Pavillon de la photographie au Château La Coste, signé Renzo Piano

Au cœur des vignes de son domaine, Château La Coste inaugure son nouvel espace d’exposition, le pavillon de la photographie construit par l’agence Renzo Piano Building Workshop. 

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Situé en Provence, entre Aix-en-Provence et le Parc National du Lubéron, le Domaine de Château La Coste propose une expérience unique au cœur d’un vignoble de 200 hectares. Réputé pour son excellence viticole, le Domaine permet également de découvrir 30 œuvres contemporaines majeures, installées en plein air. Une vocation culturelle complétée récemment par le Pavillon de la Photographie, construit par l’agence Renzo Piano Building Workshop. Le pavillon met à profit la topographie naturelle du terrain, en incluant pleinement la construction dans le vignoble, par une topologie semi-enterrée. Un creux profond de 6 m a été sculpté dans la terre, dégageant une surface de 285 m2. Le béton est laissé brut, aussi bien pour les murs de soutènement que pour ceux des expositions, conversant avec les façades et toit de verre. Toit qui est par ailleurs recouvert d’un voile s’arrimant à de fines arches métalliques, qui reprennent le rythme graphique tracé par les plans de vigne. A l’intérieur, se dévoile la double vocation du pavillon : présenter l’art et conserver le vin. Une galerie de 160 m2 permet des expositions de sculpture et de photographie sous un éclairage naturel. Les 125 m2 restant sont destinés à la conservation du vin. Les caves bordent de part et d’autre l’espace d’exposition, deux alcôves à l’entrée de la galerie permettent d’en mesurer l’importance.

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Crédit photos © : BestArchiDesign dossierphoto.fr via Paper Blog

Le pavillon est inauguré avec l’exposition The Sea and the Mirror de l’artiste Hiroshi Sugimoto du 8 mai 3 septembre 2017

 

A l’ouest parisien, la Seine Musicale

Dans le florilège des équipements musicaux sortis de terre ou récemment rénovés, citons la Seine Musicale ! Fruit d’un contrat de partenariat public privé (PPP) entre le Département des Hauts-de-Seine et la société Tempo-Île Seguin depuis 2013, la Seine Musicale ouvrira ses portes le 18 avril 2017. Elle se devait d’être ancrée localement, devenant la scène de l’ouest parisien, en équilibre avec la Philharmonie parisienne à l’est, mais aussi d’avoir une envergure égale aux équipements des grandes capitales européennes comme Londres (Southbank Centre), Hambourg (Philharmonie de l’Elbe) ou Rome (Auditorium Parco della Musica). Si la programmation en est le fer de lance, ce nouvel équipement se distingue aussi par sa situation, à la pointe avale de l’île Seguin, et par une architecture repérable et singulière, signée de Shigeru Ban et de Jean de Gastines.

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© Laurent Blossier

Signature sur l’île Seguin

Anciennement île Madame, l’île Seguin, du nom de son premier propriétaire, fut acquise en 1919 par Louis Renault qui y construisit une « usine vitrine ». La conquête de tout le territoire par les constructions en a fait une île-machine, véritable navire industriel. Mais en 1992, les infrastructures ne correspondent plus aux nouveaux processus de production et ferment. Se pose la question de la reconversion et s’engage un débat sur sa valeur patrimoniale. Le 6 mars 1999, Jean Nouvel réagit à la possible tabula rasa de l’île et publie un article retentissant dans Le Monde en faveur de la sauvegarde du patrimoine industriel, intitulé « Boulogne assassine Billancourt« . Las, 10 000 tonnes de ferrailles tombent et les bâtiments sont intégralement rasés, avant que s’engage un projet de reconversion pour lequel Nouvel est désigné architecte coordinateur en 2009, énième d’une longue liste de maîtrise d’œuvre. Bien que « l’option de la transformation des structures industrielles est malheureusement caduque », selon ses mots, il propose une « éco-cité » insulaire, à forte attractivité culturelle. Figure de proue de la métamorphose en cours, la Cité Musicale de Shigeru Ban et Jean de Gastines, s’inscrit dans ce cadre. En continuité directe du plan urbain, sa silhouette générale allongée sur 324 m, aux longs murs de béton, rappelle celle d’un destroyer dont le pont s’incline pour laisser émerger l’Auditorium, un nid de bois tressé aux formes galbées. « Pour moi, cette architecture, si belle, évoque autant une sorte de Nautilus permettant de voyager vers de merveilleuses découvertes dans le monde entier qu’une boîte à musique magique » commente Jean-Luc Choplin, président du Comité de Programmation et de Direction artistique de STS Événements.

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© Philippe Guinard
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© Laurent Blossier
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© Laurent Blossier

Morceau de ville

Pensée comme un morceau de ville, la Cité Musicale dont la façade recouverte d’un écran géant attire le visiteur, déroule devant elle un large parvis, encastré dans le volume bâti. Elle s’organise ensuite autour d’une rue couverte qui, prolongeant celle du plan urbain, traverse le bâtiment jusqu’à l’esplanade de la pointe aval. Dessinée comme une travée dans un bunker, la rue devient colonne vertébrale, assumant les perméabilités extérieures intérieures ainsi que la coexistence des manifestations, des pratiques et des publics. D’une part, flanquée de commerces, cafés et restaurants traversants, elle fait le lien avec deux promenades extérieures : l’une longeant les boutiques en balcon sur la Seine côté Boulogne-Billancourt, l’autre descendant jusqu’aux berges de la Seine à la pointe aval côté Meudon. D’autre part, la rue couverte ouvre des vues plongeantes sur des studios de répétition au travers des baies vitrées horizontales, mettant en relations public et artistes. Elle dessert également des locaux dédiés aux artistes en résidence et des espaces événementiels.

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© Laurent Blossier
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Les fonctions annexes servent d’abord un programme complet, la Seine Musicale ambitionnant de programmer toutes les musiques. Elles complètent deux salles avec deux jauges différentes et complémentaires. La Grande Salle, de conception fonctionnelle, est équipée de trois scènes différentes, dont la partie face à la fosse est mobile. Ses gradins rétractables proposent une jauge de 4000 places assises à 6000 en assis/debout. Elle accueille concerts et comédies musicales, et tout autre type d’expression artistique et scénique. L’auditorium reçoit quant à lui toutes les musiques non amplifiées, du quatuor à cordes au grand chœur, du solo à l’orchestre symphonique. Indépendant structurellement, il est accessible par le dessous, depuis des escalators dans le Grand Foyer. Son plan dit « en vignoble », répartit 1150 personnes sur plusieurs balcons étagés. En attendant le concert, les auditeurs pourront admirer le plafond réalisé à partir d’un assemblage artisanal de tubes de petites sections, de cartons et de papier, et les revêtements muraux composés d’un tissage de lattes de bois. Quant à la coque extérieure, elle est fabriquée à partir d’un tressage de bois d’épicéa lamellé-collé. Derrière le vitrage qui en assure le clos et couvert, on aperçoit sa coque recouverte d’une mosaïque irisée verte. Entre ces deux parois, sont glissées des coursives offrant un des vues panoramiques à 360° sur Meudon, Sèvres, Saint-Cloud, Boulogne-Billancourt et Paris. Autour de la sphère, un grand voile disposant 800 m2 de cellules photovoltaïques est monté sur rails mobiles, suivant la course du soleil ; symbole technologique de l’entrée dans un XXIe siècle placé sous le signe de la considération environnementale. Comme la Philharmonie de Paris ou Bercy, l’institution ne coupe pas à sa promenade sur le toit. Un escalier monumental invite à monter en partie haute du navire. Dès lors, le visiteur accède à un jardin de presque 1 ha qui recouvre la Grande salle et dont la végétation reprend celle des coteaux de la Seine.

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© Didier Boy de la Tour
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© Didier Boy de la Tour
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© Didier Boy de la Tour
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© Didier Boy de la Tour

Finalement, l’institution culturelle n’est plus seulement destinée au spectacle, mais devient un lieu de promenade ouvert au-delà des heures de concert, ne serait-ce que pour proposer une machinerie commerciale supplantant les supermarchés. Une question qui se pose d’autant plus que ce projet a été conçu autour de la notion d’exploitation privée, et est financé par des coproductions, partenariats et locations. Quoi qu’il en soit, l’architecture se met au service de l’ambition programmatique – dont les principes restent proches de ceux de ses consœurs – favorisant l’éclectisme, et répondant à l’ambition internationale par un élément signature.

Amélie Luquain

 

 

 

FICHE TECHNIQUE

 

Superficie du site : 2,35 ha

Un terrain de 324 m de long soit la hauteur de la Tour Eiffel

Superficie du jardin : 7 410 m2

700 m de promenade piétonne sur le toit

Superficie du bâti : 36 500 m2

 

Auditorium : 1 150 places

Salle spectacle : 4 000 à 6 000 places

4 studios d’enregistrement

3 000 m² d’espace de convention à disposition des entreprises

 

Architectes : Shigeru Ban et Jean de Gastines

Paysagistes : Bassinet Turquin Paysage

Acousticien : Nagata Acoustics et Jean-Paul Lamoureux

 

– 1 écran LED de 800 m² soit l’équivalent d’un terrain de handball

– Près de 800 m² de panneaux photovoltaïques composant une voile mobile de 45 m de haut qui suit la course du soleil et se déplace à une vitesse de 0,08m/s

– 4 000 m² de vitrage et 700 m³ de charpente bois composent les façades de l’Auditorium

– 1 000 hexagones en bois habillent le plafond acoustique de l’Auditorium

– Une porte monumentale vitrée unique au monde, de 10 m de large, 10,5 m de haut et d’un poids de près de 5 tonnes, fonctionne grâce à une centrale hydraulique

– 7 millions de carreaux habillent la coque acoustique de l’Auditorium constituant une mosaïque irisée de 3 400 m²

– 29 élévateurs articulent la scène de l’Auditorium

 

170 M€ investis pour la construction

 

300 événements par an

Un lieu ouvert au public 5 jours sur 7

 

 

Musée Camille Claudel : entre imbrication et dispositif

Conçu par Adelfo Scaranello, le musée Camille Claudel à Nogent-sur-Seine (Aube 10) a ouvert ses portes ce 26 mars 2017. Adossé à la maison de jeunesse de l’artiste, il articule harmonieusement les anciens bâtiments avec les nouvelles constructions, affirmant son identité contemporaine par une architecture « mesurée ».

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Autour de la maison Claudel

La vocation artistique de Camille Claudel naît à Nogent-sur-Seine, alors qu’elle y réside de 1876 à 1879, encore adolescente. Elle y rencontra le sculpteur Alfred Boucher qui comprit ses dispositions exceptionnelles et sut la conseiller dans son apprentissage à Nogent-sur-Seine puis à Paris, où elle vécu une histoire passionnée avec l’illustre Auguste Rodin. « Camille Claudel est aujourd’hui perçue comme l’héroïne dramatique d’une histoire emblématique de la condition féminine au XIXe siècle et au début du XXe siècle. Elle est surtout une artiste de premier plan au langage universel qui ouvre des ponts entre le Naturalisme et le Symbolisme, le courant néo-florentin et l’Art nouveau », précise Cécile Bertran, conservatrice du musée. En 2003, une exposition consacrée à l’artiste réunit à Nogent-sur-Seine quelque 40 000 visiteurs en trois mois. Plus de doute, l’événement est trop beau. La municipalité envisage de donner une nouvelle dimension au musée Dubois-Boucher, à deux pas de là, fondé en 1902 par Alfred Boucher et s’attachant au nom de Paul Dubois, sculpteur et peintre nogentais. Le projet mûrit et se concrétise en 2008 par trois acquisitions majeures dont la maison Claudel autour de laquelle sera construit le nouveau musée, destiné à exposer 250 œuvres. Suite à un dialogue compétitif, le partenariat public-privé (PPP)* est signé en mars 2012. Alors que la livraison du bâtiment aurait dû aboutir courant 2014, ce ne sera que cinq années plus tard que le projet verra le jour. Comme si à nouveau la reconnaissance due à l’artiste devait être contrariée.

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De l’articulation entre ancien et nouveau au dispositif architectural

Mais l’architecte bisontin Adelfo Scaranello ne le voit pas de cet œil et ira au bout de son architecture. Situé en plein centre historique, le musée occupe à la fois l’ancienne maison de la famille Claudel, restaurée et réhabilitée, et un nouvel édifice. Recomposant l’îlot entier, les constructions conservées – la maison mais aussi des logements sociaux des années 70 et un bâtiment d’un promoteur privé – s’articulent avec les nouveaux volumes. Ou plutôt, les parties neuves s’insèrent dans celles réhabilitées, composant une addition de volumes ; phénomène particulièrement visible le long de la rue Saint Epoing. A l’intérieur, c’est une enfilade de lieux d’expositions qui s’en dégage, comme si des ateliers d’artistes étaient imbriqués les uns à la suite des autres. Réinterprétant les palettes qui servaient de support aux sculpteurs, l’architecte dessine, en guise de toute muséographie, des socles en tôle et medium dans leur plus simple expression. Ainsi disposées – et Adelfo Scaranello parle bien de son musée comme d’un dispositif architectural destiné à présenter les œuvres, et non d’une architecture qui primeraient sur les objets – les sculptures sont mises en scène derrière des baies vitrées, en toiture comme en façade, la lumière naturelle offrant des perceptions renouvelées et changeantes sur les œuvres. Ces cadres visuels instaurent un dialogue avec l’extérieur. Selon l’architecte, « le musée doit déclencher modestement l’envie d’aller voir les choses ». Notamment, l’atelier pédagogique fait face à la cour de récréation de l’école adjacente. L’ensemble est enveloppé derrière une peau de brique. Analogie contemporaine avec les constructions environnantes, elle est utilisée en mono-matériau plutôt qu’en mise en œuvre décorative. De même, l’architecte a souhaité rappeler la main du sculpteur qui travaille la terre : « cette idée du geste a conduit à utiliser une brique fabriquée selon des méthodes artisanales », soit une brique moulée à l’eau et cuite au charbon, jouant de ses nuances et de ses belles vibrations. D’une « verticalité discrète », le musée, profitant de sa situation topographique sur un point haut de la ville, devient un repère au même titre que l’église, les grands moulins ou la centrale nucléaire qui dessinent la silhouette urbaine de la ville de Nogent-sur-Seine. Un patrimoine qu’a souhaité rappeler l’architecte dès le concours en couronnant sa « tour » d’une grande salle pourvue de baies vitrées offrant une vue panoramique sur la ville.

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« Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un musée pour Camille Claudel, conclut Adelfo Scaranello. Peut-être y a-t-il une correspondance avec son histoire difficile, même son musée a finalement été laborieux à réaliser. Mais je crois avoir dessiné un musée dédié à la sculpture, dont les référents ne sont finalement que la brique moulée à la main et les cadres de lumière naturelle. Un autre changement de destination reste possible » continue l’architecte, qui est allé jusqu’à cacher une porte anticipant des mutations futures, un acte que n’aurait pas renier Numérobis !

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*Ce PPP fait partie des vingt-neuf contrats de partenariat passés au crible par les chambres régionales des comptes pour les besoins d’une enquête nationale supervisée par la Cour des comptes. La juridiction financière a émit de vives réserves sur ce type de contrat. La chambre a contesté la pertinence du recours à un PPP, dans la mesure où le projet définitif s’est avéré moins complexe à réaliser que le projet initial et a généré un surcoût de l’opération. A la suite de quoi la nouvelle municipalité a résilié le contrat et est devenue propriétaire pleine et entière du musée.

Amélie Luquain

 

Fiche technique : Musée Camille Claudel – reconversion / extension Maîtrise d’ouvrage : municipalité de Nogent-sur-Seine Maîtrise d’œuvre : Adelfo Scaranello ABF : Jean-Pascal Lemeunier Surface du bâtiment : 2 645 m² Surface d’exposition permanente : 983 m² Surface d’exposition temporaire : 300 m² Matériaux : Petersen Briques (Danemark)

 

Courtesy Musée Camille Claudel / Marco Illuminati

Moatti-Rivière fait signe avec le Centre National du Graphisme

Le Centre National du Graphisme, dit Le Signe, a récemment ouvert ses portes à Chaumont (52). L’agence Moatti-Rivière a rénové et étendu l’ancienne Banque de France, pour en faire un lieu entièrement dédié au graphisme ; une reconversion lourde de symbolisme et pleine de signification.

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Retrouvez le projet en vidéo sur Instagram archi_cree

Héritier de vingt-cinq années de Festival international de l’affiche et du graphisme à Chaumont, le Centre National du Graphisme dit « le Signe » abrite depuis octobre 2016 un bel ensemble d’œuvres : une collection d’affiches anciennes de 5000 pièces, reconnue collection nationale, et une collection d’affiches contemporaines de 45 000 pièces que le Festival s’est constitué à travers son concours. Situé à proximité du nouveau quartier de la Gare, le positionnement central du bâtiment reflète la vocation de la ville comme lieu de référence du graphisme en France et à l’étranger. D’autre part, le fait que son extension s’appuie sur la reconversion de l’ancienne Banque de France ne semble pas anodin, conférant au musée une certaine importance. Pour l’agence Moatti-Rivière, architecte du projet, c’est l’occasion de concevoir un bâtiment identitaire qui reprend tant l’identité du contexte dans lequel il s’insère que celle de son utilisateur. La construction veut exprimer une symbolique, « le symbolique étant ce qui permet de lier des éléments épars pour les réunir dans une forme qui s’ouvre sur de multiples niveaux de signification », précise Alain Moatti. Pour mémoire, l’agence Moatti-Rivière avait réalisé en 2007 un autre bâtiment lié au graphisme, le Musée Champollion des Ecritures du Monde à Figeac, doté d’un moucharabieh typographique.

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Pans de pierre

Première forme significative : les grands pans de pierre qui constituent les façades de l’extension du Centre National du Graphisme. D’une part, elles reprennent la matérialité de la Banque de France avec l’utilisation d’une pierre calcaire en parement et répondent aux maisons mitoyennes par leur dimension. D’autre part, elles empruntent leurs formes aux supports du graphisme : « l’architecture emprunte sa typologie à celle de l’univers du graphisme, aux objets et aux supports plans investis depuis toujours et jusqu’à aujourd’hui par cet Art : l’affiche, la feuille, la page, l’écran, le panneau… » explique Alain Moatti. Les grands (jusqu’à 16 m de haut) et minces (seulement 12 cm d’épaisseur) panneaux se juxtaposent et se superposent, en murs et en toitures, se fixant aux voiles structurels de béton armé. Entre, s’immiscent des pans de verres qui mettent en scène des points de vue privilégiés et cadrent les éléments remarquables de la ville de Chaumont : le parc, le donjon, les beaux arbres, le monument aux morts, les paysages lointains…

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Béton brut

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Evitant l’écueil d’un bâtiment affiche, « il est une abstraction silencieuse prête à recevoir toutes les images » continue Alain Moatti. Son revêtement intérieur est laissé en béton brut, privilégiant une mise en retrait de l’architecture pour une mise en majesté des œuvres. Les espaces d’expositions sont fluides, sans limites précises, dans un volume non linéaire, aux hauteurs sous plafonds variant de 5 à 10 m, permettant de multiples situations. Le lieu se doit d’être capable et modulable. Pour une conservation optimale, les affiches ne doivent pas être exposées plus de 3 mois avant de retourner au noir complet pour 3 ans. Ce rythme nécessite un changement d’affichage régulier et des facilités d’aménagement. Des panneaux d’affichage en structure bois constituent un mur sur le mur. La scénographie devient l’intermédiaire entre l’objet posé et l’architecture. Si l’extension assume les fonctions muséales, c’est l’existant qui abrite les espaces fonctionnels. Accueil des publics, ateliers et administrations sont situés dans le bâtiment existant aux allures néoclassique et au plan en T, phagocyté par la la construction neuve. Le public y accède par une cour extérieure, un vide assumant le face-à-face des deux époques.

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Alphabet

Quand à l’approche graphique, indispensable pour ce Centre National du Graphisme, elle est indissolublement liée à son architecture. « L’intervention graphique, dans son minimalisme, appartient délibérément à l’architecture, s’inscrit dans ses murs comme un filigrane, marque sa surface », affirme Juliette Weisbuch, de l’agence Polymago**. Comme autre élément significatif, est constitué un alphabet des formes chaumontaises sur papier peint, composé de 86 signes issus pour moitié du patrimoine de la ville et pour l’autre moitié du patrimoine graphique international. A l’extérieur, s’y substituent deux trames de points, régulières et orthogonales, formant un canevas vertical. L’approche minimaliste répond au statut du centre. « Le concept graphique du Signe, c’est l’idée d’une représentation, d’une lecture et d’une réinterprétation du monde visible qui passe par le signe. Son minimalisme multiplie les regards et provoque le partage », commente Alain Moatti. Situation exemplaire, la terrasse en belvédère sur la ville, finalité du parcours d’exposition, est surtout l’occasion d’y lire un dialogue entre la représentation des objets insolites de la ville de Chaumont en silhouette noir et leur réalité visible. Pour l’anecdote, le carrelage des toilettes comporte une série de plus de 220 silhouettes d’hommes et de femmes, acteurs du projet. L’occasion d’un « Mais où est Moatti » ?!

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Pour l’agence Moatti-Rivière, ce projet réunit l’ensemble des questions qui traversent sa production architecturale. Si elle a déjà conçu des lieux culturels à valeur symbolique – Musée Champollion des Ecritures du Monde à Figeac (2007), la Cité internationale de la dentelle et de la mode à Calais (2009), le Musée des Arts décoratifs et de la Mode à Marseille (2013), le réaménagement du 1er étage de la Tour Eiffel (2014)– elle évoque le Centre National du Graphisme comme un aboutissement de sa production muséale, fort de son identité et de la puissance exclusive des lieux. Pour Alain Moatti, « le Signe est une matière qui révèle le symbolique ».

 

*les « feuilles » de pierre résultent d’un complexe de bardage de 120 mm composé d’un parement en pierre naturelle de 5 mm, collées sur un nid d’abeille en aluminium par l’intermédiaire de fibres de verre imprégnées de résine époxy. Le complexe comporte sur sa face arrière des inserts noyés dans la résine permettant la fixation de renforts en tôle pliée en Z. Pierre calcaire Moka crème, dimensions 1200 x 2400 mm, 

**Moatti-Rivière et Polymago collabore une première fois en 2009 pour réaliser l’ouvrage « la promesse de l’image » consacré à l’agence Moatti-Rivière. En 2010, ils répondent ensemble au concours pour les espaces d’accueil et de médiation du Louvre.

 

Amélie Luquain

 

 

Fiche technique :  Maître d’ouvrage : Ville de Chaumont (52000) Maître d’œuvre : Agence Moatti-Rivière (architecture et muséographie) et Polymago (graphisme et signalétique) BET : RFR (structure), Inex (fluides), Bureau Michel Forgue (économie), Vincent Taurisson (multimédia et audiovisuel), Lumières Studio (concepteur lumière), Avel (acoustique) Jean Schneider (scénographe) Surface utile : 2460 mProgramme : Centre National du Graphisme : espace d’accueil (255 m2), espace d’exposition du 1er étage – la Galerie (310 m2), espace d’exposition du rez-de-chaussée – le Plateau (685 m2), atelier de sérigraphie (175 m2), centre de formation (370 m2), centre de ressources (190 m2), administration (240 m2), logistique (175 m2Coût : 9,5 M € Livraison : 2016

Courtesy Moatti-Rivière / Michel Denancé

 

 

NP2F aménage les terrains de sport des Jardins de Saint-Paul

L’agence NP2F dessine le sol de l’aire sportive du TEP (Terrain d’Education Physique) dans un site contraint, celui qui longe la rue Jardins de Saint‐Paul (Paris 4e).

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Les quatre architectes associés de l’agence NP2F – François Chas, Nicolas Guérin, Fabrice Long et Paul Maître-Devallon – n’en sont pas à leur premier coup d’essai en matière de programmation sportive. Déjà en 2014, ils se font remarquer avec l’exposition « Sports » au Pavillon de l’Arsenal et les terrains multi-sports temporaires érigés en face pour l’occasion. Quand au Centre national des arts du cirque à Châlons-en-Champagne (Marne) conçu avec Caractère spécial §, il reçoit le prix du Moniteur « Culture, jeunesse et sport » et est largement plébiscité. Dans la foulée, par le vote du public. Faisant suite, l’agence livre tout récemment le Terrain d’Education Physique des Jardins de Saint-Paul, dans le quatrième arrondissement parisien.

 

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Se jouant de la densité parisienne, le projet vient ouvrir les espaces sportifs à la ville, en restructurant les terrains d’une dent creuse en plein cœur de la métropole. Avec sa morphologie en longueur (20 x 150 m environ), la parcelle s’étire le long de la rue piétonne des Jardins de Saint-Paul, jouxtant les 60 m restants de l’ancienne muraille de Paris construite entre 1190 et 1220 sous le règne de Philippe Auguste. Au bout, elle fait face à l’église Saint-Paul-Saint-Louis. Plutôt que d’aller à son encontre, l’agence NP2F a souhaité entrer en résonance avec ce site contraint, tant morphologiquement qu’historiquement.  

 Pour ce faire, les architectes commencent par caractériser le sol de 3000 m². Sur le sol sportif (toping) composé d’agrégats jaune, blanc et noir, en écho avec la colorimétrie du site, se dessine les tracés des terrains ; de basket, de volley/tennis, de football à 5 et un espace d’initiation au sport pour les jeunes enfants se succèdent. La piste de course de 100 m les borde sur leurs faces est. Les lignes de sol se déploient à la verticale jusqu’à constituer des structures légères, en fait des pares-ballons, qui délimitent les spatialités. Le mobilier sportif est déposé sur ce grand sol, notamment dans l’espace d’initiation pour les plus petits qui viennent s’éveiller grâce à une butte d’escalade, des barres d’équilibre, des anneaux de gymnastique, un panier de basketball (à 170 cm de hauteur) et 3 punching ball. A l’inverse, un mobilier neutre tel que les bancs en béton laisse aux pratiquants des possibilités infinies et non définies au préalable. AL

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Fiche Technique

Restructuration du Terrain d’Education Physique (TEP). Lieu : rue des Jardins de Saint-Paul, Paris 4e. Maîtrise d’ouvrage : Ville de Paris – DJS Maîtrise d’œuvre : NP2F architectes  Surface : 2900 m² Montant global et forfaitaire des travaux : 250 000 euros HT Calendrier : Etudes février-juin 2016 / Appel d’offre juillet-septembre 2016 / Livraison  septembre 2016

Courtesy NP2F / Antoine Espinasseau

 

Reconstruction du cinéma Alésia par Manuelle Gautrand

Manuelle Gautrand reconstruit le cinéma Alésia (Paris 14e), projetant le spectacle en ville.

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© Luc Boegly

 

Vide sculptural

Créé en 1921, le Montrouge-Palace comportait une salle unique de 2800 places, morcelées en 4 salles en 1973, alors qu’il passe sous l’enseigne Gaumont, qui deviennent 7 salles en 1986. Sous l’impulsion du groupe Gaumont-Pathé, il renouvelle son image urbaine. Proche de la place Victor et Helene Basch, sa façade principale orientée plein ouest s’ouvre sur le boulevard du Général Leclerc tandis que la seconde est située sur la rue d’Alésia. L’architecte Manuelle Gautrand profite de cette double orientation pour fabriquer un hall d’accueil traversant, sculpté en creux par la salle qui le surplombe ; le concept est perturbé par le plan Vigipirate, condamnant l’entrée sud. Derrière la façade principale, les circulations sont scénarisées, entrecoupées de vide. Les doubles hauteurs sont scindées de gradins, espaces intermédiaires libres offrant des pauses dans le mouvement continu vers les salles. Le public peut y assister à des projections en off, une façon de démultiplier les écrans. Pour l’instant dévolues à la projection de bandes-annonces et de publicité, ces salles ouvertes transforment le cinéma en lieu de projection totale. S’ajoute à la générosité du dispositif, rare dans une architecture commerciale, un parti-pris sculptural jouant sur la prolongation/inversion des gradins. Le gradinage devient un thème décliné dans tous les espaces servants du complexe, des halls aux circulations. Il est généré par une contrainte particulière de Gaumont, qui se distingue des autres exploitants par l’échappé de tête de 15 à 18 cm entre chaque rang, valeur élevée qui a produit des salles particulièrement inclinées. À l’intérieur des salles de projection, les interventions restent limitées par les codes Gaumont-Pathe, imposant les sièges rouges sur fonds noirs.

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© Luc Boegly
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© Guillaume GUERIN
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© Luc Boegly

 

Mitoyenneté

Le cinéma est inséré entre deux mitoyens de nature différente. L’un est un immeuble de logements sur 7 niveaux et l’autre un bâtiment mixte sur 2 niveaux. Pour assurer le maintien des ouvrages, les spectaculaires arches en béton de l’ancien cinéma vouées à la démolition ont été préservées pour maintenir les murs durant une bonne partie du chantier. Concernant l’acoustique, les concepteurs ont limité autant que possible les points d’appui structurels, pour isoler les salles de projection entre elles et vis-à-vis du voisinage. Les problématiques acoustiques usuelles des cinémas ont été accrues du fait d’une mitoyenneté directe et d’une structure mixte béton/charpente métallique. Il a fallu limiter les points d’appui et mettre en place des principes de doublages isolants et autoportants sur les parois des salles, en plafond (faux plafonds isolants sur suspentes à ressorts) et en plancher (faux planchers et gradins désolidarisés sur plot anivibratiles).

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Plan du RDC, coupe longitudinale et maquettes conceptuelles © Manuelle Gautrand Architectured

 

Écran lumineux

La mitoyenneté fut également difficile à appréhender en façade, les bâtiments adjacents ne pouvant accepter de nuisances, qu’elles soient sonores ou visuelles. Or, dans une référence à Blade Runner, l’architecte qui se dit volontiers cinéphile projette les films directement sur la façade, support de multiples animations. Haute de 21 mètres et large de 25, elle supporte douze grands rubans verticaux vitrés aux plans inclinés, se terminant en marquise accueillante et protectrice en partie basse, en débords d’environ 3 m sur le trottoir. Y sont disposées 3730 barrettes de LED, formant une grande résille animée. À mi-chemin entre l’installation et la peau numérique, 229 500 points LED sont contrôlés indépendamment, permettant la diffusion d’images et d’ambiances lumineuses sur l’avenue du Général-Leclerc. La largeur de l’avenue libère cette façade média des problématiques de nuisances visuelles en vis-à-vis, mais pas des nuisances latérales, à tel point que les extrémités de la façade n’ont pu être habillées de LED, définissant un cadre noir. Quant à la façade arrière, le principe de rubans plissés s’y décline timidement, mais abandonne l’éclairage artificiel.

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© Guillaume GUERIN

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© Guillaume GUERIN
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© Guillaume GUERIN

 

Le cinéma Alésia n’est pas le seul à avoir fait peau neuve. La politique du groupe Gaumont-Pathe s’est appliquée à d’autres salles, reconstruites elles aussi par des architectes choisis à l’issue d’une étude de faisabilité. Le cinéma Gobelins (Paris 13e) reprend son nom historique, Les fauvettes. Là encore, le temps des affiches semble bien révolu, l’agence d’architecture Loci Anima de Françoise Raynaud optant pour un mur pixelisé conçu avec l’artiste Miguel Chevalier. Au Gaumont-Convention (Paris 15e) pas d’affiches bariolées, ni de néons qui clignotent pour Jean-Pierre Buffi mais une façade « lanterne » qui signale sa présence derrière sa peau de verre. Tout est bon pour renouer l’esprit de la Ville lumière et le spectacle du cinéma dans la ville !

Amélie Luquain

 

Fiche technique

Reconstruction du cinéma « Alésia ». Maîtrise d’ouvrage : Gaumont-Pathe Maîtrise d’œuvre : Manuelle Gautrand Architecture BET : ON concepteur lumière. TESS ingénierie façades. KHEPHREN INGENIERE ingénierie structure. INEX ingénierie fluides et ascenseurs. PEUTZ : ingénierie acoustique. GETRAP maitrise d’œuvre d’exécution. Localisation : 73 avenue du Général Leclerc Paris 14e. Programme : 8 salles de cinéma avec 1380 places au total, hall d’accueil, espace atrium, bureaux Surface SDP : 3600 m² Montant des travaux : 12 M HT Dates : études 2011 chantier 2014 livraison 2016

 

A retrouver dans CREE 379, rubrique Matières Réfléchies – Lumières

Le Lieu de Vie de l’agence MUOTO à Saclay, antonymie du construire

Le Lieu de Vie de l’agence MUOTO sur le campus de Paris-Saclay se pose comme la mise en scène précaire de surface utile à remplir. 

lieu de vie_paris-saclay_muoto architectes

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Sur le campus Paris-Saclay, la prise de l’angle de la rue Joliot Curie et de la rue Louis de Broglie, par celui que l’on nomme déjà le « Lieu de Vie », équipement public mixte construit par les architectes de l’agence parisienne MUOTO, a généré la configuration urbaine alentour. Les architectes ont posé là un bloc urbain, premier édifice livré au côté de Polytech Paris-Sud, qui s’imposera aux futures constructions, les déterminant par rapport à lui. Une façon peu orthodoxe de faire la ville, dans un campus qui ne l’est pas moins.

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Originalité

De prime abord, le bâtiment s’affiche sans cérémonial : il ne comprend pas de hall d’entrée principal mais plusieurs accès et ses quatre façades ne sont pas hiérarchisées, à moins qu’on lise à l’est une façade arrière réservée aux livraisons. De la même manière, la programmation du Lieu de Vie et la répartition des activités qui le constitue sont quelque peu inhabituelles. Celui-ci est un espace dédié à la vie urbaine, regroupant espaces sportifs et de restaurations dans un volume compact (4000 m2 SHOB), dont la mixité est gérée par le CROUS, sur un campus où les grandes écoles sont livrées avec leurs propres équipements. Dès lors, l’organigramme programmatique était très riche depuis le concours et les architectes ont dû le nettoyer, le simplifier, mutualiser les espaces plutôt que de les fragmenter, engendrant une répartition originale et de nouveaux usages. Pour exemple, la cafétéria au rez-de-chaussée peut devenir espace de réunion ou d’exposition ; la cuisine, fonctionnant en boucle avec le restaurant, est placée dans les étages ce qui engendre des complexités techniques, certes, mais ça lui permet d’être intégralement vitrée ; la technicité du bâtiment est transférée au rez-de-chaussée laissant à la toiture terrasse la liberté d’accueillir deux terrains de sport.

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Le restaurant en double hauteur s’ouvre de toute part grâce à de grandes baies vitrées à galandage, le transformant en terrasse couverte
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La cuisine est placée dans les étages ce qui engendre des complexités techniques, certes, mais ca lui permet d’être intégralement vitrée

 

Habiter la structure

Cette répartition est permise par la livraison d’un grand volume aride à la structure brute que les architectes sont venus remplir de diverses fonctions. L’agence MUOTO livre une ossature en « étagère » dont les plateaux sont supportés par un système régulier poteau poutre. Les poteaux sont coulés en place, extrêmement dense en ferraillage pour assurer leur finesse, et les poutres sont préfabriquées, de même que les pré-dalles en plafond. Les travées ainsi constituées, espacées de 7,50m, ont l’air inachevées, les poutres achevant de porter la dalle en porte-à-faux semblent comme cisaillées au nu des façades. Le bâtiment est entièrement décapoté et tout second œuvre est minimisé, afin de privilégier la surface à la surenchère de matériau tout en tenant le budget (ce qui signifie aussi une parfaite maîtrise de la réalisation). C’est aussi là un positionnement face à l’architecture durable – qui leur a valu les Lafarge Holcim Awards – le bâtiment, évolutif et modulaire, étant amené à durer dans le temps. Sans compter la robustesse du béton, également adapté à un usage intensif et dynamique. Les architectes ont donc travaillé sur une ossature minimale, livrant « un bâtiment qui n’a pas de chair, seulement les os », nous dit Gilles Delalex. Une sorte de structure inachevée et poreuse, un squelette à habiter à l’image de ceux du collectif Coloco. La structure est alors remplie de ses fonctions, lesquelles sont mises sous vitrine derrière de larges baies vitrées s’ouvrant de toute part, quand elles ne sont pas laissées à l’air libre comme la terrasse couverte du premier niveau qui n’attend que d’être appropriée par ses locataires ou les terrains de sport simplement posés sur la toiture derrière un grillage.

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Une sorte de structure inachevée et poreuse, un squelette à habiter
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Les travées espacées de 7,50m semblent inachevées, les poutres achevant de porter la dalle en porte à faux semblant comme cisaillées au nu des façades

 

Parcours ascensionnel

Bien qu’architecture du « retrait », selon les termes de l’architecte, celle-ci ne demande qu’à grouiller d’activité, prévue à l’ouverture 24h/24. En attendant, elle invite à une expérience ascensionnelle qui ne peut être appréhendée depuis le parvis, et que les architectes ont pu expérimenter durant le temps du chantier, découvrant un nouvel horizon à chaque plateau. Ainsi, un grand escalier central les dessert. Lui aussi est bâti à minima, en structure métallique, et est également extrêmement poreux ; en effet, bien que situé dans l’intériorité du volume, il est totalement extérieur, ce que l’air ambiant glacé de ce mois de novembre a confirmé. Cette structure permet aux architectes de se saisir de la verticalité du bâtiment, sur ce plateau de Saclay où l’horizontalité est de mise. Se référant à Beaubourg, ils ont souhaité rendre visible le parcours ascensionnel, de la même manière que l’« on dessine son chemin lorsqu’on gravit une montagne pour rejoindre son sommet », avant d’atteindre la toiture dont la vue panoramique sur la cime des arbres se substitue à l’architecture de béton. Sensation d’ailleurs …

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Un grand escalier central extérieur, lui aussi bâti à mimnima, dessert les plateaux
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La toiture dont la vue panoramique sur la cime des arbres se substitue à l’architecture de béton. Sensation d’ailleurs …

Ainsi, le bâtiment devient un équipement technique à vocation culturelle, où l’économie devient gage d’esthétique, les architectes s’inscrivant dans une tendance néo-brutaliste qu’ils affirment, pensant le béton comme le « matériau vernaculaire de l’architecture en France ». Une antonymie du construire donc, parce que MUOTO n’a eu d’autres préoccupations que de retirer de la matière et de bâtir le vide.

 

Amélie Luquain

 

 

Fiche technique

MOA : Établissement Public d’Aménagement Paris Saclay (EPAS). Architecte : MUOTO Gilles Delalex, Yves Moreau, et Thomas Wessel-Cessieux. Équipe : Y-Ingénierie, Bollinger & Grohmann, Alternative, Novorest. Programme : équipement sportif et restaurant universitaires. Surface : 4100 m2 SHOB, 2140 m2 espace public (passage, parvis et stationnement), 1375 m2 terrasses extérieures (mezzanine et terrains de sport en toiture). Cout : 6 500 000 €. Localisation : Gif-sur-Yvette. Concours : 2011. Livraison : septembre 2016. Lauréat de l’Equerre d’argent

 

Retrouvez le projet sur Instagram archi_cree

 

Courtesy Muoto Architectes / Maxime Delvaux

« Made in Caen » ?

« Made in Caen » ?

Caen, la « petite discrète qui a toutes les qualités d’une grande » souhaite sortir de l’anonymat. Une volonté soulignée par la quatrième édition de la biennale IN-SITU sur la thématique « Reconstruire la ville sur-mesure »* et des projets architecturaux ambitieux sur la Presqu’île, signés Olivier Chaslin, Studio Milou, Christian Hauvette, Bruther, Rem Koolhaas, Michel Desvigne… Visite.

caen

Ceinturée par le canal de Caen à la mer, prenant sa source dans le lit de l’Orne, la pointe de la Presqu’île de Caen s’impose comme le centre névralgique du renouvellement de la ville. Son territoire de 11 ha échappe à La grande mosaïque de 300 ha projetée par l’agence néerlandaise MVRDV, préférant un développement isolé. Là, la reconquête de cette friche industrielle se veut comme nouvelle centralité urbaine d’où la présence d’équipements d’envergure. L’aménagement de la Presqu’île a débuté depuis plusieurs années avec le Cargö, un bâtiment dédié aux musiques actuelles livré dès 2007 par Olivier Chaslin et la (trop) monumentale École Supérieure d’Arts et Médias réalisée en 2009 par le Studio Milou. Plus récemment, le Dôme de l’agence Bruther, le Palais de Justice signé Christian Hauvette – repris par Pierre Champenois en association avec baumschlager eberle – et la BMVR de Rem Koolhaas dialoguent ensemble.

 

La Maison de la Recherche et de l’Innovation, dite le Dôme

Élégamment dressée en bordure de l’Orne, la MRI livrée en juillet 2015 est le fruit d’un pari risqué de l’agence parisienne Bruther. La qualité du bâtiment tient en grande partie à l’enrichissement du programme initial, les architectes décollant le volume du sol pour y libérer un parvis couvert et coiffant d’un dôme sa toiture devenue terrasse. Cette adjonction d’espaces a été rendue possible par une économie sur les systèmes constructifs. Se proposant comme une boîte à outils à réversibilité programmatique – la non-détermination des espaces et la conception de volumes capables constituant la démarche principale du projet – l’actuel centre culturel scientifique nouvelle génération reprend le « système Pompidou ». Quatre grands plateaux libres de 500 m2 et 6 m de hauteur, dotés chacun d’une mezzanine, sont superposés et les espaces servants sont rejetés en périphérie. Quant aux façades, l’une est en mur-rideau, l’autre en coussins ETFE translucides, un procédé habituellement utilisé à l’horizontale pour couvrir de grands espaces tout en les éclairant à moindre coût. Dans la lignée de Lacaton-Vassal, les anciens de l’agence Ferrier proposent ici un bâtiment fonctionnel et à l’esthétique plastique, dont les couleurs, changeantes en fonction de la lumière, définissent un élément urbain identitaire.

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Le Palais de Justice, carré infini

Inauguré à la mi-2015, le Palais de Justice de Caen se pose face à la grande pelouse de Philippe Panerai. Initialement dessiné par Christian Hauvette, subitement disparu en 2011, il passe dans les mains de Pierre Champenois, collaborateur de l’architecte, en association avec baumschlager eberle. Le bâtiment à la géométrie simple et compacte se caractérise par la superposition de ses trois strates et par son bardage vertical et rectiligne. En son centre, on y déplorera le vaste atrium cylindrique, non pas pour l’espace qu’il dégage mais pour le traitement de ses façades intérieures à l’allure d’un panoptique oppressant déconnecté de son enveloppe. A l’étage, le palais se veut transparent, ouvrant périphériquement ses circulations à la ville, mais l’on ne pourra s’empêcher d’y lire le cercle infini de la justice dont on ne peut s’échapper, sans compter que les salles d’audience sont opaques à toute relation vers l’extérieur.

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La Bibliothèque Médiathèque à Vocation Régionale, une croix sur l’île

Prévue à la livraison d’ici janvier 2017, la bibliothèque Alexis de Tocqueville conçue par Rem Koolhaas / OMA doit attirer le regard sur la Presqu’île plus par la signature de l’architecte que par l’architecture qui ne joue pas la carte de l’excentricité. Prenant place face au port de plaisance, le plan en croix de la BMVR dégage une centralité et quatre ailes largement vitrées dont les différences programmatiques devront se lire en façade – un aspect que l’on pourra vérifier d’ici le début d’année, le mobilier n’étant pas encore intégralement mis en place et le dévoilement des espaces intérieurs étant un secret jalousement gardé. De l’extérieur, la rigueur et la froideur apparente tentent tant bien que mal de se camoufler derrière des verres bombés. Affaire à suivre …

koolhaas_Bibliothèque Médiathèque à Vocation Régionale_BMVR_caen

L’ensemble est ordonnancé dans un espace paysagé conçu Michel Desvigne, avec une reconversion des bords de l’Orne et la mise en valeur de l’immense pelouse de Philippe Panerai, le vide dans les villes devenant un luxe. Trois objets distincts donc, pour lesquels la cohérence du dialogue s’impose bien qu’il n’y ait eu aucune consultation préalable entre les différents projets : le verre, les semi-transparences, l’aluminium, les façades bombées, les lignes verticales et rythmées se répondent. Une uniformité née d’un heureux hasard !

* Commissaire : Frédéric Lenne

Amélie Luquain

 

 

Courtesy Ville de Caen / F. Decaens

 

Lire aussi : La BMVR de Caen prend forme

L’envolée du musée national estonien par DGT

L’envolée du musée national estonien par DGT

Jeudi 29 septembre 2016, l’agence DGT. Dorell.Ghotmeh.Tane / Architects a inauguré le musée national estonien, situé à Tartu, deuxième ville du pays. Une belle façon de fêter les 10 ans de l’agence parisienne, que l’Italo-israélien, Dan Dorell, la Franco-libanaise, Lina Ghotmeh et le Japonais, Tsuyoshi Tane ont fondé après avoir été désigné lauréat du concours pour la conception de ce musée. Les architectes ont su judicieusement défier les instructions officielles en plaçant le musée sur une ancienne piste militaire d’atterrissage soviétique, symbolisant l’envol de l’Estonie indépendante depuis 1991 après des siècles d’occupation diverses. Une audace saluée par le grand prix Afex 2016, qui récompense les architectes français construisant à l’export* et le prix Dejean de l’Académie d’architecture pour l’ensemble des recherches et travaux de l’agence. Reportage en images. AL.

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DGT (DORELL GHOTMEH TANE ARCHITECTES) – Musée National Estonien, Tartu, Estonie from AFEX on Vimeo.

 

*L’Afex fêtera ses 20 ans à la Galerie d’Orléans du Palais Royal, mardi 18 octobre, au travers de l’exposition ‘Ailleurs / Outwards’ dont DGT a élaboré la scénographie.

Courtesy DGT

A Sars-Poteries, le MusVerre est taillé dans la pierre

A Sars-Poteries, le MusVerre est taillé dans la pierre

Avec sa géométrie saillante calepinée de pierre bleue du Hainaut, le MusVerre conçu par W-Architectures étonne autant qu’il s’insère dans le paysage rural de Sars-Poteries.

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Situé sur un terrain agricole peu construit, en limite bocagère, ses quelques 3500 m2 auraient dû bouleverser le paysage. C’est par le biais de diverses astuces que W-Architectures a su effacer sa massivité au profit d’une géométrie peu commune. © Amélie Luquain

Sars-Poteries, un bourg de 1500 habitants frappé par la désindustrialisation. Situé au sud-est du Département du Nord (Hainaut), dans le parc naturel de l’Avesnois, celui que l’on surnomme « la petite Suisse du Nord » souhaite devenir grand. Avec la très prochaine ouverture du MusVerre, le 1er octobre 2016, celui-ci mettra en avant une tradition verrière et les créations contemporaines qui le perpétuent.

 

Histoire industrielle verrière à Sars-Poteries

Pour mieux comprendre le contexte dans lequel s’insère le projet de l’agence W-Architectures, un rappel historique s’impose. L’industrie du verre à Sars-Poteries bat son plein de 1801 à 1937, sous l’égide d’Henri Imbert, patron des verreries. Verre à vitres, verre de table, gobeleterie et flaconnage sont fabriqués jusqu’à ce que la production s’arrête brutalement sous l’effet de crises conjuguées. En 1967, sous l’impulsion du curé du village, Louis Mériaux, l’exposition des bousillés* prépare la voie à la création du musée du verre qui prend place dans le château Imbert, l’ancienne demeure familiale. S’orientant vers la création contemporaine en verre, ces manifestations attirent des artistes internationaux, rendant le lieu incontournable. En 1994, sa gestion est prise en charge par le Département du Nord, lui offrant de nouveaux moyens pour enrichir sa collection. Il faut cependant attendre 2009 pour voir émerger une nouvelle ambition muséale et l’idée d’un nouveau bâtiment.

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Posée au nu extérieur de la pierre, la plus haute baie vitrée mesure 5,70 m. © Amélie Luquain
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La pierre du Hainaut revêt le parvis ainsi que la promenade extérieure à l’est du bâtiment, le tout dessiné par un paysagiste intégré à l’agence W-Architectures © Anne Vanlatum

 

Du verre à la pierre

musverre_w-architecture_raphael-voinchet_sars-poteriesLa maîtrise d’ouvrage souhaitait refléter une tradition verrière tout en mettant en valeur les œuvres exposées. La réponse s’est imposée comme une évidence à Raphaël Voinchet et ses associés, Bernard Voinchet et Christian Lecouvey, de l’agence toulousaine W-Architectures, lauréate du concours avec un projet salué à l’unanimité – face à MVRDV (Rotterdam), Pierre Hebbelinck (Liège), Terreneuve (Paris) et Urban Kultur (Strasbourg). Les architectes souhaitaient rappeler le matériau tout en évitant l’écueil d’un bâtiment en verre. Ils emploient la pierre bleue du Hainaut, un matériau régional extrait dans la carrière belge de Soignies, à quelque 30 km de là. Une façon de revisiter un savoir-faire local tout en évoquant les cristaux de silice qui constituent le verre, par la teinte bleutée de la pierre et les arrêtes vives et saillantes du bâtiment.

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Le calepinage de la pierre bleue du Hainaut semble reprendre celui de la brique, matériau de construction principal du bourg, tandis que la pierre bleue est principalement utilisée en moellons pour orner les encadrements de fenêtres des anciennes maisons © Amélie Luquain

 

Insertion paysagère et géométrie tranchante

musverre_w-architecture_raphael-voinchet_sars-poteriesImplanté à l’écart du bourg, le MusVerre est situé à 300 m de l’ancien musée, le long de la départementale, et jouxte l’atelier du verre créé en 2001. Situé sur un terrain agricole peu construit, en limite bocagère, ses quelques 3500 m2 auraient dû bouleverser le paysage. C’est par le biais de diverses astuces que W-Architectures a su effacer sa massivité au profit d’une géométrie peu commune. Installé dans la pente, un dénivelé de 7 m, le bâtiment est morcelé en cinq parallélépipèdes aux toits inclinés, connectés entre eux, leurs échelles devenant comparable à celles qui constituent le bâti du village de Sars-Poteries. Orientés d’ouest en est, les volumes s’ouvrent sur le paysage. La géométrie offre différentes lectures selon les faces par lesquelles on l’aborde. La façade principale se veut accueillante par ses surfaces biaises, la façade ouest se caractérise par sa surface lisse et la façade est invite à la curiosité avec ses creux et excroissances. La pierre du Hainaut qui les revêt est une pierre naturelle calcaire, très compacte, de teinte naturelle gris-bleu, plus ou moins foncée selon son degré de polissage et selon la lumière. Pour sa mise en œuvre, les compagnons-maçons ont combiné leur savoir-faire à une taille à la machine numérique. Construire en pierre fut exaltant pour l’architecte, qui a dû calepiner l’ensemble des façades et porter une grande attention aux détails. Les vitrages sont délicatement posés au nu extérieur de la pierre, ce qui a nécessité de travailler la pierre en aval de la pose pour parfaire la continuité entre les deux matériaux. D’autre part, le système de récupération des eaux de pluie en toiture est parfaitement invisible. A l’intérieur, béton et plâtre sont apparents, nécessitant une parfaite maîtrise de la conception.

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La géométrie offre différentes lectures selon les faces par lesquelles on l’aborde, la façade est invitant à la curiosité avec ses creux et excroissances © Amélie Luquain
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La géométrie offre différentes lectures selon les faces par lesquelles on l’aborde, la façade ouest se caractérisant par sa surface lisse © Amélie Luquain

 

De l’écrin noir à la boite blanche

Le visiteur est happé dès l’entrée par le grand hall qui, agrémenté de mobilier en résine dessiné par l’agence, s’affine, fermant la perspective jusqu’aux salles de réserves en partie enterrées pour protéger les œuvres de la lumière – les rayons lumineux risquant de les faire exploser – et profiter de l’inertie thermique de la terre. Le hall d’entrée conduit le visiteur à la salle d’exposition permanente, volume majeur de l’édifice. Le parcours commence avec les œuvres historiques du musée, rassemblées dans trois boites suspendues dont les murs sombres contrastent avec les vitrines claires et lumineuses. La première salle expose les Bousillés, la seconde retrace l’histoire du musée et le rôle essentiel de son fondateur dans le développement de l’industrie verrière en France, la troisième présente des créations internationales des années 80. Au rez-de-jardin sont exposées les collections contemporaines, dans un vaste espace blanc et lumineux ouvert au nord sur le bocage. Cette salle au parcours plus libre, invitant à la déambulation, comprend quatre longs socles agrémentés pour deux d’entre eux de vitrines hautes. Elle est éclairée par des plafonds lumineux qui ne diffusent aucune ombre, intégrés aux sous-faces des boites suspendues.

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Les circulations deviennent des lieux de repos agréablement éclairées par les larges baies vitrées © Anne Vanlatum
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Au rez-de-jardin sont exposées les collections contemporaines, dans un vaste espace blanc et lumineux ouvert au nord sur le bocage © Anne Vanlatum

Dans l’esprit de l’architecte, les espaces blancs doivent pouvoir s’effacer pour laisser place aux œuvres. Peut-on pour autant parler d’un ouvrage parfaitement transparent (au sens de discret), pas si sûr ! Le maître d’ouvrage souhaitait d’ailleurs qu’on le remarque : implanté en zone transfrontalière, il doit participer au désenclavement du territoire et attirer le tourisme international, sur un site pourtant difficile d’accès et desservi par une unique départementale. Reste à espérer que les 50 000 visiteurs tant attendus fassent le voyage. Quoi qu’il en soit, la justesse du bâtiment vaut le détour.

 

*En dehors de leur temps de travail, les verriers utilisent avec l’autorisation du directeur, le matériel de production pour « bousiller » le verre. Ils créaient des objets d’inspiration libre, sans vocation marchande, pour eux-mêmes ou pour offrir, développant leur imaginaire et rivalisant de dextérité.

Amélie Luquain

 

Chiffres clés 1000 m2 de surface d’exposition au lieu de 300 m2 dans l’ancien musée. 2,2 hectares de terrain avec un dénivelé de 7 m. 800 tonnes de pierre bleue utilisées et 2500 m2 pour revêtir la façade à 247€/m2. 3000 pièces de Bousillés

Fiche Technique: MOA : Conseil départemental du Nord. MOE : W-Architectures. Lieu : Sars-Poteries (Département du Nord). Surface : 3417 m2 de surface utile. Coût : 14,9 millions d’euros TTC. Livraison : 1er octobre 2016