Europan 14 : les villes productives

Partant du constat que le fonctionnalisme du XXe siècle a légué des villes hétérogènes où se juxtaposent les quartiers, Europan 14 poursuit sa démarche envers une ville mixte et adaptable, et s’emploie à réinjecter l’économie productive en cœur de ville.

 

Tandis que le capitalisme industriel du XIXe et XXe siècle a laissé derrière lui des villes fragmentées, portions d’une mosaïque fonctionnaliste sectorielle, les politiques urbaines actuelles s’entendent sur une ville mixte et multifonctionnelle.

Pour autant, elles n’arrivent pas à inverser la tendance, et excluent bien souvent l’économie productive de toute programmation. Le pari d’Europan 14 consiste alors à réinjecter en centre ville la production, trop longtemps reléguée en périphérie. L’appel à idées questionne, non pas la crise économique, mais bien sa mutation liée au numérique. Entre mondialisation et nouvelles activités, la production tendrait à se démocratiser. Selon un scénario d’anticipation prospectif, le citoyen consommateur va devenir producteur (coworking, coproduction, fab-lab…) et ira jusqu’à participer à la production urbaine en étant capteur de son environnement. L’activité productrice se (ré)introduira dans le logement. De facto, devront s’engendrer circuit court et production locale amenant à l’autosuffisance des villes. A l’urbanisme planifiant des quartiers entiers est préféré l’urbanisme d’acupuncture ; autrement dit, des archipels en réseau. Ainsi, l’usage productif participerait à la couture urbaine des zones isolées et au désenclavement des sites à usage monofonctionnel, parfaitement autarcique. Plutôt que la juxtaposition sont souhaités l’interaction, l’intégration, l’hybridation. A la dichotomie est préféré la synergie. Un jargon que l’on connait bien (parfois véritable tarte à la crème) mais qui semble pourtant, avec les villes productives, prendre ici tous son sens.

 

Europan 14 : 45 sites à rendre productif

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Le laboratoire prospectif Europan, en partenariat avec les villes, met à disposition des candidats 45 sites dans 15 pays, dont 11 sites français qui ont été présentés mercredi 15 février 2017 à la Cité de l‘Architecture et du Patrimoine. Les équipes sont invitées à retisser du lien autour du centre commercial vieillissant de Toulouse ; participer à la reconversion en cours d’une zone industrielle en friche caractérisée par des sheds à Amiens; produire et habiter dans la ville nouvelle atrophiée de Grigny et Ris-Orangis ; relier campus, parc scientifique et habitat à Besançon ; reconvertir une friche textile en mettant à profit éléments patrimoniaux et fleuve à Guebwiller ; revaloriser tourisme, habitat et usage du véhicule dans la ville enclavée d’Aurillac ; intégrer le port à la ville de Lille ; maintenir et amplifier la zone d’activité d’Angers ; réinvestir le site des industries polluantes et malodorantes de Bègles, tout en profitant de la rocade et du fleuve ; transformer une coupure en couture, en réinvestissant la gare ferroviaire d’Evreux jusqu’à sa rue commerçante ; repenser le modèle d’intégration des nappes automobiles de Renault et Citroën, parallèlement à la valorisation d’un écoquartier en cours à Pantin.

Autant de sujets martelés d’une zone d’influence et d’une zone de projet, qui appellent à décloisonner les poches d’activités, palier aux problématiques de coupure urbaine, revoir les modes de déplacement, valoriser le patrimoine bâti ordinaire et les cathédrales de l’industrie, reconsidérer les ressources locales, constituer des typologies hybrides, travailler à l’échelle du micro et du maxi…

Les organisateurs du concours Europan poussent à sortir des stratégies de planification usuelles et des réglementations, au profit de ruses méthodologiques. Une invitation à la création et l’imagination, « utopies possibles » à appliquer aux territoires urbains.

Amélie Luquain

 

Résultats du concours : Les lauréats d’Europan 14 imaginent des villes productives, en 3 volets

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