Le théâtre Theodore Gouvy  : un cœur rouge à Freyming-Merlebach

A Freyming-Merlebach (57), une ancienne ville minière de Moselle, l’agence Dominique Coulon & Associés livre un théâtre à la géométrie sculpturale, symbole d’une espérance de revitalisation par la culture.

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Florissante au XIXe siècle, Freyming-Merlebach (57), ville minière du bassin houiller Lorrain, est aujourd’hui une ville en déshérence. Elle fut frappée de plein fouet dans les années 90 par la fermeture des mines de charbon entrainant la récession économique. Pourtant, face à ce traumatisme, cette commune étonne, car elle espère, encore. Son théâtre historique – la Maison des Cultures Frontières conçue en 1984, réhabillée en partie pour devenir médiathèque – s’est dégradé et des fissures sont apparues suite aux effondrements des galeries souterraines désaffectées. Il était nécessaire de remplacer l’ancienne salle de spectacle de 500 places, de surcroît trop petite. Place des Alliés, à proximité de la nouvelle mairie et du centre commercial, l’agence Dominique Coulon & associés investit le parvis d’un volume sculptural blanc immaculé. Posé là, dans un paysage urbain hétéroclite habité de pavillons maussades, il s’adresse à la ville depuis un point haut, tel un mémorial étincelant, en contraste avec celle-ci. Les niveaux s’empilent, pivotent, les blocs se scindent, se divisent. Sous un porche, les grandes baies vitrées attirent le visiteur dans l’entrée.

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Un foyer scultptural

A l’intérieur, le hall se déploie verticalement sur trois niveaux dans un parcours théâtral, sans jeu de mots. Les espaces se dilatent pour donner une grande impression d’espace, les obliques se toisent, les escaliers s’enchevêtrent, derrière de hautes balustrades. En partie supérieure, le foyer se déhanche. Derrière une grande baie vitrée de 8 mètres de haut, il s’avance en promontoire vers la ville. L’atmosphère y est calme, feutrée, bien que le plâtre laissé brut et l’absence de traitement acoustique laisse imaginer un joyeux brouhaha avant les représentations. Un choix pertinent de la maîtrise d’œuvre, confrontée à un budget serré : « nous avons réinterrogé les normes avec la maitrise d’ouvrage car elles ont des coûts », témoigne Dominique Coulon, qui avait déjà expérimenté, auparavant par accident, le plâtre projeté laissé à nu, qui donne de belles nuances de beige en séchant. Structurellement, les coûts ont aussi été amoindris. Les architectes, assistés de leur cabinet d’ingénierie Batiserf, ont opté pour une structure mixte majoritairement métallique, moins chère que le béton coulé en place.

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Une salle de théâtre flamboyante

Ainsi, le budget a pu être placé dans la salle de spectacle qui, plastiquement, est en totale rupture avec le foyer. Dans un effet inattendu, le passage de l’un à l’autre touche directement nos sens, le regard est perturbé, l’œil et l’oreille ont besoin d’un temps pour s’habituer. Les formes sculpturales associées à une colorimétrie rouge, rose et orange donnent une densité à l’espace. Des contrastes coutumiers à la pratique de l’agence. Comme dans toute salle de représentation, le traitement acoustique y est prépondérant. L’inclinaison des parois participe de la propagation acoustique, le plafond est réverbérant, les murs sont absorbants. Les balcons sont d’une forme particulièrement ramassée, les gradins glissent en avalanche. « L’élaboration de la coupe fut fondamentale », explique l’architecte. Le spectateur le plus éloigné n’est qu’à vingt mètres de la scène, la distance avec le nez de scène est réduite au maximum pour offrir aux 700 places assises une belle visibilité sur les acteurs. Dont le jeu sera d’ailleurs varié, entre théâtre classique, contemporain, musical, lyrique, voir même dansé. Ils pourront se préparer dans des loges chaleureuses en béton brut et parois rouge, ou trône le fauteuil UP de Gaetano Pesce, modèle surnommé La Mama.

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Ce théâtre manifeste une géométrie singulière à l’agence Dominique Coulon & Associés, qui n’en est pas à son premier équipement scénique. Citons pour mémoire le Centre dramatique National de Montreuil livré en 2007, le pôle culturel à Mons-en-Barœul, près de Lille, livré en 2017, où la salle de musique actuelle qui s’installera à Rennes courant 2019. Adepte des relations dichotomiques et d’une géométrie rectiligne euclidienne, les collisions génèrent une complexité de rapport et de proximité, proposant une lecture de l’espace non univoque._ Amélie Luquain

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R+2

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Fiche technique  Salle de spectacle Théodore Gouvy, Place des Alliés à Freyming-Merlebach (57)  Maitrise d’ouvrage : Communauté de Communes de Freyming-Merlebach Maîtrise d’œuvre : Dominique Coulon & associés Structure : Batiserf Ingénierie Electricité : BET Gilbert Jost Fluides + HQE : Solares Bauen Economiste : E3 économie Acoustique : Euro Sound Project Scénographe : Changement à vue VRD : Lollier Ingénierie Livraison : Avril 2017 Coût de la construction 7,7 M€HT Surface : 2850 m2

Photographie : © Eugeni Pons

 

 

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C’est à Strasbourg, un territoire à l’écart des enjeux de la métropolisation, mais pourtant en profondes mutations, que Dominique Coulon s’est implanté, imbriquant dans un même lieu son bureau et son logement.

Retrouvez ici l’intégralité du portrait filmé de l’agence de Dominique Coulon 

La ville de Strasbourg possédait un certain nombre de dents creuses, de terrains libres trop petits pour intéresser les promoteurs. En 2009, elle lance une consultation auprès des architectes afin de vendre et d’aménager ses parcelles. Au 13 rue de la tour des pécheurs, dans le quartier historique de la Krutenau, la surface au sol de 120 m2 est petite, mais cela n’effraie pas Dominique Coulon qui y voit l’opportunité d’y implanter son agence. « La contrepartie a un prix attractif, c’était de faire un bâtiment exemplaire engagé notamment sur des performances énergétiques élevées, l’utilisation de matériaux bio-sourcés et un projet de mixité. » précise l’architecte, dans une ITW filmée pour Architectures CREE datée du mois d’avril.

Se montrer ou se cacher

L’immeuble est une petite tour en bois brulé, du mélèze, une technique qui rend pérenne la peau du bâtiment grâce à la brulure du matériau. La façade masque l’imbrication des programmes. Le jeu des percements semble aléatoire, ne suivre aucun impératif fonctionnel et leurs différentes tailles brouillent la lecture des étages. Des stores de projection rajoutent une teinte colorée. Les bureaux sont légèrement en contrebas, de 80 cm par rapport au niveau de la rue.  « On a mis l’atelier de maquette devant les baies vitrées. Il y a quelque chose d’intéressant parce qu’on peut voir comment un bureau d’architecture travail. C’est une attitude, c’est une posture. Quand on fait ça, on est probablement plus enclin à dialoguer » assume l’architecte, influencé par l’attitude des pays nordiques.

Séparer ou échanger

Ce bâtiment est aussi un exemple de mixité, imbriquant dans un même lieu bureau et logement. « Pour moi c’est une chance d’habiter et de travailler dans un bâtiment qu’on a dessiné. Il y le logement, il y a le bureau. Tout ça fonctionne en harmonie. » explique Dominique Coulon. A la manière du Raumplan d’Adolf Loos, dans un jeu d’imbrication complexe, les espaces ont des proportions presque adaptées à leur fonction. Il n’y a pas de régularité dans les hauteurs de dalle. L’escalier du bureau est imbriqué avec celui des logements, séparé d’une maille de métal. Le bureau n’est finalement jamais fermé vis-à-vis des logements. « On peut imaginer des échanges, ce n’est pas une imbrication étanche entre les éléments de programmes » indique l’architecte. Le bâtiment se termine avec une toiture plate comprenant une terrasse avec bassin et jardin. Dans ces hauteurs, un volume de béton brut pivote de 10 degrés. Il s’autonomise par rapport à la masse noire du socle de bois et donne une lecture dynamique de l’angle._Amélie Luquain

 

Maitrise d’ouvrage : Privé Maitrise d’œuvre : Dominique Coulon & associés Architectes : Dominique Coulon, Olivier Nicollas, Benjamin Rocchi, Steve Letho Duclos BET Structure : Batiserf ingénierie BET Electricité : BET G. Jost BET Fluides : Solares Bauen Economiste : E3 Economie Programme : Bureaux, appartements Lieu : 13 rue de la Tour des pêcheurs, 67 000 Strasbourg Surface : SHON 500 m2 Coût : 1 320 000 € H.T Concours : 10 terrains pour 10 immeubles durables, novembre 2009 Livraison : septembre 2015

Entreprises : CBA (GO), CARCERERI (étanchéité), VOLLMER (menuiserie extérieure bois), KEMS plâtrerie, FALIERES (CVC), FRANK SANITAIRE, VEIT électricité, KERN (menuiserie intérieure bois), SIGWALD (serrurerie), HEINRICH SCHMITT (peinture), BALENA (piscine)

Photographes : Eugeni Pons, David Romero-Uzeda

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En 28 ans d’agence, Dominique Coulon et ses récents associés – Steve Letho Duclos, Olivier Nicollas, Benjamin Rocchi – ont su développer une approche complexe, qui questionne des relations dichotomiques entre un volume unitaire en extérieur et sculptural en intérieur. C’est à Strasbourg, un territoire à l’écart des enjeux de la métropolisation, mais tout de même en profondes mutations, que Dominique Coulon a réalisé son premier projet et s’est implanté par la suite, imbriquant dans un même lieu son bureau et son logement.

 

© David Romero-Uzeda / Joy Ruotte / Amélie Luquain