Le Crac des Chevaliers : chroniques d’un rêve de pierre

Le Crac des Chevaliers : chroniques d’un rêve de pierre

Du 14 septembre 2018 au 14 janvier 2019 la Cité de l’architecture consacrera une exposition sur le Crac des Chevaliers. Dans la lignée des efforts fournis par la France pour sensibiliser au sort du patrimoine du Levant, l’exposition, fruit d’un partenariat entre la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine et la Cité de l’architecture, voudrait examiner le Crac des Chevaliers à la fois sous l’angle architectural et politique, en illustrant sa place symbolique dans l’imaginaire occidental.

Reine des forteresses au sein des États latins d’Orient, le Crac des Chevaliers est le fruit d’une longue histoire. Bâti à l’ouest de la Syrie actuelle, sur une éminence qui surplombe la plaine ou «trouée» de Homs, le Crac protège celle-ci et contrôle la route qui mène à la mer. Le site fut fortifié dès l’empire romain, puis lors de la conquête arabo-musulmane. Saisi par les Croisés en 1099, puis de nouveau en 1110, il fut finalement cédé en 1142 par Raymond II, comte de Tripoli, à l’ordre des Hospitaliers. Commencèrent alors de vastes campagnes de construction, qui firent du Crac une forteresse exceptionnelle par sa superficie et son ampleur. Conquise par le sultan mamelouk Baïbars en 1271, le site passe sous domination musulmane. De nouveaux travaux modifient alors l’intérieur et l’extérieur de la forteresse. Écartée progressivement des lignes de frontière et de conflit, le Crac est, pendant toute l’époque moderne, un paisible chef-lieu de juridiction administrative et judiciaire de l’Empire ottoman. Niché au sein de la forteresse, un village se développe.

Redécouvert par les voyageurs occidentaux dans la première moitié du XIXe siècle, et notamment par le baron Emmanuel-Guillaume Rey en 1859, le Crac sort peu à peu de l’ombre. Le mandat français sur la Syrie, à partir de 1920, attire sur le site autant l’armée française du Levant que les archéologues. À la mort de Camille Enlart, en 1927, Paul Deschamps se passionne pour la forteresse, et fait de son exploration et de sa sauvegarde une oeuvre personnelle. Deux missions successives, en 1927-1928 et en 1929, le convainquent que le seul moyen de sauver le Crac, alors envahi de constructions et en voie de dégradation, est de le faire acquérir par la France en pleine propriété. Cet objectif est atteint, à la suite d’un intense travail de lobbying, le 15 novembre 1933.

Sous le double contrôle de l’administration des Monuments historiques et du ministère des Affaires étrangères, le Crac est progressivement restauré et ouvert aux touristes. L’Exposition coloniale internationale de 1931, comme l’aménagement concomitant de la « salle des Croisades » au musée des monuments français contribuent à faire du Crac « le témoin le plus majestueux de l’art français en Orient », et un symbole national qui dépasse largement la forteresse elle-même. Tel Narcisse, l’Occident fasciné contemple dans le Crac sa propre image.
Délaissé pendant la Deuxième guerre mondiale, le Crac est cédé à la Syrie en 1948, deux ans après la fin du mandat. Restauré et mis en valeur par le nouvel État syrien, il sert notamment de cadre à de multiples productions audiovisuelles. Une campagne de restauration importante est engagée en 1997, et sanctionnée par l’inscription du Crac et de la citadelle voisine de Saône sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco en 2006. Plusieurs missions archéologiques, françaises et allemandes, en renouvellent profondément la connaissance. De nouveau bombardé en 2014, le Crac est restauré par les soins de la direction générale des antiquités et des musées de Syrie. Son sort est aujourd’hui lié aux évolutions de la guerre civile en Syrie.

Il ne vous reste que quelques jours pour profiter de l’exposition encore en cours à la Cité de l’Architecture  : Mai 68. L’architecture Aussi ! (jusqu’au 17 Septembre)

Wang Shu et Lu Wenyu : première exposition monographique en France !

Wang Shu et Lu Wenyu : première exposition monographique en France !

Arc en rêve centre d’architecture consacrera, du 31 mai au 28 octobre 2018, une grande exposition monographique pour la première fois en France, sur l’ensemble de l’œuvre de Wang Shu et Lu Wenyu de l’agence, Amateur Architecture Studio. L’agence distinguée en 2012 par le prestigieux prix d’architecture Pritzker porte un intérêt pour l’architecture traditionnelle chinoise. Son œuvre, en rupture avec la production urbaine majoritaire en Chine, se réalise avec une pratique engagée entre mémoire et projet, innovation et tradition.

© Iwan Baan

Wang Shu & Lu Wenyu, architectes installés à Hangzhou, développent au sein de leur agence Amateur Architecture Studio une approche résolument différente de l’architecture majoritaire en Chine.

© Iwan Baan

Par opposition à une modernité souvent destructrice dont ils s’émancipent, ils affirment de nouvelles pratiques de l’architecture, à la fois inventives et critiques.
Amateur Architecture Studio sont des constructeurs. Ils travaillent en prise directe avec les mutations de l’architecture et des modes de vie en Chine. Ils interprètent le savoir-faire traditionnel chinois dans un langage architectural contemporain, empreint de poésie.
Le nom de l’agence, Amateur Architecture Studio, traduit son intérêt pour l’architecture chinoise vernaculaire, artisanale, peu dispendieuse, spontanée et temporaire.

© Iwan Baan

Soucieux de préserver les techniques traditionnelles des savoir-faire populaires  Amateur Architecture Studio adopte une position critique vis-à-vis de la profession d’architecte en Chine qui, dans un contexte de mutations urbaines et rurales, privilégie l’image aux usages et cède le plus souvent aux logiques financières et aux manifestations symboliques.
L’agence se confronte à la question des destructions massives et à la reconstruction sauvage des villes chinoises.

© Iwan Baan

Ils exercent leur compétence au service de « la tradition contemporaine ». Ils défendent le caractère professionnel de l’architecture amateur ; cependant l’exercice conceptuel est sérieux : il s’agit de penser un mode de vie.
Ils exercent leur métier d’architecte à la manière de l’artisan, expert en innovation. C’est une démarche expérimentale au sens littéral. Il n’y a pas de postulat théorique préalable.
Le travail d’Amateur Architecture Studio se focalise sur la réinterprétation de l’architecture traditionnelle locale à partir du recyclage et de la réutilisation.

© Iwan Baan

La récupération de matériaux, le recours aux méthodes artisanales et aux techniques
de constructions ancestrales sont autant de sources d’inspiration.
Pour Wang Shu et Lu Wenyu, la forme est secondaire. L’architecture n’est pas artistique, ils ne s’opposent pas à l’art non plus. Le langage de l’art inspire simplement l’architecture pour construire en toute liberté.

© Iwan Baan

Au cours des dix dernières années, Amateur Architecture Studio a réussi à créer une œuvre remarquable, extrêmement singulière dans son écriture, qui interroge le rôle de l’architecte aujourd’hui, au-delà des frontières de la Chine.

© Iwan Baan

Exposition du jeudi 31 mai au dimanche 28 octobre 2018
arc en rêve centre d’architecture – grande galerie

Entrepôt, 7 Rue Ferrere, 33000 Bordeaux
ouvert du mardi au dimanche de 11:00 à 18:00
nocturne le mercredi jusqu’à 20:00

Immeubles pour automobiles, histoire et transformation

Du 20 Avril au 2 Septembre 2018, le Pavillon de l’Arsenal accueille l’exposition « Immeubles pour automobiles, histoire et transformation » sous la direction de DATA architectes avec Paul Smith, historien, Raphaël Ménard et Felix Pouchain (Elioth) et Antoine Espinasseau, photographe.

À la fin du XIXe siècle, la région parisienne est le berceau de la révolution automobile. Le rapide et spectaculaire essor de la « voiture automobile » s’accompagne de l’apparition de nouveaux archétypes bâtis, spécifiquement conçus pour cet objet technique inédit. À leur âge d’or, Paris compte plus d’une centaine d’immeubles pour automobiles, appelés garages, hôtels pour voitures ou garages-parkings. Aujourd’hui, alors que moins de 35% des ménages parisiens possède une voiture, ces parkings en élévation se vident. À l’image des constructions de la modernité abandonnées, des usines des faubourgs désertées, des entrepôts désaffectés, c’est désormais la mutation du patrimoine automobile qui est d’actualité. 
L’exposition « Immeubles pour automobiles – Histoire et transformations » révèle et envisage de façon théorique la mutation de ces édifices. Si individuellement chacun représente une opportunité, collectivement leur nombre et leur implantation invitent à une attitude renouvelée pour utiliser l’existant et éviter leur démolition. Conçue par les architectes de l’agence DATA avec l’historien Paul Smith, l’ingénieur Raphaël Ménard et le photographe Antoine Espinasseau, l’exposition explore en 4 séquences le potentiel de ces constructions dont les caractéristiques propres (système structurel rationnel, simplicité des dispositifs) en font des sortes de « squelettes capables » qu’il suffira peut-être dans un lendemain très proche de re-programmer avec de nouveaux usages pour continuer la construction de la ville non plus sur elle-même, par substitution ou tabula rasa, mais par elle-même, par transformation de ce qui est déjà là.

Mai 68. L’architecture aussi !

Mai 68. L’architecture aussi !

Du 16 mai au 17 septembre 2018 la Cité de l’architecture et du patrimoine accueillera l’exposition Mai 68. L’architecture aussi invite à revisiter cette vingtaine d’années (1962-1984) qui vit le renouvellement de l’enseignement accompagner celui de l’architecture, l’urbanisme. En France, dans le champ de l’enseignement de l’architecture, Mai 68 constitue un point d’orgue mais s’inscrit dans une perspective plus large tant du point de vue temporel (de l’après-guerre aux années 1970) que géographique. Les confrontations internationales ne manquent pas : les architectes voyagent, les livres et les idées circulent et l’enseignement de l’architecture est largement débattu.

Les directions que prennent l’architecture et son enseignement à partir du milieu des années 1960 sont multiples et les carrefours parfois dangereux. Les premiers troubles importants éclatent à l’Ecole des Beaux-Arts autour de 1966. Ils s’accompagnent d’une revendication des étudiants en architecture les plus avancés pour la Théorie « majuscule » et pour, à la clé, un statut d’intellectuels, reposant sur l’apport décisif des sciences humaines dans la formation des architectes.
L’engagement est politique – à gauche cela va de soi – mais aussi intellectuel, indissociablement tendu vers le renouveau théorique : c’est l’heure du structuralisme spéculatif avec son « effet-logie » qui emprunte autant à la logique mathématique qu’à la linguistique.

Conscients d’un changement inéluctable, les pouvoirs publics avaient bien tenté d’accompagner ce mouvement depuis un certain temps. Ils avaient élaboré un projet de réforme de l’enseignement – que Mai 68 vient faucher. Dès la rentrée suivante, l’architecture et son enseignement se réinventent, hors du cénacle des Beaux-arts, dans de nouvelles « unités pédagogiques d’architecture » (UPA) autonomes. La génération qui s’y forme, même si elle se fédère d’abord sur le rejet de l’héritage, crée de l’idéal et cherche à transmettre quelques références et représentations partagées.
« Années tournantes », les années 1968 s’étirent jusqu’au vote, en 1977, d’une Loi sur l’Architecture qui relaie en partie l’agitation pionnière. Son contenu général déplace notamment l’architecture vers le pôle de la qualité alors qu’elle était depuis la Reconstruction dominée par la quantité.

L’exposition Mai 68. L’architecture aussi invite à revisiter ce champ des possibles, cette vingtaine d’années (1962-1984) qui vit le renouvellement de l’enseignement accompagner celui de l’architecture, de l’urbanisme et des professions qui leur sont attachées.

Le refus virulent de l’héritage ou tout au moins son évolution, l’engagement de ceux qui ont fait des années 1968 un moment de basculement, la réinvention des formes et des contenus pédagogiques qui s’en est suivie et enfin les hypothèses qui furent formulées alors pour la société et l’architecture, sont les grandes thématiques qui permettent d’analyser cette aspiration à faire de l’architecture autrement.

L’exposition sera également marquée par un colloque international – Les années 1968 et la formation des architectes. Perspectives internationales – qui se déroulera le Mardi 15 mai 2018 et la Mercredi 16 mai 2018 – de 9h30 à 18h30. 

Ce colloque reviendra sur les formes que prennent les pédagogies en architecture hors de France, dans les années 1960-1970, au moment où différents facteurs contribuent à légitimer des changements de paradigmes de la théorie architecturale. Alors que les contenus s’ouvrent largement aux sciences humaines ainsi qu’aux expérimentations mathématiques et informatiques, des alternatives constructives émergent, notamment sur des thèmes tels que l’écologie, l’environnement ou la place de l’usager.

En regard de l’exposition « Mai 68. L’architecture aussi ! » consacrée à la bascule que connaît la scène architecturale française entre 1962 et 1978, ce colloque international permettra, au travers de contributions thématisées, de cartographier à l’échelle internationale une série d’expériences pédagogiques, d’évaluer dans quelle mesure elles ont « fabriqué » des architectes prêts à embrasser la diversité des métiers de l’architecture ou, a contrario, à prendre des positions culturelles et politiques plus différenciées.

15 mai 2018 Cité de l’architecture & du Patrimoine / Auditorium
16 mai 2018 Ecole nationale supérieure d’architecture Paris-Malaquais / Amphi 2 des Loges

Responsables scientifiques : Anne Debarre, ENSA Malaquais ; Marie-Hélène Contal, CAPA ; Caroline Maniaque, ENSA Normandie ; Eléonore Marantz, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Jean-Louis Violeau, ENSA Nantes.

Organisateurs : Cité de l’architecture & du patrimoine ; Laboratoire ACS, ENSA Paris-Malaquais ; Laboratoire HiCSA, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ; Laboratoire ATE Normandie, ENSA Normandie ; Laboratoire CRENAU, ENSA Nantes.

Dominique Perrault : La Bibliothèque nationale de France, portrait d’un projet

Cette année 2018 marquera les 20 ans de l’ouverture au public de la Bibliothèque nationale de France. Pour l’occasion, son concepteur, Dominique Perrault, nous propose de revenir sur ce bâtiment phare à travers l’exposition : « Dominique Perrault – La Bibliothèque nationale de France, Portrait d’un projet 1988 – 1998 ».  Cet événement sera inauguré par l’architecte lui même en tant que commissaire mais aussi scénographe associé. Pour la première fois, l’histoire de la construction de ce bâtiment emblématique, aujourd’hui labellisé « Architecture contemporaine remarquable » sera présentée au public. L’exposition, qui se déroulera du 10 avril au 22 juillet 2018 à la BNF, retracera, de 1988 à 1998, le processus de création de cet édifice ayant été marqué par des débats intenses, par l’engagement de nombreux partenaires et par de multiples expérimentations jalonnant sa conception et sa réalisation.

Le 14 juillet 1988, François Mitterrand, alors Président de la République réélu pour son second septennat, émit la volonté d’offrir à la Nation une nouvelle bibliothèque nationale. En 1989, à l’issue d’un concours international, l’architecte Dominique Perrault, à seulement 36 ans, est désigné lauréat. Après le Grand Louvre, l’Opéra Bastille ou l’Institut du Monde Arabe, ce nouveau projet situé hors du Paris historique parachève la politique des Grands travaux menée durant deux septennats. Il s’agira pour l’architecte de créer « une place pour Paris, une bibliothèque pour la France », un lieu ouvert à tous, à la fois espace public et parcours initiatique.

© Dominique Perrault Architecture (DPA)

Le projet, novateur par son architecture et son inscription dans un site alors largement en friche, constitue l’acte fondateur du développement de tout un nouveau quartier de la métropole parisienne. Il est aussi une réalisation fondamentale dans la pratique de Dominique Perrault, premier exemple d’une architecture du « Groundscape » : une architecture du sous-sol envisagée comme domaine d’exploration capable de redéfinir la nature du territoire de nos cités et conçue pour dresser les contours d’une nouvelle urbanité.

© Dominique Perrault Architecture (DPA)
© Dominique Perrault Architecture (DPA)

Avec ses tours d’angles comme quatre livres ouverts se faisant face et qui délimitent un lieu symbolique, la Bibliothèque de France, lieu mythique, marque sa présence et son identité à l’échelle de la ville par le réglage de ses quatre coins. Ces balises urbaines mettent en valeur le « livre » avec un mode d’occupation aléatoire des tours qui se présente comme une accumulation du savoir, d’une connaissance jamais achevée, d’une sédimentation lente mais permanente. Autres métaphores complémentaires, qu’elles se nomment tours des livres, ou silos, ou étagères immenses aux rayonnages innombrables, ou labyrinthes verticaux, l’ensemble de ces images sans ambiguïté converge vers une identité forte de ces objets architecturaux.

© Dominique Perrault Architecture (DPA)

L’installation d’une place fonde la notion de disponibilité de trésor, les tours ont permis de le repérer et de l’identifier comme culturel. L’espace public offrira le contact physique, direct et naturel entre l’institution sacrée et l’homme de la rue. L’incrustation d’un jardin achève la mise en place symbo- lique du projet, en offrant un lieu de calme à l’abri des nuisances de la ville. Tel un cloître, cet espace serein favorisera la méditation et l’épanouissement du travail intellectuel.

© Dominique Perrault Architecture (DPA)

En 1996, Dominique Perrault a d’ailleurs reçu le Prix Mies van der Rohe pour son œuvre : aujourd’hui, l’esthétique de la Bibliothèque François-Mitterrand, son minimalisme, ainsi que les matériaux utilisés, le verre et le fer, font référence.

© Dominique Perrault Architecture (DPA)

Pensée et mise en scène par l’architecte et son équipe, l’exposition sera séquencée en quatre thématiques. Les deux premières présentant l’objet architectural et son inscription dans un territoire, jalon d’un développement urbain que l’on connait aujourd’hui. La troisième mettra l’accent sur le vide emblématique que l’architecte a voulu placer au cœur du projet, le jardin, création inédite d’un véritable morceau de forêt à quelques mètres de la Seine. Le dernier volet de l’exposition plongera dans les détails des aménagements intérieurs et du mobilier, conçu spécialement pour le lieu. Présenté pour la première fois, l’essentiel du fonds provient des archives de Dominique Perrault. Quelques pièces sont issues des collections publiques du Centre Pompidou et du Centre FRAC Centre. 

© Dominique Perrault Architecture (DPA)
© Dominique Perrault Architecture (DPA)

Les visiteurs découvriront une grande variété de documents : croquis, dessins techniques, diapositives et ektachromes, photomontages, perspectives numériques ou réalisées à la main, maquettes d’études et de concours à différentes échelles, échantillons de matériaux, prototypes, etc. Ces pièces révèlent une période charnière pour l’architecture et la construction, à la jonction entre travail manuel de précision et débuts de l’informatique : alors que les documents du concours furent intégralement dessinés à la main, les outils numériques furent introduits au cours du développement du projet et jusqu’à la fin du chantier. L’ensemble de ces documents d’archives témoigne d’un chantier d’une rare ampleur. 

Pour comprendre davantage son oeuvre, le 24 avril prochain, les Mardis de l’architecture recevront l’architecte dans le cadre d’une conférence animée par Philippe Trétiack et à laquelle participeront notamment Marie-Christine Labourdette, nouvelle présidente de la Cité de l’Architecture.

Habiter Plus Habiter Mieux la nouvelle exposition du Pavillon de l’Arsenal

Habiter Plus Habiter Mieux la nouvelle exposition du Pavillon de l’Arsenal

Le centre d’urbanisme et d’architecture de la région parisienne inaugurera l’ouverture de sa nouvelle exposition temporaire « Habiter plus, habiter mieux » ce mercredi 4 avril 2018 à 18h15 au Pavillon de l’Arsenal avec la présence de la Maire de Paris Anne Hidalgo, ses adjoints Ian Brossat (Logement, Habitat Durable, Hébergement d’Urgence), Afaf Gabelotaud (Politique de l’Emploi, également présidente du Pavillon de l’Arsenal) et Jean-Louis Missika (Urbanisme, Architecture, Projet du Grand Paris, Développement Economique, Attractivité), ainsi que le directeur général du Pavillon de l’Arsenal, Alexandre Labasse.

Il s’invente aujourd’hui à Paris de nouvelles architectures du logement. Ces immeubles collectifs justes livrés ou encore en projets explorent des situations urbaines inédites et questionnent les formes traditionnelles de l’habitat ou leur fabrication. Certains expérimentent des stratégies de construction décarbonées, d’autres anticipent les modes de vie de demain ou interrogent la notion même de propriété.

L’exposition « Habiter Plus Habiter Mieux » , présentée du 5 avril au 2 septembre 2018, souhaite mettre à la portée de tous ces enjeux par la présentation de maquettes, films, interviews, prototypes, perspectives et plans d’une soixantaine d’architectures classées selon les questions qu’elles soulèvent. Où fabriquer les logements du Paris de demain ? Casernes, couvents, garages, bureaux, l’immeuble du futur est-il déjà là ? Peut-on encore inventer de nouveaux fonciers ? Comment construire mieux pour consommer moins ? Terrasses, balcons, loggias peut-on offrir plus d’espaces extérieurs et rester sobre ? L’appartement peut-il évoluer avec les rythmes de vie ? Et, si les programmes solidaires préfiguraient les logements du futur ?  Colocation, cohabitation, copropriété  à quoi ressemblera l’appartement à l’heure de l’économie du partage ?

 « Habiter plus, habiter mieux » succède ainsi à l’exposition temporaire « Inventons la métropole du Grand Paris » mise en place au Pavillon du 1er décembre au 04 mars 2018 présentant les propositions finalistes de l’appel à projets urbains. Le Pavillon de l’Arsenal accueille toujours l’exposition permanente « Paris, la métropole et ses projets » qui propose de revenir au travers de documents d’archives, photos, cartes, plans, films et maquettes numériques sur les 800m² qui lui sont consacrés.

Jean-Christophe Quinton explore l’immédiate étrangeté des formes

L’exposition Vers l’immédiate étrangeté des formes de Jean-Christophe Quinton résume 15 ans de pratique. Elle témoigne d’une démarche de projet radicale et cohérente, qui explore le potentiel phénoménologique des formes.

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CREE – Pourquoi ce projet d’exposition maintenant ?

Jean-Christophe Quinton : Ce que j’ai cherché à partager dans cette exposition, c’est une culture de projet. Ma première préoccupation n’était pas de prendre les projets un par un, mais de raconter ce qu’il y avait entre. La culture de projet sert à définir ce terrain dans lequel on va pouvoir agir. Pour réussir à la construire, à en dessiner les contours, et à affirmer mes engagements, il m’a fallu du temps. Et même des années pour développer trois convictions très simple : je pense qu’on peut renouveler l’architecture en utilisant ses ressources propres ; je pense que l’architecture doit être une expérience immédiate, pas cérébrale ni discursive ; je pense que l’architecture doit soulager la complexité des situations dans lesquelles on est. Les formes qui en résultent sont la source d’une expérience directe de l’étrangeté en architecture. Pour autant, je ne suis pas idéologue. Je ne pense pas tenir la vérité absolue. Mais j’ai envie d’explorer l’architecture d’une seule façon, non pas par rejet par rapport à d’autres stratégies, mais pour développer une coloration spécifique de l’architecture.

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Dans l’exposition, vous mettez en relation les corps architecturaux. D’une part, des dessins encadrés et des présentoirs à l’allure luxueuse ; d’autre part, un objet pyramidal en linteau de bois. Comment avez-vous pensé la scénographie ?

La représentation des projets suit littéralement les conditions et ressources de leur conception. Pour chaque projet, un schéma explicite le dispositif géométrique mis en place. Un plan éclaté rend compte de la relation entre la figure et l’usage (fonction et mesure). Une photo de maquette dans le site narre la grande relation de la figure et de l’environnement. Les photos démultipliées de détails des maquettes évoquent l’écriture du projet, champ dans lequel se rejoignent la matérialité et la construction. Un plan bleu détaille la pièce, cellule originelle du projet. Une axonométrie décrit la figure d’espace qu’organise le projet en mettant en relation la pièce et l’édifice. Un dessin filaire tout-en-un assemble coupe, plan et axonométrie et rend compte de l’étrangeté formelle du projet. Enfin, en s’éloignant de la culture de projet de l’architecte, la parole d’un poète évoque l’expérience immédiate de l’architecture.

Le grand socle principal, sorte de ziggourat, était au départ pensé de couleur blanche. Or, il m’évoquait un podium pour exposer des chaussures de luxe. Il m’a fallu trouver un équilibre. On l’a finalement construit comme on aurait fait un projet d’architecture, c’est à dire comme une maquette, qui en porte d’autres, son seul objectif étant de mettre en relation les choses. Toutes nos maquettes sont imparfaites. Elles sont réalisées à l’agence, pliées, colées, déchirées. Ce sont des test pour sentir si nous sommes sur la bonne voie ou non, si nous avons pris les bonnes décisions. La maquette a une puissance inouïe parce qu’elle dépasse les a priori. Elle permet de voir si l’on s’est menti à soi même, de trouver des imprévus ou des qualités qui peuvent émerger. On a finalement fait cette structure comme on a fait le reste.

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Formes et représentations constituent un ensemble cohérent. Comment fabrique-t-on ces correspondances ?  

A l’agence, on partage une culture de projet. Les petites maquettes que vous avez au début de l’exposition, ce sont des exercices. Tout architecte qui arrive à l’agence doit faire une réduction d’un de nos projets. Que reste-t-il du projet ? Quelle est son essence ? Quelque part, cela oblige à aller vers la culture de l’agence, et à mettre en forme, d’être avec la forme, mon objectif étant de réhabiliter la forme. Je crois que la forme n’est pas le formalisme mais qu’elle soulage des problèmes. Les grands architectes que j’adore, notamment Louis Kahn, ont eu un rapport très immédiat à la forme. Grace à elle, on crée de la qualité, on revendique la présence, pas la disparition ni l’intégration. C’est dans cette perspective que je refuse, d’un côté, ce débat esthétique qui enferme les architectes dans un rôle de plasticien, les réduisant à des « compositeurs formels ». Et de l’autre, je refuse de condamner la forme tant que je crois qu’il est possible de la réhabiliter, de lui faire confiance pour qu’elle puisse jouer ce rôle essentiel : celui de soulager la complexité.

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A côté de la beauté des éléments graphiques et visuels de projets, la poésie prend une part importante. Pourquoi ?

Je ne crois pas que les architectes soient les mieux placés pour parler de leur projet et de l’expérience la plus forte et la plus intime avec l’architecture. Je me souviens de la fois où je suis descendu dans le mémorial de la déportation sur l’Île de la Cité. Les murs sont rugueux, le silence d’un seul coup s’impose, le bruit de la ville s’éteint, l’étroitesse laisse place à la dilatation spatiale. L’effet est dramatique, très intense. Tout ça, c’est l’architecture qui l’organise. Je crois que l’étrangeté qu’il y a dans la poésie rend mieux compte d’une expérience sensorielle que l’explication synthétique et discursive de l’architecte. Le projet est là, il se manifeste à nous. Nous sommes en architecture. jean-christophe-quinton-vers-limmediate-etrangete-des-formesjean-christophe-quinton-vers-limmediate-etrangete-des-formes

Peu de maquettes parmi celles présentées dans l’exposition se sont concrétisées par une réalisation, mais elles forment un corpus homogène. Peut-on considérer que vous êtes un architecte projeteur plutôt qu’un architecte constructeur ?

Je ne fais pas cette distinction là, je considère que toutes les stratégies qu’on développe le sont pour donner corps à l’architecture et pour la faire exister. Pendant des années, ce qui nous intéressait était la possibilité de constituer une expérience, une architecture qu’on a envie de défendre. Ce n’est pas du tout s’éloigner de la construction, mais assumer un regard sur l’architecture en espérant que dans le temps on arrivera à convaincre. On a traversé 10 ans difficile où on a peu construit. On doit être à 150 projets dessinés pour seulement une dizaine de bâti. Pour nous, ca change maintenant, avec 7 PRO en cours. L’inflexion a eu lieu il y a un an. Je pense qu’il faut des années pour lancer une agence. Mais quelque part, j’ai toujours fait ce pari là. Je suis plus intéressé par dire que la spécificité d’un projet dans une situation complexe amène à défendre l’architecture de façon spécifique.

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A l’occasion de l’exposition, vous publiez un catalogue de vos projets, mais aussi Orson Voyage, un livre pour enfant. Pourquoi cette publication ?

Quand on aime l’architecture, on a envie de la partager, pas seulement avec ceux qui sont convaincus, mais surtout avec ceux qu’il faut convaincre. Quand je vois que l’architecture est déterminante pour l’ensemble de la société, et que personne n’en a vraiment conscience, je me dis qu’il faut commencer très tôt. Il est nécessaire de mettre en relation les enfants avec l’architecture. Non pas naturellement, puisqu’ils sont en relation direct et permanente avec elle, mais en faire un acte volontaire. Il faut leur offrir un terrain dans lequel ils peuvent rentrer et avoir une relation immédiate avec un peu d’architecture contemporaine. Orson Voyage, c’est l’idée qu’on n’explique pas l’architecture mais qu’on se porte avec elle, immédiatement, directement, que ça se manifeste sans avoir à en donner d’explication. Le dessin noir et blanc, qui reprend une esthétique de l’agence, peut faire de ce livre un objet précieux, mais aussi inviter au coloriage, de la même manière que l’architecture est à appréhender, à conquérir.

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L’exposition fait état d’une culture de projet. Vous êtes également enseignant, comment envisagez-vous la transmission de celle-ci à vos étudiants ?

Il faut savoir quel enseignant on veut être. Je plaide pour des écoles dans lesquelles chaque enseignant vient partager sa culture de projet, sans que l’on devienne des « gourous ». Pour cela, les écoles doivent permettre aux étudiants de constituer leur propre paysage académique en assemblant des cultures de projet diverses.

 

Enfin, depuis 2015, vous êtes directeur de l’ENSA de Versailles. Comment exercez-vous cette nouvelle fonction ?

J’ai été pendant presque 15 ans enseignant, car je suis convaincu que pas à pas, les petits projets et prises de position peuvent amener un peu de qualité, et qu’on peut y contribuer. S’il est difficile d’atteindre les personnes, il est évident qu’il faut former les jeunes architectes pour qu’ils s’engagent à défendre l’architecture. A un moment donné, être à l’agence ne suffit pas. Je suis convaincu que l’enseignement est un corollaire de la fonction d’architecte. La direction de l’école en est la continuité. L’enseignement a besoin d’une assise, d’un projet d’établissement qui lui soit favorable, qui lui permette d’être divers. Devenir directeur, c’est porter un projet qui pose des conditions pour donner les moyens aux enseignants de s’immerger encore plus pleinement.

Evidemment, on n’échappe pas à ce qu’on est. Si on a transformé l’école d’un point de vue administratif, cette transformation a des conséquences spatiales. Quand je parle de pédagogie et que je me dis qu’il faut offrir à tous les enseignants la possibilité de faire de la prospective à grande échelle, il faut déjà les espaces pour le faire. Dans cette école qui est cloisonnée, segmentée, satellisée, il faut rendre l’ensemble poreux ; mettre en relation l’administration, les professeurs, les chercheurs, les étudiants. L’architecture doit mettre en relation les corps.

Propos recueillis par Amélie Luquain

 

 

Vers l’immédiate étrangeté des formes, ouvrage paru à l’occasion de l’exposition à la galerie d’architecture, Paris 4e

Édité par Jean-Christophe Quinton, architecte, mars 2017, 45€

ISBN 978-2-7466-9951-9

 

Orson Voyage, dessins Jean-Christophe Quinton, dessins personnages André-Louis Quinton, textes Florent Schwartz. Design graphique : Studio Otamendi

Éditeurs Black White Rainbow productions, mars 2017, 20€

ISBN 978-2-9601998-1-9