Immeuble LESS par Vincent Parreira

L’Atelier d’Architecture Vincent Parreira a récemment livré un équipement sportif et 69 logements à proximité des quais de Valmy (Paris 10e). Entre densification et diversification programmatique, l’opération se distingue de prime abord par ses boîtes encastrées en façade. Visite en images d’après le reportage photos de Luc Boegly.

 

LESS AAVP Parreira canal saint martin

Prenant position le long du passage Delessert et tenant l’angle de la rue Pierre Dupont –à deux pas du canal Saint-Martin, ancienne desserte industrielle devenue lieu de promenade – s’élève une opération mixte comprenant un équipement sportif et 69 logements sociaux par l’Atelier d’Architecture Vincent Parreira. Celle-ci entend croiser l’échelle industrielle, encore présente au travers de quelques bâtiments d’envergure, à l’image de la cité Clémentel, avec l’échelle intime du logement.

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Implanté sur la dernière parcelle libre du quartier, un bucolique terrain vague, l’immeuble vient densifier les lieux tout en diversifiant les activités, la mixité programmatique étant une obligation inscrite au PLU. Les 69 logements, identifiés en façade par le motif des loggias, reposent sur la toiture du gymnase : une série de portiques franchissant plus de 20 m de portée, dont les poutres forment des refends au premier niveau et déterminent la trame des voiles porteurs supérieurs.

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Une longue coursive métallique surplombe un jardin conçu par l’atelier Roberta en cœur d’îlot, dessinant un paysage en soi. Écartée de 5 m de la façade arrière, elle autorise des accès individualisés aux logements tous traversant. Chacun est doté d’une loggia encadrée de mélèze, la boite permettant la lecture des logements depuis la rue et les différentes profondeurs assurant l’intimité vis à vis des voisins. A R+1, une terrasse paysagère commune est posée sur le socle du gymnase, face au cœur d’îlot. Sur rue, l’équipement public est habillé d’une résille métallique qui filtre la lumière, pour ne pas gêner la pratique sportive dans le gymnase et la salle de danse et tamiser l’exposition des sportifs du regard des passants. A contrario, l’escalier qui descend au gymnase semi-enterré multiplie les transparences tous azimut. Ainsi, l’opération ménage des zones intimistes tout en multipliant des transparences et des porosités visuelles, au risque que tout un chacun ne soit pas isolé de la vue de l’autre. Rue, ville, passant, cœur d’îlot, voisin, tout se voile et se dévoile tour à tour au gré des déplacements.

Amélie Luquain

 

LESS AAVP Parreira canal saint martin

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Lieu : 4-14 passage Delessert / 10-12 rue Pierre-Dupont 75010 Paris. Programme : construction d’un ensemble de 69 logements sociaux et d’un gymnase (1 442 m2). Maîtrise d’ouvrage : ICF La Sablière. Assistance à maîtrise d’ouvrage sites et sols pollués : Letourneur Conseil. Maîtrise d’oeuvre : AAVP Architecture – Vincent Parreira (architecte mandataire). Bureaux d’études : Économie du bâtiment : Bureau Michel Forgue. Bureau d’ingénierie des structures : EVP. Bet fluides & SSI : Louis Choulet. Bet hqe : Oasiis. Bet acoustique : Altia. Paysagiste : Atelier Roberta. Coûts travaux bâtiment : 14,87 M€ HT. Surface de plancher : 6 445 m2. Superficie terrain : 2 135 m2. Certifications : Cerqual (logements), Certivea (gymnase), Plan Climat Ville de Paris

Calendrier : Concours en janvier 2010. Début de chantier en janvier 2014. Livré en avril 2016

 

Courtesy AAVP / Luc Boegly

Firminy, la cité méconnue de Le Corbusier

A Firminy (Loire), située à proximité de Saint-Étienne, deux évènements font l’actualité : d’une part la candidature à l’inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’Humanité de la Maison de la Culture conçue par Le Corbusier, d’autres part l’exposition Traverses – l’art d’aujourd’hui rencontre Le Corbusier. Celle-ci met en regard son œuvre – aussi bien picturale et théorique qu’architecturale – avec celles de sept artistes internationaux. L’occasion de redécouvrir un site urbain trop peu connu, comprenant pourtant le plus grand ensemble architectural européen construit par l’un des principaux représentants du mouvement moderne.

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Firminy-Vert, un quartier emblématique de la pensée corbuséenne

 

Patrimoine vivant de l’œuvre de Le Corbusier, le site de Firminy est, après la ville indienne de Chandigarh, le deuxième plus grand ensemble architectural au monde et le premier en Europe construit par le maître des modernistes. Véritable incarnation de l’utopie corbuséenne, il abrite une Maison de la Culture, candidate à l’inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’Humanité, une unité d’habitation, un stade et une église.

L’ensemble de Firminy est né de la rencontre de son maire, Eugène Claudius-Petit, ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme d’après-guerre, et de Charles Édouard Jeanneret dit Le Corbusier. Dès 1953, le maire lance l’ambitieux projet urbain Firminy-Vert, un quartier construit selon les principes de la Charte d’Athènes, mais ne fait appel à Le Corbusier que pour quelques réalisations emblématiques, en raison de la polémique qui fait rage à son égard suite à la livraison un an auparavant de la Cité Radieuse à Marseille.

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Site le Corbusier Firminy

 

La Maison de la Culture, inclinaison remarquée

Le Corbusier se voit alors confier la réalisation de la Maison de la Culture, érigée entre 1961 et 1965. S’appuyant sur la roche laissée à nu d’une ancienne carrière de grès houiller, elle surplombe le stade en contrebas qui s’inscrit parfaitement dans la cuvette creusée. Du long de ses 112 m, la façade inclinée est rythmée par une composition alternant montants colorés et ouvertures vitrées, dessinée par Iannis Xenakis. La toiture incurvée est le fruit d’une solution technique innovante : les dalles de béton sont posés sur des câbles tendus entre deux façades. Restaurée entre 2009 et 2013, la Maison de la Culture est un patrimoine vivant où se déroulent toujours des activités culturelles prévues initialement, les espaces intérieurs comprenant une salle de théâtre, une bibliothèque, un auditorium, une salle d’art plastique, un foyer-bar… Elle est aujourd’hui proposée à l’inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’Humanité, parmi une série de 17 autres œuvres de Le Corbusier*.

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Maison de la Culture Le Corbusier
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Maison de la Culture Le Corbusier
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Site Le Corbusier : Maison de la Culture © Fondation Le Corbusier / Hubert Genouilhac / PhotUpDesign

 

Le stade de Firminy, topographie appréciée

A ses cotés donc, le stade est le seul de l’architecte en France. Construit entre 1966 et 1969, il est actuellement en cours de rénovation. Pour sa conception, l’architecte a su tirer parti du terrain, épousant la forme en cuvette de la carrière. Prouesse technique, l’auvent en béton qui vient couvrir en partie les gradins est en porte-à-faux sur 16 m de profondeur et 32 m de long.

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Stade et Eglise du Patrimoine Le Corbusier
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Stade du Patrimoine Le Corbusier

 

L’unité d’habitation, modèle renouvelé

Le maire de Firminy avait également confié à Le Corbusier la réalisation de trois unités d’habitation, dont une seule verra le jour, inaugurée en 1967. La maîtrise d’œuvre est assurée par André Wogensky, exécuteur testamentaire à la mort de l’architecte en 1965 ; cherchant à éviter une « pale copie » du maître, il manifestera son intervention par l’utilisation du orange et du bleu foncé. Il va sans dire que la construction sur pilotis est fondée sur l’utopie de la ville verticale, avec ses rues colorées desservant 6 types d’appartements différents, des « machines à habiter » où s’appliquent la mesure du Modulor. Aujourd’hui encore, un millier de résidents profitent des quelques 414 appartements.

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Site Le Corbusier : Unité d’habitation
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Site Le Corbusier : Unité d’habitation © Fondation Le Corbusier / Hubert Genouilhac / PhotUpDesign
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Rue de l’Unité d’Habitation
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Appartement témoin situé dans la « première rue »
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L’école maternelle, conservée avec son mobilier, ferme en 1998 après 30 ans d’utilisation

 

L’église Saint-Pierre, culture favorisée

Le clou de la visite est l’église Saint-Pierre, livrée en 2006 selon les plans du Corbusier. Elle a pour particularité d’être une co-création avec José Oubrerie, assistant de Le Corbusier et auteur du projet d’exécution et de l’achèvement du chantier. Visible depuis un promontoire attenant à la Maison de la Culture, l’église est une pyramide de béton à base carrée évoluant en un cône tronqué culminant à 33 m de haut. Véritable promenade architecturale, elle est conçue pour être appréciée en mouvement, l’utilisation de la rampe permettant de multiplier les points de vue sur l’objet architectural. A l’intérieur, les percements dans le béton dessinent une constellation, offrant une lumière changeante au cours de la journée. L’église est aujourd’hui un lieu culturel plus que cultuel, le socle du bâtiment ayant changé d’affectation au profit d’un centre d’interprétation. Depuis le 28 mai, elle accueille l’exposition Traverses, mettant en regard le parcours artistique de Le Corbusier et de sept artistes internationaux.

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Eglise Saint-Pierre
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Site Le Corbusier : Eglise Saint-Pierre
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Site Le Corbusier : Eglise Saint-Pierre

Un site d’exception donc, dont le Corbusier ne verra pas la fin. Aujourd’hui patrimoine vivant, dont une grande partie est classée au Monuments Historiques, l’ensemble constitue le plus grand témoignage européen de la pensée corbuséenne.

 

*Marc Petit, maire de Firminy et président fondateur de l’Association des Sites de le Corbusier, appuie la candidature sérielle et transnationale de « L’œuvre de Le Corbusier : une contribution exceptionnelle au Mouvement Moderne » au patrimoine mondial de l’Humanité. Celle-ci comprend 17 œuvres, dont la Maison de la Culture de Firminy, et implique 7 états : la France, l’Argentine, l’Allemagne, la Belgique, l’Inde, le Japon et la Suisse.

 

Amélie Luquain

 

 

Site ouvert tous les jours de 10h à 18h (sauf le mardi de septembre à juin). Plein tarif : 6,50 en visite libre et 7,50 en visite guidée. www.sitelecorbusier.com

 

Rue royale : un internat au Forum Bois

L’internat du Lycée d’Enseignement Technologique et Agricole (LEGTA) André Paillot à Saint-Genis Laval, près de Lyon, a été sélectionné lors du 6e Forum International Bois Construction qui s’est tenu à Lyon mi-avril. Livré en juillet 2015 par l’agence lyonnaise rue royale architectes, l’internat comprend 96 lits et ses espaces d’accompagnement (foyer, salles collectives de travail et appartement de fonction), l’occasion de revenir sur ces chambres avec vue*.

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L’internat est le dernier morceau du puzzle architectural d’un vaste ensemble bâti situé dans une campagne agricole. Ici, l’ancienne ferme a été agrandie dans les années 70 pour accueillir les locaux d’enseignement et de recherche. Vingt ans plus tard, des laboratoires de recherche agroalimentaire de type locaux industriels ont été construits sur la périphérie de la parcelle. Ainsi, l’internat vient compléter le bâtiment d’enseignement de 250 élèves, formé de plusieurs entités hétérogènes sur le Domaine du Coin (75000 m2).

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Plan masse

L’internat est divisé en trois entités de bois ; deux d’entres elles s’étirent d’est en ouest, tandis que la troisième, perpendiculaire, les relie.

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Plan RDC
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Plan d’étage courant

Le corps principal en R+2 domine le site. Il accueille les chambres, ainsi que les logements de fonction à son extrémité ouest. Orientées plein sud et protégées du soleil d’été par des « étagères à lumières » fixes, les chambres forment des modules de 30 m2, où intimité et convivialité se mêlent. Elles comprennent trois lits simples séparés par des armoires, des bureaux en alignement et un bloc sanitaire avec une douche et deux lavabos. Les circulations communes, en façade nord, sont éclairées naturellement par des baies horizontales positionnées à hauteurs variables, offrant des vues différenciées sur le vaste paysage.

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Les « étagères de lumière » protègent les chambres du soleil d’été

 

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Une chambre, unité de référence de 30 m2

Le foyer est implanté dans le second bâtiment, au rez-de-chaussée. Profitant d’une triple exposition, il termine de cadrer la Place du lycée.

Le troisième volume, quant à lui, sert d’accroche entre les deux précédents, tant dans sa volumétrie que dans sa fonction. En effet, il comprend les pièces de service, les salles de travail et les circulations verticales.

A proximité, un ancien hangar à colonnes de pierres réhabilité en préau ferme la parcelle.

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Structurellement, les bâtiments se différencient à nouveaux. Le premier, celui qui regroupe les chambres, est construit à partir d’un système poteaux/poutres en béton, avec des points porteurs tous les 8,50 m en façade. Celles-ci comprennent des panneaux de bois et sont revêtues de clins en mélèze, dont le jeu renforce la dichotomie de ce premier volume. Au nord, l’horizontal est de rigueur, assumé par les lames de bardages et les fenêtres en bandeau. Au sud, les clins verticaux sont plus ou moins espacés, associés à un pare-pluie coloré. Le second bâtiment, accueillant le foyer, est construit en portiques de lamellées-collés reposant sur des fondations et dalles béton. Les clins, eux, se retournent en toiture, valorisant la vue depuis les chambres.

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Au nord, l’horizontal est de rigueur
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Les clins espacés sont soutenus par un pare pluie coloré

Enfin, des failles piétonnes séparent l’ancienne maison de maître des nouvelles constructions et des courées jardinées offrent une alternative au grand paysage environnant.

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Une venelle piétonne sépare l’ancienne constructions des nouvelles

*Les architectes font référence au film Chambre avec vue de James Ivory (1986)

Amélie Luquain

 

Quelques chiffres :

– 1 000 m² de bardage plein en mélèze

– 20 000ml de carrelets mélèze

– 32 m3 de bois d’ossature pour les murs

– 20 m3 de bois lamellé-collé

– 750 m² de Stamisol color

– 3 300 m² d’isolant

 

Maîtrise d’ouvrage : Région Auvergne Rhône-Alpes. Maîtrise d’œuvre : rue royale architectes. SHON : 2 014 m2. Coûts : 4M € HT. Réception : juillet 2015

 

Courtesy rue royale architectes / Studio Erick Saillet

Alexandre Chemetoff : 91 logements et une crèche

A l’angle des rues du Faubourg-du-Temple et Bichat (Paris 10e), Alexandre Chemetoff a conçu un ensemble de 5 commerces, 91 logements et une crèche de 66 berceaux, dont la modernité s’enrichit des attraits du passé.

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Tentative de renouvellement d’un îlot parisien

chemetoff_logements_crèche« Dès les premières études, le projet fut envisagé comme une tentative de renouvellement d’un îlot parisien » précise l’architecte Alexandre Chemetoff dans la rubrique Paris d’actualité du Pavillon de l’Arsenal. S’insérant dans un quartier dense et populaire, marqué par une histoire industrielle, l’architecte a choisi de s’inspirer des éléments caractéristiques faubouriens pour concevoir une opération mixte commandée par Paris Habitat, composée d’un ensemble de logements et d’une crèche. L’équipe a arpenté les rues, dès la phase d’études, collectant des échantillonnages photographiques de ce qui forme l’identité du quartier alentour afin de revisiter la typologie des faubourgs parisiens.

 

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chemetoff_logements_crècheMettant à profit la profondeur de l’îlot, Alexandre Chemetoff a projeté une cour bordée de deux immeubles, empruntant ce modèle bien connu au tissu parisien. Ainsi, un premier bâtiment prolonge les constructions le long de la rue Bichat, tandis que le second s’adosse aux pignons des constructions voisines pour s’ouvrir sur la cour. La crèche, elle, glisse sa silhouette basse en fond de parcelle. De fait, protégée de l’agitation de la rue, celle-ci s’ouvre sur le jardin d’enfant depuis des salles largement vitrées. A l’intérieur, des patios végétalisés baignent les couloirs de lumière et deviennent des petits lieux de rassemblement, cerclés d’assises de peuplier, servant aussi de rangements. Les réseaux apparents dispensent les lieux de faux-plafonds, faisant place à de grandes hauteurs. La crèche, selon les souhaits de son maître d’œuvre, ressemble le plus possible à une maison pour enfants et le moins possible à un équipement.

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chemetoff_logements_crècheLes immeubles de logement, quant à eux, développent une stratification par niveaux où se succèdent les vitrines des commerces, un premier étage formant un entresol, trois étages courants et un attique. Fait relativement innovant, une construction mixte a été choisie : la structure porteuse est en béton poteaux-dalles, les façades sont en panneaux à ossature bois, de même que la crèche. Concernant l’immeuble prolongeant la rue Bichat, les façades sont revêtues de petites lames de mélèze posées a clin, tandis que le second bâtiment arbore des panneaux de fibrociment. Les logements traversant se prolongent en loggias, terrasses et bow-windows selon leur situation, rythmant les façades. L’attique, en retrait par rapport à l’alignement de la rue, est habillé de zinc à joints debout dans la tradition des toits parisiens et est plissé en forme de sheds répondant au passé industrieux du quartier.

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L’opération dialogue donc avec son contexte non pas en « pastiche » de l’architecture faubourienne, mais comme une réinterprétation contemporaine de cette dernière.

 

 

Maître d’ouvrage : Paris Habitat. Maître d’œuvre : Alexandre Chemetoff & associés. Superficie : 3240 m2 soit 91 logements (6300 m² SDP), 98  places de stationnement, 1 crèche de 66 berceaux (760 m² SDP), 5 locaux à vocation commerciale (640 m² SDP). Coût : 1500 €/m2

 

Amélie Luquain

Un hôtel signé Patricia Urquiola à Milan

Un hôtel signé Patricia Urquiola à Milan

Installée à Milan, l’architecte et designer espagnole Patricia Urquiola, directrice artistique de la marque de mobilier Cassina depuis 2015, a conçu le dernier hôtel de la chaîne espagnole Room Mate Hotels.

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Espace lounge. Giulia Room Mate Hotel, Milan

Après Amsterdam, Barcelone, Florence, Istanbul, Mexico, Miami, New York… Room Mate (colocataire, en anglais) vient de s’implanter en plein centre de Milan, près de la Piazza Duomo. Le concept de la chaîne est de donner à ses hôtes le sentiment de séjourner chez un ami. Chaque établissement porte un prénom : Oscar, Lola, Mario, Isabella…

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Espace lounge. Giulia Room Mate Hotel, Milan

Patricia Urquiola a voulu que l’hôtel reflète la ville à travers ses couleurs et ses matériaux. “Room Mate Giulia combine l’essence de Milan. Il est nouveau, frais, amusant et accueillant”, estime-t-elle. Le sol du hall, en marbre rose, fait écho à celui utilisé dans le Duomo, situé à deux pas. Les briques en terre cuite, une autre caractéristique de l’architecture milanaise, sont utilisées sur une paroi incurvée du hall.

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Espace lounge. Giulia Room Mate Hotel, Milan

L’espace lounge a été aménagé avec des pièces de chez Cassina (comme la chaise Tre Pezzi, de Franco Albini) et Moroso (la table basse Fishbone, Patricia Urquiola). Les 85 chambres, à dominante vert céladon, terracotta ou gris-bleu, et motifs quadrillés, s’inspirent des intérieurs italiens. Les murs sont parés de photographies et d’illustrations d’artistes milanais.

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Espace lounge. Giulia Room Mate Hotel, Milan
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Salle à manger. Giulia Room Mate Hotel, Milan
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Chambre. Giulia Room Mate Hotel, Milan
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Chambre. Giulia Room Mate Hotel, Milan
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Chambre. Giulia Room Mate Hotel, Milan
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Chambre. Giulia Room Mate Hotel, Milan
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Chambre. Giulia Room Mate Hotel, Milan
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Chambre. Giulia Room Mate Hotel, Milan


Room Mate Hotel Giulia, Via Silvio Pellico 4, 20121 Milan, Italie. 

Room-matehotels.com

Astrid Avédissian

Jinhee Park + John Hong signe le micro habitat de Songpa

Jinhee Park + John Hong signe le micro habitat de Songpa

Une recherche maligne d’espaces supplémentaires dans un contexte ultra-contraint à Séoul, proposant une solution à la densité et à la flexibilité de l’habitat en ville, réalisé par l’agence Jinhee Park + John Hong Architectes.

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Une robe de lamelles métalliques scintillantes offre une double peau très transparente

Peut-on rêver de jours meilleurs ? Des jours où le respect de soi et de l’autre permettrait de vivre en bonne intelligence, grâce à une bonne dose de ce que la République appelait hier le civisme ? C’est le pari des architectes Jinhee Park AIA + John Hong. En plein cœur de Séoul confrontée à l’hyper densité et l’envol des prix du m2 en location ou en accession, ils tentent d’inventer une « ruche » pour tous et chacun, des étudiants, des jeunes couples, des artistes.

Ambiance : dans la rue assez étroite l’immense toile d’araignée des fils électriques et de téléphone se tend mollement au-dessous des voitures entre le fouillis des architectures, plutôt basses, souvent de brique, séparées les unes des autres par quelques mètres, de quoi caler deux ou trois places de parking, glissées aussi en rez-de-chaussée comme les contraintes urbaines le prescrivent.

Sur la petite parcelle, il y a avait hier un immeuble de trois étages aux airs faubouriens avec ses encadrements de fenêtres à fronton. Détruit, il fait place à une machine à habiter de neuf niveaux sous-sol compris, avec 14 studios entre pliage et dépliage à volonté ou presque.

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L’extrême Orient a l’habitude des espaces contraints, des chambres cellules/capsules. Si chaque logement de 11 m2 reprend le principe de la boite, aucune sur un étage n’a le même le plan que l’autre. En revanche toutes développent un dispositif d’escamotage du mobilier : lit, tablettes, placard, etc. Ce principe s’applique aux cloisons et permet de combiner les blocs et d’obtenir grâce à cette modularité étonnante des espaces deux ou trois fois plus vastes, ajustés à l’évolution de la vie familiale ou professionnelle des habitants, favorable à leur sédentarisation, partant leur envie d’entretenir leur chez soi. La flexibilité s’étend aux fonctions : le logement peut se convertir en bureau, atelier, etc.

Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà

La souplesse spatiale s’appuie sur des parties communes partagées : couloirs qui deviennent petit salon, balcon, coursive plantée, toiture terrasse. Comme l’imposent les règlements d’urbanisme, le rez-de-chaussée est en partie libre pour le stationnement. L’occasion de le penser autrement. Avec le sous-sol, il est en partie occupé par un café et un auditorium que complète en étage un deuxième niveau transformable en galerie d’exposition. Manière d’attirer les voisins du quartier tout en appuyant le sentiment d’habiter une « ruche » commune.

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Ce n’est pas tout. Impossible de ne pas la repérer de la rue. Bien sûr, il y a sa robe de lamelles métalliques à peine torsadées et scintillantes au soleil, une double peau très transparente. Mais plus encore sa figure de containers empilés, décalés les uns des autres, enveloppés de vides et de lumière, associant espaces de la rue et de la maison, aux antipodes des blocs autistes fermés sur eux-mêmes et le monde.

Architecture pour la ville, architecture amoureuse de ses habitants. Petit bonheur que d’arpenter ces niveaux connectés, ouverts dans les trois dimensions, éclairés de toutes parts par une telle variété d’ouvertures qu’elle décourage la description.

Vivre chez soi et ensemble ? L’utopie est trop belle pour ne pas finir en eau de boudin ! Peut-être, mais pas certain. « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà » écrivait le cher Sieur Montaigne. Le civisme n’est pas le même partout.

Jean-François Pousse

Tree in the house : sapin en vitrine

La jeune agence de design et d’architecture A.Masow combine les capacités du design industriel et la richesse de la nature dans ce projet nourrissant notre imaginaire.  

Perdue au beau milieu des sapins dans la ville montagneuse d’Almaty au Kazakhstan, Tree in the House se camoufle dans son environnement. Un volume cylindrique transparent, avec un vide en son centre, révèle un arbre transperçant la maison.

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Dans sa vitrine de verre, il est l’ornement principal des lieux. Structurés autour du sapin, quatre anneaux revêtus de bois, supportés par quatre minces poteaux à la périphérie, constituent les étages de la maison. La rotonde translucide limite la vie privée, mais elle offre aussi un panorama à 360 degrés et une lumière du soleil en continu. Le mobilier sur mesure s’inscrit dans la courbe et se reflète sans cesse dans les vitrages, tout comme le paysage, induisant une perte de repère. Le soir venu, la maison éclairée se projette comme un feu dans la forêt.

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A la périphérie du cadre en verre, les escaliers hélicoïdaux blancs semblent suspendus dans le vide, atteignant les sommets. Traversant les plateaux, son ascension s’apparente selon les architectes aux étapes de purification spirituelle, en harmonie avec l’environnement. Depuis le dernier plateau, les habitants observent la cime des arbres. Lieu de réflexion et de contemplation, Tree in the House offre une alternative à l’agitation en ville, échappant aux boites de béton étouffantes pour retrouver la tranquillité de la nature.

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Amélie Luquain

Ypsilon House : En butte à l’horizon

Ypsilon House : En butte à l’horizon

Une belle baie d’un bleu ionien ponctué d’îles au sud ouest du Péloponnèse vers où converge une rustique vallée dont les oliviers tapissent les versants des vallons. L’un des mamelons semble s’être comme érodé, cloqué, pour accueillir, dans la plus grande discrétion, une maison de vacances familiale qui embrasse du regard les alentours.

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Ypsilon House, Péloponnèse, Grèce

Architectes, L.A.S.S.A.

Dépourvue de tout habitat vernaculaire pittoresque, cette région – baignée de soleil et encore épargnée par le tourisme de masse – a su conserver son caractère agraire. C’est justement ce qui a séduit l’autochtone commanditaire de cette villa de 160 m2 où réunir pour des vacances enfants et petits-enfants. Au bord de mer elle a préféré un tertre distant d’à peine quelques kilomètres surplombant une oliveraie d’où jouir au calme d’une vue panoramique à 360°.

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Caméléon bioclimatique

Se soulevant de terre comme des paupières, trois hyperboles asymétriques dessinent en plan et en relief un i… grec. N’allez pas chercher sa justification conceptuelle dans le passé de Théo Sarantoglou Lalis, jeune architecte français d’origine grec ayant fait ses armes chez Future System et Asymptote, se partageant désormais – avec son épouse et consœur belge Dora Sweijd – entre leurs deux agences londonienne et bruxelloise. Imaginée davantage comme une « infrastructure paysagère », cette « géométrie négociée » est le fruit d’une interaction pragmatique entre le programme, le site, les vues et l’ombre. En effet, la course du soleil a déterminé la courbure, l’inclinaison et l’orientation de chacune des hyperboles afin d’optimiser leur ombre portée estivale que parachève un auvent. Au sud, la voûte surbaissée du séjour abrite une sculpturale baie de 11m linéaire ouverte telle une ouïe béante sur un solarium dont la piscine à débordement amorce l’horizon marin. Celle à l’est est faillée de portes fenêtres offrant les premiers rayons du soleil aux chambres et à la cuisine – la cour qu’elle engendre accueillant des déjeuners ombragés. Au Couchant, la paroi cintrée est quasiment aveugle : une porte dissimulée commande l’entrée à la maison tandis que des ajours ovoïdes –vitrés pour les plus grands – éclairent et ventilent le couloir-tampon desservant les trois chambres. Le parvis d’accueil met à profit ses quatre marches de dénivelé “contenant” sinueusement les plantations environnantes pour créer un petit amphithéâtre de plein-air où projeter films et vidéos sur le voile béton méridional à l’enduit plâtre immaculé. Sous ses allures Op’art (Vasarely, Agam), cette façade – thermiquement si exposée – n’est pas sans évoquer l’impressionnant mur de soutènement défensif du monastère byzantin d’Amorgos (XIe siècle).

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Le dispositif bioclimatique est complété par la toiture végétalisée recouvrant ce dôme moderne qui confère sa dimension faussement troglodytique à l’ensemble. Laissée brute, la sous-face béton de ce bouclier thermique se serait révélée aussi sonore que celle en pierres des tombes de Mycènes. L’architecte a donc imaginé une stupéfiante charpente secondaire dont les lames de bois parallèles présentent une variation de hauteur et longueur (inférieure à 2,40 m) savamment calculée pour restituer en relief  le dessin d’une grève de sable sculptée par l’écume des vagues. Des boîtiers à LED avec dimer y ont été intercalés ici-et là dans l’entre-deux lamellaire, en amont du coulage de la voûte.

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Une crise économique stimulante

Ayant eu pour client le propriétaire d’un chantier naval égyptien et construisant aussi en Chine, notre jeune concepteur maîtrise à merveille l’élaboration des fichiers numériques indispensables à la préfabrication de géométries complexes.

Œuvrant ici pour des connaissances, il s’est encore plus investi personnellement allant jusqu’à pratiquer l’auto-construction afin de réaliser cette “ambitieuse” architecture à un coût le plus modique possible. Contrairement au marbre grec très bon marché, le bois y est particulièrement coûteux, il sera donc acheté en Belgique où le couple d’architectes a ouvert une seconde agence pour y disposer d’un vaste sous-sol (300 m2) où pré-fabriquer en kit l’ensemble des charpentes (primaire et secondaire) nécessaires au coulage de la dalle. Pour ce faire, l’agence s’est équipée, entre autres, d’une scie à découpe laser. Cinq mille pièces (en OSB ou Beton Plex) y ont donc été découpées, repérées, transportées avant d’être remontées sur place – selon trois types d’assemblage sans aucun clou – en à peine 7 jours par Théo et trois collaborateurs. Cette équipe opérationnelle aura passé sur le terrain un peu moins de trois mois pour tout mettre en œuvre jusqu’au coulage de la voûte, le relais étant alors passé aux entreprises locales.

Les réserves dans le voile ajouré du couloir ont été obtenues à partir de gabarits en polystyrène tandis qu’étaient thermoformés – suivant les fichiers correspondants – les cadres en solid surface devant accueillir les vitrages découpés au jet d’eau. Dans le même matériau, la cuisine a été menuisée à Bruxelles tout comme la plupart du mobilier intégré. Lionel Blaisse

 

Surface, 160 m2.

Maitre d’ouvrage, privé.

Maîtres d’œuvre et charpentier, Théo Sarantoglou Lalis & Dora Sweijd (L.A.S.S.A.).

Charpente, panneau OSB. Coffrage, Beton Plex. Baie coulissant séjour, Panoramah.

Maison filtre : toujours plus pour a+ Samuel Delmas

Dans le cadre du prix Big Mat 2015, qui sera remis le 20 novembre à Berlin, l’agence d’architecture a+ Samuel Delmas présente son projet de pôle tertiaire et médical situé a Nozay. L’occasion de regarder quelques années en arrière pour redécouvrir une de ses réalisations emblématique, démonstrative de son approche : un pavillon en banlieue parisienne, primé « mention spéciale » au salon de la maison bois à Angers en 2010 et reconnu comme l’un des 100 bâtiments de cette année-la.

A+ Samuel Delmas cherche toujours à faire plus : l’agence souhaite offrir plus que des m² et aller au delà du programme pour proposer des surfaces agréables, et pas seulement utiles.

Intégration paysagère

A l’automne 2010, a+ Samuel Delmas livre la maison filtre à Sèvres (92). Au cœur d’une zone résidentielle, la maison individuelle s’aligne avec ses deux bâtiments voisins. Située en partie basse d’un terrain pentu, elle profite de la déclivité du terrain pour se glisser dans le sol et profiter de l’inertie thermique de la terre. Pour mieux s’immiscer dans le paysage, elle est encadrée de deux jardins, l’un coté rue conçu comme un potager sous les arbres et l’autre face au cœur d’îlot en partie haute.

a+ samuel delmas maison filtre

a+ samuel delmas maison filtre

Reconversion et élévation 100% bois

Volumétriquement, le premier étage et les petits édicules en toiture s’appuient sur un volume constitué à partir des murs de soutènement de l’ancienne remise. Ce dernier abrite le garage, l’atelier/studio de musique et autres dépendances derrière une façade à l’aspect verre dépoli. L’étage est constitué d’une ossature bois structurellement indépendante du niveau inférieur, accueillant le cœur de la maison, tandis que les trois volumes en mezzanine constituent des refuges individuels pour chaque membre de la famille. Ces espaces sont revêtus d’un filtre de bois ajouré, constitué de fines lames de mélèze naturel non traité, passant devant l’ensemble des menuiseries.

a+ samuel delmas maison filtre 2

a+ samuel delmas maison filtre

 

Stratification, emboitement, continuité

La maison étant fermée coté rue, en partie encastrée dans le sol et flanquée de bâtiments mitoyens, elle développe un linaire de façade limitée. De fait, toutes les pièces sont traversantes et s’ouvrent au sud sur le haut du terrain, tandis que l’imbrication des volumes émergents, à demi encastrés, permet de développer des ouvertures zénithales. A l’intérieur, les jeux de transparence diffusent une sensation de continuité de l’espace malgré la fragmentation des volumes. La circulation est fluide entre les pièces et de l’intérieur vers l’extérieur. Les limites sont brouillées. La salle à manger traversante devient un passage entre deux terrasses.

a+ samuel delmas maison filtre 3
 

Un projet qui développe une harmonie et une cohérence globale tout en assurant une grande intimité et en s’ouvrant vers l’extérieur, grâce à un filtre tout en mélèze.
Ecologiquement intéressant ? Assurément. Pavillon du futur ? Espérons-le.
 

a+ samuel delmas coupes simplifiées


 

a + samuel delmas coupes simplifées 2

Surface, 120 m² hab + 60 m² surface annexe. Livraison, 2010. Maitre d’œuvre, a+ Samuel Delmas. Montant des travaux, 320 000 euros HT.

Amélie Luquain

Photographies ©Frédéric Gémonet

Habitat Seniors : co-innovation dans l’usage

Habitat Seniors : co-innovation dans l’usage

Co-woking, co-conception, co-ordination, co-innovation, co-llaboration font partie d’un nouveau vocable qui dénote des tendances actuelles, tendances qui n’ont que rarement portées leurs fruits. A l’initiative du promoteur des résidences Les Senioriales, la notion de collectif prend un nouvel envol : Habitat Seniors est un logement évolutif conçu par et pour les seniors où promoteurs, industriels et usagers travaillent main dans la main et où l’architecte ne prend part au projet qu’a posteriori.

Habitat Seniors, le premier logement évolutif conçu par et pour les séniors

Habitat Seniors, le logement s’adapte

Partant de l’hypothèse que ce n’est plus aux séniors de s’adapter aux logements, mais aux logements de s’adapter à leurs modes de vie, Les Senioriales ambitionnent de repenser l’habitat des seniors, offrant un intermédiaire entre le logement standard et les EHPAD. Puisque chaque usager à un quotidien qui lui est propre et qui évolue dans le temps de manière différente selon la contrainte physique, il s’agit de créer un espace universel à la fois polyvalent, modulable et accessible, qui réponde à la diversité des besoins. Pour ce faire, un consortium a réuni en 2013 un promoteur, un architecte et 11 entreprises françaises du secteur de l’habitat, animé par l’Institut Technologique FCBA, lui-même associé au laboratoire Paragraphe de l’Université Paris 8 soutenant une thèse en ergonomie sur la co-innovation pour et dans l’usage.

habitat seniors

Le Senior, expert de son cadre de vie

Habitat Seniors, c’est avant tout une démarche innovante itérative qui porte sur les regards croisés des différents collaborateurs et où l’usager est intégré au process dès la phase de conception, a contrario du schéma linéaire bien connu (promoteur, architecte, industriels gros œuvre et second œuvre, industriels équipement, usagers).

cuisine habitat seniors AMR concept
Mobilier de cuisine et électroménager, AMR Concept, Blum, Bosch. Plan de travail motorisé pour régler la hauteur, meubles hauts escamotables, table de cuisson avec témoin de chaleur, portes, relevants et coulissants amortis, four multifonction avec porte escamotable et coulissante sous l’enceinte du four, barre d’appui.

Dans un premier temps, socle de la démarche, une enquête a été menée auprès d’une trentaine de seniors et d’aide soignants afin de cerner les aléas de leur vie quotidienne. Plusieurs stratégies ont été mises en évidences : l’optimisation des espaces de rangement, le rassemblement des fonctions, l’accessibilité simplifiée…. Dans un second temps, promoteur, architecte et industriels ont simulé les contraintes pour mieux les comprendre et les résoudre, dans une démarche de co-conception. Enfin, les différents concepts et prototypes ont été testés par les séniors.

Dans ce processus de co-innovation, l’utilisateur est considéré comme le meilleur expert de son cadre de vie, permettant aux concepteurs de se baser sur les usages réels du logement pour mieux concevoir.

habitat seniors placards
Placards – cloison amovibles avec porte coulissante, Optimum, Righini, Blum. Meuble – cloison mobile, dressing et casiers « va et vient » communiquant. Porte coulissante et motorisée, fonctionnement en « push and go » avec paramètres réglables, option de sécurité, détection de présence

L’architecte a posteriori

Dans ce processus de co-innovation, l’architecte ne se pose plus en maître mais en « incitateur », selon les mots de Marc Raymond, agence AMS, architecte du projet et enseignant à l’ENSA-Toulouse. L’architecte aide à concevoir et à réinventer des façons d’habiter face aux mutations sociales actuelles. Les seniors représentent actuellement 18% de la population, mais près de 30% à horizon 2030. L’architecte a un travail de synthèse, coordonnant et orientant, mettant en place des outils et des conditions pour permettre la recherche et le développement de solutions innovantes d’aménagement d’espaces à vivre. L’architecte vient à posteriori ; l’agence AMS a rejoint le groupe qu’en janvier 2014. A noter, ce fut aussi l’occasion pour Marc Raymond de sensibiliser ses étudiants sur les questions d’usage, de fonctionnalité, de matériaux, de légèreté, de stabilité… lors de workshop.

Habitat Seniors, version 2.0

A ce jour, le résultat de la démarche est un logement prototype où les différents questionnements s’imbriquent pour proposer une solution cohérente. Finalement, les concepteurs, qu’ils soient usagers ou industriels, ont dû faire preuve d’ingéniosité pour améliorer le bien-être et apporter des commodités d’usages et d’entretien, tout en bannissant les stigmatisations grâce aux équipements de style neutre mais riche d’esthétisme.

application domotique habitat senior
Domotique, Somfy. Interfaces web et applications mobiles TaHoma, intuitives et évolutives, pour piloter son habitat et programmer ses scenarii. Système de contrôle en local, volets roulants équipés de moteurs io-homecontrol, contrôleurs d’éclairages et de chauffage, détecteurs pour renforcer la sécurité domotique (coupure eau, gaz, électricité), suivi des consommations. Formation et accompagnement par un domoticien.

Si cette histoire a débutée il y a de cela trois ans, elle n’en est aujourd’hui qu’à ses débuts. D’ici avril, les usagers pourront tester durant une quinzaine de jours l’habitat et le faire évoluer encore, dans le but de créer une deuxième version pour ce logement. Par ailleurs, ce travail de collaboration a tissé des liens entre les entreprises qui envisagent demain de travailler ensemble pour co-développer de nouvelles solutions. Aujourd’hui, l’exclusivité des solutions revient aux Senioriales pour une durée d’un an et demi, au-delà de laquelle pourra être envisagée une commercialisation des produits. Et ne vous y trompez pas, si ces innovations engendrent un surcoût, elles restent plus économiques qu’une restructuration après coup, et s’adaptent de par leur efficacité à des logements plus petits donc moins couteux au m².

C’est donc un pari réussi pour Habitat Seniors, dont la modularité et l’adaptabilité des équipements exposent leur potentiel afin d’attirer un public bien plus vaste, bien plus jeune.

 

Animateur – coordinateur, Institut Technologique FCBA associé au laboratoire Paragraphe Université Paris 8. Promoteur, Les Seniorales. Architecte, AMS. Salle de bains, Chêne Vert. Aménagement et placards, Optimum. Domotique, Somfy. Portes, Rhigini. Ferrures, Blum. Luminaires, SFL. Thermique, Atlantic. Sol souple, Gerflor. Electroménager, Bosch. Aménagement PMR, AMR concept. Mobilier, Evidences.

Amélie Luquain