Disparition de Robert Venturi

Figure emblématique du postmodernisme, l’architecte américain Robert Venturi s’est éteint le 18 septembre 2018 à 93 ans.  

Diplômé de la prestigieuse université de Princeton en 1947, il poursuit ses études à l’Académie Américaine de Rome avant de collaborer entre autre avec Eero Saarinen ou encore Louis Khan, pour finir par ouvrir sa propre agence où il travaillera plus tard avec sa femme Denise Scott Brown.

Il conçoit de nombreux projets et reçoit le prestigieux Prix Pritzker en 1991, mais c’est avant tout son oeuvre théorique qui lui vaut sa renommée. Auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels le fameux Complexity and Contradiction in Architecture publié par le Muséum of Modern Art de New York en 1966 ou encore Learning from Las Vegas paru chez MIT Press en 1972.

Avec sa disparition, le monde de l’architecture vient de perdre un géant du XXème siècle.

Disparition d’Alan Davidson, pionnier de la visualition numérique architecturale

Disparition d’Alan Davidson, pionnier de la visualition numérique architecturale

Alan Hayes Davidson, véritable pionniers de l’imagerie en architecture, est décédé à l’âge de 58 ans. Il fût l’un des premier à utiliser l’ordinateur pour créer des images numériques réalistes de bâtiments.

Qui aurait imaginé qu’après avoir suivi des études en architecture à Edimbourg, Alan Davidson révolutionnerait l’industrie de l’architecture et ses modes de représentation en apportant à toute une nouvelle génération d’architectes des techniques offrant la possibilité de se rapprocher au plus près de la réalité.

Après s’être installé à Londres en 1986, il se familiarise à l’imagerie en intégrant l’équipe de Richard Rogers Partnership – devenu par la suite Rogers Stirk eHarbour + Partners. A cette époque, les rendus architecturaux était produits à la main par des artistes travaillant à la plume et à l’encre ou la peinture. Des outils à mille lieux de ceux utilisés aujourd’hui pour réaliser des perspectives et nécessitant un temps considérablement plus long. C’est avec l’aide d’ordinateurs Apple Macintosh, du logiciel d’animation graphique Electric Image utilisé notamment par les studios d’Hollywood et d’un tout nouveau logiciel de manipulation d’images appelé Photoshop, que Alan Davidson a commencé à produire des images pour son ancien employeur, Richard Rogers Partnership.En 1989, Alan Davidson fonde son studio de visualisation, Hayes Davidson, la première société entièrement consacrée à la production d’images de synthèse pour le milieu de l’architecture, réalisant ainsi des rendus photo-réalistes pour des architectes comme Renzo Piano avec The Shard ou encore pour la célèbre agence de renommée mondiale Foster and Partners avec Gherkin.

Il est, par la suite, devenu un des avant-gardes de la production d’images vérifiées – des représentations numériques précises de structures proposées sur de vraies photographies créées à l’aide de données d’arpentage combinées à des représentations réalistes du matériau du bâtiment et des qualités de réflexion de la lumière.

Les images vérifiées, contrôlées par le studio de visualisation comme étant exactes, sont devenues un outil essentiel pour les architectes, leur permettant d’expliquer aux planificateurs et au public à quoi ressembleraient leurs créations une fois construites. C’est aussi un moyen pouvant être utilisés comme preuve si un bâtiment proposé est soumis à une enquête publique.

«Sans Alan, je me demande parfois si nous aurions construit le Shard. Les images produites par son équipe ont été déterminantes pour remporter l’enquête publique: elles étaient parfaites. À l’époque, Hayes Davidson était dans une ligue à part et Alan était le pionnier d’une profession émergente. » explique avec émotion William Matthews, de William Matthews Associates.

 

En 2012, Alan Davidson a été diagnostiqué avec la maladie du motoneurone  et durant les dernières années de sa vie, des fonds ont pu être amassés grâce à son organisme de bienfaisance Alan Fondation Davidson  visant à récolter des dons pour la Motor Neurone Disease Association.

 

Conférence de l’architecte Bernard Desmoulin autour du Musée de Cluny

Conférence de l’architecte Bernard Desmoulin autour du Musée de Cluny

Bernard Desmoulin tiendra une conférence le 13 Septembre prochain à 19h au Pavillon de l’Arsenal dans le cadre de la série « 1 architecte, 1 bâtiment » où il présentera son projet pour le Musée de Cluny.

Bernard Desmoulin, 64 ans, lauréat de l’Équerre d’argent 2009, cet ancien collaborateur de Ieoh Ming Pei qui fut également pensionnaire à la villa Medicis de Rome vient d’achever la nouvelle entrée du Musée du Moyen-Âge situé dans le 5ème arrondissement, en plein cœur géographique et historique de la capitale. Découpé en 4 phases, le projet de rénovation du Musée de Cluny s’inscrit dans une optique de valorisation de sa richesses patrimoniale et culturelle, passant notamment par la restauration des monuments, la construction d’un nouvel accueil, la refonte muséographique et la rénovation des espaces extérieurs.
Spécialiste des édifices culturels et patrimoniaux, l’architecte se dit « allergique » au geste spectaculaire préférant la simplicité et le dialogue avec le lieu. « Quand j’interviens sur un site ancien, je continue une histoire« , déclare le principal intéressé.
Véritable curieux dans l’âme, l’architecte aime observer, déambuler dans Paris, être ému, mais surtout déménager tous les cinq ans pour découvrir de nouveaux quartiers, de nouvelles architectures urbaines. Un perpétuel renouveau, source de son inspiration.
« Quand j’interviens sur un site ancien, je continue une histoire. La vraie modernité, c’est celle qui se mesure au passé et est à l’aise dans son époque. »
Le nouvel accueil imaginé par Bernard Desmoulin, marque la volonté de l’architecte de créer un lien entre les différentes époques. Avec ses façades recouvertes de modules en fonte d’alluminum aux dimensions variées permettant de refléter les rayons du soleil, l’extension aux tons mordorés fait écho aux mêmes teintes qui recouvrent encore les pierres datant de l’Antiquité. « L’accueil qu’il a imaginé pour le musée de Cluny est une création respectueuse, explique Élisabeth Taburet-Delahaye, la directrice du musée. C’est un homme à l’écoute, patient et tenace. »
« Au Musée de Cluny, au coeur de Paris, notre propos n’était pas celui d’une hypothétique intégration à cette magnifique suite bâtie entre les IIe et XXIe siècles, mais une sorte de digression architecturale née d’un besoin d’éclectisme face aux pesantes théories d’une réalité désenchantée. Au regard de cet ensemble historique, le nouvel accueil de Cluny, n’est qu’une bague au doigt qui désigne au passant le renouveau d’un Musér, poursuivant ainsi la belle idée de la ville romaine qui se construit lentement sur elle-même.« 
Profession : agenceur de bars professionnels

Profession : agenceur de bars professionnels

La profession de barman se professionnalise : si elle pouvait par le passé être assurée par des jobs d’étudiants, les attentes des clients sont désormais trop élevées en matière d’accueil, de mise en place, de présentation… et celles des propriétaires d’établissements sont également en hausse : le bar – notamment à cocktails – doit aujourd’hui assurer qualité de service, rapidité et productivité, pour garantir leur retour sur investissement.

C’est forts de ces constats que Nicolas Huynh, barman professionnel expérimenté, et Frédéric Berthélémy, manager commercial, ont créé en 2015 l’Agence En Place, qui revendique une expertise en matière de conception, fabrication, et installation de bars sur mesure, qui associent le design et la fonctionnalité.

« Pour offrir un fonctionnement optimum, le bar doit intégrer un ensemble de paramètres dès sa conception, comme une bonne répartition des zones de stockage et de préparation, des dimensions étudiées pour les déplacements des barmans, une hauteur et une profondeur étudiées du comptoir pour un échange ergonomique avec le client, affirme Nicolas Huynh. Ces contraintes techniques doivent être prises en compte à l’origine du projet, car ensuite il est trop tard pour les corriger. » A titre d’exemple, En Place préconise de déporter tous les appareils de lavage à l’office, pour exclure la diffusion de chaleur et de vapeur d’eau de la zone de préparation. « Nous proposons notre expertise au maître d’ouvrage ou à l’architecte en amont du projet, en leur fournissant un plan du bar réalisé avec le bureau d’étude de notre partenaire agenceur, qui peut ensuite assurer la fabrication dans un délai de 4 à 5 semaines », ajoute Frédéric Berthélémy. En moins de trois ans d’activité, l’Agence En Place revendique déjà plusieurs réalisations de référence notamment à Paris, comme le bar de l’établissement Les Bains (avec l’agence RDAI), le BClub du Café de l’Homme au Trocadéro (avec le cabinet Gilles & Boissier), ou à Genève avec les aménagements des trois espaces bar du Baroque (avec le cabinet K Architectures).

 

François Salanne

Álvaro Siza et le régionalisme critique

Álvaro Siza, de son vrai nom Álvaro Joaquim de Melo Siza Vieira est un architecte portugais, né non loin de Porto, à Matosinhos, le 25 juin 1933.  Pritzker Price en 1992, il est une figure de l’architecture contemporaine portugaise, tout comme son confrère Eduardo Souto de Moura, avec qui il collabora en 1980 pour la réalisation du Pavillon du Portugal de l’Expo 98′ à Lisbonne, et en 2000 pour celui de l’Expo 2000 à Hanovre.  Plus récemment, il est à l’origine d’une chapelle autosuffisante dans le sud du Portugal.

 

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Portrait de l’architecte Álvaro Siza

 

Il étudie la peinture et la sculpture à l’école supérieure des Beaux-Arts de Porto, dont il sort diplômé en 1955. À 22 ans, son choix se porte alors sur l’architecture. A travers la manière dont il pense et réalise un projet, la peinture et la sculpture ne sont jamais très loin. Il en tire son amour pour le dessin et la matérialité. Par la suite, il collabore avec différents architectes avant de créer son propre atelier, qui siège aujourd’hui à Porto. Álvaro Siza accorde beaucoup d’importance aux rencontres, qu’il estime être source d’inspiration. Entouré d’une vingtaine d’architectes, il aime confronter son point de vue à celui d’autres individus, qu’ils viennent ou non du monde de l’architecture.

 

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Pavillon du Portugal lors de l’Expo 98′ de Lisbonne

 

Álvaro Siza est à l’origine du régionalisme critique. En effet, il se nourrit de l’architecture et des savoir-faire locaux ainsi que de l’artisanat portugais pour concevoir ses projets. Ensuite, il les combine à une architecture moderne, aux lignes épurées, dont le blanc est la couleur dominante. Le dessin et les croquis qu’il réalise sur site ou à l’atelier sont primordiaux dans son approche du projet. Il porte un regard attentif à l’analyse du site et à la topographie du lieu.

 

Salon de Thé Boa Nova

 

C’est d’ailleurs ainsi qu’il réalise son premier projet : la Maison de Thé Boa Nova, à Matosinhos. Celle-ci s’intègre au sein même de la roche qui borde le site de projet, tout en offrant des vues imprenables sur l’Océan. En 1993, il réalise l’école d’architecture de Porto. Projet phare de l’architecture, c’est l’un des trois ensembles universitaires qu’il réalisera. Formé de petits pavillons, chaque ensemble est connecté par des souterrains ou des passerelles.

 

Álvaro Siza est un architecte qui n’a pas de style préconçu à proprement parler. Il va puiser son inspiration à travers croquis et visite de site et s’appuie sur les savoir-faire locaux pour concevoir un projet. Il fait partie des architectes qui mesure la matière : il utilise à bon escient et de manière juste, de sorte qu’elle ne soit ni trop, ni trop peu mise en oeuvre.

Oscar Niemeyer, l’architecte moderne du Brésil

Oscar Niemeyer est un architecte et designer brésilien né en décembre 1907 à Rio de Janeiro. Il décède 104 ans plus tard, en décembre 2012. Figure du mouvement moderne en Amérique du Sud, son travail est récompensé par l’obtention du Pritzker Price en 1988.

 

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Portrait de l’architecte Oscar Niemeyer

En 1929, il intègre l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Rio de Janeiro. Il obtiendra son diplôme en architecture 5 ans plus tard, en 1934. Il grandit à l’époque où le mouvement moderne est en pleine croissance en Europe et en Amérique du Nord. Malgré un enseignement très classique, son admiration se porte sur le travail de Le Corbusier, de Mies Van de Rohe, ou encore celui de l’architecte américain Franck Lloyd Wright. Il travaille ensuite pour le cabinet de Lucio Costa, architecte brésilien inspiré par le mouvement moderne. Cette architecture n’a que très peu dépassée les frontières du Brésil à ce moment-là. Oscar Niemeyer décide donc de l’adapter aux conditions tropicale de son pays. En 1900, il réalise l’église Saint-François-d’Assise, dont les coques de béton font sensation. Durant toute sa carrière, il explorera les caractéristiques et les possibilités qu’offre le béton armé.

 

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Eglise Saint François d’Assise – Belo Horizonte, Brésil
Oscar Niemeyer

Quelques années plus tard, il travaille en binôme avec Monsieur Costes pour la création de la ville de Brasilia, inaugurée en 1960. Ce projet de taille gigantesque permettre à l’architecte de gagner une reconnaissance internationale. Il y réalisera de nombreux bâtiments emblématiques de la ville, comme la Cathédrale de Brasilia en 1970, le Musée de Brasilia ou encore le Palais de l’Aurore.

 

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Palais de l’Aurore, Brasilia
Oscar Niemeyer

Bien qu’inspiré par le mouvement moderne, dont la figure de prou reste Le Corbusier, Oscar Niemeyer s’en détachent en favorisant les lignes courbes et sensuelles, qu’il préfère aux angles droits « qui divisent ». Le béton reste pourtant son matériaux de prédilection. Il le travaille, le sculpte, lui donne des formes audacieuses. En 1960, il s’exile en France où il réalisera entre 1978 et 1982 l’Espace Niemeyer, composé du célèbre « Volcan » et de la « Maison de la Culture » ! Il retourne par la suite au Brésil, mais son travail marquera de nombreuses ville, comme à Royan où l’architecture de bord de mer s’inspire de ses réalisations. Il travaillera jusqu’à son dernier souffle : à l’âge de 101 ans, il réfléchissait encore à l’aménagement des quais du Havre…

 

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Le Volcan, le Havre
Oscar Niemeyer

 

 

Anne Vanrapenbusch

Eduardo Souto de Moura, l’architecte contemporain portugais !

Né en juillet 1952 à Porto, Eduardo Souto de Moura est un architecte portugais contemporain. Il est aujourd’hui également professeur à l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Porto. En 2011, son travail de qualité est récompensé par l’obtention du Pritzker Price.

 

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Portrait de l’architecte Eduardo Souto de Moura
© Columbia GSAPP via VisualHunt / CC BY
De manière très pragmatique, ses premières réalisations sont faites en pierre, matériaux local et peu onéreux. Mais il semblerai que l’attrait pour la pierre vienne, de manière peut être intuitive, du domaine de la sculpture, qu’il étudie durant sa jeunesse. A la suite de son diplôme, il va côtoyer plusieurs architectes, dont le Pritzker Price 1992, Alvaro Siza, pour qu’il y travaillera durant cinq ans. En 1980, Eduardo Souto de Moura crée sa propre agence d’architecture à Porto. Ces premiers projets sont principalement des maisons individuelles puis, ils prennent de l’ampleur, allant jusqu’à la réalisation du stade de la ville de Braga, en 2003.

 

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Musée Paula Rêgo, réalisé en 2008 au Portugal

 

La plupart de ses projets sont réalisés dans son pays natal, le Portugal. L’architecte met un point d’honneur à résoudre des problématiques grâce à une architecture simple. Il attribue cela à une philosophie qu’il tire la culture de son pays.  Bien qu’il fût très rapidement attiré par la pierre, matériau local, il s’adapte cependant aussi à l’évolution du marché, travaillant aujourd’hui par exemple avec du fer, du verre ou encore de la brique. Il apprécie la rigueur tout en conservant une part de ce qu’il qualifie de « marge de manœuvre », qu’il pense être la solution sine qua none pour la réussite d’un projet.

 

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Edifício Cantareira, réalisé en 2013 à Porto, Portugal.

 

Il fait du mur un élément phare de ses projets. Au delà d’une réalité constructive très concrète, il devient un élément dont il joue pour créer des espaces plaisants et de qualité. Il aime cette part d’incertitude qui le guide lorsqu’il travaille les matières, les textures et les couleurs. Au fil du temps, ces paramètres ne peut pas forcément tous être contrôlés, tout comme le devenir d’un projet. Difficile de prévoir s’il sera bien reçu par le public. Mais cela ne semble pas perturber l’architecte !

Shigeru Ban : à qui profite l’architecture ?

Après vous avoir parlé de Renzo Piano qui réalise le Centre Pompidou de Paris en 1971, il est temps d’évoquer l’architecte qui conçoit Pompidou-Metz quelques années plus tard : le japonais Shigeru Ban. Récompensé en 2014 par le célèbre Pritzker Price, son travail se veut avant tout à l’écoute des besoins de la société et de la planète.

 

Né le 5 août 1957 à Tokyo, au Japon, il intègre dans un premier temps l’Université des Arts de Tokyo, puis étudie à la Southern California Institute of Architecture. Il poursuit ses études à l’école d’architecture de la Cooper Union, à New York. En 1984, il obtient son diplôme et ouvre sa propre à Tokyo l’année suivante.

 

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Dès le début de son exercice, il s’intéresse de près à la question du papier et du carton dans l’architecture. Bien avant que les questions environnementales ne préoccupent nos hommes politiques et nos architectes, il réfléchissait déjà à la réalisation de bâtiments faits à partir de matériaux recyclés, dont la première réalisation verra le jour en 1989, lors de la World Design Expo de Nagoya. Par la suite, il réalise notamment des maisons individuelles, comme la Paper House, en 1995.  En 2000, il réalise le Pavillon du Japon à l’occasion de l’Expo 2000, à Hanovre en Allemagne. Il est l’un des rares pavillons à pouvoir être recyclé. En effet, au-delà de la construction, c’est aussi la question de la destruction et du recyclage qui importe à l’architecte. Que deviendront toutes ces réalisations éphémères ? La sienne sera bel et bien recyclé ! Quelques temps après, le gouvernement français fait appel à lui pour la construction du centre Pompidou-Metz. Antenne du musée parisien, il deviendra le symbole de la décentralisation du pouvoir et de la culture.

 

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Centre Pompidou – Metz
Shigeru Ban Architects – 2009
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Pavillon Japonais, Expo 2000 d’Hanovre
Shigeru Ban Architects – 2000

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Après ce projet, Shigeru Ban se remet en question. A qui profite l’architecture ? Qui tire profit de ces grandes réalisations, reflet du pouvoir et de l’argent des privilégiés ? L’architecte souhaite faire évoluer son travail vers une architecture dédié la société, aux nécessiteux et à ceux dans le besoin. Il veut autre chose qu’une architecture vitrine, et souhaite une architecture qui fasse du bien : physiquement et psychologiquement. Une architecture qui réponde à des besoins, et qui plaise à ces occupants avant tout.

 

Shigeru Ban n’est pas insensible aux catastrophes naturelles. En effet, son pays – le Japon – est régulièrement touché par de nombreux séismes. Face à l’urgence de la situation, il retrouve son matériau favori : le papier et le carton. Entouré d’étudiants, il construit de nombreux centres d’hébergements temporaires, fabriqués à base de tubes de cartons épais. En Afrique pour les réfugiés politiques, en Océanie ou en Asie pour les personnes ébranlés par les tremblements de terre, l’architecte s’investit sur le terrain ! A Kobé, il se propose pour construire une église temporaire après le séisme de 1995. Prévue pour rester en place 3 ans, elle sera finalement conservée 10 ans, avant d’être par la suite démontée et transportée à Taïwan, où la communauté locale a été, elle aussi, touchée par un séisme quelques années plus tard. L’architecture que propose Shigeru Ban se veut durable, autant dans l’usage, la construction, que dans les liens sociaux qu’elle tente de réparer et d’améliorer.

 

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Cathédrale temporaire -Christchurch, Nouvelle-Zélande
Shigeru Ban Architects – 2003

Wang Shu, quand la tradition chinoise rencontre l’architecture contemporaine

Les architectes chinois Wang Shu et Lu Wenyu sont à l’honneur durant tout l’été au Centre Culturel arc en rêve, situé à Bordeaux. L’exposition retracera leur travail, d’ailleurs récompensé en 2012 par le Pritzker Price. Leur atelier Amateur Architecture Studio s’attache à élaborer des projets alliant la culture chinoise et l’architecte contemporaine, tout en se tenant éloigné de l’univers des architectes internationaux.

Portrait de l’architecte Wang Shu

 

Autodidacte, il n’hésite pas à travailler comme ouvrier dans le domaine de la construction pour connaitre les dessous du métier d’architecte. A la sortie de la China Academy of Art, il travaille durant deux ans avant de se lancer dans l’aventure d’architecte indépendant. En homme littéraire, il lit beaucoup et se renseigne sur l’architecture occidentale. Il voyage également à travers la chine, pour découvrir la culture chinoise dans toute sa richesse.

 

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exposition Wang Shu, Lu Wenyu, arc en rêve centre d’architecture ©Rodolphe Escher

 

En 1997, il crée Amateur Architecture Studio, accompagné de sa femme architecte, Lu Wenyu. Ils s’installent dans la ville de Hangzhou, non loin de Shanghaï. Il s’agit bien d’un atelier, et non d’une agence, que le couple souhaite mettre en place. Ils favorisent le développement de projets en collaborations avec des « amateurs », des personnes certes non diplômées en architecture, mais dont la légitimité à produire une architecture humaine et sensible n’est en rien ébranlée. Petit à petit, l’atelier expérimente et réalise des projets de plus grandes envergures, allant jusqu’à travailler à l’échelle urbaine.

 

Dans un pays où tout se développe à vitesse grand V, Wang Shu et Lu Wenyu s’éloignent de ces processus de construction rapide, et préfèrent prendre le temps d’analyser, de s’approprier les lieux, afin d’y développer des projets où l’homme et l’environnement ont toute leur place.  Ils refusent l’architecture commerciale, le tape-à-l’oeil international et soutiennent l’authenticité face au monde du business.  Ils ont la volonté de faire vivre le patrimoine traditionnel chinois, et non l’enfermer dans un écrin doré. Wan Shu est très attachée à la transmission de cette pensée. Après avoir été professeur à la China Academy of Art, il en est aujourd’hui le doyen du département d’Architecture.

 

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Campus Universitaire Xiangshan, à Hangzhou

 

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Campus Universitaire Xiangshan, à Hangzhou
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Ningbo Tengtou Pavillion

 

Parmi leurs réalisations, une seule a été réalisée au delà des frontières chinoises. Il s’agit de l’intervention de l’atelier pour la Biennale de Venise en 2006. En Chine, ils réalisent entre autre le campus Xiangshan, le Pavillon Ningbo Tengtou ou encore la librairie du Collège de Suzhou. Une idéologie qui promeut une réflexion plus profonde pour une exécution rapide, et qui ne nie pas ses origines culturelles mais les associent habillement avec l’architecture contemporaine. Un exemple à suivre !

Renzo Piano, l’architecte italien contemporain !

Renzo Piano marque l’actualité française avec l’ouverture au public du Tribunal de Grande Instance de Paris, pour lequel il remporta l’année dernière, l’Equerre d’Argent 2017.  L’occasion de revenir sur le parcours de cet architecte italien, né à Gènes en septembre 1937. C’est également un homme politique, puisqu’il siège au Sénat italien. Enfant, il grandit dans une famille de constructeurs, et c’est tout naturellement qu’il se dirige vers des études d’architecture à l’Ecole Polytechnique de Milan, dont il sortira diplômé en 1964.

 

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Portrait, extrait du documentaire « Conversations with Renzo Piano » – folchstudio

 

Il voyage beaucoup dans le monde anglophone, aux Etats-Unis et en Grande Bretagne. Au prémisse de sa carrière, il crée successivement deux agences : Piano & Rogers, puis l’atelier Piano Rice. C’est avec la première qu’il remporte le concours du Centre Pompidou à Paris. Ce musée national, commandé par le Président de la République de l’époque, Georges Pompidou, fera entrer l’architecte dans une nouvelle dynamique de projets à grande échelle.

 

Aujourd’hui, son agence Renzo Piano Building Workshop est présente à l’international. Les 130 employés sont répartis sur les trois pôles de l’agence : à Paris, Gènes et New York. Un positionnement mondial qui lui permet d’être à l’origine de 120 projets à travers le monde, aussi bien en Europe, en Amérique ou en Asie de l’Est. Pritzker Price 1998, Renzo Piano a longtemps été inspiré par le travail de Jean Prouvé. Son amour pour les matériaux bruts, ainsi que la transparence et la vérité avec lesquels il les utilise, peuvent expliquer le caractère surprenant du Centre Pompidou, qui ne cachent en rien ses éléments techniques.  Dans ses projets, il aime mettre en valeur la réalité constructive qu’il laisse visible, et ne pas cacher ce qu’il est, finalement, la « face obscure » de beaucoup de projets.

 

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Centre Culture Tjibaou
Nouméa, Nouvelle Calédonie
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Centre Pompidou, Paris

 

Il fait cependant toujours attention à intégrer les bâtiments dans le contexte du projet, comme le montre le Centre Culturel de Tjibaou. Il s’inspire de l’architecture vernaculaire et des cases locales pour concevoir ce projet. A cheval entre vérité architecturale et prise en compte du contexte, les réalisations de Renzo Piano ne se ressemblent pas ! Il travaille les moindres détails de chaque échelle du projet et de chaque étape de construction de celui ci. Il est capable de travailler sur des volumes complètement différentes, comme le montrent ses récentes réalisations : le petit Pavillon au Château La Coste dans le Vaucluse et l’immense Tribunal de Grande Instance de Paris. Près de 120 000 m² séparent ces deux projets, et pourtant, chacun des deux semblent être aboutis de la même manière.

 

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Pavillon au Château La Coste
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Tribunal de Grande Instance de Paris