La Villa Tugendhat de Ludwig Mies van der Rohe

Brno, deuxième ville de République Tchèque. Elle est pourtant bien éloignée de Prague, la capitale, autant d’un point de vue géographique que de l’intérêt que l’on peut y porter. Et pourtant, cette ville de Moravie du Sud abrite un chef d’oeuvre de l’architecture moderne : la Villa Tugendhat. Conçue par l’architecte Mies van der Rohe pour la riche famille d’industriels textiles des Tugendhat, elle fait aujourd’hui partie de la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.

 

La Villa Tugendhat est une réalisation qui relève du mouvement moderne et s’inscrit dans le fonctionnalisme tchèque. Elle répond également à la célèbre phrase de l’architecture : Less is more. La construction se termine en 1930. La Villa s’inscrit sur un terrain en pente, et se place en haut de celle-ci, profitant ainsi d’une vue imprenable sur la ville et sur le jardin. Cependant, celle ci sera finalement gâchée par les réalisations d’autres constructions dans les alentours de la Villa.

 

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Photo : Alexandra Timpau
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Photo : Alexandra Timpau
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Photo : Alexandra Timpau

 

Elle se compose d’un rez de chaussée qui donne sur rue ainsi que d’un rez de jardin. Le premier se compose des espaces de service, et d’un escalier qui permet de rejoindre les pièces de vie au niveau inférieur. Celui-ci est entièrement vitré sur la façade donnant sur le jardin. Mies van der Rohe opte pour un plan libre, afin de laisser place à de vastes espaces non contraints. Les usages ne sont pas délimités par des murs ou des cloisons. L’exemple le plus frappant est bien l’espace de vie collectif, qui regroupe un salon, une salle à manger et un bureau. Ceux-ci sont disposés dans une unique pièce mais constituent des espaces indépendants. La structure en acier se compose de poteaux de forme cruciformes, et permet de ne pas avoir recours à des murs porteurs. La matérialité de l’intérieur a été minutieusement pensée par l’architecte. Ceux ci se révèlent être très coûteux, un luxe que la famille Tugendhat peut se permettre. Le mur courbe en bois précieux englobe la salle à manger alors que qu’un mur d’onyx sépare le bureau du salon.

 

Fervent pratiquant de l’architecture totale, Mies van der Rohe dessine également le mobilier de la Villa, ainsi que les interrupteurs. Ainsi, on retrouve la célèbre chaise Tugendhat, avec sa structure en acier tubaires et son assise matelassée et ses liens de cuir.

 

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Photo : Alexandra Timpau
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Photo : Alexandra Timpau
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Photo : Alexandra Timpau

 

Durant la seconde Guerre Mondiale, la Villa est occupée et pillée par les nazis puis par les russes. Son destin est également entravé par la guerre Froide, qui ne facilitera pas son entretien. Elle devient par la suite un centre de rééducation, avant d’être déclarée « Bâtiment culturel ». A ce titre, elle bénéficiera d’une campagne de restauration entre 2010 et 2012. Aujourd’hui, il est possible de visiter la Villa Tughendhat, uniquement sur réservation.

Le Narkomfin, symbole soviétique en réhabilitation

Le Narkomfin, symbole soviétique en réhabilitation

 

Le Narkomfin, ensemble de logements moscovite, renaît lentement de ses cendres après avoir été longtemps laissé à l’abandon. Malgré un grand nombre d’appartements vacants, ce symbole du constructivisme soviétique avait toujours été habité, mais son entretien laissait à désirer. Aujourd’hui, le petit-fils de l’architecte du Narkomfin est en charge de sa rénovation.

 

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1928. La société soviétique vit au rythme du stalinisme. Une société dont les habitudes de vie sont modelées par la pensée communiste, qui influence aussi l’architecture. Les architectes Moïseï Ginzbourg et Ignaty Milinis sont mandatés par le Ministère des Finances pour réaliser quatre ensembles de logements pour leurs employés. Le projet, pourtant amputé de deux bâtiments sur quatre, est terminé en 1932.  En béton armé et sur cinq étages, le Narkomfin est entouré d’un parc. Le rez-de-chaussée devait initialement laisser place à un espace végétal, et le bâtiment était supporté par de larges pilotis noirs. Cependant, quelques années après, on y construira des bureaux et d’autres logements, pour rentabiliser l’espace… Les appartements, dont l’accès se fait uniquement aux couloirs des étages 1 et 4, sont en duplex. Un salon en double hauteur offre une grande luminosité, alors que les chambres sont plus basses de plafond.  Une configuration qui fait écho aux unités d’habitations que Le Corbusier construira dans ses Cités radieuses françaises, une vingtaine d’années plus tard.

 

Cette architecture radicale et fonctionnelle répond aux attentes du constructivisme. Icone de l’architecture soviétique des années 1920, le Narkomfin concrétise des idées théoriques bien arrêtées sur la vie communautaire. Au delà de logements, il met à disposition de ses habitants des cuisines collectives – aucun logement n’en possède à titre individuelle – , une crèche, une salle de sport, des terrasses et toit partagés… Ces nouveautés offrent un luxe indéniable aux habitants ! Mais ce mode de vie utopique est confronté à la réalité, et le Narkomfin tombe vite en désuétude. Les 54 unités de logements sont abandonnées aux fils des ans. La faute à une architecture qui influe -trop- sur les modes de vie des habitants ?

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Le nombre important de propriétaires et l’absence de copropriété empêchait l’avancement des projets de réhabilitation. En 2016, la société Liga Prav achète 95% du bâtiment et confie la restauration à Alexeï Ginzbourg, qui n’est autre que le petit fils de l’architecte de l’époque. Il souhaite redonner une lecture d’origine à ce bâtiment. Et c’est en libérant le rez de chaussé de ses artifices qu’il commence.  Il restaure l’idée originelle du projet, en ayant une vision globale de l’ensemble du Narkomfin. Un projet qui modifiera sans doute les plans initiaux du projet. En effet, les normes de sécurité ont bien évolué en 80 ans, et il faudra très probablement se plier aux nouvelles réglementations, tout en gardant l’esprit souhaité par les architectes fondateurs. Alexeï Ginzbourg, qui espère que la rénovation sera terminée d’ici l’année prochaine, souhaite ainsi donner un exemple de réhabilitation pour les autres bâtiments emblématiques de l’air soviétique tombés dans l’oubli.

 

Anne Vanrapenbusch

La Villa Cavrois, manifeste moderne de Robert Mallet-Stevens

Aujourd’hui, nous vous proposons de revenir sur un classique de l’architecture moderne. Bien loin de l’agitation des grandes villes, c’est à Croix, dans le Nord, que l’industriel roubaisien Paul Cavrois demande à Robert Mallet-Stevens de lui construire une résidence familiale, en 1929. Il a en effet été séduit par la villa Noailles, que l’architecte parisien avait réalisé quelques temps plus tôt près de Toulon.

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Crédits : © Robert Mallet-Stevens – ADAGP / Création graphique : Axess Origami

Une villa résolument moderne

Personne influente dans le milieu de l’industrie textile, Monsieur Cavrois se devait d’avoir une maison exemplaire. Véritable château moderne, la villa permet d’accueillir les neuf membres de la famille, ainsi que le personnel de maison. Elle reprend les codes de l’architecture moderne de l’époque, dont les maîtres mots pourraient se résumer ainsi : Luminosité, hygiène et confort. On remarquera le blanc immaculé dont est couverte la cuisine : du sol au plafond, à travers la céramique, la peinture, le mobilier. Il fallait que tout soit facilement nettoyable, et la moindre tâche visible au premier coup d’oeil. Les pièces tournées vers le jardin sont baignées de lumière grâce à de grandes baies vitrées.  L’hygiénisme de l’époque passe également par l’hygiène du corps, d’où l’installation d’une bassin de 27m de long.

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© Robert Mallet-Stevens – ADAGP © Didier Plowy – CMN
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© Robert Mallet-Stevens – ADAGP © Didier Plowy – CMN

Une matérialité au service de la famille Cavrois

Le luxe de cette maison n’est pas visible dans les fioritures, puisqu’elle se veux fonctionnelle. Mais c’est plutôt avec le recourt à de belles matières, telle que le marbre vert de Suède, ou à des essences de bois nobles, que la villa Cavrois se démarque. Le béton armé, utilisé pour la structure, est un matériaux nouveau à l’époque ! Celui ci a ensuite été recouvert de briques de teintes jaunes, qui proviennent de 26 moules différents, dessinés spécialement pour la villa. A l’intérieur, l’architecte alterne entre des monochromes peints et les textures des matériaux bruts.

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Crédits : © Robert Mallet-Stevens – ADAGP / Photo : © Didier Plowy / Centre des monuments nationaux
Briques de parement utilisées sur la façade de la villa Cavrois
Crédits : © Robert Mallet-Stevens – ADAGP – © Jean-Luc Paillé / Centre des monuments nationaux
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Crédits : © Mallet-Stevens – ADAGP / © Jean-Christophe Ballot / Centre des monuments nationaux

Elle est également équipée d’infrastructures rares, que seuls les plus riches peuvent se permettre dans les années 30 : l’eau chaude et froide, l’électricité, et le téléphone dans toutes les pièces, afin de faciliter les communications au sein même de la villa de 1840 m².

Un classique à visiter

La confiance que lui ont accordé Monsieur et Madame Cavrois ont permis à Robert Mallet-Stevens de développer au mieux sa pensée de l’architecture, poussant son fonctionnalisme à son maximum. Rien n’est laissé au hasard, ce qui fait de la villa Cavrois l’œuvre-manifeste de l’architecte.

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Crédits : © Robert Mallet-Stevens – ADAGP – © Centre des monuments nationaux

 

Après le passage de la famille Cavrois, mais aussi de l’armée allemande qui en fait une caserne durant la seconde guerre mondiale, la villa est laissée à l’abandon, avant d’être racheté par l’Etat en 2001. Une vaste campagne de restauration, dont le coût s’élève à près de 23 millions d’euros, permet à la villa de retrouver son charme.  Grâce au travail du Centre des monuments nationaux, la villa accueille de nouveau les visiteurs férus d’architecture ou les simples curieux qui souhaitent découvrir une icône de l’architecture moderniste.

La villa Cavrois est ouverte tous les jours de 10h à 18h, sauf le lundi. L’entrée est gratuite pour les moins de 18 ans, les européens de 18-25 ans, ainsi que tous les premiers dimanches du mois, de novembre à mars.