d’un patrimoine hétéroclite : églises allemandes, mairies japonaises, centres civiques roumains… Et il reste encore beaucoup à découvrir, tant le réveil brutaliste semble avoir plutôt privilégié les pays anglo-saxons. Rien, ou peu, sur le Hard-French. Rien sur Miguel Fisac, brutaliste sans étiquette. Rien encore, par exemple, sur des bâtiments comme celui de lL’ENAM, (école nationale d’administration et de magistrature) de Brazzaville, bel exemple l’architecture soviétique au Congo-Brazzaville, témoin de l’époque ou le pays était une République populaire parrainée par l’URSS (entre 1969 et 1992)…  Brutes de tous les pays, unissez-vous!

Démolition de Robin Hood Gardens à Tower Hamlets, Londres, 1972 © Dezeen
Birmingham City Library, Birmingham, Great Britain, 1969–1973, demolished in 2016. John Madin © Jason Hood, tiré du livre SOS Brutalism
Bunker 599, Nouvelle ligne de flottaison hollandaise, Agence d’architecture RAAAF, 2013 © Allard Bovenberg

 

L’architecture d’une nouvelle société

Qu’est-ce qui finalement, rend le brutalisme aujourd’hui aussi attirant? La présence fréquente de surfaces aveugles, les démonstrations de forces structurelles — multiplication des portes à faux, grandes portées —, l’assomption des grandes échelles, autant d’éléments reflétant sans faux semblant la puissance de nos sociétés industrielles. Une franchise que l’on ne retrouve plus dans le monde contemporain, qui semble s’ingénier à ne laisser aucune trace bâtie d’une puissance pourtant décuplée, préférant l’émiettement des constructions, l’emballage des matières brutes, l’insertion discrète dans les contextes, le manque d’audace des programmes, la timidité plastique des volumes. Reflet d’une société à la poursuite d’un consensus trompeur, l’architecture contemporaine est aux antipodes d’un brutalisme qui se poserait comme une forme de monumentalité moderne. Il pourrait aussi signifier une attente du public pour une architecture plastique, qui ne craindrait pas l’expressivité et irait puiser l’expressionnisme dans ses ressources disciplinaires. Une dimension artistique souvent réprimée aujourd’hui.

En se passant de la politesse de l’emballage pour affirmer un caractère rustre, le brutalisme touche une corde sensible chez certains architectes contemporains, adeptes d’une architecture austère, franche, tournant définitivement le dos aux bavardages érudits du post-modernisme. En France, les agences Lacaton-Vassal, Muoto, CAB ou les biens nommés Bruther peuvent être considéré comme des continuateurs du Brutalisme. Enfin, la dernière caractéristique importante du Brutalisme tient à son caractère d’œuvre publique. Ainsi que le relève Jean-Louis Cohen « J’imagine qu’il y a une nostalgie pour une architecture qui affichait de claires intentions et n’était pas uniquement déterminée par le marché. Aujourd’hui nous assistons à un certain retour vers une architecture socialement signifiante, si j’en crois les attentes des étudiants et des jeunes professionnels, et dans ce contexte le Brutalisme revient au premier plan de la réflexion » (2). Asini L’engouement pour le Brutalisme pourrait traduire un désir non formulé de reformation d’un pacte citoyen mis à mal par la domination du privé. Si l’on adhère à cette interprétation, alors le brutalisme est le mode architectural qui doit redéfinir un lien social, aussi pacifié que son cadre d’expression est brutal, et les parois rêches annonceraient les prémices d’une nouvelle renaissance, et le désir d’une utopie on ne peut plus concrète pour se reconstruire un futur. _ Olivier Namias

Bat Yam Town Hall et Centre Civique (1959-63), Bat Yam, Israel. Architectes : Alfred Neumann, Zvi Hecker, Eldar Sharon. © Zvi Hecker, tiré du livre « Space Packed The Architecture of Alfred Neumann »
Club Méditerrannée Holiday Camp, Achziv, Israel (1960-61). Architectes :Alfred Neumann, Zvi Hecker, Eldar Sharon. © Zvi Hecker, tiré du livre « Space Packed The Architecture of Alfred Neumann »
Bat Yam City Hall, Bat Yam, Israel, 1961–1963. Alfred Neumann / Zvi Hecker / Eldar Sharon © Zeev Hertz, c. 1966, tiré du livre SOS Brutalism
Modèle d’un projet de pavillon aéroportuaire pour les compagnies aériennes ELAL. La conception illustre la méthode d’encombrement de Neumann par laquelle les unités répétitives sont empilées dans un motif qui crée toute la structure. Architectes: Alfred Neumann, Zvi Hecker. © Zvi Hecker, tiré du livre « Space Packed The Architecture of Alfred Neumann »

(1) Oliver Elser, « Just what is it that makes Brutalism Today so appealing ? A new definition from an international perspective », SOS Brutalism – A Global Survey, Deutsches Architekturmuseum/Wüstenrot Foundation/Park Books, 2017. 

(2)  cf. Jean-Louis Cohen,  « Western Europe : Beyond Great Britain: Proto-Brutalism and the French Situation », SOS Brutalism — op.cit, p.339

 

Demain : un brutalisme à lire

Eclairage urbain : Poss chez COMATELEC SCHREDER

Eclairage urbain : Poss chez COMATELEC SCHREDER

Point d’achoppement des municipalités où tenants de la sécurité́ et tenants des économies – et écologies – vertueuses s’affrontent, l’éclairage reste un point crucial dans le budget des villes. Eclairer pour rassurer, éclairer pour montrer et mettre en valeur le patrimoine, enfin éclairer juste, pour limiter les émissions de lumière trop fortes et perturbatrices, bref, un challenge relevé́ haut la main par les fabricants, tant en matière d’économies que d’esthétiques propres à rallier tous les combattants.

Retrouvez notre dossier mobilier urbain – S’approprier l’extérieur – dans le numéro 383 d’Architectures CREE

Eclairage Poss chez COMATELEC SCHREDER

Cette gamme de luminaire équipée de LED dernière génération propose une longueur modulable de 10 à 100 cm et un faible encombrement avec une section de 6,2 x 9 cm. Alimentation intégrée ou déportée. Fixation murale, plafond orientable ou fixe, mât. Déclinable en deux versions : l’une pour les éclairages fonctionnels, moteurs photométriques LensoFlex®2 ; l’autre pour les éclairages d’illumination, photométrie Collimateur, distribution circulaire ou elliptique, faisceau étroit, moyen, large, plusieurs couleurs de LED (rouge, bleu, vert, ambre, blanc froid neutre et chaud, RGBW ou RGBA). Poss intègre des solutions de contrôle de la gamme Owlet. L’eclairage Poss est disposé autour de la médiathèque de Caen conçu par OMA.

 

Eclairage urbain : Nightsight chez ZUMTOBEL

Eclairage urbain : Nightsight chez ZUMTOBEL

Point d’achoppement des municipalités où tenants de la sécurité́ et tenants des économies – et écologies – vertueuses s’affrontent, l’éclairage reste un point crucial dans le budget des villes. Eclairer pour rassurer, éclairer pour montrer et mettre en valeur le patrimoine, enfin éclairer juste, pour limiter les émissions de lumière trop fortes et perturbatrices, bref, un challenge relevé́ haut la main par les fabricants, tant en matière d’économies que d’esthétiques propres à rallier tous les combattants.

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Eclairage Nightsight, ZUMTOBEL / DESIGN UNSTUDIO

Une gamme de  Zumtobel flexible en terme d’agencement, qui compte 4 modèles de 2 x 2, 4 x 4, 2 x 8 et 4 x 8 optiques à LED. Deux types de luminaires : projecteur à optique darkBeam destiné aux façades et détails architecturaux et luminaire de zone à optique softGlow pour l’éclairage des places, rues… Ce produit a reçu un Red Dot Award 2017 et un IF Design Award en 2017. Montage : sur mât, mural, au sol, au plafond, entièrement rotatif ou fixe. Flux lumineux : 900 – 76 400 lm ; Efficacité du luminaire : 75-105 lm/W. 3 000 K ou 4 000 K.

Distribution lumineuse : 6 types de projecteurs, 6 types de modèles Area. Commande : variation de l’intensité via DALI/LITECOM ou onboard, commande radio en option. Durée de vie : 100 000 heures.

 

4/7 : Querelle brutaliste : Instagram vs Banham

4/7 : Querelle brutaliste : Instagram vs Banham

Cette semaine, Architectures CREE se penche sur le brutalisme, succès architectural de la décennie. Nous avons vu hier comment le terme était défini par les historiens de l’architecture. Voyons à présent ce qu’il recouvre pour les amateurs du brutalisme. Experts et grand public pensent-ils à la même chose quand ils prononcent le mot Brutalisme?

La passion du grand public pour le brutalisme ne s’encombre pas des querelles historiographiques évoquées lors de notre précédent chapitre. Comme le note Oliver Elser dans « SOS Brutalism » « Une nouvelle définition de l’architecture brutaliste est depuis longtemps attendue. Le Brutalisme d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui qu’Alison Smithson, Peter Smithson et Reyner Banham ont introduit dans le discours architectural. (…) L’architecture brutaliste connaît une nouvelle carrière fulgurante sur les réseaux sociaux. À travers Instagram, Facebook et Tumblr, le mot Brutalisme est devenu un synonyme pour n’importe quel bâtiment en béton apparent, sans considération pour sa date de construction, sa localisation ou sa fonction » (1). Donc, Brutalisme = béton brut. la définition revient aux racines du terme, utilisé par Le Corbusier en 1952 pour qualifier la finition approximative du béton de la Cité radieuse. Selon un mécanisme récurrent en histoire de l’art, un terme plutôt péjoratif finit par désigner un style. Aussitôt énoncée, cette définition déduite d’un corpus rassemblée sur Instagram s’avère déjà trop lâche, en dépit de son aspect attrape-tout. Peut-il y avoir une architecture brutaliste en brique? Les villas Jaoul, de Le Corbusier, ou l’école d’Ulm (Max Bill), bâtiments comportant plus de briques que de béton, semblent pourtant mériter l’étiquette. Le Frankfurter Allgemeine Zeitung qualifia d’ailleurs l’école de Bill de brutaliste à l’époque de sa livraison. Les plaques métalliques embouties, voire la pierre agrafée, ne sont pas non plus absentes des images diffusées sur les réseaux sociaux spécialisés brutalisme, même si la domination du béton reste écrasante. 

Souq Al-Muttaheda / Souq Al Masseel, Kuwait City, Kuwait, 1973–1979. John S. Bonnington Partnership (JSBP) / Kuwait Engineering Office (KEO) © Nelson Garrido

Douce France et brutalisme

Pour empirique qu’il soit, le corpus brutaliste constitué par les réseaux sociaux principalement à partir d’images possède une cohérence certaine. Il montre une prédilection pour la répétition dès lors qu’elle produit une texture de façade, délaisse par contre la répétition d’un type qui serait conçu comme un produit industriel à multiplier, préférant les bâtiments « sculpturaux ». Il faut reconnaître une certaine habilité des brutagrammers à se faufiler entre les pièges morphologiques. Oui à la répétition des logements de l’Alexandra and Ainsworth Estate, non à la Kroutchevskaia logement de masse soviétique ou aux logements répétitifs de la reconstruction française, pourtant baptisée hard-french — expression laissant entendre une certaine rudesse — par un de leur historien fétiche. Il faut garder à l’esprit que le corpus brutaliste est encore en formation, qu’il semble d’abord avoir été défriché par des Anglo-saxons ou des amateurs d’exploration urbaine en virée dans l’ex-bloc communiste. La faible représentation de l’architecture française dans les bibles brutalistes, comme SOS Brutalism, tient sans doute au fait qu’une lecture du patrimoine au prisme de cette catégorie reste à faire. Actuellement, n’émergent comme brutalistes dans l’hexagone que quelques bâtiments de Claude Parent, des travaux des membres de l’AUA ou de l’Atelier de Montrouge. Il est parfaitement légitime d’inclure dans le french brutalism la reconstruction d’Ivry par Renaudie et Gailhoustet, mais pourquoi ne pas aussi intégrer Royan, Flaine, le siège du PCF et du journal l’Humanité de Niemeyer, les orgues de Flandre, les ensembles de Pouillon ou des infrastructures plus difficiles à appréhender, à l’image de la gare de Lyon Perrache, ou des bâtiments plus récents tel le ministère des finances de Chemetov? Les travaux d’autre ex-membres de l’AUA pourraient y figurer de droit. Nouveau continent, le brutalisme reste encore largement a découvrir. 

Gosstroy Residential Building, Baku, Aserbaijan, 1975. Alexander Belokon / V. Sulimova © Simona Rota
New City Hall, Pforzheim, Germany, 1962–1973. Rudolf Prenzel © Felix Torkar

 

Une esthétique ou une éthique?

La définition du brutalisme étant tellement lâche, faut-il encore employer le terme? Le livre de Banham était déjà l’acte de décès du  « mouvement », qui avait perdu son étique en devenant esthétique, devenant, pour paraphraser Anatole Kopp, plus un style qu’une cause. « Vous ne pouvez pas abandonner à la légère un terme aussi bien établi. Il possède une valeur historique. Mais il doit être employé dans son sens étroit. C’est ce qui arrive toujours avec les “Styles”. Ils ont été introduit comme terme de combat, à l’instar du “Style International” lancé par le Musée d’art moderne de New York (MoMA) en 1932, dans le cadre d’une campagne de propagande visant à orienter le modernisme dans une certaine direction. De là, le terme a vécu sa propre vie. Dans le cas du brutalisme, nous pourrions peut-être parler d’une production plus ample, un ensemble de variation modernistes que l’on pourrait appeler “brutalisation de l’architecture” » explique Jean-Louis Cohen (2). Au delà du béton brut, Oliver Elser relève quelques caractéristiques offrant le plus petit dénominateur commun du brutalisme : principalement des bâtiments publics, adaptant le modernisme au contexte culturel local. « A l’inverse du style international, le brutalisme était plutôt un style interrégional ou néorégional (…), simultanément régional et global, c’est l’architecture des nations en construction ». Ce qui explique qu’on le rencontre aussi bien dans des pays en reconstruction après la Seconde Guerre mondiale ou après les catastrophes naturelles (tremblement de terre de Skopje), l’édification des nations socialistes ou des pays récemment décolonisés, ou en cours de modernisation. Et qui laisse  à penser que le public perçoit les messages cachés derrière l’esthétique.  Finalement, le brutalisme serait-il encore une éthique, avant d’être une esthétique?_ Olivier Namias

Ben Gurion University Campus, Be’er Sheva, Israel, 1968– 1995. Avraham Yasky / Yaakov Gil / Ada Karmi-Melamed / Bracha and Michael Hayutin /Nadler Nadler Bixon Gil / Amnon Niv and Rafi Reifer / Ram Karmi, Chaim Ketzef, Ben Peleg © Gili Merin
Holy Trinity Church, Wien-Mauer, Austria, 1971–1976. Fritz Wotruba © Wolfgang Leeb

 

(1) Oliver Elser, « Just what is it that makes Brutalism Today so appealing ? A new definition from an international perspective », SOS Brutalism – A Global Survey, Deutsches Architekturmuseum/Wüstenrot Foundation/Park Books, 2017. 

(2) Jean-Louis Cohen,  « Western Europe : Beyond Great Britain: Proto-Brutalism and the French Situation », SOS Brutalism — A Global Survey, Deutsches Architekturmuseum/Wüstenrot Foundation/Park Books, 2017. 

(3) Olivier Elser, SOS Brutalism, op. cit., p.16

Demain : le Brutalisme : style révolu ou projet futur?

Eclairage urbain : Olivio Gobo chez SELUX

Eclairage urbain : Olivio Gobo chez SELUX

Point d’achoppement des municipalités où tenants de la sécurité́ et tenants des économies – et écologies – vertueuses s’affrontent, l’ eclairage reste un point crucial dans le budget des villes. Eclairer pour rassurer, éclairer pour montrer et mettre en valeur le patrimoine, enfin éclairer juste, pour limiter les émissions de lumière trop fortes et perturbatrices, bref, un challenge relevé́ haut la main par les fabricants, tant en matière d’économies que d’esthétiques propres à rallier tous les combattants.

Retrouvez notre dossier mobilier urbain – S’approprier l’extérieur – dans le numéro 383 d’Architectures CREE

© Xavier Boymond

Eclairage Olivio Gobo, SELUX

Eclairage. Complément de la gamme Olivio – des projecteurs équipés de lampes ou LED disponibles sous forme d’ensemble (plusieurs typologies de ferrures, mâts, accessoires) intégrant des caméras ou haut-parleurs – ce luminaire LED permet la projection d’images graphiques en utilisant des « gobos » en verre (pièces perforées qui laissent passer la lumière par endroit, créant ainsi des formes et dessins). Sur la base formelle d’un Olivio 300, il est disponible en lumière blanche ou multi- colore, avec une LED 6 500 K, d’une puissance de 49 W, des lentilles à focale 150, 85, 63, 45 mm.w

 

Eclairage urbain : Onyx compact chez NOWATT-LIGHTING

Eclairage urbain : Onyx compact chez NOWATT-LIGHTING

Point d’achoppement des municipalités où tenants de la sécurité́ et tenants des économies – et écologies – vertueuses s’affrontent, l’éclairage reste un point crucial dans le budget des villes. Eclairer pour rassurer, éclairer pour montrer et mettre en valeur le patrimoine, enfin éclairer juste, pour limiter les émissions de lumière trop fortes et perturbatrices, bref, un challenge relevé́ haut la main par les fabricants, tant en matière d’économies que d’esthétiques propres à rallier tous les combattants.

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Eclairage Onyx compact, NOWATT-LIGHTING, DESIGN AGATHE ARGOD

100 % solaire, cet éclairage affiche une autonomie de 6 H sous toutes les latitudes. Il repose sur deux atouts : sa carte électronique intégrant un micro- processeur (24 % de rendement contre 15 % usuels) et son bloc optique doté de cinq optiques spécifiques, fruit de deux ans de R & D pour cette marque française.

Efficacité́ : 80 150 lm/W. 3 000 K ou 4 000 K. Optiques symétriques ou elliptiques 45 mm. Cellules solaires Sunpower Backcontact. Bloc optique PMMA orientable à 220°. Vasque en verre trempé sérigraphié, structure en aluminium moulé thermolaqué. Fixations : murale, sur mât ou sur pied. Graphite et Argent. 2 kg. Dim. L 30,5 x l 17 x H 36 cm.

 

3/7 : Vous avez dit Brutalisme ? Une question de définition

Cette semaine, Architectures CREE se penche sur le brutalisme, succès architectural de la décennie. Après avoir présenté les différents indices témoignant d’une véritable brutalmania, nous revenons sur la définition du brutalisme par les historiens et théoriciens de l’architecture. Est-ce un style? Un mouvement? Ou encore autre chose?

brutalisme Finding Brutalism University East Anglia
Simon Phipps: University of East Anglia, Library, Norwich, 1962–68, architect: Denys Lasdun © Simon Phipps, Courtesy Museum im Bellpark
brutalisme Finding Brutalism Apollo Pavillion
Simon Phipps: Apollo Pavillion, Peterlee, 1969, architect: Victor Pasmore © Simon Phipps, Courtesy Museum im Bellpark

Une première explication au succès du Brutalisme tient à un paradoxe : la définition très vague du terme. Bien qu’il dispose d’un suffixe en — isme qui lui donne sa place dans les classifications d’histoire de l’art, le mot Brutalisme ne désigne pas un mouvement précis. Pas de figures ou d’animateurs éditant une doctrine applicable, pas de foyer unique pour ce qui apparaît comme un mouvement global, s’étendant de part et d’autre du rideau de fer, dans les pays occidentaux aussi bien que chez leurs anciennes possessions récemment décolonisées. Pas de bornes temporelles réelles, hormis un point de départ fixé au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, et se prolongerait jusqu’à aujourd’hui. Certains architectes dont la production est qualifiée de Brutaliste rejettent le qualificatif avec vigueur.

Un symposium international tenu à Berlin en mai 2012 a permis d’élucider quelques points de doctrine (1). L’historiographie a longtemps attribué l’origine du terme aux architectes Peter et Alison Smithson d’abord, puis au critique Reyner Banham, dans l’Angleterre des années 50. Les premiers l’auraient utilisé pour qualifier leur école de Hunstanton, le second dans un article paru dans Architectural Review en 1955 (2) en y accolant le terme « New », puis dans un ouvrage publié en 1966 (édition française en 1970) (3), depuis longtemps épuisé. Il est aussi admis que Le Corbusier a indirectement sa part dans la formation du terme. L’architecte parla de béton brut à propos de la Cité radieuse de Marseille, en raison des imperfections constructives dont eu à souffrir la « maison du fada ». Bien que brut se traduise en anglais par raw, terme qui renvoie au cru, la racine du français à prévalu.

Cette généalogie largement admise présente peut-être une version simplifiée des faits. Lors de son intervention au symposium de Berlin, Liane Lefaivre rappelle les origines suédoises du terme Nybrutalist, forgé en1950 par Hans Asplund (3). Fils de l’architecte Eric Gunnar Asplund, il établissait à travers ce terme des passerelles entre l’architecture et l’Art Brut, une forme d’expression artistique établie en 1945 par Jean Dubuffet. Les racines sont peut-être plus anciennes : Lefaivre voit les origines du « brutalisme » de  van Eyck — qui ne revendiquait pas le terme — du côté de la peinture hollandaise du 16e et 17e siècle (4). Jean-Louis Cohen retrouve les caractères du brutalisme, que nous détaillerons plus loin, dans des œuvres construites avant 1945, comme l’église de Notre-Dame du Raincy (1922-23), de Perret, ou l’église Heilig Gast de Jože Plečnik a Vienne (1913) (5). 

brutalisme reyner banham new brutalism
Couverture du livre « The New Brutalism : ethic or aesthetic » Reyner Banham, Reinhold, 1966
brutalisme reyner banham new brutalism
Reyner Banham, « The New Brutalism », Architectural Review, décembre 1955
brutalisme Eglise Notre-Dame du Raincy auguste Perret
Eglise de Notre-Dame de la Consolation du Raincy (1922-23), Auguste Perret © CRHM
brutalisme Eglise Heilig Gast de Joze Plecnik Vienne
Eglise Heilig Gast de Jože Plečnik a Vienne (1913) © Michael Kranewitter – Eigenes Werk

 

« Brutalisme », une rime à « traumatisme »

En dépit de ces exemples brutalistes avant la lettre, la date de 1945 fait consensus pour marquer les débuts du Brutalisme. « Jusqu’à son nom, le Brutalisme est inséparable de la guerre » affirme Béatriz Colomina. Si, comme certains l’affirment, le modernisme est une réponse au traumatisme de la Première Guerre mondiale (6), sa déclinaison Brutaliste est une réaction à la Deuxième Guerre mondiale. Colomina revient sur la biographie des figures architecturales de l’après-guerre, soulignant leur participation active au conflit. Colin Rowe s’orienta vers l’histoire de l’architecture parce qu’une blessure à la colonne vertébrale qu’il s’était faite lors d’un parachutage l’empêchait de se pencher trop longtemps sur une table à dessin. James Stirling, son compagnon de régiment dans l’armée de l’air, avait pris part au débarquement et fut sérieusement blessé à Caen. Les architectes Alan Colquhun et Robert Maxwell s’étaient rencontrés dans l’armée des Indes, et Colquhun fut blessé en Birmanie. Les dommages de la guerre atteignaient autant les civils que les soldats. Et nul besoin de monter au front pour éprouver les forces destructrices de la guerre. « La maison hachée par les bombes alors que les femmes sont encore dans la salle de bain, le reste de l’habitation détruite mais les papiers peints et le feu se consumant encore dans l’âtre. Qui allumera un cierge à cette sorte de surréalisme de la vie réelle », se demandait le photographe Nigel Henderson, membre de l’indépendant Group et compagnon de route des Smithsons (7). Que ce soit au Japon ou en Angleterre, on retrouve les mêmes photomontages de projets architecturaux édifiés sur les ruines et les destructions de la guerre (8). Les 600 aires de jeux construites par van Eyck dans le quartier Jordaan à Amsterdam prennent la place de maisons détruites prises à leurs occupants juifs. Dans ce sens, l’architecture brutaliste apparaît comme un projet de reconstruction, qui, par rapport aux précédentes, affirme une dimension cathartique (9), détournant l’énergie destructive au service d’un projet d’édification pouvant contenir dans les murs la brutalité du monde._Olivier Namias

brutalisme London Borough of Camden Architect’s Department
Ensemble de logements Alexandra and Ainsworth Estate, London Borough of Camden Architect’s Department (Responsable de projet : Neave Brown), Londres, Grande Bretagne, 1967–1979 © Gili Merin – Extrait du livre SOS Brutalism, Park Books, 2017
brutalisme Smithson Secondary Modern School
Ecole secondaire moderne d’Alison et Peter Smithson (aujourd’hui Smithson High School), Hunstanton, Grande Bretagne, 1949–1954 © Xavier de Jauréguiberry – Extrait du livre SOS Brutalism, Park Books, 2017
brutalisme Leningrad Electrotechnical Institute
Building 5, Institut électrotechnique de Leningrad (aujourd’hui Saint Petersburg Electrotechnical University) de Victor Leviash et Naum Matusevich. Saint Petersburg, Russie, 1965–1975 © Nikolai Vassiliev – Extrait du livre SOS Brutalism, Park Books, 2017

(1) Les actes viennent d’être publiés chez Park Books avec l’ouvrage SOS Brutalism. Contributions to the international symposium in Berlin 2012, Wüstenrot Foundation/Park Book, 2017

(2) Voir l’essai d’Ann Susan et Katie Chen, « the Mental Disorders that gave us Modern Architecture », commonedge.com (https://www.citylab.com/design/2018/01/the-perils-of-diagnosing-modernists/551096/) et la réponse de Darran Anderson « The perils of Diagnosing Modernists », Citylab.com https://www.citylab.com/design/2018/01/the-perils-of-diagnosing-modernists/551096/

(3) Reyner Banham, The New Brutalism, Architectural Press, 1966. ed. française le brutalisme en architecture, Dunod, 1970

(3) Liane Lefaivre, « Aldo van Eyck, the Humanist Rebellion, and the Reception of Brutalism in the Netherlands », contributions…, op. cit., p.77-84

(4) « cela remonte à la tradition hollandaise de la peinture du 16e et 17e siècle, qui célébrait les aspects grivois et sales de la vie de tous les jours, avec des peintres comme Rembrandt, Carel Fabritius, Peter de Hooch, Jan Steen », Liane Faivre, op. cit., p.80

(5) Jean-Louis Cohen, « Western Europe : Beyond Great Britain: Proto-Brutalism and the French Situation », SOS Brutalism – A Global Survey, Deutsches Architekturmuseum/Wüstenrot Foundation/Park Books, 2017. 

(6) Beatriz Colomina « Brutalism and War », Contributions to the international symposium in Berlin 2012, Wüstenrot Foundation/Park Book, 2017, pp.19-29

(7) Ibid., p.19

(8) voir les photomontages des Smithson pour le projet de Golden Lane (1952) et ceux plus tardifs d’Isotazaki.

(9) C’est la thèse de certains auteurs comme Emmanuel Rubio, vers une architecture cathartique (1945-2001), Éd. Donner Lieu, 2011

 

A lire dès demain : Instagram vs Banham

 

Eclairage urbain : Camouflage et Casting concrete chez Flos

Eclairage urbain : Camouflage et Casting concrete chez Flos

Point d’achoppement des municipalités où tenants de la sécurité́ et tenants des économies – et écologies – vertueuses s’affrontent, l’éclairage reste un point crucial dans le budget des villes. Eclairer pour rassurer, éclairer pour montrer et mettre en valeur le patrimoine, enfin éclairer juste, pour limiter les émissions de lumière trop fortes et perturbatrices, bref, un challenge relevé́ haut la main par les fabricants, tant en matière d’économies que d’esthétiques propres à rallier tous les combattants.

Retrouvez notre dossier mobilier urbain – S’approprier l’extérieur – dans le numéro 383 d’Architectures CREE

Eclairage Camouflage, FLOS/DESIGN PIERO LISSONI

Ces appliques murales jouent les caméléons en mettant en valeur… la lumière. Leur corps est constitué́ d’un dissipateur en aluminium avec diffuseur en polycarbonate transparent. Leurs faces visibles se déclinent en aluminium, béton, pierre marbre Crema d’Orcia et Basaltina, ou imprégnée (stucs ou peintures) blanc, gris, anthracite, noir, brun. Diam. 14 et 24 cm/Source mid – power Led ; 8 et 12 W de 786 à 1 563 lm de 2700 à 4000 K.

© Tommaso Sartori

Eclairage Casting concrete, FLOS/DESIGN VINCENT VAN DUYSEN

En hommage à Le Corbusier et la lampe conçue pour Chandigarh, cette borne en béton se veut l’archétype contemporain du modèle d’origine. Le corps est moulé en béton composé de ciment, d’agrégats et de fibre de renfort ; chaque pièce est unique. Elle est équipée d’un diffuseur en polycarbonate satiné collé au dissipateur pour garantir l’étanchéité. Source : power Led 9 W – 650/780/800 lm – 2 700/3 000/4 000 K – CRI 80.

Pergola : Aero Skype s’encastre en toiture

Pergola : Aero Skype s’encastre en toiture

Véritable galerie couverte, la pergola est, par définition, plus légère que la véranda. Mais la frontière entre ces deux constructions est de plus en plus mince, les fabricants proposant des solutions qui ne font plus le distinguo !

La pergola s’affirme comme une pièce en plus de l’habitation, comme son prolongement. « Elle est, aujourd’hui, une pièce à part entière, le système utilisé doit donc répondre aux mêmes demandes que celles de l’habitation », nous précise Fabien Chatagnon, directeur technique et industrie de Vie & Véranda (1). À tel point qu’elle est soumise à un permis de construire ou, a minima, à une déclaration de travaux si sa surface ne dépasse pas les 40 mètres carrés. Cette pièce semi-extérieur, transition entre la maison et le jardin, doit être particulièrement lumineuse mais à l’abri des intempéries. Le confort souhaité est le même que celui d’un intérieur, à l’instar des tendances pour les salons outdoor. Sa construction est pensée de plus en plus en amont, par- fois même dès la construction de la maison, comme la pergola Aero Skype, de Renson, qui est directement encastrée dans la toiture.

Renson, pergola Aero Skype

Déjà connue dans sa version autoportante ou adossée à la façade, cette pergola bioclimatique devient un élément de toiture encastrable. Elle est constituée de deux modules aux lames d’aluminium orientables et rétractables, connectées au smartphone ou à la tablette. A prévoir en amont de la construction, elle participe d’une toiture épurée libérée de tout point porteur, dégageant des vues vers le ciel. Dimensions maximales : 11,75 x 4,5 m.

 

(1) in « Extérieurs Design », n° 56.