Technilum : La petite entreprise sous la prairie

Trop à l’étroit pour répondre aux commandes d’envergure internationale, le concepteur et fabricant français de mobilier urbain d’éclairage Technilum décide de créer une extension sur son site de production ; un chai viticole dans une vaste prairie.

Concepteur et fabricant de mobilier urbain d’éclairage depuis 1971, Technilum s’implante dès 1999 à Lézigno, près de Béziers. C’est en 1994 qu’Agnès Julian, actuelle PDG, reprend les reines de l’entreprise de son père. Alors que le bail de location arrive son terme, la jeune entrepreneuse cherche des locaux autrement plus séduisant que les boîtes à chaussures des zones industrielles. Elle repère un ancien chai viticole dans la région de Béziers, en déshérence depuis 1956, qu’elle décide de réhabiliter pour y abriter le siège social et le site de production dès 1999. Si le bâtiment semblait vaste à l’époque, l’entreprise s’y trouve rapidement trop à l’étroit pour répondre à ces commandes d’envergure internationale. Prenant le contre pied à la tendance actuelle des secteurs industrielles qui externalisent de plus en plus leur fabrication, Agnès Julian joue la carte du « made in France » et prend la décision d’étendre son site, sur site.

L’ambition architecturale pour cette extension était élevée, puisque l’entreprise fait dans un premier temps appel à la très célèbre agence suisse Herzog et de Meuron, alors trop occupée par le stade de Bordeaux et d’autres commandes. C’est finalement avec l’agence Passelac et Roques et les paysagistes ALEP que Technilum engage son extension. Un choix de proximité, l’agence étant implantée à Narbonne, mais aussi pour leur contribution à de nombreux grands projets notamment le musée Soulages de Rodez ou le mémorial de Rivesaltes.

Intégrée et discrète, l’extension se doit de respecter les qualités paysagères et patrimoniales du lieu. Rappelant les aménagements de soutènement et de fossés bâtis visibles sur le domaine, le bâtiment s’inscrit dans le paysage depuis les vues Nord et Est comme une grande restanque de béton teintée dans la masse, réduisant progressivement la hauteur de ses murs jusqu’au niveau du sol. Prédisposant à ce dipositif architectural, le process de fonctionnement de l’entreprise nécessite d’excaver la terre pour récupérer le niveau de l’unité de production existante. Ainsi, cette mise à niveau facilite les accès logistique, la manutention, le stockage … Les deux volumes sont reliés par un passage couvert vitré, qui devient passerelle extérieure au second niveau ; une transition douce qui assure aussi la rupture visuelle entre l’ancien et le contemporain. La toiture végétale, non accessible, assure la continuité avec la prairie ; seuls les sheds émergent et signalent la présence de l’entreprise Technilum.

 

 

Fiche technique

Maîtrise d’ouvrage : Technilum® Maîtrise d’œuvre : Passelac & Roques Architectes Paysagiste : Atelier Lieux et Paysages (ALEP) BET : Technique et Structure EGE Ingénierie / Acousticien Atelier Rouch / Concepteur Lumière Atelier Coup d’Eclat /  Bureau d’études VRD BE2T Ingénierie /  Bureau de contrôle et SPS Socotec /  OPC B2F Ingénierie  Surface : 4500 m2, sur un terrain de 46 000 m2 Coût : 8 M € TTC

© Kévin Dolmaire ou © Hugo Da Costa

DeA Architectes, la vêture comme ornement utile

Guillaume Delemazure implante son agence DeA Architectes en 2008 à Mulhouse. Précédemment associé de Herzog & de Meuron, Guillaume Delemazure revendique cette étape de sa carrière, avec une certaine fierté qui cherche à asseoir sa crédibilité. De Strasbourg à Bâle, en passant par Mulhouse, l’agence nous présente trois projets à la géométrie volontairement simple et au travail de façade que Delemazure voit d’une façon plus globale sous le terme d’« enveloppe », de « l’enveloppisme », en somme.

 

Centre de recherche en biomédecine de Strasbourg

A Strasbourg,  le centre de recherche en biomédecine est édifié sur le campus de la faculté de médecine. Il abrite des laboratoires de recherches modulables de haute technicité, en liaison directe avec l’hôpital universitaire. Le projet a convaincu par son implantation urbaine et par sa compacité, à la vue de la petitesse de la parcelle face à la surface nécessaire considérable. Sa volumétrie extrêmement simple, doté d’un plan rectangulaire organisé autour d’un atrium, sur 7 niveaux, et d’un édicule technique, assure, selon l‘architecte, efficacité, sécurité, et optimisation énergétique. Pour répondre à l’appétence de la maîtrise d’ouvrage envers un bâtiment iconique, les architectes ont travaillé sur une façade pour le moins singulière, à tel point que l’on ne peut que se retrouver perplexe ou ébahi, c’est selon, devant un parallélépipède enveloppé sous un ornement contemporain. Car c’est  bien de cela qu’il s’agit en  premier lieu : établir une iconographie, un motif, en l’occurrence à partir d’une image pixellisée. Une position d’autant plus assumée qu’elle se retrouve dans l’organisation même de la maîtrise d’œuvre ;  Groupe 6 étant l’architecte mandataire, et DeA l’agence qui a dessiné la façade depuis la phase concours jusqu’à la livraison, faisant de  l’enveloppe une conception à part entière. Les façades sont habillées d’une vêture unique, constituée de stores métalliques de couleurs différentes. Il s’agit en réalité de brise-soleil orientables, détournés pour être positionnés en bardage fixe. Tantôt orientable, tantôt fixe, l’ensemble se fond dans un même calepinage, constituant une enveloppe homogène.
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Maîtrise d’œuvre : Groupe 6 architectes mandataires / DeA architectes Co-traitant / WSP, CTE, Transsolar. Maîtrise d’ouvrage : Université de Strasbourg. Localisation : Strasbourg (67), France. Surface traitée : 13 060m2. Coût de construction ht : 21 M€. Livraison prévue : 2017

Photographies – DeA Architectes 2017 

 

Quartier d’affaires ZAC Gare à Mulhouse, îlots 5 et 6

A Mulhouse, même motif, même punition. Deux volumes jumeaux se toisent ;  leurs formes parallélépipédiques ont été préconisées par l’urbaniste de la ZAC David Mangin et assumées par DeA Architectes. D’une part, ces immeubles de bureaux se situent en zone sismique, ce qui définit une structure complexe. Le remplissage en panneaux bois limite la masse de la façade. Celle-ci est déportée de 90 cm par rapport au rez-de-chaussée, dont 20 cm pour la vêture laissant filtrer une large  lame d’air qui participe de l’isolation thermique. A nouveau, un revêtement unique, métallique, qui assume plusieurs fonctions comme celle d’enveloppe thermique  ou de garde corps. Egalement, la vêture dissimule 20% des fenêtres, assurant l’aspect monolithique des immeubles. Mais surtout, celle-ci rappelle la trame graphique et colorée des indiennes si caractéristiques de l’industrie textile de la ville de Mulhouse.
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Maîtrise d’oeuvre:  DeA architectes / CTE, Etmo, B2E. Maîtrise d’ouvrage: Nacarat. Localisation: Mulhouse (68). Surface traitée: 3700 mCoût de construction ht : 4,5 M€. Livraison : 2015. Lauréat Archi Design Club Awards 2016 «Catégorie Bureaux Neufs». Lauréat Palmarès 2016 de l’Architecture et de  l’Aménagement urbain d’Alsace

Photographies : DeA Architectes 2017 / P-M. Rouxel 2015

 

Aéroport de Bâle-Mulhouse-Fribourg

Quand à l’aéroport de Bâle-Mulhouse-Fribourg, il connaît une forte croissance qui a engendré une stratégie de développement du site, compris entre l’aérogare principale et l’autoroute A35. Etabli par l’agence DeA, la première étape de cette stratégie est la réalisation d’un parking silo au Nord du site aéroportuaire, en 18 mois. Abritant 2500 places, il s‘étage sur 6 niveaux de 220 m de long, soit 70 000 m². Suivant la forme allongée du terrain, il s’organise autour d’une double rampe hélicoïdale, assurant la fluidité du programme. Il est entièrement revêtu d’une fine résille nervurée, a 50% poreuse, qui assure à la fois les conditions de ventilation et les contraintes de sécurité, tout en conférant un caractère monolithique à l’ensemble. De nuit, le bâtiment s’éclaire et fait figure de lanterne prête à accueillir les passagers.

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Maîtrise d’œuvre : DeA architectes / Gagnepark mandataire / Eiffage, Clemessy, Egis. Maîtrise d’ouvrage: Aéroport de Bâle Mulhouse. Localisation: Saint Louis (68). Surface traitée: 70 000 m2. Coût de construction ht : 25 M€. Livraison : Avril 2017

Photographies –  A. Taillard, DeA Architectes 2017 / P-M. Rouxel 2017

 

Amélie Luquain H. 

 

Centre de Recherche EDF à Saclay, ou de l’usage du cylindre

Pour la conception du Centre de recherche et développement d’EDF à Saclay (91), Francis Soler emprunte la figure du cylindre comme réponse au territoire plat et vide, à la diversité de la programmation digérée dans un tout homogène, et à la nécessaire flexibilité.

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© Jean-Pierre Porcher

© Jean-Pierre Porcher avec Christophe Jobard (drône) et Henri Tournier (musique)

Voir aussi des vidéos du projet sur l’Instagram archi_cree

Le Centre de Recherche comme projet paysage

A l’origine, les dispositions d’urbanisme du terrain acquis par EDF sur le plateau de Saclay pour la construction de son nouveau centre de recherche et développement – en remplacement de celui de Clamart – étaient bien légères. Rien de comparable aux bâtiments construits ensuite dont les implantations, gabarits et alignements ont été édictés par l’Etablissement Public d’Aménagement Paris-Saclay (anciennement EPPS), auxquels a été soumis le campus EDF dessiné par l’agence ECDM. Ainsi, l’architecte Francis Soler a eu pour tâche de livrer un programme de grande ampleur sur un site plat et vierge, une tabula rasa. Pour cela, il a répondu avec le paysagiste Michel Desvigne par des bâtiments posés dans un parc, « projet- paysage » dont le système d’implantation a déjà été adopté par les grands ensembles de 1960. Les jardins de Pascal Cribier, constitués de rigoles en étoile, de caniveaux filant, de bassins riches en biodiversités et de douves profondes slaloment entre les gabarits courts et élancés de bâtiments cylindriques. L’architecte a choisi le plan circulaire pour le entre de recherche, non seulement parce qu’il n’a pas d’orientation, mais aussi parce que le maître d’ouvrage décrivait le programme par des gestes tout en rondeur, selon Soler. S’en suit un assemblage semblable aux rouages d’un mécanisme horloger, structurés de quatre pôles fonctionnels majeurs : l’Accueil (le plus central avec 77 m de diamètre et 15,5 m de haut), la Recherche (le plus grand avec 160,89 m de diamètre et 19,5 m de haut), la Halle d’essais (le plus haut avec 46 m de diamètre et 24,38 m de haut), le Restaurant (69 m de diamètre et 14,5 m de haut).

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© Rodolphe Jobard

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Homogénéité extérieure, hétérogénéité intérieure

En contrepied d’une programmation constituée d’une multitude d’éléments divers, allant du plus ouvert au plus fermé, du plus grand au plus petit, Francis Soler a recherché une homogénéité extérieure, dont « la perception de l’ensemble pouvait être rassemblée par l’œil ». Le cylindre devient le dénominateur commun, volume capable s’imposant comme un contenant, servi par une écriture identique. Le projet est tenu par des éléments distinctifs et répétitifs, en plan comme en élévation. L’homogénéité est assurée par les façades, constituées de grandes baies vitrées s’ouvrant sur un balcon périphérique, le tout fermé par de longilignes claires-voies de verre, systématisées sur l’ensemble de la réalisation. Seules les dimensions varient afin d’adopter une courbure continue malgré les différents diamètres. Dans ce souci d’unité visuelle extérieure digérant une diversité intérieure, la halle d’essai donne un exemple intéressant. Le cylindre entoure un plan carré imposé. Ce système est censé contenir les extensions sauvages des chercheurs toujours en quête de prolongements d’équipements et de machines nouvelles, mais l’espace résiduel entre les deux formes géométriques est déjà occupé par les bureaux. Francis Soler déplore le fait qu’ils puissent défigurer l’harmonie générale avec des agrégations ou des agrandissements non maitrisés.

Centre de Recherche edf francis soler saclay
© Jean-Pierre Porcher
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© Jean-Pierre Porcher

 

Flexibilité

Ici, le cylindre devient un volume capable qui, redécoupé par une trame, doit offrir une grande flexibilité. En plan, chaque volume est constitué d’un noyau central et de poteaux en périphérie, libérant l’espace sous de grandes portées. Les plateaux dégagés de toutes contraintes verticales sont malléables. Concernant le bâtiment de la recherche, il est équipé en fluides par le sol et par un caniveau technique qui court tout le long de la façade courbe. Des dalles actives de 45×45 cm complètent le dispositif technique. Les bureaux sont construits sur une trame de 3,35 m, partitionné par des cloisons industrielles simples sur lesquelles des tableaux acoustiques sont fixés. Par ailleurs, l’on remarquera que cette roue constituée de bras rayonnants et de patios extérieurs est inachevée. Initialement, pour le maitre d’ouvrage, cette interruption devait pouvoir accueillir une extension potentielle de 15 000 m² ; le vide laissé par l’architecte aura trop vite été comblé par un jardin bien pensé dont ne saurait plus se passer EDF.

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© Jean-Pierre Porcher
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© Jean-Pierre Porcher
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© Guillaume Martial

Ainsi, les cylindres dont usent Francis Soler répondent à une série de contraintes posées originellement par le territoire et le programme. Un centre de recherche Saclay 1.0 aux règles sauvages qu’on ne retrouvera pas dans des projets futurs, quid de celui de l’agence LAN pour la construction d’une résidence étudiante face à l’école Centrale. Un cas d’école ?

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© Jean-Pierre Porcher

 

Amélie Luquain

 

Fiche technique

Construction d’un centre de recherche et développement EDF proposant 1500 postes de travail en première étape (salariés, thésards, partenaires, prestataires, stagiaires) et comprenant 1 auditorium de 500 places, 2 auditoriums de 75 places, une halle d’essais, des salles de commissions, des salles d’expérimentation, des bureaux, des laboratoires, un restaurant, une brasserie, des cafétérias et 8 hectares d’espaces extérieurs. 90 places de stationnements et 125 emplacements de stationnement deux roues

Lieu : Plateau de Saclay, Essonne (91). Maîtrise d’ouvrage : EDF / SOFILO. Maîtrise d’œuvre : Francis Soler Architecte. Programmation : ORENOQUE. Aménageur : EPPS, devenu EPAPS (Saclay). Urbanisme : Michel Desvigne. BET : Structures – VP&GREEN engineering. Fluides – Espace Temps. Acoustique – Lamoureux. VRD : Setec TPI. Economiste – Mazet & Associés. Entreprises : SPIE Batignolles / BESIX. Performance énergétique : Energie éolienne, solaire thermique et photovoltaïque / BREEAM / Certification BBC (cible RT2012 -20%) avec une compensation par l’électricité produite sur site par une centrale solaire photovoltaïque volontairement limitée à 10kWef/m² SHON. Immeuble « bas carbone » à émissions limitées à 3 kgeq CO2/an/m² Shon. Calendrier : Concours – avril 2010. PC – janvier 2012. Livraison – janvier 2016. Surfaces : 80 500 m² Montant global et forfaitaire des travaux : 212 M € HT

 

 

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Campus EDF à Saclay : empilement sur un plateau

L’installation au sein de Paris-Saclay, quartier de l’École Polytechnique, suggère la volonté politique d’EDF de rejoindre un cluster dynamique. Le groupe confie à l’agence d’architecture ECDM la réalisation de son centre de formation, proposant à ses employés une retraite de quelques jours sur ce plateau battu par les vents et encore difficilement accessible. Ça tombe bien que le campus comprenne salles de formation, ateliers techniques, espaces de restauration et chambres. 

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« Au vu du territoire disponible, un tel programme aurait pu être morcelé » soulignent les architectes. Mais c’est le concept inverse qui a été mis en œuvre, défendant l’idée d’un bâtiment unitaire, mixte et dense, à la consommation de terres arables. « Nous préférons l’empilement et la compacité à une nappe horizontale étendue » continuent-ils. Ainsi, la totalité du terrain disponible n’est pas phagocyté par l’architecture qui met en scène sa stratégie d’empilement, bien que la hauteur bâtie reste limitée par le couloir aérien d’Orly. Le projet a été développé en coupe plutôt qu’en plan, sur un principe de stratification. Le volume parallélépipédique compact est creusé d’un patio central et augmenté d’une excroissance sur sa face arrière abritant les ateliers ; une entorse à la compacité qui s’explique par la technicité. Le bâtiment principal laisse transparaitre en façade le programme qui s’étage en trois couches superposées ; matérialité des revêtements et motifs générés par le rythme des percements en constituent les signes distinctifs. L’étage de formation est habillé de béton Ductal brun cernant des fenêtres allongées ; le couronnement qui héberge les chambres est revêtu du même béton fibré à ultra-hautes performances ; l’entre deux, qui abrite restaurant et espace de détente constitue pour Emmanuel Combarel « un vide théorique » derrière un bandeau de verre plissé. En pied, le verre affiche l’entrée et la salle d’exposition, tandis que l’inox enveloppe la halle technique, à l’arrière. L’intérieur est quant à lui structuré d’un patchwork démonstratif d’univers variés.

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En livrant ce campus, EDF veut affirmer sa conduite d’une politique architecturale avant-gardiste. Le groupe inscrit la commande passée à ECDM dans la lignée d’autres ouvrages : le centre d’archives de Bure conçu par LAN – un cube posé dans un paysage champêtre – la réhabilitation des bureaux EDF à Lyon Thiers par Jean-Paul Viguier, le siège EDF à Ajaccio par l’agence ECDM (déjà elle), les bureaux Sofilo à Reims par l’agence ANMA, jusqu’au centre de recherche et de développement réalisé par Francis Soler, qui forme, avec le campus d’ECDM, le Lab EDF sur le plateau de Saclay. Pour EDF, ces ouvrages sont l’héritage contemporain des centrales nucléaires dont l’identité a été confiée à Claude Parent à partir des années 1970. Avec ces architectures pourtant bien loin de constituer un nouveau visage à la firme, celle-ci en oublie de communiquer sur le campus des Mureaux livré par Atelier de Montrouge en 1980 qui a pourtant était fermé au profit de Saclay.

 

Retrouvez le projet en vidéo sur Instagram archi_cree

 

Fiche technique

Maître d’œuvre : ecdm Emmanuel Combarel Dominique Marrec. Maîtrise d’ouvrage : EDF. Maîtrise d’ouvrage déléguée : SOFILO. BET structure : Jean-Pierre Miécaze – façade : VP&GREEN – Direction de travaux : CALQ – Paysagiste : APTEC MO – Économiste : Mazet et associés – Fluides : THOR ingénierie – VRD : Setec – Acousticien : AVA – Mobilier : Ciguë – Réalisation des éléments BFUP de façade : Ductal® Lafarge Holcim / Betsinor / C&E ingénierie. Localisation : 13 boulevard Gaspard-Monge, 91120 Palaiseau, Plateau de Saclay. Coût travaux : 70 M € HT. Certifications : HQE excellent et BREEAM excellent. Livraison : décembre 2015

 

Programme

Centre de formation et campus compact multi-activités ; 26 000 m2 de surface de plancher ; 12 000 m2 de façade, dont 4 000 m2 en BFUP ; 15 000 employés formés chaque année ; 60 000 jours de formation par an ; 70 salles de formation ; 2 grandes salles modulables ; une salle plénière ; une salle d’exposition de 450 m2 ; 270 chambres individuelles ; un restaurant de 300 places et 4 salons privatifs ; un bar lounge ; une salle de fitness ; une salle de détente ; une médiathèque ; une halle de formation technique de 3 000 m2 ; un parking de 450 places ; un grand jardin ; un terrain pédagogique de poteaux électriques en extérieur

 

Courtesy ECDM / Jérémy Bernier 

 

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5+1AA : de la démesure de Rome

Alfonso Femia et Gianluca Peluffo, associés de l’agence italo-française 5+1AA, ont livré en novembre dernier le nouveau siège de la BNL-BNP Paribas à Rome. Situé au nord-ouest du centre historique, adjacent à la gare ferroviaire Tiburtina, la conception de cet objet singulier qui se veut aussi discret que monumental a largement été influencé par son contexte.

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Monumentalité exigée

Rome, Tiburtina. C’est à plus 2 km du centre historique, à la jonction de deux quartiers – les Quartiere V Nomentano (nord ouest) et Quartiere XXII Collatino (sud est) – et de deux vides urbains – le cimetière (sud ouest) et une zone en friche (nord est) – qu’est implanté le nouveau siège social de la BNL-BNP Paribas. La banque fait le lien avec la terriblissime gare ferroviaire Tiburtina, deuxième gare de Rome redéveloppée quelques années plus tôt par ABDR Architetti Associati et Paolo Desideri, et déjà esthétiquement datée. Tirant un biais au dessus des voies ferrées, «  la gare établie une dimension infrastructurelle et impose un changement d’échelle » pose Alfonso Femia, architecte associé de l’agence 5+1AA. Face au monstre autonome, les architectes ont apporté une réponse cyclopéenne, rendue obligatoire par l’étroitesse de la parcelle de 5000 m² devant porter un programme de 75 000 m² de bureau. S’impose une architecture linéaire parallèle aux voies ferrées, longue de 235 m et haute de 50 m (3 fois plus que la gare). Les deux programmes se réunissent à leur pointe en une seule entité, angle que les architectes s’amusent à comparer à la tête du dieu Janus. Dès le concours, ils rêvaient d’un dispositif public commun aux deux organismes ; doux rêve là où la dialectique entre les institutions est toujours compliquée, pour ne pas dire impossible. Pour autant, les volumes ferroviaires et tertiaires s’interpénètrent, se toisent ou s’éloignent. Avec le pont routier de la Via Tiburtina, se dessine une centralité infrastructurelle à plusieurs vitesses (train, métro, voitures) composée d’éléments longilignes et gigantesques.

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Intériorité démesurée

A la démesure de cette architecture infrastructurelle, il a fallu répondre par une intériorité raisonnée. En tête, dans sa partie la plus large (18m), le volume est fendu suivant un schéma tripartite : un corps creux à ciel ouvert bordé de deux corps plein. 5+1AA a cherché à répandre la lumière dans cette faille par la matière : une « peau de serpent » en céramique doré, selon les mots de l’agence, matériau conçu sur-mesure avec l’industriel Casalgrande. L’espace interstitiel comprend un grand hall et un escalier monumental. Il dessert les étages de bureau par un escalier en U. Son parcours longitudinal est rythmé et séquencé par les passerelles vitrées qui le traversent, créant des « lieux suspendus entre deux corps ». La mise en scène est parachevée par un chassé-croisé de terrasses, ménageant des vues biaises et multiples. Au centre de la masse bâti, un trou béant sur 4 niveaux laisse apparaitre le château d’eau construit dans les années 30 par Angiolo Mazzoni, également architecte de l’ancienne gare Tiburtina et de la gare centrale Termini. Le parcours s’achève par un penthouse offrant un panorama à 180° sur la ville.

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© Amélie Luquain

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Effacer la masse

In fine, la composition classique avec socle et attique est illisible en façade. Enveloppé derrière une peau miroitante, le bâtiment tend à s’effacer dans le ciel de Rome, selon les désidérata « illuminés » des architectes. « Lumière et ciel, ciel et lumière. Pas une lumière quelconque ni un ciel banal. Pas tout le ciel. Rome et sa lumière. Rome et son ciel sont dans notre imaginaire à chaque fois que nous rencontrons la ville fondatrice. » communiquent-t-ils. Pour eux, le ciel et la lumière de Rome caractérisent la Ville Eternelle. C’est par ce jeu et par l’affinement de la silhouette bâti qui se termine en porte-à-faux large de 4 m qu’ils ont cherché à effacer la masse. En effet, la façade rideau en verre collé comprend 7 teintes différentes. Réponse à des contraintes énergétiques, les 7 nuances des bandeaux de verre pliés en accordéon servent surtout à maximiser les effets de réflexions. Les architectes évoquent alors un « ciel vertical (sic) » et une « vague dentelée ». « La masse ancrée au sol laisse place à un corps planant dans les airs » disent-ils. Le mastodonte se dresse comme une lame de verre tranchante dans le ciel, dirons-nous.

Proposant un dispositif perceptif questionnant la métamorphose de la masse en un voile discret, les architectes invoquent aussi bien le baroque et ses jeux de trompe-l’œil que le cinéma futuriste : « nous aimons la question du cinéma et la mise en scène des réalités. Le cinéma change les relations entre voir et regarder. Cette notion peut s’appliquer à l’architecture. C’est l’acte de voir qui est très important », nous dit Alfonso Femia.

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Cependant, le trop-plein d’effet, qu’il réside dans la matérialité ou dans la composition architecturale complexe, peut surtout s’apparenter à une surenchère techno. Quoi qu’il en soit, la résultante est une architecture puissante, voir même tranchante qui, pour sûr, devrait faire parler d’elle dans la ville éternelle.

Amélie Luquain

 

Chiffres235 m de longueur ;  50 m de hauteur ;  12 étages hors-sol ;  4 niveaux de sous-sol ;  5 000 m2 parcelle ;  75 000 m2 construits ; 39 000 m2 de surface utile : bureaux, restaurant, auditorium ; 30 000 m2 de façades en verre et céramique ; 53 procédures administratives pour obtenir le permis de construire ; 24 mois d’études ; 36 mois de chantier ; 83 millions d’euros ; 3300 employés accueillis à partir de 2017 ; 4 à 18 m d’épaisseurs des fondations ; 46 € cout de la pièce céramique

Fiche technique :  Maitrise d’ouvrage : BNP Paribas Real Estate. Maitrise d’œuvre : 5+1AA architectures Alfonso Femia Gianluca Peluffo. BET : structure Redesco, Fluides et environnement Ariatta Ingegneria, OPC Starching – Studio Architettura Ingegneria. Lieu : Rome / Tiburtina. Programme : Siège social BNL – BNP Paribas. Surfaces : 70 000 m2 bati et 43 000 m2 SHON. Coût : 83 M € HT. Calendrier : 2012 concours, 2014 chantier, 2016 livraison

 

Photos : Courtesy 5+1AA / Luc Boegly

Images : Courtesy 5+1AA / RSI

La France vue de Venise, épisode 7/8 : les activités industrielles et agricoles

La France vue de Venise, épisode 7/8 : les activités industrielles et agricoles

Pour prolonger la présentation du Terreau français exposé à la 15e biennale d’architecture de Venise, sont mis en exergue les bâtiments à caractère industriel. Souvent repoussées à la périphérie, car consommatrices d’espace et génératrices de nuisances, les infrastructures industrielles scarifient le paysage des entrées de villes. On ne connaît que trop bien ces grands hangars indifférents aux contextes qui les entourent, posés là comme des détritus. Et pourtant, leur apporter de la valeur ajoutée permet de transformer le banal en précieux. En portant une attention aux détails et une tendresse dans les matières, souvent puisées dans le vocabulaire industriel, ils ouvrent de nouvelles perspectives au développement suburbain. AL

 

Cité artisanale, Alpes-Maritimes

« Alors qu’elle est souvent vécue comme une contrainte, nous préférons considérer l’économie de moyens comme le berceau d’une nouvelle éthique. Cette dernière consiste en une attention pour les détails et une tendresse pour les matières et les lieux. Nous aimerions contribuer à ce que l’œil perçoive la matérialité de l’architecture partout, dans un rapport de proximité inattendu. Comme l’écrivait Gottfried Honegger : « Nos yeux doivent impérativement apprendre à penser ». (…) Traité avec soin, le banal devient précieux, échappe à sa condition et fait sens. »

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Localisation : Valbonne. Programme : Cité artisanale. Architectes : Comte Vollenweider. Crédit photo : Serge Demailly

 

Locaux de l’opérateur public de collecte, Loire-Atlantique

« Le projet est situé sur un terrain en friche, une ancienne carrière remblayée servant de dépôt de carburant, voisinant avec une aire d’accueil des gens du voyage et une entreprise de charpente, dans un contexte d’entrée de ville marquée par les grandes infrastructures industrielles et portuaires. (…) Sans compromettre la fonctionnalité de cet équipement technique, le projet puise dans le vocabulaire de l’architecture industrielle pour proposer un bâtiment lumineux et urbain, qui s’étire de manière franche et tout en transparence le long du boulevard. »

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Localisation : Nantes. Programme : Locaux de l’opérateur public de collecte. Architectes : DLW architectes. Crédit photo : Stéphane Chalmeau

 

Usine de salaison de jambons, Pyrénées-Atlantiques

« L’insertion paysagère est totalement induite par la logique d’implantation qui a été retenue. L’hypothèse habituelle d’une grande plateforme horizontale provoquant des mouvements de terre a été écartée, au profit d’un encastrement du projet dans la pente naturelle du terrain.La volumétrie du bâtiment ne vient donc pas lutter contre la déclivité, mais cherche plutôt à utiliser celle-ci afin de réduire l’impact visuel de l’édifice, et profiter de l’inertie thermique liée aux parois enterrées. »

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Localisation : Aicrïts. Programme : Usine de salaison de jambons. Architectes : Leibar et Seigneurin. Crédit photo : Leibar et Seigneurin

 

Unité cynophile, Seine-et-Marne

« Un coin perdu entre le chemin de fer, les lignes à haute tension, les usines et la route. Une pure et banale résultante du développement suburbain. Un délaissé de l’agriculture. Un endroit dont l’âme a disparu depuis longtemps. Un territoire délaissé, un programme ascétique pour accueillir des chiens et des policiers. Un bâtiment triangulaire révélant une cour triangle. Symbole de la stabilité, de la sécurité civile. Les angles vifs, les murs massifs définissent une figure militaire défense. Un objet noir absorbant la lumière pour mieux la révéler au cœur de sa masse. Structurée, délimitée et pointant vers le ciel. Une architecture de silence. Pas de compromis ni complaisance. La cour, jardin exubérant et les murs d’un blanc pur. On pourrait y entendre rire et jouer les enfants. Non des chiens qui aboient et que personne n’entend. »

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Localisation : Moissy-Cramayel. Programme : Unité cynophile. Architectes : DDA & Fassio Viaud architectes. Crédit photo : Joan Bracco

 

Bâtiment pour le personnel de l’exploitation viticole, Gironde

« Malgré ses modestes dimensions, le nouveau bâtiment répond à un programme varié traitant à la fois de l’outil de production, des activités pour le personnel et de réception d’hôtes. Il en fait la synthèse sous la forme dense d’espaces imbriqués entre eux, formant une grande maison. Car c’est cela que nous cherchions : que la nouvelle construction incarne la propriété artisanale et familiale et en soit l’image contemporaine. »

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Localisation : Pomerol. Programme : Bâtiment pour le personnel de l’exploitation viticole. Architectes : Fabre de Marien. Crédit photo : Stéphane Chalmeau

Atelier de transformation de légumes bio, Loire-Atlantique

« L’atelier est un process abrité. La notion de filière courte implique en effet une reproductibilité du process. Constitués d’éléments modulaires ou industriels, les éléments de programme prennent place sous une grande couverture qui, en plus de les abriter, inscrit le projet dans son site propre. Nous avons souhaité établir ainsi un lien avec la dimension paysagère du site mais aussi avec l’enseignement dispensé au sein du lycée, mettre en rapport le sud du site avec le Jardin en Mouvement au nord. Nous avons donc déployé une grande treille, objet qui associe l’Architecture, par sa géométrie rigoureuse, au végétal dont il est le support. Le végétal est ici figuré par le tressage de saule, qui rappelle le panier, le contenant de légumes. »

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Localisation : Saint-Herblain. Programme : Atelier de transformation de légumes bio. Architectes : Mabire et Reich. Crédit photo : Guillaume Satre.

 

Pôle agricole et administratif du château Chasse-Spleen, Gironde

« Deux monolithes horizontaux anthracite contenant une enceinte de services et de manœuvre des engins agricoles constituent le nouveau pôle agricole et administratif du château Chasse-Spleen. La gémellité de ces deux bâtiment participe d’un certain sentiment d’étrangeté et leur parallélisme est à l’échelle et dans la logique d’un parcellaire de vignes. Le projet est issu de l’utilisation des codes habituels d’un hangar agricole à la fois poussés à l’extrême et à la fois simplifiés jusqu’à lui conférer une forme d’abstraction dans le paysage. »

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Localisation : Moulis-en-Médoc. Programme : Pôle agricole et administratif. Architectes : Lanoire & Courrian. Crédit photo : Lanoire & Courrian.

 

Bureaux pour des agriculteurs, Landes

« En parcourant les routes rectilignes de la région landaise, une image frappe l’esprit, celle des séquences répétitives des pins qui les longent. Le rythme changeant des arbres sous les effets de la cinétique trouble les sens et appelle l’esprit à s’évader. C’est ce sentiment primitif qui est à la base du projet, situé au cœur de la forêt : retrouver l’alternance des troncs de bois qui s’alignent et laissent passer ou non la lumière et les vues. Cela parle d’un inconscient collectif que nous cherchons à provoquer et qui est influencé, voire enrichi, par les paysages de nos régions. Cet imaginaire commun conditionne les représentations individuelles et collectives, qui émergent de la conscience sous forme de symboles. »

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Localisation : Liposthey. Programme : Bureaux pour des agriculteurs. Architectes : OCEO architectes. Crédit photo : OCEO architectes

 

Citations et iconographie issues du Catalogue du Pavillon français, 15e exposition internationale d’architecture, la biennale de Venise. Nouvelles Richesses, Obras/Collectif AJAP14, Éditions Fourre-Tout, 2016

Mardi prochain 20 septembre, épisode 8 : épilogue

A voir aussi : Prologue : voir la France à Venise

Inauguration de l’Institut Pierre-Gilles de Gennes

Inauguration de l’Institut Pierre-Gilles de Gennes

François Hollande et Anne Hidalgo ont inauguré l’Institut Pierre-Gilles de Gennes, un nouveau pôle scientifique à la pointe de la technologie dédié à la recherche microfluidique, le 14 mars. L’agence D.A, Dacbert et associés, a réalisé le réaménagement partiel de l’immeuble, situé 6-12 rue Jean Calvin, dans le 5e arrondissement de Paris.

IPGG. Hall
IPGG. Hall © Pedro Duque Estrada Meyer

“L’infiniment petit va nous permettre de réaliser l’infiniment grand”, a déclaré François Hollande lors de l’inauguration de l’Institut. La microfluidique, étude des fluides à l’échelle du micron, promet de révolutionner la santé, l’énergie, l’agro-alimentaire, la cosmétique… Elle permettra notamment de diagnostiquer précocement le cancer.  L’Institut Pierre-Gilles de Gennes (IPGG) – ainsi nommé en hommage au prix Nobel de Physique 1991 – est le premier site d’Europe capable de combiner l’ensemble des équipes et technologies nécessaires à cette recherche. Depuis 2009, il fédère des équipes issues de quatre prestigieuses institutions scientifiques : l’Ecole Normale Supérieure, l’Institut Curie, Chimie ParisTech et l’ESPCI (École supérieure de physique et de chimie industrielles de la Ville de Paris, en cours de restructuration par l’architecte Anne Demians).

Construit par l’architecte Jacques-Henri Barge en 1962-1963, le bâtiment de l’IPGG, situé 6-12 rue Jean Calvin, dans le quartier de la montagne Sainte-Geneviève, a été partiellement réaménagé par Antoine Prunet, l’un des quatre associés de l’agence D.A architectes, spécialisée dans le domaine scientifique (collaborations avec l’Institut Pasteur, projet en cours à Saclay). L’architecte a dû “trouver un juste équilibre entre le respect du bâtiment existant, la mise en avant de sa nouvelle identité et les contraintes techniques importantes liées aux laboratoires dédiés à la recherche scientifique et à leur haute technicité.”

Le programme des travaux a porté sur la création d’un ensemble de laboratoires (comprenant notamment un plateau technologique avec une salle blanche et une salle grise), d’un incubateur d’entreprises et de locaux annexes (amphithéâtre, salles de réunions, bureaux…). Une partie de l’intervention a aussi porté sur le CROUS, partagé avec le bâtiment. Pour dissocier l’Institut du restaurant universitaire, une nouvelle entrée a été créée. Les menuiseries des années 1990 ont été remplacées et reproduites à l’identique. Le graphiste Fabrice Cochet a réalisé l’ensemble de la signalétique du bâtiment.

Astrid Avédissian

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IPGG. 2e étage © Pedro Duque Estrada Meyer
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IPGG. 3e étage © Pedro Duque Estrada Meyer
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IPGG. 5e étage © Pedro Duque Estrada Meyer
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IPGG. Terrasse © Pedro Duque Estrada Meyer
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IPGG © Pedro Duque Estrada Meyer
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IPGG. Laboratoire biologie cellulaire © Pedro Duque Estrada Meyer
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IPGG © Pedro Duque Estrada Meyer
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IPGG © Pedro Duque Estrada Meyer
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IPGG. Amphithéâtre © Pedro Duque Estrada Meyer
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IPGG. Amphithéâtre © Pedro Duque Estrada Meyer

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IPGG, plan du 3e étage. Laboratoires et bureaux
IPGG, plan du 3e étage. Laboratoires et bureaux

Maîtrise d’ouvrage : ESPCI (Ecole supérieure de Physique et de Chimie industrielle)
Maîtrise d’ouvrage délégué : EPAURIF
Maîtrise d’œuvre : Architecte DA – agence d’architecture spécialisé dans la construction de laboratoire de recherche. Vincent Bailly (études) Antoine Prunet (chantier)
Bureau d’étude TCE – GRONTMIJ ( OTEIS) en charge de tous les lots techniques
Bureau d’étude Spécialisé en laboratoire confiné – CLIMA+ qui a suivi la réalisation de la salle blanche et la salle grise
Entreprises : RABOT DUTILLEUIL (ensemble des travaux hors salle blanche et salle grise) et CLIMASCIENCE (travaux de la salle blanche et de la salle grise)
Surface H.O.N : 5605 m2
Durée de l’opération : 13 mois (septembre 2014-novembre 2015)

Jean-Michel Wilmotte signe un immeuble pour vente-privee.com

Jacques-Antoine Granjon, Pdg et fondateur de vente-privee.com (2 milliards de chiffre d’affaires en 2015), a fait appel à l’architecte Jean-Michel Wilmotte pour restructurer un immeuble de bureaux construit dans les années 1980 à Saint-Denis.

Le Vérone, extérieur Nuit © Vincent Fillon
Le Vérone, extérieur Nuit © Vincent Fillon

Son emplacement bénéficie d’une visibilité exceptionnelle, en face du Stade de France et en bordure de l’autoroute A1, où les quelque 350 000 voitures qui passent chaque jour ne pourront manquer la façade habillée d’une résille en béton fibré constellée de 1950 LEDs, du plus grand écran haute définition d’Europe (102 m2) et d’un grand logo vente-privee rose.

Bluebus Vente-privée devant Le Vérone © Vincent Fillon
Bluebus Vente-privée devant Le Vérone © Vincent Fillon

Le 6e bâtiment de la société de déstockage en ligne en Seine-Saint-Denis accueille environ 400 salariés (600 à terme), répartis sur 9 600 m2 et neuf étages. Il a été baptisé Le Vérone en hommage à l’artiste Pucci De Rossi, natif de la ville italienne, avec lequel Jacques-Antoine Granjon avait conçu la résille, mais qui est mort avant l’achèvement du projet.

Le Vérone, résille ©Lisa Ricciotti
Le Vérone, résille ©Lisa Ricciotti

Jean-Michel Wilmotte a intégré l’œuvre à la façade Est, équipée côté sud de panneaux photovoltaïques pour alimenter le bâtiment en électricité. À l’intérieur, il a dévêtu l’immeuble et y a installé des bureaux, un restaurant ouvert sur des jardins et une salle de sport.

Le Vérone, caféteria © Vincent Fillon
Le Vérone, caféteria © Vincent Fillon

Le Vérone a été inauguré le 13 janvier en présence d’Emmanuel Macron, ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique, qui s’est réjouit de l’embauche de nombreux jeunes issus du 93 (388 sur 2800), où le taux de chômage est l’un des plus élevés de France.
Débordant de projets, Jacques-Antoine Granjon vient d’acheter un terrain derrière Le Vérone, sur lequel il pourrait construire une salle de spectacles ou une usine digitale.

Le ministre Emmanuel macron et Jacques-Antoine Granjon, lors de l'inauguration du Vérone
Le ministre Emmanuel Macron et Jacques-Antoine Granjon, Pdg de Vente-privée, lors de l’inauguration du Vérone

Pour se développer, il pourra certainement compter sur les futurs diplômés de l’EEMI, l’Ecole Européenne des Métiers de l’Internet, qu’il a lancée en 2011 avec Marc Simoncini (fondateur de Meetic) et Xavier Niel (fondateur de Free et vice-président de sa maison-mère Iliad).
La Halle Freyssinet, une pépinière numérique en grande partie financée par Xavier Niel, est d’ailleurs en cours de rénovation par Jean-Michel Wilmotte et sa livraison est prévue en février 2017. L’architecte mène de front de nombreux projets à Paris, comme le réaménagement de l’hôtel Lutetia et le Centre orthodoxe russe, situé à l’angle du quai Branly et de l’avenue Rapp, qui doit ouvrir d’ici octobre 2016.

Jean-Michel Wilmotte© Leo-Paul Ridet
Jean-Michel Wilmotte © Leo-Paul Ridet

Le Vérone, 164 rue Ambroise Croizat, 93200 Saint Denis

Astrid Avédissian

Happy-culture au bureau

Enfin libérés de leurs fils à la patte (téléphonie, informatique, …) grâce à la technologie mais aussi à de nouvelles pratiques managériales, les fourmis laborieuses d’hier se sont métamorphosées en abeilles n’hésitant plus à partir butiner à l’extérieur avant de revenir faire leur miel dans l’entreprise. Désormais mué en ruche, l’espace de travail s’interdit le bourdon via d’innovants concepts mobiliers !

En matière d’évolution du cadre de travail, les industriels du meuble tertiaire ont su se montrer bien plus réactifs et créatifs que les professionnels de l’immobilier dont nombre de réalisations à peine livrées sont déjà obsolètes. Pourtant, selon Philippe Starck concevoir une chaise moulée serait plus ardu que de construire un immeuble ! Il est vrai que l’industrie a toujours veillé à consacrer du temps et de l’argent à la recherche et au développement et le secteur du mobilier de bureau ne s’y est pas soustrait.

Living Office - Locale Herman Miller
Living Office – Locale ©Herman Miller

Le bureau devient Living Office

Pour chacun de ses nouveaux produits ou systèmes, l’américain Herman Miller investit massivement en matière grise. Ainsi, en est-il pour les deux collections lancées cette année dans le cadre d’un programme intitulé Living Office. Elles résultent d’une étude menée durant 2 ans – sur les 5 continents – auprès de 14 multinationales. Au regard des 2900 situations de travail analysées, elle conclut que “le monde de l’entreprise concentre une multitude de personnalités et de cultures, mais ce patchwork d’individualités révèle un principe intangible… l’activité au bureau est la même partout ! Seul l’aménagement peut donc se différencier selon des spécificités identifiées”. L’étude constate aussi que “nombre d’entreprises sous-estiment combien leurs locaux sont inoccupés. Tous secteurs confondus, les postes de travail sont vacants 60% du temps (sans compter les nuits, ndlr), jusqu’à 77% pour les bureaux privatifs, et que les salles de réunion sont rarement utilisées à pleine capacité”.

Public Office Landscape
Public Office Landscape ©Herman Miller

La sécurité, l’autonomie, l’appartenance, la réalisation, le statut et l’objectif ont ainsi été identifiés comme les motivations caractérisant le bien-être au travail par Herman Miller. Ce dernier relève 10 activités effectuées sur le lieu de travail partout dans le monde : bavarder, dialoguer, diviser et conquérir, se rassembler, montrer et dire, briefer et débriefer, traiter et répondre, contempler et enfin créer !

Living Office, Locale - Herman Miller
Living Office Landscape, Locale – Herman Miller

Conçu par Sam Hecht et Kim Colin, le programme Locale  permet de passer – rapidement et à portée de main – d’un travail individuel à une activité de groupe. Public Office Landscape , designé par Yves Béhar, transforme chaque espace de bureau – poste individuel inclus – en lieu de collaboration en juxtaposant à volonté plans de travail, pôles partagés et circulations, une sorte de mobilier public !

Qui va piano va lontano

fauteuil pyla tech
Pyla tech

Originellement édité par l’industriel américain, l’Aluminium Chair de Charles & Ray Eames fut fabriquée durant des décennies en Italie par ICF. Longuement réfléchie, elle fut sans doute l’une des premières assises à apporter une réponse tout à la fois ergonomique et moderne à nos postures au bureau. Son succès commercial – porté dans le long terme grâce à sa convaincante déclinaison – ne pouvait qu’inciter la firme milanaise à développer autant d’intelligence dans la mise au point de chacun de ses futurs produits. Volontairement limités en nombre, ses modèles de fauteuils multiplient progressivement les versions afin de répondre subtilement à la variété d’usages au sein des entreprises. Ainsi en est-il de sa dernière chaise Pyla qui incarne l’idée de légèreté : dans le design, la recherche des matériaux et la réalisation des éléments structurels. C’est justement cette légèreté qui en fait un produit passe-partout, doté de tout le nécessaire pour le rendre fonctionnel et confortable – sans éléments superflus – idéal pour s’insérer dans l’espace bureau sans s’imposer. Cette approche a permis d’en maîtriser les coûts, tout en maintenant un standard qualitatif élevé.

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Groove Table – ICF

ICF porte le même soin prospectif à ses bureaux. Voulant réaliser un produit de très grande qualité, solide et capable de durer dans le temps, qui associe impact esthétique et équilibre des formes, le choix des matériaux a été fondamental mais a surtout engendré deux références Groove et Bevel Tables. En effet, si les pieds de la première sont en acier tréfilé de grande épaisseur et ceux de la seconde en bois massif, juste poncé, les deux modèles utilisent les mêmes plateaux de dimensions, formes et finitions diverses !

Bevel table - ICF
Bevel table – ICF

Les sièges visiteurs et de réunion répondent à des contraintes moindres mais bien réelles, à commencer par les possibilités de transport et de stockage des dernières. Il est néanmoins fréquent qu’elles ne soient pas exclusivement destinées à l’univers du bureau, nombreuses sont des transfuges (souvent améliorés) du mobilier hôtelier quand ce n’est pas résidentiel.

Attirer, stimuler et retenir les talents au bureau

A l’heure où les plus grandes et rapides réussites entrepreneuriales de la nouvelle économie ont vu le jour au fond d’une chambre d’étudiant, d’un garage, ou d’une squatt, les relations entretenues par les jeunes générations envers leur cadre physique de travail ont en grande partie changé. L’espace spécifiquement dédié à un seul et unique utilisateur est en voie de disparition. Au même titre que les start up se désintéressent des tours ou des campus pour privilégier les pépinières d’entreprises et les tiers lieux, le travail dans une entreprise tertiaire ne s’effectue plus scotché derrière un bureau. Les espaces servants ont acquis au moins autant d’importance que ceux qu’ils servent ! En fait le travail s’est nomadisé au sein et en-dehors de l’entreprise.

Anne Kyyro Quinn
Anne Kyyro Quinn – Panneaux acoustiques

Steelcase a très vite saisi qu’une part croissante du marché s’inventait au-delà du poste de travail, assise et rangements compris, intrinsèque. L’entreprise strasbourgeoise a ainsi développé de multiples produits alternatifs destinés à rendre « productifs » des lieux « informels » (circulations, cafétéria, … ) et à imaginer les interfaces nécessaires à ces changements de mentalités, mais aussi technologiques, en perpétuelle évolution.

Openest Patricia Urquiola
Openest, Patricia Urquiola – Haworth

Il est intéressant d’observer l’inventivité mise en œuvre par les designers – y compris textiles – et industriels pour satisfaire au confort acoustique, critère désormais placé en tête des attentes des employés.

Dès lors que la connectivité et l’ergonomie sont garanties, tout n’est plus qu’une question de goûts et de couleurs pour que les miels ainsi récoltés offrent une multitude de saveurs !

Lionel Blaisse

L’Austral durable

L’Austral durable

Bouygues Immobilier inaugure l’Austral à Grenoble, conçu par l’agence Tomasini Design, un bâtiment alliant qualité architecturale et développement durable.

 

Bâtiment signal

Bâtiment signal à l’orée des massifs montagneux de Grenoble, conçu par l’agence Tomasini Design, l’Austral accueille 280 collaborateurs d’AG2R LA MONDIALE dans un environnement de travail de 6 500 m². L’ensemble se compose d’un bâtiment principal de 7 niveaux de bureaux et d’un bâtiment de 527m² accueillant un futur Restaurant Inter Entreprise d’une capacité de 400 repas par jour. Son architecture ambitieuse, au rez-de-chaussée transparent surmonté d’un volume aux angles arrondis, se distingue notamment par sa façade double peau composée de vitrages colorés, véritables mosaïques participant à la protection solaire.

 

Performance thermique et matériaux propres

Ce projet privilégie la performance énergétique : des panneaux photovoltaïques sont installés en toiture, alimentant notamment les bornes de recharge des véhicules électriques. Un système de chauffage/refroidissement fait appel à la géothermie sous nappe. Ainsi les niveaux de performance thermique sont élevés : RT 2012 -20% avec une consommation prévisionnelle de 27.8 kWh/m²/an en énergie finale. Par ailleurs, les matériaux ont été sélectionnés pour leur pérennité et leur facilité d’entretien. Les entreprises et fabrications locales ont été privilégiées afin de diminuer les temps de transports et donc les consommations d’énergie et émission de CO2.

Entre performance thermique et matériaux propres, l’Austral a tout pour plaire. A tel point qu’il est aujourd’hui certifié NF Bâtiment tertiaire – Démarche HQE® et vise la labellisation Effinergie+.

 

François Bertière, Président directeur général de Bouygues Immobilier, a inauguré jeudi 3 septembre L’Austral en présence du maire de Grenoble, d’AG2R La Mondiale, d’UNOFI et de Bruno Tomasini, architecte de l’opération. L’Austral sera ainsi le 4e bâtiment d’une lignée d’immeubles certifiés et labellisés produit par Urbiparc sur l’agglomération grenobloise.

 

Courtesy Tomasini Design Architecture / Edyta TOLWINSKA