Pool Design Awards : A la découverte des vainqueurs 2016

Pool Design Awards : A la découverte des vainqueurs 2016

La piscine est devenue un équipement à forte valeur ajoutée pour un projet immobilier, tant pour des constructions résidentielles, que des projets publics (piscine municipale) ou encore les hôtels / centres de loisirs/ campings…

C’est pour mettre en avant la créativité et la technicité dont font preuve les architectes lors de la réalisation de piscines d’exception que le concours Pool Design Awards a été créé, dans le cadre du salon Piscine Global Europe, évènement professionnel référent de la filière avec 596 exposants et près de 18 000 visiteurs en 2016.

Découvrez les projets gagnants de l’édition 2016. Lire plus

L’afrofuturisme ou l’émergence de talents africains dans l’architecture

Le succès du film Black Panther et son esthétique afrofuturiste a mis l’Afrique à l’honneur en tant que force grandissante dans l’architecture, le design, la technologie et la mode. Le film a suscité un regain d’intérêt pour l’afrofuturisme : un mouvement culturel qui allie la culture et l’identité africaines à la technologie et à la science-fiction, et qui a fortement influencé les décors et les costumes du film. Des concepteurs, architectes et cinéastes africains révèlent, que le film de Marvel, mettant en scène un super-héros noir dans un pays africain fictif nommé Wakanda, a attiré l’attention sur la scène créative africaine en plein essor.

L’afrofuturisme se réfère à un travail qui réinvente l’expérience noire à travers la fusion de la science-fiction, de la fantaisie et de l’histoire. 

Mark Kamau, un concepteur d’interaction de Nairobi, au Kenya, a déclaré que le renouveau de l’afrofuturisme modifiait les perceptions mondiales de la créativité africaine. « Il s’agit de penser aux images, aux histoires et aux perspectives que nous projetons pour la jeune génération (…) Je pense qu’il est important que nous commencions à créer un récit différent pour l’Afrique et c’est ce que fait ce mouvement« , a-t-il ajouté. « Le design est l’outil le plus puissant pour transformer l’Afrique« .

Les talents africains émergent dans l’architecture et le design

Selon les concepteurs basés sur le continent, l’Afrique n’a cessé de produire des talents créatifs au cours de la dernière décennie.

Avec sa toiture ovale aérienne et ses murs ouverts, le pavillon pensé par Diébédo Francis Kéré pour la Serpentine Gallery, invite à la libre circulation des personnes.

Ces dernières années, en architecture, des talents ont vu le jour comme Diébédo Francis Kéré du Burkina Faso, qui a conçu le plus récent Pavillon Serpentine. Cet architecte a aussi réalisé une série d’autres projets acclamés, y compris de nombreuses écoles dans son pays d’origine. Son objectif est de montrer que les méthodes et les matériaux de construction traditionnels peuvent être combinés avec l’ingénierie de haute technologie.

Ecole flottante imaginée par le studio NLÉ

Egalement, l’architecte nigérian Kunle Adeyemi , qui a remporté le Lion d’ argent à la dernière Biennale d’ architecture de Venise avec son design pour une école flottante conçue pour faciliter l’éducation dans les régions africaines qui, en raison des inondations, ont peu d’infrastructures permanentes. Protégé de l’OMA, il a fondé son propre studio NLÉ en 2010. Peu après, il a fait une grande impression avec son projet d’école flottante. Il travaille également sur des plans pour construire une école en Tanzanie qui combine les traditions régionales avec l’apprentissage contemporain.

Christian Benimana

Christian Benimana qui dirige le bureau rwandais de Mass Design Group, un studio d’architecture axé sur la recherche qui fait souvent équipe avec des gouvernements locaux et des ONG sur des projets à caractère social. Il est également le directeur de l’African Design Center , une organisation qui défend la prochaine génération de designers du continent.

Cyrus Kabiru

Côté design, le kenyan Cyrus Kabiru , avec ses lunettes élaborées réalisées à partir d’objets trouvés dans les rues. « Il est vrai qu’en tant que continent, nous avons nos problèmes, mais ce n’est pas la seule chose qui existe à notre frontière« , raconte le photographe kenyan Osborne Macharia « En créant un travail qui montre un côté différent de la réalité, les gens commencent à voir beaucoup plus et à apprécier une culture qui a longtemps été vue différemment.« 

Osborne Macharia

Black Panther décrit l’Afrique comme un leader de l’innovation

Black Panther est le premier film de science-fiction traditionnel à être mis en place en Afrique et à présenter un casting principalement noir. L’intrigue tourne autour du sort de Wakanda, un pays qui a échappé à la colonisation et, grâce à un métal miracle appelé vibranium, développé une technologie très avancée. Ceci est directement lié à l’utilisation originale du terme afrofuturisme. On pense que ce mot a été inventé par l’auteur américain Mark Dery, dans son essai Black to the Future de 1993 , pour parler de «fiction spéculative traitant des thèmes afro-américains et abordant les préoccupations afro-américaines dans le contexte de la technoculture du XXe siècle».  Aujourd’hui, le terme est adopté par l’ensemble de l’Afrique, ainsi que par la diaspora, pour englober toute forme d’innovation qui fait référence au patrimoine noir.

« C’est une réorientation artistique du récit post-colonial africain en intégrant des éléments historiques, la culture actuelle et les aspirations futures des personnes de couleur, en utilisant le récit, la fantaisie et la fiction pour mettre en évidence l’identité africaine« , explique Osborne Macharia.

L’afrofuturisme a une pertinence particulière lorsqu’il s’agit de questions d’architecture et d’urbanisme

Il y a beaucoup d’aspects remarquables au film. Mais le vrai plaisir est la représentation architecturale de Wakanda, la patrie africaine fictive des Black Panther. Wakanda est un lieu de merveilles. Pour donner vie au pays, le film s’appuie sur des repères visuels de tout le continent, des paysages urbains envahissants des métropoles modernes comme Nairobi, Johannesburg et Lagos aux costumes inspirés par les peuples tribaux tels que les igbo du Nigeria et les peuples de la vallée de l’Omo.

La vision d’une société ultra-développée et utopique convoquée par le prétendu Wakanda suscite une question existentielle qui hante aussi l’Afrique dans la vie réelle: à quoi ressemblerait le continent sans l’héritage du colonialisme?

Les tours majestueuses et les coupoles en verre du pays rappellent puissamment les structures modernistes extraordinaires construites à travers l’Afrique. L’architecture afrofuturiste du film  est un mélange inattendu de Zaha Hadid et de Buckingham Palace, selon la designer Hannah Beachler ayant travaillé en tant que concepteur de production sur le film.

« C’est ce que je voulais que les gens ressentent pour l’architecture moderne de Black Panther (…) Très voluptueux, très courbé, pas de bords durs et les espaces se sentent à la fois très grands et intimes en même temps. » L’inspiration pour le palais des Black Panther est venue de Buckingham Palace, qui abrite la reine d’Angleterre et l’ancien siège de la puissance coloniale britannique.

Quand il s’agissait de concevoir le reste de la ville, Beachler se retrouva à regarder les projets sinueux de l’architecte britano-irakienne Zaha Hadid. En particulier, le bâtiment DDP à Séoul, achevé en 2013, et le Wangjing SOHO à Pékin, achevé en 2015.  Ces deux édifices combinent des structures incurvées et futuristes avec des références à des éléments naturels. Le bâtiment DDP a des surfaces en aluminium ondulées qui ressemblent à de l’eau qui coule, tandis que le Wangjing SOHO présente une structure conique incurvée, conçue pour ressembler à trois montagnes entremêlées.

Les courbes de style Zaha ont ensuite été combinées avec des références architecturales d’Afrique australe, telles que les traditionnelles cabanes rondavales qui présentent des toits de chaume coniques. Cela peut être vu dans la conception des gratte-ciel dans la capitale de Golden City de Wakanda. De tels bâtiments rappellent que l’afrofuturisme est particulièrement pertinent en ce qui concerne les questions d’architecture et d’urbanisme. 

Zaha Hadid Architects conçoit des chaises imprimées en 3D pour Nagami

Du 17 au 22 avril se tiendra la Design Week de Milan et on sait déjà qu’on y verra des créations de l’agence Zaha Hadid Architects. Après son décès aux Etats-Unis il y a deux ans, la femme architecte urbaniste, d’origine irakienne, maintes fois primée a laissé son nom à l’entreprise Zaha Hadid Architects. Lors du prochain salon du meuble milanais, ses successeurs présenteront des  chaises avant-gardistes réalisées en impression 3D et lancées par Nagami.

Bow par Zaha Hadid Architects

Nagami est une nouvelle société espagnole spécialisée dans la conception informatique et l’impression 3D à grande échelle. Pour l’occasion, elle s’est associée à des vétérans du design pour donner vie à des chaises imaginatives avec pour mot d’ordre « Brave New World ». Les fauteuils imaginés par Zaha Hadid Architects se démarquent tout particulièrement et s’inscrivent dans une nouvelle ère de la technologie.

Bow par Zaha Hadid Architects

«Nous créons des produits, qui jusqu’à présent, étaient en attente de la bonne technologie pour pouvoir être réalisés : non seulement ces objets que vous pouvez toucher, vous procurent aussi un sentiment et une expérience dans le cadre de leur environnement», affirme Manuel Jimenez Garcia, fondateur de Nagami.

Bow par Zaha Hadid Architects
Bow par Zaha Hadid Architects

Les pièces sont le résultat d’une recherche approfondie de la firme d’architecture sur l’impression 3D et le matériel d’expérimentation. 

Bow par Zaha Hadid Architects
Bow par Zaha Hadid Architects

Fruits de cette recherche, «Bow»  et «Rise» seront les vraies stars de l’exposition. Entièrement confectionnées à partir de ce procédé révolutionnaire, ces deux chaises aux formes complexes et organiques, ont été imprimées sur des particules plastiques PLA, biodégradables et compostables.

Rise par Zaha Hadid Architects
Rise par Zaha Hadid Architects
Rise par Zaha Hadid Architects
Rise par Zaha Hadid Architects
Rise par Zaha Hadid Architects
Rise par Zaha Hadid Architects
Rise par Zaha Hadid Architects

Imprimées avec une extrudeuse de pellets (ce qui signifie que des particules de plastique sont utilisées plutôt que des filaments) et colorées de manière adaptative, ces chaises ont des allures de sculptures du future.

Robotica TM de Ross Lovegrove
Robotica TM de Ross Lovegrove
Robotica TM de Ross Lovegrove
Robotica TM de Ross Lovegrove

Une autre pièce hautement adaptable de la collection est l«Robotica TM» de Ross Lovegrove. Combinant la botanique à la robotique, le siège inspiré de la nature, à 360 degrés, peut servir de table résistant à la chaleur et remplir d’autres fonctions auxiliaires à la maison.

L’éplucheur par Daniel Widrig
L’éplucheur par Daniel Widrig

Imprimé en 3D en une seule coquille de 7 mm d’épaisseur en quelques heures, « L’éplucheur » noir et ondulé de Daniel Widrig est une prouesse de la fabrication additive. Beaucoup moins de temps de réalisation, moins de gaspillage de matériaux, « L’éplucheur » ne considère pas seulement la forme de l’homme qui va s’asseoir dans la chaise, mais aussi le bras robotique qui va l’imprimer.

Nagami aura une salle d’exposition dans le quartier de Brera, où les chaises de Zaha Hadid Architects, Ross Lovegrove et Daniel Widrig donneront aux spectateurs un avant-goût de la fusion inédite entre le  design et l’expérimentation robotique. A la suite d’un discours de Patrik Schumacher, directeur de Zaha Hadid Architects, le showroom deviendra un terreau fertile pour de nouvelles idées. Tout au long de la semaine de design à Milan, Ross Lovegrove, Daniel Widrig, Isaie Bloch, Claudia Pasquero, Arturo Tedeschi, et bien d’autres donneront des conférences au showroom Nagami. 

Le fonctionnalisme organique de l’architecte finlandais Alvar Aalto

 

Jusqu’au 1er juillet 2018, la Cité de l’architecture et du Patrimoine accueille une exposition qui met en scène les plus belles architectures et pièces de design d’Alvar Aalto. L’occasion de se pencher sur l’histoire de cet architecte finlandais, qui marqua sa génération, et continue de faire parler de lui !

 

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Entre le fonctionnalisme & les aspirations humanistes.

Influencé par le mouvement moderne qui se propage au milieu du XXe siècle en Europe, sous l’influence du Corbusier entre autre, mais également par le style international et le classicisme nordique, Alva Aalto a tout de même su développer sa propre architecture : le fonctionnalisme organique.  Du mouvement moderne, il conserve l’idée d’une architecture fonctionnelle. Mais il s’éloigne du béton et de l’acier, qu’il considère comme des matières trop froides, et trop éloignées de la réalité de l’Homme. Il leur préfère le bois et la brique. L’architecture se doit avant tout d’être agréable pour l’Homme, qu’il place au cœur de son oeuvre. Comme tout finlandais qui se respecte, l’architecte accorde une très grande importance à la Nature. C’est donc sans surprise qu’il l’intègre dans son travail. Autant dans les formes et les matières que dans l’usage, le lien avec les arbres, les formes organiques, et la proximité avec le paysage sont des témoins de sa culture finlandaise. La lumière naturelle, si chère à ces pays du nord, est une matière à projet qu’il affectionne. La sensibilité dont il fait preuve dans ces réalisations fera de lui un architecte majeur du XXe siècle

 

Une architecture totale

En France, il réalise la Maison Louis Carré, en région parisienne. On lui doit également la réalisation d’églises, de bâtiments hospitaliers ou administratifs, des équipements culturels ou encore des villas. Il produit notamment en Finlande, son pays natal, mais également sur la scène internationale, qu’il côtoie de plus en plus à la fin de ses 50 années de carrière. L’architecte Alvar Aalto se saisit du quotidien pour introduire une architecture fonctionnelle et organique, aux plus proches de besoin de l’Homme.

 

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Maison Louis Carré Photographie : Heikki Havas, Alvar Aalto Museum
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Maison Louis Carré Photographie : Martti Kapanen, Alvar Aalto Museum
Maison Louis Carré by Alvar Aalto
Maison Louis Carré Photographie : Heikki Havas, Alvar Aalto Museum

 

Alvar Aalto ne se contente pas de créer une architecture au service de l’Homme. Le bois est son matériau de prédilection. Il l’utilise dans les espaces qu’il crée, mais également dans les pièces de mobilier qu’il dessine. C’est le cas du fauteuil Paimio, pour lequel il met en place un processus nouveau, afin de courber le bois et l’adapter aux formes souhaitées. L’architecte et designer aime concevoir l’intégralité de l’espace, non seulement dans l’architecture, mais également dans les moindres détails. Il conçoit les revêtements (parquets, textiles…), le mobilier (Fauteuil, luminaire, objets de décoration…). Son travail d’architecture totale va de paire avec son envie d’intégrer au mieux l’Homme à son architecture, et son architecture à la Nature.

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Alvar Aalto à la Cité Chaillot

Ainsi, en 2018, Alvar Aalto attire encore les foules. L’exposition à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine ne désemplie pas. En partenariat avec la fondation Alvar Aalto, et en collaboration avec le Vitra Design Museum et le Musée Alvar Aalto, ce sont 150 de ces oeuvres qui sont présentées. On découvre l’oeuvre de l’architecte et designer à travers de nombreux médiums : des photographies d’époques, des maquettes et dessins. Des pièces de mobiliers ont été apporté pour l’occasion : luminaires, vases et fauteuils.

Exposition « Alvar Aalto – Architecte et designer finlandais »
Visite guidée de la Maison Louis Carré :  Les samedis 7 avril, 19 mai et 16 juin une navette sera mise à disposition au départ de la Cité de l’architecture. Plus d’informations + 

 

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Vue de l’exposition Alvar Aalto. Architecte et design. © Gaston Bergeret
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Vue de l’exposition Alvar Aalto. Architecte et design. © Gaston Bergeret

 

Anne Vanrapenbusch

Esrawe Studio réinvente la tortilla mexicaine pour le design intérieur d’une Taquerìa

Esrawe Studio réinvente la tortilla mexicaine pour le design intérieur d’une Taquerìa

Quand l’expérience du design s’inspire d’un héritage culinaire pour concevoir des espaces toujours plus orignaux et singuliers. C’est le cas d’Esrawe studio qui a imaginé une conception spatiale pour l’intérieur d’El Califa, une taqueria située dans la ville de Mexico. Une réalisation reconnaissable par un environnement distinctif témoignant de l’identité locale du lieu.

El Califa : une taqueria désignée par Esrawe Studio ©Camila Cossio

Le dessin imaginé par l’agence de design fait référence à la tortilla et à sa traduction géométrique dans le cercle, ainsi que dans sa répétition, sa partition et ses variantes. «La tortilla a joué un rôle important dans la vie des gens au Mexique depuis l’époque préhispanique, quand nos ancêtres utilisaient des tortillas de maïs comme plat, nourriture et cuillère», explique Esrawe studio. «Aujourd’hui, tout le monde trouve des façons ingénieuses de l’utiliser, créant une touche personnelle dans la façon de préparer, de plier et de tenir un taco. »

El Califa : une taqueria désignée par Esrawe Studio ©Camila Cossio
El Califa : une taqueria désignée par Esrawe Studio ©Camila Cossio

C’est à partir de cette idée que l’agence a imaginé son concept visant à traduire esthétiquement ce plat inscrit dans la culture mexicaine de manière à l’exposer sur le devant de la scène d’une façon résolument contemporaine.

El Califa : une taqueria désignée par Esrawe Studio ©Camila Cossio

El Califa se compose d’une cuisine ouverte sur la salle et d’un bar à tacos traditionnel. 

El Califa : une taqueria désignée par Esrawe Studio ©Camila Cossio

«La mosaïque traditionnelle dans ce projet est réinterprétée dans l’espace pour générer une expression contemporaine qui devient l’élément d’identification d’El Califa», déclare Esrawe studio. 

El Califa : une taqueria désignée par Esrawe Studio ©Camila Cossio

Cette mosaïque exprime avec ingéniosité, à travers un jeu de volumes, la mise en valeur de l’un des éléments les plus fondamentaux de la cuisine mexicaine: la tortilla. En parallèle, le sol, quant-à lui, est recouvert de terrazzo agrémenté d’une grille de cercles dorés.

El Califa : une taqueria désignée par Esrawe Studio ©Camila Cossio
El Califa : une taqueria désignée par Esrawe Studio ©Camila Cossio

L’identité d’El Califa est inspirée par les « rótulos », des publicités traditionnelles mexicaines qui évoquent l’esprit de la nourriture urbaine. «C’est dans les «rótulos »que nous avons trouvé l’inspiration pour créer les nouvelles proportions et l’expression des personnages qui forment le nom emblématique d’El Califa» affirme l’agence. «Les éléments graphiques, subtilement ludiques et traduits d’une manière abstraite mais coquette des nappes des taquerías, répondent au contexte urbain et populaire dans lequel El Califa et sa cuisine sont protagonistes».

Design intérieur : Medly, une nouvelle pharmacie 2.0

Des carreaux de ciment graphiques, un bureau en béton pigmenté et une palette mentholée. Voilà ce que Sergio Mannino Studio a imaginé pour l’aménagement intérieur de Medly, une nouvelle pharmacie new-yorkaise proposant un service de prescription en ligne. Un design rétro et original influencé par la culture italienne de l’agence.

Pharmacie Medly © Sergio Mannino Studio
Pharmacie Medly © Sergio Mannino Studio

Dans une ville de plus de 8,5 millions d’habitants, il n’est pas surprenant que le simple fait de visiter une pharmacie soit souvent une expérience impersonnelle. La communauté étant une valeur clé de la pharmacie Medly, SM Studio a veillé au respect de cet objectif en concevant un aménagement intérieur adapté et propice à la création de lien social. En effet, la nature du petit espace signifie que les clients vont se connecter instinctivement entre eux et avec le personnel. Contrairement aux grandes pharmacies qui séparent par inadvertance les gens avec des allées et des rayons souvent imposants et occultants.

Pharmacie Medly © Sergio Mannino Studio
Pharmacie Medly © Sergio Mannino Studio

Marg et Sahaj Patel, les propriétaires du lieu, ont une grande expérience de ce qui rend ces endroits plus chaleureux, plus confortables et plus axés sur la convivialité pour les clients mais aussi pour le personnel. Cette pharmacie qui sort de l’ordinaire se caractérise principalement par une application destinée à offrir aux new-yorkais un moyen plus efficace et plus agréable de commander des médicaments sur ordonnance. En plus du  service de livraison, elle permet aux utilisateurs de recueillir leurs ordonnances commandées en ligne et d’organiser des consultations en personne avec des professionnels.

 

 

Pharmacie Medly © Sergio Mannino Studio
Pharmacie Medly © Sergio Mannino Studio

«Medly a conçu une application complémentaire gratuite qui évite aux clients de devoir quitter la maison lorsqu’ils sont malades, sans parler des heures d’attente pour obtenir des ordonnances», a déclaré Sergio Mannino. « Mais une entreprise en ligne réussie a besoin d’une contrepartie physique et notre conception pour Medly a été créée dans cet esprit.»

Pharmacie Medly © Sergio Mannino Studio
Pharmacie Medly © Sergio Mannino Studio

Le SM studio s’est donc inspiré de l’identité visuelle de Medly pour utiliser une palette de couleurs mentholées dans la salle d’attente de la pharmacie. Les murs peints d’un vert pastel sont associés à des formes colorées arrondies qui correspondent au logo de la marque et à des carreaux de sol en ciment, créés par le designer espagnol Jaime Hayón pour Bisazza.

« Le design est à la fois ludique et élégant, un comptoir en ciment poli sur mesure avec des carreaux géométriques propres dans le cadre d’un schéma de couleur aqua-lumière« , a déclaré SM studio.

Pharmacie Medly © Sergio Mannino Studio
Pharmacie Medly © Sergio Mannino Studio

Le cuir vert foncé et le chrome des assises rendent hommage au concepteur japonais du 20ème siècle Shiro Kuramata. Ces sièges accueillent chacun quatre personnes, deux de chaque côté, et sont disposés de manière à encourager les conversations entre les clients.

Les Éditions B2, visite d’un cabinet de curiosité architectural de papier

À l’instar des groupes U2 ou B-52’s, les Éditions B2 ont pris le nom d’un aéronef iconique de l’armée de l’air américaine. La silhouette du bombardier le plus cher de l’histoire orne chaque publication de cet éditeur, qui a consacré aux architectures étranges 75 titres en huit années d’existence. Nikola Jankovic, créateur et animateur (et parfois crypto-auteur) de B2, revient sur cette aventure éditoriale pensée comme un cabinet de curiosité, et la vision architecturale qu’elle s’efforce de propager en forgeant sa propre constellation.

 

Size Matter (la taille compte). Le choix d’un petit format a permis de lancer simultanément une douzaine de titres, suffisamment pour asseoir une collection (titre : « L’obsolescence planifiée », Bernard London, avec une postface de Serge Latouche, 2013)

CREE_Fondées en 2011, les éditions B2 ont surgi comme une sorte d’OVNI dans un paysage éditorial moribond : l’éditeur historique, le Moniteur, se concentrait sur la littérature technique, rayon auquel était de plus en plus cantonné l’édition architecturale. Architecture qui ne semblait plus intéresser que des éditeurs spécialisés dans ce champ technique – on pense à Dunod, par exemple. Hormis des éditeurs revendiquant une certaine forme de marginalité – Alternatives, promouvant comme son nom l’indique, des alternatives à l’architecture officielle, voire à l’architecture d’architecte — seuls les Suisses d’Infolio, depuis beaucoup plus discrets dans le paysage, présentaient une ouverture d’esprit comparable à B2. Pourrais-tu nous expliquer la genèse des éditions, et le manque que tu as voulu combler, ou pressenti, en créant cette maison d’édition?

Nikola Jankovic_Tout d’abord, il faut relativiser la taille de l’entreprise et procéder à rebours : au début, je n’ai pas voulu « combler de manque » dans le « paysage éditorial » de l’architecture, même moribond. Je pense encore moins porter ou incarner cette relève! Non, plus prosaïquement, B2 est né d’une convergence de facteurs : des humanités sans fin, Bac+18, mais +20 si l’on compte des doubles inscriptions en archi, esthétique, philo, géographie et études curatoriales. Ensuite, quinze ans de galères, de piges et vacations dans des écoles et des revues d’art, d’archi, design et arts déco ont forgé un esprit de révolte, mépris et indépendance. Enfin, après quelques bourses d’études aux États-Unis, au Japon, le déclic né d’un séjour de recherche au Centre Canadien d’Architecture mi-2008 et de la sortie du premier iPad au printemps 2010. En extrapolant la technologie disponible, l’avenir de l’édition spécialisée et les projections lisibles dans la presse économique, B2 avait d’abord été pensé pour amorcer une transition vers ce que seraient les phablets, les liseuses et les tablettes, bien plus qu’un « positionnement » entre la vulgarité publirédactionnelle des uns et la nanoédition de livres des autres, de très bonne qualité de contenu, mais d’un contenant souvent triste.

“En extrapolant la technologie disponible,

l’avenir de l’édition spécialisée et les projections lisibles

dans la presse économique, B2 avait d’abord été pensé

pour amorcer une transition vers ce que seraient

les phablets, les liseuses et les tablettes”

CREE_donc, une entreprise totalement autonome, qui ne veut pas tant en remontrer aux autres, mais ouvrir sa propre voie?

NJ_Au départ, mon ambition artisanale ne visait à combler aucun « segment » : je voulais simplement faire mes livres à partir d’une feuille blanche. Le temps et la qualité de lecture s’érodaient, les modèles économiques de la presse changeaient, la starchitecture s’essoufflait, des trésors entiers ne demandaient plus qu’à ressurgir de fonds oubliés : pour qui en avait les moyens, la culture et la passion, tout un Nouveau Monde s’ouvrait au possible! Plus personne ne peut et/ou ne veut prendre le temps de faire de « bons » livres. Les nôtres ne sont pas parfaits, mais le rythme de parution, l’éclectisme des sujets, l’ergonomie des objets et leur inscription dans un système au long cours ont façonné un ovni éditorial – ou plutôt une flottille, sans réel équivalent dans le champ de l’architecture.

La mosaïque B2, qui associe une collection à chaque couleur. (Jaune pour le territoire, bleu pour la contre-culture, rose pour le patrimoine, etc.)

CREE_Tu as défini B2 comme un cabinet de curiosité. Pourrais-tu, en quelques titres, nous donner un aperçu de la déclinaison de ce concept lorsqu’il est appliqué à l’architecture? Quelle est la signification des différentes couleurs – bleu, rouge, jaune, vert, violet – de chaque collection, identifiable à sa teinte vive appliquée en bichromie sur un fond noir

NJ_C’est le mot « constellation » qui explique tout le « système ». Au départ, avec des moyens infimes et une notoriété nulle, le principe général de ma « galaxie Gutenberg » postulait un fractionnement de petits livres, moins risqués à publier qu’un unique gros livre écoulable en quinze ans, ouvrage qui coulerait la boîte dès sa naissance. Dispersion et éclectisme devaient façonner de l’édition dite « de niche », c’est-à-dire tout le contraire d’un mainstream fait de blockbusters. Le dispositif en forme de « cabinet de curiosités architecturales » fonctionne selon un graphe avec abscisse et ordonnée : de la naissance de l’architecture intentionnelle au néolithique aux smart cities en x, et leur répartition géographique sur toute la planète (et au-delà) en y. S’ajoutent à cela des codes-couleur : rouge pour le « design » (au sens large et générique du terme), puis orange/actualités, jaune/territoires, vert/société, bleu/contre-cultures, rose/patrimoine, violet/fac-similé et cuivre/flash-back. D’autres collections rassemblent des évènements (coll. « Expositions ») ou des doctorants (coll. « Laboratoires ») sous une bannière-caméléon reprenant au cas par cas les différents codes-couleur susnommés. Idem pour un format plus grand (coll. « Documents », 14×21), que j’évoquerai plus tard…

Le temps et la qualité de lecture s’érodaient,

les modèles économiques de la presse changeaient,

la starchitecture s’essoufflait, des trésors entiers

ne demandaient qu’à ressurgir de fonds oubliés :

pour qui en avait les moyens, la culture et la passion,

tout un Nouveau Monde s’ouvrait au possible!

CREE_Pour emprunter une métaphore de l’industrie de l’armement, auquel le nom même de la maison d’édition renvoie inévitablement, les livres B2 seraient à l’édition ce que la bombe à sous-munition est à la bombe H. Cette dernière est dissuasive, mais sert heureusement rarement, tandis que la première permet d’atteindre une multitude de cibles. Est-ce bien la stratégie B2?

NJ_En nous détournant d’une logique historique globale ramenant l’odyssée architecturale à un manuel scolaire balisé arpentage généraliste assez bien connu de tous (l’Antiquité, la Renaissance, le Mouvement moderne), ce sont au contraire toutes les anfractuosités de la microhistoire et tous les chemins de traverse qui nous semblent ajouter au « paysage » éditorial auquel nous avions décidé de « répondre ». Interconnectées, ces microhistoires peuvent façonner des assemblages plus ou moins originaux, des clusters surréalistes, des molécules psychogéographiques, des constellations rhizomatiques. À l’occasion du Centenaire de la Révolution de 1917, la numérotation de nos titres « B2-x » s’est lancée dans une improbable arborescence où le « point de contact » d’un titre d’Élisabeth Essaïan sur le contingent des architectes de Staline en visite dans la Rome de Mussolini (B2-14) a bourgeonné en une ramification dérivée de monographies « à la suite » (« B2-66 a, b, c, d, e, f, h ») : sur Glass House, un film non réalisé de ce fils d’architecte qu’était Sergueï Eisenstein; sur Tatline et sa Tour monument; et, plus récemment, sur les « villes fermées » d’Union soviétique et de Russie, une monographie sur un Foyer-monument dans un pays-satellite (la Bulgarie). Bientôt, cette branche se prolongera par quatre étonnantes monographies sur le goulag puis la ville de Norilsk, grand gisement sibérien de platine et de nickel; sur le pavillon brejnévien à l’Exposition de Montréal’ 67; sur la conception ergonomique des modules spatiaux soviétiques; et sur l’admirable conception de la classe « Typhoon », les huit plus gros sous-marins nucléaires jamais construits (de la jauge environ de la Tour Montparnasse), et d’une architecture très élégante… Vous le voyez, il s’agit d’un exemple typique d’ouvrages de niche, introuvables ailleurs, avec ici beaucoup d’« angles morts » oubliés de cette culture soviétique née d’un espoir perverti et que nous ne connaissons pas vraiment…

« Maître Jean », ouvrage double consacré à Nouvel. Auteur : Jean-Louis Violeau

CREE_Architecte de formation, tu ne t’es finalement pas tourné vers la maîtrise d’œuvre, abandonnant les agences pour devenir « architecte des livres ». À l’instar d’un projet d’architecture, la première collection de B2 résulte d’un compromis entre parti pris graphique radical et optimisation des coûts. Peux-tu expliquer comment la forme des premiers B2 t’as permis de résoudre cette équation difficile?

NJ_Lorsque j’ai commencé de (courtes) études de math-physique, mon père architecte (son fait d’armes a été le suivi d’exécution du musée du Havre, la première MJC, avec Guy Lagneau et Jean Prouvé) m’avait dissuadé de me destiner à ce métier, ce que je ne regrette vraiment pas. Pour autant je ne suis ni un « architecte de papier » radical ni un « architecte du livre », en dépit de ma très grande admiration pour l’architecte et typographe Pierre Faucheux, que j’admire beaucoup. Alors disons que mon travail sur le fond et la forme demeure celui d’un designer, avec une prédilection économique et sérielle pour un design « industriel » éventé, conçu pour « charter » — au sens de charte graphique — et « imprimer » par dizaines de milliers d’exemplaires des ouvrages conçus quasiment comme des périodiques (12 titres/an), dont le coût, l’abonnement et l’esprit « club » auraient égalé ceux du Club Français du Livre, le Livre de Poche, des tristes Que Sais-je? ou des petits Allia de Gérard Berrebi,. La réalité est un peu différente : les contingences nous font depuis six ans côtoyer des « sommets » de tirage culminant le plus souvent à 800 exemplaires de long seller s’écoulant sur 5-10 ans – c’est affligeant.

“C’est le mot « constellation » qui explique tout le système.

Au départ, avec des moyens infimes et une notoriété nulle,

le principe général de ma « galaxie Gutenberg » postulait

un fractionnement de petits livres, moins risqués à publier

qu’un unique gros livre écoulable en quinze ans”

CREE_Ton expérience ne confirme pas la logique de « longue traîne » qu’est censée apporter internet. Quelle place à la nécessité de vendre dans la construction de ton catalogue?

NJ_La formalisation de cette aventure et de son catalogue dépend de plusieurs facteurs. Elle est d’abord indissociable de son fonds d’auteurs et d’affinités relationnelles. Au départ, le catalogue, qui comptait 5-15 titres, était réparti en trois tiers complémentaires : des titres du domaine public, gratuits, mais très difficiles à réactiver de nos jours; des titres étrangers, très risqués à autofinancer en raison des rachats de droits, mais avant tout du coût disproportionné des traductions rapporté à l’étroitesse du lectorat, la durée décennale de l’écoulement. Le dernier tiers visait les auteurs francophones, à commencer par ceux que je connaissais et qui étaient partants pour l’aventure!

B2, ou la constellation imprimée. Un point blanc inséré sur la couverture depuis 2015 relie les différents titres, révélant la carte invisible d’un ciel éditorial complexe.

CREE_Le projet de B2 est aussi original qu’inhabituel, il comble un vide dans le savoir architectural. Les pouvoirs publics encouragent-ils ce type de démarche qui ne cadre pas bien avec les logiques commerciales? Pour le dire plus directement, vis-tu grassement d’aides et de subventions publiques, pour reprendre un cliché qu’on associe parfois aux activités non lucratives?

NJ_Non, car un autre paramètre à prendre en compte est la totale inadéquation des dispositifs d’aides en commissions semestrielles à de petits ouvrages en grand nombre. En bientôt sept ans, pas un centime d’aide ni du Bureau à la Recherche architecturale, urbaine et paysagère (BRAUP), ce qui est totalement contre-intuitif au regard de notre production, et pas un centime de plus du Centre National du Livre (CNL) à ce jour. Bref, des véritables organismes de « soutien » de l’édition et de l’architecture, sur lesquelles nos désillusions doivent vite apprendre à… ne surtout pas compter! Au même titre d’ailleurs que les « stratèges » et « décideurs » de la Cité de l’Architecture, assujettis à des marchés publics de « coéditions » mises en péril par des fréquentations d’exposition généralement médiocres! Non, une aventure telle que B2 ne peut être qu’indépendante, à perte et soumise à d’incessants bâtons dans les roues.

rétro ingéniérie du B2, bombardier de la Northop qui a donné son nom à la maison d’édition. Le sixième livre publié par B2 lui est consacré (Jan Kovac, « Fatal Beauty », collection Design, 2012)

CREE_Au-delà de ces considérations matérielles, la forme du livre induit aussi des façons de penser le contenu – Qu’avais-tu imaginé pour B2? Comment travailles-tu avec les graphistes? Il m’a souvent semblé que tu avais inventé une forme permettant d’atteindre un « graphisme sans graphiste », un peu comme Rudofsky avait identifié une « architecture sans architectes »

NJ_À l’ère où le livre-papier doit contrer ce que deviendront un jour d’autres supports de savoir et d’images, le graphic design est central – et rien n’aurait été possible sans « les graphistes » et les tracas infinis qu’ils provoquent, un objet de design s’adressant à des designers. Je m’explique : si je dis « les », c’est que, malgré seulement trois stagiaires en six ans, j’ai toujours travaillé avec au moins trois jeunes graphistes, parfois jusqu’à six à la fois. Payés chaque fois – peu, mais souvent et, surtout, régulièrement –, une sorte de régie où les graphistes sont payés à la page. Cela permettait de mutualiser une grille commune à tous, d’adapter les emplois du temps de chacun, d’amalgamer jusqu’à huit livres imprimés en offset simultanément pour optimiser les coûts d’impression.

Je reste donc globalement pessimiste et exerce un « métier »

me faisant travailler 340 jours/an sans aucun revenus :

qui, hormis un nanti idiot, accepterait cela?

CREE_Une vraie gymnastique qui n’a pas l’air finalement si simple que ça…

NJ_Pour l’homme-orchestre que je suis devenu, cela signifie partitionner son disque dur cérébral sur les spécificités de fond et de forme de chaque titre, rester attentif aux distractions et vigilants aux permanentes étourderies de tout ce travail collectif. Mais à l’arrivée, en dépit de beaucoup de désillusions sur certains (dont un procès et une rupture amicale), ce dispositif ni totalement souple ni totalement rigide a accouché d’un darwinisme formel où les objets co-évoluent aussi en fonction des erreurs qui y sont commises, des désynchronisations des versions de grille utilisées par chaque « réalisateur graphique », et enfin des ajustements techniques des chemins de fer de chacun des titres. C’est du départ de trois graphistes en 2013 qu’est née une refonte en profondeur de beaucoup de détails qui ne fonctionnaient pas; c’est de variantes de la même grille de départ que sont nées depuis 2015 plusieurs versions mutantes. Cette lourdeur, incroyable au regard de livres aussi petits, a quasiment induit la mise en place d’un « made in France » fait d’interlocuteurs de confiance, de protocoles fidèles, d’habitudes en flux semi-tendu – bref, de dépenses infiniment plus coûteuses, généralement pas plus rapides, mais ingérables autrement à distance, dans une imprimerie lointaine et dans une langue étrangère…

« l’édition, ou l’assemblage savant, correct et optimisé des titres sur les planches à imprimer ». L’impression simultanée des couvertures de sept titres dans deux formats différents contribue à réduire les coûts de fabrication.

CREE_La curiosité du cabinet B2 semble sans limites :  elle part dans tous les azimuts, mais reste pourtant centrée sur l’architecture. Comment arrives -tu à maintenir le lien à la discipline architecturale, comment est reçu cette hétérogénéité par son public cible, apparemment les architectes plus portés sur les ouvrages décrivant des projets, ou les ouvrages monographiques? Sais-tu quel public tu as mis à la portée des B2, avions furtifs qui sont le symbole de ta maison d’édition?

NJ_ De nos jours, la définition vitruvienne de l’architecture, l’art de bâtir des édifices, aurait à s’enrichir d’une compréhension « constructiviste » extensive, intégrant dans ces édifications des dispositifs épistémiques plus foucaldiens : une histoire plus culturelle, une philosophie plus politique, une technologie plus environnementale. Notre taxinomie B2 des mots et des choses de l’« architecture » relève donc moins d’une grille carcérale et contraignante, que d’une classification souple et dynamique d’espèces d’espaces, nés dans certaines conditions naturelles et culturelles contingentes – d’un bouquet ikebana à un « croiseur sous-marin » nucléaire de 180 m. Nous délaissons les gros chapitres « universels » de l’architecture au profit d’histoires, avec de petites haches. Après, sur le plan pratique et commercial, impossible de ne pas instaurer une politique encyclopédique de « quotas » dans nos curiosités : une trop grande rafale de titres roses ou bleus déstabiliserait la juste répartition avec les titres verts ou violets, etc. !

En définitive, il n’y a pas un lectorat B2, mais plusieurs lectorats plus ou moins cloisonnés ou enclins à découvrir les marges de leurs propres savoirs, le penchant naturel étant toujours d’aller vers ce que l’on croit déjà connaître (un peu). Toutefois, l’ergonomie très compacte et de petits tirages illustrés accentue leur impression de cherté. Même si nous demeurons déficitaires et que je ne touche aucun salaire depuis notre création! Pour ce que je connais de notre public, sous le prisme déformant des fans venant à notre rencontre ou se croisés pendant les salons, les résultats très « CSP++ » ou surdiplômés ne surprendra pas; inversement, certains ouvrages sont désormais prescrits, achetés par des étudiants (ma cible initiale), et Amazon a détrôné tous les autres points de vente « physiques »…

Catalogues 2014/2015, 2016 et 2018. Cliquez sur l’image pour télécharger sa version la plus actuelle

CREE_Faisons-nous un instant les avocats du diable : à l’heure d’internet, la forme livre attire-t-elle encore un public? A-t-elle un avenir? Au sein du magazine, nous sommes souvent confrontés à une certaine usure de nos lecteurs, qui disent ne plus avoir le temps de lire, ou rêvent de revues pouvant toucher un « grand public » assimilant souvent l’architecture à la décoration. Les hétérotopies de B2 pourraient-elles devenir ce terrain d’entente entre la population et l’architecture?

NJ_ Oui, les hétérotopies de B2, ces « espaces autres » dont parlait Foucault, pourraient devenir ce terrain d’entente entre l’architecture et certaines populations. Le Grand Retournement, qui a inversé ce qui faisait règle et exception, donne l’avantage à de nouvelles mythologies ou inventions du quotidien. Aucun réel choc de simplification dans le mille-feuille administratif, mais ces cinq dernières années, presque tout le monde s’est mis à pratiquer les réseaux sociaux, détenir un smartphone (sauf moi), télédéclarer ses impôts ou payer sans contact. Le « monde réel » et ses livres d’architecture (surtout s’ils restent disponibles en français) doivent faire face à de nouveaux « postes de dépenses » plus prioritaires, à un « temps de cerveau disponible » en berne – y compris ses futures versions électroniques qui, même sur un téléphone, seront concurrencées par d’autres « passe-temps » : des mini-séries, des jeux vidéo, du e-commerce, etc. Je reste donc globalement pessimiste et exerce un « métier » me faisant travailler 340 jours/an sans aucun revenus : qui, hormis un nanti idiot, accepterait cela? Bon, maintenant, il y a plus à plaindre que moi parmi les SDF parisiens ou les populations civiles bombardées! Et en plus de la clientèle « captive » des bibliophiles, des graphistes et des amateurs d’architectures, le salut face au numérique ne pourra venir que de livres-papier smart, beaux et intelligents – à forte valeur ajoutée, dans la forme comme dans le fond. Mais à moyen terme seulement; quand le système tend vers plus l’infini, je ne peux plus répondre de rien!

Le triptyque « Beaubourg » marque l’introduction d’un nouveau format « augmenté » de 14×21 cm contre 10×15 auparavant. (« De Beaubourg à Pompidou », Jankovic, Ciccarelli, Pinto & al.)

CREE_En 2016, tu as lancé des ouvrages d’un plus grand format, sans renoncer aux lignes colorées qui font la base des éditions. Pourquoi ce changement? N’est-ce pas là aussi le constat de certaines limites du format initial?

NJ_Oui, il nous a semblé devoir étendre notre « gamme » par un format « B2+ », homothétiquement plus grand (14×21), la collection « Documents », avec un rehaut en vernis glossy, qui autorise désormais de plus amples investigations textuelles ou iconographiques… Elle n’est pas l’aveu des « limites » du « format » des petits « B2 » 10×15 – très pratiques au lit, dans les transports urbains ou régionaux ou en vols moyens courriers –, mais vraiment l’essor d’une gamme, avec d’ailleurs d’autres formats en préparation. Certains industriels déclinent leurs productions en série par des « entrées de gamme », d’autres par des « hauts de gamme ». Nous ne pouvions nous offrir un tel luxe qu’après avoir installé la marque et gagné en visibilité. Notre « indépendance éditoriale nous rend très vulnérable face à des confrères ou concurrents dont la ligne éditoriale et les modèles économiques largement financés (publirédactionnel) ou subventionnés (institutions étatiques, mécénats privés) fragilisent notre propre segment. Certes, notre lectorat ne trouvera quasiment jamais ailleurs le type d’ouvrages que nous essayons de faire exister. L’académie d’architecture ne s’y est d’ailleurs pas trompée lorsqu’en 2016 elle nous prima non pas tant pour tel ou tel livre en particulier, mais pour l’ensemble de notre catalogue. Mais nos grands formats illustrent à eux seuls toute la fragilité de l’édifice économique : bien plus coûteux, ils ne pardonnent pas la contre-performance. Toute mévente fragilise et sanctionne l’activité de la maison bien davantage que nos petits œufs B2 mis dans des paniers différents…

Dans les deux ans à venir,

notre odyssée devrait pouvoir passer sur le néolithique,

les architectures spatiale et nazie, le vêtement et

d’autres cultures, lointaines et/ou anciennes

– bref, presque que de l’invendable!

CREE_En 2017, tu as rompu avec le « dogma » de B2 en introduisant les images couleur. Pourquoi?

NJ_« B2, combien de divisions? » aurait pu dire Staline en lieu et place du Saint-Siège!!! La parabole du bombardier furtif B2 – monstre de 72 tonnes plus cher que son propre poids en or, auquel

Quand Montréal veut changer le monde grâce au design

Interroger le rôle du design dans le développement de nos sociétés, débattre des idées et actions novatrices destinées à bâtir un monde meilleur, questionner le design face aux défis du quotidien… Telles étaient les ambitions sans complexes du Sommet mondial du Design (SMD) – World Design Summit – qui s’est tenu à Montréal du 16 au 25 octobre dernier. Une première édition qui s’inscrit dans une année historique pour Montréal, ville UNESCO du design qui fête en 2017 trois commémorations simultanées : le 150e anniversaire du Canada, le 375e anniversaire de la ville de Montréal et le 50e anniversaire de l’Expo 67.

Article paru dans le numéro 384 d’Architectures CREE

 

Qu’est-ce que le design ? Bien des choses, sûrement, mais d’abord un mot propice à faire fleurir partout biennales et manifestations. Le Sommet Mondial du Design (SMD) de Montréal, qui se voulait d’une envergure inégalée, s’inscrit dans un panorama de grands évènements déjà̀ bien ancrés comme, localement, C2 Montréal, qui depuis 2012 propose des conférences à la forme expérimentale augmentées d’installations et performances artistiques dans le tout Montréal, ou encore, de ce côté-ci de l’Atlantique, la Paris Design Week, elle aussi siglée en trois lettres (PDW). Pour sa septième édition, la PDW a de nouveau converti Paris en capitale du design en ouvrant au public galeries, écoles de design, ateliers et studios de créations. Des évènements au caractère festif qui se déploient dans la ville, attirant les foules, amateurs et professionnels. Le SMD, lui, fait le choix de recevoir dans le Palais des Congrès un public plutôt averti. Conçu dans les années 70, par l’architecte Victor Prus, le palais a doublé́ sa superficie au début des années 2000 sous la supervision de l’architecte Mario Saia. Derrière sa façade de verre multicolore, designers, architectes, paysagistes et urbanistes, ont étroitement collaboré afin de présenter une position commune sur le rôle du design dans le monde contemporain. Sous l’égide de Pierre-Alain Gariépy, président et directeur général de l’organisation du SMD, se sont rassemblées trois organisations internationales, partenaires et fondatrices du Sommet : la Fédération internationale des architectes paysagistes (IFLA), la Fédération internationale pour l’habitation, l’urbanisme et l’aménagement du territoire (FIHUAT), le Conseil international du design (ico-D).

sommet mondial du design montreal chum
Vue sur le CHUM à partir de la tour de la bourse © Adrien Williams

A Montréal, un évènement en trois volets

Les organisateurs avaient segmenté ce rassemblement international en trois volets bien distincts. Le premier, un salon où près de 350 exposants devaient présenter leurs innovations à près de 30 000 visiteurs attendus. Un panel d’exposants répondait présent au rendez-vous, même si les innovations n’étaient pas toujours de l’ordre de l’inédit. Plusieurs projets ont déjà été présentés ailleurs, en témoigne l’exposition des AJAP 2014, recyclée une dernière fois pour faire la promotion de la création des jeunes architectes et paysagistes français à l’export. Promotion discrète s’il en est, car les trois jeunes architectes présents pour l’occasion – Boris Nauleau (CLAAS), Jean Rehault (Studio 1984) et Vincent Lavergne (Nadau Lavergne) – n’ont pas eu l’honneur de voir leurs conférences inscrites au programme, et ont donc présenté́ leurs réalisations devant … pas grand monde, si ce n’est pour ainsi dire, personne. Heureusement, l’exposition du VIA (Valorisation de l’Innovation dans l’Ameublement) « No taste for bad taste », qui avait, elle, la chance d’être installée à l’entrée du salon, semble avoir obtenu de meilleurs résultats, réaffirmant le rôle de la France dans la création de mobilier. Inaugurée en avril à Milan lors du Salon du meuble, elle faisait à Montréal sa première étape sur le Nouveau Continent, avant de rejoindre New York puis d’autres lieux d’exposition.

Second volet, le congrès se voulait, selon les communiqués « un incubateur inter- national pour repenser la mission du designer et ses process de conception ». Eloge du design thinking, il comportait plus de 600 conférences regroupées en 6 thèmes – design pour la terre, design pour la participation, design pour la transmission, design pour la beauté́, design pour la vente, design pour les extrêmes. De quoi noyer les qualités individuelles dans une masse où il est bien difficile de faire le tri. Une quarantaine de conférenciers tenaient la vedette, remplissant cette fois les grandes salles qui leurs étaient attribuées, comme l’architecte chilien Alejandro Aravena, commissaire de la Biennale d’architecture de Venise 2016, qui s’est exprimé́ lors de la cérémonie d’ouverture, le graphiste français Ruedi Baur ou encore le directeur de Roset USA, Antoine Roset.

Également, étaient présentes des personnalités locales comme Moshe Safdie, auteur des logements Habitat 67 sur l’île Sainte-Hélène conçu pour l’Exposition universelle de 1967, la fondatrice du Centre Canadien d’Architecture et Phyllis Lambert, ou encore le très acclamé architecte paysagiste star de Montréal, Claude Cormier, peut-être moins connu de ce côté́ de l’Atlantique, mais dont le nombre de sollicitations à faire des selfies ne laissaient aucun doute sur la popularité́. Dernier volet de cet évènement, le Sommet, pensé comme « une occasion d’exprimer et de promouvoir la valeur du design grâce à la création de ponts et de synergies entre les différentes disciplines de conception. Une approche multidisciplinaire globale devait être utilisée pour aborder les problèmes mondiaux tels que l’évolution dynamique de la population, la lutte contre le changement climatique et la création de villes intelligentes et innovantes » indiquaient les communiqués. En effet, l’approche est bien transversale puisque ce sommet regroupe six disciplines : design graphique, design industriel, design d’intérieur, architecture, paysagisme, urbanisme. Et la thématique du SMD, sous des allures simples, est bel et bien complexe : le design est-il en capacité de résoudre les problèmes liés aux changements de notre ère ? Peut-on provoquer le changement par le design ? Le terme « design » est donc bien ici à comprendre dans sa traduction anglo-saxonne, soit au sens de « conception ».

sommet mondial du design montreal chum
Les portes du nouveau CHUM, maquette numérique © Cannon Design + NEUF architect(e)s
sommet mondial du design montreal chum
CHUM : la vie en montagne, intervention de Doyon-Rivest, une des dix oeuvres d’art installées dans le CHUM

De la com’ à la pratique

Vibrant pendant une semaine au rythme du design, quel visage présentait Montréal hors du Palais des Congrès ? Fondée en 1642, Montréal forme avec ses deux mil- lions d’habitants la plus grande métropole du Québec, et la deuxième ville franco- phone au monde. En 1991, elle est devenue la première ville d’Amérique du Nord à créer un poste de Commissaire au design, exclusivement dédié au développement et à la promotion de ce secteur ainsi qu’à la sensibilisation des acteurs privés et publics aux bénéfices d’un design de qualité. Elle a ouvert de nombreux lieux dédiés à la création – le Centre de design de l’Université du Québec à Montréal, le Centre canadien d’architecture, le Musée des beaux-arts de Montréal et la Maison de l’architecture du Québec – jusqu’à intégrer le réseau des villes créatives UNESCO dans la catégorie design en 2006. Et pourtant, Montréal ne semble pas avoir toujours eu conscience de la richesse de son patrimoine ni de la nécessité de créer un environnement urbain, pour le moins « esthétique ». En ce qui concerne le patrimoine, on pourrait se demander ce que seraient devenues les « pierres grises » – un calcaire extrait de carrières locales – de la ville aux cents clochers sans l’intervention d’une figure comme Phyllis Lambert, surnommée « Citizen Lambert ». Bataillant pour préserver le patrimoine et améliorer le sort de la métropole, elle participe à la naissance d’Héritage Montréal en 1975. Elle fonde quatre ans plus tard le Centre d’Architecture Canadien (CCA), installé depuis 1989 dans la maison Shaughnessy, une somptueuse demeure victorienne rescapée in extremis. Au-delà du patrimoine, elle préside le Fonds d’investissement de Montréal (FIM) depuis 1997 qui a vu naître depuis plus de 300 logements destinés à des familles à faibles revenus. Une personnalité incontournable maintes fois récompensée, dont certains disent qu’elle possède la « fortune d’Eliane Bettencourt avec l’aura de Simone Weil ».

Quant à l’architecture contemporaine, celle-ci semble dépendante d’un système bien particulier : les concepteurs travaillant avec des offres de services sont choisis sur la valeur économique. Sont donc sélectionné les moins disants – en version québécoise « les plus bas solutionaires » – ce qui, pour Claude Cormier, est une erreur majeure, surtout face à un Canada anglais affamé de nouvelles idées. Pour lui, il est temps que les décisionnaires reconnaissent la valeur de l’aménagement de l’espace public, véritable atout pour la ville et ses citoyens, et abandonne cette habitude de construire à l’économie. Une logique dont ne semble pas avoir souffert le CHUM, nouveau Centre Hospitalier Universitaire de Montréal, à peine inaugurée, que nous avons pu visiter lors des journées du SMD. Peut-être parce qu’il a été conçu en Partenariat Public Privé (PPP) par NEUF architect(e)s et CannonDesign pour Construction Santé Montréal ? Ce complexe colossal de 22 étages pour 275 000 m2 regroupant trois hôpitaux existants en centre-ville est le plus grand projet de construction en santé en Amérique du Nord. Une irruption propre à bouleverser le paysage de Montréal, même l’équipement fait un geste à minima envers le patrimoine, en intégrant le clocher de l’église Saint-Sauveur et une façade de la Maison Garth.

sommet mondial du design montreal ruedi baur graphisme
Panneau de l’exposition présentée par le SMD au Palais des congrès. Design graphique Ruedi Baur © Ruedi Baur
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Pierre grise : des outils pour comprendre la ville. Vue d’installation présentée au CCA, 2017 © CCA, Montréal

Réinventer le futur du design

Le design peut-il changer le monde ? S’il n’a pas apporté́ de réponse concrète à cette question, posée d’ailleurs sous forme d’affirmation, le Sommet Mondial du Design entérinait au terme de cet évènement une grande première mondiale : la « Déclaration de Montréal sur le design », un plan d’action d’une durée de 10 ans destiné à faire face aux défis mondiaux à venir. Une cinquantaine d’organisations internationales, venant des différentes branches de la conception, design, architecture, paysagisme, urbanisme, ainsi que des organisations comme l’UNESCO, l’OECD, l’UNEP, l’ICLEI se sont rassemblées, avec pour objectif « d’écrire et de promulguer un énoncé conjoint de position qui mettra en valeur le rôle, la capacité et la valeur unique du design et des disciplines qui lui sont liées. ». De quoi donner au sommet un semblant de COP 21, sous des airs de design. Espérons qu’il soit plus suivi d’effet que cette dernière. Sans attendre les résultats, Pierre-Alain Gariépy, souhaite faire du sommet un évènement biennal. Un autre défi pour ce SMD, qui devra se battre pour exister dans un panorama déjà bien encombré._Amélie Luquain

 

Lire aussi : Le premier sommet mondial du design s’installe à Montréal

Le sommet mondial du design de Montréal : le congrès

Le sommet mondial du design de Montréal : le congrès

Le premier sommet mondial du design qui se tiendra à Montréal pour 10 jours, du 16 au 25 octobre 2017, a lancé 108 sujets de débats pour aider à encadrer les discussions et générer des propositions et des solutions aux défis mondiaux.

Ils sont regroupés en 6 thèmes interdisciplinaires principaux : le design et la terre, la participation, la transformation, la beauté, la vente, les extrêmes. Seront interrogées les questions de densité, d’infrastructures vertes, de résilience, d’action collective, de patrimoine, d’architecture éphémère et bien d’autres sujets passionnants.

Ce congrès annonce 3500 professionnels, 500 conférenciers experts, 108 sujets provocateurs et 35 conférenciers vedettes. Parmi eux, seront présents :

Alejandro Aravena, Elemental (Chili), Moshe Safdie, Safdie Architects (Canada), et Phyllis Lambert, Centre Canadien d’Architecture (Canada), mais aussi Jan Gehl, Gehl Architects (Danemark), Ruedi Baur, Intégral (France), Dirk Sijmons, H+N+S Landscape Architects (Pays-Bas), Claude Cormier, Claude Cormier + Associés (Canada), Jean Blaise, Le voyage à Nantes (France) et bien d’autres.

Le premier sommet mondial du design s’installe à Montréal

Le premier sommet mondial du design s’installe à Montréal

Le premier sommet mondial du design s’installe à Montréal pour 10 jours, du 16 au 25 octobre 2017. Il interrogera le rôle du design dans le développement de nos sociétés et plus particulièrement le design thinking*. Quelles sont les idées et les actions novatrices qui nous permettront de bâtir un avenir meilleur? Comment le design peut-il répondre aux grands défis de notre époque en tant qu’agent de transformation axé sur les besoins quotidiens en matière de culture, de politique, de société, d’économie et d’environnement? Comment le design peut-il modeler l’environnement bâti du futur ? Le sommet présentera une occasion d’exprimer et de promouvoir la valeur du design grâce à la création de ponts et de synergies entre les différentes disciplines de conception. Une approche multidisciplinaire globale sera utilisée pour aborder les problèmes mondiaux tels que l’évolution dynamique de la population, la lutte contre le changement climatique et la création de villes intelligentes et innovantes.

Programme

 

Sommet des organisations internationales : 23 au 25 octobre 2017

Une cinquantaine d’organisations internationales, venant des différentes branches du design, de l’architecture, de l’urbanisme, du paysagisme, ainsi que des représentants inter-gouvernementaux et des organisations comme l’UNESCO, l’OECD, l’UNEP, l’ICLEI se rassembleront. Elles auront pour objectif d’écrire et de promulguer la première déclaration internationale sur le design, un énoncé conjoint de position qui mettra en valeur le rôle, la capacité et la valeur unique du design et des disciplines qui lui sont liées. La déclaration proposera également un cadre de mise en œuvre sur 10 ans fondé sur une collaboration internationale continue, que chaque firme, ONG et gouvernement pourra appliquer. Elles élaboreront un plan d’action international qui exploite le pouvoir du design pour faire face aux défis mondiaux urgents.

 

Congrès : 16 au 20 octobre 2017

Le congrès se voudra un incubateur international pour repenser la mission du designer et ses process de conception. 30 conférenciers principaux, dont Ruedi Baur, designer français ; Jan Gehl, architecte et urbaniste danois ; Alejandro Aravena, architecte chilien ; Belinda Tato, architecte et urbaniste écosystème espagnol … et 1000 conférenciers experts débâteront autour de 6 disciplines – architecture, design graphique, design industriel, design d’intérieur, architecture de paysage, urbanisme – et 6 thèmes – design pour la terre, design pour la participation, design pour la transmission, design pour la beauté, design pour la vente, design pour les extrêmes. Le congrès étudiera 108 sujets définis pour regrouper les discussions et les débats, autant de soumissions de propositions concrètes pour le sommet.

 

Exposition pour les professionnels : 17 au 20 octobre 2017

Exposition pour le grand public : 19 octobre 2017

Un salon se tiendra au Palais des Congrès de Montréal. Près de 500 exposants, soit pas loin de 4500 professionnels, présenteront leurs innovations, avec un focus sur le développement durable et l’écologie. 30 000 visiteurs sont attendus, incluant architecte, designer, paysagiste, graphiste, urbaniste, développeur, représentant du gouvernement, medias … Une belle opportunité de réseaux, de contacts et de clients potentiels.

 

Charrette étudiante : 20 au 22 octobre 2017

108 sujets novateurs ont été définis pour aider à encadrer les discussions et à générer des propositions et des solutions aux défis mondiaux. Tous les délégués du congrès sont invités à participer à autant de groupes de travail qui définiront ces propositions et les soumettront au Sommet des organisations internationales pour aider à renforcer et à définir la déclaration internationale et le plan d’action. Six solutions parmi les propositions de 250 étudiants du Canada et de l’étranger seront sélectionnés et présentés au Sommet. Des bourses sont disponibles pour participer.
Art+food+design : Montreal Night : 17 octobre 2017

Dans une volonté pluridisciplinaire, des chefs et des designers travailleront ensemble pour innover, évocation de la culture culinaire du Quebec.

 

Expo by night : the gala : 18 octobre 2017

Le gala réunira tous les partenaires et membres du Sommet pour une soirée exclusive dans l’espace Expo. 24 prix soit 4 par discipline seront décernés, une reconnaissance qui contribuera à améliorer le statut de la profession du design.

 

Programme d’activités : 16 au 25 octobre

Dans toute la ville, les entreprises de design donneront accès à leur bureau ; une occasion unique de découvrir le design montréalais, d’étendre les réseaux et de commencer de nouvelles conversations. Le 20 octobre, en particulier, les participants au congrès auront l’occasion de participer à des parcours sur mesure qui les amèneront au cœur du secteur du design de la métropole, grâce à des visites spéciales et des rencontres avec des professionnels de la région

 

Pantheon of design : 1-25 octobre 2017

Le panthéon du design célèbrera 150 des plus influents concepteurs canadien et international, dans le cadre du 150e anniversaire du Canada. Une exposition physique prendra place durant l’événement et une exposition permanente virtuelle sera disponible en ligne.

 

L’évènement s’inscrit dans une année historique pour Montréal, ville UNESCO du design qui fête en 2017 trois commémorations simultanées : le 150e anniversaire du Canada, le 375e anniversaire de la ville de Montréal le et 50e anniversaire de l’Expo 67.

*processus de co-creativité non linéaire développé à Stanford dans les années 80 par Rolf Faste sur la base des travaux de Robert McKim

 

 

Lire aussi : Le sommet mondial du design de Montréal : l’exposition