Supervisant l’Europe du Sud et de l’Est (Russie comprise), du Moyen-Orient et de l’Afrique, le Googleplex de Paris – dont la première tranche fut inaugurée le 6 décembre 2011 par Nicolas Sarkozy – constitue le pendant « latin » de celui « anglo-saxon » ouvert peu avant à Dublin. Ses 13000 m2 abritent également l’Institut culturel mondial de la firme. Situé 8 rue de Londres, l’hôtel particulier du XIXe siècle qui l’héberge en amplifie l’« originalité », d’autant qu’il se trouve partiellement inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques !

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Télescopages en forme de clin d’œil

Créé dans un garage de la Silicon Valley en 1998, Google est devenu depuis le leader mondial du moteur de recherche sur le Net. Exigeante quant à la productivité de ses plus de 50000 employés – les « Googlers » –, l’entreprise américaine soigne tout particulièrement leur cadre de travail. Ses différents sièges et centre de recherches et développement – les « Googleplex » – au travers le monde déclinent ainsi l’esprit maison mais à la sauce locale.
Parachevé en 2013, ce siège européen bis s’est implanté non seulement en plein quartier de… l’Europe mais, qui plus est, dans l’hôtel de Vatry bâti en 1861 pour la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans avant d’arriver dans le giron de la SNCF, lors de sa création en 1938. Mis à part un intermède d’une dizaine d’années chez Axa, l’édifice réintègre donc l’univers des réseaux, passant des ferrés aux virtuels. Cette transplantation parisienne a le même maître d’œuvre que le campus de Mountain View où Google installa son quartier général en 2000, mais l’agence franco-américaine STUDIOS Architecture l’avait en fait construit pour son précédent propriétaire. Elle doit sa sélection davantage à sa parfaite connaissance des univers tertiaires – tant en matière d’architecture que de space-planning – y compris dans l’hexagone du fait de sa double culture, au bilinguisme de son personnel parisien et à la taille cumulée de ses six agences (San Francisco, Los Angeles, New York, Washington, Paris et Bombay).

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Des contraintes exacerbées

« Société en mouvance permanente » pratiquant le crowdsourcing (production participative des utilisateurs), Google imposa un processus de conception impliquant dès l’APS l’entreprise générale ISG ; programme, réponses spatiales et techniques ainsi que budget étant amendés et affinés au fur et à mesure de la phase études mais aussi chantier. Vinrent s’y greffer simultanément la contrainte patrimoniale (ABF, Commission du Vieux Paris), la recherche d’une certification LEED Gold, un calendrier d’autant plus tendu (moins de dix mois pour livrer la première phase) qu’un des cinq niveaux était déjà occupé.
Enfin, la rénovation opérée par le précédent propriétaire datant d’une bonne dizaine d’années, l’ensemble des bâtiments a été entièrement « curé » pour en refaire toute la technique – sujet sensible s’il en est chez Google – et créer – si possible en lumière naturelle – tous les lieux indispensables aux pratiques et bien-être des Googlers !

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Lieux de recherche et de développement, les Googleplex veillent à ce que leur architecture sépare scrupuleusement les flux sans pour autant imposer à leur personnel de devoir badger plus d’une fois pour accéder à leur poste de travail. Ce sont donc les visiteurs et prestataires qui se voient « cantonner » dans les espaces qui leur sont réservés. Si l’implantation de l’Institut culturel dans l’aile droite de la cour d’honneur – où un plancher a été démoli pour obtenir la double hauteur nécessaire – réglait son problème d’accès, celui à l’auditorium et au showroom en sous-sols du corps principal imposa de créer un second emmarchement en contrebas de celui menant au perron central – une plateforme PMR desservant les rez-de-chaussée haut et bas. En effet, deux des dirigeants de la firme étant eux-mêmes handicapés moteurs, tous les espaces (et pas seulement les niveaux) sont systématiquement accessibles, quoi qu’il en coûte.

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Google made in France

Tout le monde ayant gardé en mémoire les toboggans réunissant les étages californiens ou les vélos et skateboards stationnés dans les couloirs, qu’allait-il en être à Paris dans un bâtiment patrimonial?
Quoique rien ne soit vraiment gratuit chez Google, le talent de STUDIOS a été de convaincre ses commanditaires que ni la caricature ni le stéréotype n’avaient leur place dans ce vaste hôtel particulier XIXe mais qu’il était possible de mettre à profit le palimpseste culturel constitué par le patrimoine architectural parisien pour trouver les justes transpositions de l’esprit maison.

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Fonctionnel et contemporain, le vaste hall d’accueil en rez-de-chaussée du pavillon central était dépourvu de fresque au plafond ; c’est donc un hyper-visuel du vide central de la Tour Eiffel en contreplongée – réalisé par les architectes – qui y restitue l’impression d’un lambris à caisson comme celui du grand salon qui s’y superpose au 1er étage. Les boiseries d’époque de cette ancienne salle de bal étant en réalité peintes en trompe l’œil, rien n’y interdisait donc une moquette (recyclable) en damier de camaïeu rose ni de contemporaines suspensions.

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Devait-il y avoir des livres dans le salon-bibliothèque attenant ou des tablettes-liseuses suffiraient-elles ? Le spécialiste Google du livre arbitra en faveur de la première option dès lors que les ouvrages retenus soient ceux considérés par chaque Googler comme incontournables à la culture de l’entreprise ! L’open space régnant partout (à peine 5 bureaux fermés) pour 620 postes de travail (tous équipés d’un bureau monte-et-baisse pivotant), les espaces mutualisés y sont donc nombreux et multiples : 27 salles de réunion dont une bleu Klein (d’œil), 19 mini cabines de vidéo- conférences et autant de salles de visio-conférences dont une installée dans une vraie 2 CV rouge ! Mais les loisirs n’ont pas été pour autant oubliés : un gymnase et un studio de danse de 195 m2, des salles de jeu, de musique ou de relaxation… que complètent 9 micro kitchens flirtant chacune avec une Muse différente ! Et bien sûr une « brasserie » de 220 couverts sur 550 m2 où œuvre un chef maison dont seul le design des assises distingue la diversité de la cuisine ici servie (de la tradition au contemporain). Les deux niveaux de parkings n’accueillent que 4 voitures… électriques et plus d’une centaine de bicyclettes mais aussi un vaste local de tri sélectif avec broyeur.
Bref, un exercice de style soigné et décoiffant !

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Fiche technique

Googleplex Paris
8, rue de Londres – 75008 Paris

Superficie, 13000 m2.
Calendrier, début des études mi 2011, livraison phase 1 6 décembre 2011, livraison phase 2 en 2013.
Propriétaire/Maître d’ouvrage, Google Paris.
AMO, Gardiner & Theobald.
Architecture, Jim Cowey (STUDIOS Architecture).
Chef de projet, Alexandra Villegas.
Architecture intérieure Institut Culturel, Rockwell Design.
BET, Terrell (structure), WSP Flack & Kurtz (réseaux), Tisseyre – Acoustique & Conseils (acoustique), Speeg & Michel (éclairage).
Entreprise générale, ISG.
Verre, Saint-Gobain.
Plafond acoustique, Ecophon de Saint-Gobain.
Placages, Formica, Polyrey.
Cloisons amovibles, FDES BA13.
Dallage, Royal Mosa.
Revêtement thermocollé, Forbo.
Sols coulés, Gerflor, Janvic.
Moquette, Interface, Westfond.
Peinture, La Seigneurie, Victor Paraire.
Tissu acoustique, Kvadrat.
Cuisine, Comenda,La Mazzer, Liebherr, Theroplan.
Ascenseur, Koné.
Sanitaires, Duravit,Starn.
Robinetterie, Chavonnet, Grohe.
Luminaires, Artemide, Flos, iGuzzini, Inédit, Modular, Regent, Targetti, Waldmann Zumtobel.
Mobilier, M-Top (bureaux).
Sièges, Optimespace (bureaux), Le Cèdre Rouge (Institut), Absolute Office, Druker, Etat de Siège, Silvera.

 

Courtesy Studios Architecture / Eric Laignel

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