Poules, pixels, Russie, Chine, dynamite : la revue de presse du 28 juin 2017

Entre poules et pixels, entre Russie et Chine, de la Dynamite en architecture : la revue de presse du 28 juin 2017

 

L’architecture de pixels

Matt Shaw, journaliste à Archpaper, commente une série de projets imaginaires qui ont récemment fait le « buzz » sur la toile, comme ce gratte-ciel arrimé à un astéroïde flottant au-dessus de New York. « Pourquoi “pendre” un gratte-ciel à un astéroïde, et pourquoi prenons-nous cette élucubration au sérieux ? On trouverait difficilement objet plus inutile pour le débat architectural ». Autre projet s’attirant les foudres de Shaw, le Big Bend, réunion de deux IGH à leur sommet par un coude, ce qui lui donne la forme d’un U inversé. « Il pourrait devenir le plus long du monde », s’enthousiasmait le Huffington Post devant ce qui est pour Shaw la version architecturale de la fake news. « Même pas une idée convaincante, que l’on pourrait à peine qualifier de formaliste, et encore moins d’architecture conceptuelle ». Pour Shaw, Dror Benshetrit, l’architecte de ces projets, est moins à blâmer que les réseaux et les nouvelles formes de communication. « Aujourd’hui, les idées se diffusent à travers des médias peu sélectifs, comme les tweets de 140 caractères dont les jeunes auteurs ont qui troqué l’écriture pour la régurgitation de fragments critiques en suspension dans l’éther ». Pour nourrir la bête et étancher sa soif de clics, n’importe quoi fait l’affaire. « Le résultat est que les mauvaises idées peuvent arriver au premier plan et se placer au centre des discussions architecturales très facilement, grâce aux algorithmes. Ce qui passe pour “radical”, “idée”, “théorie”, et “concept” s’érode désormais aussi vite que les discours politiques ». L’architecture de papier était plus durable !

Via Archpaper

L’architecture a-t-elle une crise d’idées? (Courtesy Oiio Studio/via Huffington Post)

 

Mode vs architecture

« Juste avant d’aller en cours, l’étudiante en journaliste Espe Hernandez et l’étudiant en architecture Sebastien Gomez posaient dans leur jean déchiré favori et partageaient l’image sur les réseaux ». Leur blog, twotrends, est devenu un business à plein temps qui leur a ouvert les portes de publications prestigieuses comme Ocean Drive Magazine et Marie Claire Taiwan. « À l’instar d’un architecte qui doit imaginer un immeuble avant qu’il soit construit, nous projetons où nous voulons amener “twotrends” » explique Gomez, qui assure la direction artistique, tandis que Hernandez écrit. « Quand nous avons commencé notre blog, il traitait principalement de vêtements et de mode, puis nous nous sommes aperçus que les lecteurs s’intéressaient aussi à nous — ou nous nous sortions, ou nous voyagions et à ce que nous portions ». Et rien sur l’architecture qui faisait vibrer « Espe et Sebas » ? Le professeur d’architecture de Gomez a insisté sur l’importance d’avoir une mentalité d’entrepreneur, et l’a encouragé à poursuivre son activité on-line.

Via FIU 

 

Chaud Paris

Paris chauffe-t-il ? oui, peut-on affirmer depuis l’épisode de canicule qui a frappé la capitale à la mi-juin, exposant les revers de la minéralité urbaine. En pierre et avec peu de végétation, la Ville lumière se transforme facilement en Ville fournaise. « Ainsi quasiment toute la capitale est un « îlot de chaleur ». Les immeubles haussmanniens les toits en ardoises ou cuivre sont de véritables pièges à chaleur. Tous ceux qui habitent au dernier étage peuvent en témoigner aisément. Ginette, retraitée, a vu le thermomètre grimper à 40° dans son logement du XVIIe arrondissement » rapporte le Parisien. Le plan « Chalex » permet aux plus vulnérables de rejoindre des lieux climatisés, une solution d’urgence en attendant la mise en place de dispositifs plus pérennes. « Paris a une densité de population et une architecture historique. On a détruit pour construire et on le paie aujourd’hui. Sans parler des rues et de la présence de la voiture. Bilan, la capitale est très sèche. Mais à l’image du quartier Clichy-Batignolles, on peut changer la donne. En mélangeant eau et végétal, on a créé du bioclimatisme. Sans parler d’un enrobé qui va être prochainement testé à Paris, le CLN (NDLR : Cool low noise). Il permet de réduire le bruit, mais aussi d’évacuer la chaleur » explique Erwan Cordeau, spécialiste air, énergie et climat à l’IAU. Sebastien Maire, responsable de la résilience à la Mairie de Paris, imagine d’autres solutions pour faire face au cycle de canicule, qui seront le lot d’un été sur deux à partir de 2050. L’une d’entre elles mobilise l’eau « pour rafraîchir la ville, on a besoin d’eau, pour brumiser, arroser… et celle-ci doit répondre à des critères sanitaires. Ce qui appuie le choix actuel de rendre la Seine aux habitants. On doit pouvoir l’utiliser pour se rafraîchir, comme aux siècles passés. Dès cet été, on se baignera dans le bassin de la Villette, dès 2019 dans le lac Daumesnil. La Seine et ses affluents sont donc un atout, à préserver ». Albert Levy, architecte et urbaniste, dresse un diagnostic alarmant sur l’ICU (l’îlot de chaleur urbain) parisien : « Par ses caractéristiques urbanistiques, Paris est vulnérable aux canicules, il faut donc veiller, dans le contexte du changement climatique actuel, à ce que les politiques urbaines menées ne renforcent cette vulnérabilité, rendant in fine, à certaines périodes de l’année, la ville inhabitable ». À l’encontre de la politique de la ville de Paris, il prône un urbanisme de verdissement et d’introduction de l’eau et de dédensification. Pour tout aller dans des « chalex » ?

Via Le Monde, Weka, Le Parisien

Carte des îlots de chaleur en pleine nuit à Paris IAU-IDF via Le Parisien

 

En ville avec ma Poule

Les temps ont changé, et les défis urbains qui s’annoncent peuvent prendre des formes inédites. La ville québécoise de Saguenay, en a fait récemment l’expérience « À la mi-avril (la conseillère municipale Martine Gauthier) a fait plusieurs interventions pour en arriver à un règlement afin d’autoriser les poules en ville. (…). Il n’est pas question d’improviser un règlement et on se doit d’en connaître les tenants et aboutissants. Nous avons recommandé de poursuivre (une) analyse », explique le conseiller Jonathan Tremblay, président de la Commission des Services communautaires ». Si, par le passé, le sujet ne posait sans doute aucune question, il en va autrement dans la société contemporaine. De nombreux freins doivent être levés avant d’inviter sa poule chez soi. Le Service de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme analyse la possibilité de modifier le règlement de zonage pour permettre l’élevage de gallinacés sur les propriétés résidentielles. « Le bien-être des animaux et la protection de l’environnement sont des préoccupations majeures pour l’élaboration d’un règlement municipal relatif à la garde des volailles en milieu urbain. « Les problèmes sont, notamment, les gens peu informés, l’abandon des animaux, l’impact sur le voisinage, l’intégration d’un poulailler avec un environnement urbain, l’entretien de l’installation d’élevage et la gestion des excréments et l’élimination des poules mortes. Donc, avant d’entreprendre une modification réglementaire, on recommande d’y aller par étapes, soit de créer un comité avec les intervenants potentiels, de proposer un cadre réglementaire et organiser une consultation avec les citoyens intéressés par l’agriculture urbaine », a pour sa part expliqué le Marc Pettersen, président du la Commission de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme de Saguenay. Pettersen affirme ne pas vouloir faire du dossier un enjeu politique : les citoyens ont sûrement d’autres chats à fouetter.

Via Le Courrier du Saguenay 

 

Voyage en Russochinie

Fondée en 1898 par des ingénieurs russes venus construire les chemins de fer de l’est de la Chine, Harbin a vu affluer plus de 100 000 Russes blancs fuyant les soviets. Les Chinois s’y installèrent également, comme ouvriers ou marchands, et ceux atteignirent la prospérité y édifier des maisons de styles européens, selon des plans inspirés de leurs voisins européens. Une histoire qui a fait de Harbin une sorte de ville russo-européenne, qui voit son patrimoine menacé par la prospérité économique. La population chinoise se serait mobilisée pour éviter les démolitions. « Affligés par ce processus de destruction et responsabilisés par les réseaux sociaux, M. Bu, Mme Gao et d’autres habitants se sont mobilisés pour préserver ce qu’il reste de l’architecture russe de Harbin endommagée par la guerre, la révolution et désormais le réaménagement urbain ». La ville, qui prend lentement conscience de la valeur touristique de ces édifices, en conserve certains et tente d’en reproduire d’autres « Dans le quartier de Lao Daowai, la municipalité a expulsé les résidents, fait détruire les vieilles maisons pour les remplacer par des bâtiments reproduisant un style ancien loués à des sociétés commerciales. Ce projet dont il existe des équivalents dans de nombreuses autres villes chinoises ayant construit de nouvelles “villes anciennes” a été accueilli avec mépris par les défenseurs locaux du patrimoine qui jugent absurde de démolir l’architecture ancienne authentique pour bâtir des imitations ». « C’est un échec, car c’est factice », estime M. Hu ». En architecture comme ailleurs, il faut se méfier des contrefaçons.

Via Russie Info et The New York Times

La cathédrale Sainte-Sophie, centenaire, a été conservée en tant que musée à Harbin. Gilles Sabrié pour le NYTimes

 

Napoleon Dynamite

Pas besoin de détruire des bâtiments pour faire table rase du passé, ou du présent qui lui appartiendrait déjà. « Nous pensons qu’il faut dynamiter la façon d’enseigner l’architecture en France », affirment Christian Girard et Philippe Morel, créateurs du département digital knowledge à l’école d’architecture Paris-Malaquais. « Malheureusement en France les agences d’architecture sont en retard sur les innovations. Très peu d’entre elles ont des cellules de R et D, comme c’est le cas par exemple chez Norman Foster ou Zaha Hadid Architects. (…) Aujourd’hui on ne peut pas sortir d’une école d’architecture sans savoir programmer ou, au minimum, comprendre les principes fondamentaux de la computation, cela permet d’avoir une puissance opérationnelle. Mais, hélas, la tradition culturelle française assimile toujours l’architecte à un artiste. L’enseignement en Allemagne, en Hollande, en Suisse ou en Angleterre est un enseignement plus technique. En France, la computation n’est maîtrisée ni par les professeurs ni par les étudiants. L’anglais, qui est la langue de l’architecture, est encore trop peu utilisé. Si on ajoute à cela une forme de technophobie, on comprend le retard français dans la fabrication numérique ». Sacrés Frenchies enfermés dans leur village gaulois, toujours à la bourre d’une technologie ! « Par ailleurs, nous sommes la seule école d’architecture en France à avoir un robot. Nous essayons d’apporter aux étudiants une sensibilité au faire par la robotique, qui supprime la question de la malfaçon et ouvre des possibilités de construction sans commune mesure avec les procédés habituels », explique Girard, qui voit dans l’augmentation des moyens techniques une solution à la pénurie de logements et à une démocratisation de l’architecture, quitte à se passer de l’architecte. Pourtant, en face des robots, les étudiants du monde entier développent leur sensibilité au faire en se tournant vers le bricolage et le do-it -yourself. Entre le Low et High Tech, le geek et le bûcheron, qui est in, qui est out ?

Via Le Monde

Bras robotique du laboratoire d’architecture de Zurich. ANDREA DIGLAS/ ITA/ARCH-TEC-LAB AG

 

Olivier Namias