Un dais photovoltaïque sous le soleil de Bruxelles

Les agences bruxelloises Ney & Partners et Sunsoak Design réhabiliteront un immeuble tertiaire du centre de Bruxelles. Leur projet superposant une structure solaire sur une architecture des années 70, montre que la prise en compte des problématiques énergétiques peut aussi être l’occasion d’expérimentations architecturales.

Le projet redonne à l’immeuble une tripartition classique base/corps/couronnement, avec un socle traité en creux. ©Ney&Partners/Sunsoak Design

Le temps passe à Bruxelles comme ailleurs, et les édifices apparus lors de la modernisation brutale de la capitale de la Belgique — baptisée « bruxellisation » dans sa version locale — vieillissent et doivent à leur tour faire l’objet de rénovations. C’est le cas de cet immeuble de bureau de 8 niveaux construit dans les années 70 le long de l’avenue du Jardin Botanique, en bordure de Bruxelles, la commune qui a donné son nom à cet ensemble plus vaste formant le Grand Bruxelles. Un emplacement stratégique qui a justifié l’organisation d’un concours d’architecture restreint pour la réhabilitation du bâtiment, consultation dont l’association d’agence Ney & Partners et Sunsoak Design est sortie lauréate. Le projet est clément avec l’existant : le tandem d’agences basées à Bruxelles redonne à ce projet moderne une dimension classique en lui restituant base et couronnement. L’application d’un vitrage de 6,50 m servant de vitrine aux commerces du rez-de-chaussée et premier niveau forme un socle terminant sur une grande verrière. C’est cependant au sommet de l’immeuble que se trouve la partie la plus spectaculaire du projet : une toiture photovoltaïque est lancée comme un dais entre deux portiques. Le module des fenêtres existantes forme le corps de cet ensemble qui assume dès lors une dimension monumentale. Le béton préfabriqué de la façade sera repeint et équipé de nouveaux châssis conservant la finesse des menuiseries d’origine.

L’immeuble de bureau des années 70 est surmonté d’un cadre métallique portant la couverture photovoltaïque ©Ney&Partners/Sunsoak Design

architecture et ingénierie

Que cette métamorphose passe par un travail d’ingénierie ne doit rien au hasard. Fondée par, l’architecte et ingénieur Laurent Ney, l’agence Ney & Partners s’est illustrée dans la construction d’ouvrages d’art. Elle a notamment réalisé le pont de Temse, en Belgique, et travaille actuellement sur une passerelle à Poissy, ainsi que sur le doublement piéton du viaduc ferroviaire d’Albi. Cette appétence pour la structure se retrouve dans les deux portiques de 10 et 9 mètres de haut portant la couverture photovoltaïque. Ney & Partners a prévu qu’ils soient composés de caissons en acier appuyés sur le bâtiment par l’intermédiaire d’une poutre de répartition posée sur un plat en acier et des appuis Néoprène. Aucun effort latéral induit par la couverture ne sera transmis à la structure existante.

Spécialisée dans l’intégration du photovoltaïque a l’architecture, l’agence Sunsoak s’est chargée de l’étude des ouvrages solaires, intégrés à une couverture dont la géométrie est déduite de l’équilibre des forces entre les deux portiques, qui tient lui-même compte du rétrécissement de la terrasse en fond de parcelle. Des « haubans » constitués de caissons continus en tôle acier peinte portent un ensemble de panneaux BIVP, encapsulant les cellules de silicium dans un verre feuilleté de sécurité. Le calepinage du dais a été pensé pour limiter le nombre de pièces biaises ou uniques résultant de la géométrie inégale de la toiture du bâtiment. Les 800 m2 de cellules solaires devraient assurer 30 % de la production d’électricité du bâtiment, actuellement occupé par un centre de formation.

Vue vers la place Rogier ©Ney&Partners/Sunsoak Design

Solaire intégré

Cette solution présente de nombreux avantages par rapport à la pose classique de panneaux photovoltaïques directement sur la toiture-terrasse. Flottant au-dessus du toit, l’ouvrage solaire n’a plus à tenir compte des émergences de toitures qui viendraient l’interrompre. Les panneaux solaires servent aussi d’ombrière à une terrasse ouverte sur Bruxelles, un espace accessible aux usagers des bureaux. Les émergences techniques sont intégrées dans l’aménagement planté de cette toiture-terrasse. Les architectes voient leur projet comme un totem symbolisant la transition post-COP21, la décentralisation de la production énergétique qui se rapproche de son lieu de consommation, voire s’y superpose. C’est aussi la démonstration que la production énergétique, quand elle s’intègre correctement à l’architecture, peut produire de nouveaux espaces en renouvelant les formes.

_Olivier Namias

 

La production d’énergie électrique par l’intermédiaire « dais » photovoltaïque devrait couvrir 30% des besoins énergétiques du bâtiment. ©Ney&Partners/Sunsoak Design

Architecte : Sunsoak design/

Ney & Partners

Ingénieurs : Ney & Partners

Maître d’Ouvrage : Botarogiercenter/ Stephano Immo sa, dirigé par Stéphane Dykman

Maître d’Ouvrage délégué : Immo-Pro

Site : Bruxelles, Belgique

Études : 2017

Construction : 2019