Les plans d’Aires Mateus pour le CCOD de Tours

Les plans d’Aires Mateus pour le CCOD de Tours

Le plan, outil de projet et de lecture universelle, est inséparable de la production de l’architecte. Architectures CREE publie des carnets de plans dans ses numéros. Chaque semaine, la rédaction a décidé de compléter sa rubrique en vous faisant découvrir ou redécouvrir l’ensemble des plans d’un même et unique projet. 

Le centre d’art de Tours (CCOD) emménage fin 2016 dans un bâtiment dessiné par les frères Aires Mateus, qui signent là une oeuvre fonctionnelle d’une grande justesse. Les plans de l’agence, comme sur du papier millimétré, assume la rigueur rectiligne du projet et souligne son calepinage. Les noirs et blancs distinguent franchement les pleins des vides et appuient les fonctions des lieux. 

« Pérennisations d’évènements artistiques éphémères de la fin des années 70, les centres d’art contemporain ont su trouver une place dans le paysage culturel français malgré l’apparition des FRAC, institution créée par le ministère de la Culture en 1982 pour diffuser, sensibiliser et constituer des collections d’art contemporain dans chaque région. Face à la concurrence de l’État, le CCC de Tours, un des centres d’art historique, compensait la modestie de ses budgets par une programmation originale et des liens forts avec la société locale. Modestie des locaux également : sa dernière adresse, rue Marcel Tribut renvoyait à un rez-de-chaussée d’immeuble année 70 comportant très peu d’ouvertures sur la rue, derrière la gare. En 2007, l’ajout d’une façade conçue par Philippe Chiambaretta lui donna un peu plus de présence dans le tissu urbain. C’est dire si le déménagement dans un bâtiment construit par les frères Aires Mateus en centre-ville équivaut à une sortie de la clandestinité. La visibilité du CCC s’accroît d’autant que le changement de lieu s’accompagne d’un changement de sigle – CCCOD pour centre de création contemporaine Olivier Debré… » Olivier Namias

Retrouvez l’intégralité du reportage dans le numéro 379 sur le thème « expositions »

 

Plan 0 et façade est

Plan 1 et façade sud

Détail

 

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L’Ascension paysagère de MVRDV à Rennes

L’Ascension paysagère de MVRDV à Rennes

L’agence MVRDV remporte la consultation internationale initiée par la ville de Rennes : l’aménagement de l’îlot de l’Octroi sur les berges de la Vilaine

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Vue depuis le jardin de la confluence

Densifier VS ouvrir

A l’ouest du centre ville historique de Rennes, face à la confluence de l’Ille et de la Vilaine, l’îlot de l’Octroi, délimité par la rue de la Carrière, la rue Louis Guilloux et la rue de Lorient, est actuellement en grande partie à l’état de friche urbaine. Le site est rendu peu visible depuis les rues et depuis la rive, camouflé derrière une végétation sauvage. L’enjeu ici est d’y combiner forte densité et ouverture sur l’eau, rapport au sol et grande hauteur. Une équation résolue dans un projet intitulé Ascension paysagère, réalisé par l’équipe composée de l’agence MVRDV (Winy Maas, Jacob van Rijs et Nathalie de Vries, Rotterdam, Pays-Bas), ALL (Agence Laurent Lagadec, architectes, Rennes), le Groupe Giboire (promoteur), SNC Lavalin (bureau d’études techniques) et Franck Boutté (ingénieur environnemental). On notera que cette équipe est née d’une procédure atypique, la ville souhaitant que chaque architecte concourant choisisse son maître d’ouvrage et qu’il s’associe obligatoirement avec une agence locale.

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vue depuis la rue de Lorient

 

Gradation

La réponse architecturale de l’équipe menée par MVRDV tire parti de son site paysagé, tout en composant avec l’existant. Les trois lots de logements s’articulent autour du café-théâtre le Bacchus, du Pavillon de l’Octroi* et de deux maisons jumelles, une implantation qui permet la création d’une grande place publique ouverte sur le fleuve. Les masses bâties, suivant une bande habitable de 15 m de profondeur, sont incurvées pour ouvrir des perspectives vers la Vilaine depuis la rue de Lorient, invitant les promeneurs à rejoindre la nouvelle place et le chemin de halage. A chaque lot émerge un point haut, les uns étant décalés par rapport aux autres pour ne pas obstruer les vues et éviter les vis-à-vis. Ces derniers sont sculptés en gradinage. Les façades longitudinales, elles, sont modelées par les espaces extérieurs, la volonté étant d’adjoindre aux 135 appartements une terrasse, une loggia ou un balcon. Le calepinage de la façade composée d’étroits panneaux de terre cuite teintée accentue la verticalité du projet, les nuances et finitions se dégradant du gris au blanc jusqu’à s’évaporer au sommet du bâtiment. Un projet qui définit un nouveau skyline sur les bords de la Vilaine, face au jardin de la Confluence, et qui s’inscrit dans le projet urbain de Rennes pour 2030. AL

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Vue depuis le théâtre de la paillette, rue Louis Guilloux

*L’octroi est le nom d’une taxe autrefois perçue par les communes sur les marchandises qui entraient sur leur territoire. Les pavillons d’octroi hébergeaient l’administration chargée de percevoir cette taxe : les portes des villes étaient souvent signalées par des pavillons situés de part et d’autre de la route et reliés par une barrière. A Rennes, ces portes bordent la rue Louis Guilloux avant que celle-ci ne franchisse le fleuve.

 

 

Projets concurrents en images

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Aires Mateus, un style architectural atypique

Aires Mateus, un style architectural atypique

L’architecture des frères Aires Mateus est à la fois minimaliste, épurée et se distingue par sa non-conformité et son atemporalité.

 

Relations environnantes et dichotomies

Elke Mittmann*, docteur en histoire de l’architecture, lit à travers la lecture globale d’une soixantaine de projets des architectes « un lexique d’espaces », souligné dans deux concepts forts. D’une part, se traduit un rapport évident à l’espace environnant matériel (topographie, géologie) et aux valeurs immatérielles (mémoires, archétypes) du site d’intervention. L’interprétation du lieu devient l’essence du projet architectural. Parce que fondée sur des strates historiques, l’architecture se fait atemporelle, hors du temps.

Aires MATEUS

« Références matérielles et immatérielles » au lieu

D’autre part, dans une « dialectique des antinomies », constituée d’opposition et d’interaction, sont générés les projets des deux frères. Plein et vide, positif et négatif, compression et dilatation, continu et discontinu, régularité géométrique et décomposition… tout est dichotomie.

Aires MATEUS

 « Dialectique des antinomies »

 

« Lexique d’espaces »

Dans son lexique, Elke définit la notion d’espace « entre-deux », des espaces vides et interstitiels générateurs de tensions spatiales, à la fois irréguliers et imprévisibles. Elle définit également l’espace sculptural, qui marque l’interface entre l’art et l’architecture, inspiré de la sculpture minimaliste des années 60, qui en plus de prendre en compte l’espace environnant, utilise la stratégie de l’évidement. Les volumes semblent creusés par le vide et la lumière, révélatrice d’espace. De plus, la géométrie est un apport important pour les architectes. Si le carré se définit comme un contenant neutre, il enveloppe une figure seconde, elle-même composée de formes complexes diffractées, juxtaposées, emboîtées. Entre un volume monolithique extérieur aux formes élémentaires et un espace intérieur fragmenté, il semble que la complexité ne soit compréhensible qu’à partir du parcours des espaces.

Aires MATEUS

 « Relation entre une forme claire et simple définie comme une super-structure qui enveloppe une figure seconde, elle-même constituée de formes superposées, juxtaposées ou emboîtées »

 

La perception, guide de la conception

Le tout est uniformisé de manière neutre par la couleur blanche, rendant l’idée d’espace abstraite. Les maquettes de l’exposition monographique des frères portugais au CCCOD sont elles-mêmes présentées blanches, tout comme les photos de projet dont le noir et blanc soulignent la sacralisation du vide. Ces images dénuées de vie viennent offrir des possibles. Ainsi, aux deux principes régulateurs de l’architecture des frères Aires Mateus – qui s’inscrivent dans la continuité historique de l’architecture portugaise, portée notamment par Alvaro Siza, entre régionalisme et modernisme – s’ajoute l’expérimentation. Leur architecture est contemplation ; la perception précède l’espace, l’espace est la résultante de la perception.

Aires MATEUS

« Espaces d’exposition vs expérience de l’espace »

Amélie Luquain

 

*Catalogue monographique de l’exposition au Centre de Création Contemporaine Olivier Debré (CCCOD), préface par Elke Mittmann, « L’architecture d’Aires Mateus – un lexique d’espaces », 2015

Courtesy CCCOD / François Fernandez

Voir aussi : Aires Mateus, un centre d’art contemporain à Tours et Aires Mateus, exposition

 

Aires Mateus, un centre d’art contemporain à Tours

Aires Mateus, un centre d’art contemporain à Tours

A l’occasion de l’exposition monographique à Tours au Centre de Création Contemporaine Olivier Debré (CCCOD)* pour la réalisation duquel l’agence a remporté le concours international, les frères Aires Mateus reviennent sur près de 20 ans de travail.

Les architectes lisboètes, Francisco et Manuel Aires Mateus, sont des représentants majeurs de l’architecture portugaise. De nombreux projets depuis le fondement de leur agence en 1988 ont été remarqués et primés, notamment le Musée du Phare Santa Marta à Cascais, le Centre des arts de Sines et la maison de retraite d’Alcacer do Sal au Portugal. Si l’échelle de la résidence familiale leur est cher, leur œuvre, inscrite dans le débat architectural contemporain international, s’étend jusqu’à l’échelle de l’infrastructure urbaine.

 

Centre de Création Contemporaine Olivier Debré à Tours

CCCOD

D’une part, ils nous présentent leur projet du CCCOD amené à être livré fin 2016, soit la reconversion de l’ancienne Ecole des Beaux-Arts construite en 1958 en centre d’art contemporain. Fruit d’un concours international, leur idée a été sélectionnée devant Berger et Berger (France), Nieto Sobejano (Espagne) et Rudy Ricciotti (France) en décembre 2012.

CCCOD

CCCOD

Sur une surface de 3278 m², le jury a été captivé par la prise en compte de ce site hétérogène marqué par la Reconstruction. Ainsi une nouvelle construction côtoie le bâtiment préexistant. Reprenant le plan en équerre, les deux volumes sont isolés l’un de l’autre, appartenant à deux époques différentes.

CCCOD

Ainsi le premier volume reçoit au rez-de-chaussée le plateau de création contemporaine et à l’étage la galerie des abstraits. Tandis que le second, de grande envergure (29 m de long par 11 m de large), renforce la valeur symbolique de la nef centrale en tant qu’édifice public, accueillant l’espace d’exposition. D’un coté, le volume inscrit dans le sol est extraverti, de l’autre le bloc monolithique est intraverti et en lévitation au-dessus d’un vide vitré, à la fois lourd et aérien.

CCCOD

Les deux espaces sont reliés par un corps de lumière, un espace interstitiel visuellement vide, un « lien par l’absence » selon les architectes, accentuant le dialogue contraire entre les volumes. Dans ce bâtiment, les principes phares des architectes sont exposés ; la notion de perception vectrice d’espace est au centre du projet.

Amélie Luquain

 

*Catalogue monographique de l’exposition au Centre de Création Contemporaine Olivier Debré (CCCOD), préface par Elke Mittmann, « L’architecture d’Aires Mateus – un lexique d’espaces », 2015

Visuels du concours : Courtesy Agence Aires Mateus
Photos de chantier : Courtesy CCCOD / Mathieu Dufois

Voir aussi : Aires Mateus, un style architectural atypique et Aires Mateus, exposition