Nouvel, Gregotti, Zumthor, Adjaye et Brooks, starchitectes à la barre : la revue de presse du 13/07/2017

Nouvel, Gregotti, Zumthor, Adjaye et Brooks : starchitectes à la barre. La revue de presse du 13 juillet 2017

 

Avocarchitectes

Sans lien de parenté avec Albert Kahn, architecte de la Ford, ni avec Louis Kahn, architecte du parlement de l’ex-Pakistan Oriental, Sadiq Khan veut encourager l’architecture. Maire de Londres depuis 2016, il veut rendre « socialement et économiquement intégrative » sa ville. Un vrai défi dans une capitale anglaise touchée par des inégalités criantes en matière de logements, notamment. En prenant à bras le corps le devenir de l’habitat urbain, Khan espère arriver à rééquilibrer la ville et l’ouvrir à tous les Londoniens. Lors de la présentation à la London School of Economics de son programme de « Bonne Croissance par le Design », le maire a annoncé qu’il nommait 50 architectes comme « Design Advocates », avocats pour l’aménagement qui devront élaborer d’ambitieux standard de projets guidant le développement de la ville. David Adjaye et Alison Brooks sont les figures de proue de ce panel, qui compte une moitié de femme et un quart d’Afro-Britanniques, d’Anglo-Asiatique et autres minorités ethniques (ce qui s’appelle les BAME* dans la langue bureaucrate de Shakespeare). Une seconde partie de ce programme prévoit aussi de détacher des architectes et urbanistes auprès des autorités locales, pour « combler l’écart de compétences ».

*Pour Black,Asian, and minority ethnic

Via Dezeen 

David Adjaye est l’un des 50 défenseurs de la création nommé par le maire de Londres, Sadiq Khan, dans le cadre de son programme Good Growth by Design via Dezeen

 

 

Les raisons de Zumthor

L’apprentissage du métier d’architecte fourmille d’inattendus, même chez les plus grands : c’est ce que confie Peter Zumthor dans une interview aux médias suisses. « Il m’a fallu apprendre (que les échecs) faisaient partie du métier parce que personne ne me l’avait dit. Il y a des moments effroyables. J’ai eu les larmes aux yeux lorsqu’il m’a fallu assister à Berlin à la destruction des premières cages d’escalier de la Topographie de la terreur. Certains processus démocratiques suisses me désespèrent également », explique le Pritzker des Grisons. Finalement content de ne pas avoir pu racheter les thermes qu’il avait dessinés à Valls, Peter est interrogé sur le projet de tour de 300 mètres que conçoit actuellement Thom Mayne pour ce site. « Thom Mayne est un architecte intéressant, un bon architecte. Il y a 25 ans, nous avons enseigné ensemble dans une université de Los Angeles. Il m’impressionnait et il a souvent raconté des choses auxquelles je ne comprenais rien. Je regardais autour de moi et je constatais que les collègues et les étudiants ne saisissaient pas non plus. Mais il a construit des bâtiments formidables à Los Angeles. Maintenant, il ne connaît pas du tout la situation qui lui vaut ce mandat. Et une tour géante dans un village de montagne… Ici, il me faut dire non ». Zumthor travaille actuellement sur un projet de musée à Los Angeles, patrie de Thom Mayne. Espérons que là-bas, Thom pourra dire « oui ».

via Swissinfo 

Peter Zumthor aime bien construire ses maisons «jusqu’à la dernière vis». (Keystone) via Swissinfo

 

Un non dit

Question à 3,1 milliards d’euros posée au ministre de la Transition écologique et solidaire lors de la présentation de son plan climat : « Lurbanisation de 300 ha de terre agricole est-elle compatible avec lobjectif de neutralité carbone en 2050? » – le journaliste faisait allusion au projet d’Europacity, qui prévoit la construction d’un centre commercial sur des champs du triangle de Gonesse, près de Roissy. « Non » à répondu l’ex-présentateur d’Ushuaia, qui a invité à sortir de la folie des grandeurs et à se rappeler que « parfois small is very beautiful ». Serait-ce à dire que « parfois BIG is very ugly » ?

Via Le Parisien

Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique, a présenté le Plan Climat du gouvernement. Julien Mattia/Le Pictorium/MaxPPP via Le Parisien

 

Non 2

Autre question à plusieurs millions d’euros, qui n’a pas été cette fois posée au ministre : les jeux Olympiques sont-ils carbone zéro compatible ? Pour Frédéric Viale, membre du collectif « Non au JO 2014 », la réponse est négative. « Ce n’est pas en promettant de faire fabriquer des assiettes en carton recyclable que seront réglés les problèmes des déchets ni de la consommation de carburant supplémentaire, ni les pollutions liées à la construction d’infrastructures. La Ville a engagé un “partenariat stratégique” avec le WWF, mais cette initiative relève d’une stratégie de verdissement qui n’engage pas à grand-chose, la Caisse des Dépôts étant là pour “compenser” les émissions de carbone », explique-t-il dans une tribune publiée par Le Monde. Et ce ne sont là qu’une partie des problèmes, détaille Viale. « Les Jeux olympiques sont ruineux : ils l’ont toujours été, ils le seront encore. Inutile de faire croire par une communication agressive que, miraculeusement, les Français sauront faire des Jeux raisonnables. Cela ne sera pas le cas. Par exemple, les coûts de sécurité ne sont pas budgétés (à Londres, ils ont été de l’ordre de 1 milliard d’euros). » Dépenses imprévues il y aura sûrement, pour lesquelles les citoyens n’ont jamais été consultés, souligne Viale, qui rappelle « avant de devenir maire de Paris (Anne Hidalgo) avait affirmé qu’elle ne poserait pas la candidature de Paris aux Jeux olympiques, “ruineux et dépassés”». Et pour l’exposition universelle, elle disait quoi ?

Via Le Monde 

via Le Monde

 

Un art sociétalo-social?

« Un architecte ne peut pas s’abriter derrière sa condition d’artiste pour faire ce qu’il a envie de faire », déclare Jean Nouvel, invité d’une série de masterclasses qui seront diffusées tout l’été sur France Culture. L’occasion pour l’architecte de revenir sur les fondamentaux du métier. « Ce qui est le plus important dans l’architecture, c’est la matière grise, l’idée. Les nouvelles technologies ne changent pas réellement la nature de l’objet. Un architecte doit être perfectionniste même si en général c’est loin de la perfection. L’architecture est un art utile, on a d’abord un rôle social. Il faut absolument que le rôle sociétal de l’architecte soit pris en compte ». Parmi les nombreux prix récompensant Nouvel, le site de France culture cite l’International Highrise Award, attribuée à l’architecte pour la «contribution exceptionnelle de l’architecte dans le débat de la grande hauteur», et pour la torre Agbar de Barcelone. Une tour restée longtemps sans locataires, dont on espère qu’elle a pu retrouver un rôle sociétal, sinon social.

via France-Culture 

Jean Nouvel Crédits : JEAN-PIERRE MULLER – AFP via France Culture

 

Vittorio-le-Nihiliste

Sociale ou non, l’architecture n’intéresse plus personne. C’est ce qu’affirme Vittorio Gregotti, un nom que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, en dépit de la place centrale qu’il a occupé dans le débat architectural européen du début des années 70 à la fin des années 1990. L’architecte reçoit à Milan dans des locaux vides, ceux de son agence qu’il est en train de fermer. « Il y a à peine quelques mois, il y avait là la Gregotti Associati, fondée en 1974, avec des chantiers en Italie et dans le monde entier, de l’Allemagne au Portugal en passant par la Chine. “Nous avons encore trois projets en cours, à Alger, en Chine et à Livourne, ou nous concevons un plan directeur. Mon associé Augusto Cagnardi s’en occupe”», explique le novarais, qui constate la baisse flagrante de son activité d’architecte « trois projets, et rien de plus. Certes, jai 90 ans, mais quarrive-t-il à notre monde? Les sociétés immobilières décident, si, avec les fonds de lArabie Saoudite, elles investiront à Berlin, Shanghai ou Milan, selon les opportunités. Elles calculent leur coût, analysent le marché, fixent les destinations. En dernier lieu arrive larchitecte, parfois à la mode, à qui lon demande de réaliser une image. La faute à qui ? « Le post-modernisme est une idéologie déclinante. Mais il a eu des effets dévastateurs. Il a interprété de façon candide le rapport à l’histoire, sans l’aborder de façon dialectique et conflictuelle, mais seulement en fonction du style. Il a conduit à considérer indépendamment l’enveloppe d’un bâtiment de sa fonction. Puis le post-modernisme a rencontré le capitalisme global ». Puis l’on est entré dans le post-gregottisme…

Via La Repubblica 

Vittorio Gregotti via La Repubblica

 

Archi reverse propaganda

N’en déplaise à Gregotti, il reste des gens qui continuent de s’intéresser à l’architecture, ne serait-ce que pour la dénigrer ou dénigrer leurs opposants. La NRA, la puissante National Rifle Association militant pour le droit de tout américain de posséder des armes à feu, a récemment diffusé un clip accusant la gauche américaine d’« utiliser leur média pour assassiner la vraie information ». « Ils utilisent leurs écoles pour enseigner aux enfants que leur président est un nouvel Hitler». « Ils utilisent leur stars de cinéma, leurs chanteurs et leurs spectacles et leurs remises de prix pour répéter inlassablement la même histoire ». Et « ils » aiment l’architecture moderne. Faute de pouvoir montrer ce peuple malfaisant qu’elle désigne par la troisième personne du pluriel, la NRA a illustré son clip d’architectures contemporaines ou modernes : la Los Angeles Times, le Disney Hall, le haricot d’Anish Kapoor à Chicago ou le siège du New York Times de Renzo Piano. Christopher Hawthorne, critique aux LA Times, decrytpe le message caché dans cette passion soudaine pour l’art moderne de bâtir. Les concepteurs de ces bâtiments sont des étrangers, ou des juifs, ou parfois les deux. Un article paru un jour avant la sortie de la vidéo sur le site infowars allait dans le même sens « Le but des « Globalistes » est d’uniformiser la planète dans un manteau de tristesse. En affadissant nos sens, ils espèrent ternir notre essence vitale » – sans doute les «fluides» que le Général Ripper du docteur Folamour voulait préserver du communisme… Après avoir dénoncé l’architecture cosmopolite, les néoconservateurs vont-t-ils promouvoir l’architecture bien américaine ? Est-elle en pierre, en bois, en béton ? Emprunte-t-elle ses colonnes aux temples grecs?? On attend la sortie du guide NRA d’architecture patriotique pour en avoir une vision plus précise.

Via The LA TIMES 

 

 

Haussmann en Afrique

L’incendie de la tour Grenfell à Londres a défrayé la chronique. L’incendie du marché de Bromakoté, à Abidjan, n’a suscité que l’indifférence. L’évènement est trop récurent pour pouvoir étonner. « Après donc la pluie, qui nous surprend régulièrement, chaque année, à peu près aux mêmes dates, c’est au tour du feu de nous surprendre tout aussi régulièrement sur nos marchés et ailleurs », constate Venance Konan. Directeur de Fraternité matin, le plus grand groupe de presse de cote d’ivoire, il s’emporte contre le sentiment de fatalité qui favorise la résignation après chaque catastrophe, plutôt que de trouver les moyens d’agir. « Est-il si difficile de savoir, par exemple, qu’en obstruant les égouts dun quartier on prend le risque de les voir déborder en cas de pluie? Ou que lon risque un court-circuit qui peut entraîner un incendie lorsque lon fait des branchements électriques anarchiques? Savons-nous aussi que le rôle des autorités est de protéger les citoyens, parfois contre eux-mêmes? » Pour mettre un ordre dans ce chaos urbain, Konan en appelle au Baron Haussmann, qui traça de grandes avenues au prix de la destruction de milliers de bâtiment. Le journaliste fait de la démolition de maisons mal situées ou construites dans des zones dangereuses une priorité. La cote d’ivoire possède déjà un Chérif Ousmane, mais pour l’instant il commande les commandos parachutistes. Peu de gens doivent être impatients que les bataillons de ce Baron Ousmane ouvrent des boulevards dans la capitale ivoirienne…

Via Courrier International

À la recherche du baron Haussmann d’Abidjan via Le Courrier International

 

Olivier Namias