L’Agence Jouin-Manku au Plaza Athenée

L’Agence Jouin-Manku au Plaza Athenée

L’agence Jouin-Manku présente le restaurant et le bar du Plaza Athénée ! Conscient que l’atmosphère de ces espaces de rencontre participe au rayonnement international des établissements, le directeur du Plaza François Delahaye et son chef cuisinier Alain Ducasse ont confiés aux deux associés l’architecture intérieure des lieux. Patrick Jouin et Sanjit Manku proposent de plonger le client dans un univers onirique, où les éléments architecturaux sont sublimés par le savoir-faire des artisans d’arts.

Plaza Athenee_3

Dans le restaurant, les fenêtres en arc, les colonnes et les moulures serties d’or participent d’un style classique. Au centre, l’imposant lustre aux pampilles transparentes, existant avant travaux, se reflète dans de monumentales cloches en inox poli. Surprenantes, elles constituent le dossier des banquettes servant d’assise aux clients, et définissent ainsi des espaces intimes. Réalisées par des artisans Meilleur Ouvrier de France de l’entreprise Matinox et Le Floch, le détournement de ces trois cloches de service a nécessité 3500 heures de travail.

Plaza athenee_5

A gauche, se dresse une étonnante alcôve abritant une table ou les clients bénéficieront d’un service minutieux. Composée de lames de bois cintrées en chêne, combinées à une banquette en cuir blanc, cette micro architecture participe de l’élégance du lieu. De même, la douceur des fauteuils en cuir blanc est associée à de chaleureuses tables dont le dessus du plateau est en chêne massif et le dessous en cuir.

Plaza athenee_6

L’authenticité des matériaux transporte le client dans un espace merveilleux, où l’épure n’a d’égal que le raffinement des lieux. Quant à l’espace bar, une installation textile réalisée par Stéphane Corlerm Stéphane Corler recouvre le plafond. Le bleu profond infini de ces volutes irrégulières de tissu est en tension avec un délicieux bar cristallin. Quasi immatériel, ce monobloc en résine transparente, réalisé par D3 actuel JM Tech, semble en lévitation dans l’espace. Il contribue au mystère du lieu et emmène le client dans un songe. La poésie des lieux, tout en évanescence, devrait permettre au Plaza d’accrocher sa quatrième étoile.

Plaza athenee_2

Plaza athenee_1

 

 

 

 

 

 

 

La mutation du Whitney Museum

La mutation du Whitney Museum

Ce jeudi 23 avril, le nouveau Whitney Museum dévoilait ses mystères à la presse. 

C’est un musée du XXI e siècle que nous révélait Renzo Piano lors de l’inauguration du nouveau Whitney Museum. Une migration et une mutation pour ce temple de l’art américain, qui multiplie ses surfaces d’exposition pour atteindre 4600 metres carrés sans compter les galleries outdoor, tout en s’inscrivant significativement dans le downtown, au bout de la High Line – promenade plantée qui mène au très trendy Meatpacking District, ancien quartier interlope. Un bâtiment qui n’est pas un geste architectural iconique dans le paysage, mais au contraire tout en confluences entre la  rue, l’Hudson river, et l’art. Selon Renzo Piano, l’expression qu’il préfère pour le décrire est une  « Plazza  » ( en précisant avec humour qu’il n’oublie pas ses racines italiennes) :  » quand nous avons construit le Centre George Pompidou, nous étions des « bad boys » … et nous  le sommes toujours!  » un clin d’oeil à cette référence où le spectacle est autant dans le musée que dans la vue vers l’extérieur :  » les gens veulent voir, se voir les uns , les autres, un musée, c’est un lieu d’interaction. Pour ce nouveau Whitney, nous voulions l’inscrire dans le présent tout en respectant son histoire. »  

Whitney Museum_2
Photo : Nic Lehoux

Mais s’il est un lieu social par excellence, complètement ouvert et connecté à son environnement – depuis ses terrasses, on contemple aussi bien la  rue, des immeubles de bureaux, des toits aménagés comme la Statue de la Liberté ou l’Empire State Building – c’est un musée construit pour les artistes et les commissaires de par l’extrême modularité des salles, les possibilités d’éclairage étonnantes et l’absolue gestion à volonté de la lumière naturelle. Si d’extérieur il n’a  honnêtement rien d’impressionnant, ces blocs aux parois de verre qui semblent disposés dans un jeu surprenant, dissymétrique,  s’assemblent pourtant dans une fluidité et une fonctionnalité incroyables.  » Ensemble  » , mot d’ordre de cette présentation souligne un travail commun, la complicité architecte et commissaires dès le départ du projet, qui se ressent dans les détails du bâtiment jusqu’au titre  de l’exposition inaugurale  » America is hard to see », comme un message conviant à l’expérience, plus qu’à la contemplation.  Ouverture au public à partir du 1er mai.   

Nathalie Degardin

Whitney Musuem_3
Photo : Karin Jobst
Whitney Musuem_4
Photo : Nic Lehoux
Whitney Musuem_5
Photo : Nic Lehoux

Whitney Museum_7

 

Happy-culture au bureau

Enfin libérés de leurs fils à la patte (téléphonie, informatique, …) grâce à la technologie mais aussi à de nouvelles pratiques managériales, les fourmis laborieuses d’hier se sont métamorphosées en abeilles n’hésitant plus à partir butiner à l’extérieur avant de revenir faire leur miel dans l’entreprise. Désormais mué en ruche, l’espace de travail s’interdit le bourdon via d’innovants concepts mobiliers !

MeetYou_setting Haworth

En matière d’évolution du cadre de travail, les industriels du meuble tertiaire ont su se montrer bien plus réactifs et créatifs que les professionnels de l’immobilier dont nombre de réalisations à peine livrées sont déjà obsolètes. Pourtant, selon Philippe Starck concevoir une chaise moulée serait plus ardu que de construire un immeuble ! Il est vrai que l’industrie a toujours veillé à consacrer du temps et de l’argent à la recherche et au développement et le secteur du mobilier de bureau ne s’y est pas soustrait.

 

Living Office - Public Office Landscape ©Herman Miller

Living Office

Pour chacun de ses nouveaux produits ou systèmes, l’américain Herman Miller investit massivement en matière grise. Ainsi, en est-il pour les deux collections lancées cette année dans le cadre d’un programme intitulé Living Office. Elles résultent d’une étude menée durant 2 ans – sur les 5 continents – auprès de 14 multinationales. Au regard des 2900 situations de travail analysées, elle conclut que “le monde de l’entreprise concentre une multitude de personnalités et de cultures, mais ce patchwork d’individualités révèle un principe intangible… l’activité au bureau est la même partout ! Seul l’aménagement peut donc se différencier selon des spécificités identifiées”. L’étude constate aussi que “nombre d’entreprises sous-estiment combien leurs locaux sont inoccupés. Tous secteurs confondus, les postes de travail sont vacants 60% du temps (sans compter les nuits, ndlr), jusqu’à 77% pour les bureaux privatifs, et que les salles de réunion sont rarement utilisées à pleine capacité”.

Living Office - Public Office Landscape ©Herman Miller

La sécurité, l’autonomie, l’appartenance, la réalisation, le statut et l’objectif ont ainsi été identifiés comme les motivations caractérisant le bien-être au travail par Herman Miller. Ce dernier relève 10 activités effectuées sur le lieu de travail partout dans le monde : bavarder, dialoguer, diviser et conquérir, se rassembler, montrer et dire, briefer et débriefer, traiter et répondre, contempler et enfin créer !

Living Office - Locale ©Herman Miller

Conçu par Sam Hecht et Kim Colin, le programme Locale (photo  ci-dessus) permet de passer – rapidement et à portée de main – d’un travail individuel à une activité de groupe. Public Office Landscape (1ère photo de l’article), designé par Yves Béhar, transforme chaque espace de bureau – poste individuel inclus – en lieu de collaboration en juxtaposant à volonté plans de travail, pôles partagés et circulations, une sorte de mobilier public !

Living Office - Public Office Landscape ©Herman Miller

Qui va piano va lontano

Originellement édité par l’industriel américain, l’Aluminium Chair de Charles & Ray Eames fut fabriquée durant des décennies en Italie par ICF. Longuement réfléchie, elle fut sans doute l’une des premières assises à apporter une réponse tout à la fois ergonomique et moderne à nos postures au bureau. Son succès commercial – porté dans le long terme grâce à sa convaincante déclinaison – ne pouvait qu’inciter la firme milanaise à développer autant d’intelligence dans la mise au point de chacun de ses futurs produits. Volontairement limités en nombre, ses modèles de fauteuils multiplient progressivement les versions afin de répondre subtilement à la variété d’usages au sein des entreprises. Ainsi en est-il de sa dernière chaise Pyla (photo ci-dessus) qui incarne l’idée de légèreté : dans le design, la recherche des matériaux et la réalisation des éléments structurels. C’est justement cette légèreté qui en fait un produit passe-partout, doté de tout le nécessaire pour le rendre fonctionnel et confortable – sans éléments superflus – idéal pour s’insérer dans l’espace bureau sans s’imposer. Cette approche a permis d’en maîtriser les coûts, tout en maintenant un standard qualitatif élevé.

KG-BuzziSpace-BuzziVille

ICF porte le même soin prospectif à ses bureaux. Voulant réaliser un produit de très grande qualité, solide et capable de durer dans le temps, qui associe impact esthétique et équilibre des formes, le choix des matériaux a été fondamental mais a surtout engendré deux références Groove et Bevel Tables. En effet, si les pieds de la première sont en acier tréfilé de grande épaisseur et ceux de la seconde en bois massif, juste poncé, les deux modèles utilisent les mêmes plateaux de dimensions, formes et finitions diverses !

Les sièges visiteurs et de réunion répondent à des contraintes moindres mais bien réelles, à commencer par les possibilités de transport et de stockage des dernières. Il est néanmoins fréquent qu’elles ne soient pas exclusivement destinées à l’univers du bureau, nombreuses sont des transfuges (souvent améliorés) du mobilier hôtelier quand ce n’est pas résidentiel.

ARCHICREE - Gamme PARCS - Bene AG

Attirer, stimuler et retenir les talents

A l’heure où les plus grandes et rapides réussites entrepreneuriales de la nouvelle économie ont vu le jour au fond d’une chambre d’étudiant, d’un garage, ou d’une squatt, les relations entretenues par les jeunes générations envers leur cadre physique de travail ont en grande partie changé. L’espace spécifiquement dédié à un seul et unique utilisateur est en voie de disparition. Au même titre que les start up se désintéressent des tours ou des campus pour privilégier les pépinières d’entreprises et les tiers lieux, le travail dans une entreprise tertiaire ne s’effectue plus scotché derrière un bureau. Les espaces servants ont acquis au moins autant d’importance que ceux qu’ils servent ! En fait le travail s’est nomadisé au sein et en-dehors de l’entreprise.

Steelcase a très vite saisi qu’une part croissante du marché s’inventait au-delà du poste de travail, assise et rangements compris, intrinsèque. L’entreprise strasbourgeoise a ainsi développé de multiples produits alternatifs destinés à rendre « productifs » des lieux « informels » (circulations, cafétéria, … ) et à imaginer les interfaces nécessaires à ces changements de mentalités, mais aussi technologiques, en perpétuelle évolution.

Il est intéressant d’observer l’inventivité mise en œuvre par les designers – y compris textiles – et industriels pour satisfaire au confort acoustique, critère désormais placé en tête des attentes des employés.

Dès lors que la connectivité et l’ergonomie sont garanties, tout n’est plus qu’une question de goûts et de couleurs pour que les miels ainsi récoltés offrent une multitude de saveurs !

Nice Wall - éléments Causeway - Bene AG

 

Lionel Blaisse

 

 

Lyon Shop & Design

Lyon Shop & Design

De plus en plus, petits et grands commerces font appel à des architectes et designers pour rénover l’intérieur et l’extérieur de leur espace marchand, dans une optique d’amélioration de la vente par la mise en scène des produits. Si les restaurants et boutiques de mode sont des pionniers dans le domaine, les métiers de bouche tels que les boulangeries et boucheries rivalisent de créativité pour se démarquer. Ainsi, inspiré par une démarche originale de la ville de Montréal, et porté depuis 2004 par la Chambre de Commerces et d’Industries de Lyon, le concours Lyon Shop & Design remercie des binômes commerçants/architectes pour la qualité de leur réalisation, et pour leur démarche créative. 101 dossiers de candidatures ont été déposés en 2015. 15 finalistes sont élus par un jury qualifié présidé par Bertrand Barré du Groupe ZEBRA, qui sera accompagné du vote du public pour élire les 5 lauréats le 11 juin. En attendant la remise des prix, vous pourrez vous balader dans les arrondissements de Lyon et y découvrir les différents finalistes. Parmi eux, La Fromagerie Lumière et Fabrice Bonnardel, qui dans un espace de moins de 20m² favorise la convivialité par la vente en avant, tout en repensant astucieusement les frigos et en intégrant à la mise en scène les grilles de ventilation. A voir aussi l’opticien Entrevues et Arnaud Trimaille, où artisanat et savoir faire sont tout en présence à travers boiseries et feuilles d’or dénotant un style chic et ancien. Quant au tandem que forment la boutique-café La Bicycletterie et Christophe Millet, ils vous feront jouir d’une mise en cohérence des deux activités, privilégiant des matériaux bruts pour refléter l’esthétisme rétro des produits. Egalement, vous pourrez profiter des festivités. L’espace public sera investit par les animations et affichages urbain à partir du 18 mai. Les finalistes des dix années précédentes sont invités à participer. Plus qu’un concours, Lyon Shop & Design est un véritable observatoire. Il est révélateur de l’évolution des commerces et du tissu marchand de la ville, et montre l’essor des quartiers et le développement économique de Lyon.

Memorial Park au Cambodge

Memorial Park au Cambodge

memorial park zaha hadid

A Phnom Penh, Zaha Hadid a imaginé pour le mémorial du génocide khmer rouge, cinq bâtiments rappelant les tours du plus grand des temples d’Angkor. Ce lieu mémoriel conçu avec les cabinets d’ingénierie Arup pour le bâtiment et Aecom pour le paysage, se composent de structures sinueuses en bois (une première pour l’architecte britannique) évoquant les racines aériennes des arbres qui recouvrent les temples de l’ancienne civilisation khmère. Recouverts d’une enveloppe perforée et reliés par des passerelles suspendues, les différents édifices – construits sur le site d’un ancien camp de rééducation khmer rouge – sont entourés d’ un parc de près de 70000 m². Ce « Memorial Park », offrira aux visiteurs des terrains de sport, des potagers, une forêt de sculptures contemporaines ainsi que des bassins pour retenir les pluies tropicales. Le chantier du Sleuk Rith Institut – avec son musée, sa bibliothèque et son école doctorante spécialisée sur l’étude du génocide – devrait commencer durant l’année 2015.

 

S.R.

Jacobo Micha : commémoration à Veracruz

Jacobo Micha : commémoration à Veracruz

Jacobo Micha et l’agence ARCHETONIC ont érigé dans le port d’entrée au Mexique un mémorial pour les 100 ans de l’immigration juive dans le pays. Ce projet symbolique est constitué d’un mur porteur avec 100 éléments sculptés aux finitions bruts marquant les années d’un côté, et se multipliant de l’autre en 400 lignes de pierre poli montrant la naissance de nouvelles familles. De l’arrivée des navires et de leurs passagers immigrants débarquant peut-être sans beaucoup de préparation, aux nouvelles possibilités de vie offertes au Mexique. Ces sculptures en ardoise, granit et marbre de diverses régions du Mexique reposent sur un socle portant les noms des différents participants ainsi que des textes de Aslan Cohen Mizrahi et de Alberto Rayek Balas. Un banc face à la mer complète ce mémorial de l’arrivée des immigrants juifs dans le port de Veracruz.

ARCHETONIC_Monumento_04

S.R.

Hommage aux objets oubliés

Hommage aux objets oubliés

Situé au cœur du village de Saint–Martin–en–Campagne, un mémorial d’un autre genre a ouvert ses portes à une dizaine de kilomètres de Dieppe en Seine Maritime. Ce musée d’Histoire de la Vie Quotidienne expose près de 2000 objets issus du patrimoine rural, artisanal, industriel et domestique de la région. Le plus ancien bâtiment de la commune, la Maison Mercier du XVIe siècle, a été restauré par Frédéric Martorello, architecte du patrimoine, alors qu’une extension contemporaine a été réalisée par Clotilde Foltzer du studio d’architecture A4 situé à Eu. Une muséographie conçue par Gilles Vignier rend hommage aux objets oubliés pour rendre compte des évolutions techniques et sociales de la fin du XIXe à celle du XXe siècle. Dans ce parcours particulier de « mémoires intimes », ces objets font écho aux souvenirs personnels et familiaux.

 

S.R.

Le Voyage d’Hung-Yin Yen

Le Voyage d’Hung-Yin Yen

Situé à Taipei, le mémorial du designer taïwanais Hung-Yin Yen répond à une commande de sa mère qui souhaitait rendre hommage à sa propre mère décédée. Baptisé Voyage, ce monument dédié à son aïeule évoque par sa géométrie sans fin le voyage, sans commencement ni fin, de la vie dans le vaste univers dixit son concepteur. Cette symbolique boucle continue en béton gris forme une spirale représente pour lui, le lien entre sa mère et son enfant. Un tube central en acier soutient les armatures autour desquelles le coffrage en fibre de polymère renforcé du béton a été construit. Une fois la partie inférieure du moule assemblée in situ et les armatures soudées, la partie supérieure du coffrage a été mise en place pour procéder au coulage du béton.

 

S.R.

Le Googleplex s’approprie le patrimoine parisien

Supervisant l’Europe du Sud et de l’Est (Russie comprise), du Moyen-Orient et de l’Afrique, le Googleplex de Paris – dont la première tranche fut inaugurée le 6 décembre 2011 par Nicolas Sarkozy – constitue le pendant « latin » de celui « anglo-saxon » ouvert peu avant à Dublin. Ses 13000 m2 abritent également l’Institut culturel mondial de la firme. Situé 8 rue de Londres, l’hôtel particulier du XIXe siècle qui l’héberge en amplifie l’« originalité », d’autant qu’il se trouve partiellement inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques !

googleplex4

Télescopages en forme de clin d’œil

Créé dans un garage de la Silicon Valley en 1998, Google est devenu depuis le leader mondial du moteur de recherche sur le Net. Exigeante quant à la productivité de ses plus de 50000 employés – les « Googlers » –, l’entreprise américaine soigne tout particulièrement leur cadre de travail. Ses différents sièges et centre de recherches et développement – les « Googleplex » – au travers le monde déclinent ainsi l’esprit maison mais à la sauce locale.
Parachevé en 2013, ce siège européen bis s’est implanté non seulement en plein quartier de… l’Europe mais, qui plus est, dans l’hôtel de Vatry bâti en 1861 pour la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans avant d’arriver dans le giron de la SNCF, lors de sa création en 1938. Mis à part un intermède d’une dizaine d’années chez Axa, l’édifice réintègre donc l’univers des réseaux, passant des ferrés aux virtuels. Cette transplantation parisienne a le même maître d’œuvre que le campus de Mountain View où Google installa son quartier général en 2000, mais l’agence franco-américaine STUDIOS Architecture l’avait en fait construit pour son précédent propriétaire. Elle doit sa sélection davantage à sa parfaite connaissance des univers tertiaires – tant en matière d’architecture que de space-planning – y compris dans l’hexagone du fait de sa double culture, au bilinguisme de son personnel parisien et à la taille cumulée de ses six agences (San Francisco, Los Angeles, New York, Washington, Paris et Bombay).

googleplex13

Des contraintes exacerbées

« Société en mouvance permanente » pratiquant le crowdsourcing (production participative des utilisateurs), Google imposa un processus de conception impliquant dès l’APS l’entreprise générale ISG ; programme, réponses spatiales et techniques ainsi que budget étant amendés et affinés au fur et à mesure de la phase études mais aussi chantier. Vinrent s’y greffer simultanément la contrainte patrimoniale (ABF, Commission du Vieux Paris), la recherche d’une certification LEED Gold, un calendrier d’autant plus tendu (moins de dix mois pour livrer la première phase) qu’un des cinq niveaux était déjà occupé.
Enfin, la rénovation opérée par le précédent propriétaire datant d’une bonne dizaine d’années, l’ensemble des bâtiments a été entièrement « curé » pour en refaire toute la technique – sujet sensible s’il en est chez Google – et créer – si possible en lumière naturelle – tous les lieux indispensables aux pratiques et bien-être des Googlers !

googleplex12

Lieux de recherche et de développement, les Googleplex veillent à ce que leur architecture sépare scrupuleusement les flux sans pour autant imposer à leur personnel de devoir badger plus d’une fois pour accéder à leur poste de travail. Ce sont donc les visiteurs et prestataires qui se voient « cantonner » dans les espaces qui leur sont réservés. Si l’implantation de l’Institut culturel dans l’aile droite de la cour d’honneur – où un plancher a été démoli pour obtenir la double hauteur nécessaire – réglait son problème d’accès, celui à l’auditorium et au showroom en sous-sols du corps principal imposa de créer un second emmarchement en contrebas de celui menant au perron central – une plateforme PMR desservant les rez-de-chaussée haut et bas. En effet, deux des dirigeants de la firme étant eux-mêmes handicapés moteurs, tous les espaces (et pas seulement les niveaux) sont systématiquement accessibles, quoi qu’il en coûte.

googleplex11

Google made in France

Tout le monde ayant gardé en mémoire les toboggans réunissant les étages californiens ou les vélos et skateboards stationnés dans les couloirs, qu’allait-il en être à Paris dans un bâtiment patrimonial?
Quoique rien ne soit vraiment gratuit chez Google, le talent de STUDIOS a été de convaincre ses commanditaires que ni la caricature ni le stéréotype n’avaient leur place dans ce vaste hôtel particulier XIXe mais qu’il était possible de mettre à profit le palimpseste culturel constitué par le patrimoine architectural parisien pour trouver les justes transpositions de l’esprit maison.

googleplex8

Fonctionnel et contemporain, le vaste hall d’accueil en rez-de-chaussée du pavillon central était dépourvu de fresque au plafond ; c’est donc un hyper-visuel du vide central de la Tour Eiffel en contreplongée – réalisé par les architectes – qui y restitue l’impression d’un lambris à caisson comme celui du grand salon qui s’y superpose au 1er étage. Les boiseries d’époque de cette ancienne salle de bal étant en réalité peintes en trompe l’œil, rien n’y interdisait donc une moquette (recyclable) en damier de camaïeu rose ni de contemporaines suspensions.

Googleplex9

Devait-il y avoir des livres dans le salon-bibliothèque attenant ou des tablettes-liseuses suffiraient-elles ? Le spécialiste Google du livre arbitra en faveur de la première option dès lors que les ouvrages retenus soient ceux considérés par chaque Googler comme incontournables à la culture de l’entreprise ! L’open space régnant partout (à peine 5 bureaux fermés) pour 620 postes de travail (tous équipés d’un bureau monte-et-baisse pivotant), les espaces mutualisés y sont donc nombreux et multiples : 27 salles de réunion dont une bleu Klein (d’œil), 19 mini cabines de vidéo- conférences et autant de salles de visio-conférences dont une installée dans une vraie 2 CV rouge ! Mais les loisirs n’ont pas été pour autant oubliés : un gymnase et un studio de danse de 195 m2, des salles de jeu, de musique ou de relaxation… que complètent 9 micro kitchens flirtant chacune avec une Muse différente ! Et bien sûr une « brasserie » de 220 couverts sur 550 m2 où œuvre un chef maison dont seul le design des assises distingue la diversité de la cuisine ici servie (de la tradition au contemporain). Les deux niveaux de parkings n’accueillent que 4 voitures… électriques et plus d’une centaine de bicyclettes mais aussi un vaste local de tri sélectif avec broyeur.
Bref, un exercice de style soigné et décoiffant !

googleplex100

 

googleplex6
googleplex5 googleplex6 googleplex5 Googleplex2 Googleplex1

 

Fiche technique

Googleplex Paris
8, rue de Londres – 75008 Paris

Superficie, 13000 m2.
Calendrier, début des études mi 2011, livraison phase 1 6 décembre 2011, livraison phase 2 en 2013.
Propriétaire/Maître d’ouvrage, Google Paris.
AMO, Gardiner & Theobald.
Architecture, Jim Cowey (STUDIOS Architecture).
Chef de projet, Alexandra Villegas.
Architecture intérieure Institut Culturel, Rockwell Design.
BET, Terrell (structure), WSP Flack & Kurtz (réseaux), Tisseyre – Acoustique & Conseils (acoustique), Speeg & Michel (éclairage).
Entreprise générale, ISG.
Verre, Saint-Gobain.
Plafond acoustique, Ecophon de Saint-Gobain.
Placages, Formica, Polyrey.
Cloisons amovibles, FDES BA13.
Dallage, Royal Mosa.
Revêtement thermocollé, Forbo.
Sols coulés, Gerflor, Janvic.
Moquette, Interface, Westfond.
Peinture, La Seigneurie, Victor Paraire.
Tissu acoustique, Kvadrat.
Cuisine, Comenda,La Mazzer, Liebherr, Theroplan.
Ascenseur, Koné.
Sanitaires, Duravit,Starn.
Robinetterie, Chavonnet, Grohe.
Luminaires, Artemide, Flos, iGuzzini, Inédit, Modular, Regent, Targetti, Waldmann Zumtobel.
Mobilier, M-Top (bureaux).
Sièges, Optimespace (bureaux), Le Cèdre Rouge (Institut), Absolute Office, Druker, Etat de Siège, Silvera.

 

Courtesy Studios Architecture / Eric Laignel

Serres alambiquées à Laverstoke Mill

Serres alambiquées à Laverstoke Mill

Le site patrimonial de Laverstocke Mill vient d’être reconverti par l’architecte Thomas Heatherwick, en distillerie haut de gamme pour la marque de spiritueux Bombay Sapphire.
Sur cette ancienne friche industrielle, à une centaine de kilomètres de Londres, produisant le papier des billets de la Banque d’Angleterre, deux serres traitées comme de gigantesques alambics, de plus d’une dizaine de mètres de hauteur, se confrontent avec audace aux bâtiments de style victorien.

Afin que cet ambitieux projet de réhabilitation respecte la dimension patrimoniale du site tout en reflétant les valeurs de la marque, Bombay Sapphire® a fait appel en 2010 à la star britannique Thomas Heatherwick, qui livrait la même année le spectaculaire pavillon du Royaume-Uni à l’exposition universelle de Shanghai 2010 ainsi que les nouveaux modèles de bus londoniens. Pour concevoir la distillerie Laverstoke Mill où se produit l’emblématique boisson bleue, l’architecte s’est emparé de ce lieu austère pour en révéler dit-il tout le potentiel : ‘’Notre première tâche fut de retrouver la rivière qui était là quelque part, avant de créer une alchimie intéressante dans le projet en connectant les serres et la salle de distillation du gin. Nous utilisons l’excédent de chaleur dégagée par ce processus dans cette dernière pour chauffer les premières. Mais ce qui est tout aussi passionnant, peut-être encore plus, c’est le fait que, celles-ci étant près de la rivière, une eau très pure, coulant depuis des siècles, circule autour d’elles. D’un côté, il y a ce cours d’eau et, de l’autre, ce nouveau liquide transparent. Sans tomber dans le mysticisme, je sens qu’il y a quelque chose de symbolique là-dedans et c’est ce qui est le plus motivant pour moi. A mes yeux, ces serres – dont chaque panneau de verre est unique – tentent de renouer avec quelque chose de naturel à l’image de ces plantes, elles-mêmes toutes différentes. »

bombay sapphire 2

Briques, liquide et espèces

Sur ce site qui a produit pendant plus de 200 ans le papier destiné à la fabrication des billets de banque britanniques depuis le règne de la reine Victoria, Heatherwick a capitalisé sur les bâtiments historiques en brique, débarrassés de toute une série de hangars en tôle. Ainsi reliée à l’histoire du pays, la maison de la marque est à la fois une distillerie de gin à la pointe de l’innovation et un centre d’accueil attractif pour les visiteurs qui découvrent des alambics de verre géants dans lesquels poussent les dix épices (baie de genièvre, citron, maniguette, coriandre, cubèbe, racine d’iris, amande, cannelle, réglisse et angélique) conférant à Bombay Sapphire® son « goût unique ». A travers un voyage-découverte guidé par des cartes interactives, le public peut explorer la distillerie et s’approprier l’héritage de la marque. La visite se prolonge dans les deux serres et la Botanical Dry Room qui renferme les alambics historiques de la famille Dakin, avant la découverte de la richesse du patrimoine de Laverstoke Mill exposé dans l’Heritage Room.

bombay saphirre 3

Le parcours se termine dans le Mill Bar par la dégustation d’un cocktail à base de Bombay Sapphire®, sans oublier l’Empire Room, centre destiné à former les meilleurs barmen du monde. « Pour la première fois, nous ouvrons nos portes au public et nous invitons les visiteurs à découvrir l’histoire de notre marque, » précise le maître distillateur Nik Fordham. Pour compléter cette opération marketing de grande envergure, cette distillerie est la première à obtenir la certification BREEAM. Au delà de la récupération de chaleur pour chauffer les serres, la roue du moulin a été rétablie comme générateur hydroélectrique, des systèmes photovoltaïques et une pompe à chaleur géothermique ont été installés, sans compter l’utilisation des déchets de plantes issus du processus de distillation pour alimenter la chaudière à biomasse. Fort de cette médaille d’or de la durabilité, le site dans sa globalité entend préserver la biodiversité et la protection des espèces naturelles de la région, y compris les chauves-souris et les oiseaux.

bombay sapphire 4

Structure autoportantes

A l’entrée de la distillerie comme une paire de griffes jaillissant des fenêtres des bâtiments historiques, les deux serres aux enveloppes vitrées autoportantes plongent dans la rivière. La plus grande des deux structures (9 m de diamètre par 15 m de hauteur) accueille un jardin méditerranéen, alors que la plus petite (9 m par 11 m) fait office de serre tropicale. Leurs vitrages s’apparentent à une forme plissée circulaire s’étirant depuis la base vers une coque supérieure, pour ensuite s’étrécir et venir se connecter au bâtiment adjacent. La géométrie aux formes libres est obtenue par la mise en place de verres bombés en usine, puis cintrés à froid in situ, et relié par l’intermédiaire de connecteurs spécifiques à une structure de plat inox en forme d’arc. La singularité technique de ces deux serres réside dans l’absence de contreventement métallique autorisé par le rôle important du verre dans la stabilité de l’ouvrage.

bombay sapphire 5

Les alambics de cuivre logés à l’intérieur des bâtiments réhabilités semblent produire des racines aériennes dont les tentacules de verre prennent en charge la reconversion du site. Un hommage alambiqué de la marque de gin au Crystal Palace dans une ambiance que certains comparent déjà à celle du film Charlie et la chocolaterie.

Sophie Roulet

Bombay sapphire Distillery
Laverstoke Mill – London Road – Laverstoke
Whitchurch Hampshire RG28 7NR

http://distillery.bombaysapphire.com/

 

Courtesy Bombay Sapphire / Iwan Baan