L’ENSAD de Nancy : entre contrainte urbanistique et identité individuelle

Terminant une ligne d’objets distincts qui se raccrochent à une galerie prismatique conçue par l’agence Nicolas Michelin et Associés, l’École Nationale Supérieure d’Art et de Design de Nancy, conçue par l’équipe Dietrich Untertrifaller et Zoméno, participe de l’ensemble tout en affirmant son identité.

ensad-nancy-dietrich-untertrifaller-zomeno-anma-michelin

Conçu par Helmut Dietrich, Much Untertrifaller et Christian Zoméno, le bâtiment de l’École Nationale Supérieure d’Art et de Design de Nancy vient fermer sur son angle nord-est le campus ARTEM. Situé sur le terrain des anciennes casernes Molitor, ce dernier comprend trois autres écoles – École d’ingénieur (Mines), Institut de commerce et management (ICN), et centre de recherche international sur les matériaux (Institut Jean Lamour) – ainsi que la Maison des langues et une médiathèque, dont la disposition est régie par le master plan de l’agence Nicolas Michelin et Associés (ANMA). Ce cahier des charges urbanistiques établit pour l’ensemble du pôle universitaire des règles strictes en termes d’implantation, de volumétrie et de palette de couleurs, auxquelles ont du répondre les différents architectes. Les écoles devaient comporter chacune une « Maison-Signe » dont la toiture à deux pans rappelle celle des maisons de ville nancéennes typiques du quartier. Elles devaient aussi être directement connectées à une galerie vitrée surmontée d’une verrière prismatique colorée qui relie toutes les façades le long de la rue du sergent Blandan, formant ainsi une ligne d’objets distincts, à l’échelle de la ville de Nancy.

ensad-nancy-dietrich-untertrifaller-zomeno-anma-michelin

ensad-nancy-dietrich-untertrifaller-zomeno-anma-michelin

 

Obéir pour mieux désobéir

L’ENSAD – qui termine cette opération – obéit à ces obligations du plan urbain, bien que sa maison-signe, au toit incliné, s’étire en pointe vers l’arrière. « On était contraint dans un alignement polygonal avec des hauteurs et des angles précis auxquels on ne pouvait pas déroger. Le fait d’extruder cette maison a permis de retrouver un élan créatif à l’intérieur du carcan du cahier des charges urbanistiques » précise Christian Zoméno. Disposition également imposée par l’ANMA, le retournement de l’enveloppe en toiture, conférant au bâti un aspect monolithique. Sa couleur anthracite, en tôle d’aluminium anodisée perforée et pliée sur-mesure, contraste avec les rideaux et stores colorés qui animent la façade sur cour de leurs couleurs vives. En opposition à la géométrie à facette de la maison-signe, le parallélépipède orthogonal du bâtiment Vauban, qui abrite les ateliers et bureaux, est habillé de plaques de parement en béton renforcé de fibres de verre. Ses cadres de fenêtres en saillie tels des bow-window, permettent de s’asseoir dans les encadrures réalisées en panneaux structurels de CLT d’épicéa (bois lamellé croisé).

ensad-nancy-dietrich-untertrifaller-zomeno-anma-michelin

ensad-nancy-dietrich-untertrifaller-zomeno-anma-michelin

[masterslider id= »140″]

Si les façades diffèrent, le même système constructif a été employé pour les deux entités. Un noyau de béton armé abrite circulations verticales, sanitaires et éléments techniques, offrant flexibilité aux espaces qui sont subdivisés par des cloisons légères. Dans cette architecture aux finitions brutes et à l’esthétique minimale, le soin apporté aux détails est particulièrement raffiné, ne laissant apparent que des surfaces lisses et nues. Les espace principaux sont dénués de faux-plafonds ou de plénum. Dans les ateliers, les dispositifs d’éclairage, de son et de projection sont encastrés dans le béton, tout comme les rails des cimaises et les attaches des rideaux. On retrouve le même souci dans la conception de tous les détails, depuis les joints creux autour des portes jusqu’au dessin du mobilier. Une attitude qui a nécessité des techniques de constructions précises, bouleversant les habitudes constructives des entreprises qui ont du prévoir leur finition en amont.

ensad-nancy-dietrich-untertrifaller-zomeno-anma-michelin

ensad-nancy-dietrich-untertrifaller-zomeno-anma-michelin

ensad-nancy-dietrich-untertrifaller-zomeno-anma-michelin

 

École Nationale Superieure d’art et de design | @Dietrich_Untertrifaller | Zomeno | ANMA Nicolas Michelin | #nancy

Une publication partagée par Architectures_CREE (@archi_cree) le

Les deux entités sont reliées par un hall d’entrée en double hauteur et traversant, donnant sur un patio à l’arrière. De l’autre coté, un volume organique abritant l’amphithéâtre ferme le quadrilatère, et dessine la jonction plastique et déambulatoire entre les deux bâtiments. « Cette extrusion qui prolonge la maison signe vient en dialogue et contre point avec le bâtiment orthogonal Vauban » commente Much Untertrifaller.

ensad-nancy-dietrich-untertrifaller-zomeno-anma-michelin

ensad-nancy-dietrich-untertrifaller-zomeno-anma-michelin

ensad-nancy-dietrich-untertrifaller-zomeno-anma-michelin

 

École Nationale Supérieure d’art et de design | @dietrich_untertrifaller | Zomeno | ANMA Nicolas Michelin | #nancy

Une publication partagée par Architectures_CREE (@archi_cree) le

Les interventions de la maîtrise d’œuvre s’arrêtant au pied du bâtiment, les complications se trouvent dans les interconnections, que ce soit pour les parkings ou la galerie, soulignent les architectes : « ce qui a été assez compliqué, c’est que la galerie repose sur les même fondations que nous. Il a donc fallu déposer, et c’est une première en France, un permis de construire à deux maîtres d’ouvrages et deux maîtres d’œuvre sur une construction dont la conception est différente, ce qui a nécessité des synthèses techniques assez complexe ».

 

Avec des règles urbanistiques très présentes posées par l’ANMA dans un souci d’homogénéité, Dietrich Untertrifaller et Zoméno ont tout de même su imposer un bâtiment identitaire à l’esthétique minimale remarquable.

ensad-nancy-dietrich-untertrifaller-zomeno-anma-michelin

 

 

École Nationale Supérieure d’Art et de Design de Nancy Localisation : F-54013 Nancy, 1 Place Charles Cartier-Bresson Maître d’ouvrage : Métropole du Grand Nancy  Maîtres d’oeuvre : Dietrich Untertrifaller, Atelier Christian Zoméno Architectes Chef de projet : A. Laimer, D. Grzanka Bureaux d’études : TCE : Artelia, Schiltigheim / acoustique : Venathec, Nancy / économie de la construction : Hubert Bessère, Toul / master plan : Agence Nicolas Michelin & Associés, Paris Exigence environnementale : BBC RT 2005 Concours : 2010 Chantier : 2013 Livraison : 2016 Surface : 7 854 m2 SU Volume : 41 490 mCapacité : 430 étudiants

Courtesy Dietrich Untertrifaller et Zoméno / Bruno Klomfar

Rénovation et extension du Palais de la Musique et des Congrès de Strasbourg

Rénovation et extension du Palais de la Musique et des Congrès de Strasbourg

Le Palais de la Musique et des Congrès (PMC) de Strasbourg, objet singulier au plan hexagonal datant des années 70, a fait l’objet d’une rénovation-extension. Les architectes Rey-Lucquet et Dietrich Untertrifaller l’ont enveloppé dans un péristyle d’acier.

pmc-strasbourg-Dietrich Untertrifaller_Rey-Lucquet

Lancé en 2011, le projet de rénovation et d’extension du Palais de la Musique et des Congrès (PMC) doit permettre de recevoir à Strasbourg les plus grands congrès de France, replaçant la ville au rang qui était le sien quelques années auparavant. Outre l’agrandissement du Palais, il était urgent de changer l’image négative renvoyée par le bâtiment construit en 1974 par Paul Ziegler et François Sauer, et altéré lors de son extension en 1988. L’édifice paraissait trop marqué par son époque, doté d’un plan hexagonal et de façades massives composées de bandeaux de béton et de meneaux toute hauteur. Une mue devenait nécessaire, de la même manière qu’elle s’imposait à d’autres bâtiments obsolète des années 70 au plan polygonal et aux atours brutalistes : les tours du Pont-de-Sèvres à Boulogne-Billancourt ont été récemment rénovées par Dominique Perrault en Citylights ; l’Hexagone du campus universitaire de Luminy à Marseille conçu par René Egge est amené à être réhabilité par Rémy Marciano.

pmc-strasbourg-Dietrich Untertrifaller_Rey-Lucquet

Objet singulier

Objet singulier posé dans un parc, le Palais de la Musique et des Congrès de Strasbourg tente de se rapprocher de ses voisins, qu’il s’agisse du parc des expositions ou des institutions européennes (la Cour européenne des Droits de l’Homme, le conseil de l’Europe et le parlement européen) dans une ambition de rayonnement international. Proche des hôtels, des transports en commun et du centre-ville, son emplacement justifie sa réhabilitation. Le groupement de maîtrise d’œuvre, en charge de la restructuration-extension, est constitué des architectes strasbourgeois Thierry Rey, Serge Lucquet et Olivier de Crécy et de l’agence autrichienne fondée par Helmut Dietrich et Much Untertrifaller. Après avoir vainement essayé d’aller à contre courant des règles édictées par le bâtiment, ils reprennent et assument le plan hexagonal qui détermine une trame structurelle triangulaire et contamine l’ensemble. Ainsi, l’extension dite PMC3 dessine un nouveau polygone et le bâtiment assure la cohésion de trois époques différentes, dont les volumes formellement similaires s’articulent autour d’un foyer et sont enveloppés derrière un péristyle.

pmc-strasbourg-Dietrich Untertrifaller_Rey-Lucquet

pmc-strasbourg-Dietrich Untertrifaller_Rey-Lucquet

pmc-strasbourg-Dietrich Untertrifaller_Rey-Lucquet

 

pmc-strasbourg-Dietrich Untertrifaller_Rey-Lucquet

pmc-strasbourg-Dietrich Untertrifaller_Rey-Lucquet

 

 

Entre un existant retricoté et des extensions remplies de vide, l’imposant et froid PMC, derrière ses colonnes contemporaines, prend des allures de palais antique d’un autre ordre.

Amélie Luquain

 

Fiche technique :  MOA : Eurométropole de Strasbourg. MOE : Rey-Lucquet et associés (mandataire), Dietrich | Untertrifaller Architectes. Chefs de projet : A.Vollmar, B. Hein, H. Walker, E. Delvoye. Localisation : Strasbourg, Place de Bordeaux Programme : extension et restructuration, mise en conformité sécurité et PMR. Zone Orchestre Philarmonique de Strasbourg (PMC1) : création d’une salle de répétition, de foyers de répétition, d’une salle pédagogique, de locaux administratifs. Zone Congrès (PMC2 et 3) : extension d’un amphithéâtre existant (900 à 1200 places), création d’un nouvel amphithéâtre de 530 places, d’un hall d’exposition de 3000 m², de 11 salles de commissions, de 5 salons, de locaux administratifs, agrandissement de la salle à manger (1900 m² – 1000 à 1600 places). Capacité : 14 780 visiteurs Surface : 58 000 m² dont 44 500 m² impactés par les travaux (32 500 restructuration et 12 000 extension) BET : structure et fluides : OTE ingénierie, Illkirch et Serue, Schiltigheim / HQE : Solares Bauen, Strasbourg / acoustique : Müller-BBM, Planegg / scénographie : W. Kottke, Bayreuth / paysagiste : Digitalepaysage, Imbsheim / économiste, pilotage : C2BI, Strasbourg / cuisine : Ecotral, Strasbourg / façades : CEEF, Remiremont Exigence environnementale : PMC3 : BBC RT2005 / PMC1, 2 existant : THPE Concours : 2011. Réalisation : 2013. Livraison : 2016

 

Courtesy Rey-Lucquet et associés (mandataire), Dietrich | Untertrifaller Architectes © Bruno Klomfar