Foster à Shanghai pour la Fondation Fosun

 

Depuis 2012, la Fondation Fosun s’attele à mettre en avant l’art contemporain. En 2016, elle a établi ses quartiers dans le Bund Finance Center, une architecture mouvante qui s’intègre dans un contexte dense d’une grande métropole mondiale : Shanghai. Réalisé par le cabinet d’architecture Foster + Partners et le studio de design Heatherwick, il s’agit d’un centre culturel, qui met en avant l’art contemporain et les liens qu’il tisse avec la culture chinoise traditionnelle.

 

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Une situation urbaine stratégique

La Fondation est située au croisement de la vieille ville de Shanghai avec le nouveau Centre des Affaires de la métropole. Le bâtiment permet de reconnecter ces deux quartiers de la ville. Son rez-de-chaussée perméable permet aux piétons et passants de se glisser à travers l’espace. Ainsi, l’espace urbain n’est pas interrompu. Le projet a aussi permis de connecter ces deux quartiers avec les abords de la rivière Huangpu, et de leur donner un nouvel attrait.

 

La Fondation Fosun met en avant l’oeuvre contemporaine, interactive et internationale. Elle organise de grandes expositions d’art, mais également des programmations d’ateliers pédagogiques. L’idée de créer un espace vivant pour le public est un atout majeur. Les espaces du programme permettent à la Fondation de déployer toutes ses cartes pour sensibiliser les jeunes et moins jeunes à l’art. Le Bund Finance Center est un lieu multi-culturel, où les espaces peuvent accueillir de nombreux types d’événements, de la grande conférence internationale à des petits comités d’associations en passant par des représentations artistiques ou des expositions. Un lieu multi-usage, où tous les types d’art peuvent se rencontrer.

 

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© Laurian Ghinitoiu

 

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© Laurian Ghinitoiu

 

Les espaces sont ainsi organisés : trois niveaux d’étages, et quatre niveaux sous-terrains forment un total de 4 000 m² de surface exploitable ! Le premier étage est un espace appropriable de 360 m². Le second et troisième niveau proposent chacun une grande salle de 570 m², la première d’une hauteur de 6,5 m de haut, l’autre de 3,2 m. La terrasse sur le toit de 600 m² est idéale pour accueillir des événements dont les hôtes pourront profiter de la vue sur les deux quartiers : le vieux Shanghai et le centre des Affaires. Cette terrasse accueille l’installation Counter Sky Garden de l’artiste japonais Tatsuo Miyajima, composée de plus de 300 petites lumières bleues, rouges, jaunes, vertes et blanches.

 

Une façade originale !

La particularité de cette architecture est sans aucun doute sa façade. Celle-ci est mouvante. Elle se compose de trois rideaux de tubes cuivrés, reprenant l’aspect du bambou, très symbolique dans la culture chinoise. Les trois panneaux se croisent, changeant ainsi l’apparence du bâtiment. Leurs déplacements ont lieu toutes les deux heures, durant quelques minutes seulement, et sont accompagnés de musique. Une architecture qui surprend ! Les tubes de cuivre sont suspendus depuis le toit. L’ensemble semble flotter au dessus du rez-de-chaussée. Ils renforcent la sensation de délicatesse et ajoutent une note de poésie au bâtiment. Cette façade instaure aussi une distance avec les parois vitrées et cache des coursives, accessibles depuis les espaces intérieurs.

 

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© Laurian Ghinitoiu
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© Laurian Ghinitoiu

 

Anne Vanrapenbusch

OMA : la « Tour » de la Fondation Prada bientôt ouverte au public

La Fondation Prada de Milan a annoncé l’ouverture au public de la « Tour » le 20 avril 2018. 

Inaugurée en 2015 et imaginée par l’agence OMA sous la direction de Rem Koolhaas, la Fondation est devenue en l’espace de ces deux dernières années un haut lieu culturel italien. Le nouveau site, une ancienne distillerie datant des années 1910, est aujourd’hui un complexe architectural composé de sept bâtiments préexistants et trois nouvelles constructions : le Podium, le Cinéma et la Tour. Dernière pièce architecturale du complexe, la Tour abritera la collection permanente de l’institution. Ce nouveau volume s’inscrira comme une nouvelle référence visuelle pour la ville. 

© Fondation Prada

D’une hauteur de 60 mètres, la structure de ciment blanc se dressera sur la skyline milanaise et offrira une vue imprenable sur la ville. Sur les neuf étages de la structure, six seront des espaces consacrés à l’exposition d’œuvres de grande envergure et d’installations issues de la collection Prada, des œuvres du 20e et 21e siècle. Les trois autres étages abriteront des restaurants et des aménagements dédiés aux visiteurs. Au sommet du bâtiment, une terrasse panoramique accueillera un bar.

© Fondation Prada

Chaque étage de la tour est configuré comme un seul espace avec des conditions environnementales spécifiques. La moitié des niveaux se développe sur une base trapézoïdale tandis que les autres évoluent sur un plan rectangulaire. Les façades extérieures sont caractérisées par une succession de surfaces de verre et de béton, exposant l’intérieur à la lumière de tous les angles sauf au Sud où un élément en acier et en béton unit la tour à un dépôt. 

© Fondation Prada

La structure géométrique complexe comprend une variété d’oppositions et de fragments conçus pour ne jamais former une seule image définie. Ceci différencie l’aspect extérieur de la tour selon la perspective de l’observation, incarnant la vision architecturale de la fondation entière. 

© Fondation Prada

« En introduisant de nombreuses variables spatiales, la complexité du projet architectural contribue au développement d’une programmation culturelle ouverte et en constante évolution », affirme Rem Koolhaas. Il ajoute que le projet de la Fondation Prada n’est pas un travail de conservation ni même de création d’une nouvelle architecture. Il s’agit plutôt de la mise en oeuvre de deux dimensions coexistant et se confrontant dans un processus d’interaction continue. Ancien et nouveau, horizontal et vertical, large et étroit, noir et blanc, ouvert et fermé … ces contrastes établissent la variété des oppositions qui décrit la nature de la nouvelle Fondation. En introduisant autant de variables spatiales, la complexité de l’architecture favorisera une programmation ouverte et instable, où l’art et l’architecture bénéficieront des défis de l’autre.

La piscine de Roubaix, un patrimoine industriel devenu musée !

La ville de Roubaix, à quelques pas de Lille, est une ville qui a un grand passé industriel, notamment dans le textile et la laine. Les filatures roubaisiennes exportent dans le monde entier jusque dans les années 1960 ! Au coeur de cet élan économique, la ville brasse de nombreux types de populations, aussi bien ouvrières que de riches industriels. En 1926, le maire décide de lancer le projet d’une piscine. Loin d’être une folie, il souhaite que cet endroit devienne un véritable lieu de rencontre, avec un enjeu social majeur.

photo archives piscine de roubaix musee
© A. Picandet

 

La conception est confiée à l’architecte local Albert Baert. L’architecture qu’il dessine confère aux lieux un aspect théâtral qui fait émerger un réel intérêt pour la piscine dans la population locale, qui travaille majoritairement dans les usines textiles. C’était l’effet escompté par l’architecte. Le plan de la piscine reprend celui d’une abbaye, avec la présence marquante de vitraux dans l’axe majeur du bâtiment. Après son ouverture en 1932, la piscine devient rapidement un lieu de vie. Le solarium et la laverie sont également appréciées, tout comme la présence d’un coiffeur, et de bains publics. Mais en 1985, la voûte, trop fragile, menace de s’effondrer. La piscine est donc fermée pour des raisons de sécurité.

musée la piscine de roubaix culture
© Alain Leprince

 

Aujourd’hui, vous pourrez toujours entendre les cris d’enfants et les plongeons des plus grands, mais ils ne seront que fictifs.  Le musée d’art et d’industrie André Diligent, plus connu sous son appellation « La Piscine de Roubaix », est aujourd’hui devenu un des musées les plus connus de la région Lilloise, et son caractère étonne toujours ! Sa réhabilitation, confiée à l’architecte Jean-Paul Philippon et terminée en 2001, nous permet de profiter de ce lieu historique, tout en mettant en valeur les collections d’objets industriels si présents dans la région. Vous pourrez admirer des sculptures le long des bassins, ou encore assister à un défilé de mode. Les cabines qui entourent l’espace deviennent vitrines, les murs de céramique sont aujourd’hui les supports des tableaux. Cette année, la Piscine s’agrandit, afin de bénéficier de 2 000 m² d’exposition supplémentaires. Cela dit, il faudra se presser pour visiter le musée avant sa fermeture pour travaux, du 1er avril au mois d’octobre 2018.  Pour les plus patients, nous vous donnons rendez vous à l’automne prochain pour l’inauguration de l’extension de la Piscine de Roubaix !

 

musée la piscine de roubaix culture exposition statues
© Alain Leprince
musée la piscine de roubaix culture exposition statues
© Alain Leprince
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© Alain Leprince

C’est finalement un essai transformé pour ce patrimoine industriel : le lieu sportif et de rencontre qu’était la piscine dans son usage premier, a su devenir un espace culturel et d’échanges grâce à une rénovation réussie.

Anne Vanrapenbusch

Architecture acoustique : le Voxman Music Building

LMN Architects imagine une architecture audacieuse aux performances acoustiques sans précédent pour la nouvelle salle de concert d’Iowa City.

Voxman Music Building © Tim Griffith

En juin 2008, après des semaines de pluies incessantes dans l’Iowa, des inondations ont englouti les terres agricoles, les routes et les villes. Le déluge, l’une des pires catastrophes naturelles de l’histoire de l’État, a également submergé des parties du campus de l’Université de l’Iowa à Iowa City, laissant les installations artistiques de l’école noyées dans un lac d’eau brune. Près d’une décennie plus tard, la nouvelle école de musique de l’institution a ouvert ses portes. A présent, le Voxman Music Building est situé entre le campus de l’université et le centre-ville d’Iowa City. En forme de L, le bâtiment de six étages et de 184 000 pieds carrés, établit un véritable lien entre la vie du campus universitaire et le centre-ville d’Iowa City. Conçue par l’agence LMN Architects basée à Seattle en association avec la firme locale Neumann Monson Architects, cette architecture propose des systèmes acoustiques personnalisés, fruit d’une collaboration intensive entre architecte, acousticien et machine.

Voxman Music Building : images techniques © LMN

Le Voxman Music Building vise à célébrer la musique « à chaque tournant », et à fournir un environnement collaboratif et exploratoire qui permet à chacun des espaces d’être utilisé pour des spectacles en étant traité comme un espace de performance. Le bâtiment partage ce sens de la découverte musicale avec les usagers à travers une expression transparente. D’un point de vue conceptuel, la configuration des rues et des espaces ouverts dans ce quartier d’Iowa City s’étend directement aux espaces intérieurs à plusieurs niveaux, elle permet ainsi de cultiver un sentiment de vitalité urbaine verticale et d’offrir à ce bâtiment une place dans le tissu urbain, mais aussi dans la communauté.

Voxman Music Building : images techniques © LMN


Le Voxman Music Building occupe un site important à l’angle des rues Clinton et Burlington, une intersection très fréquentée. Recouvert d’un écran texturé de nageoires grises qui reflètent et captent la lumière du soleil, ce bâtiment en terre cuite est défini par ce jeu dramatique de volume et de lumière. 

Voxman Music Building © Tim Griffith
Voxman Music Building © Tim Griffith
Voxman Music Building © Tim Griffith

Mais ce drame spatial est né de la nécessité de satisfaire les besoins programmatiques complexes de l’école dans les limites de son site relativement compact. En plus d’une salle de concert de 700 places et d’une salle de récital de 200 places, les architectes avaient besoin de 65 salles de pratique, de 58 studios de professeurs, d’une salle d’orgue, d’une salle de livres rares et d’une bibliothèque qui devait être isolée de manière sonore dans des volumes autonomes.

Voxman Music Building © Tim Griffith
Voxman Music Building © Tim Griffith

Par ailleurs, les salles de performance devaient être situées au deuxième étage pour faciliter le transport d’instruments lourds tels que des pianos (le bâtiment en contient 140) et des timbales à travers un seul niveau. 

Voxman Music Building © Tim Griffith

Un coin vitré revigore la façade. Comme une maison de poupée, le bâtiment offre aux passants un aperçu des multiples activités qui se déroulent à l’intérieur. Une expérience urbaine où les visiteurs peuvent ainsi apercevoir, depuis la rue, la salle de récital couleur vermillon, ou encore, les élèves gravissant un escalier en zigzag dans un atrium central imposant. Une manière de mettre en contact le bâtiment avec la ville et ses habitants mais aussi de baigner les espaces intérieurs dans une lumière naturelle quasi permanente.

Voxman Music Building © Tim Griffith
Voxman Music Building © Tim Griffith

Bien que ce mur de 30 pieds de haut entièrement réalisé en verre bardé offre une vue sur la vie de ce centre de spectacle, sa matérialité, quant-à elle, pose certains défis acoustiques. Un problème contrecarré par la mise en place d’un mur écarlate constitué de panneaux acoustiques personnalisés avec des moulages en forme de pierres précieuses pour une absorption sonore optimale. Des composants de façade aux systèmes acoustiques que LMN a travaillés pour optimiser les besoins souvent contradictoires de performance acoustique, de qualité esthétique et de constructibilité.

Voxman Music Building © Tim Griffith
Voxman Music Building © Tim Griffith

Presque tous les espaces sont acoustiquement accordés et accordables, améliorant ainsi la flexibilité pédagogique, renforçant la valeur d’une collaboration fortuite et cultivant des opportunités d’apprentissage actif et en équipe. Chaque espace doit s’adapter à un large éventail de performances, de la voix à la percussion.

Voxman Music Building © Tim Griffith

De nombreuses exigences des espaces de performance de l’installation sont satisfaites par une conception architecturale de haute performance. Pour ce faire, LMN souhaitait adopter une approche rationalisée dans ce nouveau bâtiment notamment pour la salle de concert principale où ils ont mis en place un dispositif  suspendu « theatro-acoustique ». Un système qui allie l’éclairage, le son et l’architecture dans un écran en aluminium. Contrairement aux approches traditionnelles, qui traitent l’acoustique et la structure du bâtiment comme des entités distinctes, le design de LMN réinvente tout le matériel technique comme une seule surface sculpturale qui se verrouille dans la structure globale de la salle. Si le design acoustique standard est une armure, le système de LMN est une feuille particulièrement inventive. Les architectes ont utilisé un modèle paramétrique pour façonner 946 panneaux d’aluminium composite unique en une seule forme avec toutes les bonnes ouvertures pour le logement des haut-parleurs, l’éclairage théâtral et domestique, et même les gicleurs d’incendie. 

Voxman Music Building : images techniques © LMN

«L’intention était de réunir une série de composants nécessaires pour une pièce comme celle-ci», explique Stephen Van Dyck, le directeur de LMN, «dans un système ou un geste unifié  deviendrait l’expression sculpturale principale de la pièce».

Voxman Music Building : images techniques © LMN

Van Dyck ajoute que même s’il ne connaît pas une salle de concert moderne qui englobe ces fonctions dans une seule surface, l’idée n’est pas unique. «Les cathédrales gothiques feraient de même avec leurs plafonds voûtés, unissant le son, la structure et la lumière en un geste cohérent (…) Nous voyons cela comme une approche similaire et intégrée.« 

Voxman Music Building : images techniques © LMN
Voxman Music Building : images techniques © LMN

Malgré cette preuve de concept historique, les architectes ont dû faire fonctionner leur trouvaille et démontrer sa faisabilité. En utilisant leur modèle paramétrique pour générer des données de fabrication, ils ont réalisé des prototypes à grande échelle des composants du système avec le routeur CNC et construit une douzaine de modèles.

« La plus grande victoire de notre prototypage interne prouvait que cela pouvait être fait (…) Le fait de montrer des composants prototypes aux acousticiens, aux constructeurs et aux clients les a convaincus qu’un système aussi complexe et unique pouvait fonctionner. » nous explique Van Dyck.

Voxman Music Building © Tim Griffith
Voxman Music Building © Tim Griffith

Le résultat est une conception de plafond sculpturale et performante qui présente un nouveau modèle de collaboration et de résolution de problèmes entre les disciplines. Une réflexion qui a valu à ce projet de remporter le prix d’excellence 2017 dans la conception éco-énergétique décerné par l’AIA Iowa Chapter et le prix du choix populaire dans la catégorie Architecture + Fabrication des A + Awards en 2013.

Construction en terre : une bibliothèque au Ghana

Depuis Mars 2017, une nouvelle école est en construction et accueillera bientôt les enfants d’Abetenim, un petit village situé dans la région Ashanti au Ghana. Dessinée par les architectes françaises Maude Cannat et Rachel Méau, sa bibliothèque d’une surface de 164m2 a été réalisée à partir de matériaux locaux tels que la terre et le bois.

Une bibliothèque au Ghana ©Eskaapi

Toutes les deux passionnées par la terre, elles ont fondé ensemble l’association Eskaapi. Leur sensibilité commune pour ce matériau, mais également pour l’écologie et le patrimoine, les a poussé à réinsuffler des méthodes de construction d’une pratique ancestrale dans un projet contemporain.

« Il y a quelque chose de séduisant dans l’usage de la terre. Elle est déjà là, elle appartient au lieu, elle habille l’espace naturel par sa couleur, sa souplesse et son grain avant même de voir la naissance d’une architecture. Le plaisir de devoir simplement déplacer et modeler pour voir la construction émerger est irremplaçable. »

Une bibliothèque au Ghana ©Eskaapi

Avec un petit budget de 9000€, il a donc fallu beaucoup d’imagination à cette équipe pour mettre en oeuvre une architecture intelligente et respectueuse de son environnement, tout en économisant les ressources mais aussi en s’adaptant à l’absence d’électricité sur le site. Un projet ingénieux, riche d’échanges et de savoirs-faire, ayant remporté le 1er prix de la 4th earth Architecture Compétition en 2016, un concours lancé par la Fondation Nka. Développée en 2005, la Fondation NKA promeut le développement social par le biais des arts. Ainsi, par les arts visuels, les arts littéraires, l’art du spectacle, le design, les films, l’histoire des arts, la critique et l’enseignement des arts, depuis 2007, la Fondation a rassemblé des équipes pour s’engager auprès d’actions humanitaires locales et mondiales. La Fondation est à l’initiative de différents projets en rapport direct avec l’Art que ce soient des projets proprement artistiques, ou humanitaires ou éducatifs, toujours dans l’objectif de créer en lien entre l’Afrique et le reste du monde.

Une bibliothèque au Ghana ©Eskaapi

Soutenue par la fondation la bibliothèque est avant tout un puits de savoir. Elle unit diverses activités en offrant à tout moment de la journée un temps de pause, le fruit d’une recherche, la dynamique d’un travail de groupe, le calme d’une lecture. Module simple, le bâtiment offre un premier lieu de sérénité et de concentration pour les prémices de l’école secondaire.

Une bibliothèque au Ghana ©Eskaapi

Ses murs réalisés en pisé sont relativement épais et permettent ainsi d’isoler l’espace sans dévoiler ce que cache l’intérieur grâce à d’étroites fenêtres. En pénétrant dans le volume, on découvre dans une ambiance aérée et lumineuse, deux espaces articulés autour d’un patio paysager. L’un, de plain-pied depuis l’entrée est propice au travail et à la recherche, l’autre dans un renfoncement sculpté par des marches en gradins, invite le visiteur à s’asseoir pour une lecture.

Une bibliothèque au Ghana ©Eskaapi

« Le pisé est une technique de construction de murs en terre crue, compacté dans un coffrage (également appelé banches) en couches successives à l’aide d’un pilon. Les banches des murs sont le plus couramment réalisées en bois. Mais il existe également au village des banches métalliques, ayant servi à construire les deux derniers bâtiments en pisé d’Abetenim. L’avantage pour nous d’utiliser ces banches métalliques est le gain de temps : n’ayant pas à les construire, nous économisons cinq jours de travail que nous pouvons consacrer à d’autres tâches. »

Une bibliothèque au Ghana ©Eskaapi

L’inertie des murs en terre apporte une fraîcheur à l’intérieur du bâtiment complétée par la toiture décollée et les fenêtres verticales assurant la ventilation. La bibliothèque et son mobilier ne font qu’une seule et même entité. Les étagères en bois sont directement intégrées dans les murs, l’embrasure évasée des fenêtres fait aussi office d’assise et une longue table de travail longe le mur du patio, prête à accueillir les futurs écoliers.

Une bibliothèque au Ghana ©Eskaapi
Une bibliothèque au Ghana ©Eskaapi

Tout a été minutieusement pensé pour économiser les ressources : la terre excavée pour les fondations est compactée dans les murs à l’aide de banches métalliques, le bois des coffrages est réutilisé pour le plancher, et des matériaux de récupération ont permis de réaliser les portes et toutes les finitions bois de la bibliothèque.

Une bibliothèque au Ghana ©Eskaapi

Les architectes responsables de l’association eskaapi qui encadre le projet ont réuni une équipe d’une trentaine de volontaires internationaux et d’une dizaine d’ouvriers locaux pour travailler ensemble sur le projet. La construction de la bibliothèque était le premier workshop mené au village pour la nouvelle école. Depuis, trois classes supplémentaires réalisées par trois autres équipes internationales ont vu le jour à côté du bâtiment d’eskaapi.

Une bibliothèque au Ghana ©Eskaapi

Véritable travail d’équipe et source d’apprentissage, ce projet est aussi une expérience humaine propice aux échanges où chaque participant a pu apporter ses connaissances.

« Être bénévole international c’est d’abord une rencontre avec l’autre, avec une culture différente, un nouveau pays, une langue inconnue. On apprend et on découvre auprès des populations locales, on échange avec le maçon ou la cuisinière, l’instituteur ou les enfants. C’est aussi la rencontre des bénévoles venant d’autres coins du monde et partageant les mêmes envies et motivations que nous. (…) Ensemble, nous construisons la bibliothèque. Nous cherchons le meilleur mélange de terre, nous réfléchissons aux détails d’assemblage, nous imaginons le mobilier intérieur, nous creusons le sol, nous tassons la terre, nous coupons le bois. L’activité est autant intellectuelle que physique. »

Une bibliothèque au Ghana ©Eskaapi

La fondation Nka vient de retenir une nouvelle proposition destinée à construire une école d’Art et d’Artisanat à Kassi Kunda, dans le district de Kantora en Gambie. Floran Martineau et Marie Gilliard cherchent à développer une architecture durable avec pour but initial de revaloriser la terre crue dans la culture constructive africaine grâce a leur projet A Sheltering RoofSi vous êtes volontaires, enthousiastes et que vous souhaitez vous impliquer dans un projet concret! Etudiants, jeunes diplômés ou bien professionnels en quête de nouvelles expériences constructives et culturelles. N’hésitez pas à contacter l’équipe pour participer à cette nouvelle aventure qui se déroulera du 6 Août au 2 Décembre 2018.

Rejoignez l’équipe !

La Chapelle Corneille, prix de la Reconversion Patrimoniale 2018

Rouen, la ville aux cents clochers. C’est à s’y perdre et à s’en mélanger les pinceaux, tant le nombre d’églises dans cette ville Normande est impressionnant. Encore en usage, ou désaffectées, certaines attendent patiemment qu’on leur donne un nouvel essor. Depuis 2016, c’est chose faite pour la Chapelle Corneille, devenue Auditorium de Région, sous les coups de crayons de l’atelier d’architecture King Kong, qui vient de recevoir le Prix de la reconversion Patrimoniale 2018 pour cette réalisation.

Un patrimoine à valoriser !

Au XVIIe siècle, on construit de nombreux édifices religieux dans la ville : monastères et couvents, églises et chapelles… C’est l’époque de l’art gothique, qui caractérisent de nombreuses édifices religieux rouennais. Parmi eux, la chapelle dite Corneille, réalisée par l’architecte François Derand, ne sera construite qu’en partie, faute d’espace et de moyen.  Elle sera tout de même construite, avec ses voûtes en croisés d’ogives, de gros contreforts à l’intérieur, qui reprennent les forces exercées par le volume. Manquent à l’appel les chapelles latérales à l’avant du bâtiment.

En 2004, la Région Normandie annonce sa restauration qui durera près de 11 ans ! Elle lance également un appel à projet, afin de réaliser une nouvelle salle de concert dans ce lieu atypique. Un changement de programme et une réhabilitation, qui n’a pas fait peur aux 5 équipes d’architectes qui avaient soumis leurs idées au jury de la Région.

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Crédits photographiques : atelier d’architecture King Kong – photos Eric Peltier
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Crédits photographiques : atelier d’architecture King Kong – photos Eric Peltier

La chapelle devenue lieu culturel

L’absence des chapelles latérales de la chapelle ont finalement permis de travailler un espace public au devant du bâtiment, et sur ses côtés. L’emmarchement redonne à la chapelle un parvis, et la met ainsi en valeur dans le tissu urbain dense de la ville de Rouen. Le dénivelé existant entre la route et le sol de l’édifice a été utilisé afin d’y glisser les espaces d’accueil au public. On entre ainsi par le sous-sol, afin de monter, petit à petit, dans une architecture baignée de lumière. L’auditorium de 600 sièges prend place au coeur de la chapelle, dont les principales caractéristiques ont été conservées. La réhabilitation de ce monument historique lui attribue une seconde vie, et le donne à voir au public.

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Crédits photographiques : atelier d’architecture King Kong – photos Eric Peltier
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Crédits photographiques : atelier d’architecture King Kong – photos Eric Peltier

L’impressionnant lustre de 6,5 mètres, placé stratégiquement à la croisée de la nef et du transept, valorise à la fois la verticalité de l’espace, mais permet aussi d’ajuster les qualités sonores du bâtiment. Grâce à une lentille convexe, située au coeur de l’ouvrage, le son se répercute et se dirige vers les artistes et le public.

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Crédits photographiques : atelier d’architecture King Kong – photos Eric Peltier
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Crédits photographiques : atelier d’architecture King Kong – photos Eric Peltier

Quand le contemporain se mêle au patrimoine

Inscrire un projet contemporain, dans un édifice du patrimoine, qui plus est classé, n’a pas été chose aisée pour l’atelier d’architecture King Kong. C’est le soucis du détail qui a permis à l’édifice de conserver sa signature historique, tout en étant emprunt de contemporanéité.  Un peu plus de deux ans après son ouverture au public en 2016, et malgré l’avis divergeant des aficionados de musique baroque, l’architecture du lieu est valorisée, et l’auditorium de la Chapelle Corneille est aujourd’hui à nouveau primé par le Palmarès d’Architecture et d’Aménagement de la Seine-Maritime et reçoit le prix de la reconversion Patrimoniale 2018.

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Crédits photographiques : atelier d’architecture King Kong – photos Eric Peltier

 

Anne Vanrapenbusch

Le théâtre Theodore Gouvy  : un cœur rouge à Freyming-Merlebach

A Freyming-Merlebach (57), une ancienne ville minière de Moselle, l’agence Dominique Coulon & Associés livre un théâtre à la géométrie sculpturale, symbole d’une espérance de revitalisation par la culture.

dominique coulon théâtre spectacle freyming merlebach moselle lorraine

Florissante au XIXe siècle, Freyming-Merlebach (57), ville minière du bassin houiller Lorrain, est aujourd’hui une ville en déshérence. Elle fut frappée de plein fouet dans les années 90 par la fermeture des mines de charbon entrainant la récession économique. Pourtant, face à ce traumatisme, cette commune étonne, car elle espère, encore. Son théâtre historique – la Maison des Cultures Frontières conçue en 1984, réhabillée en partie pour devenir médiathèque – s’est dégradé et des fissures sont apparues suite aux effondrements des galeries souterraines désaffectées. Il était nécessaire de remplacer l’ancienne salle de spectacle de 500 places, de surcroît trop petite. Place des Alliés, à proximité de la nouvelle mairie et du centre commercial, l’agence Dominique Coulon & associés investit le parvis d’un volume sculptural blanc immaculé. Posé là, dans un paysage urbain hétéroclite habité de pavillons maussades, il s’adresse à la ville depuis un point haut, tel un mémorial étincelant, en contraste avec celle-ci. Les niveaux s’empilent, pivotent, les blocs se scindent, se divisent. Sous un porche, les grandes baies vitrées attirent le visiteur dans l’entrée.

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Un foyer scultptural

A l’intérieur, le hall se déploie verticalement sur trois niveaux dans un parcours théâtral, sans jeu de mots. Les espaces se dilatent pour donner une grande impression d’espace, les obliques se toisent, les escaliers s’enchevêtrent, derrière de hautes balustrades. En partie supérieure, le foyer se déhanche. Derrière une grande baie vitrée de 8 mètres de haut, il s’avance en promontoire vers la ville. L’atmosphère y est calme, feutrée, bien que le plâtre laissé brut et l’absence de traitement acoustique laisse imaginer un joyeux brouhaha avant les représentations. Un choix pertinent de la maîtrise d’œuvre, confrontée à un budget serré : « nous avons réinterrogé les normes avec la maitrise d’ouvrage car elles ont des coûts », témoigne Dominique Coulon, qui avait déjà expérimenté, auparavant par accident, le plâtre projeté laissé à nu, qui donne de belles nuances de beige en séchant. Structurellement, les coûts ont aussi été amoindris. Les architectes, assistés de leur cabinet d’ingénierie Batiserf, ont opté pour une structure mixte majoritairement métallique, moins chère que le béton coulé en place.

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Une salle de théâtre flamboyante

Ainsi, le budget a pu être placé dans la salle de spectacle qui, plastiquement, est en totale rupture avec le foyer. Dans un effet inattendu, le passage de l’un à l’autre touche directement nos sens, le regard est perturbé, l’œil et l’oreille ont besoin d’un temps pour s’habituer. Les formes sculpturales associées à une colorimétrie rouge, rose et orange donnent une densité à l’espace. Des contrastes coutumiers à la pratique de l’agence. Comme dans toute salle de représentation, le traitement acoustique y est prépondérant. L’inclinaison des parois participe de la propagation acoustique, le plafond est réverbérant, les murs sont absorbants. Les balcons sont d’une forme particulièrement ramassée, les gradins glissent en avalanche. « L’élaboration de la coupe fut fondamentale », explique l’architecte. Le spectateur le plus éloigné n’est qu’à vingt mètres de la scène, la distance avec le nez de scène est réduite au maximum pour offrir aux 700 places assises une belle visibilité sur les acteurs. Dont le jeu sera d’ailleurs varié, entre théâtre classique, contemporain, musical, lyrique, voir même dansé. Ils pourront se préparer dans des loges chaleureuses en béton brut et parois rouge, ou trône le fauteuil UP de Gaetano Pesce, modèle surnommé La Mama.

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Ce théâtre manifeste une géométrie singulière à l’agence Dominique Coulon & Associés, qui n’en est pas à son premier équipement scénique. Citons pour mémoire le Centre dramatique National de Montreuil livré en 2007, le pôle culturel à Mons-en-Barœul, près de Lille, livré en 2017, où la salle de musique actuelle qui s’installera à Rennes courant 2019. Adepte des relations dichotomiques et d’une géométrie rectiligne euclidienne, les collisions génèrent une complexité de rapport et de proximité, proposant une lecture de l’espace non univoque._ Amélie Luquain

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Fiche technique  Salle de spectacle Théodore Gouvy, Place des Alliés à Freyming-Merlebach (57)  Maitrise d’ouvrage : Communauté de Communes de Freyming-Merlebach Maîtrise d’œuvre : Dominique Coulon & associés Structure : Batiserf Ingénierie Electricité : BET Gilbert Jost Fluides + HQE : Solares Bauen Economiste : E3 économie Acoustique : Euro Sound Project Scénographe : Changement à vue VRD : Lollier Ingénierie Livraison : Avril 2017 Coût de la construction 7,7 M€HT Surface : 2850 m2

Photographie : © Eugeni Pons

 

 

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La « machine curatoriale » des Galeries Lafayette

La « machine curatoriale » des Galeries Lafayette

Lafayette Anticipations – Fondation d’entreprise Galeries Lafayette, ouvrira ses portes au public le 10 mars 2018. En plein cœur du Marais, dans une cour d’un bâtiment du XIXe, s’élève une « machine curatoriale », tour d’exposition amovible conçue par l’agence OMA assistée de DATA, tandis qu’en sous-sol la production des œuvres bat son plein.

C’est non loin du BHV du Marais, au 9 de la rue du Plâtre (Paris 4e), qu’élit domicile la Fondation d’entreprise Galeries Lafayette – Lafayette Anticipations. L’institution est dédiée à la production et la diffusion de l’art, du design et de la mode, conjuguant espace d’exposition et de production artistique dans un même lieu, créée en octobre 2013 à l’initiative de Guillaume Houzé qui en assure la présidence. Le bâtiment qui l’héberge aux façades de pierre calcaire est caractéristique de la période fin XIXe. Sur 5 niveaux, ses volumes en U s’organisent autour d’une cour, qui traverse l’îlot jusqu’à rejoindre la rue Sainte-Croix de la Bretonnerie. Construit pour le BHV en 1891 par l’architecte Samuel de Dammartin, ce bâtiment était utilisé initialement comme entrepôt, puis lieu de réparation de chapeaux de paille, alors spécialité du BHV. Il servira par la suite de dispensaire, d’institution de jeunes filles et plus récemment d’école préparatoire à l’enseignement supérieur. Son état actuel reflète l’accumulation des transformations qu’il a subi, dont l’essentiel des témoignages a disparu lors de l’incendie des archives du BHV.

Lorsque l’agence OMA (Rem Koolhaas) assistée de DATA (Léonard Lassagne et Colin Reynier) débute les études de reconversion en 2012, le quartier sauvegardé du Marais faisait encore l’objet d’une révision de son Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV), occasionnant des doutes quant à la classification du bâtiment. Une période d’hésitation durant laquelle Rem Koolhaas lui-même, qui construit pour la première fois à Paris, était particulièrement engagé. Un intervalle qui a permis d’engager des dialogues avec les Architectes des Bâtiments de France (ABF), de prendre en main l’existant, d’évaluer les possibilités de démolition totale ou partielle, pour finalement préserver près de 50% de l’existant. Au moins 3 avant-projets et 30 commissions auront été nécessaires avant d’obtenir un permis de construire en mars 2014.

 

Néo-constructivisme 2.0

Quatre ans plus tard, et après trois mois de travaux conduits par Citynove – filiale du Groupe Galeries Lafayette, dédiée à la valorisation de son patrimoine immobilier – Lafayette Anticipations ouvrira ses portes au public ce mois de mars 2018. Si en façade rien ne signale la fondation, qui conserve son entrée de style parisienne, ils y découvriront une intervention contemporaine avant de rejoindre, par une galerie habillée de noir, la rue parallèle.

Insérée dans l’emprise de la cour du bâtiment, une « tour d’exposition » structurée d’acier et chapeautée de verre haute de 18,70 mètres, opère telle une « machine curatoriale », selon les mots de l’agence OMA. Quatre planchers mobiles superposés (deux grands d’une surface de 50 m2 et deux plus petits de 25 m2, revêtus de bois debout) peuvent se mouvoir verticalement le long d’une crémaillère. Indépendant les uns des autres, ils peuvent être stationnés dans l’alignement des niveaux existants. Positionnés à rez-de-chaussée, ils rappellent la perception historique du bâtiment, qui intéresse particulièrement les ABF, et dégage un grand volume d’exposition propice à la suspension. Au fil de la programmation artistique, les plateformes pourront se mouvoir selon 49 configurations différentes, variant entre doubles hauteurs, quinconce, hauteurs variées… et éclairer de leur sous-face les œuvres. Sur leur pourtour, des éléments en caillebotis galvanisés assurent tantôt la fonction de garde-corps, tantôt, en se repliant à l’horizontal, celle de désenfumage, tout en créant la liaison avec les planchers du bâtiment existant. Un dispositif mobile qui répond à un souhait de flexibilité et d’adaptation dans cet espace restreint et contraint, et qui n’est pas sans rappeler la maison Lemoine conçue à Bordeaux, dans laquelle une plateforme hydraulique se déplace librement dans les étages jusqu’à devenir une pièce à part entière. Du mobile dans l’immobile, sources de complexité et de nombreuses dérogations (les règles étant destinées à l’immobilier) avant d’aboutir à cette évidence.

© OMA

 

Production in-situ

Restaurant et boutique à rez-de-chaussée, espaces d’exposition et ateliers pédagogiques dans les étages, et bureaux au dernier niveau occupent le volume existant. L’ensemble totalise 2200 m2 de surfaces, dont 840 m2 de surfaces d’exposition et 350 m2 dévolus à l’atelier de production. Situé au sous-sol, il assurera la production des œuvres exposées in-situ par les artistes invités. Chaque œuvre aura ainsi une dimension inédite, pressentie pour le lieu qui la loge. Dans cet atelier, la dimension collective de la création sera privilégiée à l’idée romantique de l’artiste solitaire, pour reprendre les mots d’Howard Becker qui certifiait dans Les mondes de l’art que « toute œuvre porte implicitement la trace de toutes les contingences qui l’ont fait naître », une affirmation dont a su se saisir Lafayette Anticipations.

© OMA

Tour d’exposition et ateliers de fabrication sont deux dispositifs qui seront utilisés simultanément, pour une configuration d’exposition spécifique. La programmation débutera avec l’artiste Lutz Bacher qui présentera jusqu’au 30 avril sa première exposition monographique en France. S’emparant de l’espace, elle souhaite porter son regard sur l’élévation symbolique de l’édifice, en particulier ce vide central investit par les architectes. La seconde exposition aura pour titre Le centre ne peut tenir, écho au bâtiment mais aussi aux artistes bien plus au centre de la société que décalés.

Cette construction n’est que le prémices d’un remodelage des îlots proches appartenant également au groupe des Galeries Lafayette._Amélie Luquain

 

 

Fiche technique :

Lieu : 9 rue du Plâtre (Paris 4e). Maîtrise d’ouvrage : Citynove Asset Management, pour le compte de la SA des Galeries LafayetteAssistant Maître d’ouvrage : Comitis Ingénierie Maîtrise d’ouvrage déléguée :Artelia, Elite et Corégi Utilisateur : Fondation d’entreprise Galeries Lafayette Maîtrise d’œuvre : Architecte mandataire : OMAPartners : Rem Koolhaas et Ellen van Loon Architecte local : DATA Architectes : Edouard Guyard et Colin Reynier Maîtrise d’œuvre patrimoniale : Thierry GlachantConsultants ingénierie : Eckersley O’Callaghan, dUCKS Scéno, Bureau Michel Forgue, BET Louis Choulet, Lamoureux Acoustique, MPK Conseils Construction Entreprises : Bureau Véritas, GINGER CEBTP, LBC Bâtiment, Eiffage Energie Thermie, Eiffage Energie Electricité, Eiffage Charpente métallique, Roussière, Balas, Sarmates, Pradeau-Morin, Ledran, Sertac, MAARS, Staffissimo, France Sols, Lindner, Europarquet, PSR, Paul Champs, Altor, També

Calendrier : Mars 2012 : début des études. Juillet 2012 : première proposition de projet architectural. Novembre 2012 : présentation du projet à la mairie du 4e arrondissement. Mars 2013 : troisième proposition de projet. Mars 2014 : obtention du permis de construire. Novembre 2014 : début des travaux. Novembre 2017 : Livraison du bâtiment. Mars 2018 : ouverture au public.

Photos © Martin Argyroglo

Nanterre s’offre son U Arena

Nanterre s’offre son U Arena

A 2 pas de la Grande Arche, l’U Arena vient d’ouvrir avec un concert des Rolling Stones qui ont rempli les 40 000 places de la salle en version spectacle. Ce projet, qui rentre dans le cadre de l’ »opération Seine-Arche d’intérêt national », a été voulu et financé par Jacky Lorenzetti, Président du Racing 92. Suite à un concours d’architecture en 2010, il a choisi Christian de Portzamparc pour le réaliser avec Vinci. Portant sur un stade de rugby et 31 000 m2 de bureaux en partie sud pour assurer la rentabilité, le programme du concours s’est enrichi en cours d’étude jusqu’à ce que l’aspect salle de spectacle prédomine, rejoignant ainsi le fleurissement d’équipements culturels parisiens de ces dernières années. Inséré dans un tissu urbain dense, et non en dehors de la ville, il est situé dans le grand axe de La Défense et de Nanterre, entre la voie ferrée et le cimetière. En toile de fond, se profile le skyline des tours.

Le volume compact de cette salle en U, avec seulement trois côtés, contraste avec l’immensité que l’on ressent en pénétrant à l’intérieur sous les 40 mètres de sa voûte. Fait nouveau pour un stade, permis par la fédération de rugby, il comporte une toiture fermée et inamovible. Il n’y fera jamais trop froid, ni trop chaud. Il n’y pleuvra pas. La toiture est composée de 4 méga poutres et repose sur une charpente de très grande portée – 150 x 110 m. L’ensemble est enveloppé sous des écailles de verre et d’aluminium – un sujet cher à l’architecte déjà exploité dans de précédentes constructions comme la Tour One 57 à New York, le siège de Bouygues Immobilier à Issy-les-Moulineaux ou encore l’hôtel Renaissance avenue de Wagram à Paris, – surmonté, en attique, d’une coque de béton.

Comme posée là, face à son parvis, l’U Arena, qu’elle plaise ou déplaise, étonne. Explication en images avec Christian de Portzamparc.

Vidéo © Antoine Durand / Amélie Luquain

Image à la une © Nicolas Borel 

 

 

La rédaction vous conseille deux ouvrages :

 

L’un sur la conception du projet architectural, regroupant esquisses et images de synthèse de différents bâtiments classés par ordre chronologique d’élaboration.

Les dessins et les jours, Christian de Portzamparc. Somogy éditions d’art, janvier 2016, 30 x 24,5 cm, 40 €. ISBN : 978-2-75720-371-2

 

L’autre à caractère plus monographique, sur l’œuvre de l’architecte.

Portzamparc Buildings, Philip Jodidio et Christian de Portzamparc. Rizzoli USA, novembre 2017, $85. ISBN : 978-0-8478-4872-0

La coupole du Palais de la Découverte recouvre sa superbe

Premier acte d’un ambitieux projet de rénovation et d’aménagement du Grand Palais, la restauration de la rotonde elliptique du Palais d’Antin, siège du Palais de la Découverte, s’achève. François Chatillon, architecte en chef des Monuments Historiques, s’applique à revaloriser cet ouvrage majeur du patrimoine parisien, jamais restauré depuis sa livraison en 1900.

Verrière après dépose des verres © Patrick Tourneboeuf
Verrière après repose des nouveaux verres © Antoine Mercusot

Rencontrer François Chatillon, architecte en chef des Monuments Historiques, c’est réviser son histoire de l’architecture. Une construction remarquable sert l’exposé. Ici, le « Grand Palais des Beaux-Arts » édifié à Paris à partir de 1897 pour l’exposition universelle de 1900. Il fut le fruit d’un grand concours d’idées entre architectes, à la suite duquel le jury demanda aux premiers primés de s’associer pour faire œuvre commune. Charles-Louis Girault sera en charge de la coordination de l’ensemble et de la construction du Petit Palais, Henri Deglane de la Grande Nef et de ses Galeries Nationales, Louis-Albert Louvet des Salons d’honneur et Albert Thomas, de l’aile ouest dénommée Palais d’Antin. Subissant bien des péripéties au cours du XXe siècle, cette aile a abrité une partie de l’exposition universelle de 1937. Alors qu’elle devait être éphémère, le succès rencontré décida le gouvernement à la pérenniser jusqu’à en faire l’actuel « Palais de la Découverte ». Autonome au sein du complexe, ce palais respecte une stricte symétrie. 3 rotondes sont surmontées de coupoles. Placée au-dessus du hall d’accueil, la coupole centrale de forme elliptique est flanquée de deux autres, plus petites et octogonales. En coupe, chacune se décompose en deux parties : une verrière technique abritant un plafond verrier orné de décors.

Vue de la couverture et verrière restaurées © Antoine Mercusot
© Antoine Mercusot

« Je ne suis pas un patriomaniaque », François Chatillon

Outre la nécessaire adaptation du Grand Palais à des usages contemporains conduite aujourd’hui par l’agence LAN, l’enjeu du travail que François Chatillon mène est de remettre au jour la tension entre l’expression académique (pierre, décors en stuc et staff, ordre colossal…), et la modernité des éléments constructifs (béton armé en procédé Hennebique, structure métallique…) du Palais d’Antin.

Structure métallique de la rotonde avant travaux © Antoine Mercusot
Structure de la verrière et du plafond verrier après restauration © Antoine Mercusot

Techniquement moderne, assurément académique

C’est donc sur les pas d’Albert Thomas que François Chatillon restaure la coupole centrale du Palais d’Antin. L’éclairage s’étant dégradé et terni, l’architecte restaure non seulement les éléments techniques mais surtout le concept de diffusion de la lumière naturelle, particulièrement pensé à l’origine. Les rotondes offrent un éclairage diffus puisqu’elles sont constituées de verrières en toiture qui éclairent les combles structurés de charpente métallique. Depuis ces combles, la lumière est diffusée en second jour dans le bâtiment grâce au plafond verrier de chaque rotonde, ce qui offre une lumière filtrée et douce, nécessaire à l’époque pour préserver les œuvres d’un éclairage direct, avant d’être relayée par des dalles de verre au rez-de-chaussée. La restauration de la coupole implique alors celles des couvertures (ardoises, zinc, ornements) et verrières extérieures, des combles et de leurs structures métalliques, des plafonds verriers, ornements dorés et décors sculptés en intérieur.

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Déploiement d’un échafaudage parapluie en toiture © Antoine Mercusot
Déploiement des échafaudages © Patrick Tourneboeuf

Le chantier a nécessité un important déploiement d’échafaudage. En intérieur une plateforme a 14 m de hauteur a permis d’établir un autre échafaud en approche des décors et du plafond verrier. Une structure qui a nécessité un étaiement en sous-sol, afin de supporter une charge qui ne pouvait prendre appui a aucun moment sur le monument. Parallèlement, en extérieur, un échafaudage parapluie de 44 m de portée et 42,5 m de largeur sur une surface de 1870 m2, enveloppait le dôme extérieur de la rotonde afin d’entreprendre la réfection des couvertures, comprenant les travaux d’étanchéité mais aussi la restauration des décors. Les ardoises cintrées, qui provenaient des Ardoisières d’Angers, aujourd’hui fermées, sont remplacées par des ardoises de Galice, aux caractéristiques similaires. Les ornements en zinc estampé ont fait l’objet d’une restauration en atelier, sauf pour le décor au faitage du dôme qui lui a été restauré sur place. En verrière, l’ancien verre armé en 25×25 est remplacé par un double vitrage à l’argon, composé sur sa face extérieur d’un verre strié feuilleté, conforme aux normes de sécurité, restituant ainsi l’aspect de l’ancienne verrière avec des performances contemporaines. En intérieur, pour le plafond verrier, les profilés acier en « T » sont d’origine. Le projet a prévu la dépose des vitrages détériorés, le nettoyage, la restauration des sections abîmées et la remise en peinture de cette ossature. Les verres les plus abîmés sont remplacés par des verres simples armés de 8mm ; une opération de remplacement qui concerna 72 d’entre eux sur les 632 verres. Les décors dorés à la bronzine sur les branchages et à la feuille d’or sur les rayons du soleil sont entièrement restaurés. Des groupes sculptés réalisés en staff scandent les piliers de la rotonde. Réalisées par Henri Nelson, ces grandes figures féminines sont nettoyées et restaurées avec reprise des fissures. Une revalorisation de l’œuvre d’Albert Thomas, pour la première fois restaurée, qui aurait pu être augmentée d’une mise en lumière artificielle.

Plafond verrier et décors sculptés © Antoine Mercusot
Plafond verrier et décors sculptés © Antoine Mercusot

« Conserver, c’est moderne »

Pour cette restauration, comme pour bien d’autres entreprises par François Chatillon, l’architecte a misé sur des techniques contemporaines comme le BIM. A partir des observations, des plans d’archives et des relevés de géomètre, l’agence a réalisé une maquette 3D et modélisé un état antérieur. « C’est comme faire du chantier a postériori », précise l’architecte pour qui « la restauration est un projet d’architecture où la technique est prépondérante ». Pour lui, conserver, c’est projeter. Il ne va jamais en arrière mais projette un état adapté aux besoins contemporains. « Je ne suis pas un patriomaniaque », lance-t-il, avant de compléter « Il faut dépasser certains affects de matérialité. Ce qui m’intéresse, c’est le concept, la composition, la lumière ». Pour celui qui se plait à citer René Char, « Notre héritage n’est précédé d’aucun testament », l’intention initiale est prépondérante à la réalisation._Amélie Luquain

 

Fiche technique

Grand palais – Phase 0 : Restauration des couvertures et de la rotonde elliptique du Palais d’Antin, siège du Palais de la Découverte

Maîtrise d’ouvrage : RMN Grand Palais, en collaboration avec Universcience, l’Etablissement public du palais de la découverte et de la Cité des Sciences Maîtrise d’ouvrage déléguée : OPPIC, l’Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la culture.  Maîtrise d’œuvre : Architecte en chef des Monuments Historiques : François Chatillon Architecte. BET Structure /  Fluides CFO CFA / CSSI : IGREC Ingenierie

Entreprises : Installation de chantier, désamiantage et assainissement de charpente : ALTEMPO Echafaudages : MILLS Maçonnerie et pierre de taille : LEFEVRE Couvertures et charpente bois : UTB Verrières : VERRE & METAL Plafond verrier : DUMANOIS Restauration des décors intérieurs : CHEVALIER Electricité : EIFFAGE ENERGIE

Coût travaux phase 0 : 12 M € Les travaux sur la rotonde centrale du Palais d’Antin ont bénéficié du soutien des FONDATIONS VELUX Calendrier : études 2015 – 2016 / chantier aout 2016 – décembre 2017. Inscription Monument Historique Grand Palais : 2000

 

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