Best of 2017 : équipements culturels et sportifs

Best of 2017 : équipements culturels et sportifs

La revue Architectures CREE revient sur les constructions qui ont marqué l’année. Programme par programme, elle a sélectionné pour vous des réalisations qui ont émergé du paysage français, et vous en propose la relecture. Ci-dessous, notre best of 2017 d’équipements culturels et sportifs. 

 

Le Louvre Abou Dhabi : la revue de presse du 15 novembre 2017

De Paris … puis à Lens … le Louvre s’invite à Abou Dhabi ! Il est situé sur un archipel au large de l’île Saadiyat, une île artificielle de la côte de la capitale des Émirats arabes unis. « Il est inhabituel de trouver dans la mer un archipel construit. Il n’est pas évident qu’il soit possible d’y accoster en bateau, de trouver des pontons pour y accéder à pied depuis la côte. » précise son architecte, Jean Nouvel. « Double coupole de 180 mètres de diamètre, plate, géométrie radiante parfaite, perforée dans une matière tissée plus aléatoire, créant une ombre ponctuée d’éclats de soleil. » continue le Pritzker. Des espaces semi-extérieurs pour des installations et des blocs de cubes blancs pour les expositions : une « ville-musée ». « Il veut créer un monde accueillant, associant dans la sérénité les lumières et les ombres, les reflets et les calmes. » poursuit Jean Nouvel.

 

La Cité des Électriciens à Bruay, fragment d’un patrimoine minier en devenir

Archétype de la cité minière du XIXe siècle, la Cité des Electriciens de Bruay-la-Buissière, dans le Nord-Pas-de-Calais, appelée ainsi en référence aux noms de ses rues, est construite par la compagnie des mines entre 1856 et 1861.Témoignage de l’habitat des familles de mineurs, ces 37 logements sont nés d’une révolution industrielle qui a radicalement bousculé le paysage existant. De ce patrimoine en déshérence,  faut-il conserver les ensembles de vilains et communs corons ? Les habitants, dans une situation sociale difficile, ont longtemps eux la volonté d’effacer cette page. Mais en 2007, le tournage de quelques scènes de Bienvenue chez les Ch’tis rend la cité populaire, jusqu’à ce que la Communauté d’agglomération de Bruay-Béthune lance une consultation pour la réhabilitation du site, remportée en 2013 par l’atelier d’architecture Philippe Prost. En préservant l’existant et en lui affectant de nouveaux usages, le projet de l’architecte conserve et adapte ce patrimoine ordinaire, que les acteurs locaux qualifient de « monument du quotidien ».

 

La piscine des Amiraux d’Henri Sauvage restaurée par François Chatillon

Cachée au cœur d’un immeuble en gradin de la rue Hermann Lachapelle, dans le 18e arrondissement, la piscine des Amiraux, réalisée en 1930 par Henri Sauvage, compte parmi les plus ancienne de Paris. Outre sa typologie novatrice, son ossature poteaux poutres en béton armé, son système de chauffage et de ventilation mécanique, ses lumières électriques incorporées dans la structure … le tout fait de cet ensemble un édifice remarquable qui lui vaut d’être classé à l’inventaire des monuments historiques en 1991. Toutefois, les mises aux normes successives des années 1980 et 1990 ont fini, pour de bonnes « mauvaises raisons » à faire disparaître les aménagements novateurs de l’œuvre initiale et la beauté qui en résultait. François Chatillon a pris le parti de restituer la piscine dans un état proche de son état initial, l’enjeu étant d’intégrer des usages contemporains dans un patrimoine à conserver.

 

A l’ouest parisien, la Seine Musicale

Dans le florilège des équipements musicaux sortis de terre ou récemment rénovés, citons la Seine Musicale ! Figure de proue de la métamorphose en cours, la Cité de Shigeru Ban et Jean de Gastines, s’inscrit dans la  continuité  du plan urbain de l’île Seguin. Sa silhouette générale allongée sur 324 m, aux longs murs de béton, rappelle celle d’un destroyer dont le pont s’incline pour laisser émerger l’Auditorium, un nid de bois tressé aux formes galbées. Quoi qu’il en soit, l’architecture se met au service de l’ambition programmatique – dont les principes restent proches de ceux de ses consœurs – favorisant l’éclectisme, et répondant à l’ambition internationale par un élément signature.

 

Musée Camille Claudel : entre imbrication et dispositif

Le musée dédiée à la sculptrice Camille Claudel, amante de l’illustre Auguste Rodin, occupe à la fois l’ancienne maison de la famille Claudel à Nogent-sur-Seine, restaurée et réhabilitée, et un nouvel édifice. « Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un musée pour Camille Claudel, conclut Adelfo Scaranello, architecte. Peut-être y a-t-il une correspondance avec son histoire difficile, même son musée a finalement été laborieux à réaliser. Mais je crois avoir dessiné un musée dédié à la sculpture, dont les référents ne sont finalement que la brique moulée à la main et les cadres de lumière naturelle. Un autre changement de destination reste possible » continue l’architecte, qui est allé jusqu’à cacher une porte anticipant des mutations futures, un acte que n’aurait pas renier Numérobis !

 

La rédaction d’Architectures CREE

 

 

Du béton et du bois pour le premier historial France-Allemagne

Du béton et du bois pour le premier historial France-Allemagne

Le 10 novembre dernier, le président français Emmanuel Macron et le président allemand Frank-Walter Steinmeier se sont rendus dans le nouveau mémorial de Hartmannswillerkopf conçu par l’agence INCA. L’inauguration de ce lieu, où s’est tenu l’une des plus grande bataille de la première guerre mondial, est un symbole fort de la réconciliation franco-allemande.

Durant la première guerre mondiale, cette montagne du massif des Vosges a été le théâtre de combats très meurtriers. Surnommée la « mangeuse d’hommes », près de 7000 soldats y ont trouvé la mort entre 1914 et 1916. En 1922 est inaugurée la nécropole nationale du Silberloch. Elle comprend une crypte qui recouvre un ossuaire avec les restes de milliers de soldats français et allemands, ainsi qu’un cimetière de plus de 1 200 tombes françaises.

Mais le site manquait d’une clef de lecture… C’est pourquoi le Comité du Monument National a fait appel à l’agence d’architecture grenobloise INCA, impliquée dans de nombreux projets classés par l’UNESCO tel que Lourdes ou Carcassonne, pour la construction d’un centre d’interprétation ouvert au public. Construit à l’emplacement d’une ancienne ferme, le bâtiment sert de porte d’entrée au site historique mitoyen. Bordé de deux chemins conduisant à la crypte, au champ de bataille et à la nécropole, la forme ovoïdale épouse les lignes des flux passants tout en accordant aux visiteurs une vision panoramique du paysage qui l’entoure.

Très restreint dans son emplacement le projet réussi tout de même à trouver sa place entre la forêt vosgienne, la route départementale, la pente abrupte et le site historique. Sous une vaste charpente en bois, le programme se déploie dans un espace ouvert. On y compte une boutique, un café bordé d’une large terrasse, un lieu d’exposition et un espace de visionnage, le tout enveloppé d’un épais manteau de béton et chapeauté par une toiture en membrane imitant le zinc. Le choix de ces matériaux ainsi que l’ajout d’épais panneau de bois coulissant aux baies vitrées n’est pas anodin « le bâtiment a deux vies : une l’été et une l’hiver» nous explique Gilles Marty, fondateur de l’agence INCA. « L’été le mémorial s’ouvre sur l’extérieur alors qu’en hiver il se referme sur lui même afin de résister aux intempéries les plus extrêmes » ajoute-t-il.

Contrairement à l’architecture très art-déco de la crypte voisine, ce nouveau lieu historique dégage une atmosphère moins pesante et plus symbolique de la réconciliation franco-allemande.

 

Cécile Gauthier

 

Courtesy INCA

Le Louvre s’invite à Abou Dhabi

Le Louvre s’invite à Abou Dhabi

De Paris … puis à Lens … le Louvre s’invite à Abou Dhabi ! Le musée du Louvre Abou Dhabi conçu par Jean Nouvel ouvre ses portes au public le 11 novembre 2017. Il est situé sur un archipel au large de l’île Saadiyat, une île artificielle de la côte de la capitale des Émirats arabes unis. « Il est inhabituel de trouver dans la mer un archipel construit. Il n’est pas évident qu’il soit possible d’y accoster en bateau, de trouver des pontons pour y accéder à pied depuis la côte. » Jean Nouvel. « Double coupole de 180 mètres de diamètre, plate, géométrie radiante parfaite, perforée dans une matière tissée plus aléatoire, créant une ombre ponctuée d’éclats de soleil. » Jean Nouvel. Des espaces semi-extérieurs pour des installations et des blocs de cubes blancs pour les expositions : une « ville-musée ». « Il veut créer un monde accueillant, associant dans la sérénité les lumières et les ombres, les reflets et les calmes. » Jean Nouvel. Il sera accompagné d’une série de bâtiments artistiques et culturels. Devraient suivre un avant-poste du Guggenheim, conçu par Frank Gehry et le Zayed National Museum confié à Norman Foster.

 

© Roland Halbe

Lire aussi : Le Louvre Abou Dhabi : la revue de presse du 15 novembre 2017 

La Cité des Électriciens à Bruay, fragment d’un patrimoine minier en devenir

Qui aurait cru, 132 ans après la publication du Germinal d’Emile Zola, que les noirs corons puissent un jour devenir patrimoine ? Frappé de plein fouet par la désindustrialisation, le bassin minier du Nord est en pleine revitalisation. Si le Louvre-Lens de Sanaa constitue une opération phare, c’est aujourd’hui à 25km à l’ouest que les petites maisons rouges de la Cité des Électriciens de Bruay-la-Buissière font peau neuve. En décembre, centres d’interprétation, résidences d’artistes et gîtes d’étapes conçus par Philippe Prost consacreront la mue de cet ancien coron.

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Cité des Electriciens – Bruay-La-Buissière Philippe Prost, architecte / AAPP © adagp – 2017 © Aitor ORTIZ

Archétype de la cité minière du XIXe siècle, la Cité des Electriciens de Bruay-la-Buissière, dans le Nord-Pas-de-Calais, appelée ainsi en référence aux noms de ses rues, est construite par la compagnie des mines entre 1856 et 1861.Témoignage de l’habitat des familles de mineurs, ces 37 logements sont nés d’une révolution industrielle qui a radicalement bousculé le paysage existant. « L’implantation de la mine a urbanisé des secteurs agricoles qui ne l’étaient pas, et a transformé durablement le paysage qui a vu apparaitre fosses, chevalets, terrils et cités », précise Isabelle Mauchin, responsable de la Cité des Électriciens au sein de la Communauté d’agglomération. Fleuron et fierté des habitants, la mine reste aussi un traumatisme, la fermeture des puits entrainant la récession économique. Sur les 120 km de long et 12 km de large du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, les séquelles liées à trois cents ans d’activité restent palpables et lisibles sur le territoire. Ses constructions sont le marqueur d’une mémoire douloureuse. De ce patrimoine en déshérence,  faut-il conserver les ensembles de vilains et communs corons ? Les habitants, dans une situation sociale difficile, ont longtemps eux la volonté d’effacer cette page. Mais en 2007, le tournage de quelques scènes de Bienvenue chez les Ch’tis rend la cité populaire. En 2012, le classement au patrimoine mondial de l’UNESCO du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais achève de changer la donne. La Cité des Électriciens, un des plus ancien coron des Hauts de France, fait partie des cinq cités-pilotes labélisées au titre de « Paysage culturel évolutif vivant ». Ce classement implique que le territoire ne sera pas mis sous cloche, ni figé ni muséifié, mais qu’il sera nécessaire de l’accompagner dans sa mutation. Cette même année 2012, la Communauté d’agglomération de Bruay-Béthune lance une consultation pour la réhabilitation du site, remportée en 2013 par l’atelier d’architecture Philippe Prost. En préservant l’existant et en lui affectant de nouveaux usages, le projet de l’architecte conserve et adapte ce patrimoine ordinaire, que les acteurs locaux qualifient de « monument du quotidien ».

Habiter le patrimoine ordinaire

Ces humbles bâtiments aux abords délaissés et progressivement abandonnés étaient organisés selon un plan masse orthogonale ; cinq longères sont disposées à la perpendiculaire d’un corps central transversal. Ils appellent une affectation en rapport avec leurs identités, à savoir, un équipement muséographique, le centre d’interprétation de l’habitat et du paysage miniers réparti entre deux bâtiments, l’un restauré, l’autre contemporain. Il est assorti de résidences d’artistes, d’ateliers pédagogiques et de gites d’étapes touristiques, égrenés dans les bâtiments existants en fonction de leurs capacités respectives. Aussi, les annexes fragiles que l’on appelle carins – qu’on pourrait assimiler à des abris de jardins – sont restaurées afin d’accueillir de petits lieux insolites comme un espace de restauration, un sauna, etc.

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1 – 1856-1861 : construction de la cité n°2 par la compagnie des mines de Bruay

2- 1880-1890 : construction des carins dans les jardins

3 – 1910 : construction de baraquements pour abriter les ménages réfugiés

4 – 2017 : réhabilitation de la Cité des Electriciens, création du centre d’interprétation du paysage et de l’habitat minier

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Cité des Electriciens – Bruay-La-Buissière Philippe Prost, architecte / AAPP © adagp – 2017 © Aitor ORTIZ

La Cité des Électriciens est fondée sur d’anciennes carrières de marnes. Il a donc fallu au préalable consolider le sous-sol afin d’éviter tout risque d’effondrement, une tache ardue puisqu’il n’existait aucun plans des galeries souterraines, explique Philippe Prost.  L’ensemble des espaces extérieurs, pensé avec les paysagistes de l’Atelier FORR, reconstitue le parcellaire des jardins à partir des traces encore visibles. « La trame ancestrale des potagers est exhumée pour redessiner le paysage alentour » attestent-ils. Sur une parcelle faisant parie intégrante de l’histoire du site, puisque située à l’exact emplacement d’un des baraquements construits en 1910 pour l’accueil des réfugiés de la Grande Guerre et démolis cinquante ans plus tard, le centre d’interprétation est logé, pour sa partie paysage, dans une construction neuve. D’expression contemporaine, il reprend le gabarit du corps central ainsi que la partition structurelle de ses murs de refends. La forme iconique du toit à deux pentes est détournée au profit d’un monolithe recouvert d’une carapace de tuile de parement vernissée rouge, posée sur une ossature bois et métal. Les refends transversaux se retrouvent eux sous forme de failles vitrées continues du mur au plafond, scandant l’espace muséographique tout en lui apportant de la lumière naturelle. En bordure de terrain, il cadre des vues d’un coté sur le lointain terril, de l’autre sur la cité elle-même.

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Cité des Electriciens – Bruay-La-Buissière Centre d’interprétation sur l’habitat minier Philippe Prost, architecte / AAPP © adagp – 2017 © Aitor ORTIZ
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Cité des Electriciens – Bruay-La-Buissière Centre d’interprétation sur l’habitat minier Philippe Prost, architecte / AAPP © adagp – 2017 © Aitor ORTIZ
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Cité des Electriciens – Bruay-La-Buissière Centre d’interprétation sur l’habitat minier Philippe Prost, architecte / AAPP © adagp – 2017 © Aitor ORTIZ
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Cité des Electriciens – Bruay-La-Buissière Centre d’interprétation sur l’habitat minier Philippe Prost, architecte / AAPP © adagp – 2017 © Aitor ORTIZ
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Cité des Electriciens – Bruay-La-Buissière Centre d’interprétation sur l’habitat minier Philippe Prost, architecte / AAPP © adagp – 2017 © Aitor ORTIZ

 

Quand aux espaces rénovés, ils adoptent des moyens et des techniques actuelles sur mesure, pour répondre aux exigences base consommation (BBC). L’architecte mêle réflexion technologique et dimension mémorielle. Par exemple, l’apport de la lumière naturelle par les murs nord des habitations est traité par la mise en œuvre de moucharabiehs, un travail sensible sur la géométrie de la brique qui évite de percer et de dénaturer les murs pleins. Autre mesure, l’isolation par l’intérieur, garantissant la préservation de l’apparence architecturale, de la maçonnerie en brique aux menuiseries en bois, toutes équipées d’un châssis à double vitrage sur les percements d’origine. Un raisonnement écologique qui s’articule avec la politique énergétique développée par le Nord-Pas-de-Calais, une région qui cherche à mettre en pratique les théories de la Troisième Révolution Industrielle, fondée sur le couplage des technologies de l’Internet et des énergies nouvelles, défendues par l’économiste américain Jeremy Rifkin, consultant, aujourd’hui, sur ce territoire.

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Cité des Electriciens – Bruay-La-Buissière Philippe Prost, architecte / AAPP © adagp – 2017 © Aitor ORTIZ
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Cité des Electriciens – Bruay-La-Buissière Philippe Prost, architecte / AAPP © adagp – 2017 © Aitor ORTIZ

Amélie Luquain

 

Fiche technique

Réhabilitation et extension de la Cité des Électriciens à Bruay-la-Buissière, 62700, site classé au patrimoine mondial de l’humanité UESCO au titre de « Paysage culturel évolutif », 5ème site remarquable du Bassin Minier du Nord-Pas-de-Calais Programme : Centre d’interprétation de l’habitat et du paysage minier – 4 résidences d’artistes – 4 gîtes – 13 carins : usages variés (exposition, carin frites, chambre, sauna, jeux, poulailler, abri de jardin) – 1 carin mobile Situation : Bruay-la-Buissière sur la route nationale Anatole France, entre ville et terrains agricoles.  Maîtrise d’ouvrage : Communauté d’agglomération Béthune-Bray Architecte mandataire : AAPP – Atelier d’Architecture Philippe Prost Equipe de maîtrise d’œuvre : FORR paysagistes / Verdi ingénierie BET TCE + OPC / TechniCity BET HQE / Du & Ma, scénographie / Catherine Mariette, muséographie / Atelier Villar+Vera, graphisme Calendrier : études de février à novembre 2013 / chantier d’octobre 2014 à septembre 2017 / inauguration décembre 2017 Surfaces : site 14 673 m2 / centre d’interprétation – de l’habitat > réhabilitation 500 m2 – du paysage minier > construction neuve 250 m2 / résidences d’artistes 400 m2 / gîtes 340 m2 / carins 200 mEstimation prévisionnelle travaux : 9,2 M€ HT Mission : Base + EXE + SYN + OPC + Muséographie Prix : 2014 prix du jury au concours d’architecture Bas Carbone EDF / 2016 1er Prix Architecture Bâtiment tertiaire

Courtesy Philippe Prost / Aitor Ortiz

Richter architectes : de la frange au centre

En fond de la ZAC hétérogène et disgracieuse des Tanneries, actuellement en construction, à Lingolsheim (67) – une commune de plus de 17 000 habitants, située au sud-ouest de Strasbourg – ont récemment été livrés le groupe scolaire Simone Veil et le gymnase Colette Besson. Ils sont le fruit des architectes franco-allemand, les frères et sœurs Jean et Pascale Richter, et d’Anne-Laure Better, leur associée depuis 2007. Entre, s’insère un Institut médico-éducatif IME conçu pour ARSEA par Aubry Leutier architecte. L’institution, qui accueille des enfants atteints de déficience intellectuelle, partage deux salles de classe avec le groupe scolaire, l’espace de restauration et la salle polyvalente du gymnase. La volonté de l’aménageur était de partager les usages, et d’intégrer l’IME à l’équipement de quartier plutôt que d’en faire un lieu isolé, comme à l’accoutumée. Une opération insolite qui rapproche deux maîtrises d’ouvrage et deux maîtrises d’œuvre en co-conception, ayant travaillé ensemble dès le concours pour produire une réflexion globale et une réponse urbaine unitaire.

Groupe scolaire, institut médico-éducatif et gymnase constituent un ensemble urbain.
Des patios plantés rythment la façade de leurs décrochés, tout en signalant les entrées.
L’école élémentaire est constituée en un bloc longitudinal qui se cale à l’étage au-dessus d’un préau.

Ces équipements ont pour vocation, selon leurs maîtres d’ouvrage, à devenir le cœur du quartier, bien qu’ils se situent sur ses franges. S’appuyant sur les voies de chemin de fer (TGV, TER, trains de marchandises), le long d’un terrain étiré sur 250 m, les équipements créent un front bâti qui vient reconstituer l’alignement sur rue, renvoyant une image unitaire et sobre, sous une seule et même enveloppe constituée de prémurs de béton et d’aluminium anodisé. En proue, accessible à toute heure de la journée depuis le square qui le jalonne, le gymnase dévoile ses activités depuis son rez-de-chaussée vitré, à la fois tampon et lanterne du quartier.

Les salles de classe de l’école maternelle se terminent par des embouts vitrés. Leur succession engendre une enfilade visuelle jusqu’au rails du chemin de fer.
En lisière de la voie ferrée, la cour se divise en deux parties : l’une pour l’école élémentaire, l’autre pour l’école maternelle.
Le couloir de l’école maternelle est agrémenté de bancs et rangements, revêtus de panneaux de bois. Il est éclairé naturellement par les hauts jours des salles de classes qu’il dessert.
Salles de cours maternelles
Salles de cours maternelles
Salles de cours élémentaires

Sous l’apparence unicité, une ville en réduction se dévoile. Des jeux de pleins et de vides, d’avancées et de retraits, rythment la façade de leurs décrochés. Ce profil se transpose en coupe, faisant varier les hauteurs. Prolifère un enchainement de pièces, de patios plantés et de préau, dont les transparences et porosités visuelles invitent à la découverte. Les architectes révèlent l’épaisseur du terrain, par des distributions transversales qui, depuis l’allée principale, emmènent vers l’arrière de ville jusqu’à cadrer sur l’infrastructure ferroviaire. Si le projet se protège des nuisances du chemin de fer, par un long voile de béton augmenté d’un préau et d’une cour ou de vestiaires pour le gymnase, le bâtiment se réconcilie avec le paysage, mi technique, mi naturel, auquel il se raccroche visuellement, par une multitude de percées visuelles.

L’escalier principal reflète à lui seul la matérialité du projet : prémurs de béton isolé, aluminium anodisé, bois blanchi ou grisé.
Depuis l’allée principale, les distributions cadrent le paysage ferroviaire.
Halle du gymnase
La distribution des vestiaires est augmentée d’un long vitrage filant en hauteur ; évocation de la vitesse des trains, selon les architectes.
Les patios plantés dégagent des porosités visuelles qui invitent au cheminement.
Le plafond suspendu de la salle omnisport alterne lame de bois acoustique et luminaire. Ses parois sont aussi revêtues de lames de bois acoustiques.
La lumière naturelle de la salle omnisport est latéralisée, en zénithale et à rez-de-chaussée.
L’ensemble bâti s’installe en limite de ZAC, adossé à la voie ferroviaire.

 

Amélie Luquain

Fiche technique :

Construction du Cœur de Quartier des Tanneries à Lingolsheim. Adresse : 30 – 32 – 34 rue Maria Callas, Lingolsheim. Programme : groupe scolaire (écoles maternelle et élémentaire) et gymnase. Maîtrise d’ouvrage : Ville de Lingolsheim. Maîtrise d’œuvre : SARL Richter architectes et associés. Architectes associés sur le projet urbain : Aubry Leutier architectes. Superficie : groupe scolaire 3210 m², gymnase 2220 m², total 5410 m². Coût : 10.8 M € HT. Calendrier : concours 2014, livraison juin 2017

Courtesy Richter architectes et associés / Luc Boegly

 

La piscine des Amiraux d’Henri Sauvage restaurée par François Chatillon

La piscine des Amiraux d’Henri Sauvage restaurée par François Chatillon

Cachée au cœur d’un immeuble en gradin de la rue Hermann Lachapelle, dans le 18e arrondissement, la piscine des Amiraux, réalisée en 1930 par Henri Sauvage, compte parmi les plus ancienne de Paris. Outre sa typologie novatrice, son ossature poteaux poutres en béton armé, son système de chauffage et de ventilation mécanique, ses lumières électriques incorporées dans la structure … le tout fait de cet ensemble un édifice remarquable qui lui vaut d’être classé à l’inventaire des monuments historiques en 1991. Toutefois, les mises aux normes successives des années 1980 et 1990 ont fini, pour de bonnes « mauvaises raisons » à faire disparaître les aménagements novateurs de l’œuvre initiale et la beauté qui en résultait. François Chatillon a pris le parti de restituer la piscine dans un état proche de son état initial, l’enjeu étant d’intégrer des usages contemporains dans un patrimoine à conserver.

© Amélie Luquain H. / Joy Ruotte

 

Conserver, c’est moderne*

Quelques points techniques spécifiques, qui participent d’une restitution de la piscine des Amiraux à l’état de 1930 tout en respectant les règlementations et besoins actuels :

– La mise au jour des structures de la piscine révèle des désordres dans les fondations et les éléments existants, tels que les sept portiques en béton armé, les traverses et les poteaux porteurs. Une mise sous tension de l’armature du plafond par un système de protection cathodique permet de stabiliser le processus de corrosion. Les aciers attaqués sont remplacés au cas par cas après une purge méthodique des bétons dégradés. Les structures elles-mêmes sont renforcées afin de garantir une meilleure résistance au feu.

– L’enduit granuleux du plafond est restitué, grâce à une tyrolienne d’époque.

– Le plafond verrier, au-dessus du bassin, disparu, est restitué dans son état d’origine, ainsi que la verrière au-dessus, qui coiffe le local technique insérant un système d’extraction destiné à traiter l’air de la piscine.

– Le bassin est démoli et reconstruit à l’identique (33mx10m), reprenant les détails de sa conception d’origine.

– Un nouveau process thermique est mis en œuvre, en lieu et place des anciennes chaudières au charbon de 1930 qui chauffait l’eau à la façon d’un « bain-marie ». Cependant, ce système s »appuie sur les cheminements techniques initiaux (circuit d’air, etc.)

– La faïence bleue trouvée au départ des travaux disparaît pour le vert d’origine, comme l’indique plusieurs témoignages, notamment celui de l’écrivaine et critique Marie Dormoy dans un article « L’amour de l’art » paru en 1930.

– Aux murs, les revêtements en céramique sont conservés et restitués (une rénovation minutieuse qui déjà demandé un an et demi de travail à un ouvrier) ou renouvelé dans leur état 1930. La brique blanche des cabines est également rénovée. Au sol, le carrelage est remplacé à 100%. Teinté ocre et strié en surface, il est remis en œuvre par contretypage en raison de la reprise nécessaire de l’étanchéité des plages. La phase finition intègre les réglementations « anti glisse » conforment aux normes en vigueur. Une mise au point qui a nécessité dix mois d’études.

 

Débutés en 2014, les travaux de restauration et de mise aux normes de la Piscine des Amiraux menés par François Chatillon s’achèvent pour une réouverture prévue en septembre 2017.

 

*Titre du manifeste de François Chatillon et Vanessa Fernandez, disponible en intégralité via ce lien, et cité dans le dossier de fond du numéro 371 d’Architectures CREE, p42

 

D’autres réalisations de François Chatillon :

Halles centrales du Boulingrin

La « cité de refuge » 1/2

La « cité de refuge » 2/2

Centre Botín à Santander, Renzo Piano

Centre Botín à Santander, Renzo Piano

Diaporama

Renzo Piano livre son premier ouvrage en Espagne : le Centre Botín à Santander inauguré le 23 juin 2017. Il accueille la programmation artistique, pédagogique et culturelle de la Fondation Botín, une des plus importantes fondations privées d’Espagne.

Réhabilitant pour la ville un ancien parking du terminal de ferries, le bâtiment surélevé étend ses 10 285 m² en bord de mer. Il est recouvert de 270 000 disques de céramique. Il compte des salles d’expositions de 2 500 m², un auditorium de 300 places, des salles de classe, des espaces de travail, un café-restaurant, une boutique et une terrasse sur le toit offrant un panorama sur la ville et la baie. Le Centre Botin est implanté dans les jardins historiques de Pereda, totalement restaurés et agrandis (40 000 m²) pendant l’aménagement, dans le cadre d’un projet dirigé par le paysagiste Fernando Caruncho en collaboration avec l’agence Renzo Piano Building Workshop.

Le Centre Botín ouvrira ses portes avec trois expositions, l’une consacrée à Carsten Höller, l’autre aux dessins de Goya, et la dernière à des œuvres de la collection d’art contemporain de la Fondation Botín. À l’occasion de cette ouverture, une commande a été passée à Cristina Iglesias qui a crée une nouvelle sculpture permanente pour l’espace public. Une exposition consacrée à l’artiste Julie Mehretu sera ensuite inaugurée dès le 24 octobre 2017.

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Courtesy Fundación Botín / Gerardo Vela et Belén de Benito

 

Scène de musiques actuelles, Hérault Arnod

Scène de musiques actuelles, Hérault Arnod

Diaporama

Cette SMAC – scène de musiques actuelles – comprend deux salles de diffusion aux caractères très différents reliées par un espace public qui traverse le bâtiment de part en part : le deck. Elle est conçue dans l’idée que chacun peut fabriquer sa propre soirée en passant d’un lieu à l’autre au lieu d’être un simple consommateur de spectacle, ce qui exige un dispositif spatial singulier.

Pour résister et exister face à l’immense espace de l’esplanade du Bel Ébat dans un angle duquel la SMAC est implantée, le volume est haut et dense, sculptural. Pour donner de la hauteur à l’ensemble, la grande salle de concert est installée à l’étage, elle sort en porte-à-faux côté nord au-dessus de l’entrée. L’ensemble est enveloppé d’une peau métallique légère. De l’extérieur, le volume est dense, composé de facettes en triangle. Il est parcouru par un double mouvement, celui du deck qui le traverse et celui de la toiture qui monte progressivement pour envelopper la grande salle.

Le deck, incrusté dans le bâtiment entre intérieur et extérieur, est l’élément fédérateur à partir duquel est construite l’architecture. ll s’étire de la rue jusqu’à l’esplanade vers laquelle il s’ouvre au sud pour devenir un large porche, une scène urbaine qui sert à la fois de terrasse pour le bar et le restaurant du club, et de scène pour des spectacles extérieurs. Les parois du deck, sols, murs et plafonds, sont habillées de planches de bois brut qui viennent en opposition avec l’enveloppe métallique et brillante de l’extérieur. Les espaces sont vitrés sur le deck, le parcours le long de la « rue de la musique » laisse voir les différentes activités intérieures : hall de la grande salle, studio d’enregistrement, radio, et surtout, café-concert.

Le bâtiment est peu vitré sur l’extérieur pour donner toute sa force à l’espace du deck et au porche. Ce corps étrange et brut, qui s’ouvre pour accueillir le public et le soleil, répond à l’énergie de la musique, celle d’aujourd’hui et celle de demain.

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© André Morin

Médiathèque de Vitrolles, Jean-Pierre Lott

Médiathèque de Vitrolles, Jean-Pierre Lott

Diaporama

L’architecte Jean-Pierre Lott vient de livrer la nouvelle médiathèque de Vitrolles (13). Au cœur du quartier Les Pins, elle symbolise le renouveau du centre-ville.

Vitrolles, comme de nombreuses villes périphériques des grandes métropoles, a trop vite grandi. Victime de l’urbanisation des années 60, elle est passée du statut de petit village provençal d’un millier d’habitants, à celui d’une cité dortoir composée d’immeubles sans âme.

Le projet de la médiathèque offre deux visages : un rez-de-chaussée implanté à l’alignement complètement vitré invitant à entrer, et un étage composé d’un grand voile sinueux de béton blanc ajouré, qui exprime le mouvement et la légèreté, métaphore de la lecture. C’est dans cette opposition que le projet trouve sa force. Le socle transparent sur la place donne au piéton la vue sur l’entrée, les espaces d’exposition, le café, l’auditorium. A l’étage, en encorbellement se trouve les salles de consultation où le travail sur la fluidité (symbolisé par les courbes) et la lumière a été recherché : ainsi, sur la place, la façade n’est que peu percée car orientée au sud, les prises de lumière se faisant au nord pour garantir un éclairage homogène sans ensoleillement direct. Ce grand voile cinétique donne à la médiathèque des formes changeantes. Suivant la lumière, l’endroit où l’on se trouve, le jour, la nuit, le bâtiment offre des visages différents.

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© Aldo Amoretti

La Maison de l’histoire européenne à Bruxelles

Alors que l’avenir de l’Europe est en crise, entre le Brexit et la montée des nationalismes, il importe tout particulièrement de prendre conscience de notre patrimoine culturel. A Bruxelles, siège des institutions de l’UE, s’est ouvert ce 6 mai la Maison de l’histoire européenne, un lieu au sein duquel l’histoire de la construction de l’Europe sera enseignée et débattue, où chaque citoyen pourra se questionner sur son avenir. Pour ce faire, l’atelier d’architecture Chaix et Morel, associé à JSWD Architekten, restructure, comble et couronne un bâtiment de 1935, dont les façades néoclassiques en pierre dialoguent dans de justes proportions avec un volume de verre.

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Courtesy CMA-JSWD / C. Fabris

L’idée de créer un musée de l’Europe n’est pas nouvelle. La Commission européenne avait pensé ouvrir des salles européennes dans divers grands musées européens dans les années 1990 ; un projet privé de Musée de l’Europe a aussi été lancé à Bruxelles en 1997. Plusieurs pays européens se sont par ailleurs posé la question de la création de grand musée national, comme ce fut le cas en Allemagne avec l’édification en 1994 de la Haus der Geschichte (maison de l’histoire) à Bonn, ou aux Pays Bas et en France où les projets ont été abandonnés. Dans ce contexte, le projet de la Maison de l’histoire européenne, officiellement lancé en 2007 par Hans-Gert Pöttering dans le discours inaugural qui a suivi son élection en tant que Président du Parlement européen, est ambitieux. Réceptacle de la mémoire européenne, il vise à encourager les citoyens à réfléchir à ce processus historique et à sa signification à l’heure actuelle. « Quitter l’Europe serait une grosse erreur. Je crois en l’Europe, notamment parce que nous n’avons pas d’autres choses, même si elle a besoin de changement et de débat. La Maison de l’histoire européenne,  ouverte à tous, doit y participer, en offrant la possibilité au citoyen d’apprendre du passé pour construire l’avenir » affirme Antonio Tajani, l’actuel président du Parlement européen, lors de l’inauguration de la Maison de l’histoire européenne à Bruxelles, ouverte au public depuis ce 6 mai 2017 – un message fort à l’aube des élections présidentielles françaises, lors desquelles l’Europe fut un vif sujet de débat.

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Courtesy CMA-JSWD / C. Richters
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Courtesy CMA-JSWD / C. Fabris

 

La Maison de l’histoire européenne, parachever l’ancien

A Bruxelles, en plein cœur du Quartier européen – et à 200 m de la station de métro Maelbeek, où se sont produits les attentats du 22 mars 2016, ne l’oublions pas – s’ouvre donc au public la Maison de l’histoire européenne. Le Parlement a décidé que l’institution complèterait le bâtiment Eastman, ancienne clinique dentaire au style Art Déco construit en 1935 par l’architecte suisse Michel Polak, louée par le Parlement en 1985 et située dans le parc Léopold classé en 1976. Un ancrage historique, auquel a répondu l’atelier d’architecture Chaix et Morel, associé à JSWD Architekten, par l’ajout d’un volume orthogonal en verre. Pour accueillir le musée, il fallait doubler la superficie du bâtiment existant au plan en U. S’insérant dans la cour extérieure et en couronnement, l’extension parachève l’ancien et comble le vide. Elle renforce la prééminence du corps central, et se soumet à la symétrie axiale de l’édifice, tout en dessinant à l’arrière une nouvelle façade, cette fois-ci contemporaine, qui pourrait avoir le statut de façade principale. Là, la transparence du verre joue à contrario de la matité de la pierre.

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Courtesy CMA-JSWD / D.Boy de la Tour
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Courtesy CMA-JSWD / C. Fabris
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Courtesy CMA-JSWD / C. Fabris
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Dialogue univoque

Un joint creux, qui sépare la façade en pierre de son extension, met en évidence le principe qui gouverne l’ensemble du projet architectural : une claire et stricte délimitation entre l’ancien et le nouveau. A l’intérieur du musée, l’atrium central, pourvu d’un escalier suspendu, participe à ce même geste. Il ménage un retrait entre la construction neuve et l’ancien mur de briques extérieur, restauré et magnifié puisque totalement dégagé. « L’extension se glissant dans le creux du U existant, le mur de briques anciennement extérieur devient désormais un mur intérieur. C’est ici que le passage du nouveau à l’ancien et la « cohabitation » se fait, et c’est un sujet qui nous a passionné. » précisent les architectes Philippe Chaix et Jean-Paul Morel. Un tête-à-tête qui se lit aussi dans l’organisation du musée. Les zones d’expositions – qui s’enchaînent par étage selon une logique chrono-thématique, occupent la majeure partie des 7 niveaux de l’extension, comprenant les deux premiers niveaux dédiés aux expositions temporaires. Tandis que le bâtiment 1930 – en partie conservé et restauré, ou déposé et reconstruit à l’identique, percé de trémies circulaires entre le RDC et le R+1 – abrite les fonctions d’accueil, de logistique et d’administration. Seul le troisième étage entretien une relation physique direct entre les deux constructions, l’ensemble du plateau, qu’il soit neuf ou ancien, étant dédié aux expositions.

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Courtesy CMA-JSWD / D.Boy de la Tour
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Courtesy CMA-JSWD / C. Richters
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Courtesy CMA-JSWD / D.Boy de la Tour
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Courtesy CMA-JSWD / D.Boy de la Tour

 

Tout de verre

En terme d’enveloppe, les architectes ont travaillé sur une double peau. Une façade extérieure, dite façade vitrine, est composée de plaques de verre sérigraphié. Elle filtre la lumière, laisse passer l’air naturel et les vues. Une deuxième façade, dite intérieure, est composée à environ 50/50 de pleins et de vides. Les parties vitrées constituent une peau thermique en triple vitrage associé à un système de protection solaire automatisé. Les parties opaques viennent en saillies des parties vitrées, jusqu’à effleurer la façade vitrine. De 4 à 14 m de haut, d’un seul tenant, les raidisseurs en verre sont composés de 4 à 6 plaques de verre feuilleté de 1 cm d’épaisseur (2 ou 3 fournisseurs au monde selon les architectes). Les verres de toiture sont également portés par un maillage de poutres en verre. La jonction poteaux-poutres se fait par moisage, permettant une liaison délicate et discrète. Depuis l’extérieur, l’alternance de surfaces vitrées et de surfaces opaque offre des jeux de volume, affichant pleins et vides, proposant une « asymétrie vivante, en contraste avec la géométrie ordonnée de l’existant, toutes deux complémentaires » spécifient les architectes. « La façade autorise divers modes de présentation scénographique : cimaises, vitrines, alvéoles ou espaces de projection » continuent-ils, ce que n’ont pas exploité les muséographes. Arrivés dans un second temps avec une autre maîtrise d’ouvrage qu’était le comité scientifique de l’exposition, ils ont proposé une scénographie ne tenant pas compte du bâtiment, voire allant à son encontre. S’il fallait adresser un message au Parlement européen, ce serait déjà de relever les stores, pour profiter des qualités de la construction de verre et laisser percevoir un désir d’ouverture.

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Courtesy CMA-JSWD / C. Richters
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Courtesy CMA-JSWD / C. Richters

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Amélie Luquain

 

Fiche technique

 

Maison de l’histoire européenne, Bruxelles Programme : rénovation et extension du bâtiment Eastman : conception du musée, administration, pôle pédagogique (salle polyvalente, salle de conférence de 89 places), cafétéria, boutique.  Maîtrise d’ouvrage : Parlement Européen (Direction Générale Infrastructure et Logistique) Maître d’œuvre : Chaix & Morel et Associés, Paris / JSWD Architekten, Cologne BET :  TPF Engineering, ingénierie /  Werner Sobek, façades /  Francis Crombez Développement, économie /  Tribu, développement durable /  SPRL Venac, acoustique /  SOCOTEC Belgium, conseil en sécurité / Comité scientifique présidé par l’historien Wlodzimierz Borodziej /  GPD Sevilla, muséographe (hors équipe maîtrise d’œuvre) Mission de base + exe + mobilier signalétique Surface et coût des travaux : 9 970 m2 SHON / 27,6 M€ HT Calendrier : concours janvier 2011 – chantier décembre 2012 – livraison du bâtiment automne 2016 – ouverture au public 6 mai 2017

Adresse : 135 rue Belliard, 1000 Bruxelles, Belgique

Ouverture 7 jours sur 7, de 10h à 18h, sauf le lundi de 13h à 18h. Entrée gratuite

 

Photos Courtesy CMA-JSWD / Didier Boy de la Tour, Christian Richters, Christian Fabris