Musée Camille Claudel : entre imbrication et dispositif

Conçu par Adelfo Scaranello, le musée Camille Claudel à Nogent-sur-Seine (Aube 10) a ouvert ses portes ce 26 mars 2017. Adossé à la maison de jeunesse de l’artiste, il articule harmonieusement les anciens bâtiments avec les nouvelles constructions, affirmant son identité contemporaine par une architecture « mesurée ».

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Autour de la maison Claudel

La vocation artistique de Camille Claudel naît à Nogent-sur-Seine, alors qu’elle y réside de 1876 à 1879, encore adolescente. Elle y rencontra le sculpteur Alfred Boucher qui comprit ses dispositions exceptionnelles et sut la conseiller dans son apprentissage à Nogent-sur-Seine puis à Paris, où elle vécu une histoire passionnée avec l’illustre Auguste Rodin. « Camille Claudel est aujourd’hui perçue comme l’héroïne dramatique d’une histoire emblématique de la condition féminine au XIXe siècle et au début du XXe siècle. Elle est surtout une artiste de premier plan au langage universel qui ouvre des ponts entre le Naturalisme et le Symbolisme, le courant néo-florentin et l’Art nouveau », précise Cécile Bertran, conservatrice du musée. En 2003, une exposition consacrée à l’artiste réunit à Nogent-sur-Seine quelque 40 000 visiteurs en trois mois. Plus de doute, l’événement est trop beau. La municipalité envisage de donner une nouvelle dimension au musée Dubois-Boucher, à deux pas de là, fondé en 1902 par Alfred Boucher et s’attachant au nom de Paul Dubois, sculpteur et peintre nogentais. Le projet mûrit et se concrétise en 2008 par trois acquisitions majeures dont la maison Claudel autour de laquelle sera construit le nouveau musée, destiné à exposer 250 œuvres. Suite à un dialogue compétitif, le partenariat public-privé (PPP)* est signé en mars 2012. Alors que la livraison du bâtiment aurait dû aboutir courant 2014, ce ne sera que cinq années plus tard que le projet verra le jour. Comme si à nouveau la reconnaissance due à l’artiste devait être contrariée.

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De l’articulation entre ancien et nouveau au dispositif architectural

Mais l’architecte bisontin Adelfo Scaranello ne le voit pas de cet œil et ira au bout de son architecture. Situé en plein centre historique, le musée occupe à la fois l’ancienne maison de la famille Claudel, restaurée et réhabilitée, et un nouvel édifice. Recomposant l’îlot entier, les constructions conservées – la maison mais aussi des logements sociaux des années 70 et un bâtiment d’un promoteur privé – s’articulent avec les nouveaux volumes. Ou plutôt, les parties neuves s’insèrent dans celles réhabilitées, composant une addition de volumes ; phénomène particulièrement visible le long de la rue Saint Epoing. A l’intérieur, c’est une enfilade de lieux d’expositions qui s’en dégage, comme si des ateliers d’artistes étaient imbriqués les uns à la suite des autres. Réinterprétant les palettes qui servaient de support aux sculpteurs, l’architecte dessine, en guise de toute muséographie, des socles en tôle et medium dans leur plus simple expression. Ainsi disposées – et Adelfo Scaranello parle bien de son musée comme d’un dispositif architectural destiné à présenter les œuvres, et non d’une architecture qui primeraient sur les objets – les sculptures sont mises en scène derrière des baies vitrées, en toiture comme en façade, la lumière naturelle offrant des perceptions renouvelées et changeantes sur les œuvres. Ces cadres visuels instaurent un dialogue avec l’extérieur. Selon l’architecte, « le musée doit déclencher modestement l’envie d’aller voir les choses ». Notamment, l’atelier pédagogique fait face à la cour de récréation de l’école adjacente. L’ensemble est enveloppé derrière une peau de brique. Analogie contemporaine avec les constructions environnantes, elle est utilisée en mono-matériau plutôt qu’en mise en œuvre décorative. De même, l’architecte a souhaité rappeler la main du sculpteur qui travaille la terre : « cette idée du geste a conduit à utiliser une brique fabriquée selon des méthodes artisanales », soit une brique moulée à l’eau et cuite au charbon, jouant de ses nuances et de ses belles vibrations. D’une « verticalité discrète », le musée, profitant de sa situation topographique sur un point haut de la ville, devient un repère au même titre que l’église, les grands moulins ou la centrale nucléaire qui dessinent la silhouette urbaine de la ville de Nogent-sur-Seine. Un patrimoine qu’a souhaité rappeler l’architecte dès le concours en couronnant sa « tour » d’une grande salle pourvue de baies vitrées offrant une vue panoramique sur la ville.

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« Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un musée pour Camille Claudel, conclut Adelfo Scaranello. Peut-être y a-t-il une correspondance avec son histoire difficile, même son musée a finalement été laborieux à réaliser. Mais je crois avoir dessiné un musée dédié à la sculpture, dont les référents ne sont finalement que la brique moulée à la main et les cadres de lumière naturelle. Un autre changement de destination reste possible » continue l’architecte, qui est allé jusqu’à cacher une porte anticipant des mutations futures, un acte que n’aurait pas renier Numérobis !

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*Ce PPP fait partie des vingt-neuf contrats de partenariat passés au crible par les chambres régionales des comptes pour les besoins d’une enquête nationale supervisée par la Cour des comptes. La juridiction financière a émit de vives réserves sur ce type de contrat. La chambre a contesté la pertinence du recours à un PPP, dans la mesure où le projet définitif s’est avéré moins complexe à réaliser que le projet initial et a généré un surcoût de l’opération. A la suite de quoi la nouvelle municipalité a résilié le contrat et est devenue propriétaire pleine et entière du musée.

Amélie Luquain

 

Fiche technique : Musée Camille Claudel – reconversion / extension Maîtrise d’ouvrage : municipalité de Nogent-sur-Seine Maîtrise d’œuvre : Adelfo Scaranello ABF : Jean-Pascal Lemeunier Surface du bâtiment : 2 645 m² Surface d’exposition permanente : 983 m² Surface d’exposition temporaire : 300 m² Matériaux : Petersen Briques (Danemark)

 

Courtesy Musée Camille Claudel / Marco Illuminati