Centre de recherche EDF à Saclay : éléments remarquables

Centre de recherche EDF à Saclay : éléments remarquables

Pour la conception du Centre de recherche et de développement d’EDF à Saclay, Francis Soler emprunte la figure du cylindre comme réponse au territoire plat et vide, à la diversité de la programmation digérée dans un tout homogène, et à la nécessaire flexibilité. Ce choix génère la conception de quatre volumes à la courbure continue, augmentés d’éléments remarquables.

 

Auvent de verre et d’acier

Au cœur du dispositif rayonnant du bâtiment du centre de recherche et développement, le patio extérieur est abrité sous un auvent de verre et d’acier. Des colonnes en inox supportent un plateau circulaire en verre qui s’incurve en son centre, découpé d’un carré. Servant d’abri aux intempéries et donnant une échelle de proximité, cet auvent a pour originalité de ne recourir à aucune structure horizontale en tête de mât. Les carrés de verre d’une épaisseur de 22 mm suffisent à eux-mêmes pour franchir la distance entre deux colonnes, sans recourir à aucune structure. Effet visuel étonnant, se dégage une impression de double courbure alors que chacun des éléments verriers est parfaitement plat.

Centre de recherche et de développement EDF | auvent verre acier | Nicholas Green #ingénieur #francissoler #architecte @paris_saclay

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Poutre-poisson

Le forum du bâtiment d’accueil est recouvert par une membrane percée par toute une série de lanterneaux circulaires qui conduisent la lumière naturelle au centre du dispositif. Ici, une étonnante poutre-poisson de 35 m de portée vient suspendre par câble la toiture horizontale. Avec un mécanisme proche de celui utilisé par les marionnettistes, les suspentes traversent, non pas les parties pleines de la couverture, mais paradoxalement les oculi vitrés, en leur centre. Une fois la couche de verre traversée et l’épaisseur du cylindre passée, elles suspendent le grill horizontal au droit des croisements de la charpente acier. En dessous encore, flotte dans l’espace supérieur du hall une suite de lustres circulaires dessinés sur-mesure. Ainsi, le forum est dégagé de toutes contraintes porteuses, par ce choix technique qui a son économie de matière, bien que nécessitant un temps de conception plus long.

 

Centre de développement et de recherche EDF | poutre-poisson | Nicholas Green #ingenieur #francissoler #architecte @paris_saclay

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Amélie Luquain

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Centre de Recherche EDF à Saclay, ou de l’usage du cylindre

Pour la conception du Centre de recherche et développement d’EDF à Saclay (91), Francis Soler emprunte la figure du cylindre comme réponse au territoire plat et vide, à la diversité de la programmation digérée dans un tout homogène, et à la nécessaire flexibilité.

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© Jean-Pierre Porcher

© Jean-Pierre Porcher avec Christophe Jobard (drône) et Henri Tournier (musique)

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Le Centre de Recherche comme projet paysage

A l’origine, les dispositions d’urbanisme du terrain acquis par EDF sur le plateau de Saclay pour la construction de son nouveau centre de recherche et développement – en remplacement de celui de Clamart – étaient bien légères. Rien de comparable aux bâtiments construits ensuite dont les implantations, gabarits et alignements ont été édictés par l’Etablissement Public d’Aménagement Paris-Saclay (anciennement EPPS), auxquels a été soumis le campus EDF dessiné par l’agence ECDM. Ainsi, l’architecte Francis Soler a eu pour tâche de livrer un programme de grande ampleur sur un site plat et vierge, une tabula rasa. Pour cela, il a répondu avec le paysagiste Michel Desvigne par des bâtiments posés dans un parc, « projet- paysage » dont le système d’implantation a déjà été adopté par les grands ensembles de 1960. Les jardins de Pascal Cribier, constitués de rigoles en étoile, de caniveaux filant, de bassins riches en biodiversités et de douves profondes slaloment entre les gabarits courts et élancés de bâtiments cylindriques. L’architecte a choisi le plan circulaire pour le entre de recherche, non seulement parce qu’il n’a pas d’orientation, mais aussi parce que le maître d’ouvrage décrivait le programme par des gestes tout en rondeur, selon Soler. S’en suit un assemblage semblable aux rouages d’un mécanisme horloger, structurés de quatre pôles fonctionnels majeurs : l’Accueil (le plus central avec 77 m de diamètre et 15,5 m de haut), la Recherche (le plus grand avec 160,89 m de diamètre et 19,5 m de haut), la Halle d’essais (le plus haut avec 46 m de diamètre et 24,38 m de haut), le Restaurant (69 m de diamètre et 14,5 m de haut).

Centre de Recherche edf francis soler saclay
© Rodolphe Jobard

Centre de Recherche edf francis soler saclay

 

Homogénéité extérieure, hétérogénéité intérieure

En contrepied d’une programmation constituée d’une multitude d’éléments divers, allant du plus ouvert au plus fermé, du plus grand au plus petit, Francis Soler a recherché une homogénéité extérieure, dont « la perception de l’ensemble pouvait être rassemblée par l’œil ». Le cylindre devient le dénominateur commun, volume capable s’imposant comme un contenant, servi par une écriture identique. Le projet est tenu par des éléments distinctifs et répétitifs, en plan comme en élévation. L’homogénéité est assurée par les façades, constituées de grandes baies vitrées s’ouvrant sur un balcon périphérique, le tout fermé par de longilignes claires-voies de verre, systématisées sur l’ensemble de la réalisation. Seules les dimensions varient afin d’adopter une courbure continue malgré les différents diamètres. Dans ce souci d’unité visuelle extérieure digérant une diversité intérieure, la halle d’essai donne un exemple intéressant. Le cylindre entoure un plan carré imposé. Ce système est censé contenir les extensions sauvages des chercheurs toujours en quête de prolongements d’équipements et de machines nouvelles, mais l’espace résiduel entre les deux formes géométriques est déjà occupé par les bureaux. Francis Soler déplore le fait qu’ils puissent défigurer l’harmonie générale avec des agrégations ou des agrandissements non maitrisés.

Centre de Recherche edf francis soler saclay
© Jean-Pierre Porcher
Centre de Recherche edf francis soler saclay
© Jean-Pierre Porcher

 

Flexibilité

Ici, le cylindre devient un volume capable qui, redécoupé par une trame, doit offrir une grande flexibilité. En plan, chaque volume est constitué d’un noyau central et de poteaux en périphérie, libérant l’espace sous de grandes portées. Les plateaux dégagés de toutes contraintes verticales sont malléables. Concernant le bâtiment de la recherche, il est équipé en fluides par le sol et par un caniveau technique qui court tout le long de la façade courbe. Des dalles actives de 45×45 cm complètent le dispositif technique. Les bureaux sont construits sur une trame de 3,35 m, partitionné par des cloisons industrielles simples sur lesquelles des tableaux acoustiques sont fixés. Par ailleurs, l’on remarquera que cette roue constituée de bras rayonnants et de patios extérieurs est inachevée. Initialement, pour le maitre d’ouvrage, cette interruption devait pouvoir accueillir une extension potentielle de 15 000 m² ; le vide laissé par l’architecte aura trop vite été comblé par un jardin bien pensé dont ne saurait plus se passer EDF.

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© Jean-Pierre Porcher
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© Jean-Pierre Porcher
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© Guillaume Martial

Ainsi, les cylindres dont usent Francis Soler répondent à une série de contraintes posées originellement par le territoire et le programme. Un centre de recherche Saclay 1.0 aux règles sauvages qu’on ne retrouvera pas dans des projets futurs, quid de celui de l’agence LAN pour la construction d’une résidence étudiante face à l’école Centrale. Un cas d’école ?

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© Jean-Pierre Porcher

 

Amélie Luquain

 

Fiche technique

Construction d’un centre de recherche et développement EDF proposant 1500 postes de travail en première étape (salariés, thésards, partenaires, prestataires, stagiaires) et comprenant 1 auditorium de 500 places, 2 auditoriums de 75 places, une halle d’essais, des salles de commissions, des salles d’expérimentation, des bureaux, des laboratoires, un restaurant, une brasserie, des cafétérias et 8 hectares d’espaces extérieurs. 90 places de stationnements et 125 emplacements de stationnement deux roues

Lieu : Plateau de Saclay, Essonne (91). Maîtrise d’ouvrage : EDF / SOFILO. Maîtrise d’œuvre : Francis Soler Architecte. Programmation : ORENOQUE. Aménageur : EPPS, devenu EPAPS (Saclay). Urbanisme : Michel Desvigne. BET : Structures – VP&GREEN engineering. Fluides – Espace Temps. Acoustique – Lamoureux. VRD : Setec TPI. Economiste – Mazet & Associés. Entreprises : SPIE Batignolles / BESIX. Performance énergétique : Energie éolienne, solaire thermique et photovoltaïque / BREEAM / Certification BBC (cible RT2012 -20%) avec une compensation par l’électricité produite sur site par une centrale solaire photovoltaïque volontairement limitée à 10kWef/m² SHON. Immeuble « bas carbone » à émissions limitées à 3 kgeq CO2/an/m² Shon. Calendrier : Concours – avril 2010. PC – janvier 2012. Livraison – janvier 2016. Surfaces : 80 500 m² Montant global et forfaitaire des travaux : 212 M € HT

 

 

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Campus EDF par ECDM : le ductal projeté

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Si Rudy Ricciotti exploite le béton fibré ultra-hautes performances (BFUP) pour ses capacités structurelles, l’agence ECDM préfère travailler sur son potentiel en second-œuvre.

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Après l’avoir exploité dans deux autres projets – le bâtiment administratif du centre bus de la RATP de Thiais livré en 2007 et une crèche dans le 18eme arrondissement de Paris livrée en 2011 – elle poursuit ses recherches avec l’industriel LafargeHolcim qui a déposé son BFUP sous la marque Ductal. Renforcé par des fibres organiques, métalliques, à base d’acier inoxydable ou de verre, ce matériau propose des constructions plus légères ou plus fines à résistance égale avec les bétons traditionnels. Il est apprécié pour sa résistance, sa ductilité, et sa durabilité. Emmanuel Combarel et Dominique Marrec l’apprécient pour son fort dosage en ciment et en adjuvants, ses granulats de faible dimension, sa porosité réduite et sa plasticité.

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Si d’ordinaire le Ductal est coulé entre deux moules, il a été projeté sur un seul pour revêtir le campus EDF de Saclay. Cette méthode de préfabrication autorise des éléments monobloc de très grande dimension – en l’occurrence 7 m de haut et 2,70 m de large – avec des épaisseurs en parties courantes réduites – seulement 15 mm. La pièce finie vient absorber les anfractuosités au droit des menuiseries, des coulisses ou des coffres de stores, n’affichant en façade que la rencontre du verre et du béton. Par ce procédé, la peau répond au logique d’isolation par l’extérieur en procurant un capotage étanche désolidarisé de la structure. L’ensemble, sur le campus EDF, fut posé en seulement 15 jours, réduisant largement les temps de chantier. L’innovation est validée d’une Appréciation Technique d’Expérimentation (ATEx).

L’agence ECDM justifie de cette innovation en prônant un travail sur la masse et interroge : « comment retravailler la massivité, ce fantasme collectif perdu aujourd’hui par l’isolation extérieur ?  » Mais l’image de massivité est-elle si nécessaire ? Ne s’impose-t-elle pas plutôt comme un faux-semblant ?

Courtesy ECDM / Jérémy Bernier 

 

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L’installation au sein de Paris-Saclay, quartier de l’École Polytechnique, suggère la volonté politique d’EDF de rejoindre un cluster dynamique. Le groupe confie à l’agence d’architecture ECDM la réalisation de son centre de formation, proposant à ses employés une retraite de quelques jours sur ce plateau battu par les vents et encore difficilement accessible. Ça tombe bien que le campus comprenne salles de formation, ateliers techniques, espaces de restauration et chambres. 

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« Au vu du territoire disponible, un tel programme aurait pu être morcelé » soulignent les architectes. Mais c’est le concept inverse qui a été mis en œuvre, défendant l’idée d’un bâtiment unitaire, mixte et dense, à la consommation de terres arables. « Nous préférons l’empilement et la compacité à une nappe horizontale étendue » continuent-ils. Ainsi, la totalité du terrain disponible n’est pas phagocyté par l’architecture qui met en scène sa stratégie d’empilement, bien que la hauteur bâtie reste limitée par le couloir aérien d’Orly. Le projet a été développé en coupe plutôt qu’en plan, sur un principe de stratification. Le volume parallélépipédique compact est creusé d’un patio central et augmenté d’une excroissance sur sa face arrière abritant les ateliers ; une entorse à la compacité qui s’explique par la technicité. Le bâtiment principal laisse transparaitre en façade le programme qui s’étage en trois couches superposées ; matérialité des revêtements et motifs générés par le rythme des percements en constituent les signes distinctifs. L’étage de formation est habillé de béton Ductal brun cernant des fenêtres allongées ; le couronnement qui héberge les chambres est revêtu du même béton fibré à ultra-hautes performances ; l’entre deux, qui abrite restaurant et espace de détente constitue pour Emmanuel Combarel « un vide théorique » derrière un bandeau de verre plissé. En pied, le verre affiche l’entrée et la salle d’exposition, tandis que l’inox enveloppe la halle technique, à l’arrière. L’intérieur est quant à lui structuré d’un patchwork démonstratif d’univers variés.

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En livrant ce campus, EDF veut affirmer sa conduite d’une politique architecturale avant-gardiste. Le groupe inscrit la commande passée à ECDM dans la lignée d’autres ouvrages : le centre d’archives de Bure conçu par LAN – un cube posé dans un paysage champêtre – la réhabilitation des bureaux EDF à Lyon Thiers par Jean-Paul Viguier, le siège EDF à Ajaccio par l’agence ECDM (déjà elle), les bureaux Sofilo à Reims par l’agence ANMA, jusqu’au centre de recherche et de développement réalisé par Francis Soler, qui forme, avec le campus d’ECDM, le Lab EDF sur le plateau de Saclay. Pour EDF, ces ouvrages sont l’héritage contemporain des centrales nucléaires dont l’identité a été confiée à Claude Parent à partir des années 1970. Avec ces architectures pourtant bien loin de constituer un nouveau visage à la firme, celle-ci en oublie de communiquer sur le campus des Mureaux livré par Atelier de Montrouge en 1980 qui a pourtant était fermé au profit de Saclay.

 

Retrouvez le projet en vidéo sur Instagram archi_cree

 

Fiche technique

Maître d’œuvre : ecdm Emmanuel Combarel Dominique Marrec. Maîtrise d’ouvrage : EDF. Maîtrise d’ouvrage déléguée : SOFILO. BET structure : Jean-Pierre Miécaze – façade : VP&GREEN – Direction de travaux : CALQ – Paysagiste : APTEC MO – Économiste : Mazet et associés – Fluides : THOR ingénierie – VRD : Setec – Acousticien : AVA – Mobilier : Ciguë – Réalisation des éléments BFUP de façade : Ductal® Lafarge Holcim / Betsinor / C&E ingénierie. Localisation : 13 boulevard Gaspard-Monge, 91120 Palaiseau, Plateau de Saclay. Coût travaux : 70 M € HT. Certifications : HQE excellent et BREEAM excellent. Livraison : décembre 2015

 

Programme

Centre de formation et campus compact multi-activités ; 26 000 m2 de surface de plancher ; 12 000 m2 de façade, dont 4 000 m2 en BFUP ; 15 000 employés formés chaque année ; 60 000 jours de formation par an ; 70 salles de formation ; 2 grandes salles modulables ; une salle plénière ; une salle d’exposition de 450 m2 ; 270 chambres individuelles ; un restaurant de 300 places et 4 salons privatifs ; un bar lounge ; une salle de fitness ; une salle de détente ; une médiathèque ; une halle de formation technique de 3 000 m2 ; un parking de 450 places ; un grand jardin ; un terrain pédagogique de poteaux électriques en extérieur

 

Courtesy ECDM / Jérémy Bernier 

 

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