A la découverte du MAD de Bruxelles…

Au coeur de la capitale belge, le MAD a installé ses nouveaux quartiers depuis plus d’un an.  Ouvert le 20 avril 2017, il s’agit d’une plateforme artistique qui permet de favoriser la rencontre entres les professionnels de la Mode et du Design. Dédiés aux domaines créatifs du design, les locaux sont à la fois tournés vers le public, les designers, et les jeunes. Ce sont les cabinets d’architecture Vers plus de bien être et de design Rotor qui étaient chargés du projet.

 

Le duo V+ et Rotor remporte l’appel d’offre grâce à leur volonté de conserver les bâtiments existants. Le projet de réhabilitation qu’ils proposaient ne prévoyaient en effet que très peu de démolition, si ce n’est de manière chirurgicale, pour n’enlever que peu de matière. Le bâtiment du MAD se nourrit du patrimoine architectural bruxellois, le revalorise pour aller de l’avant. Le projet s’insère dans un quartier en pleine transformation, qui cherche à se dynamiser : le quartier Dansaert. Le projet prend en compte le remaniement de trois bâtiments, qui traversent un ilôt complet : un bâtiment des années 70, un local industriel au centre, et un immeuble de logements. Ensemble, ils portent la surface à 3 000 m².

 

Photos : Maxime Delvaux

 

Pour le MAD, le programme est double. Le rez de chaussé accueille des espaces destinés au public : expositions et vernissages, conférences ou séminaires… Les halls se succèdent, à travers l’îlot, et appellent le visiteur à s’engouffrer en son coeur. Le projet participe à la mutation du patrimoine de la capitale. L’autre partie du programme concerne des ateliers de création qui sont mis à disposition de designers et stylistes. Le MadLab accueille également de jeunes designers ou étudiants qui souhaitent réaliser un projet : un véritable incubateur. Des passerelles relient les différents étages des bâtiments. Ce sont finalement les domaines du design et de la mode qui sont connectés les uns aux autres.

 

Mad_bruxelles_vers_plus_de_bien_etre_rotor_architecture_contemporaine_brique_blanc
Photos : Maxime Delvaux
Mad_bruxelles_vers_plus_de_bien_etre_rotor_architecture_contemporaine_réhabilitation
Photos : Maxime Delvaux

 

Malgré les différents types d’architectures réhabilités, V+ a réussi à créer une unité dans le projet. En effet, entre les éléments réhabilités, et les extensions ou surélévations nécessaires, le couleur blanche vient unifier le tout. Elle plonge les espaces dans un monochrome qu’on pourrait penser stérile, mais qui, au contraire, révèle les matières. Elles sont diverses : brique, métal, béton… Recouvertes de blanc, elles englobent un espace appropriable par chacun.

 

La signalétique du bâtiment a été conçue par le studio local Pam & Jerry, et les pièces de mobilier nécessaires à l’aménagement sont tirées des collections de designers belges : Sylvain Willenz, Alain Berteau, Jean François D’Or…  Il est possible de louer des salles du MAD pour y organiser divers événements. L’architecture polyvalente de ces « boites blanches » laisse une appropriation quasi infinie de l’espace.

 

Mad_bruxelles_vers_plus_de_bien_etre_rotor_architecture_contemporaine_urbain
Photos : Maxime Delvaux
Mad_bruxelles_vers_plus_de_bien_etre_rotor_architecture_contemporaine_inside
Photos : Maxime Delvaux
Mad_bruxelles_vers_plus_de_bien_etre_rotor_architecture_contemporaine_intérieur
Photos : Maxime Delvaux
Mad_bruxelles_vers_plus_de_bien_etre_rotor_architecture_contemporaine_
Photos : Maxime Delvaux

Un dais photovoltaïque sous le soleil de Bruxelles

Les agences bruxelloises Ney & Partners et Sunsoak Design réhabiliteront un immeuble tertiaire du centre de Bruxelles. Leur projet superposant une structure solaire sur une architecture des années 70, montre que la prise en compte des problématiques énergétiques peut aussi être l’occasion d’expérimentations architecturales.

Le projet redonne à l’immeuble une tripartition classique base/corps/couronnement, avec un socle traité en creux. ©Ney&Partners/Sunsoak Design

Le temps passe à Bruxelles comme ailleurs, et les édifices apparus lors de la modernisation brutale de la capitale de la Belgique — baptisée « bruxellisation » dans sa version locale — vieillissent et doivent à leur tour faire l’objet de rénovations. C’est le cas de cet immeuble de bureau de 8 niveaux construit dans les années 70 le long de l’avenue du Jardin Botanique, en bordure de Bruxelles, la commune qui a donné son nom à cet ensemble plus vaste formant le Grand Bruxelles. Un emplacement stratégique qui a justifié l’organisation d’un concours d’architecture restreint pour la réhabilitation du bâtiment, consultation dont l’association d’agence Ney & Partners et Sunsoak Design est sortie lauréate. Le projet est clément avec l’existant : le tandem d’agences basées à Bruxelles redonne à ce projet moderne une dimension classique en lui restituant base et couronnement. L’application d’un vitrage de 6,50 m servant de vitrine aux commerces du rez-de-chaussée et premier niveau forme un socle terminant sur une grande verrière. C’est cependant au sommet de l’immeuble que se trouve la partie la plus spectaculaire du projet : une toiture photovoltaïque est lancée comme un dais entre deux portiques. Le module des fenêtres existantes forme le corps de cet ensemble qui assume dès lors une dimension monumentale. Le béton préfabriqué de la façade sera repeint et équipé de nouveaux châssis conservant la finesse des menuiseries d’origine.

L’immeuble de bureau des années 70 est surmonté d’un cadre métallique portant la couverture photovoltaïque ©Ney&Partners/Sunsoak Design

architecture et ingénierie

Que cette métamorphose passe par un travail d’ingénierie ne doit rien au hasard. Fondée par, l’architecte et ingénieur Laurent Ney, l’agence Ney & Partners s’est illustrée dans la construction d’ouvrages d’art. Elle a notamment réalisé le pont de Temse, en Belgique, et travaille actuellement sur une passerelle à Poissy, ainsi que sur le doublement piéton du viaduc ferroviaire d’Albi. Cette appétence pour la structure se retrouve dans les deux portiques de 10 et 9 mètres de haut portant la couverture photovoltaïque. Ney & Partners a prévu qu’ils soient composés de caissons en acier appuyés sur le bâtiment par l’intermédiaire d’une poutre de répartition posée sur un plat en acier et des appuis Néoprène. Aucun effort latéral induit par la couverture ne sera transmis à la structure existante.

Spécialisée dans l’intégration du photovoltaïque a l’architecture, l’agence Sunsoak s’est chargée de l’étude des ouvrages solaires, intégrés à une couverture dont la géométrie est déduite de l’équilibre des forces entre les deux portiques, qui tient lui-même compte du rétrécissement de la terrasse en fond de parcelle. Des « haubans » constitués de caissons continus en tôle acier peinte portent un ensemble de panneaux BIVP, encapsulant les cellules de silicium dans un verre feuilleté de sécurité. Le calepinage du dais a été pensé pour limiter le nombre de pièces biaises ou uniques résultant de la géométrie inégale de la toiture du bâtiment. Les 800 m2 de cellules solaires devraient assurer 30 % de la production d’électricité du bâtiment, actuellement occupé par un centre de formation.

Vue vers la place Rogier ©Ney&Partners/Sunsoak Design

Solaire intégré

Cette solution présente de nombreux avantages par rapport à la pose classique de panneaux photovoltaïques directement sur la toiture-terrasse. Flottant au-dessus du toit, l’ouvrage solaire n’a plus à tenir compte des émergences de toitures qui viendraient l’interrompre. Les panneaux solaires servent aussi d’ombrière à une terrasse ouverte sur Bruxelles, un espace accessible aux usagers des bureaux. Les émergences techniques sont intégrées dans l’aménagement planté de cette toiture-terrasse. Les architectes voient leur projet comme un totem symbolisant la transition post-COP21, la décentralisation de la production énergétique qui se rapproche de son lieu de consommation, voire s’y superpose. C’est aussi la démonstration que la production énergétique, quand elle s’intègre correctement à l’architecture, peut produire de nouveaux espaces en renouvelant les formes.

_Olivier Namias

 

La production d’énergie électrique par l’intermédiaire « dais » photovoltaïque devrait couvrir 30% des besoins énergétiques du bâtiment. ©Ney&Partners/Sunsoak Design

Architecte : Sunsoak design/

Ney & Partners

Ingénieurs : Ney & Partners

Maître d’Ouvrage : Botarogiercenter/ Stephano Immo sa, dirigé par Stéphane Dykman

Maître d’Ouvrage délégué : Immo-Pro

Site : Bruxelles, Belgique

Études : 2017

Construction : 2019

La Maison de l’histoire européenne à Bruxelles

Alors que l’avenir de l’Europe est en crise, entre le Brexit et la montée des nationalismes, il importe tout particulièrement de prendre conscience de notre patrimoine culturel. A Bruxelles, siège des institutions de l’UE, s’est ouvert ce 6 mai la Maison de l’histoire européenne, un lieu au sein duquel l’histoire de la construction de l’Europe sera enseignée et débattue, où chaque citoyen pourra se questionner sur son avenir. Pour ce faire, l’atelier d’architecture Chaix et Morel, associé à JSWD Architekten, restructure, comble et couronne un bâtiment de 1935, dont les façades néoclassiques en pierre dialoguent dans de justes proportions avec un volume de verre.

cf_chaix-morel_maison-histoire-europenne_bruxelles
Courtesy CMA-JSWD / C. Fabris

L’idée de créer un musée de l’Europe n’est pas nouvelle. La Commission européenne avait pensé ouvrir des salles européennes dans divers grands musées européens dans les années 1990 ; un projet privé de Musée de l’Europe a aussi été lancé à Bruxelles en 1997. Plusieurs pays européens se sont par ailleurs posé la question de la création de grand musée national, comme ce fut le cas en Allemagne avec l’édification en 1994 de la Haus der Geschichte (maison de l’histoire) à Bonn, ou aux Pays Bas et en France où les projets ont été abandonnés. Dans ce contexte, le projet de la Maison de l’histoire européenne, officiellement lancé en 2007 par Hans-Gert Pöttering dans le discours inaugural qui a suivi son élection en tant que Président du Parlement européen, est ambitieux. Réceptacle de la mémoire européenne, il vise à encourager les citoyens à réfléchir à ce processus historique et à sa signification à l’heure actuelle. « Quitter l’Europe serait une grosse erreur. Je crois en l’Europe, notamment parce que nous n’avons pas d’autres choses, même si elle a besoin de changement et de débat. La Maison de l’histoire européenne,  ouverte à tous, doit y participer, en offrant la possibilité au citoyen d’apprendre du passé pour construire l’avenir » affirme Antonio Tajani, l’actuel président du Parlement européen, lors de l’inauguration de la Maison de l’histoire européenne à Bruxelles, ouverte au public depuis ce 6 mai 2017 – un message fort à l’aube des élections présidentielles françaises, lors desquelles l’Europe fut un vif sujet de débat.

cr_chaix-morel_maison-histoire-europenne_bruxelles
Courtesy CMA-JSWD / C. Richters
cf_chaix-morel_maison-histoire-europenne_bruxelles
Courtesy CMA-JSWD / C. Fabris

 

La Maison de l’histoire européenne, parachever l’ancien

A Bruxelles, en plein cœur du Quartier européen – et à 200 m de la station de métro Maelbeek, où se sont produits les attentats du 22 mars 2016, ne l’oublions pas – s’ouvre donc au public la Maison de l’histoire européenne. Le Parlement a décidé que l’institution complèterait le bâtiment Eastman, ancienne clinique dentaire au style Art Déco construit en 1935 par l’architecte suisse Michel Polak, louée par le Parlement en 1985 et située dans le parc Léopold classé en 1976. Un ancrage historique, auquel a répondu l’atelier d’architecture Chaix et Morel, associé à JSWD Architekten, par l’ajout d’un volume orthogonal en verre. Pour accueillir le musée, il fallait doubler la superficie du bâtiment existant au plan en U. S’insérant dans la cour extérieure et en couronnement, l’extension parachève l’ancien et comble le vide. Elle renforce la prééminence du corps central, et se soumet à la symétrie axiale de l’édifice, tout en dessinant à l’arrière une nouvelle façade, cette fois-ci contemporaine, qui pourrait avoir le statut de façade principale. Là, la transparence du verre joue à contrario de la matité de la pierre.

dt_chaix-morel_maison-histoire-europenne_bruxelles
Courtesy CMA-JSWD / D.Boy de la Tour
cf_chaix-morel_maison-histoire-europenne_bruxelles
Courtesy CMA-JSWD / C. Fabris
cf_chaix-morel_maison-histoire-europenne_bruxelles
Courtesy CMA-JSWD / C. Fabris
[masterslider id= »152″]

 

Dialogue univoque

Un joint creux, qui sépare la façade en pierre de son extension, met en évidence le principe qui gouverne l’ensemble du projet architectural : une claire et stricte délimitation entre l’ancien et le nouveau. A l’intérieur du musée, l’atrium central, pourvu d’un escalier suspendu, participe à ce même geste. Il ménage un retrait entre la construction neuve et l’ancien mur de briques extérieur, restauré et magnifié puisque totalement dégagé. « L’extension se glissant dans le creux du U existant, le mur de briques anciennement extérieur devient désormais un mur intérieur. C’est ici que le passage du nouveau à l’ancien et la « cohabitation » se fait, et c’est un sujet qui nous a passionné. » précisent les architectes Philippe Chaix et Jean-Paul Morel. Un tête-à-tête qui se lit aussi dans l’organisation du musée. Les zones d’expositions – qui s’enchaînent par étage selon une logique chrono-thématique, occupent la majeure partie des 7 niveaux de l’extension, comprenant les deux premiers niveaux dédiés aux expositions temporaires. Tandis que le bâtiment 1930 – en partie conservé et restauré, ou déposé et reconstruit à l’identique, percé de trémies circulaires entre le RDC et le R+1 – abrite les fonctions d’accueil, de logistique et d’administration. Seul le troisième étage entretien une relation physique direct entre les deux constructions, l’ensemble du plateau, qu’il soit neuf ou ancien, étant dédié aux expositions.

dt_chaix-morel_maison-histoire-europenne_bruxelles
Courtesy CMA-JSWD / D.Boy de la Tour
cr_chaix-morel_maison-histoire-europenne_bruxelles
Courtesy CMA-JSWD / C. Richters
dt_chaix-morel_maison-histoire-europenne_bruxelles
Courtesy CMA-JSWD / D.Boy de la Tour
dt_chaix-morel_maison-histoire-europenne_bruxelles
Courtesy CMA-JSWD / D.Boy de la Tour

 

Tout de verre

En terme d’enveloppe, les architectes ont travaillé sur une double peau. Une façade extérieure, dite façade vitrine, est composée de plaques de verre sérigraphié. Elle filtre la lumière, laisse passer l’air naturel et les vues. Une deuxième façade, dite intérieure, est composée à environ 50/50 de pleins et de vides. Les parties vitrées constituent une peau thermique en triple vitrage associé à un système de protection solaire automatisé. Les parties opaques viennent en saillies des parties vitrées, jusqu’à effleurer la façade vitrine. De 4 à 14 m de haut, d’un seul tenant, les raidisseurs en verre sont composés de 4 à 6 plaques de verre feuilleté de 1 cm d’épaisseur (2 ou 3 fournisseurs au monde selon les architectes). Les verres de toiture sont également portés par un maillage de poutres en verre. La jonction poteaux-poutres se fait par moisage, permettant une liaison délicate et discrète. Depuis l’extérieur, l’alternance de surfaces vitrées et de surfaces opaque offre des jeux de volume, affichant pleins et vides, proposant une « asymétrie vivante, en contraste avec la géométrie ordonnée de l’existant, toutes deux complémentaires » spécifient les architectes. « La façade autorise divers modes de présentation scénographique : cimaises, vitrines, alvéoles ou espaces de projection » continuent-ils, ce que n’ont pas exploité les muséographes. Arrivés dans un second temps avec une autre maîtrise d’ouvrage qu’était le comité scientifique de l’exposition, ils ont proposé une scénographie ne tenant pas compte du bâtiment, voire allant à son encontre. S’il fallait adresser un message au Parlement européen, ce serait déjà de relever les stores, pour profiter des qualités de la construction de verre et laisser percevoir un désir d’ouverture.

cr_chaix-morel_maison-histoire-europenne_bruxelles
Courtesy CMA-JSWD / C. Richters
cr_chaix-morel_maison-histoire-europenne_bruxelles
Courtesy CMA-JSWD / C. Richters

[masterslider id= »153″]

Amélie Luquain

 

Fiche technique

 

Maison de l’histoire européenne, Bruxelles Programme : rénovation et extension du bâtiment Eastman : conception du musée, administration, pôle pédagogique (salle polyvalente, salle de conférence de 89 places), cafétéria, boutique.  Maîtrise d’ouvrage : Parlement Européen (Direction Générale Infrastructure et Logistique) Maître d’œuvre : Chaix & Morel et Associés, Paris / JSWD Architekten, Cologne BET :  TPF Engineering, ingénierie /  Werner Sobek, façades /  Francis Crombez Développement, économie /  Tribu, développement durable /  SPRL Venac, acoustique /  SOCOTEC Belgium, conseil en sécurité / Comité scientifique présidé par l’historien Wlodzimierz Borodziej /  GPD Sevilla, muséographe (hors équipe maîtrise d’œuvre) Mission de base + exe + mobilier signalétique Surface et coût des travaux : 9 970 m2 SHON / 27,6 M€ HT Calendrier : concours janvier 2011 – chantier décembre 2012 – livraison du bâtiment automne 2016 – ouverture au public 6 mai 2017

Adresse : 135 rue Belliard, 1000 Bruxelles, Belgique

Ouverture 7 jours sur 7, de 10h à 18h, sauf le lundi de 13h à 18h. Entrée gratuite

 

Photos Courtesy CMA-JSWD / Didier Boy de la Tour, Christian Richters, Christian Fabris