HouseLife, le design au quotidien

HouseLife, le design au quotidien

Les collections de design du Centre national des arts plastiques (CNAP) s’exposent au musée des Arts décoratifs et du Design (MAAD) de Bordeaux et à la Maison Lemoine sous le titre HouseLife ; une manière d’offrir à du mobilier et à des objets le contexte qui, originairement, est le leur : un univers domestique.

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Alessandro Mendini, Cafetière Oggetto banale, 1980, Autoédition
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François Bauchet, Méridienne Yang, 2001, Cinna

HouseLife, du 24 septembre au 29 janvier 2017, constitue une exposition de design insolite qui investit deux habitats exceptionnels : l’hôtel de Lalande, construit au XVIIIe siècle au centre de Bordeaux, et qui a conservé ses boiseries et ses parquets d’origine, un joyau du patrimoine mondial de l’Unesco qui accueille le musée des Arts décoratifs et du Design ; l’autre, la Maison Lemoine, une architecture contemporaine et privée, emblématique d’un habitat moderne, érigée par Rem Koolhass/OMA en 1997 sur les hauteurs de Floirac. Une exposition menée de concert par Juliette Pollet, conservatrice du patrimoine et responsable de la collection design et arts décoratifs du Centre national des arts plastiques depuis 2013 et Constance Rubini, historienne du design, qui a rejoint le musée des Arts décoratifs et du Design de Bordeaux en janvier 2013.

S’intégrer plutôt que se confronter

Le parti-pris des commissaires de l’exposition fut de s’installer dans des univers domestiques, où a été préféré une mise en scène, celle du quotidien, à la sacralisation des objets de design sur un socle et une toile de fond blanche. Ce n’est pas une première pour le Cnap qui avait déjà réalisé, en 2009, l’exposition Design à la cour, au château de Fontainebleau, questionnant sous l’angle de la série les objets contemporains confrontés à ceux du XIXe siècle. Ici, la volonté est contraire : les pièces s’intègrent tout simplement dans leur nouvel écrin, sans choquer, retrouvant leur usage. Elles recréent un lieu de vie, les objets récents se mariant au mobilier hérité d’une époque antérieure, comme dans toutes les maisons familiales. Odeurs et sons conçus pour l’exposition viennent se mêler aux objets pour mettre en scène les espaces du musée.

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Ettore Sottsass, Coupe à fruit Mourmansk, 1982, Memphis
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Ettore Sottsass, Théière Lapislazulli, collection « Indian Memory », 1987, Anthologie Quartett

 

 

 

 

 

 

De l’hôtel particulier XVIIIe à la maison contemporaine

Si le mariage des pièces semble être si naturel, la sélection n’a pas été simple, bien que les commissaires affirment le contraire, « une sélection intuitive », nous disent-elle. En effet, il a fallu choisir 300 pièces du Fonds national d’art contemporain, collection enrichie et conservée par le Cnap, sur 9000 objets. Un choix qui s’est construit en réponse au contexte précis dans lesquels les objets s’insèrent. Plutôt que des cartels, muséifiant l’exposition, un ouvrage recensant les pièces exposées guide le visiteur.

Concernant l’hôtel particulier XVIIIe, en centre ville, les objets exposés conservent l’atmosphère domestique. Dans l’antichambre, le canapé Alcove Highback Sofa de Ronan & Erwan Bourroullec installe une alcôve intimiste face à la cheminée, tandis que celui de François Bauchet, le canapé Yang exposé dans le salon de compagnie, offre liberté d’appropriation par l’assemblage de ses 4 modules. Dans le boudoir, on apprécie l’ambiance légère et oisive au parfum féminin, aménagé de la chaise longue Antibodi de Patricia Urquiola pour un moment de délassement, ou d’une armoire lingère style Louis XVI ouverte.

A la Maison Lemoine, toujours lieu habité, Houselife prend place à l’étage, dans la pièce principale cristallisée le temps de l’exposition. Ici, c’est l’architecture, par sa prestance, qui a imposé le choix des pièces. Ainsi, transparence, superposition, mobilité, légèreté, acier, sont des concepts empruntés à la maison que l’on retrouve dans le mobilier exposé. Le fauteuil Bulle d’Eero Aarnio est suspendu dans l’espace, juste en face de l’occuli dessiné dans le rideau en plastique blanc de Petra Blaisse ; les tabourets Kubus d’Herbert Jakob Weinand déploie une assise d’acier sur roulette ; des vases, en verre et métal, sont disposés sur l’emblématique monte-charge mué en socle pour l’occasion.

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Maarten Baas, Ventilateur Floorfan, 2006, Baas & den Herder
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Marcel Wanders, Chauffeuse Knotted Chair, 1996, Cappellini

L’exposition emprunte son titre au film réalisé par Ila Bêka & Louise Lemoine, Koolhaas HouseLife. Ce film, qui a récemment rejoint la collection du Cnap, sera projeté au MAAD, dans le parcours de l’exposition. En emboîtant le pas de la gardienne, Guadalupe Acedo, dans ses tâches et inspections quotidiennes, il révèle avec humour et tendresse les charmes, les travers et les fragilités de l’iconique maison-machine.

Amélie Luquain

Plus d’information sur Bordeaux  et CNAP 

Bêka & Lemoine entrent au MoMa

Le Museum of Modern Art de New-York (MoMa) vient de faire l’acquisition de l’ensemble de l’œuvre des vidéastes Bêka & Lemoine.

 

Architectures vivantes

Beka & Lemoine's complete work acquired by MoMA

Le duo d’artistes franco-italien, Louise Lemoine et Ila Bêka, nous plonge dans des situations d’une grande intimité au sein d’espaces que l’on ne connaissait alors qu’en surface. Les représentations habituelles de l’architecture contemporaine sont bouleversées, replaçant l’homme et les usages au centre de l’image.

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Koolhaas Houselife

Dans leur premier film, Koolhaas HouseLife, remarqué à la Biennale d’architecture de Venise en 2008, les portes de l’intimité quotidienne de la Maison à Bordeaux de l’architecte star néerlandais Rem Koolhaas nous sont ouvertes par le biais du personnage caractéristique de la femme de ménage, Guadalupe.

24 Heures sur Place
24 Heures sur Place

Les films réalisés par la suite explorent les autres échelles du bâtiment, jusqu’à s’ouvrir à la ville. On y découvre par exemple la messe de Noël en l’église de Richard Meier à Rome, un ingénieur du son qui raconte comment il est resté piégé à l’intérieur d’une salle acoustiquement hermétique de l’Ircam de Renzo Piano à Paris ou le repas des vendangeurs du château Petrus signé Herzog & de Meuron à Pomerol.

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The Infinite Happiness

Ila Bêka et Louise Lemoine ont aujourd’hui à leur actif une série de 16 films réalisés entre 2008 et 2015 qui sont des invitations « à entrer dans les bulles invisibles de l’intimité quotidienne de quelques icônes de l’architecture contemporaine », comme ils l’expliquent sur leur site Web, Living-architectures.com. Entre documentaire et art vidéo, ce travail inverse notre regard sur des architectures iconiques contemporaines, offrant une nouvelle vision du patrimoine.

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Ila Bêka et Louise Lemoine

L’acquisition de la collection « Living Architectures » par le MoMa, qui l’intègre à ses collections permanentes, couronne un parcours d’une grande cohérence.

Amélie Luquain

Courtesy MoMa / Bêka & Lemoine