Dans le florilège des équipements musicaux sortis de terre ou récemment rénovés, citons la Seine Musicale ! Fruit d’un contrat de partenariat public privé (PPP) entre le Département des Hauts-de-Seine et la société Tempo-Île Seguin depuis 2013, la Seine Musicale ouvrira ses portes le 18 avril 2017. Elle se devait d’être ancrée localement, devenant la scène de l’ouest parisien, en équilibre avec la Philharmonie parisienne à l’est, mais aussi d’avoir une envergure égale aux équipements des grandes capitales européennes comme Londres (Southbank Centre), Hambourg (Philharmonie de l’Elbe) ou Rome (Auditorium Parco della Musica). Si la programmation en est le fer de lance, ce nouvel équipement se distingue aussi par sa situation, à la pointe avale de l’île Seguin, et par une architecture repérable et singulière, signée de Shigeru Ban et de Jean de Gastines.

seine-musicale_shigeru-ban_de-gastines_laurent_blossier
© Laurent Blossier

Signature sur l’île Seguin

Anciennement île Madame, l’île Seguin, du nom de son premier propriétaire, fut acquise en 1919 par Louis Renault qui y construisit une « usine vitrine ». La conquête de tout le territoire par les constructions en a fait une île-machine, véritable navire industriel. Mais en 1992, les infrastructures ne correspondent plus aux nouveaux processus de production et ferment. Se pose la question de la reconversion et s’engage un débat sur sa valeur patrimoniale. Le 6 mars 1999, Jean Nouvel réagit à la possible tabula rasa de l’île et publie un article retentissant dans Le Monde en faveur de la sauvegarde du patrimoine industriel, intitulé « Boulogne assassine Billancourt« . Las, 10 000 tonnes de ferrailles tombent et les bâtiments sont intégralement rasés, avant que s’engage un projet de reconversion pour lequel Nouvel est désigné architecte coordinateur en 2009, énième d’une longue liste de maîtrise d’œuvre. Bien que « l’option de la transformation des structures industrielles est malheureusement caduque », selon ses mots, il propose une « éco-cité » insulaire, à forte attractivité culturelle. Figure de proue de la métamorphose en cours, la Cité Musicale de Shigeru Ban et Jean de Gastines, s’inscrit dans ce cadre. En continuité directe du plan urbain, sa silhouette générale allongée sur 324 m, aux longs murs de béton, rappelle celle d’un destroyer dont le pont s’incline pour laisser émerger l’Auditorium, un nid de bois tressé aux formes galbées. « Pour moi, cette architecture, si belle, évoque autant une sorte de Nautilus permettant de voyager vers de merveilleuses découvertes dans le monde entier qu’une boîte à musique magique » commente Jean-Luc Choplin, président du Comité de Programmation et de Direction artistique de STS Événements.

seine-musicale_shigeru-ban_de-gastines_air-images-philipe-guinard
© Philippe Guinard
seine-musicale_shigeru-ban_de-gastines_laurent_blossier
© Laurent Blossier
seine-musicale_shigeru-ban_de-gastines_laurent_blossier
© Laurent Blossier

Morceau de ville

Pensée comme un morceau de ville, la Cité Musicale dont la façade recouverte d’un écran géant attire le visiteur, déroule devant elle un large parvis, encastré dans le volume bâti. Elle s’organise ensuite autour d’une rue couverte qui, prolongeant celle du plan urbain, traverse le bâtiment jusqu’à l’esplanade de la pointe aval. Dessinée comme une travée dans un bunker, la rue devient colonne vertébrale, assumant les perméabilités extérieures intérieures ainsi que la coexistence des manifestations, des pratiques et des publics. D’une part, flanquée de commerces, cafés et restaurants traversants, elle fait le lien avec deux promenades extérieures : l’une longeant les boutiques en balcon sur la Seine côté Boulogne-Billancourt, l’autre descendant jusqu’aux berges de la Seine à la pointe aval côté Meudon. D’autre part, la rue couverte ouvre des vues plongeantes sur des studios de répétition au travers des baies vitrées horizontales, mettant en relations public et artistes. Elle dessert également des locaux dédiés aux artistes en résidence et des espaces événementiels.

seine-musicale_shigeru-ban_de-gastines_laurent_blossier
© Laurent Blossier
[masterslider id= »143″]

Les fonctions annexes servent d’abord un programme complet, la Seine Musicale ambitionnant de programmer toutes les musiques. Elles complètent deux salles avec deux jauges différentes et complémentaires. La Grande Salle, de conception fonctionnelle, est équipée de trois scènes différentes, dont la partie face à la fosse est mobile. Ses gradins rétractables proposent une jauge de 4000 places assises à 6000 en assis/debout. Elle accueille concerts et comédies musicales, et tout autre type d’expression artistique et scénique. L’auditorium reçoit quant à lui toutes les musiques non amplifiées, du quatuor à cordes au grand chœur, du solo à l’orchestre symphonique. Indépendant structurellement, il est accessible par le dessous, depuis des escalators dans le Grand Foyer. Son plan dit « en vignoble », répartit 1150 personnes sur plusieurs balcons étagés. En attendant le concert, les auditeurs pourront admirer le plafond réalisé à partir d’un assemblage artisanal de tubes de petites sections, de cartons et de papier, et les revêtements muraux composés d’un tissage de lattes de bois. Quant à la coque extérieure, elle est fabriquée à partir d’un tressage de bois d’épicéa lamellé-collé. Derrière le vitrage qui en assure le clos et couvert, on aperçoit sa coque recouverte d’une mosaïque irisée verte. Entre ces deux parois, sont glissées des coursives offrant un des vues panoramiques à 360° sur Meudon, Sèvres, Saint-Cloud, Boulogne-Billancourt et Paris. Autour de la sphère, un grand voile disposant 800 m2 de cellules photovoltaïques est monté sur rails mobiles, suivant la course du soleil ; symbole technologique de l’entrée dans un XXIe siècle placé sous le signe de la considération environnementale. Comme la Philharmonie de Paris ou Bercy, l’institution ne coupe pas à sa promenade sur le toit. Un escalier monumental invite à monter en partie haute du navire. Dès lors, le visiteur accède à un jardin de presque 1 ha qui recouvre la Grande salle et dont la végétation reprend celle des coteaux de la Seine.

seine-musicale_shigeru-ban_de-gastines_didier-boy-de-la-tour
© Didier Boy de la Tour
seine-musicale_shigeru-ban_de-gastines_didier-boy-de-la-tour
© Didier Boy de la Tour
seine-musicale_shigeru-ban_de-gastines_didier-boy-de-la-tour
© Didier Boy de la Tour
seine-musicale_shigeru-ban_de-gastines_laurent_blossier
© Didier Boy de la Tour

Finalement, l’institution culturelle n’est plus seulement destinée au spectacle, mais devient un lieu de promenade ouvert au-delà des heures de concert, ne serait-ce que pour proposer une machinerie commerciale supplantant les supermarchés. Une question qui se pose d’autant plus que ce projet a été conçu autour de la notion d’exploitation privée, et est financé par des coproductions, partenariats et locations. Quoi qu’il en soit, l’architecture se met au service de l’ambition programmatique – dont les principes restent proches de ceux de ses consœurs – favorisant l’éclectisme, et répondant à l’ambition internationale par un élément signature.

Amélie Luquain

 

 

 

FICHE TECHNIQUE

 

Superficie du site : 2,35 ha

Un terrain de 324 m de long soit la hauteur de la Tour Eiffel

Superficie du jardin : 7 410 m2

700 m de promenade piétonne sur le toit

Superficie du bâti : 36 500 m2

 

Auditorium : 1 150 places

Salle spectacle : 4 000 à 6 000 places

4 studios d’enregistrement

3 000 m² d’espace de convention à disposition des entreprises

 

Architectes : Shigeru Ban et Jean de Gastines

Paysagistes : Bassinet Turquin Paysage

Acousticien : Nagata Acoustics et Jean-Paul Lamoureux

 

– 1 écran LED de 800 m² soit l’équivalent d’un terrain de handball

– Près de 800 m² de panneaux photovoltaïques composant une voile mobile de 45 m de haut qui suit la course du soleil et se déplace à une vitesse de 0,08m/s

– 4 000 m² de vitrage et 700 m³ de charpente bois composent les façades de l’Auditorium

– 1 000 hexagones en bois habillent le plafond acoustique de l’Auditorium

– Une porte monumentale vitrée unique au monde, de 10 m de large, 10,5 m de haut et d’un poids de près de 5 tonnes, fonctionne grâce à une centrale hydraulique

– 7 millions de carreaux habillent la coque acoustique de l’Auditorium constituant une mosaïque irisée de 3 400 m²

– 29 élévateurs articulent la scène de l’Auditorium

 

170 M€ investis pour la construction

 

300 événements par an

Un lieu ouvert au public 5 jours sur 7