« L’idée d’une maison » en négatif : une lecture poétique de l’architecture vernaculaire

Dans la ville sud-coréenne d’Ulsan, l’atelier Rieuldorang  a imaginé une résidence monolithique avec une découpe en négatif de la maison à pignon sous la forme d’un large couloir traversant le bâtiment.

© Yoon Joonhwan

Demandez à n’importe quel enfant de dessiner une maison, et il est probable qu’il commence par un rectangle et dessinera inévitablement deux lignes sur le dessus pour représenter la toiture en pente. Cette notion de maison transcende la culture et se manifeste sous la forme de la maison vernaculaire. 

© Rieuldorang atelier

Une idée qui a été le point de départ pour l’architecte Kim Seongyoul, fondateur de l’atelier Rieuldorang, pour la conception de la maison coréenne «Manhwaricano». Kim Seongyoul a estimé qu’en inversant le positionnement de la forme de toit à pignon, présentant plutôt un espace vide à pignon dans le cube monolithique, il pourrait créer une parodie de «maison» dans l’espace négatif. 

© Yoon Joonhwan

«J’ai commencé à concevoir avec la question de savoir comment l’architecture peut entrer dans le monde de l’émotion», déclare Kim Seongyoul. En effet, l’architecte voulait découvrir la beauté des choses ordinaires, comme de simples formes géométriques, et c’est exactement ce que lui et son équipe ont accompli avec ce projet. Cette conception utilise la forme de «l’idée d’une maison» pour créer un espace négatif dans un projet complexe, offrant ainsi une lecture poétique de l’habitat moyen. 

© Yoon Joonhwan

Tout ce qui reste de cette vieille notion vernaculaire, c’est l’empreinte qu’elle occupait autrefois et les idées laissées derrière elle. L’espace libre sous la forme d’un pignon devient une séquence menant dans la maison. Kim Seongyoul affirme que l’histoire fait partie de tout projet et que l’architecture, comme l’art, s’inscrit toujours dans cette éternelle chronologie.

© Yoon Joonhwan

La maison en briques de deux étages, située dans une plaine, est entourée de maisons aux silhouettes différentes. Recouvert sur toutes les faces avec du bois chaud, ce couloir à double hauteur sert d’entrée à la maison. 

© Yoon Joonhwan

Le couloir mène à une terrasse surélevée à l’arrière de la parcelle, et d’un côté il s’ouvre sur une cour orientée au nord. 

© Yoon Joonhwan

Au milieu du couloir, le plafond à pignon se divise en un épais brise-soleil pour relier l’espace au ciel et apporter plus de lumière et d’air frais. 

© Yoon Joonhwan
© Yoon Joonhwan

Le long du côté sud du passage se trouvent un salon ouvert, des coins repas et cuisine, un espace de travail et une salle de bain pour invités. 

© Yoon Joonhwan
© Yoon Joonhwan

Située sur le côté sud de la maison une cour intérieure avec une grande section rectangulaire découpée dans le mur extérieur du sud. 

© Yoon Joonhwan

Des perforations sur le mur et un puits de lumière généreux apportent de la lumière dans cette cour tout en améliorant la ventilation transversale. 

Plan rdc © Rieuldorang atelier

 

Plan étage © Rieuldorang atelier
Coupe © Rieuldorang atelier

La Villette célèbre son 35e anniversaire !

Conçu par Bernard Tschumi, le parc urbain de La Villette fêtera ce week-end ses 35 printemps. Véritable terrain d’expérimentation pour les architectes et carrefour de rencontres de la culture populaire contemporaine, le parc propose, pour l’occasion, une multitudes d’activités, visites guidées, colloques sur l’architecture qui se dérouleront du samedi 24 au dimanche 25 Mars 2018.

© Ian Vogtschmidt

Le 25 mars 1983, Bernard Tschumi remporte le concours international lancé en 1982 pour l’aménagement du parc de la Villette avec un concept audacieux : une superposition de lignes, de points et de surfaces. A l’époque, on ne parlait pas encore de Grand Paris. Pourtant, la question de l’urbanisation de la capitale faisait débat et il était temps de s’intéresser aux anciens abattoirs, situés au Nord-Est de la ville, fermés progressivement de 1974 à 1980.

© Bruno Delamain

Le projet de parc urbain culturel de l’architecte franco-suisse Bernard Tschumi, totalement inédit à cette époque, est retenu sur concours devant Rem Koolhaas et Jean Nouvel. Le site de 55 hectares est devenu, en trois décennies, un pôle d’attraction accueillant chaque année pas moins de 10 millions de personnes et réunissant de grands établissements comme la Grande Halle, la Géode et la Cité des sciences et de l’industrie, le Zénith, le Théâtre Paris-Villette, le Conservatoire supérieur national de musique et de danse de Paris, le Cabaret sauvage, le Trabendo, le Hall de la chanson et la Philharmonie de Paris réalisé par Nouvel.

Lieu de vie et de métissage, La Villette reste une plateforme d’expérimentation qui investit dans la culture numérique et qui se prépare aussi pour les JO de 2024: le parc, désigné Live Site, sera un lieu de festivités.

© Pierre-Emmanuel Rastoin
© William Beaucardet

Rendez-vous donc les samedi 24 et dimanche 25 mars 2018 pour vivre au rythme des festivités avec au programme des visites guidées du parc qui vous permettront de plonger dans l’histoire de ce patrimoine architectural hors normes. La suite se fera avec Bernard Tschumi lors d’une conférence autour de la génèse du Parc. Les trois nouvelles productions de l’artiste américain Will Ryman, connu pour ses sculptures monumentales, se dresseront sur la place de la fontaine aux lions et sur les pelouses du parc de La Villette. Ce week-end sera aussi l’occasion d’inaugurer le Jardin Nourricier, champ d’expérimentation ouvert aux techniques de pointe touchant à la production végétale comestible.

Le programmation détaillée du week-end sur le site de La Villette : ici !

Un nouveau Musée au cœur d’Angers signé Steven Holl

Outre sa qualité de vie, Angers est à présent une agglomération qui innove. C’est à l’occasion du Mipim, que les résultats de l’appel à projets urbains «Imagine Angers» ont été dévoilés. En tête d’affiche : Steven Holl qui signera le nouveau musée des collectionneurs de la ville  et un hôtel adjacent dans le centre d’Angers.

© Steven Holl

Suite au lancement de cet appel à projets urbains, en Janvier 2017 sur sept sites emblématiques de la ville, près de 48 candidatures composées de promoteurs, d’architectes et de porteurs de projets ont été enregistrées. Après une première sélection, 29 équipes ont été retenues pour développer un concept innovant. Avec une surface avoisinant pas moins de 3 hectares, ces sites d’expérimentation  susceptibles d’accueillir environ 60 000 à 80 000 m2 de bâtiments se positionnent sur des lieux stratégiques en plein centre ville ou à proximité du tramway et du tracé de la future ligne. Sur les sept sites, Gambetta, Montaigne et le Front de Maine, ont attiré d’avantage l’attention des architectes dont celle de Steven Holl.

© Steven Holl

En collaboration avec les développeurs Compagnie de Phalsbourg et l’agence Franklin Azzi Architecture, la conception du projet de Holl s’inspire du château historique d’Angers, un château du XIIIe siècle situé à proximité, et a l’intention de former une nouvelle porte d’entrée culturelle pour la ville. Le site, le front de Maine, est également adjacent au plus grand théâtre d’Angers, le quai, créant un nouveau triangle culturel et reliant l’architecture médiévale et contemporaine de la région. L’agence Franklin Azzi Architecture s’est quant à elle chargée de l’offre des logements.

© Steven Holl

L’histoire joue énormément sur le design du musée. Avec une série de bassins réfléchissants faisant référence à la rivière qui, jadis, animait le site, le musée s’inscrit dans une démarche contemporaine visant à mettre en lumière le patrimoine du lieu.

© Steven Holl
© Steven Holl

En titane blanc, le musée mettra en vedette des galeries pour des expositions permanentes et temporaires, ainsi qu’un espace pour les événements, l’éducation et le stockage d’œuvres d’art. Le bâtiment abritera un restaurant sur le toit avec un hôtel adjacent également conçu par l’équipe de Steven Holl.

© Steven Holl

Le design de l’hôtel fait référence à la tapisserie apocalyptique du XIVe siècle, actuellement exposée au château d’Angers. Ici, le verre clair et le verre translucide ont été associés ensemble pour créer une façade évoquant la tapisserie. Ensemble, le musée et l’hôtel façonnent un jardin public de sculptures au centre du site. Des passages à travers le site engagent le jardin et relient le site et la ville à la rivière. D’un point de vue environnemental, le chauffage et le refroidissement géothermiques éliminent les combustibles fossiles, tandis que l’eau recyclée remplit les piscines réfléchissantes.

© Steven Holl

Tous les projets des participants sont actuellement exposés au Quai, pôle culturel contemporain de la ville, jusqu’au 25 mars.

UNSense, la nouvelle start-up technologique d’UNStudio, pour la création de villes intelligentes axées sur l’humain

UNSense, la nouvelle start-up technologique d’UNStudio, pour la création de villes intelligentes axées sur l’humain

UNSense, une nouvelle start-up technologique basée à Amsterdam, vient d’être lancée par l’agence d’architecture néerlandaise UNStudio. Fonctionnant comme une société soeur indépendante à UNStudio. La firme explorera et développera de nouvelles solutions technologiques pour rendre les bâtiments plus sains et les villes plus intelligentes.

©UNSense / UNStudio

Ces dernière années, une abondance d’innovations technologiques ont vu le jour menant ainsi à la théorisation et à la mise en œuvre de « villes intelligentes » matérialisées par le développement d’environnements urbains basés sur les données et conçus pour être efficaces. Bien que la plupart des technologies intelligentes soient axées sur l’infrastructure, l’approche d’UNSense semble différente puisqu’elle sera centrée sur l’humain, la santé et le bien – être .

« La révolution numérique entraîne des changements dans toutes les parties de notre vie, sauf dans l’environnement bâti« , peut-on lire dans le communiqué de presse d’UNSense. « Le moment est maintenant venu de rattraper ce retard. »

Fondé par Ben van Berkel, architecte principal de l’agence UNStudio, et basé dans un  centre d’innovation d’Amsterdam, UNSense vise à utiliser des interventions techniques dans le domaine urbain pour améliorer la santé physique, mentale et sociale des personnes. S’attaquant au manque de ressources dans les firmes d’architecture traditionnelles pour développer de nouvelles technologies, UNSense fonctionnera indépendamment d’UNStudio, et bénéficiera d’un large éventail de collaborations avec des analystes de données, des algorithmes, des neuroscientifiques, des décideurs, des étudiants, des municipalités, des sociologues, des économistes, des architectes de données, des modélisateurs économiques, des architectes et plus encore… des domaines spécialisés non disponibles dans la pratique générale. Bien qu’indépendants de UNStudio, les créateurs d’UNSense reconnaissent son potentiel pour « permettre à notre studio d’étendre son potentiel architectural en intégrant l’innovation technologique dans nos conceptions ».

©UNSense / UNStudio

 UNSense se spécialisera dans la technologie axée sur les capteurs pour une architecture centrée sur l’utilisateur.

« Nous vivons à l’ère de l’iPhone, pourtant les industries de l’architecture et de la construction sont encore dans la phase Walkman. Avec UNSense, je veux intégrer pleinement les technologies innovantes dans l’environnement bâti et améliorer la façon dont les gens vivent, travaillent et passent de A à B. Ce n’est pas le matériel ou le logiciel qui m’intéresse, mais comment cela peut être appliqué dans l’architecture et le design urbain pour améliorer notre quotidien. » explique Ben van Berkel.

UNSense explorera les technologies basées sur les capteurs à trois niveaux: la ville, le bâtiment et les environnements intérieurs. Conçues en fonction de la santé humaine, ces technologies peuvent être utilisées pour soulager le stress, créer un sentiment de sécurité et optimiser l’environnement pour le confort humain grâce à l’éclairage et à la ventilation. Les capteurs pourraient donc être utilisés pour mieux réguler le flux d’air dans les bâtiments, en éliminant plus efficacement les bactéries et les polluants. Si ce système était employé dans les bureaux et les écoles, cela pourrait réduire considérablement les absences.
« Si vous regardez la qualité de l’air dans les écoles, je suis très fâché de voir à quel point les conditions environnementales sont mauvaises« , a-t-il dit, ajoutant que les architectes avaient perdu l’intérêt de créer des bâtiments sains. « Les modernistes s’intéressaient à la santé« , a-t-il déclaré. « Aalto avec son sanatorium, mais aussi Le Corbusier, Hertzberger, les Smithson, mais ils n’avaient pas les données: en architecture, il n’y a pas tellement de discussions sur le design adaptatif sensoriel, il n’a pas vraiment été repris par les architectes ces derniers temps. Je veux le faire. »
UNSense sera également un pionnier des technologies pour rendre les villes plus durables. « Nous devons faire beaucoup pour protéger notre planète« , a déclaré Van Berkel. « Nous essayons de rendre nos bâtiments neutres en énergie. »

©UNSense / UNStudio

Les solutions UNSense sont déjà en train de passer du laboratoire à la ville. «CitySense», une infrastructure sensorielle qui recueille des données afin de mettre en œuvre des expériences personnelles positives pour les gens qui vivent et travaillent, mène actuellement des essais à Amsterdam et dans d’autres villes néerlandaises.

©UNSense / UNStudio

Pendant ce temps, «Solar Brick», un  module PV solaire alliant performance et esthétique, pouvant être utilisé sur les toits et sur des façades entières, a le potentiel de transformer l’ensemble du tissu urbain de nos villes en véritables centrales électriques. Permettant l’application de l’énergie solaire à une échelle beaucoup plus grande; non seulement comme une couverture sur le toit, mais comme un matériau de revêtement pour la façade ou l’enveloppe entière des bâtiments.

MVRDV voit la vie en rose avec le Musée d’art de Taoyuan

MVRDV vient de dévoiler sa proposition pour un grand musée d’art à Taiwan. Un design qui s’est classé troisième dans le cadre d’un concours international. Située à proximité de Taipei, la capitale du pays, ainsi que de l’aéroport national, la ville de Taoyuan s’est agrandie ces dernières années. En tant que nouvelle institution culturelle, le Musée d’art de Taoyuan cherche à donner à la région un sentiment d’identité et de caractère pour sa population croissante.

©MVRD
©MVRD

La conception de MVRDV, agence néerlandaise basée à Rotterdam, pour le musée de 29 000 mètres carrés est inspirée du symbole de la fleur de pêche de Taoyuan. Le plan directeur du vaste complexe comprend une série de salles qui contiennent différents aspects du programme global. Le musée, qui se trouve dans la zone rose (ou cerise), comprend une série de bâtiments à échelle humaine. 

©MVRD
©MVRD

Le projet se définit principalement par une programmation répartie au sein d’une configuration spatiale circulaire, une superposition de volumes semblables à des pétales et un jeu de connexions organiques. Ces figures en forme de fleurs se dessinent dans le parc donnant ainsi naissance à des ombres aussi subtiles que délicates. A travers cette expression architecturale et paysagère, MVRDV souhaitait réaffirmer l’héritage culturel et identitaire du lieu grâce à une ré-interprétation des symboles locaux.

©MVRD
©MVRD

Les façades, en aluminium rosé, sont utilisées tout au long du projet pour donner un caractère unique et reconnaissable au site. Pour MVRDV, «le Musée d’art Taoyuan et son paysage environnant deviennent une véritable destination culturelle avec un parc qui transforme la région en une sorte de salle de cerisiers pour la ville» . La compétition a finalement été remportée par Joe Shih architect, Riken Yamamoto et Field shop.

©MVRD
©MVRD

Outre le résultat de ce concours, cette semaine marque aussi le début de la construction de Lyon Part-Dieu, la proposition primée de MVRDV pour transformer le centre commercial de la ville datant de 1975. Le complexe de 166 000 m2 sera réaménagé en un mélange de centre commercial et de loisirs associé à un nouvel espace public qui intègrera le centre commercial à la ville. Dans le but d’améliorer le complexe original, le design de MVRDV a pour objectif de revitaliser la façade existante en lui donnant une touche contemporaine. En cohérence avec l’identité existante et pour réduire l’empreinte de construction du bâtiment, les panneaux de façade actuels seront redistribués tout au long de la conception afin de mettre en place une entrée distincte, semi-transparente et accueillante. « Lyon Part-Dieu, nous dessinons cette façade avec de grands pixels qui, nous l’espérons, donneront une dimension plus humaine non seulement au centre commercial, mais à l’ensemble du site« , explique Winy Maas, co-fondateur de MVRDV. « En 2020, Lyon Part-Dieu sera à la fois un lieu de vie et de shopping, mais aussi de culture et de détente dans un cadre réinventé. » Les bâtiments resteront ouverts pendant la construction.

 

L’architecture se féminise, les inégalités persistent

L’architecture se féminise, les inégalités persistent

A l’occasion de la journée internationale du Droit des Femmes, la Maison de l’Architecture recevra ce Jeudi 8 Mars à 19h00, l’association MéMo, pour un temps d’échanges sur la place et la situation des femmes à l’heure actuelle dans les métiers de l’architecture.

La disparité entre les hommes et les femmes sur le lieu de travail est depuis longtemps une source de préoccupation, à la fois  au sein de la profession d’architecte et au-delà. Au cours de ces dernières années, le débat sur l’égalité des sexes en architecture est devenu peu à peu une réalité non négligeable et beaucoup se demandent pourquoi, au XXIe siècle, notre profession peut être une voie de carrière si difficile pour les femmes. 

Les chiffres le prouvent, depuis les années 1970 la profession d’architecte se féminise de manière manifeste. Le nombre de femmes inscrites à l’Ordre des architectes est passé de 7.5% en 1983 à 27% en 2015. Elles représentent également plus de 55% des diplômé.e.s des Ecoles Nationales Supérieures d’Architecture en 2009, contre 46% en 2000. Pourtant derrière ces chiffres, demeurent des inégalités au sein de la profession. Auto-entrepreneuriat, temps partiel, inégalité de rémunération et d’accès à la commande, sont autant de précarités auxquelles les femmes architectes sont plus souvent confrontées. En 2014, le revenu moyen de celles exerçant en libéral représentait 57% du revenu moyen de leurs confrères.

Atteindre la parité en architecture est essentiel. Au-delà des inégalités professionnelles à combattre et de l’invisibilité des femmes dans la profession (dans les média, les grands prix, l’accès à la commande d’envergure, à la tête des agences,…), il s’agit de transformer la vision de la ville et de générer de nouvelles pratiques pour construire des territoires plus inclusifs, où l’ensemble des modes de vies sera pris en compte. Nos villes devraient pouvoir être construites par et pour tous et toutes.
« Nous savons que les femmes assurent également une grande partie de la diversité des pratiques, essentielle à l’existence d’une architecture de qualité. Agissant bien souvent dans l’ombre, elles conseillent les maîtres d’ouvrage, sensibilisent les plus jeunes, démocratisent l’architecture et sont de véritables atouts au service de nos territoires.» précise Christine Leconte, Présidente de l’Ordre des architectes d’Île-de-France.

Cette rencontre organisée par Mémo et soutenue par l’Ordre régional sera l’occasion de revenir au travers d’une série de vidéos sur la féminisation de la profession et de questionner les enjeux de cette métamorphose sur la construction de nos territoires. Seront aussi exposées des affiches réalisées par des étudiants.es de l’école d’architecture de la Ville & des Territoires de Marne la Vallée, dans le cadre de l’intensif : (DÉ)GENRER UN ESPACE DU « COMMUN », cours coordonné par les enseignantes Fanny Lopez (Mcf Eavt) avec Lucile Biarrotte (Lab’Urba) et le collectif La rage.

 Créée en 2017, l’association MéMo (Mouvement pour l’Equité dans la Maîtrise d’œuvre) lutte contre les discriminations professionnelles observées au sein des métiers de la construction. Cette association regroupe architectes, urbanistes et paysagistes, et a pour objectif d’identifier les inégalités professionnelles, de comprendre leurs mécanismes et de proposer un certain nombre d’actions. La sensibilisation auprès du grand public, au sein de l’enseignement professionnel, auprès des institutions et des pouvoirs publics et privés, doit permettre de rendre visible et de promouvoir le travail des professionnelles pour atteindre l’égalité et permettre ainsi une mutation de nos environnements en territoires inclusifs. 

Lien vers le Facebook de Mémo Collectif Mémo

David Adjaye révèle les plans de la nouvelle cathédrale nationale du Ghana

Après avoir imaginé un musée d’espionnage qui a récemment ouvert ses portes en plein coeur de Manhattan, l’architecte britanno-ghanéen, David Adjaye surprend de nouveau en dévoilant la conception de la future cathédrale nationale du Ghana, à Accra.

Cathédrale nationale du Ghana ©Adjaye Associates

C’est à l’occasion du 61ème anniversaire de l’indépendance du pays, que le président Nana Addo Dankwa Akufo-Addo a présenté au grand jour ce tout nouveau projet qui accueillera notamment un auditorium de 5000 places sous un toit concave spectaculaire. La conception de ce nouveau bâtiment emblématique a été envisagée comme «une incarnation physique de l’unité, de l’harmonie et de la spiritualité», un lieu où les gens de toutes confessions seront les bienvenus pour recueillir et pratiquer leur foi.

Cathédrale nationale du Ghana ©Adjaye Associates

« La cathédrale adressera le chaînon manquant dans l’architecture de notre nation en fournissant une église de but national« , a déclaré le président Akufo-Addo. « Il s’agira d’une maison de culte et de prière interconfessionnelle, et servira aussi de lieu d’événements officiels de nature religieuse, tels que les inaugurations présidentielles, les funérailles nationales et les services d’action de grâces nationaux.« 

Cathédrale nationale du Ghana ©Adjaye Associates

Adjaye Associate signe ici son premier grand projet à Accra. Si auparavant l’agence ne travaillait que sur des projets résidentiels privés dans la région, elle prévoit désormais d’ouvrir son propre bureau sur place afin de répondre à une clientèle qui ne cesse de croître depuis ces dernières années, en plus de ceux déjà présents à Londres et New-York.

Cathédrale nationale du Ghana ©Adjaye Associates

David Adjaye, qui est née en Tanzanie de parents ghanéens, a déjà réalisé une série de bâtiments sur le continent, y compris un centre de traitement du cancer pour enfants au Rwanda et un immeuble d’appartements à Johannesburg .

Cathédrale nationale du Ghana ©Adjaye Associates

La cathédrale nationale du Ghana sera construite à côté du cimetière Osu, près de la place de l’Indépendance et du stade sportif d’Accra, dans un jardin paysager de 5,5 hectares perché sur un socle dramatique et accessible par des escaliers monumentaux aux extrémités Nord-Est et Sud-Ouest.

Cathédrale nationale du Ghana ©Adjaye Associates

« C’est un immense honneur d’avoir eu l’opportunité de contribuer à quelque chose de cette envergure et de l’importer dans mon pays d’origine (…) J’ai cherché à construire un bâtiment qui non seulement comprend son paysage, mais qui soit unique à Accra et à la nation ghanéenne », déclare David Adjaye.

Le concept de ce lieu spirituel repose sur l’idée de mettre un place un bâtiment «où la religion, la démocratie et la tradition locale sont étroitement et symboliquement entrelacées», faisant ainsi référence à la culture ghanéenne.

Cathédrale nationale du Ghana ©Adjaye Associates

À l’intérieur, Adjaye Associates collaborera avec certains des artistes les plus célèbres du Ghana et d’Afrique pour créer des ornements et des meubles sur mesure. La cathédrale contiendra un certain nombre de grandes chapelles, un baptistère, un auditorium de deux étages, une vaste salle centrale, une école de musique, des installations pour les chorales, une galerie d’art, un magasin et plusieurs salles polyvalentes. Le bâtiment abritera également le premier musée biblique et centre de documentation de l’Afrique, qui éduquera les visiteurs sur l’histoire du christianisme et de la construction de la nation au Ghana. Le projet verra également le développement d’une nouvelle route cérémoniale qui reliera la cathédrale à d’autres sites à proximité, y compris la State House d’Accra et la place de l’Indépendance.

Cathédrale nationale du Ghana ©Adjaye Associates

En plus, d’avoir remporté le prix de Design of the Year 2017 avec le Musée national de l’histoire et de la culture afro-américaine à Washington DC, l’architecte britannique n’a pas fini de nous surprendre. Plus d’une demi douzaine de projets aussi remarquables les uns que les autres sont amenés à voir le jour au cours des prochaines années.

 

  • Ruby City pour la Fondation Linda Pace, San Antonio, États-Unis, prévu pour fin 2018. Les façades distinctives du musée d’art contemporain de 2 000 pieds carrés seront constituées de panneaux de béton préfabriqués cramoisis parsemés de granulats de verre.
  • Observatoire Mémorial de l’Extinction de masse (MEMO), île de Portland, Royaume-Uni, prévu pour 2019 Cette spirale de pierre de 30 mètres de haut sera un mémorial pour les espèces éteintes du présent et du futur. Le mémorial abritera une documentation sur les 860 espèces identifiées comme disparues depuis la disparition du dodo au 17ème siècle.
  • Studio Museum, New York, États-Unis, prévu pour 2019
  • Bibliothèque et centre d’événements publics de Winter Park, Orlando, États-Unis, prévus pour 2020
  • 130 William St, New York, États-Unis, prévu pour 2020. Ce gratte-ciel résidentiel de 66 étages, situé dans le quartier financier sera dotée d’un extérieur texturé en béton, conçu pour compléter la matérialité des bâtiments commerciaux en brique historiques environnants.
  • Musée letton d’art contemporain, Riga, Lettonie, 2021. Lauréat d’un concours international de design, le bâtiment aura un paysage de toit angulaire, référençant les maisons traditionnelles en bois de l’architecture baltique domestique.
  • UK Holocaust Memorial, Londres, Royaume-Uni, prévu pour 2021

Architecture acoustique : le Voxman Music Building

LMN Architects imagine une architecture audacieuse aux performances acoustiques sans précédent pour la nouvelle salle de concert d’Iowa City.

Voxman Music Building © Tim Griffith

En juin 2008, après des semaines de pluies incessantes dans l’Iowa, des inondations ont englouti les terres agricoles, les routes et les villes. Le déluge, l’une des pires catastrophes naturelles de l’histoire de l’État, a également submergé des parties du campus de l’Université de l’Iowa à Iowa City, laissant les installations artistiques de l’école noyées dans un lac d’eau brune. Près d’une décennie plus tard, la nouvelle école de musique de l’institution a ouvert ses portes. A présent, le Voxman Music Building est situé entre le campus de l’université et le centre-ville d’Iowa City. En forme de L, le bâtiment de six étages et de 184 000 pieds carrés, établit un véritable lien entre la vie du campus universitaire et le centre-ville d’Iowa City. Conçue par l’agence LMN Architects basée à Seattle en association avec la firme locale Neumann Monson Architects, cette architecture propose des systèmes acoustiques personnalisés, fruit d’une collaboration intensive entre architecte, acousticien et machine.

Voxman Music Building : images techniques © LMN

Le Voxman Music Building vise à célébrer la musique « à chaque tournant », et à fournir un environnement collaboratif et exploratoire qui permet à chacun des espaces d’être utilisé pour des spectacles en étant traité comme un espace de performance. Le bâtiment partage ce sens de la découverte musicale avec les usagers à travers une expression transparente. D’un point de vue conceptuel, la configuration des rues et des espaces ouverts dans ce quartier d’Iowa City s’étend directement aux espaces intérieurs à plusieurs niveaux, elle permet ainsi de cultiver un sentiment de vitalité urbaine verticale et d’offrir à ce bâtiment une place dans le tissu urbain, mais aussi dans la communauté.

Voxman Music Building : images techniques © LMN


Le Voxman Music Building occupe un site important à l’angle des rues Clinton et Burlington, une intersection très fréquentée. Recouvert d’un écran texturé de nageoires grises qui reflètent et captent la lumière du soleil, ce bâtiment en terre cuite est défini par ce jeu dramatique de volume et de lumière. 

Voxman Music Building © Tim Griffith
Voxman Music Building © Tim Griffith
Voxman Music Building © Tim Griffith

Mais ce drame spatial est né de la nécessité de satisfaire les besoins programmatiques complexes de l’école dans les limites de son site relativement compact. En plus d’une salle de concert de 700 places et d’une salle de récital de 200 places, les architectes avaient besoin de 65 salles de pratique, de 58 studios de professeurs, d’une salle d’orgue, d’une salle de livres rares et d’une bibliothèque qui devait être isolée de manière sonore dans des volumes autonomes.

Voxman Music Building © Tim Griffith
Voxman Music Building © Tim Griffith

Par ailleurs, les salles de performance devaient être situées au deuxième étage pour faciliter le transport d’instruments lourds tels que des pianos (le bâtiment en contient 140) et des timbales à travers un seul niveau. 

Voxman Music Building © Tim Griffith

Un coin vitré revigore la façade. Comme une maison de poupée, le bâtiment offre aux passants un aperçu des multiples activités qui se déroulent à l’intérieur. Une expérience urbaine où les visiteurs peuvent ainsi apercevoir, depuis la rue, la salle de récital couleur vermillon, ou encore, les élèves gravissant un escalier en zigzag dans un atrium central imposant. Une manière de mettre en contact le bâtiment avec la ville et ses habitants mais aussi de baigner les espaces intérieurs dans une lumière naturelle quasi permanente.

Voxman Music Building © Tim Griffith
Voxman Music Building © Tim Griffith

Bien que ce mur de 30 pieds de haut entièrement réalisé en verre bardé offre une vue sur la vie de ce centre de spectacle, sa matérialité, quant-à elle, pose certains défis acoustiques. Un problème contrecarré par la mise en place d’un mur écarlate constitué de panneaux acoustiques personnalisés avec des moulages en forme de pierres précieuses pour une absorption sonore optimale. Des composants de façade aux systèmes acoustiques que LMN a travaillés pour optimiser les besoins souvent contradictoires de performance acoustique, de qualité esthétique et de constructibilité.

Voxman Music Building © Tim Griffith
Voxman Music Building © Tim Griffith

Presque tous les espaces sont acoustiquement accordés et accordables, améliorant ainsi la flexibilité pédagogique, renforçant la valeur d’une collaboration fortuite et cultivant des opportunités d’apprentissage actif et en équipe. Chaque espace doit s’adapter à un large éventail de performances, de la voix à la percussion.

Voxman Music Building © Tim Griffith

De nombreuses exigences des espaces de performance de l’installation sont satisfaites par une conception architecturale de haute performance. Pour ce faire, LMN souhaitait adopter une approche rationalisée dans ce nouveau bâtiment notamment pour la salle de concert principale où ils ont mis en place un dispositif  suspendu « theatro-acoustique ». Un système qui allie l’éclairage, le son et l’architecture dans un écran en aluminium. Contrairement aux approches traditionnelles, qui traitent l’acoustique et la structure du bâtiment comme des entités distinctes, le design de LMN réinvente tout le matériel technique comme une seule surface sculpturale qui se verrouille dans la structure globale de la salle. Si le design acoustique standard est une armure, le système de LMN est une feuille particulièrement inventive. Les architectes ont utilisé un modèle paramétrique pour façonner 946 panneaux d’aluminium composite unique en une seule forme avec toutes les bonnes ouvertures pour le logement des haut-parleurs, l’éclairage théâtral et domestique, et même les gicleurs d’incendie. 

Voxman Music Building : images techniques © LMN

«L’intention était de réunir une série de composants nécessaires pour une pièce comme celle-ci», explique Stephen Van Dyck, le directeur de LMN, «dans un système ou un geste unifié  deviendrait l’expression sculpturale principale de la pièce».

Voxman Music Building : images techniques © LMN

Van Dyck ajoute que même s’il ne connaît pas une salle de concert moderne qui englobe ces fonctions dans une seule surface, l’idée n’est pas unique. «Les cathédrales gothiques feraient de même avec leurs plafonds voûtés, unissant le son, la structure et la lumière en un geste cohérent (…) Nous voyons cela comme une approche similaire et intégrée.« 

Voxman Music Building : images techniques © LMN
Voxman Music Building : images techniques © LMN

Malgré cette preuve de concept historique, les architectes ont dû faire fonctionner leur trouvaille et démontrer sa faisabilité. En utilisant leur modèle paramétrique pour générer des données de fabrication, ils ont réalisé des prototypes à grande échelle des composants du système avec le routeur CNC et construit une douzaine de modèles.

« La plus grande victoire de notre prototypage interne prouvait que cela pouvait être fait (…) Le fait de montrer des composants prototypes aux acousticiens, aux constructeurs et aux clients les a convaincus qu’un système aussi complexe et unique pouvait fonctionner. » nous explique Van Dyck.

Voxman Music Building © Tim Griffith
Voxman Music Building © Tim Griffith

Le résultat est une conception de plafond sculpturale et performante qui présente un nouveau modèle de collaboration et de résolution de problèmes entre les disciplines. Une réflexion qui a valu à ce projet de remporter le prix d’excellence 2017 dans la conception éco-énergétique décerné par l’AIA Iowa Chapter et le prix du choix populaire dans la catégorie Architecture + Fabrication des A + Awards en 2013.

Luis Barragán, l’architecte coloriste mexicain

Luis Barragán est un architecte mexicain, né en 1902 et mort en en 1988, à Mexico. Il est un des architectes les plus reconnus au Mexique, et son architecture a su se démarquer des autres réalisations de ses contemporains, notamment par l’utilisation des couleurs vives, devenues la marque de fabrique de l’architecte. Il obtient un diplôme d’ingénieur en 1923, après quoi il décide de voir du pays, en voyageant à travers l’Europe durant trois années. Il rencontre entre autre Le Corbusier, Ferdinand Bac, qui influenceront son style architectural. Il s’imprègne du style vernaculaire méditerranéen et apprécie tout particulièrement les espaces paysagers.  Malgré des lignes architecturales qui semblent tout droit venues du mouvement moderne, Luis Barragán refuse le fonctionnalisme, et préfère utiliser la lumière comme une véritable matière à projet.

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©René Burri

 

De ses voyages en Europe, il retient tout particulièrement les jardins et l’aménagement paysager. Il intègre les grands principes de l’époque et revient au Mexique, où il réalise l’aménagement des jardins du Pedregal. Ce grand terrain de 5 km² avait été ravagé par une coulée de lave, sur laquelle Barragán va faire naître un des plus riches quartiers de Mexico. Il en dessine les routes et les flux, les fontaines, les villas qui s’y trouvent.

 

Parmi les réalisations majeures de l’architecte, on peut noter sa Maison-atelier, qui devient un manifeste de son architecture, symbole du mélange entre architecture moderne et culture mexicaine. Construite en 1943 dans les Jardins du Pedregal, elle se compose d’un rez de chaussée, de deux étages et d’un jardin privatif. L’utilisation du béton n’est pas étonnante, puisqu’il est devenu le matériau phare du mouvement moderne.  En 2004, elle est classée au patrimoine mondial de l’humanité.

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Si Luis Barragán devait être une couleur, ce serai le rose. Le ranch Cuadra San Cristóbal à Los Clubes, à Mexico en est un bon exemple. C’est une oeuvre majeure de l’architecte, qui doit sa singularité aux monochromes de rose utilisés dans sa réalisation. Dans la cour, le bassin joue un rôle de miroir, décuplant les formes géométriques, également soulignées par leur couleur.

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Anne Vanrapenbusch

L’architecture au service des sans-abris

Alors que le nombre de personnes sans-abri ne cesse d’augmenter chaque année, des architectes aux quatre coins du monde s’intéressent de plus en plus à ce problème afin d’offrir des refuges ingénieux aux plus démunis.

 

Greffe urbaine dans les rues de Londres © James Furzer

Homes for Homeless

C’est le cas de James Furzer. Cet architecte britannique, indigné par le sort réservé aux sans-abris londoniens, a imaginé une solution pour les abriter. Suite à l’augmentation du nombre de personnes dormant dans les rues de la capitale, la municipalité de Londres a parsemé des pics en métal dans les rues de la ville et plus particulièrement devant les vitrines des commerçants pour empêcher les personnes sans domicile de s’y réfugier. Face à ces nouvelles installations, l’architecte a conçu des moyens d’hébergement temporaire. Il s’agit de refuges, prenant la forme de greffes sur les façades des immeubles. Ce dispositif  architectural vient ensuite se fixer à hauteur d’hommes comme des excroissances. Bien que rudimentaires car dépourvues d’eau et d’électricité, ces petites cabanes urbaines rendues accessibles grâce à une échelle repliable, offrent un refuge sécurisé comprenant un matelas et quelques rangements. Néanmoins, le toit vitré de ces micro-architectures pourrait accueillir un panneau solaire pour combler le manque de confort et ainsi chauffer l’installation. Notons que les personnes sans domicile qui en plus d’être exposées à une humiliation sociale quotidienne, seraient ainsi abritées des violences dont elles sont très souvent victimes dans les rues, en plus des éventuels intempéries.

Greffe urbaine dans les rues de Londres © James Furzer

« Les personnes sans-abri sont des personnes aussi. Si mon concept peut encourager un changement d’attitude du public envers les sans-abri, alors le projet sera un succès. » James Furzer

Greffe urbaine dans les rues de Londres © James Furzer

Tiny house

De l’autre côté de l’Atlantique, Gregory Kloehn s’est penché sur la question en créant des petites maisons mobiles confectionnées à partir d’objets recyclés. Cet artiste américain s’est inspiré de la débrouillardise des sans-domiciles et de leur capacité à récupérer des objets pour créer des abris comme moyen de subsistance. Il utilise ainsi tout ce qu’il trouve, la plupart du temps des palettes, des lattes de lit, des portes, des cageots, du contre-plaqué dénichés principalement dans les décharges publiques. Pour construire une cabane il lui faut environ une semaine. Une fois les maisons terminées, il les installe dans la rue pour en faire don à ceux dans le besoin. La mobilité de la construction est importante quand on sait que les sans-abri se déplacent souvent et changent d’endroit régulièrement. Fixée sur des roulettes la cabane peut ainsi être déplacée d’une ville à l’autre.

Petites maisons recyclées © Gregory Kloehn
Petites maisons recyclées © Gregory Kloehn

« Avec la réserve sans fin de déchets et le nombre important de sans-abri, je pense déjà que je vais encore être occupé pour un petit moment. J’ai en tête plusieurs nouveaux designs et j’adorerais fabriquer une ville fonctionnelle à partir de déchets, ou au moins quelques commerces. » Gregory Kloehn

Petites maisons recyclées © Gregory Kloehn

Made

Enfin, au Vietnam, Truong Tuan Duy, architecte et Pham Van Thanh étudiant en architecture se sont associés pour imaginer ensemble un abris à court terme nommé « Made ». Inspirée de l’origami, cette tente mobile offre un endroit où dormir et se reposer. Elle est destinée aux personnes ayant perdu leur logement lors de catastrophes naturelles ou à celles travaillant sur des chantiers de construction. Son système d’assemblage habilement conçu lui permet d’être facilement démontable et transportable dans un sac à dos.

Made © Truong Tuan Duy et Pham Van Thanh
Made © Truong Tuan Duy et Pham Van Thanh
Made © Truong Tuan Duy et Pham Van Thanh

De l’architecture temporaire au relogement

Si la production d’abris temporaires est une nécessité aujourd’hui, elle ne demeure pas moins limitée à long terme. La fondation Architectes de l’urgence suggère ainsi d’abandonner cette réponse pour mettre en oeuvre des propositions répondant au contexte du pays avec des solutions plus adaptées et plus économiques. Pour rappel, les Architectes de l’urgence sont nés suite aux inondations de la Somme en 2001, région dans laquelle près de 2000 familles ont été à l’époque, relogées dans des mobil-home, dans des appartements du parc immobilier et temporairement aussi dans des gymnases et équipements publics. Selon l’organisme, la mise en oeuvre de refuges éphémères décents est un devoir, il n’y a pas de discussion sur ce point. Cependant, le choix de la réponse est possible. Une réponse que la fondation Architectes de l’urgence a déjà mise en pratique grâce à des propositions d’aménagement de bâtiments existants et désaffectés (principalement industriels) pour accueillir des populations vulnérables. En témoigne, un projet de relogement provisoire lancé en 2015 par l’association. Il s’agit d’une expérimentation destinée à réhabiliter et sécuriser un bâtiment délaissé, pour reloger plus de 170 personnes dans la ville de Montreuil en région parisienne. Un franc succès pour ce projet qui a remporté le Grand Prix du Jury des Trophées de la Construction 2017.