Le Corbusier, un architecte, mais pas que !

Le Corbusier, un architecte, mais pas que !

 

Charles-Édouard Jeanneret-Gris voit le jour le 6 octobre 1887, en Suisse. Ce n’est qu’en 1920 qu’il se fera appeler par son pseudonyme : Le Corbusier. Figure du mouvement moderne, c’est un homme à multiples casquettes. Bien connu pour ses réalisations architecturales et ses réflexions sur l’urbanisme, Le Corbusier exerçait aussi dans de nombreux autres domaines tels que l’art de la sculpture, la peinture, les lettres, le graphisme… Ses diverses expériences ont nourri son travail d’architecte tout au long de sa vie.

 

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Le Corbusier devant la maquette de la Ville radieuse
Photo : The New-York Times © FLC/ADAGP

 

Jeune, il étudie la gravure et intègre l’Ecole d’Art de La Chaux-de-Fonds en Suisse, dans la section Décoration. Il s’intéresse ensuite à l’architecture. C’est en parcourant le monde que le jeune diplômé va s’inspirer et construire son bagage architecturale. « L’architecture se découvre en marchant. », disait-il. De 1907 à 1911, et encore bien après, ses voyages et ses rencontres lui permettent d’observer, d’analyser, de comprendre le monde qui l’entoure.

 

Symbole de l’architecture moderne

Il installe son cabinet d’architecture à Paris dès 1917. Parmi ses plus grandes réalisations – qui sont tout de même au nombre de 78, et plus de 400 projets –  on retrouve des figures du logement collectif et individuel, et de la culture. Les unités d’habitation, les nombreuses « villas blanches » qu’il dessine, dont la plus connue est la Villa Savoye. Celle ci est le manifeste d’une architecture moderne, que le Corbusier définit en 5 points : pilotis, fenêtre-bandeau, façade libre, plan libre et toit-terrasse. Depuis 2016, 17 réalisation ont été reconnues « patrimoine mondial de l’UNESCO » : les bâtiments du Capitale de Chandigarh en Inde, le Cabanon de RoqueBrune-Cap-Martin, la Cité Frugès à Pessac, le couvent Sainte-Marie de la Tourette, l’immeuble Porte Molitor, la maison de la culture de Firminy, la maison du Docteur Curutchet, la Maison Guiette en Belgique, la Manufcature de l’usine Duval, Le musée d’art occidental à Tokyo, la Villa « le lac » en suisse, ainsi que la célèbre Villa Savoye.

 

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La chapelle de Ronchamp, 1955
Photo : Cemal Emden 2015 © ADAGP

 

L’art-chitecte moderne

Le Corbusier ne consacre pourtant pas tout son temps à l’architecture. Chaque jour, de 8h à 13h, il se consacre à la création, à la peinture, la sculpture, les collages. Une « pause artistique » dans son activité d’architecte, qu’il considère comme nécessaire. Il dessine énormément durant ses voyages, constituant une véritable collection de carnets de croquis. Il est à l’origine de nombreuses statues, notamment en bois, qu’il peint parfois : bleu, jaune, rouge, vert, ses couleurs de prédilections, qu’on retrouve d’ailleurs dans certaines œuvres architecturales ou encore dans ces peintures.

 

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Trois figures « Bado », 1943
© FLC/ADAGP

Composer pour instaurer l’ordre

Homme de rigueur et rationnel, le Corbusier invente une unité de mesure qu’il nomme Le Modulor. Basé sur le nombre d’or et les proportions humaines, il défini les mesures de son architecture : la hauteur des plafonds, la largueur et hauteur d’une chaise, la largeur d’un couloir… Bon nombre de ses réalisations sont basées sur ce rapport : le couvent de la Tourette, les unités d’habitation… L’architecte utilise également le Modulor dans la réalisation d’affiches, ou pour ces peintures. Il met en place des tracés régulateurs, qui lui permette d’ordonner ses compositions, de fixer la géométrie de l’ouvrage de manière non-arbitraire.

 

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© FLC/ADAGP

 

L’écriture au service de ses idées

De part son grand travail théorique, le Corbusier est un « homme de lettre ». C’est d’ailleurs cette profession qu’il fera figurer sur sa carte d’identité française, lors de sa naturalisation en 1930. Il a conscience que la diffusion de ses idées doit également passer par l’écrit, et il réalise plus de 40 ouvrages. Une véritable fièvre éditoriale entraîne le Corbusier à publier aussi bien dans des revues, comme L’Esprit Nouveau, qu’il crée avec son ami Amédée Ozenfant en 1920, ou dans des recueils théoriques, comme « Vers une architecture« , qu’il publie en 1923.

 

La pratique de ce fameux architecture du XXe siècle, monument du mouvement moderne est finalement très hétéroclite. Comme il le disait, « Tapisseries, dessins, tableaux, sculptures, livres, maisons et plans de villes ne sont, en ce qui me concerne personnellement, qu’une seule et même manifestation d’une harmonie stimulante au sein d’une nouvelle société machiniste »

 

Anne Vanrapenbusch

Moatti-Rivière fait signe avec le Centre National du Graphisme

Le Centre National du Graphisme, dit Le Signe, a récemment ouvert ses portes à Chaumont (52). L’agence Moatti-Rivière a rénové et étendu l’ancienne Banque de France, pour en faire un lieu entièrement dédié au graphisme ; une reconversion lourde de symbolisme et pleine de signification.

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Retrouvez le projet en vidéo sur Instagram archi_cree

Héritier de vingt-cinq années de Festival international de l’affiche et du graphisme à Chaumont, le Centre National du Graphisme dit « le Signe » abrite depuis octobre 2016 un bel ensemble d’œuvres : une collection d’affiches anciennes de 5000 pièces, reconnue collection nationale, et une collection d’affiches contemporaines de 45 000 pièces que le Festival s’est constitué à travers son concours. Situé à proximité du nouveau quartier de la Gare, le positionnement central du bâtiment reflète la vocation de la ville comme lieu de référence du graphisme en France et à l’étranger. D’autre part, le fait que son extension s’appuie sur la reconversion de l’ancienne Banque de France ne semble pas anodin, conférant au musée une certaine importance. Pour l’agence Moatti-Rivière, architecte du projet, c’est l’occasion de concevoir un bâtiment identitaire qui reprend tant l’identité du contexte dans lequel il s’insère que celle de son utilisateur. La construction veut exprimer une symbolique, « le symbolique étant ce qui permet de lier des éléments épars pour les réunir dans une forme qui s’ouvre sur de multiples niveaux de signification », précise Alain Moatti. Pour mémoire, l’agence Moatti-Rivière avait réalisé en 2007 un autre bâtiment lié au graphisme, le Musée Champollion des Ecritures du Monde à Figeac, doté d’un moucharabieh typographique.

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Pans de pierre

Première forme significative : les grands pans de pierre qui constituent les façades de l’extension du Centre National du Graphisme. D’une part, elles reprennent la matérialité de la Banque de France avec l’utilisation d’une pierre calcaire en parement et répondent aux maisons mitoyennes par leur dimension. D’autre part, elles empruntent leurs formes aux supports du graphisme : « l’architecture emprunte sa typologie à celle de l’univers du graphisme, aux objets et aux supports plans investis depuis toujours et jusqu’à aujourd’hui par cet Art : l’affiche, la feuille, la page, l’écran, le panneau… » explique Alain Moatti. Les grands (jusqu’à 16 m de haut) et minces (seulement 12 cm d’épaisseur) panneaux se juxtaposent et se superposent, en murs et en toitures, se fixant aux voiles structurels de béton armé. Entre, s’immiscent des pans de verres qui mettent en scène des points de vue privilégiés et cadrent les éléments remarquables de la ville de Chaumont : le parc, le donjon, les beaux arbres, le monument aux morts, les paysages lointains…

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Béton brut

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Evitant l’écueil d’un bâtiment affiche, « il est une abstraction silencieuse prête à recevoir toutes les images » continue Alain Moatti. Son revêtement intérieur est laissé en béton brut, privilégiant une mise en retrait de l’architecture pour une mise en majesté des œuvres. Les espaces d’expositions sont fluides, sans limites précises, dans un volume non linéaire, aux hauteurs sous plafonds variant de 5 à 10 m, permettant de multiples situations. Le lieu se doit d’être capable et modulable. Pour une conservation optimale, les affiches ne doivent pas être exposées plus de 3 mois avant de retourner au noir complet pour 3 ans. Ce rythme nécessite un changement d’affichage régulier et des facilités d’aménagement. Des panneaux d’affichage en structure bois constituent un mur sur le mur. La scénographie devient l’intermédiaire entre l’objet posé et l’architecture. Si l’extension assume les fonctions muséales, c’est l’existant qui abrite les espaces fonctionnels. Accueil des publics, ateliers et administrations sont situés dans le bâtiment existant aux allures néoclassique et au plan en T, phagocyté par la la construction neuve. Le public y accède par une cour extérieure, un vide assumant le face-à-face des deux époques.

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Alphabet

Quand à l’approche graphique, indispensable pour ce Centre National du Graphisme, elle est indissolublement liée à son architecture. « L’intervention graphique, dans son minimalisme, appartient délibérément à l’architecture, s’inscrit dans ses murs comme un filigrane, marque sa surface », affirme Juliette Weisbuch, de l’agence Polymago**. Comme autre élément significatif, est constitué un alphabet des formes chaumontaises sur papier peint, composé de 86 signes issus pour moitié du patrimoine de la ville et pour l’autre moitié du patrimoine graphique international. A l’extérieur, s’y substituent deux trames de points, régulières et orthogonales, formant un canevas vertical. L’approche minimaliste répond au statut du centre. « Le concept graphique du Signe, c’est l’idée d’une représentation, d’une lecture et d’une réinterprétation du monde visible qui passe par le signe. Son minimalisme multiplie les regards et provoque le partage », commente Alain Moatti. Situation exemplaire, la terrasse en belvédère sur la ville, finalité du parcours d’exposition, est surtout l’occasion d’y lire un dialogue entre la représentation des objets insolites de la ville de Chaumont en silhouette noir et leur réalité visible. Pour l’anecdote, le carrelage des toilettes comporte une série de plus de 220 silhouettes d’hommes et de femmes, acteurs du projet. L’occasion d’un « Mais où est Moatti » ?!

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Pour l’agence Moatti-Rivière, ce projet réunit l’ensemble des questions qui traversent sa production architecturale. Si elle a déjà conçu des lieux culturels à valeur symbolique – Musée Champollion des Ecritures du Monde à Figeac (2007), la Cité internationale de la dentelle et de la mode à Calais (2009), le Musée des Arts décoratifs et de la Mode à Marseille (2013), le réaménagement du 1er étage de la Tour Eiffel (2014)– elle évoque le Centre National du Graphisme comme un aboutissement de sa production muséale, fort de son identité et de la puissance exclusive des lieux. Pour Alain Moatti, « le Signe est une matière qui révèle le symbolique ».

 

*les « feuilles » de pierre résultent d’un complexe de bardage de 120 mm composé d’un parement en pierre naturelle de 5 mm, collées sur un nid d’abeille en aluminium par l’intermédiaire de fibres de verre imprégnées de résine époxy. Le complexe comporte sur sa face arrière des inserts noyés dans la résine permettant la fixation de renforts en tôle pliée en Z. Pierre calcaire Moka crème, dimensions 1200 x 2400 mm, 

**Moatti-Rivière et Polymago collabore une première fois en 2009 pour réaliser l’ouvrage « la promesse de l’image » consacré à l’agence Moatti-Rivière. En 2010, ils répondent ensemble au concours pour les espaces d’accueil et de médiation du Louvre.

 

Amélie Luquain

 

 

Fiche technique :  Maître d’ouvrage : Ville de Chaumont (52000) Maître d’œuvre : Agence Moatti-Rivière (architecture et muséographie) et Polymago (graphisme et signalétique) BET : RFR (structure), Inex (fluides), Bureau Michel Forgue (économie), Vincent Taurisson (multimédia et audiovisuel), Lumières Studio (concepteur lumière), Avel (acoustique) Jean Schneider (scénographe) Surface utile : 2460 mProgramme : Centre National du Graphisme : espace d’accueil (255 m2), espace d’exposition du 1er étage – la Galerie (310 m2), espace d’exposition du rez-de-chaussée – le Plateau (685 m2), atelier de sérigraphie (175 m2), centre de formation (370 m2), centre de ressources (190 m2), administration (240 m2), logistique (175 m2Coût : 9,5 M € Livraison : 2016

Courtesy Moatti-Rivière / Michel Denancé