« Du Grand Paris, à Paris en grand »

« Du Grand Paris, à Paris en grand »

Confié en juin dernier à l’architecte Roland Castro, le rapport commandé par Emmanuel Macron sur le Grand Paris est enfin rendu public. L’architecte y esquisse une réponse personnelle et originale aux interrogations sur l’avenir de la métropole parisienne.

 

Aujourd’hui d’actualité, la réflexion de Roland Castro sur le Grand Paris ne date pourtant pas d’hier ! Entamée en 1983, ou il imagine Banlieue 89 avec son confrère Michel Cantal Dupart un premier plan pour la métropole, elle ne cesse depuis d’évoluer et de se préciser. Retour sur ce qu’il faut retenir du « Paris en grand » de Roland Castro.

Le Grand Paris aujourd’hui : un constat brutal

Dès les premières lignes de son rapport, Roland Castro déplore la situation actuelle de la métropole parisienne dont la survie ne tient d’évidence qu’à l’inertie. Aucune innovation depuis le plan Prost, des dégâts considérables avec le Mouvement Moderne, la suppression du département de la Seine, ou encore l’incohérence des villes nouvelles. L’architecte de banlieue 89 ne mâche pas ses mots quand il s’agit du projet du Grand Paris.

Pourquoi Relancer le Grand Paris maintenant ?

Il existe pour Roland Castro au moins 7 bonnes raisons, de relancer le projet du Grand Paris aujourd’hui en perte de vitesse :

  1. Climatique et environnementale: canicules, pollutions, inondations nous imposent de réfléchir hors limite et collectivement à une bonne échelle territoriale.
  2. Sociale : une série d’urgences particulièrement prégnantes sur ce territoire appelle à une action d’envergure à l’échelle de l’agglomération (misère, exilés…).
  3. Sociétale : le Dataïsme, et la virtualisation du monde réveille le besoin d’habiter le lieu, de rencontrer l’autre physiquement, de travailler avec d’autres être humains.
  4. Infrastructurelles: certaines opportunités comme le Grand Paris Express sont des réalités en devenir mais néanmoins certaines.
  5. Evénementielles : l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques à Paris en 2024 est un accélérateur obligatoire de la fabrication urbaine, d’harmonisation de production de la beauté, de valorisation de la ville.
  6. Economiques : le Brexit donne une très grande opportunité en termes d’attractivité à Paris et à la France.
  7. Les initiatives innovantes : depuis quelques années les initiatives innovantes se multiplient et proposent des concours d’un genre nouveau, les Réinventer(Réinventer Paris, la Seine, la métropole du Grand Paris….).

Pour répondre à ces problématiques métropolitaines, Roland Castro propose de passer du Grand Paris à Paris en grand. Qui pour s’imposer comme nouveau modèle de métropole mondial doit être beau, Castro insiste. Et il ne sera beau qu’à certaines conditions :

Un Paris en grand oasis et soutenable 

Rattrapée par la question climatique, Paris doit absolument devenir un grand oasis métropolitain où la question de la nature est intiment liée à l’habitat.

Un Paris en grand polycentrique et attractif

L’obsession de l’activité économique ne doit pas dicter la ville. Il est important de renouer avec l’image du village et sa valeur ajoutée.

Une Paris en grand hospitalier

La métropole parisienne se doit impérativement d’accueillir dignement les exilés, de plus en plus nombreux, à arriver en France.

Un Paris en grand doux et circulable

De nos jours, les premières mobilités sont pédestres, cyclables, glissantes, autonomes et individuelles. C’est à partir de cet état de fait qu’il faut penser les mobilités accessibles à tous.

Un Paris en grand intelligent et innovant

La ville  numérique n’est pas à rejeter dès lors qu’elle contribue à l’optimisation des flux pour rendre la ville plus efficiente.

Un Paris en grand rayonnant

Paris exerce une fascination toute particulière du fait de son caractère de ville-monde, son cosmopolitisme. Elle doit pour Roland Castro donner à se perdre dans une éblouissante succession de sollicitations et d’émotions.

 

Les Architectes du Grand Paris Express, saison 2 ça continue : 4 dates à ne pas manquer !

Les Architectes du Grand Paris Express, saison 2 ça continue : 4 dates à ne pas manquer !

Saison #2 « Les Architectes du Grand Paris Express » reprend du service à la rentrée avec un rendez-vous chaque premier mercredi du mois de 19h à 20h30

La Société du Grand Paris organise, en partenariat avec la Maison de l’Architecture en Île-de-France, une deuxième saison de huit conférences, au cours desquelles les architectes mais aussi les artistes, urbanistes, designers et paysagistes du Grand Paris Express racontent leur travail.

Fort du succès rencontré par la première saison du cycle de conférences autour des architectes des futures gares du Grand Paris Express, qui a réuni plus de 1 500 personnes d’avril à décembre 2017, la Société du Grand Paris organise, en partenariat avec la Maison de l’Architecture en Île-de-France, une deuxième saison d’exposés et de débats sur la création du nouveau métro.
Ce nouveau cycle de 8 conférences ayant débuté le mercredi 4 avril 2018, se poursuit à la rentrée après une pause estivale. Quatre rencontres sont programmées au cours de ce dernier tiers de l’année 2018 où les architectes en charge de la conception des gares y présenteront leurs projets, afin d’engager le dialogue sur ces ouvrages d’art qui combinent enjeux techniques, urbains et architecturaux. Dans le cadre de ces conférences thématiques, la parole des architectes sera complétée de celles des artistes, designers, urbanistes et paysagistes qui donnent vie au réseau. Ainsi, les enjeux relatifs à la conception des espaces publics autour des gares, à l’intégration d’œuvres d’art dans les espaces du métro ou au déploiement de démarches artistiques et culturelles sur les chantiers seront abordés.

Mercredi 05 septembre : Avec les collectifs impliqués dans le programme artistique et culturel des Chantiers Partagés 

  • Agrafmobile /Malte Martin
  • COAL
  • Collectif Parenthèse
  • Collectif Ne Rougissez Pas
  • Si architectes
  • Yes We Camp

Mercredi 3 octobre : Les places du Grand Paris Express : urbanisme, paysage et architecture

Mercredi 7 novembre

  • Marc Barani -Atelier Barani
  • Daniel Jongtien – Benthem Crouwel Architects
  • Yves Pagès – Explorations Architecture

Mercredi 5 décembre

Entrée libre (dans la limite des places disponibles)
Inscription par ICI 
Chapelle des Récollets – Maison de l’Architecture en Île-de-France

Revoir Paris en Grand – Guide d’architecture de Paris chez DOM

Vue sur La Défense (c) Jean-Philippe Hugron

Quoi de plus banal et indispensable qu’un guide d’architecture? Au fil des pages s’égrène l’inventaire tranquille des trésors construits : l’incontournable icône côtoie l’injustement méconnu à redécouvrir. La proximité du papier rétablit un semblant de justice et de démocratie architecturale. Plus la ville est grande et célèbre, plus l’exercice est difficile. Comment faire son choix dans la masse de bâtiments que renferme un ensemble métropolitain comme Paris? Comment, aussi, éviter de répéter les choix des auteurs s’étant précédemment essayés à l’exercice? Jean-Philippe Hugron, critique et chercheur, avait parfaitement conscience de ces écueils lors de la rédaction de son guide tentant le pari de décrire 120 années de patrimoine architectural parisien en 257 exemples — à peine 2 par an! Une gageure, d’autant que le guide dépasse les limites du Paris intra-muros pour couvrir ce que l’on appelait hier la banlieue, et que l’on nomme désormais « Grand Paris ». À titre de comparaison, le Guide d’architecture Paris 1900-2008 édité par le pavillon de l’Arsenal rassemblait 1200 exemples construits sur la commune de Paris en 110 ans.

C’est à la découverte de ces territoires variés autant que de l’hypercentre que l’ouvrage se propose d’aller, en dosant habilement découvertes et incontournables, en privilégiant les édifices accessibles dans leur localisation ou leur ouverture au public.

Des choix difficiles

Les choix de l’auteur sont clairs « réaliser un guide d’architecture portant sur la période 1900-2016 relève d’un exercice quasi-cleptomane… Bien d’autres ouvrages ont d’ores et déjà compilé, à défaut de quelques récentes actualités, les richesses architecturales de Paris. Toutefois, aucun n’a jusqu’alors présenté Paris et sa banlieue ». C’est à la découverte de ces territoires variés autant que de l’hypercentre que l’ouvrage se propose d’aller, en dosant habilement découvertes et incontournables, en privilégiant les édifices accessibles dans leur localisation ou leur ouverture. Hormis 5 images, toutes les images de grande qualité sont de l’auteur, ce qui mérite d’être signalé. Le guide suit un fil chronologique découpant 120 années en 7 périodes, bornées de préférence par les évènements qui provoquèrent des changements en architectures : 68 et la réforme de l’enseignement, 74 et l’arrivée de Giscard au pouvoir, marquant le rejet de l’architecture moderne et la fin d’une architecture étatique entreprenante… Non sans ironie, le chapitre 1968-1974 appelé « interdit d’interdire » appose le slogan libertaire soixante-huitard sur les préfectures d’île de France, pur produit de ce dirigisme gaulliste qui dénonçait la chienlit estudiantine envahissant les rues en mai 68. La sélection globale présente beaucoup de bâtiments publics, qu’ils soient civils ou religieux. Les églises de l’après-guerre sont bien représentées, à juste titre puisqu’il s’agit d’un patrimoine à la fois méconnu et intéressant. Les OVNI y ont aussi leur place — MAPAD de Nuñez-Yanowsky à Alfortville, conservatoire de Le Goas à Montreuil, MJC (maison des jeunes et de la culture) de Dubrulle à Argenteuil.

MAPAD (maison d’accueil pour personnes âgées dépendantes), Manuel Nuñez-Yanowsky architecte, 1987 (c) Jean-Philippe Hugron

La métropole d’Amélie Poulain ?

Les tours ou IGH figurent aussi en bonne place, reflétant un tropisme de Jean-Philippe Hugron pour la grande hauteur. On aurait aimé un même intérêt pour le logement, qui n’apparaît que sporadiquement dans le guide, et souvent sous ses formes les plus spectaculaires — Nuñez-Yanowsky et Bofill à Marne, Bofill à Cergy. La production de logements, abondante à toutes les époques et aussi ces dernières années, contredisait sans doute trop une grande thèse de l’auteur : Paris deviendrait une ville-musée s’amélipoulinisant pour plaire au touriste. On cherche encore la belle Amélie dans tous les logements de l’Est Parisien construits depuis 1990, entre les opérations ponctuelles des arrondissements chiffrés de 18 à 20 (et éventuellement 10-11-12), ou dans les grands secteurs d’aménagements de la Seine-Rive-Gauche et Batignolles. Et dans les quartiers centraux, en laissant le logement de coté, on se demande ce que la canopée de Halles — pas un petit morceau —, la transformation de la samaritaine et de bien d’autres bâtiments — Gaîté Lyrique, Halle au grain, Poste du Louvre — à encore à voir avec l’héroïne du film de Jeunet.

À vouloir à tout prix rentrer dans le cliché que les touristes appliquent à Paris, on finit par en oublier la particularité : une ville qui se transforme et s’adapte en permanence en gardant son image, et se prépare aujourd’hui tant bien que mal à prendre sa dimension métropolitaine et affronte la mondialisation en jouant sur une des cartes les plus prisées, le patrimoine, cible d’enjeux économiques remarquablement décrits par Luc Boltanski  et Arnaud Esquerre dans l’ouvrage « Enrichissement » (1). On peut ne pas aimer ce tournant, ou trouver certains projets ratés – que dire d’autre de la rénovation de la piscine Molitor, devenus bains de luxe surmontés d’un hôtel ? Mais un guide sur Paris se devrait aussi de restituer l’impact de ses enjeux sur le bâti dans leur complexité plutôt que de reconduire les lieux communs les plus paresseux, surtout à l’aube des transformations olympiques qui attendent la métropole.

_Olivier Namias

  1. Au-delà de l’industrie du tourisme, rappelons que le Grand Paris est le troisième marché mondial de l’immobilier tertiaire, et que sa partie la plus dynamique, le QCA – quartier central des affaire, occupe le centre ouest de la capitale.
Ex-Soufflerie Hispano-Suiza, Bois-Colombe. Vestige du passé industriel de l’Ouest Parisien, le batiment construit en 1937 par les frères Haour a été reconverti en école primaire en 2006 par Patrice Novarina et Alain Béraud (c) Jean-Philippe Hugron

 

Guide d’architecture, Paris

Par Jean-Philippe Hugron

DOM Publishers, Berlin, 2017

312 p., 24,4 x13, 4 cm, 38 €

ISBN 978-3-86922-655-2 (en français)

ISBN 978-3-86922-445-9 (en allemand)

https://dom-publishers.com/

 

Église Notre-Dame-de-la-Paix, Suresnes, Dom Bellot architecte, 1934 (c) Jean-Philippe Hugron

 

Conservatoire de Montreuil, Claude Le Goas architecte, 1977. (c)Jean-Philippe Hugron
Fondation Louis Vuitton, Paris, Frank O. Gehry architecte, 2014 (c) Jean-Philippe Hugron
Les espaces d’Abraxas, Noisy-le-Grand, Ricardo Boffil architecte, 1983 (c) Jean-Philippe Hugron
Long de plus de 600 mètres, les anciens entrepôts Macdonald, au nord de Paris, ont fait l’objet d’un important projet de restructuration impliquant quinze architectes (2015). Ici, de gauche à droite, logements de Brenac&Gonzales et Stéphane Maupin. Architecte de l’entrepot : Marcel Forest, 1970. (c) Jean-Philippe Hugron

Mode, Modernisation, rénovation, destruction : la revue de presse du 14/03/2017

La MAPA d’Alfortville se modernise, l’Afrique cherche des alternatives au béton, une marina en île de france, la mode kiffe l’archi, Fallas et architecture, Le Corbusier, Khrouchtchev : du rififi à Moscou, le Quebec cherche une politique architecturale.

 

 

Du neuf avec les vieux

À Alfortville « la fusée de Tintin » ou « Goldorak », la maison d’accueil pour personnes âgées (MAPA) la plus délirante de France, va s’offrir une cure de jouvence à 2,4 M€. C’était l’œuvre de la vie du maire de l’époque, Joseph Franceschi, qui avait voulu cet « endroit de liberté », dont il disait avoir imaginé jusqu’à la « couleur des carrelages et la dimension des portes ». Néanmoins, Franceschi n’aurait jamais pu construire cette chose sans le secours de Manuel Nuñez, architecte alors en vogue. La remise aux normes incendie et la prévention des risques inondation impose d’important travaux à l’établissement de 60 lits. « Ce projet (…) “Ambitieux”, selon le maire PS Luc Carvounas, pour “un marqueur de la ville” a reçu le soutien de l’État. Une aide de 500 000 € a été débloquée par la secrétaire d’État à l’Autonomie, Pascale Boistard, qui s’ajoute à la subvention du Département (300 000 €). Le reste est financé par emprunt, à charge du groupement Les EHPAD publics du Val-de-Marne » nous apprend Le Parisien-Val de Marne. Le quotidien recueille au passage le sentiment des pensionnaires sur la vie dans la maison. Micheline Osinski déclare aimer le grand atrium, remède au sentiment de solitude. Quand au « cantou » — coin du feu en occitan — lieu de rencontre qui occupait le rez-de-chaussée, il sera déplacé à l’étage pour être à l’abri des inondations. Qui osera dire que la vieillesse fait un naufrage ?

Via Le Parisien

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Alfortville, ce jeudi. La maison d’accueil pour personnes âgées Joseph-Franceschi a Alfortville a ouvert ses portes le 14 décembre 1987. LP/A.V Via Le Parisien
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Le « cantou » au rez-de-chaussée. LP/A.V. via le parisien

 

LAfrique, premier continent sans béton?

« Dans sa quête de modernité, le bâtiment africain s’est malheureusement coupé de sa tradition bioclimatique séculaire, un ensemble de savoir-faire qui a permis aux habitants d’affronter des climats parfois extrêmes. Aujourd’hui, sur le continent, les constructions sont souvent mal adaptées au climat chaud, thermiquement inconfortables et énergivores » constate Le Point Afrique. Porté par la popularité d’architectes comme Francis Kéré, David Adjaye, ou du défunt Hassan Fathy, les architectes et les ONG entament des recherches dans les matériaux de construction : terre crue, mais aussi typha, un roseau dont la structure alvéolaire présente d’intéressantes caractéristiques d’isolation et de perméabilité à l’air. « Le typha semble aujourdhui être linnovation la plus en vue et la plus avancée; mais nul ne sait si elle va tenir ses promesses », explique l’article. L’enjeu est de taille : 80 % des bâtiments qui seront habités en 2050 ne sont pas encore construits.

Via Le Point Afrique 

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À Dakar, au Sénégal. © Jeff Attaway/Flickr, CC BY via le point afrique
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Des hommes en plein travaux d’une maison bâtie avec du typha via le point afrique
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Exemple de construction habitation au Sénégal, à partir du typha. © Flirck via le point afrique

 

Aux diplômés d’archi, le Maroc pas reconnaissant

« Les étudiants de l’EAC (école d’architecture de Casablanca) ont fait un choix courageux et ambitieux d’étudier au sein de leur pays, dans le cadre socio-économique dans lequel ils seront amenés à travailler demain et en sont fiers. Leurs profils sont largement appréciés tant sur le marché marocain qu’international, des étudiants ont même pu joindre des cabinets internationaux d’envergure (Espagne, France, Belgique, Pays-Bas et Italie) ». Pourtant, l’association des lauréats et étudiants de l’école d’architecture de Casablanca (ALEEAC) demande en vain depuis 2004 la reconnaissance officielle du titre délivré par l’école, et le droit d’exercer le métier et le port du titre d’architecte en nom propre pour tous ses étudiants diplômés. Une situation incompréhensible, l’EAC ayant été créé par l’État marocain suite à appel à manifestation d’intérêt auprès des architectes, un cahier des charges contraignant encadrant les enseignements. L’établissement est placé sous la double tutelle du ministère de l’urbanisme et l’aménagement du territoire et du ministère de l’Enseignement supérieur. C’est ce dernier qui fait attendre l’agrément d’équivalence qui permettrait la reconnaissance de la formation déjà évaluée positivement à maintes reprises par l’ENA locale. Pas archi pressé, au ministère de l’Enseignement supérieur !

via Le Desk 

 

 

Quand la mode aime l’archi

« Quand j’étais étudiant, je créais des bâtiments autour des corps, pas des vêtements. Aujourd’hui, dix ans après, j’ai encore cette obsession. Je vois parfois la silhouette comme un building sur lequel j’appose l’esthétique gothique de Bruges, ma ville natale. Cela se traduit par des lignes extrêmement verticales, allongées, qui mènent le regard vers le haut et des jeux de patronages cachés » explique Guy Martens, qui est devenu directeur artistique la marque de vêtement Y/project après des études de design intérieur. Un des nombreux exemples attestant de l’engouement pour l’architecture qui traverse actuellement le monde de la mode. «Les accessoires semblent aussi de plus en plus conçus comme des édifices. On pense à la géométrie précise des sacs et pochettes d’Hugo Matha, créés dans des matériaux souvent utilisés en construction, comme le bois ou le Plexiglas. Il y a aussi les bijoux graphiques de l’Américain Eddie Borgo, inspirés par les édifices modernistes, ou les mallettes de Young Jin Jang, influencées par la fonctionnalité des immeubles coréens» explique le magazine Grazia. L’architecture sert à la fois de modèle et d’écrin « Une silhouette doit désormais évoluer dans un contexte. Elle sera d’autant plus instagrammée. Un styliste ne pense plus seulement à une jupe ou un haut, mais à un look, à la fille qui va l’incarner et où elle va le faire. […] Nicolas Ghesquière, féru d’architecture, présente depuis deux ans la ligne Croisière de Louis Vuitton dans des édifices emblématiques». Quels sont les architectures les plus en vogue, et pourquoi ? «Les lieux donnent des références subconscientes, qu’il s’agisse d’espaces urbains connus du type Niemeyer, ou de monuments célèbres comme l’abbaye de Westminster, où Gucci a présenté son défilé croisière 2017″, précise Serge Carreira. Comme les lieux de shows, les boutiques doivent refléter avec précision la vision du créateur». Pour paraphraser le designer Raymond Loewy : l’architecture fait vendre.

via Grazia 

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En mai 2016, Louis Vuitton présentait sa collection Croisière 2017 au musée d’Art contemporain de Niteroi, à Rio via grazia

 

Une politique architecturale pour le Québec

Pendant que les fashionistas tentent d’épuiser les icônes de l’architecture, Nathalie Dion, présidente de l’Ordre des architectes du Québec, cherche à doter la belle province d’une politique architecturale cohérente. Les citoyens de treize villes québécoises vont être consultés pour expliquer en quoi l’architecture influence leur vie quotidienne, dire ce qui leur plaît dans les édifices et lieux publics qu’ils fréquentent, et donner leurs idées sur la sauvegarde du patrimoine. Les informations recueillies permettraient « de doter l’État d’une vision commune de l’architecture […], d’harmoniser les règles, les règlements, ce qui ferait en sorte que les bâtiments répondraient durablement aux défis d’aujourd’hui et de demain. On peut parler des changements climatiques, du vieillissement de la population, de la cohésion des communautés et de la préservation du patrimoine » a déclaré Nathalie Dion,, non sans préciser qu’un tel projet « ne pouvait pas se réaliser en criant “lapin” ». Pas plus qu’en criant « chameau », l’animal totem symbole des malfaçons architecturales.

via L’Actualité 

 

Un nouveau havre pour les navigateurs du Grand Paris

Un port de plaisance : voilà sans aucun doute un équipement dont la région parisienne est insuffisamment dotée. Une carence cruelle que Cormeilles-en-Parisis entend combler, avec la construction d’une marina de 150 à 200 anneaux et 1200 logements. « Depuis que le cimentier Lafarge a trouvé un accord avec Bouygues Immobilier pour la vente de son terrain de 22 ha sur les berges de Seine, les choses “avancent plus vite que prévu”, selon le maire (LR), Yannick Boëdec, qui prévoit […] l’arrivée des premiers habitants pour 2 022 ». Le maire de la commune voisine de Sartrouville est emballé, celui de La Frette, autre commune limitrophe, « ne voit pas le projet d’un mauvais œil ». Un architecte compétent en la matière est déjà au travail « il s’agit de Xavier Bohl, qui a déjà imaginé Port Grimaud et Port Fréjus, dans le Var, ou encore Port Chiberta, à Anglet, dans les Pyrénées-Atlantiques. À en croire le premier visuel dévoilé par Yannick Boëdec sur sa page Facebook, Port Cormeilles ressemblera à s’y méprendre à Port Cergy, la première marina construite en Île-de-France. “Ce sera différent, nuance l’édile. Car le bassin qui accueillera les bateaux ne sera pas dépendant des variations du niveau de la Seine.”». Il ne reste plus qu’à construire une mer digne de ce nom pour baigner ces deux ports de légende.

Via Le Parisien 

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Selon le premier visuel architecte dévoilé, le futur port de plaisance de Cormeilles-en-Parisis ressemblera à celui de Port-Cergy. (Atelier Xavier Bohl) via le parisien

 

L’architecture mise à nue par ses bûcherons, même

Depuis Twin Falls, Idaho, Liyah Babayan, gérante de l’Oh La La boutique, témoigne « vous retournez dans la rue, et là c’est un genre de choc au départ quand vous réalisez qu’il manque quelque chose. Et vous réalisez que ce sont les arbres », qui bordaient la route, et que la ville a fait couper pour le plus grand mécontentement de certains clients fréquentant les commerces du lieu. Mais il y a plus grave « sans les arbres, les gens ont commencé à remarquer combien la ville était ancienne (c’est à dire que certains de ses bâtiments ont été construits vers 1900, NDLR), et qu’elle aurait besoin de quelques réparations ». Sans les arbres, remarquent d’autres, l’architecture est complètement exposée, pour le pire et le meilleur : «ce sont de magnifiques bâtiments, s’enthousiasme un commerçant, ils ont de la personnalité, une histoire… ». Les premiers ravalements sont envisagés pour leur redonner leur lustre d’antan et leur valeur d’aujourd’hui. À Twin Falls, c’est donc bien l’arbre qui cachait la forêt d’édifices.

via KMVT 

 

Un Gabon sans foncier ?

«Si nous n’y prenons garde, il n’y aura plus de foncier pour l’Etat gabonais avant la fin du siècle, peut-être même avant. Parce que tel que c’est parti avec la multiplication des SCI et de projets parfois mal conçus, l’État est en train de perdre le foncier» a avertit le vice-premier ministre du Gabon Bruno Ben Moubamba. Pour parer à cette éventualité, l’administration centrale gabonaise met sur pied «un nouvel ordre urbanistique» et enjoint ses agents à « proposer des esquisses de planification de vos villes, en projetant des réserves foncières qui seront transformées en déclaration d’utilité publique, afin de sécuriser le foncier». Une initiative bien perçue par les directeurs provinciaux de l’urbanisme « pour faire face à l’anarchie foncière, ils ont promis faire œuvre pédagogique en sensibilisant les acteurs des collectivités locales qui, parfois font primer le droit coutumier sur le droit légal».

Via Gabon Review 

 

 

Deux auxerrois architectes et falleros

Étrange destin qui a conduit Romain Viault et Xavier Laumain, deux architectes auxerrois à construire une falla, un monument de carton-pâte exposé dans les rues de Valence (Espagne) durant la fête des Fallas. Baptisée Postnatura, leur falla « nous projette dans un avenir incertain, où l’Homme n’a pas su préserver son environnement. L’arbre, souvenir de cette Nature disparue, est devenu un produit industrialisé, mercantile, et prêt-à-monter », explique Romain Viault. Figure centrale, l’arbre est fait d’un enchevêtrement de Y atteignant six mètres de hauteur. « Le “Y” n’a pas été choisi par hasard. En anglais, cette lettre se prononce comme “why”, qui signifie pourquoi. Un effet sémantique recherché par le duo d’architectes. “Cette sculpture invite à s’interroger sur le pourquoi de la dégradation de l’environnement”». Why alors, brûler ce monument et les 760 autres montés dans la ville au terme de quatre jours de festivité ? Le bilan carbone va-t-il condamner cette tradition, inscrite au patrimoine immatériel de l’UNESCO depuis 2016 ?

via L’Yonne 

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via l’yonne

 

A l’ombre du Corbu en pleurs

« Le moins que l’on puisse dire, c’est que Moscou est une ville au patrimoine urbain très chahuté », relève Antoine Picon, président de la fondation Le Corbusier. Picon et la fondation s’inquiètent du projet d’immeubles de 58 mètres qui risque de bientôt faire de l’ombre au Centrosoyouz, seul œuvre de Le Corbusier en Russie. « Si ce projet venait à être réalisé, il aurait pour conséquence de modifier de manière extrêmement dommageable l’environnement immédiat du Centrosoyouz dont la composition avait pris en considération l’ensemble des bâtiments existants à l’époque », a plaidé Picon dans une lettre adressée au maire de Moscou et au ministre de la Culture de Russie. Les experts jugeant, dans un style tout soviétique, les voisins du Centrosoyouz « moralement et physiquement dépassés », il y a de fortes chances de les voir disparaître. Classé monument historique, l’immeuble du Corbu est protégé des destructions, mais devra s’accommoder de ces mutations contextuelles.

via Le Parisien 

 

 

Moscou : de Khrouchtchev Vladimir fait table rase

Les vicissitudes du Centrosoyouz ne sont que moindre mal si l’on songe au sort qui attend 8 000 immeubles construits dans la capitale russe durant l’ère Khrouchtchev, des édifices de logements préfabriqués aussi surnommés « cinq étages » abritant 10 % de la population moscovite. Le maître du Kremlin vient d’ordonner leur démolition-reconstruction pour un coup représentant deux fois le budget annuel de la ville, soit 67 milliards d’euros, sans que l’on sache vraiment comment sera financée ce que le journal suisse Le Temps qualifie de «démolition du siècle». La plupart des habitants sont devenus propriétaires des logements durant les années 90. Certains occupants de ces « cinq étages » réputés pour leur médiocre qualité constructive se réjouissent « C’est un peu la honte d’habiter dans ce taudis. Les murs sont affreux, les canalisations sont pourries, il y a sans arrêt des problèmes d’odeur et d’infiltrations venant du toit ». D’autres craignent la relégation au-delà du périphérique local — très loin du centre — quand ils ne flairent pas l’entourloupe pure et simple «jai sué sang et eau pendant une année entière à tout refaire. Nous avons pu racheter lappartement voisin et nous avons maintenant un bel appartement de 100 m2. Et maintenant, on veut nous caser dans une cage à lapin et qui sait dans quelles conditions? On entend un tas dhistoires de logements neufs construits par l’État où on vous donne les clés dun appartement aux murs en béton nu et sans plancher!». Propriétaires de tous les pays, contre ce nouveau genre de logement fruit des noces baroques de l’autoritarisme post soviétique avec le capitalisme le plus débridé, unissez-vous !

via Le Temps 

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Vladimir Poutine ordonne la démolition du siècle via le temps

Olivier Namias

Inventons la métropole du Grand Paris : première phase

Inventons la métropole du Grand Paris : première phase

Inventons la métropole du Grand Paris a publié ce 1er mars 2017 les résultats complets de la première phase, téléchargeable sur le site. Regard sur :

 

inventons la metropole du grand paris carte des sites

 

Inventons la métropole du Grand Paris se pose comme un appel à projets innovants, lancé par la préfecture Paris Ile-de-France, la Métropole du Grand Paris et la Société du Grand Paris. Cette première aire métropolitaine d’Europe concerne 7,5 millions d’habitant, 131 communes et représente 23% du PIB national. Pour revaloriser son image, la diversité des sites en termes de surface, de complexité et d’emplacement invite à projeter des constructions métropolitaines plutôt que des objets architecturaux exceptionnels. Quartiers de gare, sites patrimoniaux, friches urbaines ; les 57 sites proposés à l’étude représentent 217 hectares de terrain, avec 21 sites qui sont à proximité des futures gares du Grand Paris Express. Sur les 420 groupements candidats, ont été retenues 164 équipes d’architectes, promoteurs, et investisseurs. Les grands groupes français du BTP et de la promotion immobilière représentent 42% des mandataires, quand les petits promoteurs ne sont pas en reste puisqu’ils constituent une large part de 58%. Ils s’associent aux associations locales, de programmation culturelle, aux startups, incubateurs et petites structures, les exploitants indépendants étant au nombre de 326, ce qui témoigne des mutations de la profession, l’architecture se faisant plus locale et en concertation.

 

Co, tech et bio

En effet, le très actuel « co- » est de mise dans les projets, indique le communiqué : co-construction, co-conception, concertation et habitat participatif concernent bon nombre d’entre eux, et invitent à la mutualisation des services urbains comme l’autopartage (14%), les parkings mutualisés (15%), les jardins partagés (16%)… Sont associés des services de mobilité innovant comme « la livraison par drone, la station-service proposant des carburants propres, un réseau de minibus à la demande dont le trajet est calculé par un algorithme ou le réseau de logistique du dernier kilomètre ». Les transformations des modes de travail, caractérisées par la flexibilité, l’hybridation  des activités économiques et la recrudescence des télé-travailleurs s’incarne dans « la création d’espaces mutualisés de travail (co-working) et de création artisanale (fablabs, makerspaces) ; les emblématiques « Tiers-lieux ».  Le logement, lui, se voudra réversible et flexible. Quant aux innovations technologiques, elles se scindent en deux parties. Éloge des « smart city », « les innovations high tech résident pour la plupart dans les bâtiments connectés, équipés de smart-grid ou de micro-grid, et dans l’usage de la domotique et du Building Information Modeling (BIM) ». Coté low-tech, les innovations relèvent plutôt du domaine de la construction avec des matériaux naturels ou recyclés. « La construction bois est particulièrement prisée et présente dans plus d’un quart des projets. Les matériaux biosourcés, issus de la biomasse animale ou végétale, ou géosourcés, matériaux locaux, naturels, extraits à proximité, sont également présents dans plus d’un tiers des candidatures retenues. Plusieurs projets font aussi état de constructions en terre crue, valorisant ainsi les déblais du Grand Paris Express. Les chantiers verts, la filière sèche et la filière de réemploi représentent près de 40% des cas » indique le communiqué. L’approche environnementale reste l’indispensable. Coté bioclimatique, « la végétation se fait comestible, dépolluante, isolante des nuisances sonores », si ce n’est les trois à la fois. Le biomimétisme a pour ambition de « construire un lieu qui rassemble des puits de carbone, de la dépollution par mycorémediation (recours à des champignons pour épurer l’eau, la terre et le sol d’un milieu), de la phytoremédiation des eaux usées (épuration des eaux usées par l’usage d’algues et de champignons), des éco-pâturages et un mix énergétique 100% renouvelable. »

 

 

Alors assortiments de « salades vertes« , comme cela a été dit pour Réinventer Paris, ou réelles innovations ? Il n’en reste pas moins que l’appel à projets a su séduire de grandes signatures telles que Skidmore, Owing & Merrill, Sou Fujimoto, Rogers Stirk Habour & Partners, Dominique Perrault, OMA, Shigeru Ban, MVRDV, qui ont répondu à l’appel aux cotés de jeunes agences françaises comme NeM, Muoto, CoBe, JUNG, Encore heureux, KEMPE THILL, Des clics et des calques…

Les groupements finalistes devront déposer une offre avant fin juillet 2017. Les lauréats seront annoncés fin septembre de la même année. Dès maintenant, les entreprises pourront compléter leurs équipes et accéder aux offres de financement négociées par les organisateurs, à commencer par 200M€ de financements de l’Etat (Programme des investissements d’avenir) et de la Caisse des dépôts. La consultation générera un total estimé à 6,4 milliards d’euros d’investissements pour bâtir 2,6 millions de m2.

 

Amélie Luquain

Région IDF : une biennale d’architecture et un appel à projets

Région IDF : une biennale d’architecture et un appel à projets

« Anne Hidalgo a initié “Réinventer Paris”, mais il ne faut pas oublier la banlieue », a déclaré Valérie Pécresse, présidente du conseil régional d’Ile-de-France, dans le JDD. Le Conseil régional IDF a décidé de lancer “Dessine-moi le Grand Paris de demain” fin 2016. L’appel à projets innovants de développement urbain et rural couvrira le Grand Paris. Architectes, urbanistes, paysagistes et designers seront invités à “réfléchir ensemble pour proposer des idées qui parviennent à un juste équilibre entre l’imagination et la créativité d’une part, le bien-être et les attentes des habitants d’autre part”. Les équipes lauréates seront sélectionnées par un jury international au premier trimestre 2017.

IDF

Sept thématiques ont été retenues :
– inventer des campus universitaires et de recherche
– réaménager les bords de la Seine, de la Marne et de l’Oise
– revégétaliser la région
– dessiner et concevoir des éco-quartiers
– imaginer la “Smart-région” ( déploiement du très haut débit et d’e-services, transition énergétique, coworking, mobilité, sécurité…)
– recoudre le territoire en intégrant mieux les réseaux routiers et ferrés au paysage
– repenser les entrées de villes notamment de Paris

Le Conseil régional IDF a par ailleurs annoncé, le 18 mars, la création d’une Biennale d’architecture et d’urbanisme à partir de 2017. Valérie Pécresse souhaite qu’elle se tienne “dans un lieu emblématique de l’Ile-de-France, en lien par exemple avec le centre Pompidou ou la Cité Descartes, pôle d’excellence dédié à la ville durable”. L’événement, proposé par Chantal Jouanno, vice-présidente chargée de l’écologie et du développement durable de la région, aura pour objectif de valoriser les jeunes architectes, urbanistes et paysagistes par la remise de prix dans plusieurs disciplines.

Astrid Avédissian