Le MAAT de Lisbonne, une architecture au coeur du dialogue

Le MAAT – Museum of Art, Architecture and Technology – de Lisbonne a ré-ouvert ses portes il y a un peu moins de deux ans, à l’automne 2016. La première partie prend place dans une ancienne centrale électrique réhabilitée, alors que la seconde a été conçue par l’architecte Amanda Leveete, de l’agence anglaise AL_A. Ce nouveau bâtiment contemporain dialogue avec l’édifice industriel du Central Tejo.

 

 

Il se trouve à l’ouest de la capitale portugaise, dans le quartier Bélèm. Historiquement, ce quartier est celui d’où partaient les grands explorateurs à la conquête du «nouveau monde ». Se rendre au MAAT, c’est comme prendre la direction d’un monde à explorer, de nouveautés à découvrir.

 

Son intégration urbanistique participe à la création de liens avec le Tage. En effet, une grande esplanade et une succession de marches descendent vers la rivière voisine. De nombreux espaces publics- près de 7 000 m², sont ainsi créés au sein d’un campus dédié à l’art. Une passerelle le relie à la ville, et il est possible de se déplacer dans, sur et sous le bâtiment.

 

 

Par l’architecture qu’elle dessine, l’architecte établie aussi un lien avec la mer et l’eau. La forme organique du bâtiment et les ondulations du toit reprennent le mouvement des vagues et les reflets scintillants de l’eau. Celui ci est accessible et les visiteurs peuvent profiter d’une vue sur la ville. Les espaces d’exposition sont la continuité de l’espace public. Au rez de chaussée, ceux ci dévoilent des œuvres des trois domaines : art, architecture et technologie.

 

Le musée MAAT présentera des œuvres d’artistes et d’architectes contemporains. Un dialogue entre deux domaines artistiques différents mais qui savent communiquer. Cette proposition culturelle prend place au côté du Central Tejo, l’un des plus anciens musées portugais et l’un des plus beaux patrimoines industriels du pays. Le savoir-faire portugais dans l’artisanat et la céramique n’est plus à démontrer. Ainsi, la façade se couvre de tuiles blanches, dont la géométrie complexe crée une façade en mouvement.

 

L’Institute for Contemporary Art de Richmond ouvert au public !

 

L’Institut pour l’Art Contemporain (ICA – Institute for Contemporary Art) vient d’ouvrir ses portes, à Richmond, dans l’Etat de Virginie, aux Etats-Unis.  Ouvert au public le 21 avril 2018, le bâtiment, réalisé par l’agence d’architecture Steven Holl Architects, compte 4 000 m² d’espaces dédiés à l’exposition d’œuvres d’Art Contemporain.

 

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En 2011, l’agence de l’architecte Steven Holl est sélectionnée par la Virginia Commonwealth University pour la réalisation de l’Institut pour l’Art Contemporain. Sur le Campus de l’Université de Richmond, le nouveau bâtiment permet d’établir un lien spatial entre le quartier étudiant et le reste de la ville. Situé à un carrefour très dense, l’architecture du ICA, par sa transparence et ses différents volumes articulés, crée une transition entre ces deux entités urbaines. Les espaces extérieurs du projet ont été travaillé afin de faciliter cette jonction.  Un plan d’eau reflète l’architecture, et les portes à faux de celle-ci créent des espaces extérieurs abrités. Les volumes alternent entre vitrage translucide et parois opaques de béton. Leur intersection délimite l’entrée du bâtiment. L’architecte ne souhaitait pas s’aligner sur l’orthogonalité insufflée par les routes perpendiculaires alentours, il donne alors une dimension verticale à un lieu urbain qui ne se traversait qu’en long et en large.

 

Institute for Contemporary Art – Steven Holl Architects
Photos : Iwan Baan
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Institute for Contemporary Art – Steven Holl Architects
Photos : Iwan Baan

 

Le rez-de-chaussée de l’ICA est un espace tourné vers l’urbain et le public. Il se compose d’une galerie, d’un café-bar, d’un hall et d’une boutique. L’espace premier est donc redonné à la vie locale. Le jardin extérieur permettra d’accueillir des événements publics. On y retrouve également l’auditorium de 247 places, idéalement conçu pour le théâtre, la projection de film, les conférences…  Au premier étage se trouve d’autres galeries et une terrasse, accessible au public. Les trois autres terrasses qui composent le bâtit sont réservées aux expositions.  Le dernier étage se distingue par sa hauteur sous plafond de 10 mètres. Au sein du ICA, chaque galerie a une ambiance particulière. En effet, l’art contemporain étant composé de multiples domaines, il fallait que les espaces diffèrent. Cependant, ces derniers peuvent être combinés pour se transformer en une unique galerie. De nombreux types d’accroches sont à la disposition des artistes : du mur au plafond, sans oublier le sol.

 

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Institute for Contemporary Art – Steven Holl Architects
Photos : Iwan Baan
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Institute for Contemporary Art – Steven Holl Architects
Photos : Iwan Baan
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Institute for Contemporary Art – Steven Holl Architects
Photos : Iwan Baan
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Institute for Contemporary Art – Steven Holl Architects
Photos : Iwan Baan
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Institute for Contemporary Art – Steven Holl Architects
Photos : Iwan Baan
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Institute for Contemporary Art – Steven Holl Architects
Photos : Iwan Baan

 

Le sous-sol abrite des espaces administratifs, du stockage et le vestiaire des visiteurs.  La nuit, des vidéos peuvent être projetées sur les vitrages du musée. Ceux-ci sont littéralement des murs de verre qui ne dévoilent que des silhouettes depuis l’extérieur, ce qui intriguent les passants, les incitant à entrer au sein du bâtiment. Le projet a obtenu la certification LEED Gold, qui souligne l’utilisation intelligente de la technologie pour le respect de l’environnement. Le bâtiment utilise la géothermie pour générer l’énergie dont elle a besoin pour se chauffer en hiver, mais aussi pour ventiler les locaux durant les chaleurs estivales.

 

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Institute for Contemporary Art – Steven Holl Architects
Photos : Iwan Baan

 

A la découverte du MAD de Bruxelles…

Au coeur de la capitale belge, le MAD a installé ses nouveaux quartiers depuis plus d’un an.  Ouvert le 20 avril 2017, il s’agit d’une plateforme artistique qui permet de favoriser la rencontre entres les professionnels de la Mode et du Design. Dédiés aux domaines créatifs du design, les locaux sont à la fois tournés vers le public, les designers, et les jeunes. Ce sont les cabinets d’architecture Vers plus de bien être et de design Rotor qui étaient chargés du projet.

 

Le duo V+ et Rotor remporte l’appel d’offre grâce à leur volonté de conserver les bâtiments existants. Le projet de réhabilitation qu’ils proposaient ne prévoyaient en effet que très peu de démolition, si ce n’est de manière chirurgicale, pour n’enlever que peu de matière. Le bâtiment du MAD se nourrit du patrimoine architectural bruxellois, le revalorise pour aller de l’avant. Le projet s’insère dans un quartier en pleine transformation, qui cherche à se dynamiser : le quartier Dansaert. Le projet prend en compte le remaniement de trois bâtiments, qui traversent un ilôt complet : un bâtiment des années 70, un local industriel au centre, et un immeuble de logements. Ensemble, ils portent la surface à 3 000 m².

 

Photos : Maxime Delvaux

 

Pour le MAD, le programme est double. Le rez de chaussé accueille des espaces destinés au public : expositions et vernissages, conférences ou séminaires… Les halls se succèdent, à travers l’îlot, et appellent le visiteur à s’engouffrer en son coeur. Le projet participe à la mutation du patrimoine de la capitale. L’autre partie du programme concerne des ateliers de création qui sont mis à disposition de designers et stylistes. Le MadLab accueille également de jeunes designers ou étudiants qui souhaitent réaliser un projet : un véritable incubateur. Des passerelles relient les différents étages des bâtiments. Ce sont finalement les domaines du design et de la mode qui sont connectés les uns aux autres.

 

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Photos : Maxime Delvaux
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Photos : Maxime Delvaux

 

Malgré les différents types d’architectures réhabilités, V+ a réussi à créer une unité dans le projet. En effet, entre les éléments réhabilités, et les extensions ou surélévations nécessaires, le couleur blanche vient unifier le tout. Elle plonge les espaces dans un monochrome qu’on pourrait penser stérile, mais qui, au contraire, révèle les matières. Elles sont diverses : brique, métal, béton… Recouvertes de blanc, elles englobent un espace appropriable par chacun.

 

La signalétique du bâtiment a été conçue par le studio local Pam & Jerry, et les pièces de mobilier nécessaires à l’aménagement sont tirées des collections de designers belges : Sylvain Willenz, Alain Berteau, Jean François D’Or…  Il est possible de louer des salles du MAD pour y organiser divers événements. L’architecture polyvalente de ces « boites blanches » laisse une appropriation quasi infinie de l’espace.

 

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Photos : Maxime Delvaux
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Photos : Maxime Delvaux
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Photos : Maxime Delvaux
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Photos : Maxime Delvaux
Patrick Bouchain et l’architecture H.Q.H…

Patrick Bouchain et l’architecture H.Q.H…

H.Q.H : Haute Qualité Humaine.

 

Patrick Bouchain est un architecte, scénographe français. Né le 31 mai 1945 à Paris, il étudie les Beaux-Arts dans la capitale. Il commence sa carrière en tant qu’enseignement. Dans un premier temps il est professeur à l’école Camondo à Paris, puis à l’Ecole des Beaux-arts de Bourges. En 1981, il crée Les Ateliers – École nationale supérieure de création industrielle ( ENSCI ). Cette école encadre tous les champs de la création industrielle et du design de produit. Autant l’espace, la communication, les services ou le design numérique.  Rapidement, il développe un sens critique qui surprend. Il s’intéresse tout particulièrement à la politique, au sens large de sa signification : La cité, les citoyens, le peuple.

 

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©Julie Balagué

 

Il commence à construire alors qu’il a déjà 40 ans, après avoir mûri ses convictions durant des années. Ce temps de réflexion lui a également permis de comprendre les besoins des français, afin de s’investir pleinement dans des projets qui ont du sens. Son attrait pour la pédagogie pendant ses années d’enseignement lui permet d’être à l’écoute des habitants et occupants des lieux qu’il transforme. Patrick Bouchain accorde une part très importante à la participation active des citoyens, et à la défense de l’intérêt général, bien avant ses propres intérêts. Ces valeurs ci sont présentes aussi bien dans ses théories et ses réflexions lors de la phase de conception, mais également au cours des chantiers qu’il supervise. De toute manière, la conception d’un projet signé Patrick Bouchain ne se fait pas sans concertation ! Sa personnalité humble l’emmène loin de la carrure d’une starchitecte. Il se met en retrait afin de livrer des projets où l’humain occupe une part prépondérante.

 

Réunion avec les habitants des logements réhabilités de Roubaix
Photo : Sébastien Jarry

 

En 2016, Patrick Bouchain publie « Pas de toit sans toi », ouvrage dans lequel il explique la manière dont il a géré la participation citoyenne lors de trois chantiers : un à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-calais), un autre à Tourcoing près de Lille et le dernier à Beaumont (Ardèche). Ouvert et favorable aux échanges avec les habitants, il prend le temps d’expliquer ses interventions et le déroulé du projet et du chantier. Il milite pour une architecture engagée, autant sur le plan humain, économique et culturel.

Il est reconnu pour avoir réhabilité de nombreux lieux industriels en espace culturel. C’est le cas de La Condition à Roubaix, ou encore du Magasin de Grenoble. Ses chantiers surprennent par leurs interventions. Il n’est pas rare que les équipes de son agence viennent habiter les lieux quelques semaines, qu’ils installent une architecture temporaire pour accueillir les occupants, ou qu’il organise de grands repas entre ouvriers, architectes et habitants.

 

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La condition – Roubaix © La condition
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Espace muséal – Le magasin, Grenoble
Photo : Blaise Adilon.

 

Le parcours de Patrick Bouchain n’est pas des plus ordinaires. Il se nourrit d’expériences et de fragments de vie, afin de construire une architecture qui répond au plus près aux attentes des occupants. Une humilité qui surprend, mais qui semble parfois nécessaire de rappeler, dans un monde qui court souvent après l’argent et le succès, parfois au détriment des projets architecturaux.

Arc en Rêve oeuvre pour la sensibilisation à l’architecture

Arc en Rêve oeuvre pour la sensibilisation à l’architecture

En 1981, Francine Fort et Michel Jacques créent Arc en rêve, à Bordeaux, un centre culturel dédié à l’architecture, mais aussi au design, au paysage, et à l’urbanisme. Ils avaient bien pris conscience que notre monde évolue à grande vitesse. La croissance démographique ne cesse d’augmenter, la société consomme de plus en plus, autant les biens, les marchandises, que les territoires. Des bouleversements qui impactent sur nos modes de vie, et donc influent sur nos manières d’habiter. Une inquiétude née de tous ces changements. Ils décident alors de créer Arc en rêve.

 

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Apprendre à aimer l’architecture

Arc en rêve oeuvre pour la sensibilisation à la culture architecturale et à la qualité du cadre de vie. L’équipe du centre organise de nombreux événements : Expositions, conférences et débats, séminaires, activités pour enfants autour d’expérimentations, ou encore des visites guidées de bâtiments, de villes ou de chantiers. Ces actions ludiques, interactives, sont bien évidemment à but pédagogique. Le centre propose également des ateliers pour les scolaires. A l’issue de certains expositions ou conférences, Arc en rêve édite des ouvrages qui sont co-édités par le centre lui même. L’idée est de partager au plus grand nombre ce sur quoi les intellectuels de l’architecture se penchent. Le public doit être acteur et non subir l’architecture qui l’entoure. La culture joue un rôle essentiel et donne une impulsion dynamique pour construire un avenir qui nous sera propre.

 

Pour cela, Arc en rêve s’entoure d’architectes et d’urbanistes, d’ingénieurs, mais aussi d’élus, de promoteurs et de maîtres d’ouvrages, qui permettent aux habitants, petits et grands, de découvrir le monde de l’architecture, de l’urbanisme, du design et du paysage.

 

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Le centre culturel Arc en rêve s’est installé dès son ouverture dans les locaux réhabilités de l’Entrepôt, qu’il partage avec le Musée d’Art Contemporain de Bordeaux. Ce lieu a été réhabilité par l’agence Valode & Pistre, et permet au public de bénéficier de salles d’expositions et de réunions, d’un auditorium, d’une salle de projection ou encore d’ateliers. Ces infrastructures sont nécessaires pour faire expérimenter l’architecture, faire comprendre la ville et développer la sensibilité du public.

 

La programmation du centre est fournie. Chaque mois, de nombreux événements y prennent part. Dans les dernières actualités, une exposition sur l’architecte Jacques Hondelatte se tient jusqu’au 27 mai 2018. Vous pourrez également assister à une grande conférence organisée le 25 avril 2018, à 18h30. Cette conférence de Dominique Perrault, architecte et urbaniste français, a pour thématique « Groundscape Stories », repris de son ouvrage « Groundscapes: autres topographies », publié en 2016.  Au mois de juin aura lieu une exposition sur les architectes chinois  Wang Shu et Lu Wenyu .

 

Centre Arc en rêve
Adresse : Entrepôt, 7 Rue Ferrere, 33000 Bordeaux
Ouverture : Du mardi au dimanche, de 11h à 18h, jusque 20h le mercredi.
Contact : info[at]arcenreve.com – 05 56 52 78 36

 

Anne Vanrapenbusch

OMA : Rem Koolhaas rénove la galerie Tretyakov à Moscou

Après la signature du nouveau palais de justice lillois, l’agence néerlandaise OMA vient de dévoiler son projet de rénovation d’un des plus grands musées de Russie. C’est en Décembre dernier, que Vladimir Medinsky, ministre russe de la culture, a annoncé la transformation de la Maison centrale des artistes en un complexe d’expositions intégrées. Un projet qui a failli ne pas voir le jour car le bâtiment était menacé de démolition dix ans auparavant. La firme d’architecture russe Reserve collaborera sur ce projet. La compagnie pétrolière locale Transnfet et le GUM Department Store, quant-à eux, le sponsoriseront.

OMA
Rem Koolhaas / OMA : une nouvelle identité pour la galerie Tretyakov à Moscou

 

Construit en 1983 et situé en face du parc Gorky, le musée se compose de plusieurs petites salles. Au fil du temps, les espaces d’exposition et les couloirs ont été fragmentés. L’édifice abrite les collections d’art moderne russe les plus significatives au monde, avec entre autres des oeuvres phares de Malevich, Kandinsky, Chagall, mais aussi d’artistes soviétiques tels qu’Aleksandr Deyneka et Vera Mukhina. OMA propose une réorganisation spatiale complète du lieu, conçu à l’origine en 1964 par les architectes Nikolay Sukoyan et Yury Sheverdyaeven. Cette transformation se caractérise notamment par la création de quatre secteurs distincts : un espace de stockage, un centre d’éducation, la collection et une salle des fêtes. Viendront également s’ajouter une bibliothèque, un restaurant et une plate-forme d’observation sur le toit. Au final, le projet s’étendra sur plus de 60 000m².

 

OMA/ Rem Koolhaas : Tretyakov Moscou
Autonomie des espaces. OMA/ Rem Koolhaas : Tretyakov Moscou

 

Le concept imaginé par OMA, repense totalement la perception actuelle du Tretyakov. Pour offrir une meilleure lecture architecturale de ce haut lieu culturel, l’agence suggère une transformation délicate rappelant l’architecture moderniste soviétique. Avec des codes couleurs et un jeu de matérialité, les plans de Rem Koolhaas révèlent une toute nouvelle identité.

 

OMA/ Rem Koolhaas : Tretyakov Moscou
Retour à la modernité soviétique. OMA/ Rem Koolhaas : Tretyakov Moscou
OMA/ Rem Koolhaas : Tretyakov Moscou
Amélioration de la visibilité et la circulation. OMA/ Rem Koolhaas : Tretyakov Moscou

 

Rem Koolhaas: « Notre proposition est une reconsidération du nouveau Tretyakov, en se concentrant sur l’amélioration de son infrastructure spatiale et l’élimination des parties dysfonctionnelles. Nous défaisons également la séparation absolue entre le musée et la Maison de l’artiste, et supprimons un certain nombre de murs pour rendre les différents composants plus accessibles et visibles. En raison de sa taille, il est presque impossible de le considérer comme une entité homogène; interventions modernes inabordables à l’époque soviétique, telles que les escaliers mécaniques, améliorer la circulation et rassembler les différents éléments autonomes du complexe muséal. « 

 

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Quatre secteurs. OMA/ Rem Koolhaas : Tretyakov Moscou

 

Enfin, ces nouveaux espaces à l’identité et au rôle clairement définis, seront reliés entre eux par un patio central découvert. Directement ouvertes sur la ville et reliées à une nouvelle voie piétonne longeant la rive de la Moskova, les entrées de la galerie laisseront entrevoir l’intérieur par un subtil jeu de découpage des façades.

 

OMA/ Rem Koolhaas : Tretyakov Moscou
Un musée ouvert sur la ville. OMA/ Rem Koolhaas : Tretyakov Moscou

 

Avec ses recherches pour le Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg et le Musée du Garage d’Art Contemporain à Moscou, OMA signe ici son troisième projet culturel en Russie.

 

Le théâtre Theodore Gouvy  : un cœur rouge à Freyming-Merlebach

A Freyming-Merlebach (57), une ancienne ville minière de Moselle, l’agence Dominique Coulon & Associés livre un théâtre à la géométrie sculpturale, symbole d’une espérance de revitalisation par la culture.

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Florissante au XIXe siècle, Freyming-Merlebach (57), ville minière du bassin houiller Lorrain, est aujourd’hui une ville en déshérence. Elle fut frappée de plein fouet dans les années 90 par la fermeture des mines de charbon entrainant la récession économique. Pourtant, face à ce traumatisme, cette commune étonne, car elle espère, encore. Son théâtre historique – la Maison des Cultures Frontières conçue en 1984, réhabillée en partie pour devenir médiathèque – s’est dégradé et des fissures sont apparues suite aux effondrements des galeries souterraines désaffectées. Il était nécessaire de remplacer l’ancienne salle de spectacle de 500 places, de surcroît trop petite. Place des Alliés, à proximité de la nouvelle mairie et du centre commercial, l’agence Dominique Coulon & associés investit le parvis d’un volume sculptural blanc immaculé. Posé là, dans un paysage urbain hétéroclite habité de pavillons maussades, il s’adresse à la ville depuis un point haut, tel un mémorial étincelant, en contraste avec celle-ci. Les niveaux s’empilent, pivotent, les blocs se scindent, se divisent. Sous un porche, les grandes baies vitrées attirent le visiteur dans l’entrée.

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Un foyer scultptural

A l’intérieur, le hall se déploie verticalement sur trois niveaux dans un parcours théâtral, sans jeu de mots. Les espaces se dilatent pour donner une grande impression d’espace, les obliques se toisent, les escaliers s’enchevêtrent, derrière de hautes balustrades. En partie supérieure, le foyer se déhanche. Derrière une grande baie vitrée de 8 mètres de haut, il s’avance en promontoire vers la ville. L’atmosphère y est calme, feutrée, bien que le plâtre laissé brut et l’absence de traitement acoustique laisse imaginer un joyeux brouhaha avant les représentations. Un choix pertinent de la maîtrise d’œuvre, confrontée à un budget serré : « nous avons réinterrogé les normes avec la maitrise d’ouvrage car elles ont des coûts », témoigne Dominique Coulon, qui avait déjà expérimenté, auparavant par accident, le plâtre projeté laissé à nu, qui donne de belles nuances de beige en séchant. Structurellement, les coûts ont aussi été amoindris. Les architectes, assistés de leur cabinet d’ingénierie Batiserf, ont opté pour une structure mixte majoritairement métallique, moins chère que le béton coulé en place.

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Une salle de théâtre flamboyante

Ainsi, le budget a pu être placé dans la salle de spectacle qui, plastiquement, est en totale rupture avec le foyer. Dans un effet inattendu, le passage de l’un à l’autre touche directement nos sens, le regard est perturbé, l’œil et l’oreille ont besoin d’un temps pour s’habituer. Les formes sculpturales associées à une colorimétrie rouge, rose et orange donnent une densité à l’espace. Des contrastes coutumiers à la pratique de l’agence. Comme dans toute salle de représentation, le traitement acoustique y est prépondérant. L’inclinaison des parois participe de la propagation acoustique, le plafond est réverbérant, les murs sont absorbants. Les balcons sont d’une forme particulièrement ramassée, les gradins glissent en avalanche. « L’élaboration de la coupe fut fondamentale », explique l’architecte. Le spectateur le plus éloigné n’est qu’à vingt mètres de la scène, la distance avec le nez de scène est réduite au maximum pour offrir aux 700 places assises une belle visibilité sur les acteurs. Dont le jeu sera d’ailleurs varié, entre théâtre classique, contemporain, musical, lyrique, voir même dansé. Ils pourront se préparer dans des loges chaleureuses en béton brut et parois rouge, ou trône le fauteuil UP de Gaetano Pesce, modèle surnommé La Mama.

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Ce théâtre manifeste une géométrie singulière à l’agence Dominique Coulon & Associés, qui n’en est pas à son premier équipement scénique. Citons pour mémoire le Centre dramatique National de Montreuil livré en 2007, le pôle culturel à Mons-en-Barœul, près de Lille, livré en 2017, où la salle de musique actuelle qui s’installera à Rennes courant 2019. Adepte des relations dichotomiques et d’une géométrie rectiligne euclidienne, les collisions génèrent une complexité de rapport et de proximité, proposant une lecture de l’espace non univoque._ Amélie Luquain

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R+2

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Fiche technique  Salle de spectacle Théodore Gouvy, Place des Alliés à Freyming-Merlebach (57)  Maitrise d’ouvrage : Communauté de Communes de Freyming-Merlebach Maîtrise d’œuvre : Dominique Coulon & associés Structure : Batiserf Ingénierie Electricité : BET Gilbert Jost Fluides + HQE : Solares Bauen Economiste : E3 économie Acoustique : Euro Sound Project Scénographe : Changement à vue VRD : Lollier Ingénierie Livraison : Avril 2017 Coût de la construction 7,7 M€HT Surface : 2850 m2

Photographie : © Eugeni Pons

 

 

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La France vue de Venise, épisode 5/8 : les équipements culturels

La France vue de Venise, épisode 5/8 : les équipements culturels

S’en suivent les quelques équipements culturels exposés dans la salle Terreau du pavillon français à la 15e biennale d’architecture de Venise. Bien souvent issus de la volonté d’un maire pour singulariser et animer sa commune, les équipements culturels font signe dans les paysages périurbains, tout en s’inscrivant dans leur contexte. Espaces dichotomiques, ils sont en rupture délibérée avec l’écriture architecturale des constructions voisines, tout en recherchant une sorte de réconciliation. Échelles, formes et matériaux deviennent le faire-valoir d’une insertion ou d’une singularisation urbaine et paysagère. AL

 

Centre socio-culturel, Val-de-Marne

« Le bâtiment dessine entre place et parc un nouveau panorama, en rupture délibérée avec l’écriture architecturale des immeubles voisins tout en se portant garant de leur réconciliation d’échelle. (…) La singularité du bâtiment est renforcée par son bardage de bois brut, matériau exogène à l’écriture architecturale du quartier, visant à affirmer le désir d’en enrichir l’offre architecturale et à évoquer pédagogiquement les engagements écologiques de sa mutation. (…) La mezzanine et le hall-atrium en double hauteur qui les organisent incarnent, physiquement et symboliquement, ce désir de « vivre ensemble ». »

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Localisation : Limeil Brévannes. Programme : Centre socio-culturel. Architectes : Guillaume Ramilien. Crédit photo : Pascal Amoyel.

 

Espace polyvalent, Bas-Rhin

« Son esthétique intemporelle assure une pérennité hors des modes en entrée de village. Son horizontalité marque un nouveau socle de référence au contexte vallonné des environs et du paysage lointain des piémonts du Parc régional des Vosges du Nord. (…) Le projet oscille entre rusticité et contemporanéité, moderne et pittoresque, mais aussi entre simple épure et détails sophistiqués. Généreux avec le privilège du site, un archaïsme contemporain. Une nouvelle sobriété ? »

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Localisation : Hunspach. Programme : Espace polyvalent à vocation culturelle. Architectes : Heintz-Kehr et associés. Crédit photo : Heintz-Kehr et associés

 

Complexe culturel, Haute-Garonne

« Situé sur la commune de Plaisance du Touch, à une quinzaine de kilomètres du centre de la métropole, le projet s’inscrit dans un territoire ordinaire caractéristique des espaces périurbains. Localisé à la sortie du centre ancien, en retrait de la route départementale, dans une zone diffuse et hétérogène, le site est constitué par des bâtiments d’activités (concessionnaires et entrepôts), des résidences de promotions immobilières, un groupe scolaire, un parking et le bâtiment existant. La volumétrie, l’enveloppe unitaire et le mode constructif industriel assurent la continuité avec le contexte. En revanche, avec l’utilisation de matériaux réagissant aux conditions atmosphériques, l’expression architecturale complexe et vivante lui confère une présence singulière. »

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Localisation : Plaisance du Touch. Programme : Complexe culturel. Architectes : PPA architectes. Crédit photo : Philippe Ruault.

 

Le centre d’art de « Grosser Garten », Moselle

« À l’origine du projet, une devise portée par Claude et Jacqueline Reslinger : « Recevoir, donner ». La démarche de ce couple, de commerçants à la retraite, les a amenés à se passionner pour l’art en s’investissant dans une association locale d’expression et de partage artistiques. Ils ont poussé à élargir son rayonnement. Leur curiosité leur a notamment fait découvrir entre autres Joseph Pyrz, sculpteur dont ils sont devenus les mécènes. Le projet du Centre d’Art s’est ainsi organisé autour d’œuvres de cet artiste polonais, avec pour objectif d’incarner et de transcender la diffusion d’un art partagé, au cœur du milieu rural. »

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Localisation : Schorbach. Programme : Centre d’art. Architectes : Gabriel Marot. Crédit photo : Gabriel Marot

 

Musée ornithologique des Hauts de Bonaguil, Lot

« Le bâtiment, par ses volumes, ses matériaux, ses volets, s’inspire de l’architecture des séchoirs à tabac, qui font partie du paysage rural du sud-ouest de la France. Construit en bois de châtaignier, issu de la forêt qui l’entoure, il fait une large place au verre, en façade, comme en toiture, pour représenter ce cadre boisé, fait d’ombre et de lumière. La scénographie fait appel à la symbolique de l’oiseau, symbole de l’âme, qui relie la terre au ciel, d’où leur présentation verticale, sur des mâts et plateaux de tôle perforée, comme s’ils étaient posés sur les branches d’un arbre. »

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Localisation : Les Hauts de Bonaguil. Programme : Musée ornithologique. Architectes : Pascale de Redon. Crédit photo : Vincent Monthiers

 

La médiathèque d’Onet-Le-Château, Aveyron

« Le programme du projet Médiathèque d’Onet-le-Château, en Aveyron, au cœur de la France rurale, visait la mise aux normes d’une bibliothèque très fréquentée à l’architecture datée. (…) En partant de l’indispensable réfection de la toiture, le projet réorganise complètement le programme, le développe sur deux niveaux tout en conservant l’emprise de l’existant. Ce parti permet d’une part de générer un accès à l’étage, ouvert sur une terrasse ensoleillée, et, d’autre part, de créer un gain de surface appréciable sans empiéter sur le parking, indispensable dans cette petite ville rurale. De l’extérieur, la lecture du projet est claire, identifiable par les deux nouveaux volumes en bardage inox, en double hauteur avec mezzanines. »

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Localisation : Onet-le-Château. Programme : Réhabilitation de la médiathèque. Architectes : Raphaël Bétillon et Nicolas Dorval-Bory. Crédit photo : Nicolas Dorval-Bory

 

Centre d’art, Lot

« Il nous semble que tout est là, que nous devons être attentifs, repérer ce qui constitue la singularité du lieu et la conforter. La découverte de cette construction qui exprime avec des moyens réduits l’évidence des usages qui l’ont habitée procure un plaisir proche de celui que donne la lecture d’un discours exposant avec clarté, sans jargon, des phénomènes complexes. La beauté des étables, des auvents et des cours réside dans la capacité de ces ouvrages à témoigner de leur usage, de leur fonction symbolique, de leur construction entendue comme le sens accordé au choix et à la disposition ensemble des éléments qui constituent le tout. »

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Localisation : Beauregard. Programme : Transformation d’une ferme et de ses dépendances. Architectes : FACES. Crédit photo : FACES

 

Salle multiculturelle « la boiserie », Vaucluse

« La grande salle, d’une capacité totale de 1 000 personnes dont 640 assises, est composée d’une scène fixe et de 415 sièges sur gradins télescopiques. Elle est dotée d’espaces d’accompagnement : salle multi-activités pour 30 personnes, espace d’accueil-exposition, foyer, bar, loges, un grand parking. (…) Cet édifice ne se fonde pas ; il s’arrime. À la manière des cartes portulans, il définit sa position exacte par une triangulation à grande échelle. Le point de visée est le massif du Ventoux, et les deux ailes de la construction se déboitent en s’ouvrant vers le Levant. »

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Localisation : Mazan. Programme : Salle multiculturelle. Architectes : DE-SO. Crédit photo : Hervé Abbadie

 

Citations et iconographie issues du Catalogue du Pavillon français, 15e exposition internationale d’architecture, la biennale de Venise. Nouvelles Richesses, Obras/Collectif AJAP14, Éditions Fourre-Tout, 2016

Mardi prochain 6 septembre, épisode 6 : l’aménagement urbain

A voir aussi : Prologue : voir la France à Venise