Pour la conception du Centre de recherche et développement d’EDF à Saclay (91), Francis Soler emprunte la figure du cylindre comme réponse au territoire plat et vide, à la diversité de la programmation digérée dans un tout homogène, et à la nécessaire flexibilité.

Centre de Recherche edf francis soler saclay
© Jean-Pierre Porcher

© Jean-Pierre Porcher avec Christophe Jobard (drône) et Henri Tournier (musique)

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Le Centre de Recherche comme projet paysage

A l’origine, les dispositions d’urbanisme du terrain acquis par EDF sur le plateau de Saclay pour la construction de son nouveau centre de recherche et développement – en remplacement de celui de Clamart – étaient bien légères. Rien de comparable aux bâtiments construits ensuite dont les implantations, gabarits et alignements ont été édictés par l’Etablissement Public d’Aménagement Paris-Saclay (anciennement EPPS), auxquels a été soumis le campus EDF dessiné par l’agence ECDM. Ainsi, l’architecte Francis Soler a eu pour tâche de livrer un programme de grande ampleur sur un site plat et vierge, une tabula rasa. Pour cela, il a répondu avec le paysagiste Michel Desvigne par des bâtiments posés dans un parc, « projet- paysage » dont le système d’implantation a déjà été adopté par les grands ensembles de 1960. Les jardins de Pascal Cribier, constitués de rigoles en étoile, de caniveaux filant, de bassins riches en biodiversités et de douves profondes slaloment entre les gabarits courts et élancés de bâtiments cylindriques. L’architecte a choisi le plan circulaire pour le entre de recherche, non seulement parce qu’il n’a pas d’orientation, mais aussi parce que le maître d’ouvrage décrivait le programme par des gestes tout en rondeur, selon Soler. S’en suit un assemblage semblable aux rouages d’un mécanisme horloger, structurés de quatre pôles fonctionnels majeurs : l’Accueil (le plus central avec 77 m de diamètre et 15,5 m de haut), la Recherche (le plus grand avec 160,89 m de diamètre et 19,5 m de haut), la Halle d’essais (le plus haut avec 46 m de diamètre et 24,38 m de haut), le Restaurant (69 m de diamètre et 14,5 m de haut).

Centre de Recherche edf francis soler saclay
© Rodolphe Jobard

Centre de Recherche edf francis soler saclay

 

Homogénéité extérieure, hétérogénéité intérieure

En contrepied d’une programmation constituée d’une multitude d’éléments divers, allant du plus ouvert au plus fermé, du plus grand au plus petit, Francis Soler a recherché une homogénéité extérieure, dont « la perception de l’ensemble pouvait être rassemblée par l’œil ». Le cylindre devient le dénominateur commun, volume capable s’imposant comme un contenant, servi par une écriture identique. Le projet est tenu par des éléments distinctifs et répétitifs, en plan comme en élévation. L’homogénéité est assurée par les façades, constituées de grandes baies vitrées s’ouvrant sur un balcon périphérique, le tout fermé par de longilignes claires-voies de verre, systématisées sur l’ensemble de la réalisation. Seules les dimensions varient afin d’adopter une courbure continue malgré les différents diamètres. Dans ce souci d’unité visuelle extérieure digérant une diversité intérieure, la halle d’essai donne un exemple intéressant. Le cylindre entoure un plan carré imposé. Ce système est censé contenir les extensions sauvages des chercheurs toujours en quête de prolongements d’équipements et de machines nouvelles, mais l’espace résiduel entre les deux formes géométriques est déjà occupé par les bureaux. Francis Soler déplore le fait qu’ils puissent défigurer l’harmonie générale avec des agrégations ou des agrandissements non maitrisés.

Centre de Recherche edf francis soler saclay
© Jean-Pierre Porcher
Centre de Recherche edf francis soler saclay
© Jean-Pierre Porcher

 

Flexibilité

Ici, le cylindre devient un volume capable qui, redécoupé par une trame, doit offrir une grande flexibilité. En plan, chaque volume est constitué d’un noyau central et de poteaux en périphérie, libérant l’espace sous de grandes portées. Les plateaux dégagés de toutes contraintes verticales sont malléables. Concernant le bâtiment de la recherche, il est équipé en fluides par le sol et par un caniveau technique qui court tout le long de la façade courbe. Des dalles actives de 45×45 cm complètent le dispositif technique. Les bureaux sont construits sur une trame de 3,35 m, partitionné par des cloisons industrielles simples sur lesquelles des tableaux acoustiques sont fixés. Par ailleurs, l’on remarquera que cette roue constituée de bras rayonnants et de patios extérieurs est inachevée. Initialement, pour le maitre d’ouvrage, cette interruption devait pouvoir accueillir une extension potentielle de 15 000 m² ; le vide laissé par l’architecte aura trop vite été comblé par un jardin bien pensé dont ne saurait plus se passer EDF.

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© Jean-Pierre Porcher
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© Jean-Pierre Porcher
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© Guillaume Martial

Ainsi, les cylindres dont usent Francis Soler répondent à une série de contraintes posées originellement par le territoire et le programme. Un centre de recherche Saclay 1.0 aux règles sauvages qu’on ne retrouvera pas dans des projets futurs, quid de celui de l’agence LAN pour la construction d’une résidence étudiante face à l’école Centrale. Un cas d’école ?

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© Jean-Pierre Porcher

 

Amélie Luquain

 

Fiche technique

Construction d’un centre de recherche et développement EDF proposant 1500 postes de travail en première étape (salariés, thésards, partenaires, prestataires, stagiaires) et comprenant 1 auditorium de 500 places, 2 auditoriums de 75 places, une halle d’essais, des salles de commissions, des salles d’expérimentation, des bureaux, des laboratoires, un restaurant, une brasserie, des cafétérias et 8 hectares d’espaces extérieurs. 90 places de stationnements et 125 emplacements de stationnement deux roues

Lieu : Plateau de Saclay, Essonne (91). Maîtrise d’ouvrage : EDF / SOFILO. Maîtrise d’œuvre : Francis Soler Architecte. Programmation : ORENOQUE. Aménageur : EPPS, devenu EPAPS (Saclay). Urbanisme : Michel Desvigne. BET : Structures – VP&GREEN engineering. Fluides – Espace Temps. Acoustique – Lamoureux. VRD : Setec TPI. Economiste – Mazet & Associés. Entreprises : SPIE Batignolles / BESIX. Performance énergétique : Energie éolienne, solaire thermique et photovoltaïque / BREEAM / Certification BBC (cible RT2012 -20%) avec une compensation par l’électricité produite sur site par une centrale solaire photovoltaïque volontairement limitée à 10kWef/m² SHON. Immeuble « bas carbone » à émissions limitées à 3 kgeq CO2/an/m² Shon. Calendrier : Concours – avril 2010. PC – janvier 2012. Livraison – janvier 2016. Surfaces : 80 500 m² Montant global et forfaitaire des travaux : 212 M € HT

 

 

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