Le nouveau Longchamp, une course hippique

Le nouveau Longchamp, une course hippique

Bâti en 1857 sous Napoléon III, l’hippodrome de Longchamp n’en est pas à la première réhabilitation de ses tribunes. Mais le projet de démolition, rénovation, reconstruction prévu pour 2017 sera certainement l’un des plus exemplaires !

Reconnaissance internationale

La rénovation de Longchamp a pour but d’inscrire l’hippodrome sur la scène internationale et de lui offrir une qualité d’adaptation selon la fréquentation, entre courses de galop à très forte notoriété, comme le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe qui rassemble 60 000 spectateurs, et des réunions de courses régulières à public restreint.

Pour ce faire, Dominique Perrault Architecture a été sélectionné lors d’un concours lancé en 2011, grâce à un projet qui respecte l’histoire des lieux tout en lui conférant une grande modernité. Les tribunes de béton armé de l’hippodrome, conçu par Charles Adda en 1919, à cette époque architecte attitré des sociétés hippiques de Paris, vont être en grande partie démolies plutôt que rénovées, pour des raisons de coût, de respect des délais et d’adaptabilité puisque l’hippodrome sera polyvalent et accueillera d’autres activités.

 

Architecture en mouvement

DPA Nouveau Longchamp_Vue aérienne

« La structure légère du bâtiment efface l’architecture au profit de la transparence et des vues de chaque coté vers le paysage et les pistes. L’idée est d’ouvrir plus largement l’hippodrome au public, comme un jeu de circulation indépendante de toute la partie technique, une promenade au milieu de la nature parallèlement aux courses. » Dominique Perrault

Dominique Perrault propose une architecture en « mouvement », à l’image d’un pur-sang au galop, qui accompagne la ligne de la piste. En structure légère, elle n’a ni avant ni arrière, et propose une double orientation maintenant des relations permanentes entre l’espace de préparation et la piste : les tribunes seront en surplomb coté champ de courses et en balcon face au rond de présentation. Elles seront coiffées d’un bâtiment de verre transparent, offrant des vues panoramiques sur Paris et accueillant restaurants et loges privatives. Ainsi, les tribunes deviennent plus poreuses, plus ouvertes. Ramenées à 100 m de long, elles viennent valoriser l’environnement et tisser un lien intime avec le bois de Boulogne.

 

Grande envergure

Financé en grande partie par France Galop, ce projet à 131 millions d’euros sera construit par Bouygues Bâtiment IDF. Sa structure mixte en métal, bois et béton est estimée à 600 000 heures de production, 400 compagnons et 50 conducteurs de travaux.

Ce week-end du 3-4 octobre, nous assisterons donc au dernier Qatar Prix de l’Arc de Triomphe dans le Longchamp que l’on connait actuellement. Ce prix sera d’autant plus exceptionnel que la jument Trêve, qui a déjà gagnée deux fois la course, va retenter le challenge. Du jamais vu dans l’histoire des courses !

 

Amélie Luquain

 

Courtesy France Galop / DPA

La BPO, opération sauvetage

Un bâtiment emblématique du patrimoine du XXe siècle est menacé de disparaître. Cette fois-ci, la Banque Populaire de l’Ouest de Montgermont (BPO) conçue par Odile Decq et Benoit Cornette est dans le collimateur.

 

Construit en 1990 et situé dans la périphérie de Rennes, en Ile et Vilaine, l’immeuble de la Banque Populaire de l’Ouest de Montgermont (BPO) est menacé de démolition pour des raisons financières. Conçue par les architectes Odile Decq et Benoît Cornette, qui se sont vus récompensés d’un Lion d’or à la biennale de Venise en 1996 pour sa conception, la BPO allie recherche spatiale et innovation technique.

 

Un bâtiment emblématique

BPO

Spatialement, elle se distingue par son implantation dans un site vierge de 7 hectares et par le travail de stratification de sa façade principale. Celle-ci joue sur deux plans verticaux dissociés (prémices de la double peau), fruit d’une réflexion sur les notions d’entre deux, de dehors et dedans, de parcours.

BPO

BPOTechniquement, cet immeuble de bureau est le premier en France à être construit intégralement en charpente métallique. Quand à la façade en double vitrage vissé suspendu, développée avec Peter Rice et son bureau d’ingénierie RFR, elle est des plus emblématiques. Par ailleurs, c’est la première fois qu’un ascenseur est entièrement panoramique.

De fait, par ses innovations, la BPO se situe à un moment charnière de l’évolution de l’architecture tertiaire. Elle s’inscrit dans le même courant « high-tech » que la tour HSBC à Hong Kong conçue par Norman Foster en 1985, et le siège de la Lloyd’s à Londres de Richard Rogers livré en 1986.

 

Un bâtiment reconnu

BPO

BPOPrimé pas moins de 12 fois au niveau national et international – dont le Benedictus Award à Washington en 1994 – pour son concept innovant, ce bâtiment à l’identité forte a fait aussi l’objet de plusieurs thèses.

Né de l’association d’un couple d’architectes de renom, il figure dans le parcours de la Galerie moderne et contemporaine de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine de Paris. Sa maquette est également visible au Palais de Chaillot.

 

Un bâtiment menacé

BPO

Bien qu’une rénovation et plusieurs possibilités de reconversion permettraient la conservation de ce patrimoine breton, Odile Decq n’a qu’un mois pour sauver la vie de sa création. De fait, une pétition visant à sauver l’immeuble de la destruction circule sur Internet.

 

Venez signer cette pétition :

http://chn.ge/1HalEDH

 

Alejandro Aravena dirigera la Biennale de Venise

Alejandro Aravena dirigera la Biennale de Venise

Alejandro Aravena, membre fondateur de l’agence chilienne Elemental, a été nommé directeur de la 15ème Biennale d’Architecture de Venise.

 

Ce 18 juillet 2015, le conseil d’administration de la Biennale de Venise, présidé par Paolo Baratta, à choisi Alejandro Aravena comme directeur du secteur Architecture. Succédant à Rem Koolhaas, celui-ci se voit confier la lourde responsabilité d’organiser la 15ème Exposition Internationale d’Architecture qui se déroulera du 28 mai au 27 novembre 2016.

« Il y a plusieurs combats qui ont besoin d’être gagné et plusieurs frontières qui doivent être repoussées afin d’améliorer la qualité de l’environnement bâti et par conséquent la qualité de vie des gens, déclare Alejandro Aravena. Voilà ce que nous aimerions que les gens puissent voir à cette 15ème exposition internationale d’architecture: des histoires de réussites qui méritent d’être dites, et des cas exemplaires où l’architecture a fait, et fera la différence dans ces adversités qui valent la peine d’être partagés»

Né au Chili en 1967, Alejandro Aravena est diplômé de l’université catholique d’architecture du pays. En 1994, il fonde l’agence Alejandro Aravena Architects, pour laquelle il a conçu dernièrement le centre d’innovation Angelini (2014), ainsi qu’un bâtiment pour Norvatis dans leur nouveau campus en Chine (2015)… Depuis 2006, il est le directeur exécutif d’Elemental, connu notamment pour leur intérêt en faveur du logement social avec le projet Quinta Monroy de 93 habitations au Chili, bien que le panel de l’agence ne cesse aujourd’hui de s’élargir. Le travail d’ Alejandro a été maintes fois primé: Design of the Year (London Design Museum, 2015), 1st Prize of Zumtobel Global Award (Austria, 2014), World Green Building Council Chairman’s Award (USA, 2014) et bien d’autres. Ses projets ont également été présentés à travers le monde, notamment à la Biennale d’Architecture de Venise en 2008 et 2012. A noter que l’architecte est membre du jury du prestigieux Pritzker Price depuis 2009.

Pour en revenir à l’exposition, Paolo Baratta confirme que celle-ci durera 6 mois, compte tenu de l’augmentation constante de sa fréquentation. La Biennale de Venise est devenue un moment incontournable de l’architecture, véritable lieu de pèlerinage pour les étudiants et professionnels du monde entier.

Pôle de conservation du musée du Louvre à Liévin

Pôle de conservation du musée du Louvre à Liévin

A l’horizon 2018, le musée du Louvre se verra doté d’un nouveau pôle de conservation situé à Liévin conçu par le célèbre architecte du Centre Pompidou, Richard Rogers.

 

Pôle de conservation du musée du Louvre à Liévin (Nord-Pas-de-Calais)

… le groupement Rogers Stirk Harbour + Partners, architecte mandataire – et auteur du nouveau World Conservation and exhibition Center du Bristish Museum – et les français Mutabilis Paysage (paysagiste), Egis Bâtiment Nord (BET), Inddigo sas (bureau d’études environnementales) et VPEAS sas (économiste). Une équipe franco britannique qui s’inscrit dans la dynamique voulue par la région Nord Pas-de-Calais.

 

Plan incliné dans la continuité du paysage

Le bâtiment imaginé couvre 20 000 m2 (dont 10 000 de réserves) sur lequel la nature s’investit généreusement. En effet, mettant à profit la topographie du terrain dans le prolongement d’une coulée verte, le groupement a imaginé un toit végétalisé incliné, dans la continuité du paysage, minimisant ainsi l’emprise du bâtiment, tout en se servant des contours naturels du site. Ce sol incliné intègre la diversité de volumes de la collection et par un bâti de haute masse thermique lui assure la stabilité climatique requise pour une bonne conservation des œuvres.

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La frange ouest du parc met en valeur le travail de conservation de la collection exceptionnelle ; une grande vitrine révèle les activités dans une bande faisant l’interface avec les collections au sein du bâtiment. Un jardin à niveau offre l’espace, les vues et la lumière à ceux qui travaillent. Cette zone est connectée aux collections par le « boulevard des œuvres », axe logistique reliant la réception aux réserves et à l’aire de livraison.

 

« Le bâtiment est un parc, il devient paysage »

Ses concepteurs n’hésitent pas à le comparer à une œuvre de Vauban par la force classique de murailles en béton cadrant la masse du paysage.

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Espace de détente

Deux parois déterminent deux axes de circulation ainsi que la distribution des réseaux et la ventilation enterrée en toute discrétion.

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Espace de traitement des œuvres

L’armature de la structure, simple, définit et réunit l’ensemble des volumes avec un souci de flexibilité pour des aménagements ultérieurs. Une série de voûtes se fait l’écho des reliquaires des cathédrales soulignant la valeur du contenu qu’elles abritent.

louvre liévin

L’intégration du bâtiment dans le paysage et son déploiement sur un seul niveau en fait un projet contemporain et intemporel à la fois, reflet d’une sobriété réfléchie et élégante.

 

250 000 œuvres conservées actuellement dans plus de 60 réserves y seront transférées dès la livraison fin 2018, pour être à proximité immédiate du Louvre Lens. L’externalisation des œuvres a pour but de les mettre à l’abri et de constituer un pôle d’études et de recherche, l’un des plus grands d’Europe, au service du rayonnement du musée du Louvre.

 

Parcelle : 40 000 m2

Budget de l’opération : 60 millions d’euros (estimation)

Budget de la construction 35 millions HT

Financement : 51 % par le Louvre et 49 % par le Conseil régional du Nord-Pas-de–Calais.

 

Courtesy Rogers Stirk Harbour + Partners

Paris favorable à la Tour Triangle 2

Après le feu vert donné à la rénovation de la Samaritaine, le 19 juin, et aux tours Hermitage à la Défense, le 24 juin, c’est aux architectes Herzog & De Meuron de voir leur projet de Tour Triangle validé le 30 juin par le Conseil de Paris.

 

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La tour Triangle depuis l’arc de triomphe

Officiellement présenté le 28 septembre 2008, cet Immeuble de Grande Hauteur (IGH) a subi un scrutin négatif en novembre 2014. Suite à un recours devant le tribunal administratif, porté par la maire PS de Paris, Anne Hildago, le promoteur Unibail-Rodamco revoit son projet.

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La tour se dévoile au bout de la rue de Vaugirard

Situé porte de Versailles dans le 15ème arrondissement, ce gratte ciel à l’emprise au sol trapézoïdale de 35 m de large et de 16 m au sommet vient marquer le paysage parisien. Du haut de ses 180 m, soit 42 étages, il accueille essentiellement des bureaux. Leurs surfaces ont été révisées, passant de 80 000 m² à 70 000 m², permettant de dégager un espace de coworking, une crèche de 60 berceaux, et un centre de santé. Le lien avec la ville est lui aussi renforcé. En plus d’une nouvelle rue commerçante formant un trait d’union urbain entre Paris et Issy-les-Moulineaux, un atrium de 850 m² offre un espace public, tandis qu’au R+1 se trouve un centre de conférence et au R+2 un espace culturel.

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Avenue Ernest Renan, trait d’union urbain commerçant

Entre le douzième et le dix-septième étage se loge un hôtel 4 étoiles de 120 chambres, un sky bar avec vue panoramique et un restaurant ouvert à tous. Tout en haut, après une montée dans des ascenseurs panoramiques inclinés et vitrés, un restaurant offre des perspectives inédites, en plus d’un belvédère situé au plus haut point. Par ailleurs, équipée de capteurs solaires et d’un système à géothermie, la tour augmente ses performances de 40% par rapport à la RT 2012 et est soumise aux certifications HQE et BREEAM. Son positionnement est prévu pour générer des ombres uniquement au dessus des halls du parc des expositions. Le projet de 92 200 m² s’inscrit dans la logique du Grand Paris.

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Synergie renforcée avec le parc des expositions

Anne Hildago a jugé cette nouvelle version « plus intéressante, plus riche, plus forte dans son lien avec la ville ». Le centre et la droite s’étant ralliés, c’est avec 87 voix pour et 74 contre que le projet Tour Triangle 2 verra ses travaux débuter fin 2016 pour être achevé en 2020.

Amélie Luquain

Courtesy © Herzog & de Meuron / SCI Tour Triangle

Site officiel de la Tour Triangle

 

Fundación Alumnos 47, architecture en transgression

Fundación Alumnos 47, architecture en transgression

Didier Faustino a vu son projet pour la Fundación Alumnos 47 validé. Amenée à ouvrir à l’horizon 2016, la fondation avec bibliothèque et résidence d’artistes à Mexico City (de plus de 1000 m²) est le premier projet d’une telle envergure pour l’artiste / architecte franco portugais, fondateur du bureau des Mésarchitectures en 2002.

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Prônant le croisement entre les arts et se jouant de leurs frontières, il dépasse sans cesse les limites, défiant les systèmes préétablis, explorant des « espaces entres-deux » perturbateurs et le plus souvent dérangeants. Pour cet homme à la double casquette, la transgression est vitale dans une profession de service qu’est l’architecture. Libéré des codes, il ambitionne d’offrir de nouvelles expériences aux corps individuels et collectifs, une relation intime entre le corps et l’espace. Il est en quête de ce qui est entre : le social et le marginal, le privé et le public.

Alumnos

Ces espaces, Didier Faustino les expérimentent dans le projet de la Fundación Alumnos 47, une organisation qui souhaite sensibiliser le grand public à l’art contemporain à travers une approche pédagogique. Sans ordonnancement programmatique apparent, le projet AL47 créé un espace sous forme de flux continu dont les trajectoires et dépressions révèlent un corps caverneux à coloniser.

Alumnos

Croisant espaces publics et espaces privés, cette structure de travail et centre culturel fait le lien entre la maison historique de la Fondation et la rue. Le dessin final du projet paraitra en septembre.

AlumnosEn attendant, rendez-vous à Grenoble à la rentrée où le centre d’art Le Magasin accueillera une exposition rétrospective de Didier Faustino sur 800 m², intitulé Des corps et des astres.

 

Voir aussi : Des Corps et Des Astres

Un tramway ambitieux

Un tramway ambitieux

L’atelier Nouvelles Mobilités : l’Ambition du Tramway dévoilera lors des prochaines « Rencontres nationales du transport public » à Lyon (du 30 septembre au 2 octobre 2015) le bilan d’un travail expérimental. Réunissant une trentaine d’acteurs de la filière industrielle du tramway autour du président de l’association Roland Ries, ce « Serious Game » s’est échelonné sur 4 séminaires depuis le 28 janvier. Il a pour but d’aider les élus locaux à la décision dans le domaine de la mobilité et des Transports en Commun en Site Propre (TSCP).

 

Le tramway avant, et aujourd’hui ?

Commençons tout d’abord par un bref rappel historique. En l’espace de 150 ans, le tramway a tout connu, tout vécu. Depuis son âge d’or débutant au milieu du XIXe siècle, jusqu’à son éradication après-guerre au profit de la voiture, symbole de la modernité, le tramway moderne fut réinstaller dès 1985 à Nantes, ville pionnière en la matière. Suivront Grenoble, Rouen, Strasbourg, l’Ile-de-France puis le phénomène ne cessera de s’accroitre pour devenir une véritable mode. Si aujourd’hui ces histoires sont d’ores et déjà derrière nous, il est temps d’anticiper sur un nouvel avenir pour le tramway, ce que propose l’atelier.

tramway

 

Entre réflexion urbaine et économique : un démonstrateur d’idée

En quelques mots, l’ambition est de construire à partir d’une ville imaginaire un « démonstrateur », force d’idées et de propositions permettant d’optimiser un tramway sous tous les angles. Il s’agit de le repenser comme étant un des outils facilitant les déplacements urbains mais dans le contexte financier des collectivités locales d’aujourd’hui. Il y a donc un réel intérêt à rentrer dans le projet par la porte de l’économie. Un des enjeux majeurs étant de réduire les coûts par l’optimisation technique, et aussi par une économie sur l’investissement en acceptant un fonctionnement de moindre confort épisodiquement. Mais le projet ne s’arrête pas la, il va aussi de paire avec une réflexion urbaine. Il convient de réfléchir sur les zones de pertinence du tramway en vue d’une intensité urbaine intramuros (à contrario de l’étalement urbain) et d’intégrer ce mode au sein d’un réseau de transport qui est forcement diversifié, où les différents modes se doivent d’être complémentaires. Il faut réfléchir sur un optimum en adéquation avec un territoire donné et ses spécificités, et les choix de mobilités urbaines.

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Ainsi, cette expérimentation virtuelle dans une ville fictive, menée à partir du modèle du tramway à la française, a donné lieu à une estimation du cout du tramway à 14,5 millions d’euros du km contre 25 millions actuellement. Ce projet, loin d’être utopique mais développant des possibles, sera narré dans un roman sous une forme didactique agrémentée de tableaux, schémas et images, à paraitre à la rentrée.

Amélie Luquain

 

Les «Tournesols » de James Cameron

Les «Tournesols » de James Cameron

Sun Flowers, des panneaux solaires en forme de tournesols géants dont les pétales s’orientent comme la fleur pour capter l’énergie solaire. Un concept original conçu par James Cameron et ses ingénieurs pour alimenter une école à Calabasas (banlieue de Malibu) gérée par sa femme.

Sun Flowers, quand la poésie se fait High Tech

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James Cameron – le réalisateur de film à succès, à l’instar de Terminator (1981), Titanic (1998), et dernièrement Avatar (2009) – ne cesse d’innover. Après le Submersible, il nous dévoile sa dernière création : un bouquet de cinq fleurs de soleil offert à sa femme en guise de cadeau d’anniversaire.

« Mon incroyable mari sait vraiment comment donner à une femme un bouquet de fleurs. » Suzy Amis Cameron

Ces fleurs photovoltaïques géantes génèrent quotidiennement 300 kwh par jour d’énergie, alimentant jusqu’à 90% des besoins énergétiques de la MUSE School, école développée autour des questions d’environnement et de durabilité, co-fondée par l’épouse du cinéaste.

sun flower

Constituées de cinq trames distinctes qui sont soudées individuellement, puis boulonnées ensemble, avec 14 « pétales » soudées sur le pourtour, ces fleurs de soleil atteignent 4,90 m de haut et 9 m de diamètre. Un tracker central utilise des calculs astronomiques pour déterminer la position du soleil, permettant à la fleur d’en suivre la course. Un anémomètre mesure la vitesse du vent engendrant une position de rangement plat lorsque le vent est trop fort.

Cette « œuvre d’art fonctionnelle » à la fois « amusante et symbolique » exprime le sujet de l’énergie solaire de manière didactique.

« Je pense que c’est une belle façon d’exprimer l’essence même de ce qu’est l’énergie solaire. » James Cameron

Le brevet des Sun Flowers sera déposé en « open source », encourageant des projets similaires. Un tableau de bord numérique, permettant de mesurer la quantité d’énergie produite par les fleurs et celle consommée par l’école est en cours d’élaboration. Servant d’outil aux étudiants, le projet sera intégré au programme scolaire.

La famille Cameron se veut un modèle d’incitation à profiter d’une puissance libre, dans un objectif de protection de l’environnement.

Art Basel, grand-messe de l’art contemporain

Après Hong-Kong, et avant Miami en décembre, Art Basel ferme ses portes aujourd’hui à Bâle : retour sur quelques moments forts de cette 46e édition, qui est toujours l’une des foires mondiales incontournables.

Art Basel, c’est une plongée en immersion totale dans l’art contemporain. Durant une semaine, la ville entière bat au rythme de l’événement, entre les sites majeurs incontournables et les foires associées. S’y croisent galeristes, artistes, mécènes, collectionneurs, occasionnels et confirmés, à côté d’un public bien plus large, curieux, amateurs, qui viennent prendre le pouls de ce qui se crée, se vend, déambulant parmi les stands comme dans un musée chaotique, dans une effervescence communicatrice. Tour à tour, chacun se perd, revient sur ses pas, retrouve un nom, reconnaît d’un coup d’œil au loin un Richter ou un Kiefer, quand ailleurs des œuvres de Jeff Koons sont à peine accessibles, protégées par des gardes du corps attitrés. Cette ruche où les cotes se font et se défont, c’est le cœur d’Art Basel, avec ses 284 galeries internationales, ses 4000 artistes, et des œuvres de la période moderne jusqu’à nos  jours. Parmi les faits d’armes de cette 46e édition, on notait à la vente un tableau  » Horse and Cows  » de Max Ernst, réalisé vers 1919,  ou une toile d’Yves Klein, de deux mètres de large, datant de 1861, créée avec un lance-flamme industriel. Cette juxtaposition des courants et des époques, c’est aussi une facette d’Art Basel,  une façon de garder cette capacité à créer le « hype », tout en conservant les « valeurs sûres » d’investissement.

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Marlborough Fine Art Julius von Bismarck | Egocentric system, 2015 © Art Basel

Pour les adeptes du monumental, l’immense hall de l’entrée abrite chaque année la section bien nommée « Unlimited ». Là, loin d’un parcours de galeries, c’est un slalom jubilatoire qui était proposé cette année autour de 74 oeuvres  XXL, le visiteur étant accueilli dès l’entrée par l’étrange, caustique, voyeuriste et dérangeante performance de Julius von Bismark, « Egocentrique système », dans laquelle, assis à une table, l’artiste vaque à ses occupations dans un paraboloïde tournant.

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Galleria Continua, Ai Weiwei | Stacked 2012 © Art Basel

Parmi les autres sculptures et installations,difficiles de ne pas s’arrêter au pied de  la plateforme de roues de 760 vélos du Chinois Aï Weiwei,  ou près de l’œuvre grinçante de Kader Attia  inspirée du printemps Arabe, reprenant une scène d’un musée égyptien pillé à côté des manifestations : il utilise les mêmes vitrines, brisées durant l’attaque, qu’il explose à nouveau à coup de pierres à chaque présentation de l’œuvre. Plus loin on se détend devant les vidéos légères et drôles de Martin Creed , qui met en scène une traversée de rue, à travers différentes façons de marcher, ou la poésie lumineuse et astrale d’un Olafur Eliasson inspiré.

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Galleria Continua, Kader Attia | Printemps arabe 2014 / © Art Basel

Pendant d’Art Basel en format plus réduit, Design Miami / Basel revitait cette année avec  « Design at large » le préfabriqué dans l’esprit de Jean Prouvé. On notait particulièrement  « la pièce en plus troglodyte  » à poser dans son jardin par l’Atelier Van Lieshout, ou la simplicité de la Tea House en carton de Shigeru Ban.
 

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Parmi les galeries exposées à l’étage, la galerie Maria Wettergen  dévoilait une superbe suspension de Cecilie  Bendixen qui allie sculpture  et isolation sonore. Dans nos coups de coeur, le stand de la galerie sud-africaine Southern Guild, avec ses tables squelettes, ses cocons suspendues dignes de la planète Tatooine, dévoilait un design africain incisif et traditionnel.  A noter aussi les incroyables bancs en pierre de Friedmann Benda Gallery et une forte présence du tressé déclinés dans de nombreux matériaux.

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Parmi les foires associées d’Art Basel, on retiendra de nos pérégrinations Scope, et ses  quelque 70 galeries pour son côté pop et graphique revendiqué, l’interrogation de l’image et du networking, une présence affirmée de la Corée, ou la foire Volta, qui a l’avantage d’être centrale. Peut-être plus politique,  celle-ci fait cohabiter des galeries qui revendiquent un besoin d’utopies, comme la galerie Richard avec Dionisio Gonzalez, et ses créations architecturales so fifties, déposées  dans des lieux improbables, comme une provocation à l’inspiration architecturale d’aujourd’hui. Plus loin, la galerie Beta Pictoris, d’Alabama, présentait Travis Sommerville, et son iconographie brutale de l’histoire raciale du Sud des Etats-Unis, dans l’esprit de la saisissante chanson  » Strange fruits » chantée en 1939 par Billie Holiday, poésie crue contestataire sur le lynchage des noirs. Un travail contemporain qui résonnait étrangement après le bain de sang de Charleston.

Pour se remettre de ses émotions, on passait ensuite prendre un verre sur l’une des multiples terrasses de la foire de Liste. Dans cette maison- labyrinthe,aux allures d’usine anglaise réaffectée à un usage arty, le fil conducteur semblait être une certaine revendication d’art conceptuel mâtiné d’arte povera version 2015, qui tanguait entre le déjà-vu, le posé, ou l’inoffensif, bien loin malheureusement du radicalisme d’un Carl André ou d’un Richard Tuttle.

Avant de rejoindre les performances nocturnes où le parcours sympathique  avait pour principal le mérite  de relier les plus beaux points de vue de la vieille ville, un petit détour par  l’exposition « Poetics and Politics of Data » du H3K rassurait sur l’inventivité des artistes numériques, entre la dénonciation habile des évasions fiscales d’un Paolo Cirion qui a hacké les noms de 200000 compagnies enregistrées aux îles Caïman et qui vous en offre des certificats de propriétés ou encore la vente de ses données personnelles par l’artiste Jennifer Lyn Moore.

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Enfin, pour un soupçon de poésie et l’empathie scientifique, on passait chez Audemars-Piguet vivre l’expérience de « Synchronicity ». Enfermé dans une tente, on déambulait au son des criquets, les yeux rivés aux lueurs vivantes des lucioles : une installation-performance-recherche conçue par Robin Meier, qui s’interroge sur les phénomène de synchronisation spontanée dans la nature, et gère ainsi la synchronisation de 1200 lucioles sur des clignotements de leds, des grillons sur des tempos de basse, tout cela orchestrés à partir de des oscillations de deux balanciers, qui se mettent spontanément sur le même rythme, dans un principe de forces magnétiques. Fascinant !

Nathalie Degardin

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A arte Invernizzi Gianni Colombo | Architettura cacogoniometrica. Ambiente 1984
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Parcours Nuit | 303 Gallery, New York, Galerie Koenig, Berlin, Berlin et Kamel Mennour, Paris | Alicja Kwade | Der Tag ohne Gestern l lll, de 2014 à 2015 © Art Basel 2015
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David Zwirner Dan Flavin |European Couples, 1966–1971, 1966-1971 illimité à Bâle 2015

 

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VOLTA 11 , Krištof Kintera, arbres nerveux , 2013. © Volta

 

Décès de Michel Mortier

Le vendredi 22 mai 2015 s’est éteint le designer Michel Mortier. Né en 1925 à Paris, il a étudié à l’Ecole des Arts Appliqués à l’Industrie et a affiné ses connaissances en aménagement d’intérieur aux Studium des Magasins du Louvre. De 1949 à 1954, repéré par Marcel Gascoin, il devient le directeur du bureau d’études d’Aménagement Rationnel de l’Habitation et des Collectivités. Par la suite, il est le directeur artistique de La Maison Française 55 et dessine de nombreux produits pour les plus grands fabricants : divers modèles de sièges pour Steiner dont le fauteuil SF116 dit Teckel édité en 1963 et des luminaires pour Disderot et pour Verre Lumière

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Fauteuil Teckel chez Steiner – 1963 – Archives Philippon Lecoq – ©DR

Ces industriels – comme on a pu le développer dans notre dossier Design original / ré-édition du numéro 371 – promeuvent de nouveaux créateurs, notamment les membres de l’Atelier des Recherches Plastiques dont Michel Mortier fait partit jusqu’en 1957, au coté de Pierre Guariche et de Joseph-André Motte. L’ARP est reconnu pour l’esthétique intemporelle de ses productions. En 1959, le designer se consacre entièrement à son agence d’architecture intérieure Habitation Esthétique industrielle Mobilier. Puis il s’initie au graphisme à Montréal et enseigne au JM Blier Furniture & Design avant de participer à l’Exposition Universelle de 1967. Autodidacte, il conçoit quelques belles maisons de particuliers et obtient son diplôme d’architecte par le conseil régional d’Ile de France en 1977.

Mortier
Maison Française N 151 – 1961 – ©DR

Il enseigne finalement à l’ENSAD et à l’Ecole des Arts Appliqués, avant d’intégrer l’ESAG Pennighen, nouvelle école de design produit. En 2013, la lampe 10576 éditée par Verre Lumière en 1972 rejoint les collections publiques françaises des arts décoratifs. Aujourd’hui, la famille du designer souhaite faire rayonner son œuvre.