Furoncle sur la Tamise, Wilmotte… : la revue de presse du 13/9/2016

Furoncle sur la Tamise, Wilmotte… : la revue de presse du 13/9/2016

Furoncle sur la Tamise; Tout plus sûr avec Wilmotte; Patrik Schumacher voit le futur; Embrouille chez les burners; Panier à prendre au USA.

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Motivé

Radieux Jean-Michel Wilmotte lors de l’interview que lui a accordé Le Parisien. A 68 ans, l’architecte « a conscience d’avoir de la chance de conduire autant de beaux projets dans Paris » – dans le désordre et sans être exhaustif, la Halle Freyssinet, le Lutetia ou la très bulbeuse cathédrale orthodoxe russe, pointant ses cinq oignons dorés dans le ciel francilien. S’il voit dans Réinventer Paris l’équivalent d’une sorte de psychanalyse de groupe, « l’occasion de faire un point sur l’état d’esprit et la philosophie des architectes à un moment donné » là où l’on pensait qu’il s’agissait plutôt de projets, Wilmotte ne manque pas d’idées pour la capitale. Il veut de la lumière électrique dans la Pyramide du Louvre, déplacer la grande roue, et encore d’autres sujets qu’il aborde avec « toujours avec la même motivation ». S’il trouve ses propres projets « magnifiques » ou « sublimes » Wilmotte n’est pas toujours tendre pour ses confrères. En témoigne cette critique aux accents sécuritaires de la place de la République, qu’il juge « intéressante et bien traitée » mais « incontrôlable, générant des difficultés pour la sécurité et l’ordre public ». Une bonne façon de proposer ses services dans un climat de peur et d’angoisse rampante, une attention pour la sécurité qui tourne à l’obsession ou au matraquage… commercial. « On aura des contrôles et des sécurités partout. C’est un projet magnifique », explique l’architecte à propos de son intervention Gare du Nord, qui se positionne sans fard sur un créneau pouvant garantir la sécurité, de la commande, à défaut du reste.

Via Le Parisien 

 

Paramétré

« Comment vivre l’après Zaha Hadid ? », a demandé en substance The Guardian à l’avenant Patrik Schumacher. L’ex-associé de l’architecte Anglo-Irakienne disparue en mars dernier a répondu en exposant au quotidien anglais sa feuille de route pour l’avenir. « La passion insatiable et infectieuse de Zaha pour l’architecture, son perfectionnisme infatigable nous manque » explique Schumacher, « mais j’ai découvert que ma propre volonté et ma propre passion pour l’architecture et le progrès de notre discipline – joint à l’enthousiasme et au dévouement de nos équipes – pouvaient nous propulser toujours vers l’avant sans perte d’inertie ». En marche, donc, l’architecte se lance sans surprise dans un plaidoyer pour le paramétrique, dont il est l’un des apologues les plus fervents, et qui semble rimer chez lui avec coup de trique, et pas seulement pour sa tolérance à l’envers de ses dictateurs clients. Rare partisan du Brexit chez les architectes, ancien trotskiste converti au libéralisme sauvage, Schumacher voit dans le paramétrisme rien de moins que le style architectural du capitalisme, proposant à ses confrères d’adopter d’urgence ce style et sans doute les idées qui vont avec. « Si j’étais un financier susceptible d’investir dans votre produit, comment arriveriez-vous à me convaincre ? » a demandé à Parametric Pat le journaliste Rowan Moore. « Ce n’est pas aussi facile que ça, on ne peut pas le résumer aussi simplement », a répondu l’architecte embarrassé. « J’avais l’impression d’avoir donné à Rowan plus d’arguments que ce qu’il rapporte ici, je suppose que ça n’a pas cliqué » a réagit Schumacher sur Facebook après la publication de l’article. Vivement des journalistes paramétriques.

Via The Guardian 

 

Burner

Un campement de 70 000 personnes, déconnecté des réseaux et qui s’entoure progressivement de murs : non, vous n’êtes pas dans une version XXL de la jungle de Calais, mais à Burning man, une zone autonome temporaire ou l’on peut goûter la folie et la liberté totale pendant une semaine, pour la modique somme de 1300 euros minimum, selon des estimations prenant en compte le ticket d’entrée, le coût du véhicule, tente, etc. Né sur une plage de Californie, le festival implanté depuis dans le désert du Nevada cherche à garder son esprit contre-culture malgré une fréquentation en hausse constante, la part de festivaliers huppé augmentant mathématiquement avec la population des burners. Le débat est récurrent depuis plusieurs années, alors que les rois de la Silicon Valley et célébrités y débarquent en fanfare. Marc Zuckerberg, PDG de Facebook, s’y est rendu en 2012, descendant d’hélicoptère pour faire griller des sandwichs au fromage avec des burners. La tension est montée d’un cran avec l’attaque d’un sous-campement à 25 000 $US, dont la rumeur dit qu’il serait financer par le fils d’un oligarque russe. Un plainte a été déposée à la police, qui normalement n’entre pas dans le campement. « C’est logique que vous ayez été sabotés, car votre camp est fermé et pas accueillant » aurait répondu un des organisateurs à l’un des responsable site attaqué, baptisé White Camp. La contre-culture n’a pas encore succombé aux charmes de la gated community.

Via Le Monde 

 

Malin au panier

Tout est plus grand en Amérique : l’adage connu de tous a été maintes fois confirmé par la réalité . Ainsi à Newark, Ohio, se dresse un panier 160 fois plus grand que la normale. Muni de fenêtres et de sept niveaux de plancher, ce canard de 1997 dessiné par l’agence NBBJ concrétise le rêve de Dave Longaberger, qui voulait installer le siège de sa compagnie dans un immeuble à l’image des paniers tressés qu’elle fabriquait. On ne peut pas nier la force publicitaire de l’édifice, malheureusement insuffisante pour enrayer la chute des ventes, passées de 1 milliard d’US$ dans les années 1970 à 100 millions en 2012. Résultat : l’entreprise brade son plus gros modèle, soldant pour 5 millions d’US$ un panier qui en avait couté 32 à fabriquer, et qui devrait en valoir le double au prix actuel du marché immobilier. On en apprend un peu plus sur ce bâtiment mondialement célèbre à l’occasion de la vente : ces parois en bois sont percées de fenêtres qui éclairent généreusement un espace intérieur qui n’a rien de « panierique (baskety)». « Rien ne vous rappelle que vous êtes dans un panier. Vous avez plutôt le sentiment d’être dans une belle tour de bureau » explique l’agent immobilier chargé de la vente. Tout ça pour ça… Les anses posent de nombreux problèmes : chauffées pour éviter l’accumulation de neige, la peinture qu’on y applique s’écaille. « On pourrait les enlever » explique l’agent qui envisage des changements de programme pour vendre son embarrassant panier dégarni. Mais la forme architecturale limite les possibilité d’évolution. « Je suis sûr qu’un bon architecte pourrait trouver une moyen de le repeindre pour qu’il ne ressemble plus à un panier » estime l’agent. Et pourquoi pas une surélévation en forme de victuailles?

Via The Chicago Tribune

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Lauriers doux et amers

Qui connait de ce côté-ci de l’Atlantique ZGF architects et Westlake Reed Leskosky ? Devançant la plus familière SOM, Skydmore Owen Merrill, ces agences ressortent en tête du classement 2016 des 50 plus grandes agences des USA établi par l’ordre des architectes américains à partir d’un questionnaire multi-critères. Bonne nouvelle, près de 80% des agences recensées ont connu une hausse de revenu en 2015, mais seules 1/3 de ces structures proposent un intéressement à leurs employés. Combien de ces 50 grandes agences ont reçu la Carbuncle Cup, Prix du Furoncle organisé par le magazine Building Design ? C’est une information absente qui mériterait de figurer dans le classement. Pour 2016, le gagnant du prix que l’on tremble de recevoir est l’agence BUJ, qui l’emporte avec le Lincoln Plaza, ensemble de logement décrit comme un « bazar indescriptible » par les membres du jury. Le promoteur Galliard a beau vanter « les vues à couper le souffle, des services de première classe, un habitat superlatif dans un site de rayonnement international » , les jurés du prix y voient plutôt « l’incarnation architecturale du mal de mer, des vagues de nausées congelées dans des gaines de verre et d’aluminium de couleur qui, lorsqu’on les contemple trop longtemps, suscitent le malaise, l’inconfort, et chez les plus malchanceux, un renvoi du déjeuner aussi inévitable que des flaques d’eau après l’orage ». Affaire de point de vue : la nausée est souvent dans l’œil du regardeur !

Via the Architect Magazine  et Building Design 

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Olivier Namias

Tours du monde, virtuel contre réel … : la revue de presse du 06/09/2016

Tours du monde, virtuel contre réel … : la revue de presse du 06/09/2016

Tours du monde, virtuel contre réel, ces promoteurs qui honnissent les chartes, Barragan en diamant, bâtiment : le plus moche bientôt couronné

renzo piano

 

Haut c’est trop

Des Londoniens, nous pensions qu’ils adoraient les gratte-ciel qui prolifèrent sans trêve dans leur ville et en hérissent l’horizon chaque jour un peu plus. 400 sont dans les tuyaux des promoteurs et promettent de s’ajouter à un parc déjà bien fourni. L’opinion publique, plus que le ciel, pourrait être la limite. Un sondage Ipsos Mori effectué auprès de 504 Londoniens à la demande du groupe anti-hauteur Skyline Campaign indique que 49 % des personnes interrogées estiment le nombre de projets de tours trop élevé. Par ailleurs, 73 % des sondés aimeraient avoir leur mot à dire sur les tours à venir, qu’ils estiment pour 60 % d’entre eux construites au bénéfice principal de riches étrangers, et souhaiteraient voir la construction de bâtiments de grande hauteur limitée à certains quartiers de la ville comme la City ou Canary Wharf. Quels types de chantiers préféreraient enfin voir les sondés ? Du logement abordable avant tout, éventuellement conçu en relation avec son environnement immédiat. La fin du fuck context ?

Via Dezeen

étude ipsos 

 

« Plutôt élevé »

Sentant le vent tourner sur la Tamise, les promoteurs deviennent prudents. L’année dernière, l’action de Skyline Campaign avait réussi à ramener le projet de Piano sur la gare de Paddington de 72 à 18 niveaux — une rude mutilation pour les pauvres investisseurs partis à la conquête de l’eldorado immobilier londonien. D’où une communication évanescente sur les projets en cours d’étude. L’agence SOM confirme que le futur gratte-ciel qu’elle conçoit pour le compte d’un fond hong-kongais à proximité du Gerkhin sera « plutôt élevé » (quite tall). Et sans doute construit en « un certain temps », plus ou moins égal à celui que le fût du canon de Fernand Raynaud mettait à refroidir.

Via Building Design 

 

Pixelisons, c’est la solution

Plutôt que de cacher ses plans honteusement, SOM pourrait s’inspirer du design de la MahaNakhon tower d’OMA à Bangkok, qui « vient d’être inaugurée dans une ambiance ultra festive comme la Thaïlande sait si bien le faire ». Ce n’est pas la taille qui frappe dans ce bâtiment, reporte radio-Monaco, mais son aspect qui donne « l’impression de vous trouver dans un jeu vidéo un peu trop pixelisé », une sorte de Tétris ou de quartier fait sur MineCraft. « Mais non, cette tour de verre, qui semble faite de pixels, et à laquelle il semble manquer des morceaux, est bien réelle. » Un design qui détourne l’attention et fait oublier la hauteur d’un bâtiment, c’est peut-être la solution : une réactualisation des tactiques de camouflage « razzle-dazzle » utilisées par la marine britannique avant l’invention du radar.

via Radio-Monaco 

 

Effacés

Ultime solution pour gagner en discrétion : disparaître en s’effaçant purement et simplement, une option qui n’est pour l’instant possible que sur la toile. Le Financial Times révèle que de nombreuses personnalités ont fait disparaître leurs propriétés de Google Street View. Paul McCartney, Tony Blair ou Jimmy Page ont fait flouter les images de leur résidence, faisant valoir un droit de rectification accordée à tout à chacun par la firme de Mountain View. Mais selon le quotidien économique britannique, des petits accords entre GAFA ont permis à Marc Zukerberg de faire totalement disparaître sa maison de google drive, tandis que l’interdiction de la Google Car dans certaines gated community huppées a fait s’évaporer du territoire les maisons de Kim Kardashian, Justin Bieber et Jennifer Lopez. Surexposition publique, ultra invisibilité privée…

via 20 minutes 

 

Pokenon !

Au-delà de son aspect anecdotique, ce floutage est révélateur des problématiques que pose le virtuel au réel en matière de propriété. Le succès du jeu Pokemon Go a fourni un autre exemple de conflit. Alors que les responsables de chantiers s’inquiétaient de l’intrusion sur leurs sites de chasseurs de Ratatak peu au fait des procédures de sécurité, le maire de Bressolles, une commune de 800 habitants dans l’Allier avait pris un arrêté visant l’interdiction des Pokémons dans son village. Des demandes similaires ont été formulées à Hiroshima, Auschwitz, Douaumont, et autres lieux sensibles. Jusqu’à présent, l’éditeur du jeu a choisi d’inclure un maximum de points d’intérêts (opt-in) laissant un droit de retrait à qui en ferait la demande (opt-out). Dans un article très complet, le blog S.I.Lex fait le point sur la question. Serait-il possible d’interdire l’implantation d’un pokestop sur sa parcelle, en invoquant une extension virtuelle du droit de propriété, qui prévoit qu’on possède son terrain du centre de la Terre jusqu’aux confins du ciel ? Les droits d’auteurs sont aussi concernés, l’inclusion d’images pouvant être considérée comme l’utilisation de bâtiments à des fins commerciales, ouvrant ainsi le droit à une rémunération. Le monde réel ne devrait-il pas être supprimé, tant il complique la vie du monde virtuel ?

Via S.I.Lex 

 

Luis, mon bijou !

Même avec ses minecraft, pokestop et google car, la fiction n’égalera jamais l’inventivité de la réalité. Quel cerveau de la Silicon Valley ou, à défaut, quel scénariste d’Hollywood ou quel historien de l’architecture aurait pu imaginer que les cendres de l’architecte mexicain Louis Barragan deviennent le diamant ornant une bague de fiançailles ? Certes, le procédé consistant à compresser du carbone pour le transformer en diamant est connu de longue date et presque banal. L’histoire qui mène à cette transformation l’est beaucoup moins : un feuilleton abracadabrant, où l’on retrouve en première ligne l’artiste contemporaine Jill Magid, des héritiers en colère, l’épouse d’un célèbre fabricant de mobilier de Weil-am-Rhein… Pour comprendre les tenants et les aboutissants de cette histoire se situant entre le roman Arlequin, la série Dynasty et la programmation d’un FRAC, mieux vaut se reporter à l’article de Slate qui la relate, et promet déjà un prochain épisode.

Via Slate 

 

Tout mais pas charte !

« Tu la signes quand ma Charte de la construction ? » demandent quarante villes aux promoteurs appelés à construire sur leur territoire. « Jamais ! », répondent ceux-ci avec le soutien du représentant de l’État. La Fédération des promoteurs immobiliers et le préfet d’île de France jugent illégaux ces accords non obligatoires fixant des règles pour améliorer les constructions. Les Chartes prévoient, entre autres, des plafonds de prix, des niveaux de performances énergétiques ou un regard sur la qualité architecturale du bâtiment. Mais elles freineraient la construction, disent les promoteurs immobiliers qui ne veulent pas se voir imposer de nouvelles normes. Quarante élus franciliens plutôt marqués à gauche s’insurgent de la « complaisance de l’État vis-a-vis de ceux qui prônent une libéralisation totale du secteur », affirmant que « ces chartes sont un outil pour développer les villes de façon équilibrée sans céder aux sirènes du tout logement ».

Via L’humanité 

 

Piano au créneau

« Nous sommes les héritiers indignes d’un grand patrimoine. Indignes, car nous ne le protégeons pas. La surdité est coupable. Devant de telles catastrophes, on ne peut pas invoquer la fatalité », explique Renzo Piano dans les colonnes du Corriere della Sera à propos du récent tremblement de terre qui a frappé la région d’Amatrice. Craignant le prochain tremblement de terre, Piano fait de la mise en sécurité du territoire un devoir civil, politique et moral. Il suggère la construction de maisons bois à 600 euros du m2 à proximité des villes frappées, pour ne pas éloigner la population de ses lieux de vie, suivi de la reconstruction des quartiers détruits. Sur le long terme, celui qui est depuis 2013 sénateur à vie de la République italienne propose en priorité la consolidation des écoles et des hôpitaux ; la mise aux normes antisismiques du patrimoine privé devant être encouragée par des aménagements fiscaux. Le calendrier de mise en conformité s’étalerait sur le long terme « ça ne se fera pas en deux ans. Il faut voir ça sur deux générations, ou plus ». Comme on dit au-delà des Alpes, « Chi va Piano… »

Via The Huffingtonpost.it 

 

archi-moche ?

Qui sera le plus moche de 2016 ? Comme chaque année, le journal Building Design s’apprête à décerner la Carbuncle Cup, le prix du furoncle attribué au bâtiment le plus laid livré au Royaume-Uni. L’édition précédente avait couronné le « Talkie Walkie », une tour de l’architecte Viñoly qui avait défrayé la chronique pour sa fâcheuse tendance à se comporter comme un four solaire et brûler les objets placés dans son voisinage. Les nominés de la nouvelle édition comprennent des monstres architecturaux — l’énorme « nid de banquiers » dessiné par l’agence Make architects — une tour de logement et un centre d’affaires coloré, une université à la peau torturée, et une plus banale église méthodiste, affligeante d’une banalité qui nous est aussi familière de ce côté de la Manche.

via The Guardian 

 

Olivier Namias

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Effet Bilbao, Shanghai à Hong Kong : la revue de pesse du 30/08/16

Effet Bilbao, Shanghai à Hong Kong : la revue de pesse du 30/08/16

Effet ou non-effet Bilbao, la réglementation thermique en question, une tour de Shanghai se retrouve à Hong Kong, un réalisateur film son père starchitecte, les étudiants d’architecture britanniques dépriment, un architecte algérien innove.

  koolhaas  

Pschitt?

« Le Louvre-Lens n’aura pas l’effet Bilbao escompté » : le propos est raide, surtout lorsqu’il est formulé par un docteur en science de gestion associé à l’Université Paris I, Jean-Michel Tobelem. Dans une lettre ouverte au monde, il souligne 10 points annonçant la possibilité d’un échec, parmi lesquels la faible attractivité de la ville, un concept muséal peu convaincant, une incapacité à toucher les milieux populaires. Pour éviter le syndrome de l’Eléphant Blanc, objet inutile et couteux, il suggère de changer la stratégie de médiation, d’inscrire le Louvre-Lens dans un réseau de musées régionaux, de mieux se lier à la métropole lilloise et de s’appuyer sur le classement unesco du bassin minier. Construit sur un ancien carreau de mine, le musée s’inscrivait initialement dans la continuité du patrimoine industriel. Aucune proposition en revanche sur l’architecture, dont l’aspect peu spectaculaire contribuerait selon Tobelem à affaiblir l’opération. Pourquoi ne pas la surélever avec un casque de mineur, pour donner à l’institution un aspect de hangar décoré ?

via Le Monde 

 

Des flops, mais des tops

Il est peut-être encore un peu tôt pour annoncer l’échec du Louvre-Lens, estime de son côté La Tribune, qui consacre une série d’été en quatre épisodes à l’opération. Sans nier le manque de nervosité de la dynamique que devait susciter le projet, le quotidien rappelle que la transformation d’un territoire demande du temps et relève plusieurs points positifs. La dynamique touristique mobilise la population, qui se lance dans la création de gîtes, et les hôteliers constatent une embellie qui se ressent aussi sur l’emploi. Certes, l’hôtel 4 étoiles devra attendre 2018 pour être inauguré, mais son concept est original : ses 52 chambres ne seront pas concentrées dans un bâtiment unique, mais réparties dans 20 maisons de mineurs de l’îlot Parmentier, face au musée. Avant tout, le Louvre-Lens semble souffrir d’une conjoncture économique défavorable. Où sont les investisseurs ? se demande la Tribune. Le projet de tramway de 25 km reliant différentes communes de l’agglomération a été abandonné. Manuel Valls a annoncé le 29 juin le lancement d’un plan d’intérêt majeur pour la reconversion des cités du bassin minier, sous la conduite de Jean-Louis Subileau, qui a en son temps piloté Euralille et La Défense. Seul hic, aucun crédit n’a été affecté à ce projet. Sans attendre l’investisseur miracle, les responsables envisage de démarcher du coté du Benelux et des Pays-Bas, plutôt que de regarder vers Paris.

via La Tribune 

 

Désastre à l’emballage

Suite aux attentats, c’est d’ailleurs l’ensemble du secteur touristique qui flanche. Les contrats de destination touristique tels celui que le Louvre-Lens a pu signer l’année passée avec le ministère des affaires étrangères seront-ils suffisant, si d’un autre coté, la législation met en péril le patrimoine national, ainsi que l’affirme le Canard Enchainé du 17 aout dernier. L’hebdomadaire satirique s’en prend au décret Royal rendant quasiment obligatoire l’isolation par l’extérieur depuis le 30 mai dernier. Un avant-après fourni par la SPPEF (Société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France) présente la calamiteuse transformation d’une maison normande en pan de bois en pavillon bois préfabriqué suite à l’application d’un bardage devant isolant. Fruit d’une « alliance incongrue entre bétonneurs, ministre de l’environnement et parlementaire écolo, la loi part d’un constat imparable : 20 millions de logements sont mal isolés. Mais la solution imposée aujourd’hui évoque l’irruption d’un bulldozer dans la galerie des glaces de Versailles », constate le journal. Et étend un peu plus le territoire de la fameuse France moche, à l’échelle de la maison individuelle cette fois.

Hervé Liffran, «  Un décret Royal met en péril le patrimoine », Le Canard Enchainé, 17 aout 2016

 

L’embarrassant bilboquet

Emballer les monuments au point de les rendre méconnaissables n’est peut-être pas une si mauvaise idée. C’est ce que doivent penser les concepteurs de l’affiche du film Arrival, (titre français Premier contact, sortie prévue en décembre prochain). Emmitouflée dans une bonne ITE, l’Oriental Pearl Tower figurant sur le coté gauche du poster promotionnel serait peut-être passée inaperçue. Voir cette tour de Shanghai aux allures de bilboquet photoshoppée dans un panorama de Hong Kong a provoqué l’ire des habitants de l’ancienne concession britannique, qui entretiennent de très mauvais rapports avec la Chine, dont elle forme une région administrative spéciale. Ce n’est pas comme si l’on avait mis la tour Eiffel à Helsinki : #Hong-KongIsNotChina, rappelait un hashtag tournant sur les réseaux sociaux. La bourde géopolitique rappelle l’importance d’avoir une solide culture architecturale dans une époque mondialisée, où chaque faux-pas est scruté par des milliers d’yeux, rappelle le magazine Architizer. La présence du gratte-ciel shanghaien donne une lecture ambiguë au titre « Pourquoi sont-ils là »? Une question que nombre d’habitants de Hong Kong doivent se poser à propos des ressortissants de leur puissant voisin s’installant en nombre dans le « port des perles ».

Via Architizer 

arrival

 

Airbnb Déco

Ces incidents n’auront plus lieu quand tous les endroits seront les mêmes. Et c’est pour bientôt, d’après The Verge, qui affirme que les sociétés de la silicon Valley, et notamment Air B’nB, ont agit comme des moteurs puissants d’uniformisation de la décoration intérieure, au point que l’on puisse définir un nouveau style qu’ils baptisent AirSpace. Version roots hipster de la déco uniforme du Novotel, qui promettait à ses clients une chambre identique aux quatre coins du monde, l’AirSpace joue sur une gamme réduite d’éléments : bois récupérés, mobilier minimaliste, bière artisanale et toast à l’avocat, luminaires industriels, internet haut-débit. « Une profusion de symboles de confort et de qualité, tout au moins aux yeux d’un certains groupe de connaisseurs », selon le journal, qui rapporte le témoignage d’un jeune entrepreneur des nouvelles technologies regrettant de ne plus se déplacer à travers le monde que pour aller du même au semblable. Pauvres néo-nomades technos !

Via The Verge

 

Mijn Architect

Toujours en mouvement sur le globe, Rem Koolhaas mesure mieux que quiconque l’étendu de cet environnement normalisé qu’il avait théorisé sous l’expression d’espace générique. « Une première minute Rem Koolhaas enjambe les dunes de sables du Qatar, celle d’après il contemple les vaches dans un champs des Pays-Bas. Entre les deux, il relève l’horizon de Pékin depuis un hélipad au sommet d’un immeuble, erre dans les rues glacées de New York et s’échappe de l’étreinte d’une foule de fans à Venise, avant de plonger dans la mer pour attraper un moment béni de solitude », relate non sans ironie le Guardian en résumant le documentaire Rem, réalisé par Tomas Koolhaas, le fils de l’architecte. Le projet a été financé en partie sur Kickstarter, à hauteur de 32 000 US$ donnés par 121 « backers ». Le film reste frustrant, selon le Guardian, car on y apprend que peu de choses sur les méthodes de travail de l’architecte. « Particulièrement dans les scènes ou l’on aimerait vraiment pouvoir entendre les dialogues de Koolhaas avec l’artiste Marina Abramovic et le commissaire Hans Ulrich Obrist, jusqu’aux réunions houleuses avec les partenaires. Au lieu de ça, nous recueillons plutôt des platitudes égrenées au son d’un violoncelle mélancolique, qui font passer Koolhaas moins pour un radical que pour l’Amélie Poulain de l’architecture ». Tomas Koolhaas admet volontiers avoir réalisé le film d’un fils pétri d’admiration pour son père, qui apparait le plus souvent de dos sur l’écran. La soirée sera peut-être plus réussi en (re)visionnant Michael Kohlhaas?

Via The Guardian

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British study blues

Engagé dans une carrière de réalisateur, Tomas Koolhaas n’aura pas à connaître les affres des jeunes étudiants en architecture, dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne se portent pas bien, à la lecture d’une étude de l’Architects’ Journal, qui a mené l’enquête auprès de 450 étudiants du Royaume-Uni. « L’architecture a eu un effet négatif sur ma santé physique et mentale » affirme l’un d’eux, d’autres déplorent une culture professionnelle basée sur la souffrance pour l’art et son encouragement au sein du cursus d’études. Beaucoup craignent le fardeau de la dette des frais de scolarité – entre 30 000 et 70 000£ – un sur dix ne pensant jamais réussir à rembourser, au vu de la faiblesse des salaires et des nombreuses offres de travail pro bono.

the Architects’ journal via Dezeen 

 

Success story algérienne

Pour s’en sortir, l’étudiant ou le jeune architecte est condamné sans cesse à l’innovation. Et cela peut marcher très bien, si l’on en croit la success story de cet Algérien devenu l’un des architectes les plus riche des Etats-Unis. « Sa fortune, il la doit à une technique architecturale 100% algérienne : la maison jamais finie. Bien qu’elle soit déconsidérée chez nous (à tel point que les autorités menacent les bâtisses construites dans ce style de démolition) la maison jamais finie fait un carton en Amérique » rapporte le site El Manchar. Les atouts ? Outre les délais records dans lesquels elle peut être réalisée, elle offre l’avantage d’évacuer les considérations esthétiques extérieures et de faire ainsi des coupes dans le budget de construction. « Notre architecture est fondée sur le concept de beauté intérieure » nous explique Abdelhak « la maison c’est comme une femme, ne vaut-il pas mieux qu’elle soit belle de l’intérieur et moche de l’extérieur plutôt que le contraire? ». Premières retombées des méthodes prônées par Alejandro Aravena ? Plutôt une satyre lancée par cet équivalent algérien du Gorafi qui ne manque pas non plus d’idées. « Avec le succès de la maison jamais finie, Abdelhak songe déjà à lancer un autre concept architectural algérien : la maison pas construite du tout. C’est de l’architecture abstraite. Au lieu d’élever la bâtisse, tu prends tout l’argent et tu le places au Panama. Les temps de réalisation sont extrêmement courts, voire, nuls. Le point fort de ce style architectural c’est le plafond qui est d’une beauté sans mesure…des cieux étoilés à perte de vue, n’est-ce pas magnifique ? » s’exclame celui qui semble être un escroc fini, conclu El Manchar. Gageons que l’on verra bientôt ces concepts s’épanouir dans le monde réel.

Via El Manchar

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Olivier Namias

Instagram, des images pour architectes en vacances.

 

Pendant vos vacances, maintenez le contact visuel avec l’architecture sur Instagram, à travers cette courte sélection de comptes, en attendant l’arrivée du compte architecture CREE à la rentrée.

 

m1rasoulifard 

Tête en l’air : l’architecture islamique iranienne vu à travers ses plafonds

m1rasoulifard

 

socialistmodernism

Back in USSR, et même au-delà, dans tous les pays que les vicissitudes de l’histoire ont doté d’un riche patrimoine soviétique.
socialistmodernism        

@ modarchitecture

Pendant de cette ostalgie galopante, l’architecture américaine des années 50/60 présentée dans toute sa splendeur par le photographe d’architecture Darren Bradley

modarchitecture

 

brutal_architecture

Un peu de rudesse dans ce monde de brutes : brutal_architecture réhabilite l’architecture brutaliste, blocs de l’Ouest ou blocs de l’Est acceptés.

brutal_architecture

 

@ staircases_fireescapes_etc

Compte dédié aux escaliers et aux sorties de secours, ouvert à tous les contributeurs pourvu qu’ils postent des images inédites, prises par eux mêmes ou jamais publiées sur le net. De quoi s’adonner au Stair_Porn

staircases fireescapes etc

 

@ cyrilleweiner

Le Work in progress du photographe Cyrille Weiner

cyrilleweiner

 

@ ptrcmr

Les paysages énigmatiques d’un opérateur dans le milieu du cinéma

ptrcmr

 

@ fernandogguerra

Le photographe d’architecture portugais Fernando Guerra diffuse ses derniers reportages, entre lesquels viennent s’intercaler des images de Porsche, son autre passion.

fernandogguerra

@ lucboegly

Le off du photographe d’architecture Luc Boegly

lucboegly

@ churtichaga_

Architecte madrilène (agence Churtichaga+Quadra-Salcedo) et enseignant à Miami, Josemaría de Churtichaga rend compte de ses pérégrination en couleurs, parfois, et plus souvent en noir et blanc. Parfois, des photos d’huitres : la nécessité d’un temps de pause.

churtichaga

 

@ olivierleclercq

Le off de l’architecte Olivier Leclercq, associé de l’agence Air

olivierleclercq

@ samuelhoppe

Le paysage prend souvent le pas sur l’architecture avec Samuel Hoppe, gérant de la librairie Volume et photographe aguerri des alpes suisses, qu’il photographie à la chambre. Ce n’est pas encore l’Alpinarchitektur de Bruno Taut, mais presque…

samuelhoppe

Olivier Namias

 

Corbusier patrimoine mondial : revue de presse spéciale du 19/07/2016

Corbusier patrimoine mondial : revue de presse spéciale du 19/07/2016

Spécial Inscription de l’œuvre de Le Corbusier au Patrimoine Mondial de l’UNESCO

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Maison ouvrière à Saint-Nicolas d’Aliermont, Seine Maritime. Le Corbusier architecte, 1917. © Adagp/Fondation Le Corbusier

 

Corbu honoré, Corbu attaqué !

« Une bonne nouvelle ou un moment d’égarement? », s’interroge sans détour Télérama, lançant un débat entre Xavier de Jarcy – procureur général – et Luc le Chatelier – avocat – sur l’œuvre de Le Corbusier, entrée au patrimoine de l’humanité le 17 juillet 2016, après avoir essuyé deux refus en 2009 et 2011. Certains se réjouissent, d’autres profitent de l’occasion pour ressortir les cadavres des placards. Adversaire résolu de l’œuvre et de l’homme, de Jarcy revient sur ce « passé qui ne passe pas », résumant en quelques lignes la thèse de son ouvrage« Le Corbusier, un fascisme français ».  pour les cinquante ans de l’anniversaire de la mort du Corbu. L’auteur voulait dénoncer les sympathie de l’architecte pour l’extrême-droite, accointances conférant une tonalité fasciste à son œuvre construite. Le magazine Géo revient sur « ce dont rêvait Le Corbusier pour la rive droite », c’est à dire le Plan Voisin, agité comme un épouvantail pour effrayer le lecteur entre deux voyages dans les lagons enchanteurs. « Les amoureux du vieux Paris doivent-ils se faire du souci ? », se demande l’auteur de l’article comme si les pelleteuses descendaient la rue de Rivoli. Le Corbusier voulait raser le centre de la capitale au nom de la modernité, c’est finalement son grand ami, Malraux, qui ringardisera les modernistes en redonnant son lustre au Marais. Débarrassé de sa couche de suie, le passé est redevenu le futur ! Quand au passé fasciste de l’architecte franco-suisse, il sera finalement discuté le 23 et 24 novembre prochain, plus d’un an après avoir été annoncé de façon tonitruante lors de la visite de presse de l’exposition retrospective du Centre Pompidou.

via TéléramaGéo et Le Moniteur

 

Classe mondiale et classe locale

10 des 17 sites inscrits à l’UNESCO se trouvent en France, ce qui divise de facto le patrimoine corbuséen hexagonal en deux catégories : les « Mondiaux célèbres » et les « Locaux anonymes ». Ces derniers peuvent être déçus « Et pourquoi pas Rezé? », déplore Ouest-France en constatant l’absence de l’imposante Cité radieuse bretonne dans la liste des bâtiments reconnus pour leur « valeur exceptionnelle universelle ». Difficile, effectivement, de passer à coté du paquebot de 100 mètres de long perçant le skyline de l’agglomération nantaise. L’UNESCO n’étant pas favorable aux candidatures en série, il a fallut choisir la plus aboutie des cinq unités d’habitation, explique Michel Richard, directeur de la Fondation Le Corbusier. Et c’est Marseille, « avec son merveilleux toit-terrasse », qui a remporté la mise, bien que « Rezé a su préserver plus fortement l’esprit d’origine » du phalanstère vertical. Réunis à Istanbul, les experts de l’ICOMOS perturbés par le putsch en cours auraient omis une question fondamentale : Esprit corbuséen, es-tu là ?

Via Ouest France 

 

#Je suis Corbu

Ils ne peuvent pas arborer le précieux macaron orné du logo du « World Heritage », mais ne doivent pas perdre espoir pour autant. Les coins de France disposant d’une œuvre du Corbu ne figurant pas sur la liste des 10 sites pourraient bien faire ruisseler sur eux un peu de la notoriété acquise à l’UNESCO. « Quelle est la bonne écluse Le Corbusier ? ». Les dernières nouvelles d’Alsace posent une devinette à la façon « où est Charlie » à propos de l’écluse de Kembs-Niffer sur le canal Rhin-Rhône. Celle dessinée par Charles Edouard Jeanneret en 1960 se reconnait à sa toiture en parabole hyperbolique. Quasiment inutilisée, elle a presque pris l’allure d’une cabane de jardin depuis la modernisation de l’écluse en 1995, et la construction d’une « majestueuse tour de commande » que bien souvent, « les meilleurs publications attribuent au célèbre architecte. Bien à tort ». Qu’elles cessent !

Via les dernières nouvelles d’Alsace 

 

Corbusier (Le) for connoisseur

De son coté, le fil d’actualité de la CCI de Normandie déniche un projet de jeunesse du Corbu à Saint-Nicolas d’Aliermont, près de Dieppe. Une œuvre pour super-initié et amateur ultra-chevronné : une maison jumelée genre Phénix, construite en 1917 à la demande de l’horloger Bayard pour loger ses ouvriers. « Le Corbusier s’inspira des réflexions menée à Saint-Nicolas d’Aliermont pour réaliser les groupements sociaux de Lège et Pessac », affirme la voix de la CCI au grand dam du journal Sud-Ouest, qui voit dans « six cubes aux couleurs méditerranéennes » de Lège-Cap-Ferret « la première déclinaison du concept de maison égalitaire destiné à loger les ouvriers ». A qui est le point ?

Via Normandinamik 

 

Corbusa Dry

Attention à ne pas voir désormais du Corbu partout, comme on voit déjà du Eiffel sur la moindre poutrelle d’acier riveté, au risque de rajouter de l’amertume à la déception. Ainsi, certains Spinaliens – (habitants d’Épinal) – ont été d’autant plus furieux d’apprendre que l’usine Claude-et-Duval avait intégré le patrimoine mondial alors que leur « Kiosque de la Vierge », boutique de journaux spinalienne, restait, anonyme, sur le carreau. Un bâtiment modeste, aux allures de Ronchamp, œuvre de Le Corbusier d’autant plus méconnue qu’elle est …de Jean Crouzillard, architecte en chef de la reconstruction dans les années 50. Ça ressemble à du Corbu, mais ce n’est pas du Corbu, et c’est pour cela que ça désappointe !

Via Vosges-Matin 

 

No Corbu, no problem

Les Spinaliens chagrins devraient prendre exemple sur Piacé, village sarthois qui ne compte aucune œuvre de Charles Edouard, et ne se démonte pas pour autant. La commune affirme lui avoir inspiré sa théorie sur la ferme radieuse au début des années 30. A l’époque, l’artiste céramiste Norbert Bezard avait imaginé avec Le Corbusier des solutions pour « sortir le monde rural du romantisme du fumier », et, mais il ne le savait pas, sauver en 2016 ce hameau de 363 âmes d’un oubli profond. Conseil aux maires : commandez vite un panneau « Corbu was here » , une solution pas idiote pour transformer les centres-bourgs en déshérence en villages heureux. Radieux, forcément radieux quartiers corbuséens…

Via Ouest-France

 

Les Champions

« Le Corbusier, Champion du monde » a titré Le Parisien. Revenus bredouilles du Stade de France le 10 juillet, nos compatriotes auraient pu profiter de cette victoire de l’architecture survenue une semaine plus tard pour faire malgré tout la fête. « L’usine Le Corbusier de Saint-Dié-des-Vosges classée par l’UNESCO ! » : si l’on en juge par le point d’exclamation terminant le titre du fil d’info « Blé lorraine », la nouvelle est surprenante. Bien sûr, Le style particulier du sélectionneur franco-suisse, faiseur « d’utopies vivantes et clivantes » divise « les pro, farouchement pro, et les anti farouchement anti », même si, témoigne l’architecte Vanessa Fernandez à la Voix du Nord, « il était d’une avant-garde incroyable, dans les années 30 ou après guerre ».

Via Le Parisien , Blé Lorraine et La voix du Nord 

 

Les raisons d’une victoire

Comme pour le France-Allemagne de l’Euro 2016, cette consécration survient après une longue série de défaites. 2009, ou 22 sites furent présentés devant la commission, puis 2011 avec 19 sites, rappelle La Croix, qui revient sur les raisons de ces échecs à répétition. « On craignait, selon le quai d’Orsay, que la consécration de l’architecte (…) ne fasse passer au second plan les autres représentants du mouvement moderne ». Autre faille des précédentes candidatures « l’absence notable de complexe du Capitole, l’Inde n’ayant pu jusque là participer au dossier pour des raisons administratives ». En 2016, La plus grande démocratie du monde a pu rejoindre une équipe internationale regroupant sept pays – France, Suisse, Japon, Argentine, Belgique, Allemagne – un fait rare, souligne encore La Croix. L’inscription devrait être une bénédiction pour la fréquentation touristiques des sites , qui devrait augmenter de 25 à 30% si l’on se fie à ce que l’on a observé sur d’autres sites du patrimoine mondial. En attendant la ruée sur l’or du Corbusier, le département de Haute-Saône organisera entre le vendredi 22 et le dimanche 24 un lâcher de 3 000 ballons munis de cartes postales à renvoyer à l’office du tourisme. Les 25 premiers expéditeurs recevront deux entrées pour visiter la chapelle Notre-Dame-du-Haut à Ronchamp. T’as voulu voir Vesoul et on a vu Corbu, pourra-t-on chanter bientôt dans le 70.

Via La Croix et Vosges Matin

 

Après Corbu?

Quelle sera la prochaine œuvre architecturale à rentrer au patrimoine mondial? Pourquoi pas cette incroyable « Eglise-Poulet » construite dans la jungle indonésienne par Daniel Alamsjah, concepteur de 67 ans mue par « une vision d’inspiration divine ». Loué soit le seigneur, s’est écrié un internaute devant ce temple dédiée à un culte inconnu et, pour autant qu’on puisse en juger, pacifique et tolérant. Ce sanctuaire abandonné ne devrait-il pas encourager l’ICOMOS à inscrire tous les canards architecturaux de la planète sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité ? Après l’œuvre de le Corbusier, il serait temps de reconnaître la puissance de l’Effet Venturi !

Via the Daily Mail 

 

Pour mémoire

Le comité du patrimoine mondial a annoncé lundi 17 juillet qu’il avait joint l’œuvre de Le Corbusier aux quatre nouveaux sites inscrit sur sa liste (avec l’ensemble de Pampulha de Niemeyer, le chantier naval d’Antigua et le parc national de Khangchendzonga en Inde. Les œuvres de Le Corbusier distinguées sont les suivantes, classées par ordre chronologique par Le Monde. Il s’agit des maisons La Roche et Jeanneret (1923) à Paris, une villa au bord du lac Léman (1923) à Corseaux (Suisse), la Cité Frugès (1924) à Pessac (Gironde), la maison Guiette (1926) à Anvers (Belgique), les maisons de la Weissenhof-Siedlung (1927) à Stuttgart (Allemagne), la villa Savoye et la loge du jardinier (1928) à Poissy (Yvelines), l’immeuble Clarté (1930) à Genève, l’immeuble locatif de la porte Molitor (1931) à Boulogne-Billancourt (Haut-de-Seine), l’Unité d’habitation (1945), dite « cité radieuse », à Marseille (Bouches-du-Rhône), la Manufacture (1946) à Saint-Dié-des-Vosges (Lorraine), la maison du docteur Curutchet (1949) à La Plata (Argentine), la chapelle Notre-Dame-du-Haut (1950) à Ronchamp (Haute-Saône), le Cabanon de Le Corbusier (1951) à Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes), le complexe du Capitole (1952) à Chandigarh (Inde), le couvent Sainte-Marie-de-la-Tourette (1953) à Eveux (Rhône), le Musée national des beaux-arts de l’Occident (1955) à Taito-Ku (Japon) et la Maison de la culture (1953) à Firminy (Loire). La France totalise 10 sites sur 17. 1031 sites de 163 pays figurent actuellement sur la liste du patrimoine mondial. 

Via Le Monde

Olivier Namias

Sur le même thème : Firminy, la cité méconnue de le Corbusier 

ARCHE DE NOE, SONY, GUNDAM…: LA REVUE DE PRESSE DU 12 JUILLET 2016

ARCHE DE NOE, SONY, GUNDAM…: LA REVUE DE PRESSE DU 12 JUILLET 2016

Parc à thèmes pour dieux chrétiens et dieux payens, Sony détruit son flagship de Ginza, Edmonton détruit par les Gundams, la femme de ménage et l’architecte, effondrements de balcons à Villeneuve-Saint-Georges.

sony immeuble

Petite arche entre Amish

Long comme un terrain et demi de football sans être un stade, haute de sept étages sans pour autant être un immeuble, d’un coût de 102 millions de dollars, dotée de la plus grande charpente en bois de tous les Etats-Unis : c’est l’Arche de Noé qui a ouvert le 7 juillet dernier à Williamstown, Kentucky. Son promoteur, Ken Ham, fondateur du musée de la Création, veut que son parc à thème enseigne l’histoire de l’humanité telle que la professe la Bible. Le succès public devrait être au rendez-vous, un sondage Gallup de 2014 montrant que 42% des américains rejettent encore les théories de l’évolution, croyant que la genèse décrit parfaitement la formation du monde bien qu’ils confessent douter que cela n’ait pu se faire qu’en six jours. Dans ce vaisseau construit par des menuisiers de la communauté Amish, trouveront place trente espèces d’animaux dont un Tyranosaurus Rex ! Le personnel embauché a dû signer une déclaration de foi revenant à admettre qu’il n’était pas homosexuel. « Ici, ce ne sera pas le monde de Disney ou d’Universal, où les gens viennent pour s’amuser. » Finalement, on n’était peut-être pas si mal chez Mickey !

via Le Monde

 

Peur sur Edmonton

Le déluge n’est pas la seule menace qui plane sur nos villes. En attendant d’être engloutie par le réchauffement climatique, Edmonton doit faire face à un danger immédiat : être détruite par un Gundam, robot transformiste des dessins animés japonais. La prochaine saison de Mobile Suit Gundam a choisi comme théâtre pour sa bataille finale cette petite ville peuplé d’un million d’habitant, ou l’âge médian est de 36,5 ans. Une ville oubliée des canadiens eux-mêmes, qui ne s’en souviennent que pour évoquer ses hivers sans fins et le style soviétique de son architecture. D’habitude, les réalisateurs s’évertuent plutôt à détruire New York, Londres, Los Angeles, et quand ils tournent au Canada, vont plutôt du coté de Vancouver ou Toronto. Pourquoi avoir choisit Edmonton ? Ce n’est pas clair : « peut-être que son architecture fade a rendu la ville désirable » en la faisant ressembler au Japon vernaculaire. « il est intéressant de remarquer que les responsables de l’animation ont reproduit les immeubles, mais n’ont pas reproduit l’étalement urbain américain ». Une double solution au Sprawl et à l’attractivité des villes moyennes?

via Guardian Canada Week

 

Sonycide

Godzilla chassé des rues de Tokyo, la destruction de la ville continue. Contre toute attente, Sony vient d’annoncer qu’il allait démolir son magasin phare de Ginza pour le remplacer… par un parc qui accueillera les visiteurs des jeux Olympiques 2020, bien que la surface réduite du terrain ne laisse pas présager d’un grand espace vert. Yoshinobu Ashihara avait dessiné en 1966 ce batiment abolissant le concept d’étage – les surfaces de plancher y était répartis sur 27 plateformes décalées de 90 cm les unes par rapport aux autres, formant une sorte de raumplan en spirale ascendante. En 2022, un nouvel immeuble sera construit par Sony sur cette parcelle, voisine du magasin Hermès de Piano. Un précédent hante les sceptiques : en 2011, Sony avait construit un nouveau batiment à Osaki. L’immeuble conçu par Nikken Sekkei devait être le vaisseau amiral de la marque : il fut revendu deux ans plus tard pour redorer le bilan financier de l’entreprise. Les optimistes se réjouissent que la parcelle vide n’ait pas été transformée en parking, suivant un mécanisme courant dans la capitale japonaise, voyant les prémices d’une renaissance urbaine régulièrement annoncée, une Arlesienne nippone.

Via The Guardian

 

Obsolesence rapidement programmée

Certains édifices n’ont besoin de personne pour se détruire. A Villeneuve-Saint-Georges, trois balcons d’un immeuble de logement social de style pseudo haussmanien se sont effondrés samedi soir, entrainés par la chute du plus haut perché d’entre eux. Aucune victime n’est à déplorer, même les deux canaris dont la cage a chu ont survécu, relate un témoin. L’immeuble a été étayé et évacué. Sa construction remonte à 2011. « Il y avait des fissures sur le balcon du troisième étage et ça avait été signalé il y a deux mois » s’insurgeait une habitante en colère. « Et ma salade, je l’aurai quand ?», s’est inquiété un voisin dont le potager venait d’être enseveli sous les gravats. Surveillez vos balcons : le mal semble se répandre à grande vitesse dans la construction contemporaine, et avait déjà touché un immeuble du quartier Ginko à Bordeaux. L’architecture biodégradable est-elle née le 9 juillet 2016 à Villeneuve-Saint-Georges ? L’expertise en cours répondra peut-être à cette question pendante.

Via Le Parisien

 

 

Alcool in the city

Plutot que de s’instruire à l’Arche de Noé, la correspondante du Globe and Mail a préféré s’éduquer dans un autre parc à thème pour adulte, la Cité du Vin à Bordeaux. Une expérience à vivre avec Bacchus dont elle est revenue ravie « et voici l’endroit ou les jeux deviennent super cool. A la table des terroirs, lorsque vous pointez une manette sur la carte IGN d’une région viticole, un livre s’ouvre (…) des cultivateurs de chaque région vous parlent, les cartes se déplient des images en sortent et viennent flotter dessus, c’est totalement immersif ». Quant au complexe, c’est un « temple dédié au vin ». Pendant ce temps, à Bruges, la brasserie De Halve Maan préfère investir dans les infrastructures. Elle vient d’installer un pipeline souterrain de trois kilomètres pour relier un centre logistique à son usine du centre historique. Cette canalisation inédite remplace la noria de camions qui venaient auparavant retirer des livraisons en centre ville, générant des nuisances de plus en plus mal acceptées par les riverains. Des experts en tunnel travaillant dans le secteur pétrolier ont collaboré avec des experts de la bière pour concevoir ce conduit percé dans le sol d’une ville inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Les travaux ont été financés en partie par crowfunding. « Pour moi, le patrimoine mondial de l’UNESCO ne doit pas s’attacher qu’aux briques et aux éléments matériels : conserver une brasserie en activité doit aussi en faire partie, c’est une partie de l’héritage immatériel » , a déclaré M. Vanneste, directeur de la Brasserie De Halve Maan. Le développement des brasseries artisanales à Paris conduira peut-être à la création d’un nouveau réseau de bieroducs.

Via the Globe and Mail et l’Express

 

Bon ménage

« la maison d’une femme de ménage a remporté un prix d’architecture » s’écrie visiblement stupéfait le site Se Loger. Et pas le prix de la maison la plus fleurie du quartier mais le prix mondial d’architecture décerné par le site Archdaily à 14 projets construits à travers le globe en 2015. Dalvina Borges Ramos, 74 ans, voit sa maison à 150 000 reais (41 500 euros) figurer sur le meme palmarès que le gratte ciel turinois de Renzo Piano pour la banque Intesa SanPaolo – heureuse coïncidence pour Dalvina qui demeure elle même à Sao Paulo – l’Harbin Opera House de Mad Architectes, ou le stade Matmut Atlantique d’Herzog & de Meuron. On est déçu d’apprendre que Dalvina n’est pas l’architecte de sa maison, qui a été conçue par l’agence Terra e Tuma arquitetos. Le prochain Pritzker ne sera pas femme de ménage, elle préfigure peut-etre les nouvelles vocation de maitre d’ouvrage qui devraient apparaitre avec l’abaissement du seuil des construction à 150 m2 par la loi CAP.

via Se Loger

Koolhaas encore, Piano… : la revue de presse du 5 juillet 2016

Koolhaas encore, Piano… : la revue de presse du 5 juillet 2016

Koolhaas en politique, Parlement à vendre, le mythe des 500 000 logements, Piano inaugure la fondation Stavros Niarchos à Athènes, Maroc : le cafouillage du MNAST à Rabat.

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Musée national d’archéologie et des sciences de la terre (MNAST) à Rabat par Archi5/OKA

 

 

Classe politique

C’est souvent du côté de la jeunesse que l’on s’attend à voir surgir la relève d’une classe politique démonétisée. Peut-être à tort : le Brexit a suscité des vocations pour les affaires publiques, comme chez cet architecte hollandais septuagénaire, commissaire de la biennale d’architecture de Venise en 2014. « Il faut s’engager. Si l’Europe ne se réveille pas, nous aurons un grand problème aux Pays-Bas. Mon pays sera le prochain à s’accommoder des discours populistes, le prochain à demander la sortie de l’Union Européenne. Et je ne veux pas rester passif. Je ne sais pas encore comment, mais j’ai décidé de passer à l’action politique pour éviter ce risque », a déclaré Rem Koolhaas au journal El Pais en marge des conférences du IV congrès international d’architecture organisé par la fondation architecture et société à Pampelune. « J’ai toujours pensé que mon architecture pouvait résoudre plus de problèmes que mon action politique. Le populisme m’a fait changer d’idée ». Rem, bientôt à la tête de la Commission Européenne ?

Via El Pais 

 

A Vendre

Les conséquences de la possible désintégration de l’UE n’ont pas tardées à se faire sentir dans le secteur immobilier, ainsi qu’en témoigne cette annonce : Suite à Brexit, bâtiment d’exception à Strasbourg. Flatteur pour Architecture Studio, concepteur de l’objet de la vente, le Parlement Européen, proposé à 47 millions d’euros. Points forts du bien, sa localisation, bien sûr :  à quelques kilomètres de l’Allemagne et idéalement placé(s) pour l’évasion fiscale du côté suisse.(…) Pour les transports un aérodrome existe/subsiste à 19 km au sud de la ville. Mais étant donné la faible fréquence des vols, aucune nuisance sonore n’est à prévoir de ce côté là.…Les acheteurs potentiels doivent prévoir deux jours de visite, avertissait le vendeur, un agent immobilier facétieux et anonyme se présentant sous le nom de Strasbourgeois, auteur de ce canular posté sur le site Le Bon Coin. Dans la vraie vie, le siège strasbourgeois du Parlement européen est souvent montré du doigt pour sa sous-occupation. A défaut d’une vente, pourquoi pas une location sur Air B’n B ou OfficeGOOD, son équivalent dans le monde du bureau?

via France bleue 

 

Le mythe des 500 000

Pourquoi ne pas prendre le canular au sérieux, et construire dans ce parlement notoirement sous-utilisé une partie des logements dont la France a si cruellement besoin ? On le sait : dans l’hexagone, un million de logements manquent à l’appel, ce qui impliquerait d’en construire 500 000 par an. Le chiffre indique un but qui reste à atteindre année après année, et dans cet attente, ne fait que mettre le doigt sur un retard français de plus. Le constat de la carence est partagé par le gouvernement, les professionnels et les associations : une unanimité rare dans le secteur du bâtiment. Ce chorus devrait peut-être arrêter de chanter à tue-tête « le million, le million », explique la journaliste Catherine Sabbah, qui déconstruit dans Les Echos ce mythe numérique. Elle s’interroge sur le sens de ce chiffre martelé par tous les gouvernements depuis son apparition en 2006 dans un rapport de la fondation Abbé Pierre, lui-même basé sur des statistiques de l’INSEE dénombrant 700 000 personnes « aux portes du logement ». Sur la longue période, le stock de logement a crû plus vite que le nombre de famille, constate la journaliste, qui rappelle que le pays n’a jamais réussi à construire ces quantités de logement qu’au cours de la période la plus productiviste de son histoire, les trente glorieuses, laissant derrière elle un encombrant héritage. « Entre 2005 et 2015, le nombre de logements vides a augmenté de 900 000. Tiens donc, on n’est pas loin du million… Ils sont répartis dans le parc social, dans des villes en déclin ou personne ne veut plus habiter, dans le parc privé, dans des lieux plus attractifs, où contre toute rationalité économique, des propriétaires préfèrent conserver leurs logements vides plutôt que de voir un locataire s’incruster. Ils sortent aussi du marché pour se transformer en résidences de tourisme », détaille Sabbah. Peut-être le début de la fin pour les politiques d’aménagements construites sur des logiques de grands nombres, au mépris des réalités territoriales et sociales ? On peut rêver…

Via Les Echos 

 

Un temple à l’austérité

Ubuesques festivités à Athènes, où l’on vient d’inaugurer en fanfare le Centre culturel de la Fondation Stavros Niarchos. Occupant un site de 20 hectares utilisé comme parking lors des derniers jeux olympiques, le bâtiment porte la prestigieuse signature de Renzo Piano. Il a été ouvert ce weekend à grands renforts de concerts et feu d’artifice, relate Oliver Wainwright sur place pour The Guardian. Sauf qu’il n’est pas ouvert, et qu’aucune date d’ouverture n’est annoncée, poursuit le critique d’architecture, les étagères de la bibliothèque, calibrés pour deux millions de livres, restent vides, les portes du parc restent fermées… La fondation de l’armateur Stavros Niarchos a fait le cadeau – empoisonné – du bâtiment à l’Etat grec, contraint à des politiques d’austérité qui lui interdise de faire tourner cette machine culturelle réclamant au bas mot 900 employés pour fonctionner correctement. Echoué au milieu de son grand parc, le projet à 566 millions d’euros ressemble pour l’instant à la ville porte-avion du photomontage réalisé en 1966 par Hans Hollein, vaisseau fantôme sillonnant la campagne autrichienne…Mais doté du label LEED Platinum ! « Construire un bon bâtiment est un acte civique majeur », a expliqué Piano lors des cérémonies d’ouverture. « Dans des moments difficiles comme celui-ci, on a besoin d’espoir ». L’espoir que ça ouvre, au moins : la fondation se rajoute à la longue liste des équipements livrés mais jamais utilisés, fruits dispendieux et manifestement inutiles construits lors de la bulle immobilière dégonflée par la crise de 2008.

via The Guardian 

 

Musée où t’es?

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Musée national d’archéologie et des sciences de la terre (MNAST) à Rabat par Archi5/OKA
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Musée national d’archéologie et des sciences de la terre (MNAST) à Rabat par Archi5/OKA

Ca cafouille pas mal à Rabat, nous apprend l’édition marocaine du Huffington Post, autour du projet du futur Musée national d’archéologie et des sciences de la terre (MNAST). Sa construction devait être confiée à une équipe franco-marocaine associant Archi5 et Omar Kobbité architecte (OKA), déclarée lauréate du concours international le 26 aout 2010, remportant une consultation à laquelle participait les équipes de Nouvel, Hadid ou encore Gregotti. Mais depuis six ans, plus rien. Le projet a été déplacé, passant de l’ancienne résidence de Lyautey à la vallée de Bouregreg. Pire encore, le MNAST a fait depuis l’objet de nouveaux concours. La candidature des lauréats de 2010 à l’une de ces consultations a été rejetée pour vice de forme.

Différents courriers aux ministres et ambassadeurs n’ont pas débloqué la situation. L’Ordre des architectes de la région Rabat-Salé a aussi essayé d’en savoir plus sur les raisons du déménagement, qui seraient « politiques », sans que l’on en sache plus. Il n’est pas normal qu’on ait recours à des architectes qui mobilisent des moyens très importants pour leur dire que c’est annulé par la suite, s’insurge Mnebhi Loudiyi, président de l’Ordre régional, évoquant plusieurs faillites consécutives à ces annulations. Sauf que dans le cas du MNAST, le projet n’a jamais été annulé, ce qui interdit aux lauréats de percevoir une indemnité ou un quelconque dédommagement. Pour Loudiyi, ces cafouillages en série ne sont pas un cas isolé. Ils viennent des lacunes du décret réglant la passation des marchés publics marocains. En attendant qu’elles soient comblées, il demande à tous les architectes de cesser de participer aux concours ! Trop tard pour le énième concours du MNAST, lancé en mars 2016, mais un conseil à suivre pour tous ceux tentés par les concours de maîtrise d’ouvrage publique dans le royaume chérifien.

via HuffPost Maroc 

Olivier Namias

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Brexit encore, glissades et toboggans : la revue de presse du 28 juin 2016

Brexit encore, glissades et toboggans : la revue de presse du 28 juin 2016

ArcelorMittal Orbit
Courtesy ArcelorMittal Orbit

 

The Day After

Hypothèse mardi dernier, le Brexit est devenu une dure réalité vendredi matin. Partisane du Remain à plus de 70%, la « classe créative » oscille entre la déception et l’expectative. Maintenant l’incertitude que redoutait la profession est là, résume Ben Derbyshire, Directeur de l’agence HTA Design.Toutes nos énergies seront gaspillées en attendant que le chaos bureaucratique se clarifie rapporte Cany Ash, de l’agence Ash Sekula. Pour Lucy Tilley, chargée des projets au Royaume-Uni et à l’international, plus du quart de nos employés vient de l’UE et l’idée de perdre un tel filon de talent est une conséquence du vote qui demandera une longue période d’adaptation. Ceux qui ont centré leurs stratégies d’export sur l’Asie craignent surtout les perturbations liées à l’indécision qui vient : dans certaines régions, on ne peut pas dire que l’industrie du bâtiment soit complètement remise du crash de 2008, et la perspective d’une période prolongée d’hésitations n’aide pas, témoigne James McGillivray, de l’agence NVB, une structure de taille moyenne basée dans le Somerset. Amanda Levete se veut volontaire : nous continuerons à travailler en Europe autant que dans le reste du monde – et continuerons à exprimer nos idéaux communs – démocratie, ouverture d’esprit, tolérance et créativité.

Architects’ fears as UK votes for Brexit, via Building design

 

Partir après le Leave?

Où allons-nous à partir d’ici ? se demande un associé de Rogers, Stirk Harbour & Partners toujours dans les colonnes de Building Design. A l’étranger, répond sans hésiter Annabelle Gauberti, avocate associée du cabinet Crefovi sur son blog : les entreprises créatives basées au Royaume-Uni, celles qui exportent des biens et des produits, à l’instar des maisons de modes et de design, doivent être extrêmement attentives aux négociations des accords de retraits avec l’UE, et, si besoin, relocaliser leurs opérations au sein de l’UE dans les deux ans, le changement des régimes douaniers et les taxes sur les biens et produits pouvant apparaître inévitable dans l’éventualité de négociations infructueuses avec l’UE. Les flux de réfugiés vont-ils s’inverser, et qui récupèrera les agences de designers ? Encore faudrait-il vouloir partir : ces conseils concernent moins les structures petites et/ou débutantes, qui ne pourront faire face aux frais d’avocats ni de comptabilité. Les étudiants aussi pourraient avoir du mal à quitter Albion : inquiets des répercussions du Leave sur le programme Erasmus, ceux impliqués dans les « industries créatives » ont manifesté mardi à Trafalgar Square, réunissant au moins 50 000 personnes… sur leur page Facebook ! 270 000 étudiants de toute l’Europe bénéficient chaque année du programme Erasmus, rappelle Dezeen. Perdre la possibilité de venir ou d’aller en Albion serait à n’en pas douter un sacré coup de Trafalgar.

Via Dezeen, Design firms should « relocate their operations to the EU » if Brexit talks fail, says lawyer et Designers and students to protest in Trafalgar Square as threats to Erasmus programme emerge

 

Dégringolades

Dans la Londres post-Brexit, tout chute. Pas seulement les bourses, qui auraient perdues vendredi l’équivalent de 24 années de contributions à l’EU en moins d’une heure quarante. On tombe – ou plutôt on glisse littéralement du coté de l’ancien parc Olympique, où l’artiste belge Carsten Höller vient d’installer un toboggan sur la tour ArcelorMittal Orbit. Cette chose architecturale conçue par l’artiste Anish Kapoor avec l’ingénieur Cécil Balmond qui n’apparaît pas comme le plus beau leg des jeux de 2012 – le critique d’architecture du Guardian Oliver Wainwright la compare à un éléphant blanc, expression anglo-saxonne pour désigner les monstres architecturaux – ni la meilleur marché. L’entretien du Godsavezilla couterait au contribuable 10 000 livres par semaine. L’insertion d’une attraction dans la structure fait partie d’un business plan visant à limiter les pertes financières de ce qui avait été vendu comme une machine à cash, devant générer initialement 1,2 millions de livres de profits à l’année. Conséquence du coût de maintenance, le prix du ticket donnant droit à 40 secondes de glisse à la vitesse moyenne de 15 mph est très élevé. 17 livres pour 76 mètres de dénivelé, c’est cher, note Wainwright, d’autant que le quartier entourant ce toboggan géant abrite une population pauvre. Le résumé du critique est sans appel : jamais une attraction n’avait promis autant et donné si peu. Wainwright n’a surement jamais visité le défunt parc Mirapolis, près de Cergy !

Via The Guardian 

 

Glissomania

Wainwright voit dans l’ArcelorMittal Orbit le plus inutile des totems dédié à l’hubris de l’ex-maire de Londres, Boris Johnson, qui avait pourtant tenté de se dépasser dans le domaine, du téléphérique urbain (opéré par la compagnie aérienne Emirates) à l’affaire des bus-saunas que l’on avait dû dotée en catastrophe de fenêtres ouvrantes pour permettre aux passagers de respirer. Boris a trouvé une nouvelle occasion de faire parler de lui lors du Brexit, mais il serait injuste de le présenter comme unique partisan des glissades urbaines. Pour preuve, à Los Angeles, un toboggan de verre entièrement transparent vient d’être installé au sommet de l’US Bank Tower, à l’occasion de sa rénovation. Pour une somme oscillant entre 27 et 33$, passez du 70e au 69e étages sans emprunter l’escalier, éprouvez la sensation des « Skywalker » – personnes qui escaladent les immeubles sans assurances – le risque en moins. Je ne dirais pas que je suis pressé de le refaire. Mais c’était une expérience architecturale que je n’aie jamais eue, a déclaré le présentateur d’une télévision américaine après avoir testé l’attraction. Voilà un argument en faveur des gratte-ciels, auxquels certains architectes ne prédisent aucun futur. Après Koolhaas (voir semaine dernière), c’est au tour de David Adjaye de s’en prendre à un urbanisme vertical dépassé, achevé quelque part au 20e siècle. Pour l’architecte, qui s’exprimait dans les colonnes du quotidien italien La Stampa, il s’agit uniquement d’une question de densité : on peut construire une ville de dix étages et satisfaire tout le monde. Tout le monde, sauf les amateurs de toboggans qui sont de plus en plus nombreux en architecture, que l’on songe à certains aménagement récents de bureaux ou de rues en pentes, voire même de maisons individuelles.

Via LA Times, Libération et La Stampa 

 

Un référendum Soulages

85% contre : c’était le résultat d’un sondage demandant en 2009 l’avis des ruthénois sur la construction du musée Soulages. La population de Rodez trouvait ce projet attribué aux catalans de RCR trop cher, pas convaincant, trop élitiste, trop grand, se souvient-on alors que le musée fête deux ans de succès. Benoit Decron, directeur du musée, rappelle que les prévision de quarante mille entrées annuelles furent dépassées en six mois. 200 000 personnes avaient déjà visité les lieux lors du premier semestre d’ouverture du musée, qui se hisse au premier rang des musées de la Région Midi Pyrénées, devant le musée Toulouse-Lautrec d’Albi, souligne Télérama. Et l’on ne parle pas encore d’effet Rodez… Si l’on refaisait le sondage aujourd’hui, les convaincus atteindraient surement les 85%, estime Christian Teyssèdre, maire de Rodez et président de la Communauté d’agglomération. Consulter de nouveau la population : il n’y a pas qu’en Aveyron que l’idée séduit…

Via Télérama 

 

Le piège de cristal

Partir ou rester, on ne leur demande pas leur avis. 200 expatriés français travaillant pour la firme de BTP Saudi Oger seraient bloqués à Riyad sans la moindre possibilité de Gulfxit, d’après un employé français de la société qui témoigne sur le site de l’Obs. Devant faire face à de lourdes pertes, conséquences du management hasardeux et de chantiers mal estimés, Saudi Oger aurait temporisé en baladant certains membres de son personnel d’un site à l’autre, prélude à un licenciement sans préavis. Or, rappelle Rémy Catusse depuis son exil forcé, lorsqu’ils ne sont pas payés, les expatriés en Arabie saoudite se retrouvent dans une position ambiguë : ils perdent le droit de travailler, et ne peut plus renouveler son « iqama », titre de séjour indispensable à l’obtention d’un visa de sortie. La situation est confuse : Catusse a signé une lettre de démission pour obtenir le parrainage d’une autre entreprise, d’autres continueraient à travailler sans être payés. L’Etat français n’a pas de recours dans les affaires de droit du travail saoudiens, et Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères, n’aurait pour l’instant pas répondu aux appels à l’aide des expatriés. Le vice-ministre de l’intérieur saoudien a promis de faire le nécessaire, mais les fêtes de ramadan ralentissent l’action administrative.

Via Le plus de l’Obs

 

Olivier Namias

Architectures et Brexit, le coût du bruit, la New Tate : la revue de presse du 21 juin 2016

Architectures et Brexit, le coût du bruit, la New Tate : la revue de presse du 21 juin 2016

Koolhaas s’oppose au Brexit, inauguration de la New Tate modern, les architectes anglais face aux référendum du 23 juin, des décibels qui coûtent de l’Or, Calatrava à l’amende

New Tate Modern The Switch Luc Boegly Sergio Grazia
New Tate Modern  » The Switch » – Herzog et de Meuron architectes. Courtesy (c) Luc Boegly+Sergio Grazia

Remxin

Hollandais, mais aussi ancien étudiant de la AA school, Rem Koolhaas s’est prononcé pour le maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne sur les ondes de la BBC. Il y a bien plus en jeu qu’être dedans ou dehors, a affirmé l’architecte se souvenant des effets que l’entrée dans la CEE avait eu sur son ex-école. Des Allemands, Tchécoslovaques et Français arrivant dans l’établissement avaient contribué à « moderniser la mentalité anglaise, l’ensemble de la civilisation britannique », a encore expliqué l’architecte. Une sortie de l’UE la ramènerait en revanche aux temps qu’a connu Rem à ses tous débuts à l’AA : une ère où les serveuses du restaurant de l’école portaient des bonnets victoriens. Pas sexy pour un moderne, et dur à avaler pour la figure de proue d’une agence qui s’est plusieurs fois penchée sur la communication de la Commission européenne.

Via Building Design

 

Archout?

Si pour Rem Koolhaas, le Brexit ramènerait l’Angleterre aux mauvais temps anciens, les grandes agences d’architectures britanniques se déclarent mal préparées aux conséquences du « Oui » au référendum du 23 juin. Le magazine Building Design a interrogé une douzaine d’agences parmi les principales du Royaume-Uni. Pour Brendan Kilpatrick, associé de PRP, les conséquences sur l’emploi seraient très négatives : notre agence est très internationale, et craint de voir partir de Londres ses employés d’origines polonaise, lituanienne, espagnole ou grecque. Les perspectives d’emploi devraient cependant les retenir au nord du continent… Un directeur d’AHR s’attend à une période d’instabilité d’une durée inconnue et des répercussions sur l’activité économique difficiles à évaluer. En mai dernier, 78% des architectes se prononçaient pour un maintien dans l’UE et 11% pour le Brexit, selon un sondage réalisé par le magazine Building auprès de 180 architectes.

Via Building Design

 

Adieu saucisses, bonjour pyramide

Au-delà du Brexit, l’actualité architecturale britannique se focalise sur l’inauguration de la New Tate Modern, bâtiment livré par Herzog et de Meuron après 10 années de chantier. Déjà un succès public, si l’on en croit les notes données par les lecteurs du Guardian à l’extension de l’ancienne centrale électrique de Bankside. Harry Hickmore, 23 ans, observe qu’il est difficile de prendre un selfie avec le nouvel édifice, admettant que ce n’est peut-être pas un mal. Adam Smith apprécie l’illusion de vivre dans le décor des SIM. L’accès aux pièces avec panorama sur la Tamise lui donne l’impression de vivre dans un des luxueux appartements occupés par les personnages du jeu vidéo, sensation qu’il évalue comme une performance artistique du XXIe siècle. Les deux ont donné 4 étoiles sur 5 au bâtiment, beaucoup plus qu’à l’usine Sainsbury, construite dans les années 30 par Owen Williams, dont la destruction récente est passée inaperçue. Nina Rappaport rend hommage dans les colonnes de Building Design à cette ancienne usine de saucisses. Il faut se faire une raison : francforts, chipolatas et autres merguez ont désormais plus de chance de sortir aujourd’hui des murs d’un atelier d’artiste que d’un établissement de confection industrielle.

via The Guardian

 

Kidzania

La Tate se fera-t-elle voler son jeune public par un concurrent féroce, Kidzania ? Dans ce parc d’attraction qui a pour thème le capitalisme, les enfants apprennent « que rien ne tombe du ciel » tout en éprouvant les « valeurs de la vie réelle ». France TV info visite cet espace de 7 000 m2 ouvert il y a un an – une ville en miniature, décrit la chaine – dans l’ouest londonien. On peut y essayer 60 métiers, et dépenser des dollars kidzaniens durement gagnés pour acheter le droits d’exercer des professions attractives, comme pompier, ou aller étudier pour s’élever dans la société. Le reportage ne dit pas si l’on peut y exercer le métier d’architecte en herbe, ni même si cette profession est enviable financièrement. Voila comment les vocations se perdent.

via France TV info

 

A l’amende

Et pourtant, l’exercice du métier d’architecte peut s’avérer coûteux. Santiago Calatrava, architecte valencien exilé en Suisse, vient d’en faire l’amère expérience. Le Tribunal suprême de Madrid vient de confirmer la condamnation de l’architecte à 2,96 millions de dommages et intérêts en réparation des malfaçons du Palais des congrès d’Oviedo. Le dernier recours juridique espagnol impute une faute de prévision dans le dessin, la fabrication et l’exécution de la couverture de ce projet détonnant pour une ville de 200 000 habitants. La société Santiago Calatrava LLC s’était vue confier par le promoteur Jovellanos XXI l’ensemble des missions, de la conception à la livraison du bâtiment. Trancadiz, Zubi-zuri, passerelle de Venise… souhaitons que les dommages de ces oeuvres calatraviennes construites à Valence, Bilbao ou dans la serenissime ne perturbent pas le sommeil de l’architecte

Via El Mundo

 

Economies Silencieuses

En France, l’État en mal d’argent pourrait, plutôt que de s’en prendre à Calatrava, poursuivre… le bruit ! D’après une étude réalisée par le cabinet EY (ex Ernst&Young) à la demande du Conseil national du bruit, le coût du bruit s’élèverait à 57 milliards ! L’étude financée par l’ADEME repose sur une méthode de l’OMS mesurant la relation entre l’exposition à un agent (le bruit) et ses effets (son impact sanitaire). On veut bien admettre que les traitements pour la surdité aient un coût mesurable, on reste plus sceptique quand à la quantification financière des dommages induits par la gêne du sommeil (40% des cas selon l’étude). On guette l’apparition prochaine de nouvelles normes anti-bruit pouvant faire rimer affaiblissement acoustique et renforcement budgétaire. Pourquoi ne pas tous se taire pendant quatre ans pour réduire le déficit ? L’idée pourra séduire, et pas seulement le Conseil du bruit, qui fait décidément un sacré vacarme autour de ce « coût social » des nuisances sonores.

Via agence newspress

 

 

New Tate Modern Londres the Switch Luc Boegly Sergio Grazia
New Tate Modern  » The Switch » – Herzog et de Meuron architectes. Courtesy (c) Luc Boegly+Sergio Grazia

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Retour sur la Biennale, interview de Koolhaas… : la revue de presse du 14 juin 2016

Retour sur la Biennale, interview de Koolhaas… : la revue de presse du 14 juin 2016

Retour sur la Biennale de Venise, controverses sur le genre et les frontières, Koolhaas et les tours, Loi CAP : un permis pour enlaidir la France?

Gateway-Tower_Gensler_Chicago
Gateway Tower par Gensler sur le site de l’ex tour The Spire à Chicago

 

Sexy ou sexiste ?

Bonnes nouvelles du front pour Alejandro Aravena, et son architecture engagée qui semble avoir reçue un écho positif à travers les médias internationaux — dans la presse spécialisée et au-delà. Seule ombrette au tableau pour le sexy commissaire, les accusations de misogynie formulées par le site Die Architektin — l’architecte au féminin pour les non-germanophones. Où sont les femmes à la Biennale 2016 ? Pas dans la conférence « infrastructures », rassemblant un panel de huit intervenants exclusivement masculins. Parler d’architecture, c’est mâle ? « Habituellement, nous à Die Architektin tenons le compte du ratio homme/femme des commissaires des pavillons pour évaluer la parité à cet évènement important. En débutant par un panel uniquement masculin, Aravena reconduit une vision sexiste de la profession. Des nouvelles de quel front ? Pas celui où se déroule les vraies batailles », dénonce le site.

Vu sur Die Architektin, le 28 mai 2016

 

 

Sahara, ça n’ira pas.

Une deuxième controverse, d’ordre géopolitique cette fois, a été déclenchée par un fragment de l’exposition générale confiée aux bons soins d’Aravena. Objet du courroux, une petite tente plantée dans les jardins de la Biennale par l’architecte Manuel Herz, présentant l’architecture des camps Sarahoui. « Le pavillon d’un pays qui n’existait pas », s’insurge Tarik Oualalou. L’architecte de l’agence Oualalou-Choi et commissaire du pavillon du Maroc à la biennale 2014 voit dans l’exposition un « projet instrumentalisé de propagande » introduisant « la notion d’un état du Sahara Occidental (…) une fantaisie dangereuse sans base historique ». « On ne peut qu’être d’accord avec la position du commissaire, Alejandro Aravena, dans son ambition de partager sa trajectoire intime et personnelle, de rechercher dans le monde des échos et au fond d’essayer de constituer une scène alternative. Mais cette mondialisation trop rapide d’un discours se fait forcément en approchant les sites et les situations de manière générique, faisant disparaître ce qui fait la nature de l’engagement : la connaissance des territoires. Nous sommes pris en otage d’une architecture bien pensante qui fait disparaître la dimension critique du projet et qui fabrique une écriture qui esthétise les stigmates de la misère humaine. On peut alors tout dire, tout montrer, tout falsifier pour autant que l’on se donne l’apparat de la Résistance » poursuit Oualalou. Le royaume chérifien dispute aux Sarahouis la souveraineté de ces 260 000 km2 de désert figurant sur la liste des territoires non autonomes de l’ONU depuis 1963 et dont le statut définitif reste à déterminer depuis 1991.

Vu sur Le courrier de l’architecte, le 8 juin 2016

 

 

Collapsus nigérian

Mauvaises nouvelles du front de mer nigérian, où l’école flottante de l’architecte Kunlé Adeyami, la Makoko Floating School, vient de s’effondrer. Pas de drame cependant, car l’établissement mobile était désaffecté. Usé par trois années d’usage intensif, sa destruction était même programmée depuis plusieurs mois. Espérons que les visiteurs de la Biennale préservent mieux l’exemplaire de ce bâtiment qui flotte dans les bassins de l’Arsenale jusqu’à fin novembre de cette année.

Vu sur Dezeen, le 8 juin 2016

 

 

Effondrement scandinave

Plus ennuyeux, la toiture du pavillon Nordique, magnifique œuvre de l’architecte Sverre Fehn, se serait effondrée à quelques jours de l’ouverture de la Biennale, selon James Taylor Foster, chargé avec le Chilien David Basulto du commissariat de l’exposition « in therapy » présenté dans ce même pavillon. Le bâtiment est tellement fragile qu’il est interdit d’y accrocher quoique ce soit sur les murs ou le plafond. Il a fallu monter une pyramide en bois pour exposer les 300 projets de ces architectes scandinaves si marqués par l’architecture de leurs célèbres aînés — Asplund, Aalto, et autres — qu’ils stagnent et doivent partir à l’étranger pour percer le plafond de verre qui les empêche d’émerger. Leurs efforts pour défoncer la toiture auraient-ils ajouté à la dégradation du pavillon, dont on évoque désormais la fermeture voire la démolition ?

Vu sur Dezeen, le 10 juin 2016

 

 

Zaha après Zaha

Absente des pavillons, l’œuvre de Zaha Hadid fait l’objet d’une rétrospective à la fondation Berengo. Le point final pour l’architecte disparue au début de cette année ? Peut-être pas : Rem Koolhaas pense que l’agence Zaha Hadid Architects peut survivre à la mort de sa fondatrice si elle se nourrit à son « ADN ». Koolhaas voit dans le secteur de la mode un modèle à suivre. « Versace, Chanel et Alexander McQueen ont continué à prospérer sans leurs fondateurs », observe le Pritzker, qui prépare sa succession en associant neuf architectes à OMA au cours des quinze dernières années.

Vu sur bdonline, le 13 juin 2016

 

 

ReSpire

Dans la même interview, Koolhaas écorne les évolutions du skyline londonien, accusant les architectes de tours d’y colporter « un mythe de l’image de marque ». « Le secret honteux de l’architecte et des gratte-ciel est que l’on pourrait obtenir le même volume bâti avec des blocs de douze étages » affirme encore Koolhaas en citant pour preuve les études du mathématicien Lionel March sur la densité. Message transmis à l’agence Gensler, qui relance un projet de tour à l’emplacement de la défunte Spire conçu par Calatrava, abandonnée suite à la crise immobilière en laissant un trou de 34 mètres de diamètre sur sa parcelle. Le programme mixte du nouveau bâtiment haut de 610 mètres devrait faire office d’attrape investisseur désireux de s’implanter dans la Windy City, qui attire 50 millions de visiteurs chaque année, rappelle Dezeen.

Vu sur bdonline, le 13 juin 2016

Vu sur Dezeen, le 7 juin 2016

 

 

Boulevard de moche-France

« Lors de la dernière étape dexamen parlementaire de la loi Création architecture et patrimoine (Loi CAP), le 15 juin, députés et sénateurs auront-ils le courage de dire non à la France moche? » s’interroge Luc Le Chatelier de Télérama. Il est permis d’en douter, depuis le retoquage par les sénateurs de l’article 26 de la loi de Création architecture et patrimoine. Ceux-ci ont fait fi de la préconisation du recours obligatoire à l’architecte ou au paysagiste pour tout projet de lotissement, arguant que beaucoup d’autres professionnels de l’aménagement et du cadre de vie en seraient capables. D’aucuns y voient la main du lobby des géomètres, anxieux à l’idée de lâcher raquette, ronds-points inutiles et parcelles standardisées dont le territoire est tapissé. Selon Catherine Jacquot, présidente de l’Ordre national des architectes, les géomètres auraient fait une mince concession : organiser des formations de quinze jours pour sensibiliser leurs pairs à ces problèmes. Vivement la publication du poly accompagnant ces cessions, sérieux concurrents à l’ouvrage « laménagement pour les nuls ».

Vu sur Télérama, le 13 juin 2016

 

 

 

Un pavillon français du moche ?

« La médiocrité a de beaux jours devant elle. Mais ce qui est bien avec l’actualité, c’est qu’on peut aujourd’hui lui donner un nom : celui des sénateurs frileux et sans vision qui n’ont pas osé prendre une décision simple de salut public » confiait Frédéric Bonnet à Télérama. Le commissaire du pavillon français à la biennale 2016 a certes de quoi s’étouffer devant la proposition des sénateurs, à rebours de tout ce qu’il essaie de présenter à Venise. Fallait-il être plus radical pour réveiller les consciences ? Olly Wainwright, du Guardian, le pense sans doute. En un tweet assassin mettant côte à côte la Philharmonie, la Cité du vin, le musée des Confluences et de la canopée des Halles, il expose un projet alternatif pour le pavillon national : « Le pavillon français de cette année aurait plutôt du porter sur Pourquoi on a construit toutes ces m… récemment ». Une idée d’exposition pour le futur pavillon Français à la 16e biennale ? Chiche, à condition que le pavillon anglais présente une rétrospective sur dix ans de sa Carbuncle cup, prix du furoncle qui présente les bâtiments les plus laids construits aux Royaume Uni. 

Vu sur Télérama, le 13 juin 2016

 

 

Olivier Namias

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