La France vue de Venise, épisode 7/8 : les activités industrielles et agricoles

Pour prolonger la présentation du Terreau français exposé à la 15e biennale d’architecture de Venise, sont mis en exergue les bâtiments à caractère industriel. Souvent repoussées à la périphérie, car consommatrices d’espace et génératrices de nuisances, les infrastructures industrielles scarifient le paysage des entrées de villes. On ne connaît que trop bien ces grands hangars indifférents aux contextes qui les entourent, posés là comme des détritus. Et pourtant, leur apporter de la valeur ajoutée permet de transformer le banal en précieux. En portant une attention aux détails et une tendresse dans les matières, souvent puisées dans le vocabulaire industriel, ils ouvrent de nouvelles perspectives au développement suburbain. AL

 

Cité artisanale, Alpes-Maritimes

« Alors qu’elle est souvent vécue comme une contrainte, nous préférons considérer l’économie de moyens comme le berceau d’une nouvelle éthique. Cette dernière consiste en une attention pour les détails et une tendresse pour les matières et les lieux. Nous aimerions contribuer à ce que l’œil perçoive la matérialité de l’architecture partout, dans un rapport de proximité inattendu. Comme l’écrivait Gottfried Honegger : « Nos yeux doivent impérativement apprendre à penser ». (…) Traité avec soin, le banal devient précieux, échappe à sa condition et fait sens. »

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Localisation : Valbonne. Programme : Cité artisanale. Architectes : Comte Vollenweider. Crédit photo : Serge Demailly

 

Locaux de l’opérateur public de collecte, Loire-Atlantique

« Le projet est situé sur un terrain en friche, une ancienne carrière remblayée servant de dépôt de carburant, voisinant avec une aire d’accueil des gens du voyage et une entreprise de charpente, dans un contexte d’entrée de ville marquée par les grandes infrastructures industrielles et portuaires. (…) Sans compromettre la fonctionnalité de cet équipement technique, le projet puise dans le vocabulaire de l’architecture industrielle pour proposer un bâtiment lumineux et urbain, qui s’étire de manière franche et tout en transparence le long du boulevard. »

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Localisation : Nantes. Programme : Locaux de l’opérateur public de collecte. Architectes : DLW architectes. Crédit photo : Stéphane Chalmeau

 

Usine de salaison de jambons, Pyrénées-Atlantiques

« L’insertion paysagère est totalement induite par la logique d’implantation qui a été retenue. L’hypothèse habituelle d’une grande plateforme horizontale provoquant des mouvements de terre a été écartée, au profit d’un encastrement du projet dans la pente naturelle du terrain.La volumétrie du bâtiment ne vient donc pas lutter contre la déclivité, mais cherche plutôt à utiliser celle-ci afin de réduire l’impact visuel de l’édifice, et profiter de l’inertie thermique liée aux parois enterrées. »

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Localisation : Aicrïts. Programme : Usine de salaison de jambons. Architectes : Leibar et Seigneurin. Crédit photo : Leibar et Seigneurin

 

Unité cynophile, Seine-et-Marne

« Un coin perdu entre le chemin de fer, les lignes à haute tension, les usines et la route. Une pure et banale résultante du développement suburbain. Un délaissé de l’agriculture. Un endroit dont l’âme a disparu depuis longtemps. Un territoire délaissé, un programme ascétique pour accueillir des chiens et des policiers. Un bâtiment triangulaire révélant une cour triangle. Symbole de la stabilité, de la sécurité civile. Les angles vifs, les murs massifs définissent une figure militaire défense. Un objet noir absorbant la lumière pour mieux la révéler au cœur de sa masse. Structurée, délimitée et pointant vers le ciel. Une architecture de silence. Pas de compromis ni complaisance. La cour, jardin exubérant et les murs d’un blanc pur. On pourrait y entendre rire et jouer les enfants. Non des chiens qui aboient et que personne n’entend. »

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Localisation : Moissy-Cramayel. Programme : Unité cynophile. Architectes : DDA & Fassio Viaud architectes. Crédit photo : Joan Bracco

 

Bâtiment pour le personnel de l’exploitation viticole, Gironde

« Malgré ses modestes dimensions, le nouveau bâtiment répond à un programme varié traitant à la fois de l’outil de production, des activités pour le personnel et de réception d’hôtes. Il en fait la synthèse sous la forme dense d’espaces imbriqués entre eux, formant une grande maison. Car c’est cela que nous cherchions : que la nouvelle construction incarne la propriété artisanale et familiale et en soit l’image contemporaine. »

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Localisation : Pomerol. Programme : Bâtiment pour le personnel de l’exploitation viticole. Architectes : Fabre de Marien. Crédit photo : Stéphane Chalmeau

Atelier de transformation de légumes bio, Loire-Atlantique

« L’atelier est un process abrité. La notion de filière courte implique en effet une reproductibilité du process. Constitués d’éléments modulaires ou industriels, les éléments de programme prennent place sous une grande couverture qui, en plus de les abriter, inscrit le projet dans son site propre. Nous avons souhaité établir ainsi un lien avec la dimension paysagère du site mais aussi avec l’enseignement dispensé au sein du lycée, mettre en rapport le sud du site avec le Jardin en Mouvement au nord. Nous avons donc déployé une grande treille, objet qui associe l’Architecture, par sa géométrie rigoureuse, au végétal dont il est le support. Le végétal est ici figuré par le tressage de saule, qui rappelle le panier, le contenant de légumes. »

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Localisation : Saint-Herblain. Programme : Atelier de transformation de légumes bio. Architectes : Mabire et Reich. Crédit photo : Guillaume Satre.

 

Pôle agricole et administratif du château Chasse-Spleen, Gironde

« Deux monolithes horizontaux anthracite contenant une enceinte de services et de manœuvre des engins agricoles constituent le nouveau pôle agricole et administratif du château Chasse-Spleen. La gémellité de ces deux bâtiment participe d’un certain sentiment d’étrangeté et leur parallélisme est à l’échelle et dans la logique d’un parcellaire de vignes. Le projet est issu de l’utilisation des codes habituels d’un hangar agricole à la fois poussés à l’extrême et à la fois simplifiés jusqu’à lui conférer une forme d’abstraction dans le paysage. »

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Localisation : Moulis-en-Médoc. Programme : Pôle agricole et administratif. Architectes : Lanoire & Courrian. Crédit photo : Lanoire & Courrian.

 

Bureaux pour des agriculteurs, Landes

« En parcourant les routes rectilignes de la région landaise, une image frappe l’esprit, celle des séquences répétitives des pins qui les longent. Le rythme changeant des arbres sous les effets de la cinétique trouble les sens et appelle l’esprit à s’évader. C’est ce sentiment primitif qui est à la base du projet, situé au cœur de la forêt : retrouver l’alternance des troncs de bois qui s’alignent et laissent passer ou non la lumière et les vues. Cela parle d’un inconscient collectif que nous cherchons à provoquer et qui est influencé, voire enrichi, par les paysages de nos régions. Cet imaginaire commun conditionne les représentations individuelles et collectives, qui émergent de la conscience sous forme de symboles. »

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Localisation : Liposthey. Programme : Bureaux pour des agriculteurs. Architectes : OCEO architectes. Crédit photo : OCEO architectes

 

Citations et iconographie issues du Catalogue du Pavillon français, 15e exposition internationale d’architecture, la biennale de Venise. Nouvelles Richesses, Obras/Collectif AJAP14, Éditions Fourre-Tout, 2016

Mardi prochain 20 septembre, épisode 8 : épilogue

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