Du 10 au 20 octobre : la Biennale d’Architecture et d’Urbanisme de Caen

Du 10 au 20 octobre : la Biennale d’Architecture et d’Urbanisme de Caen

« Faire battre le coeur des villes », c’est le pari fou de la 5ème édition de la Biennale d’Architecture et d’Urbanisme de Caen. 

Renouveler la pensée urbaine et encourager à la réflexion sur la mutation des villes, voila l’ambition de la biennale. Articulée autour de l’exposition « Inventer la ville…dont vous êtes le héros », cette 5ème édition est consacrée aux centres-villes. Un thème qui interpelle tout un chacun !

Au programme, rencontres, films, débats, expositions ou encore ateliers, le tout avec pour seul objectif de « faire battre le coeur des villes ».

Près d’une vingtaine d’architectes, d’urbanistes et de spécialistes sont ainsi attendus pour exposer leur travaux et débattre avec le public. Parmi eux Jean Paul Viguier, Alexandre Chemetoff ou encore Corinne Vezzoni, qu’on ne vous présente plus ! 

La bibliothèque d’OMA, le Dôme de Bruther Architectes et bien d’autres lieux de l’agglomération se transformeront à cette occasion en espaces d’échange et de partage entre visiteurs et professionnels. Une manière d’appréhender les lieux autrement et de redonner, tout simplement, l’envi de ville.  

Soirée d’ouverture et inauguration de l’exposition « Inventer la ville…dont vous êtes le héros » le mercredi 10 octobre 2018 au Pavillon à Caen. 

Pour plus d’informations :

www.insitu-caen.com

Bibliothèque de Caen par OMA : un plan en croix

A Caen, la bibliothèque Alexis de Tocqueville dite aussi Bibliothèque Multimédia à Vocation Régionale (BMVR) a ouvert ses portes en début d’année. Elle est le premier équipement livré en France par OMA depuis Congrexpo Lille en 1994. Située à la proue de la presqu’île de Caen, en pleine reconfiguration urbaine, dont le master plan a été confié à l’agence MVRDV, la bibliothèque Alexis de Tocqueville côtoie désormais le tribunal de grande instance réalisé par BE Hauvette Paris avec Pierre Champenois (2016), le Dôme – Maison de la recherche et de l’innovation de l’agence Bruther (2015) ainsi que l’Ecole supérieure d’arts et médias de Caen (2009) conçue par Studio Milou Architecture.

La bibliothèque, avec son plan en croix, pointe des repères dans la ville pour se raccrocher au territoire. Cette forme en X dégage des places urbaines, auxquelles se raccrochent les programmes du rez-de-chaussée : auditorium, restaurant et espace d’exposition. La croisée des axes compose le hall. A l’étage, les quatre ailes correspondent au quatre pôles de la BMVR, dont l’identité s’affirme par des espaces spécifiques aux extrémités de chacune d’entre elles. Le pôle Littérature se distingue par un gradin en bois où le public pourra consulter un ouvrage, tandis que le pôle Sciences Humaines est doté d’un cabinet de curiosité servant de vitrine à la salle des fonds précieux. Ce niveau principal subjugue par sa surface de 2000 m2 qu’il libre de tout cloisonnement et de structure porteuse, puisque déportée aux quatre extrémités. S’y arrangent le mobilier, librement. Les baies bombées offrent des visions panoramiques. En opposition, le dernier niveau est un « étage poutre ». Il porte l’ensemble du bâtiment tout en hébergeant des bureaux cloisonnés sous son épaisse charpente métallique.

Les plans d’étage dessinés conçu par OMA et Clément Blanchet sont le reflet de cette pensée cohérente. Ils dénotent de la force formelle du plan en croix et de son impact tant programmatique que structurel.

Amélie Luquain

 

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« Made in Caen » ?

« Made in Caen » ?

Caen, la « petite discrète qui a toutes les qualités d’une grande » souhaite sortir de l’anonymat. Une volonté soulignée par la quatrième édition de la biennale IN-SITU sur la thématique « Reconstruire la ville sur-mesure »* et des projets architecturaux ambitieux sur la Presqu’île, signés Olivier Chaslin, Studio Milou, Christian Hauvette, Bruther, Rem Koolhaas, Michel Desvigne… Visite.

caen

Ceinturée par le canal de Caen à la mer, prenant sa source dans le lit de l’Orne, la pointe de la Presqu’île de Caen s’impose comme le centre névralgique du renouvellement de la ville. Son territoire de 11 ha échappe à La grande mosaïque de 300 ha projetée par l’agence néerlandaise MVRDV, préférant un développement isolé. Là, la reconquête de cette friche industrielle se veut comme nouvelle centralité urbaine d’où la présence d’équipements d’envergure. L’aménagement de la Presqu’île a débuté depuis plusieurs années avec le Cargö, un bâtiment dédié aux musiques actuelles livré dès 2007 par Olivier Chaslin et la (trop) monumentale École Supérieure d’Arts et Médias réalisée en 2009 par le Studio Milou. Plus récemment, le Dôme de l’agence Bruther, le Palais de Justice signé Christian Hauvette – repris par Pierre Champenois en association avec baumschlager eberle – et la BMVR de Rem Koolhaas dialoguent ensemble.

 

La Maison de la Recherche et de l’Innovation, dite le Dôme

Élégamment dressée en bordure de l’Orne, la MRI livrée en juillet 2015 est le fruit d’un pari risqué de l’agence parisienne Bruther. La qualité du bâtiment tient en grande partie à l’enrichissement du programme initial, les architectes décollant le volume du sol pour y libérer un parvis couvert et coiffant d’un dôme sa toiture devenue terrasse. Cette adjonction d’espaces a été rendue possible par une économie sur les systèmes constructifs. Se proposant comme une boîte à outils à réversibilité programmatique – la non-détermination des espaces et la conception de volumes capables constituant la démarche principale du projet – l’actuel centre culturel scientifique nouvelle génération reprend le « système Pompidou ». Quatre grands plateaux libres de 500 m2 et 6 m de hauteur, dotés chacun d’une mezzanine, sont superposés et les espaces servants sont rejetés en périphérie. Quant aux façades, l’une est en mur-rideau, l’autre en coussins ETFE translucides, un procédé habituellement utilisé à l’horizontale pour couvrir de grands espaces tout en les éclairant à moindre coût. Dans la lignée de Lacaton-Vassal, les anciens de l’agence Ferrier proposent ici un bâtiment fonctionnel et à l’esthétique plastique, dont les couleurs, changeantes en fonction de la lumière, définissent un élément urbain identitaire.

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Le Palais de Justice, carré infini

Inauguré à la mi-2015, le Palais de Justice de Caen se pose face à la grande pelouse de Philippe Panerai. Initialement dessiné par Christian Hauvette, subitement disparu en 2011, il passe dans les mains de Pierre Champenois, collaborateur de l’architecte, en association avec baumschlager eberle. Le bâtiment à la géométrie simple et compacte se caractérise par la superposition de ses trois strates et par son bardage vertical et rectiligne. En son centre, on y déplorera le vaste atrium cylindrique, non pas pour l’espace qu’il dégage mais pour le traitement de ses façades intérieures à l’allure d’un panoptique oppressant déconnecté de son enveloppe. A l’étage, le palais se veut transparent, ouvrant périphériquement ses circulations à la ville, mais l’on ne pourra s’empêcher d’y lire le cercle infini de la justice dont on ne peut s’échapper, sans compter que les salles d’audience sont opaques à toute relation vers l’extérieur.

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La Bibliothèque Médiathèque à Vocation Régionale, une croix sur l’île

Prévue à la livraison d’ici janvier 2017, la bibliothèque Alexis de Tocqueville conçue par Rem Koolhaas / OMA doit attirer le regard sur la Presqu’île plus par la signature de l’architecte que par l’architecture qui ne joue pas la carte de l’excentricité. Prenant place face au port de plaisance, le plan en croix de la BMVR dégage une centralité et quatre ailes largement vitrées dont les différences programmatiques devront se lire en façade – un aspect que l’on pourra vérifier d’ici le début d’année, le mobilier n’étant pas encore intégralement mis en place et le dévoilement des espaces intérieurs étant un secret jalousement gardé. De l’extérieur, la rigueur et la froideur apparente tentent tant bien que mal de se camoufler derrière des verres bombés. Affaire à suivre …

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L’ensemble est ordonnancé dans un espace paysagé conçu Michel Desvigne, avec une reconversion des bords de l’Orne et la mise en valeur de l’immense pelouse de Philippe Panerai, le vide dans les villes devenant un luxe. Trois objets distincts donc, pour lesquels la cohérence du dialogue s’impose bien qu’il n’y ait eu aucune consultation préalable entre les différents projets : le verre, les semi-transparences, l’aluminium, les façades bombées, les lignes verticales et rythmées se répondent. Une uniformité née d’un heureux hasard !

* Commissaire : Frédéric Lenne

Amélie Luquain

 

 

Courtesy Ville de Caen / F. Decaens

 

Lire aussi : La BMVR de Caen prend forme

La BMVR de Caen prend forme

La Bibliothèque Multimédia à Vocation Régionale prend forme !

Pilier du projet d’agglomération de Caen-la-Mer, son chantier a débuté courant juillet 2013. Clément Blanchet, associé de l’agence OMA fondée par Rem Koolhaas, interroge les nouvelles relations à la lecture et à la culture. Dans un contexte de dématérialisation et de démultiplication de l’information, il repense la bibliothèque. « Cet équipement est pour moi une simple traduction de ces diagrammes originaux. Elle devient un lieu métropolitain qui explore et définit le rôle du livre dans un monde de plus en plus virtuel. Elle est un forum unique, un lieu commun pour le territoire Caennais » précise Clément Blanchet.

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Sur une parcelle de 5200m² située au bout de la Presqu’île de Caen, le bâtiment pointe des repères dans la ville. L’astucieuse forme en X offre quatre parvis pour une pause déambulatoire. A la croisée des axes, son hall est littéralement connecté à la ville, reliant le parc et le bassin Saint Pierre par une « place interne ». Lieu de partage, il s’ouvre sur le café-restaurant – lui-même vitré sur le quai – et dessert un auditorium.

© Antoine Cardi

Aux étages, les quatre ailes correspondent aux 4 pôles de la BMVR. Le pôle Littérature se distingue par un gradin en bois où le public pourra consulter un ouvrage, tandis que le pôle Sciences Humaines est doté d’un cabinet de curiosité servant de vitrine à la salle des fonds précieux. Mettant à profit la dimension asymétrique du bâtiment, l’architecte propose des espaces répondant à la diversité des attentes : salons de lecture et espaces plus intime se côtoient.

© Antoine Cardi

Libérés de toutes structures puisque déportées aux quatre extrémités, les lieux sont voués à être modulés et à évoluer selon les usages. L’architecture traduit spatialement le programme ; espace numérique infini et espace physique fini se confrontent. Le 3ème niveau accueille le pôle Enfance comme ultime découverte de ces lieux, ainsi que les bureaux et la logistique. Cet « étage poutre » affirme une structure métallique tandis que les niveaux inférieurs reçoivent une façade en vitrage bombé transparent. Une faille horizontale dévoile une place suspendue. L’espace de lecture devient un « belvédère » sur la ville. A l’automne 2016, les Caennais pourront admirer le bassin tout en façonnant leur culture.

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Courtesy BMVR / Antoine Cardi

 

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