Lycée Français international : Vienne versus Pékin

Quasi unique au monde, le réseau des lycées français à l’étranger vient de s’enrichir de deux nouveaux ensembles, l’un à Pékin l’autre à Vienne en Autriche. Soignant réputation et image de la France, tous deux obéissent aux mêmes objectifs de transmission et de promotion de la culture et des valeurs de notre pays. Avec des budgets contraints chacun s’ingénie à utiliser les situations locales, à trouver des solutions adaptées pour tirer au mieux son épingle du jeu. Qui prend l’avantage de ce Versus ? Pas si simple. Selon les questions posées, c’est l’un ou l’autre. Avec au final, loin du manichéisme, une certitude, les réponses dédiées, leur variété, font l’éloge de la diversité.

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Complément d’Architectures CREE 380, page 78 à 85 

 

La transmission de la culture est-elle une des dernières gloires de la France ? Toujours est-il qu’elle peut s’enorgueillir de ses 495 lycées membre du réseau de l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger (AEFE) au beau pedigree : près de 342 000 élèves scolarisés originaires de 137 pays dont 60% sont étrangers et 40% français.

En 2016, deux établissements viennent de connaître des transformations importantes. Déménagement au nord-est de la capitale pour celui de Pékin dans un bâtiment flambant neuf (Jacques Ferrier, Pauline Marchetti, Sensual City Studio, arch.) ; extension pour celui de Vienne à laquelle s’ajoute la mutation du Studio Molière, une petite salle de spectacle totalement repensée (Dietmar Feichtinger Architecture).

Deux mondes. Rien de commun entre les deux sites. Au nord-est de la capitale, au delà du cinquième périphérique – l’un des six réalisés en moins de 30 ans – le nouveau quartier de Chaoyang/Orchard se construit à moins de 7 km de l’aéroport international doublé récemment par Norman Foster, au large de l’autoroute à la pollution intense mais aux bas-côtés métamorphosés en forêt linéaire de milliers d’arbres. Sur place pousse à une vitesse vertigineuse lotissements pour happy few, équipements, hôpital, restaurants, hôtels, agrémentés de lacs et jardins… Autrefois, avant l’urbanisation galopante, il y avait là des vergers servant à l’approvisionnement de la cour impériale ! Heureux enfants et ados de ce lycée international Charles de Gaulle ! De ce passé, ils héritent un terrain ouvert de 3,7 ha. Même s’il y a là 19000 m2 de SHON bâtis, dominent le ciel, une profonde sensation d’air, de respiration, qu’amplifient les vues dégagées, les deux terrains, l’un de sport l’autre de foot/rugby, les vastes surfaces du gazon aussi dru que des prés de fauche.

 

 

Pur jeu de plans

A Vienne rien de pareil. En plein cœur de la ville multi séculaire, tout près du bras du Petit Danube, le lycée français (environ 1900 élèves de la maternelle aux classes préparatoires aux Grandes Écoles) livré en 1954 fait partie intégrante du parc du beau palais Clam-Gallas conçu par l’architecte Heinrich Koch. Enfin, en faisait partie, comme l’institut français ! Le palais livré en 1834 pour le Prince Franz Joseph von Dietrichstein a été vendu au Qatar fin 2015 sans appel d’offre (sous le mandat de Laurent Fabius), malgré la levée de bouclier des résidents français et des Viennois eux-mêmes. Fini l’accès au parc, l’extension baptisé F (lettre dont on découvrira plus tard qu’elle va avec France, Fraternité, Freedom) plutôt dévolue aux examens et à une petite salle de musique se glisse entre les façades austères du lycée avec leur placage béton et le Studio Molière transformé. Parcelle contrainte (400 m2 environ ; 300 m2 pour le bâti) que Dietmar Feichtinger utilise avec bonheur. Sur ce bout de terrain, il installe quatre niveaux dont l’un encastré, ouvert sur une cour basse que l’on pourrait dire anglaise si elle n’était beaucoup plus généreuse. Le choix d’une ossature poteaux dalles libère des plateaux libres, desservis par une cage d’escalier béton. Le tout s’enveloppe de vitres toute hauteur d’étage sur trois côtés, alternées avec des panneaux d’alu anodisé côté Studio Molière, en harmonie avec sa façade claire. Une boite simple et précieuse, à la fois géométrique et douce. Un jeu de plans et de verticales croisés, sans hiatus, juste souligné par des joints creux et des cadres métal filants. Même pureté à l’intérieur : couloirs au sol de résine coulé, dalles béton, plinthes intégrées surlignées d’un filet ; classes à plancher bois, absorbant façon Fibralith juste décalé du plafond si bien traité, incisé et bordé de lignes fluo qu’il en devient beau. « En Autriche, en Europe centrale, il existe toujours un artisanat pointu », explique Feichtinger. « Les entreprises, fières de faire, écoutent et travaillent en synergie avec l’architecte, même avec un budget contraint (1336 €/m2).» Cela se sent et se voit.

Y compris au Studio Molière. Autrefois manège pour les chevaux du palais, puis salle de spectacle, sa transformation la met aux normes et décline une même limpidité. Sur la Liechtensteinstraße, le nouveau porche à trois arcades ouvre sur un parvis toute hauteur, au sol de béton balayé, au ciel de fortes solives découvertes et restaurées, puis donne sur le hall vitré et le foyer à fenêtres néo-gothiques face au bâtiment F. Entre les deux, les jeux de miroir fonctionnent à plein, mêlent reflets d’architectures et de grands arbres. dietmar-feichtinger_vienne_lycee-francais

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Copyright photos : © Herta Hurnaus  

S’adapter au savoir-faire

À Chaoyang/Orchard changement total de registre, de surface, d’échelle surtout. Sur la vaste parcelle travaillée et plantée de fruitiers par l’agence TER, trois bâtiments indépendants se succèdent d’ouest en est : le gymnase, la cantine, puis celui des enseignements avec l’entrée. Ce dernier dessine en plan un rectangle traversé d’un V, figure curieuse qui définit les trois cours des maternelle, primaire, collège, celle du lycée se déployant au grand large en toiture terrasse côté nord.

Comme à Vienne, le savoir-faire local – ici le travail du bois – s’est avéré déterminant. À budget frugal solution adroite (moins de 1000 €/m2 coût construction). Pour mettre l’architecture du lycée et son excellente réputation sur un pied d’égalité, le choix s’est porté sur une structure poteau-poutre-dalle béton assez économique et rustique avec de grands ouvrants et des enduits de façade soignés pour pouvoir développer une double peau ciselée, une pratique courante de l’agence (au Pavillon de la France à l’Exposition universelle de Shanghai en 2010 par exemple).

Elle signe l’identité de l’établissement avec les panneaux composites alu du gymnase et de la cantine. Apparemment simple, elle joue en finesse, pas la même partout, même si, pour l’essentiel, elle articule des pièces en red cedar étuvé (0,10 cm d’épaisseur x 0,80) à des tiges verticales acier inox en face arrière. À distance, cette belle résille que le temps foncera à peine sans griser, vibre un peu, change avec les heures, accroche les rayons du soleil, unifie sans uniformiser les bâtiments d’enseignement découpés en masses de hauteurs différentes. Plus près, elle crée une étonnante respiration évoquée plus haut. Devant les façades, elle définit une sorte d’entre-deux continu, espaces extérieur et intérieur croisés, ni tout à fait dehors ni tout à fait dedans, poursuivi et amplifié par la succession des préaux ouverts qui, en reliant les cours, creuse les perspectives, surlignées en pied des bâtiments par un banc continu de béton clair, que les gosses adorent, calé au-dessus des sols naturels ou enrobés en léger décaissé. Aux intérieurs, elle donne une intimité paisible, filtre lumière et vues, se prend aux anamorphoses très réussies de quelques mots en chinois et en français qui rythment murs et piliers des couloirs (Partage, Respect, Ouverture, Savoir, Fraternité…). Enfin, elle adoucit le dessin classique des classes, celui médiocre du mobilier catalogue (non choisi par l’agence).

Tout le monde connait les pics spectaculaires de pollution en Chine. Pour répondre à cette préoccupation majeure des parents, l’air est filtré, pulsé dans les classes et couloirs en légère surpression avant d’être récupéré et filtré à nouveau, le surplus s’évacuant par des bouches auto-réglables insérées dans les châssis des fenêtres. A la moindre alerte, le système se met en marche.

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Copyright photos : © Jacques Ferrier Architecture /  Luc Boegly

 

Alors quel gagnant pour ce Versus ? Rien n’empêche de préférer l‘extension de Vienne au lycée de Pékin ou inversement. Au vrai, la difficulté est de s’empêcher d’apprécier les deux.

 

Jean-François Pousse 

 

 

 

 

Equipe de Maîtrise d’Œuvre : DFA | Dietmar Feichtinger Architectes. Architecte Dipl.-Ing. Dietmar Feichtinger, mandataire. Equipe concours : Arch. DI Rupert Siller, Philipp Knauer. Chef de projet étude : Arch. DI Rupert Siller. Equipe étude : Philipp KnauerBET : Werkraum Wien BET Statik. TB Käferhaus GmbH Klimaengineering. Vatter ZTGmbH Bauphysik Ausführung. Calendrier : Concours : mai 2012 Début chantier : septembre 2012 PC : octobre 2014 Livraison : Extension, mai 2016 ; restructuration : octobre 2016 Mise en service : septembre 2016Surface : 3 591 m² dont 1 031 extensionCoût : 4,8 M d’€ HTCoût au m2 : 1336,67 €/m2

Copyright photos : © Herta Hurnaus

 

Equipe de Maîtrise d’Œuvre :  Architectes : Jacques Ferrier et Pauline Marchetti, Jacques Ferrier Architecture avec Sensual City Studio Directeur de projet (Shanghai) : Aurélien Pasquier Directeur de projet (Paris) : Olivier Cornefert  Paysagiste : Michel Hoessler, Agence TER  Maître d’Ouvrage : AEFE (Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger, Paris) avec le LFIP (Lycée Français International de Pékin) Maîtrise d’Œuvre d’exécution : Design Institute CAG Ville : Pékin, Chine Surface : 19 000 m² SHON  Projet lauréat : Juin 2009  Livraison : 20 mai 2016  Coût : 23,9 M d’€

Copyright photos : © Jacques Ferrier Architecture /  Luc Boegly

 

 

L’ENSAD de Nancy : entre contrainte urbanistique et identité individuelle

Terminant une ligne d’objets distincts qui se raccrochent à une galerie prismatique conçue par l’agence Nicolas Michelin et Associés, l’École Nationale Supérieure d’Art et de Design de Nancy, conçue par l’équipe Dietrich Untertrifaller et Zoméno, participe de l’ensemble tout en affirmant son identité.

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Conçu par Helmut Dietrich, Much Untertrifaller et Christian Zoméno, le bâtiment de l’École Nationale Supérieure d’Art et de Design de Nancy vient fermer sur son angle nord-est le campus ARTEM. Situé sur le terrain des anciennes casernes Molitor, ce dernier comprend trois autres écoles – École d’ingénieur (Mines), Institut de commerce et management (ICN), et centre de recherche international sur les matériaux (Institut Jean Lamour) – ainsi que la Maison des langues et une médiathèque, dont la disposition est régie par le master plan de l’agence Nicolas Michelin et Associés (ANMA). Ce cahier des charges urbanistiques établit pour l’ensemble du pôle universitaire des règles strictes en termes d’implantation, de volumétrie et de palette de couleurs, auxquelles ont du répondre les différents architectes. Les écoles devaient comporter chacune une « Maison-Signe » dont la toiture à deux pans rappelle celle des maisons de ville nancéennes typiques du quartier. Elles devaient aussi être directement connectées à une galerie vitrée surmontée d’une verrière prismatique colorée qui relie toutes les façades le long de la rue du sergent Blandan, formant ainsi une ligne d’objets distincts, à l’échelle de la ville de Nancy.

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Obéir pour mieux désobéir

L’ENSAD – qui termine cette opération – obéit à ces obligations du plan urbain, bien que sa maison-signe, au toit incliné, s’étire en pointe vers l’arrière. « On était contraint dans un alignement polygonal avec des hauteurs et des angles précis auxquels on ne pouvait pas déroger. Le fait d’extruder cette maison a permis de retrouver un élan créatif à l’intérieur du carcan du cahier des charges urbanistiques » précise Christian Zoméno. Disposition également imposée par l’ANMA, le retournement de l’enveloppe en toiture, conférant au bâti un aspect monolithique. Sa couleur anthracite, en tôle d’aluminium anodisée perforée et pliée sur-mesure, contraste avec les rideaux et stores colorés qui animent la façade sur cour de leurs couleurs vives. En opposition à la géométrie à facette de la maison-signe, le parallélépipède orthogonal du bâtiment Vauban, qui abrite les ateliers et bureaux, est habillé de plaques de parement en béton renforcé de fibres de verre. Ses cadres de fenêtres en saillie tels des bow-window, permettent de s’asseoir dans les encadrures réalisées en panneaux structurels de CLT d’épicéa (bois lamellé croisé).

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Si les façades diffèrent, le même système constructif a été employé pour les deux entités. Un noyau de béton armé abrite circulations verticales, sanitaires et éléments techniques, offrant flexibilité aux espaces qui sont subdivisés par des cloisons légères. Dans cette architecture aux finitions brutes et à l’esthétique minimale, le soin apporté aux détails est particulièrement raffiné, ne laissant apparent que des surfaces lisses et nues. Les espace principaux sont dénués de faux-plafonds ou de plénum. Dans les ateliers, les dispositifs d’éclairage, de son et de projection sont encastrés dans le béton, tout comme les rails des cimaises et les attaches des rideaux. On retrouve le même souci dans la conception de tous les détails, depuis les joints creux autour des portes jusqu’au dessin du mobilier. Une attitude qui a nécessité des techniques de constructions précises, bouleversant les habitudes constructives des entreprises qui ont du prévoir leur finition en amont.

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École Nationale Superieure d’art et de design | @Dietrich_Untertrifaller | Zomeno | ANMA Nicolas Michelin | #nancy

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Les deux entités sont reliées par un hall d’entrée en double hauteur et traversant, donnant sur un patio à l’arrière. De l’autre coté, un volume organique abritant l’amphithéâtre ferme le quadrilatère, et dessine la jonction plastique et déambulatoire entre les deux bâtiments. « Cette extrusion qui prolonge la maison signe vient en dialogue et contre point avec le bâtiment orthogonal Vauban » commente Much Untertrifaller.

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École Nationale Supérieure d’art et de design | @dietrich_untertrifaller | Zomeno | ANMA Nicolas Michelin | #nancy

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Les interventions de la maîtrise d’œuvre s’arrêtant au pied du bâtiment, les complications se trouvent dans les interconnections, que ce soit pour les parkings ou la galerie, soulignent les architectes : « ce qui a été assez compliqué, c’est que la galerie repose sur les même fondations que nous. Il a donc fallu déposer, et c’est une première en France, un permis de construire à deux maîtres d’ouvrages et deux maîtres d’œuvre sur une construction dont la conception est différente, ce qui a nécessité des synthèses techniques assez complexe ».

 

Avec des règles urbanistiques très présentes posées par l’ANMA dans un souci d’homogénéité, Dietrich Untertrifaller et Zoméno ont tout de même su imposer un bâtiment identitaire à l’esthétique minimale remarquable.

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École Nationale Supérieure d’Art et de Design de Nancy Localisation : F-54013 Nancy, 1 Place Charles Cartier-Bresson Maître d’ouvrage : Métropole du Grand Nancy  Maîtres d’oeuvre : Dietrich Untertrifaller, Atelier Christian Zoméno Architectes Chef de projet : A. Laimer, D. Grzanka Bureaux d’études : TCE : Artelia, Schiltigheim / acoustique : Venathec, Nancy / économie de la construction : Hubert Bessère, Toul / master plan : Agence Nicolas Michelin & Associés, Paris Exigence environnementale : BBC RT 2005 Concours : 2010 Chantier : 2013 Livraison : 2016 Surface : 7 854 m2 SU Volume : 41 490 mCapacité : 430 étudiants

Courtesy Dietrich Untertrifaller et Zoméno / Bruno Klomfar

Alain Sarfati : d’une remise aux normes à un espace métaphorique

La transformation de la faculté Paris II Panthéon Assas en « Learning Center » par Alain Sarfati Architecture interroge sur le passage d’une remise aux normes à celui d’une complète restructuration-extension.

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© Noëlle HOEPPE

 

Construite en 1960 par Noël Le Maresquier, la faculté Paris II Panthéon Assas s’avérait en 2000 vétuste, exiguë et inadaptée au nombre croissant d’étudiants. La menace de sa fermeture imposait une remise aux normes. Protection incendie et sécurité ont été les premiers fers de lance de cette restructuration ; une commande technique complétée dans un premier temps d’une bibliothèque. Convaincue par cette première opération, un chantier en appelant un autre, l’université a demandé à l’agence Alain Sarfati Architecture de poursuivre la restructuration-extension avec restaurants, salles de sport, salles de réunions, salles de cours et patio. Passant de 25 000 m2 à 30 000 m2, les études et les chantiers s’étaleront sur une quinzaine d’années.

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A l’extérieur, l’escalier monumental conçu pour palier aux problèmes de sécurité est devenu le signal du bâtiment © Christophe DEMONFAUCON
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L’escalier a double révolution vient doubler les unités de passage © Guillaume GUERIN

« D’une simple commande de mise aux normes, on est passé à la réalisation d’un espace plurifonctionnel qui s’est développé sur l’intégralité du bâtiment » précise l’architecte. Pour le concevoir, il s’est interrogé sur les conditions d’adaptabilité de l’espace aux nouveaux processus de travail et d’acquisitions des connaissances, liée à la nouvelle « génération vautrée » capable d’apprendre allongée sur des sofas, ordinateur sur les genoux (des dispositions aujourd’hui pompeusement baptisées du terme de Learning Center, dont l’exemple le plus emblématique semble être celui de l’EPFL à Lausanne). Pour Sarfati, la transformation de la société doit avoir un impact évident sur l’architecture. Rejetant l’espace neutre et polyvalent qu’il compare à celui d’un parking, il revendique une architecture fluide certes, mais surtout métaphorique, poétique et atmosphérique : « l’architecture se doit d’être plus émouvante qu’impressionnante ». Selon lui, elle doit produire du sens et offrir une multitude d’interprétation possible et non univoque, de la même manière que l’œuvre contemporaine est « œuvre ouverte », théorisée par Umberto Ecco en 1965*.

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Le hall, à l’origine hall de gare, devient un espace connecté augmenté d’une mezzanine où les salles collaboratives sont en libre service © Axel DAHL
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Les poteaux colorés du hall soutiennent la nouvelle bibliothèque et complètent la colonnade de poteaux existants en acier qui ont été traités au feu © Guillaume GUERIN
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La nouvelle bibliothèque est abritée sous un plafond en membrane tendue aux courbes et à la blancheur évocatrices : nuages, vagues qui s’entrechoquent ou voutes romanes sont autant de métaphore possible © Guillaume GUERIN

L’université ne se dévoile pas au premier coup d’œil, mais propose une promenade urbaine, induisant des découvertes permanentes et quotidiennes. « Ici, c’est un peu comme une table à la française, où les mets se succèdent, depuis l’apéritif, l’entrée, le plat, le fromage, les desserts jusqu’aux entremets ; une conception radicalement différente des chinois, qui mettent tout sur la table », menu servi à table contre buffet à volonté, ironise l’architecte. Ces principes sont transformés en dispositifs spatiaux : diversité, variation, articulation. Ils engendrent une multitude d’espaces conviviaux, non disparates mais différents, articulés à l’ensemble tout en restant autonomes. Chacun des projets a trouvé son origine dans les contraintes qu’étaient la mise en sécurité, la mise aux normes, l’amélioration technique ou l’optimisation du programme ; une inversion du processus habituel de conception. L’occasion pour Sarfati de mettre en garde contre des programmations aujourd’hui trop détaillées, si précises qu’elles en deviennent inaptes à suivre l’évolution des pratiques.

* Théorisation de l’œuvre contemporaine dite ouverte par opposition à l’œuvre classique très déterminée. L’œuvre ouverte ne peut jamais être réduite à une seule interprétation.

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En lieu et place d’un terrain en jachère, le patio sous ses parois de verre assure un rôle de transition entre le calme de la bibliothèque et l’animation du hall. Il se compose de deux zones distinctes favorisant le travail individuel ou collaboratif © Axel DAHL
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La restauration se répartit sur trois espaces différents qui communiquent directement avec le grand patio central © Christophe DEMONFAUCON
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Encerclant le patio, les « Planches » à ciel ouvert constituent un nouvel espace de détente ou de travail © Christophe DEMONFAUCON

 

Amélie Luquain

 

 

Fiche technique

Centre universitaire. Maîtrise d’ouvrage : Université Paris II – Panthéon-Assas. Maîtrise d’œuvre : Alain Sarfati Architecture. BET, économiste, OPC : EGIS. Lieu : 92 rue d’Assas, 75 006 Paris. Performance énergétique : conformité réglementaire 2000. CalendrierConcours : 2000. Études / Études Générales – 2001 /2002 Bât. E – 2003 Bât. ABCD – 2004 / 2005 Bât. F : 2011 Espaces Extérieurs : 2014 Appels d’offre / Bât. E – 2003 Bât. ABCD – 2006 Bât. F – 2011 Espaces Extérieurs – 2015 Livraisons / Bât. E – 2007 Bât. ABCD – 2012 Bât. F – 2015 Espaces Extérieurs – 2016. Surface : 28 300 m2 Montant global des travaux : 47 400 000 € HT

 

Programme

1 bâtiment entièrement équipé du Wifi et accessible sur 8 étages – 6 amphithéâtres – 51 salles de TD – 14 locaux dédiés aux associations étudiantes – 3 lieux de restauration nouvelle génération – 1 salle de sport – 5 salles collaboratives – 17 écrans tactiles dans les salles de travaux dirigés -1 système de contrôle d’accès par badge – 3 murs de 9 écrans dont 1 dédié à la vie associative – 28 écrans d’informations installés sur l’ensemble du bâtiment – 4 appartements pour les professeurs invités – 1 nouvelle bibliothèque de 2500m2 offrant – 1 salle de lecture de 1 800 m2 – 450 places – 700 m2 de réserves et de bureaux – 1 Patio et ses « planches » en extérieur

 

Pascal Gontier : au-delà des standards

Pascal Gontier : au-delà des standards

Si d’emblée le bâtiment Max Weber implanté dans l’enceinte de l’ Université Paris Ouest Nanterre-la-Défense présente une architecture retenue, il suffit de le parcourir pour comprendre qu’il est néanmoins innovant. Avec cet édifice comprenant des bureaux pour les chercheurs, l’agence Pascal Gontier prend le contre-pied de ce qui se fait habituellement dans le secteur tertiaire, loin des produits ultra standardisés qui ne trouvent leur identité que dans une surenchère formelle en façade. En construisant une structure 100% bois, sans climatisation artificielle ni faux plafonds, l’architecte dit souhaiter pallier à ce que Rem Koolhaas nomme le Junkspace, soit les résidus de l’aménagement du territoire, résultante de la modernisation. Ici, les exigences environnementales deviennent moteur de création.

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Pour ce nouveau Laboratoires en Sciences Sociales et Humaines, Pascal Gontier a étudié les questions techniques dès le concours en 2012 ; ces dernières aboutissant à cette forme architecturale. La volumétrie de l’immeuble de bureau se développe en U sur cinq niveaux, avec trois entités structurelles composées de parallélépipèdes large de 12 m.

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La structure est entièrement conçue en ossature bois 160 et en panneaux de contreventement en bois lamellé-croisé (CLT). Le socle du bâtiment est également en structure bois, avec des caissons Kerto-Ripa® de 12 m de portée dans lesquels sont insérées des poutres métalliques à intervalle régulier, pour assurer la reprise de charge verticale des poteaux tramés dans les étages. Pas de noyau béton non plus pour les cages d’ascenseurs et escaliers, la cohérence structurelle limitant le problème des interfaces entre les matériaux et, de facto, assurant un gain de temps sur le chantier. Le sol est quant à lui en béton brut, matériau choisi pour son inertie thermique, revêtu d’un simple linoléum dans les étages.

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Garder la structure visible en finition et laisser les matériaux apparents dans la vérité de leurs assemblages a engendré de nouveaux défis, notamment des problématiques de traitement au feu et de réglementations. En façade, un bardage en aluminium, voulu non seulement par la maîtrise d’ouvrage pour des questions de pérennité et d’entretien, mais aussi par l’architecte pour mieux s’intégrer au tissu existant, dominé par le béton et le métal.

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Depuis l’extérieur, les sous-faces des plafonds des bureaux étonnent. Dépourvues de faux plafonds, les poutrelles bois laissées apparentes sont tramées, ménageant une cavité d’une trentaine de centimètres tous les 3,50 m pour y placer l’acoustique, les fluides et l’éclairage. Modulables et flexibles grâce au système poteaux dalles, les bureaux sont disposés de part et d’autres des circulations selon une trame de 16 m2. Chaque bureau comprenant deux ouvrants par travée est éclairé naturellement d’un grand et d’un petit oscillot-battant.

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Enfin, pour assurer la ventilation naturelle, la toiture du bâtiment est parsemée de 25 cheminées de 3,70 m de haut. Ce dispositif a fait l’objet d’études très poussées et constitue une première pour un immeuble de bureau en France.

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Avec ce projet, Pascal Gontier se livre à un exercice radical, mariant structure bois et ventilation naturelle, la technique induisant l’esthétique. Pour la maîtrise d’ouvrage, construire entièrement en bois était autant une envie qu’une source d’inquiétude, vis à vis de la gestion du risque, du coût, des appels d’offre… Au vu du résultat du concours, construire en bois est devenue une évidence et même une opportunité.

Amélie Luquain

 

Fiche Technique

MOA : Université Paris Ouest Nanterre la Défense. Mandataire de la maîtrise d’ouvrage : Icade Promotion. Assistance à maîtrise d’ouvrage HQE : SLH ingénierie. MOE : Pascal Gontier Architecte. Programme : Laboratoires en Sciences Sociales et Humaines (2 grandes salles de réunion au RDC, 1 amphithéâtre, 4 salles de convivialité, 124 bureaux, 25 places de parking). BET : Inex BET fluides, Batiserf BET structure, Cabinet MIT économiste, J.P. Lamoureux acousticien, Paul Green paysagiste. Entreprises : SNRB entreprise générale (sous-traitant : HOUOT (structure bois), SISAP aménagement, CEGELEC, SPIE Ile-de-France Nord Ouest, OTIS France, EUROVIA. Surface : 4904 m2 SDP et 5339 m2 SHON. Coût de la construction : 11 743 757 € HT. Livraison : février 2016.

 

Matériaux : panneau bois CLT, caisson Kerto Ripa®, isolation en laine de bois, sol en linoleum et parquet frêne, escalier en CLT et parquet chêne, menuiserie extérieure en bois/aluminium, toiture végétalisée intensive

 

Courtesy Pascal Gontier / Hervé Abbadie

 

 

Calais : l’école d’art au secours du centre-ville

 

Implantée en plein centre-ville de Calais, l’école d’art dit Le Concept, conçue par Arc-Ame, cache un programme mixte mélangeant l’enseignement et l’habitat derrière une façade cuivrée.

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Insertion

Anciennement à l’étroit dans un immeuble quasi insalubre, un centre d’animation artistique ouvert à tous les publics dit aujourd’hui Le Concept, école d’art du Calaisis, s’est vu contraint d’être déplacé. Inscrit dans un schéma urbain de revitalisation du centre-ville projeté par Arc-Ame – contraction d’architecture et aménagement – a été préféré à la périphérie une parcelle issue d’un remembrement complexe dans le quartier industriel Saint-Pierre : une surface désaffectée de grande distribution, en friche depuis une dizaine d’année, située au croisement des quatre principaux boulevards, en face du centre commercial Cœur de Vie. L’école, également conçue par l’agence Arc-Ame, symbolise le renouveau du quartier, respectant l’équilibre et les échelles du contexte dans lequel elle s’insère ; seule sa façade cuivrée est pensée comme un signal, faisant appel depuis la rue.

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Transparence

A l’ancien bloc monolithique, Arc-Ame a préféré un édifice en verre, dont la toiture ondulante en cuivre enveloppe le bâtiment jusqu’à se dématérialiser en un rideau tissé en façade. Le hall d’accueil, totalement ouvert sur la rue, assure une percée visuelle jusqu’aux jardins, engendrant une relation étroite entre la ville et le cœur d’îlot. Dépourvu de points porteurs, il devient un espace de médiation, servant de salle d’exposition modulable et polyvalente sur sa double hauteur. La transparence était un des points clés du projet : « elle représentait un défi dans un site urbain ultra-dense avec un programme extrêmement contraint, où elle était impossible à imaginer au départ. C’aurait été une évidence à la campagne, mais pas dans cet îlot que recouvrait totalement un bâtiment en friche, sans aucune lumière naturelle. Nous avons eu l’idée d’occuper l’îlot de façon différente, de creuser le bâtiment pour créer des patios et des jardins », précisent Carole Vilet et Laurent Pezin, architectes associés d’Arc-Ame.

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Les plafonds servants dans les ateliers sont constitués de panneaux radians, baffles acoustiques et éclairages suspendus sur fond noir. Pour un aspect « atelier de travail », le mobilier est en bois d’apparence brut, réalisé sur-mesure, avec toujours la prédominance des courbes

 

Œuvre d’art ?

A la demande d’une architecture pensée comme une œuvre d’art, formulée par la maîtrise d’ouvrage, les architectes répondent par des références artistiques, considérant que l’architecture se distingue des autres formes d’art par sa dimension spatiale. En premier lieu, l’espace a été voulu d’un blanc neutre, telle une toile blanche, afin de laisser libre cours à la créativité des élèves et des enseignants et surtout à l’appropriation. Dès lors, dessins et peintures recouvrent les murs, tandis que les sculptures nous sourient à travers les baies vitrées. Quand aux matériaux, ils s’inspirent, selon les architectes, des différentes formes d’art : « nous avons souhaité que le choix des matériaux exprime la vocation de l’école : être une vitrine au service de multiples disciplines artistiques. Le cuivre travaillé qui recouvre la façade et la toiture, à la convergence entre sculpture, peinture, gravure et architecture, est à ce titre le meilleur reflet de l’ambition artistique du projet architectural. (…) Et ce cuivre tissé fait écho à l’enseignement du tissage, l’une des activités dispensées au sein de l’école. Quant au béton texturé, en opposition avec la patine lisse du cuivre, il se rapproche de la sculpture. Un dialogue s’établit entre le cuivre précieux et lisse et le béton matricé, plus brut. » La maille en façade devient quant à elle un élément structurant du projet : tantôt rideau offrant une lumière douce et tamisée dans les ateliers, tantôt écran, support d’évènements lumineux animant la ville.

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En façade principale, la maille de cuivre servant de filtre à la lumière naturelle (50% d’ouverture) et d’écran pour des projections lumineuses, est en aluminium anodisé teint, plus léger que le cuivre. Préfabriquée, elle est arrivée en une seule pièce sur le chantier, puis déroulée le long de la façade. Des poutres butons reprennent les charges.

 

Mixité

Si l’école est une entité autonome, elle forme un ensemble architectural avec les 25 logements sociaux, posés sur sa toiture, accessible de façon indépendante depuis une rue adjacente. Arc-Ame a en effet mené de front la réflexion sur les deux programmes, afin d’assurer leur unité architecturale. Ces logements sont une superposition de T3 ou T4 en simplex ou duplex, chacun étant traversant et disposant d’une terrasse orientée plein sud. Ils sont accessibles par des coursives donnant sur le cœur d’îlot, c’est à dire sur le jardin central de l’école, les patios plantés et les toitures engazonnées, conçus par l’agence de paysage Babylone.

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Objet singulier du centre-ville de Calais, l’école, depuis le parvis, appelle autant qu’elle sait se faire discrète, participant à la revitalisation du centre-ville plutôt que de privilégier l’expansion périphérique.

 

Amélie Luquain

 

 

Fiche technique

Maîtrise d’œuvre : Arc-Ame. Programme : Réalisation d’une école d’art de 16 classes et 25 logements sociaux. SDP : 5650 m2. Entreprise générale : Rabot Dutilleul Construction. Ingérop Nord-Ouest BET TCE ; BET acoustique AVA; paysagiste Agence Babylone. Cout des Travaux : 10,43 M€ HT. Livraison : juin 2015

 

Courtesy Arc-Ame / Michel Denancé

2/2 : Parachèvement de la rénovation du campus de Jussieu

2/2 : Parachèvement de la rénovation du campus de Jussieu

Un des points remarquables du travail d’Architecture-Studio pour la rénovation du Secteur Est du campus de Jussieu (Vème) concerne la reconversion des patios, entièrement déposés, remplacés par des éléments architecturaux dont la singularité offre des nouveaux signaux au campus.

 

Partie 2 : Singularité des patios

campus jussieu par architecture studio
Courtesy A-S / Luc Boegly

 

Émergeant ponctuellement de la dalle, les éléments architecturaux singuliers font le lien avec le niveau Saint-Bernard, en contrebas, dont les activités sont rendues visibles et l’éclairage naturel est augmenté.

 

« Tipi »

A l’origine, un seul édicule, La Coupole, émergeait de ces patios placés au centre de la mosaïque d’André Beaudin. A-S conserve et accentue cette singularité avec un bâtiment signal, surnommé d’ores et déjà par les étudiants « le Tipi ». Ce pôle culturel, destiné aux expositions et aux événements, est entièrement vitré, associé à une résille en tubes d’aluminium rectilignes inclinés en gerbe. Générer ce bâtiment a permis de monter une gaine de ventilation avec une sortie à 8 m des façades. Tout autour de ce tipi, les laboratoires sont éclairés par la lumière naturelle et un bardage en acier poli miroir créé des reflets interagissant avec l’œuvre colorée au sol.

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Courtesy A-S / Coupe Tipi

 

campus jussieu par architecture studio
Courtesy A-S / Luc Boegly

 

Bibliothèque

Dans un autre patio, la toiture de la Bibliothèque des Licences se soulève en pente douce, dans l’alignement du projet du Secteur Ouest de Reichen et Robert. Le toit végétalisé rappel l’ancien patio et donne la sensation d’une simple bascule de la toiture. En plus de donner de la visibilité aux activités et leur offrir un éclairage naturel sur les 100 m de long, la pente permet de préserver les transparences d’Est en Ouest sur le niveau de la dalle.

 

jussieu architecture studio bibliotheque
Courtesy A-S / Coupe Bibliothèque

 

campus jussieu par architecture studio
Courtesy A-S / Luc Boegly

 

Agora

Concernant le Centre de Conférences, il est suggéré en surface par la déformation topographique de la dalle : celle-ci dessine un damier d’emmarchement extérieur tout en augmentant les qualités acoustiques en sous-face. Cet espace gradiné est abrité d’une toiture en coussins ETFE, pour le plus grand plaisir des étudiants qui prennent plaisir à se retrouver au sein de cette nouvelle agora. L’entrée de l’auditorium de 500 places, destiné aux manifestations d’envergure internationale, est signalée par un édicule vitré dont la structure porteuse en inox (nœud moulé) forme un origami en écho aux facettes de la toiture. Cet édicule assure l’éclairage du foyer, tamisé d’un plafond en staff dont les trompes lumineuses sont reliées entre elles par un plan continu, créant un effet matelassé. L’auditorium, quand à lui, est habillé d’un écrin cylindrique de tasseaux de bois, tandis que le plafond intérieur, également réalisé en staff, s’entrouvre pour créer des ouïes, dans lesquelles l’ensemble des terminaux d’éclairage et de ventilation se niche discrètement. Pour cette partie du projet, le patio a été entièrement démoli et un niveau de sous-sol a été créé. La coque en béton totalement étanche a été réalisée et posée sur ressort, ce qui la rend parfaitement insensible aux nuisances sonores souterraines comme celles des vibrations de la ligne de métro.

 

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Courtesy A-S / Coupe Amphitéatre

 

campus jussieu par architecture studio
Courtesy A-S / Antoine Duhamel

 

Quant aux niveaux de superstructure, les différents laboratoires de recherche sont organisés en étoile autour des rotondes d’accès de chaque entités. Les locaux, standard et flexibles, sont conçus pour intégrer des modifications futures dues aux évolutions rapides de la recherche. Des systèmes de baffles lumino-acoustiques disposés au plafond des laboratoires ont été spécifiquement créés pour le plus grand confort des chercheurs.

 

Ainsi, dans la continuité du projet d’Édouard Albert, Architecture Studio assure un renouveau architectural pour ce campus par le biais d’interventions aussi exemplaires que justes. Non pas la démonstration d’un geste architectural, non pas une simple restauration, mais une rénovation complexe, répondant à des besoins précis pour un effet maximum, et dont la justesse est particulièrement remarquable.

Amélie Luquain

 

Voir la partie 1 : Rénovation du Campus de Jussieu

1/2 : Parachèvement de la rénovation du campus de Jussieu

Si depuis plusieurs années, Jussieu (Paris Ve) est bien triste, synonyme de travaux et d’amiante, le quartier affiche un nouveau visage avec le parachèvement du Secteur Est de l’Université Pierre et Marie Curie (UMPC), signé Architecture Studio.

 

Partie 1 : Entre continuité et renouveau

Campus Jussieu - Architecture Studio
Courtesy A-S / Antoine Duhamel

 

Patrimoine du XXe siècle

Jussieu, Ve arrondissement. Le Campus Pierre et Marie Curie qui jouit d’une notoriété scientifique de rang mondial est aussi un exemple du patrimoine architectural de la seconde moitié du XXe siècle. Cet ensemble bâti de 6 ha est le fruit de l’architecte Edouard Albert, sur commande d’André Malraux, en 1964. Caractérisé par son architecture matricielle, ce campus sur dalle est matérialisé par un plan en damier baptisé « Le Grill » et par une construction modulaire entièrement métallique. Ouvrage emblématique, aussi de par les œuvres d’art qu’il accueille au nom du 1% artistique (immense dessin géométrique de Jacques Lagrange sous les pilotis, mosaïque en arc-en-ciel d’André Beaudin, deux grandes céramiques de Léon Gischia et un grand stabile d’Alexander Calder), l’ensemble dû faire face à un long chantier de désamiantage et de réhabilitation entamé en 1996, qui ne prévoyait pas de restructuration lourde. Cependant, les travaux du Secteur 1 (2001) ont fait débat, en vue du coût de la restructuration et de l’obsolescence du campus. C’est ainsi que l’agence Architecture-Studio, composée d’un noyau intergénérationnelle de 12 associés, se voit confiée la restructuration du Secteur Est de l’UPMC, dernière phase du projet.

campus Jussieu / A-S
Courtesy A-S / Antoine Duhamel

 

Désenclavement

Après la Maison de la Radio et la cathédrale de Créteil, Architecture-Studio affronte à nouveau un monument : le campus de Jussieu. L’objectif principal est de désenclaver l’université et de l’ouvrir sur la ville – mission réussie même si les grilles dues au plan Vigipirate cassent la perspective mais nécessité fait loi… En effet, l’aménagement d’une voie en pente douce (4%) jusqu’à la place Jussieu et la piétonisation d’une partie de la rue rendent le campus à la ville. Cette entrée majestueuse s’ouvre sur le nouveau parvis de la tour Zamansky, imaginé par le paysagiste Michel Desvigne. Les îlots de verdure qui le ponctuent, réglés sur la trame structurelle de la dalle afin d’éviter toute reprise en sous-œuvre, sont des monticules artificielles faites de polystyrène découpées par des cheminements en arborescence. Ces derniers participent de la hiérarchisation et de la clarification des flux sur le campus, en plus de la création de points de repères que sont les éléments architecturaux implantés dans les patios (cf partie 2 => Rénovation du Campus de Jussieu).

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Courtesy A-S / Luc Boegly
campus jussieu par architecture studio
Courtesy A-S / Luc Boegly

 

Continuité

Pour l’agence A-S, la difficulté a été de se positionner entre continuité et différence. D’une part, sont respectés et affirmés les principes architecturaux du bâtiment d’origine, que sont notamment l’homogénéité des barres, la singularité des patios, la préservation des transparence sous les pilotis, l’intégration et la mise en valeur des œuvres d’art. D’autre part, il a fallu s’inscrire dans la continuité des autres secteurs précédemment achevés pour offrir une organisation cohérente sur l’ensemble du campus.

 

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Courtesy A-S / Plan RDC

 

 

campus jussieu par architecture studio plan R+1
Courtesy A-S / Plan R+1

 

Voir la partie 2: Rénovation du Campus de Jussieu

Maîtrise d’œuvre, Architecture-Studio

Maîtrise d’ouvrage, EPAURIF

Paysagiste, Michel Desvigne. BET TCE, Setec Bâtiment. BE Façades, T/E/S/S. BE Acoustique, AVA. BE planification, Planitec. BE SI, Vulcaneo. BE Économie et HQE, Eco-Cités.

Concours 2008. Chantier 2012-2015. Livraison 2015.

Surface, 100 000 m2 dont 69 000m2 de surface intérieure

Coût des travaux, 172 M € HT

 

Précédentes rénovations et extensions du Campus Jussieu :

Secteur 1 (2001) – Extension Atrium (2006) – Tour Zamansky (2009) – Secteur Ouest (2014)

 

Amélie Luquain

Forêt de béton

Le Hub d’apprentissage de l’Université technologique de Nanyang, conçu par Heatherwick Studio exécuté par CPG Consultants, est un nouveau repère éducatif pour Singapour.

Université Nanyang

Ce projet est une occasion extraordinaire de repenser l’université traditionnelle. Au lieu des corridors interminables, les architectes proposent un édifice favorisant convivialité et sociabilité, où étudiants et professionnels peuvent se rencontrer pour interagir ensemble.

Douze tours coniques – se rétrécissant vers l’intérieur à leurs bases – sont composées d’un empilement de salles de classes cylindriques, entrecoupées d’espaces ouverts et de terrasses de jardin informelles. Disposées autour d’un atrium central qui rassemble, elles sont parsemées de balcons ouverts sur le cœur du bâtiment, favorisant les échanges de connaissance. Les étudiants se sentent en permanence reliés aux autres activités en cours.

A la fois ouvert et perméable, l’atrium permet la ventilation naturelle, répondant aux fortes chaleurs Singapouriennes. Poreux, il s’ouvre vers l’extérieur en se faufilant entre les tours de béton, tandis que le soir venu, la lumière s’immisce entre les volumes.

En référence à la science, l’art et la littérature enseignés à l’université, le béton semble avoir été moulé à la main : les cylindres reçoivent une texture ondulée horizontale et les parois verticales reprennent les dessins de l’illustrateur Sara Fanelli, exprimés en trois dimensions. Achevée en mars 2015, l’université offre des espaces d’interaction s’adaptant aux formes contemporaines d’apprentissage.

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Amélie Luquain

Crédit Photo : Hufton and Crow

Un monolithe au coeur de verre

Angelini Group fait don des fonds nécessaires pour que les entreprises puissent converger avec le savoir des chercheurs de l’université UC Innovation Center.

Monolithe de béton vu de l'extérieur au crépuscule, lumière orangée
©Nina Vidic

Inscrite dans la ville dense et horizontale de Santiago, l’université d’art se dresse telle un monolithe gigantesque de béton, répondant aux quelques blocs voisins. Le projet cubique de l’agence chilienne Elemental a vocation à créer des connaissances en multipliant les espaces de rencontre.

Derrière sa massivité apparente se cache un intérieur fragmenté. Un atrium baigne de lumière les espaces accessibles depuis des ascenseurs vitrés, parcourant un jeu de cadres menuisés épais en bois alternés de montants noir sur toute la hauteur.

Ainsi, l’habituel cœur opaque et mur de verre est remplacé par un noyau ouvert et une façade pleine. En plus de favoriser l’échange, cette inversion est une solution efficace énergétiquement. Placer la masse du bâtiment à l’extérieur permet de faire face à l’effet de serre, tout en utilisant l’inertie thermique du béton.

Des percées géantes et rectangulaires contiennent des vitrages encastrés dans la profondeur pour empêcher le rayonnement direct du soleil et permettre la ventilation transversale. Associés au minimalisme de garde-corps transparents, ces retraits façonnent des terrasses d’échelle démesurée. La géométrie stricte du volume se prolonge par des excroissances qui accueillent des programmes en porte-à-faux sur le parvis. Forme archétypale et béton brut participent à la forte matérialité de ce monolithe.

Amélie Luquain

Photos : ©Nina Vidic, ©Kim Courreges

 

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Collège Froelicher, l’envers du « green washing »

Suite aux vacances de la Toussaint, les collégiens de la commune rurale de Sissonne (Reims) ont pris place dans un nouveau cadre d’apprentissage épanouissant. Le collège Froelicher, conçu par l’agence Daudré-Vignier et associés, remplace l’ancien équipement datant des années 70 devenu obsolète.

 

Formalisme organique ou écriture efficiente ?

 

Pour Antoine Daudré-Vignier et Jérôme Pétré, pas de « geste architectural » ni de « green washing » mais a contrario une économie d’effet et une simplicité d’écriture pour un projet fort. Si au premier coup d’œil les courbes de l’équipement peuvent sembler dotées d’un certain formalisme organique, la lecture du projet permet d’en comprendre les tenants et aboutissants.

 

L’enjeu est double : affirmer un bâtiment public d’enseignement tout en se fondant dans le paysage.

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Suivre la courbe

Parlons-en de ce paysage ; un terrain vierge de 1,3 ha en limite de commune, face aux terrains agricoles et au-delà au camp militaire. S’appuyant sur la géométrie de la parcelle et la planéité du site, les architectes couvrent le bâtiment d’un manteau végétal, le fondant dans le paysage environnant. Ce ruban de verdure, ondulant en toiture, s’enveloppe, s’enroule, protège, cadre l’espace en le délimitant. En parcourant l’extérieur du bâtiment, la vision de ce dernier change constamment ; l’œil suit la courbe.

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Chacun sa fonction

Face à l’ondulation apparente, un plan rigoureux en équerre se déploie sur deux niveaux. Après avoir traversé l’auvent principal, l’usager pénètre dans un large hall d’entrée en double hauteur, extrêmement lumineux, donnant sur la cour intérieure. La façade principale, largement ouverte sur la rue des Vieux Moulins, forme un front bâti vitré qui abrite l’administration et les salles dédiées aux enseignants, leur offrant un moment de détente en s’extériorisant vers la ville. Les salles de classes, elles, se déroulent en un long corridor le long de l’autre aile, orientée sud-ouest. Ce couloir est rythmé par deux cages d’escalier, dont le vitrage double hauteur cadre sur les arbres environnants. Tel un satellite indépendant, la salle de restauration prend place à l’autre bout de la cour, en réponse à un espace vert ovoïde surélevé, proposant des assises extérieures.

 

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Surveillance passive

Fait particulièrement intéressant de ce plan, la position du bureau des surveillants. A l’image du panoptique de Bentham théorisé par Foucault, le surveillant est placé au centre du bâtiment (en l’occurrence dans l’angle interne du plan en équerre) afin de surveiller en tout point l’élève. Telle une tour de contrôle, ce bureau assure une surveillance passive, en plus de sa position stratégique permettant d’accéder rapidement et facilement aux deux niveaux des salles de classes, au vu de la simplicité des parcours.

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L’art de la technique

Techniquement parlant, la toiture végétale est portée par une charpente bois en lamellé-collé, reposant sur une structure béton, choisie pour ses capacités de stabilité au feu et de contreventement. Les façades légères a ossature bois sont combinées au bardage 3 plis en mélèze, aux membrures verticales en douglas faisant office de brise soleil et aux panneaux 3 plis en hêtre pour la sous-face. La majorité des pièces étant en double courbure, elles ont nécessité une maquette numérique 3D. Pour ne pas casser la lisibilité de la toiture, les exutoires sont placés en façade, et les organes techniques dans les combles, aux extrémités du bâtiment. Les descentes d’eau de pluie sont intégrées dans les poteaux, les plafonds sont rayonnants, l’éclairage est automatisé… bref un véritable confort thermique, acoustique et d’usage, et bien entendu, un projet labélisé HQE et Effinergy +.

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Le collège Froelicher conjugue courbe et orthogonalité avec dextérité et efficacité.

SISSONNE-PLAN RDC 

SISSONNE-PLAN R1SISSONNE-COUPE SUR ENSEIGNEMENT

Surface, 5 833 m² SHON. Livraison, octobre 2015. Maître d’ouvrage, Conseil général de l’Aisne. Maitre d’œuvre, Daudré-Vignier & associés. Entreprise général, Demathieu Bard Construction. Montant des travaux, 9,4 M euros HT.

 

Amélie Luquain

 

Courtesy Daudré-Vignier & associés / Charly Broyez