Premier acte d’un ambitieux projet de rénovation et d’aménagement du Grand Palais, la restauration de la rotonde elliptique du Palais d’Antin, siège du Palais de la Découverte, s’achève. François Chatillon, architecte en chef des Monuments Historiques, s’applique à revaloriser cet ouvrage majeur du patrimoine parisien, jamais restauré depuis sa livraison en 1900.

Verrière après dépose des verres © Patrick Tourneboeuf
Verrière après repose des nouveaux verres © Antoine Mercusot

Rencontrer François Chatillon, architecte en chef des Monuments Historiques, c’est réviser son histoire de l’architecture. Une construction remarquable sert l’exposé. Ici, le « Grand Palais des Beaux-Arts » édifié à Paris à partir de 1897 pour l’exposition universelle de 1900. Il fut le fruit d’un grand concours d’idées entre architectes, à la suite duquel le jury demanda aux premiers primés de s’associer pour faire œuvre commune. Charles-Louis Girault sera en charge de la coordination de l’ensemble et de la construction du Petit Palais, Henri Deglane de la Grande Nef et de ses Galeries Nationales, Louis-Albert Louvet des Salons d’honneur et Albert Thomas, de l’aile ouest dénommée Palais d’Antin. Subissant bien des péripéties au cours du XXe siècle, cette aile a abrité une partie de l’exposition universelle de 1937. Alors qu’elle devait être éphémère, le succès rencontré décida le gouvernement à la pérenniser jusqu’à en faire l’actuel « Palais de la Découverte ». Autonome au sein du complexe, ce palais respecte une stricte symétrie. 3 rotondes sont surmontées de coupoles. Placée au-dessus du hall d’accueil, la coupole centrale de forme elliptique est flanquée de deux autres, plus petites et octogonales. En coupe, chacune se décompose en deux parties : une verrière technique abritant un plafond verrier orné de décors.

Vue de la couverture et verrière restaurées © Antoine Mercusot
© Antoine Mercusot

« Je ne suis pas un patriomaniaque », François Chatillon

Outre la nécessaire adaptation du Grand Palais à des usages contemporains conduite aujourd’hui par l’agence LAN, l’enjeu du travail que François Chatillon mène est de remettre au jour la tension entre l’expression académique (pierre, décors en stuc et staff, ordre colossal…), et la modernité des éléments constructifs (béton armé en procédé Hennebique, structure métallique…) du Palais d’Antin.

Structure métallique de la rotonde avant travaux © Antoine Mercusot
Structure de la verrière et du plafond verrier après restauration © Antoine Mercusot

Techniquement moderne, assurément académique

C’est donc sur les pas d’Albert Thomas que François Chatillon restaure la coupole centrale du Palais d’Antin. L’éclairage s’étant dégradé et terni, l’architecte restaure non seulement les éléments techniques mais surtout le concept de diffusion de la lumière naturelle, particulièrement pensé à l’origine. Les rotondes offrent un éclairage diffus puisqu’elles sont constituées de verrières en toiture qui éclairent les combles structurés de charpente métallique. Depuis ces combles, la lumière est diffusée en second jour dans le bâtiment grâce au plafond verrier de chaque rotonde, ce qui offre une lumière filtrée et douce, nécessaire à l’époque pour préserver les œuvres d’un éclairage direct, avant d’être relayée par des dalles de verre au rez-de-chaussée. La restauration de la coupole implique alors celles des couvertures (ardoises, zinc, ornements) et verrières extérieures, des combles et de leurs structures métalliques, des plafonds verriers, ornements dorés et décors sculptés en intérieur.

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Déploiement d’un échafaudage parapluie en toiture © Antoine Mercusot
Déploiement des échafaudages © Patrick Tourneboeuf

Le chantier a nécessité un important déploiement d’échafaudage. En intérieur une plateforme a 14 m de hauteur a permis d’établir un autre échafaud en approche des décors et du plafond verrier. Une structure qui a nécessité un étaiement en sous-sol, afin de supporter une charge qui ne pouvait prendre appui a aucun moment sur le monument. Parallèlement, en extérieur, un échafaudage parapluie de 44 m de portée et 42,5 m de largeur sur une surface de 1870 m2, enveloppait le dôme extérieur de la rotonde afin d’entreprendre la réfection des couvertures, comprenant les travaux d’étanchéité mais aussi la restauration des décors. Les ardoises cintrées, qui provenaient des Ardoisières d’Angers, aujourd’hui fermées, sont remplacées par des ardoises de Galice, aux caractéristiques similaires. Les ornements en zinc estampé ont fait l’objet d’une restauration en atelier, sauf pour le décor au faitage du dôme qui lui a été restauré sur place. En verrière, l’ancien verre armé en 25×25 est remplacé par un double vitrage à l’argon, composé sur sa face extérieur d’un verre strié feuilleté, conforme aux normes de sécurité, restituant ainsi l’aspect de l’ancienne verrière avec des performances contemporaines. En intérieur, pour le plafond verrier, les profilés acier en « T » sont d’origine. Le projet a prévu la dépose des vitrages détériorés, le nettoyage, la restauration des sections abîmées et la remise en peinture de cette ossature. Les verres les plus abîmés sont remplacés par des verres simples armés de 8mm ; une opération de remplacement qui concerna 72 d’entre eux sur les 632 verres. Les décors dorés à la bronzine sur les branchages et à la feuille d’or sur les rayons du soleil sont entièrement restaurés. Des groupes sculptés réalisés en staff scandent les piliers de la rotonde. Réalisées par Henri Nelson, ces grandes figures féminines sont nettoyées et restaurées avec reprise des fissures. Une revalorisation de l’œuvre d’Albert Thomas, pour la première fois restaurée, qui aurait pu être augmentée d’une mise en lumière artificielle.

Plafond verrier et décors sculptés © Antoine Mercusot
Plafond verrier et décors sculptés © Antoine Mercusot

« Conserver, c’est moderne »

Pour cette restauration, comme pour bien d’autres entreprises par François Chatillon, l’architecte a misé sur des techniques contemporaines comme le BIM. A partir des observations, des plans d’archives et des relevés de géomètre, l’agence a réalisé une maquette 3D et modélisé un état antérieur. « C’est comme faire du chantier a postériori », précise l’architecte pour qui « la restauration est un projet d’architecture où la technique est prépondérante ». Pour lui, conserver, c’est projeter. Il ne va jamais en arrière mais projette un état adapté aux besoins contemporains. « Je ne suis pas un patriomaniaque », lance-t-il, avant de compléter « Il faut dépasser certains affects de matérialité. Ce qui m’intéresse, c’est le concept, la composition, la lumière ». Pour celui qui se plait à citer René Char, « Notre héritage n’est précédé d’aucun testament », l’intention initiale est prépondérante à la réalisation._Amélie Luquain

 

Fiche technique

Grand palais – Phase 0 : Restauration des couvertures et de la rotonde elliptique du Palais d’Antin, siège du Palais de la Découverte

Maîtrise d’ouvrage : RMN Grand Palais, en collaboration avec Universcience, l’Etablissement public du palais de la découverte et de la Cité des Sciences Maîtrise d’ouvrage déléguée : OPPIC, l’Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la culture.  Maîtrise d’œuvre : Architecte en chef des Monuments Historiques : François Chatillon Architecte. BET Structure /  Fluides CFO CFA / CSSI : IGREC Ingenierie

Entreprises : Installation de chantier, désamiantage et assainissement de charpente : ALTEMPO Echafaudages : MILLS Maçonnerie et pierre de taille : LEFEVRE Couvertures et charpente bois : UTB Verrières : VERRE & METAL Plafond verrier : DUMANOIS Restauration des décors intérieurs : CHEVALIER Electricité : EIFFAGE ENERGIE

Coût travaux phase 0 : 12 M € Les travaux sur la rotonde centrale du Palais d’Antin ont bénéficié du soutien des FONDATIONS VELUX Calendrier : études 2015 – 2016 / chantier aout 2016 – décembre 2017. Inscription Monument Historique Grand Palais : 2000

 

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