Côté global : Calatrava s’exporte en Italie, Ole Scheeren séduit par le Vietnam, les conteneurs prolifèrent à Baie-Comeau. Côté local : les peuples autochtones du Canada s’affirment par l’architecture, Londres voudrait se doter d’un globe, l’École d’architecture de Clermont-Ferrand est en prise avec son territoire. Des scientifiques imaginent des soins pour le béton. La revue de presse du 6 février 2018 

 

Cosenza : inauguré

Et de 6! Avec l’inauguration du pont de Cosenza, le suisso-valencien Calatrava livre sa sixième œuvre italienne. L’ouvrage, destiné au trafic automobile et piéton, vient s’ajouter à une liste qui comporte un pont piétonnier à Venise (le pont de la constitution), un ensemble de trois ponts à Bologne ainsi que la gare ferroviaire Mediopadana. S’ajoute à cela deux projets non construits ou inachevés, comme la salle de spectacle Ecuba et des bâtiments pour l’université romaine de Tor Vergata, explique La Vanguardia.

Dressant sa structure à 104 mètres de haut, l’ouvrage serait le plus haut d’Europe. L’opposition municipale affirme que sa construction a été financée par un fonds d’épargne public constitué de la fin des années 70 à 1991 pour les besoins du logement social. « La boîte en acier mince du pylône a une forme quadrilatérale avec des coins arrondis. Elle est inclinée vers l’arrière pour exprimer la tension et créer une direction visuelle claire vers la ville. Les cordes et la forme de cette structure suggèrent une harpe géante », détaille l’architecte sur son site. Dans un monde en perpétuelle mutation, le design immuable des ponts du plus barde des architectes apportent une rassurante permanence.

Via La Vanguardia 

 

Londres : globe en vue?

Déjà pourvu d’un Concombre, d’un Talkie-Walkie et d’une Rape-à-Fromage, le skyline londonien va-t-il bientôt s’enrichir d’une Balle de Golf? Selon The Guardian, qui a pu avoir accès aux plans, une sphère de verre plus haute que la cathédrale Saint-Paul est en projet du côté du parc Olympique à l’est de la capitale britannique. Le promoteur MSG a chargé l’agence Populous, spécialiste des stades et grandes salles de concert, de la conception de cet équipement qui accueillera 20 000 personnes, autant que le Millenium Dome de Greenwich, d’ailleurs une œuvre de Populous (ex-HOK sport). Le London Legacy Development Corporation (LLDC), l’autorité chargée de l’aménagement de la zone olympique, affirme ne pas être au courant d’éventuels projets « nous n’avons entamé aucune discussion officielle avec aucune des parties concernées par ce site. Après l’abandon du projet précédent de snow dome (une piste de ski fermée comme à Dubai), nous n’avons reçu aucun dossier complet ni tenu aucune réunion préparatoire ». Proche de Trump, le directeur exécutif de MSG James Dolan est pris dans la tourmente de l’affaire Weinstein : il aurait eu connaissance des agissements du producteur et n’aurait rien dit. Sur l’affaire de la Balle de Golf, il a l’air tout aussi muet. Elle fait pourtant 130 mètres de haut, ce qui la rend difficile à cacher!

Via The Guardian 

Via The Guardian

 

Canada : vers une architecture Innus

Les revendications des membres des premières nations explosent avec la démographie de ces populations autochtones du Canada. Après avoir donné leur nom au pays — kanada veut dire « village » en Huron Iroquois — elles demandent de rebaptiser nombres d’avenues et bâtiments publics de l’État à la feuille d’érable. Elles s’affirment également à travers l’architecture « Pour passer de la tente à la maison, ça a pris peut-être 50, 60 ans, explique le technicien pour le Musée Shaputuan à Sept-Îles, Jean St-Onge. On a su s’adapter, on s’adapte encore et on va s’adapter encore. » Dans la dernière année seulement, les Premières Nations de la Côte-Nord ont bâti ou agrandi plusieurs écoles, deux centres de santé ainsi que de nombreux logements, entre autres. Le style architectural première nation se reconnaît à « la présence de lumière naturelle, des plafonds hauts, des analogies avec la nature, la tente ou les symboles traditionnels. “Les couleurs terres, des couleurs chaudes, ce sont des couleurs qui ramènent beaucoup aux traditions”, résume Julie Foster, associée de l’agence DMG architecture. Autres traits, la forme du cercle, qui structure plusieurs bâtiments Innus, peuple autochtone du Labrador. Elle “évoque la tente, la rencontre autour d’un feu, mais aussi le tambour, objet spirituel de première importance. En érigeant des bâtiments modernes, mais au style unique, le Conseil de bande de Uashat-Maliotenam espère prouver que les Innus de la Côte-Nord peuvent innover tout en restant fidèles à leur identité et leurs racines”. Une nouvelle version du régionalisme critique…

Via Radio-Canada 

 

Baie-Comeau : Halte aux laids conteneurs

Toujours au Canada, à 400 kilomètres au nord de Québec, la municipalité de Baie-Comeau veut réglementer l’usage des conteneurs. Ils prolifèrent dans cette petite cité portuaire, où les commerçants les utilisent comme espace de stockage, ce qui leur évite de déménager ou d’entreprendre d’agrandir leurs locaux. La mairie estime qu’ils dégradent le paysage. “Dorénavant, les propriétaires de ces équipements devront formuler une demande d’autorisation au conseil consultatif d’urbanisme, par le biais du service d’urbanisme de la Ville, afin de se conformer à la nouvelle réglementation. ‘Ça va être analysé au mérite. Il va y avoir des critères d’utilisés pour déterminer si c’est acceptable ou pas ce qu’ils nous proposent et ça va être soumis au conseil (municipal) pour décision finale’, explique le directeur général, François Corriveau, en parlant de cas par cas”. Suggestion d’Architectures CREE : lancer un concours d’embellissement des conteneurs auprès des écoles, les étudiants étant très familiers de ces boîtes-reine du commerce mondialisé.

Via Le Manic

Baie-Comeau modifie son règelement de zonage afin d’encadrer l’usage de conteneurs maritimes (photo) à proximité des commerces et entreprises. Photo archives Le Manic

 

Clermont-Ferrand : Retour à Sabourin

En septembre 2015, l’École nationale supérieure d’architecture de Clermont-Ferrand (ENSACF) a quitté ses locaux exigus du centre ville pour emménagé dans l’ancien Sanatorium Sabourin, désaffecté depuis le transfert du service de pneumo-phisiologie et autre service à compétence thoracique et vasculaire fin 1997. Deux ans et demi après, le quotidien La Montagne est allé visiter les locaux réhabilités par Du Besset-Lyon. Les nouveaux occupants respirent bien, merci pour eux “En pénétrant dans l’école (…) on a l’impression de mettre les pieds dans une start-up californienne. Le grand hall d’entrée est le lieu de vie. De réunion. Un bar (‘Parfois, il y a des tireuses à bière, c’est une idée des profs’), une table de ping-pong faite par les élèves. Chaises. Hamacs”. Et ce n’est pas qu’une mise en scène arrangée pour le hall “En se promenant dans les étages, l’impression persiste. Des élèves partout. Assis sur les tables, les bureaux. En train de manger, de discuter avec passion. Sur quatre étages, nous croisons un professeur. Un vent de liberté, de créativité souffle. Parce qu’il ne faut pas croire, les élèves sont en plein travail. Il suffit de s’approcher de l’un de leurs tableaux. ‘L’ambivalence de la Meuse dans une péréquation architecturale…’ C’est du sérieux! ». L’ouverture de l’école s’est accompagnée de la création de logements étudiants, cinémas, qui concourent à la revitalisation de ce quartier du nord de Clermont. L’architecte et enseignant Simon Teyssou détaille l’esprit qui anime la formation, qui se veut proche du terrain et les enjeux des territoires ruraux “‘On ne veut pas que nos élèves refassent le Guggenheim. On veut qu’ils aient un rôle dans la société’. C’est pour ça que nous faisons beaucoup d’immersion. ‘Pour qu’ils n’oublient pas que des gens vivent dans leurs créations. Il est primordial de faire redescendre l’architecture de son élite.’ Pour Simon Teyssou, ‘l’esthétique a longtemps prévalu sur la pratique, aujourd’hui c’est l’inverse. L’esthétique est devenue presque tabou’. Less Aesthetics, more Ethics : c’était déjà le motto de la Biennale de Venise 1999, dirigée par Fuksas. Un slogan péché du côté des brutalistes de l’après-guerre. Less Aesthetics, More Tabus sera-t-il le cri de ralliement de la nouvelle génération

Via La Montagne 

L’école d architecture de Clermont-Ferrand vue d’intérieure le 10 janvier 2018. © Francis CAMPAGNONI via la montagne
L’école d architecture de Clermont-Ferrand vue d’intérieure le 10 janvier 2018. © Francis CAMPAGNONI via la montagne
L’école d architecture de Clermont-Ferrand vue d’intérieure le 10 janvier 2018. © Francis CAMPAGNONI via la montagne
L’école d architecture de Clermont-Ferrand vue d’intérieure le 10 janvier 2018. © Francis CAMPAGNONI via la montagne

 

Saigon : bienvenue à Empire City

Direction Saigon, ou Ole Scheeren vient de démolir les plans d’Empire City, un micro-quartier construit en bord de rivière autour d’un gratte-ciel de 333 mètres de haut, qui ‘promet une forêt dans le ciel’ et évoque dans ses parties basses ‘les rizières du nord du pays’. L’ancien associé de OMA et ex-compagnon de l’actrice hongkongaise Maggie Cheung se dit étonné par la vitalité du Vietnam ‘L’architecte ajoute : ‘Il y a dans ce pays une véritable volonté de réfléchir sur la croissance de la ville. Ce n’est pas une réflexion purement économique. L’économie joue un rôle, mais il y a vraiment une ambition de créer des lieux qui ont du sens pour les habitants de la ville et de créer une nouvelle identité qui liera leur passé et leur futur. Sur place, je constate un incroyable esprit d’entreprise, une grande culture de la start-up et même un goût pour le co-working. Toutes les choses dont nous parlons dans le monde occidental se développent intensément à Ho Chi Minh. Je suis impatient de voir comment nous pourrons participer à cet élan entrepreneurial avec l’architecture’’. D’après le site belge 7 sur 7 qui publie l’article, 58 % des lecteurs ont jugé l’info intéressante, 4 % réjouissante, 23 % la trouvent inquiétante ou déprimante, et 1 % énervante. On espère les Vietnamiens plus ouverts à l’art moderne.

Via 7 sur 7 

© Bureau d’architecture Ole Scheeren.
© Bureau d’architecture Ole Scheeren.
© Bureau d’architecture Ole Scheeren.
© Bureau d’architecture Ole Scheeren.

 

Un champignon pour guérir le béton malade

Dure nouvelle pour tout ceux, nombreux, qui recherchent activement le termite mangeuse de béton. Une équipe de scientifiques des universités Binghamton et Rutgers conduite par un certain Congrui Jin vient de découvrir un champignon capable de régler les microfissures qui apparaissent à la surface du béton, menaçant à terme son intégrité plastique et structurelle. Après plusieurs tâtonnements, les chercheurs ont testé 20 espèces susceptibles de résister aux conditions chimiques extrêmes auxquelles est soumise cette pierre liquide. ‘Tous moururent, sauf un : le Trichoderma reesei.(…) Le T. reesei est un champignon respectueux de l’environnement, ‘il n’est pas toxique et reste inoffensif pour la santé, et s’utilise dans différents procédés industriels’. L’expression ‘aller aux champignons’ désignera-t-elle demain un soin du béton plutôt qu’une promenade en forêt?

Via Xataka

Via Xataka

 

Olivier Namias