Bref inventaire de ce qui doit être réinventé en 2018 : la baraque à frites, la rémunération des architectes, la Loire à Nantes, Paris en Chine, Patrik Schumacher chez Zaha Hadid, l’Espagne, les fermes éoliennes, l’impression 3D, la basket et les transports en commun, Hong Kong. La revue de presse du 23 janvier 2018

Réinventer la baraque à frites

Heureux comme le Morris Vandenberghe et Thomas Hick en Belgique. Ces deux architectes associés au sein du Studio Moto viennent de remporter le concours portant sur la rénovation d’un symbole bruxellois, voire belge : le fritkot ou baraque à frite. L’échevine du commerce et l’échevin de l’urbanisme de la ville de Bruxelles s’étaient unis pour lancer un concours visant à rénover ces édicules tout en leur apportant une nouvelle identité. Les idées du Studio Moto ont été distinguées parmi 52 propositions : « de forme simple et épurée, l’objet, de par sa taille et sa superficie, s’implante parfaitement dans le tissu urbain. Son revêtement réfléchissant en aluminium poli favorise le dialogue avec son contexte; ainsi, par un jeu de réflexions, les abords se trouvent changés au gré des passages et c’est en se déplaçant autour du volume que celui-ci se dessine. Ce matériau, résistant et facile d’entretien, permettra également de venir à bout des détériorations liées aux actes de vandalisme. Enfin, le fritkot est couronné par une enseigne lumineuse unique. Chaque frituriste aura l’autonomie de la confectionner lui-même afin de garder son identité propre ». Le fritkot nouveau ouvrira ses auvents début 2019, à moins que les élections à venir ne soient remportées par des élus qui auraient moins la frite.

via Sud infos 

 

Réinventer la rémunération des architectes

Le métier d’architecte est toujours aussi mal payé : dans les bilans des promoteurs, la ligne conception est bien loin derrière les frais de publicité ou les dépenses de commercialisation, constate Catherine Sabbah dans Les Échos. Honoraires en berne, dumping, casse des prix par les maîtrises d’ouvrage privées, repli des maîtrises d’ouvrage publiques, tout concourt à tirer les prix vers le bas. « Les récentes consultations baptisées “Réinventer”… Paris, la Métropole, et le Monde encore tout récemment, ne rassurent pas tellement les architectes. Sollicités par des maîtres d’ouvrage privés pour inventer des nouvelles formes, techniques, usages… ils retrouvent des commandes et du travail. Mais se retrouvent aussi noyés au milieu d’une kyrielle d’autres prestataires désormais associés à la conception des bâtiments : experts de l’environnement, innovation, co-living, co-working et autres espaces partagés… qui se paient aussi sur le prix final ». Et dans une économie de service qui mise sur l’innovation et la pensée, personne ne s’occupe de réinventer la rémunération des prestations intellectuelles?

Via Les Échos 

 

Réinventer la Loire

Nantes Métropole les avait repérés alors qu’ils planchaient sur des projets de guinguette en bord de Loire. Cette année, elle a demandé à ces étudiants de master en architecture navale d’imaginer des projets pour rendre ludiques les bords de la Loire ou de l’Erdre. À côté du « projet pragmatique qui ne coûtent pas trop cher » de passerelle avec son miroir d’eau, on trouve un café submersible, ou un bassin de surf sur l’ancien parking de la gloriette, point final d’une promenade aquatique. « L’équipe d’étudiants est partie des 30 engagements pour la Loire des élus de Nantes métropole qui visent à “une réappropriation physique, sensible et imaginaire du fleuve”’ ». Après alerte à Malibu, alerte pas loin de Vertou?

via Ouest-France 

La « vague de Gloriette », spot de surf à ciel ouvert sur le parking de Gloriette. © ENSA

 

Réinventer Schumi

« On m’a fait passer pour un fasciste », s’indigne Patrik Schumacher, dirigeant de Zaha Hadid Architects depuis la mort de sa célèbre associée. Cassant, pas naturellement d’un abord sympathique, Schumacher s’était attiré les foudres du public après une conférence donnée en 2016 au World architecte forum, ou il suggérait de supprimer le logement social, de privatiser l’espace public — rue comprise — et de vendre Hyde Park aux promoteurs. Certaines voix demandaient à ce qu’on ne lui donne plus la parole. Sur tous ces sujets, Patrik Schumacher affirme avoir été mal compris. Ses propositions entendaient remédier à ce qu’il voit comme des cercles vicieux, et aux mécanismes de régulation qui entraînent paradoxalement une hausse des prix, obligeant la plupart des gens à quitter les zones de centre-ville, pourtant les plus intéressantes du point de vue des connexions et des opportunités économiques. « C’est ce que je critiquais, dit-il. Ce n’est pas que je veuille attaquer les franges vulnérables de la société et les jeter à la rue. J’ai été dépeint comme ce scélérat (…). On a diffusé mon portrait avec la moustache d’Hitler durant une campagne de diffamation. La question centrale ici est de savoir comment nous pouvons réellement créer la prospérité pour tous ». Si certains arguments de Schumi font mouche chez les partisans du logement social, d’autres, tels que l’élimination du logement social sur Hyde Park au motif que cela renchérirait le prix des logements privés ne passent toujours pas. Cela peut-il suffire à lui ôter cette vilaine moustache?

Via The Guardian 

Protestants devant les bureaux de Zaha Hadid Architects après le discours controversé de Schumacher fin de 2016. Photographie: Alamy

 

Réinventer Prada

Amoureuse du Nylon noir, Muccia Prada a demandé à deux agences d’architectures amies — Herzog et de Meuron et OMA – de donner leur interprétation de ce matériau pour une collection. Toujours à la demande de Prada, les architectes ont convié les designers Grcic et les frères Bourroulec à faire de même. Pour remédier à l’incommodité des sacs à dos, qu’on est obligé d’enlever dès que l’on souhaite prendre un objet, Rem a imaginé un sac marsupial bardé de fermetures à glissière, évoquant le gilet pare-balle et l’armoire normande par son côté imposant. Herzog et de Meuron ont orné les vêtements de textes en caractères noirs posés sur un fond blanc, célébration ironique de l’âge des « fake news ». Au risque d’en lancer une, en faisant croire que le diable s’habille désormais en H & (d) M.

Via The New York Times

 

Réinventer l’Espagne

Aucun Français un peu versé dans l’aménagement du territoire n’ignore cette diagonale du vide qui traverse l’hexagone en vidant ses villes et villages. Mais qui connaît la « Laponie du Sud », dix régions occupant une surface du territoire espagnol grande comme deux fois la Belgique, ou la densité de population atteint à peine 7,72 habitants au km2, soit celle du nord de la Finlande? Et cette zone identifiée par l’Universitaire Francisco Burillo, ne représente qu’une partie de la España vacía, l’Espagne vide, du titre d’un essai du journaliste Sergio del Molino publié en 2016, ou il est fait état de secteurs « biologiquement morts » : Orense, León, Zamora, Salamanca, Ávila, Palencia, Ciudad Real… Il y a désormais deux Espagne, « une Espagne urbaine et européenne, identique par toutes ses caractéristiques aux autres sociétés européennes, et une Espagne intérieure et dépeuplée. La communication entre ces deux Espagne est difficile. Elle donne le sentiment de deux pays étrangers l’un à l’autre » , relate El Diario. Une série de mesure est envisagée pour réduire l’hémorragie — incitations fiscales, maintien minimal de services publics, etc. Comme le rappelle la fédération espagnole des communes et provinces (FEMP), « la lutte contre la dépopulation n’est pas une fin, c’est un moyen de rendre la planète plus durable ».

Via El Diario 

 

Réinventer la ferme d’éolienne

Implanté à 125 km à l’est des cotes du Yorkshire, cette ferme éolienne d’un genre nouveau pourrait surpasser tout ce qui se fait en la matière. D’une échelle bien supérieure aux fermes éoliennes traditionnelles, ce projet de la compagnie hollandaise TenneT alimenterait en électricité le Royaume-Uni et les Pays-Bas, et éventuellement la Belgique, l’Allemagne et le Danemark. Au centre de l’installation, une nouveauté : une île de 6 kilomètres carrés pour convertir le courant et le diriger vers la demande du moment, ce qui permettrait des économies d’échelles et une plus grande flexibilité. Alors que le défi d’ingénierie de la construction de l’île semble énorme, Rob der Hage (responsable du programme éolien offshore pour TenneT) n’est pas découragé. « C’est difficile? Aux Pays-Bas, lorsque nous voyons un plan d’eau, nous voulons construire des îles ou des terres. Nous faisons cela depuis des siècles. Ce n’est pas le plus grand défi », a-t-il déclaré. Trouver le milliard et demi pour la construction du programme s’annonce plus difficile.

Via The Guardian 

Vidéo TenneT pour le concept d’îlot éolien 

 

Réinventer l’impression 3D

C’est une des nombreuses Arlesiennes qui entoure la marque à la pomme : est-ce que 2018 sera pour Apple l’année de l’impression 3D. Le dépôt le 16 janvier de 44 brevets dont un pour « Méthodes et appareils pour l’impression 3D d’objets en couleur » a relancé les spéculations, anticipant implicitement une potentielle explosion du secteur. «  Parmi les caractéristiques de la potentielle imprimante 3D d’Apple, la marque explique que le fichier 3D pourrait être créé à partir d’un ordinateur, d’un téléphone ou d’un serveur avec la possibilité de se connecter avec tous les appareils électroniques de la marque » explique 3D natives. Pour réinventer la pomme et pallier à ses batteries défectueuses et son matériel indémontable

Via 3D natives 

 

Réinventer la grolle

Malgré le froid de l’hiver berlinois, il y a la queue depuis plusieurs heures devant Outside Overkill, un magasin de chaussure de sport branché de Kreuzberg, pour la sortie d’un nouveau modèle de la marque Adidas. Éditées à 500 exemplaires seulement, ces chausses sont bien plus qu’une paire de baskets. Portant les couleurs camouflage de la BVG (l’opérateur de transports en commun local), elles offrent un accès gratuit à tout le réseau de la BVG pendant une année — le ticket est dans la languette. Pour 180 euros, l’heureux et patient acheteur se voit allouer un pass normalement facturé 728 €. De quoi être motivé. Pour la BVG, qui fête cette année ces 90 ans, l’opération fait partie d’une stratégie plus large de rajeunissement de son image. La compagnie multiplie les produits dérivés et actions de communications ironiques, tel ce tweet encourageant Trump à postuler à un poste de conducteur de bus à Berlin plutôt que de briguer la présidence des États-Unis. Pas besoin de ce genre d’artifice à Paris : le développé officieux du sigle RATP (rentre avec tes pieds) montre que du mocassin à la basket en passant par l’escarpin ou la tong, un moyen transport public est automatiquement intégré à chaque paire de chaussures.

Via The Guardian 

 

Réinventer Paris (à Tiandu Cheng)

Modèle urbain envié, le Paris Haussmannien s’est largement exporté jusqu’à la Première Guerre mondiale. Au XXIe siècle, il semble connaître un revival en Chine : la ville de Tiandu Cheng a construit un quartier entier autour d’une tour Eiffel — pas vraiment haussmannienne il est vrai — bordé de tout un tas d’immeubles inspirés de l’œuvre urbaine du divin baron. Le photographe François Prost a tenté de comparer les deux villes termes à terme. Difficile parfois de faire la différence, entre avenues plantées, allées inspirées des jardins à la française… Tout l’urbanisme à l’âge classique est convoqué dans cet aménagement patchwork. « À Tiandu Cheng, en plus de l’architecture très largement inspirée – même copiée – de Paris, le photographe fait part de la vie sur place, qui ne diffère en rien des autres villes chinoises : la classe moyenne a investi la ville, et l’on ne déguste pas de macarons ou croissants au petit-déjeuner. Tiandu Cheng devient un îlot pseudo-français dans l’architecture, mais où le syndrome de Paris n’existe plus. Dans la relation entre les deux villes, François Prost a comparé les pierres, mais aussi les âmes ». Et, pour paraphraser la regrettée France Gall, a vu un chinois dans son miroir urbain.

Via Les inrocks 

Crédits diaporama : Paris Syndrome, © François Prost
Crédits diaporama : Paris Syndrome, © François Prost

 

Réinventer HK

Retour à l’âge des cavernes : en manque constant de terrains constructibles, Hong Kong envisage de bâtir sous ses collines. Les activités générant des nuisances ou les infrastructures seraient implantées en priorités dans ces grottes modernes : station d’épurations, data center, centres logistiques, réservoirs, mais aussi piscine, prévoit un nouveau plan directeur qui espère ainsi libérer mille hectares de terrains constructibles. 48 sites potentiels sont identifiés. Pas assez, estime le Think tank Our Hong Kong Foundation, qui a chiffrer à 9000 ha les besoins de terrain pour la construction de logements. Les possibilités de poldérisation étant déjà bien utilisées, Hong Kong va-t-il devoir s’installer sous la mer?

Via The Guardian 

Avec le prix des maisons les plus élevés au monde, et la plupart de ses terrains non constructibles, la ville a trouvé une nouvelle façon de s’agrandir – en déplaçant les installations dans les grottes dans les montagnes.

 

Olivier Namias