Morphogenesis : la British School de New Delhi

Morphogenesis : la British School de New Delhi

Basée à New Delhi, l’agence Morphogenesis fait petit à petit parler d’elle en Europe. Récompensée pour sa vision et son engagement, elle joue un rôle important dans l’évolution du paysage architectural indien. Retour sur la British School, un projet ambitieux alliant modernité et tradition !

A la tête de Morphogenesis le couple Rastogi, composé de Manit et Sonali, dirige depuis 1996 une équipe qui compte aujourd’hui plus d’une centaine de collaborateurs.

Espace récréatif, espace de transition

Le parti pris architectural

Sur les traces de l’ancienne université au sud-ouest de la capitale indienne le nouveau campus de la British School, livré en 2016, est organisé selon une grille. A chaque unité programmatique est ainsi associé un module, auquel répond nécessairement un vide à savoir une cours. Une fois ce principe établi, il s’agit pour Morphogenesis de comprendre les différentes nécessités du projet, de les hiérarchiser pour ensuite simplifier le dessin d’origine.

L’enjeu environnemental

Cours ombragées

En Inde comme ailleurs la question environnementale, inévitablement liée à la production architecturale, est un vrai sujet. Prise en compte par Morphogenesis dès les premières phases de conception du projet, elle trouve ici des résolutions volontairement simples et ne dépendant pas de recours mécaniques. L’objectif principal étant d’optimiser les apports pour  limiter les dépenses.

La grille à l’origine du projet par exemple est organisée de manière à ce que la grande majorité des cours profite de l’ombre tout au long de l’année. Les façades, plus ou moins poreuses, apportent une réponse différente en fonction de l’orientation ou des nécessités programmatiques. On privilégiera pour les salles de cours des ouvertures nombreuses au nord et à l’ouest afin de bénéficier d’une lumière relativement homogène, tandis que l’on évitera le plus possible les ouvertures plein sud. Autant de dispositifs que de méthodes passives traditionnelles sont mis à profit afin de tempérer l’environnement et optimiser la consommation d’énergie.

Une personnalité indienne forte

Le jaali de Morphogenesis

Fort d’une grande richesse culturelle traditionnelle, le studio Morphogenesis tire de l’étude approfondie du contexte  un enseignement lui permettant de répondre de la manière la plus juste possible. En s’appropriant par exemple certaines techniques ou certaines formes de l’art indien comme le jaali (écran de pierre sculpté, perforé), ils renouent avec l’architecture traditionnelle et la transposent dans une nouvelle contemporanéité. L’association de la même manière, d’espaces récréatifs aux espaces de transition est inspirée des traditionnels chaupals  (lieux de rassemblement extérieur).

Lieux de rassemblement

Les exemples sont nombreux !

Le studio de Manit et Sonali Rastogi joue également de cette appropriation du vocabulaire architectural traditionnel pour revendiquer la capacité sociale du projet. La British School de New Delhi est avant toute chose un lieu de rencontre et de partage de la communauté universitaire.

 

 

 

 

L’architecte indien Balkrishna Vithaldas Doshi reçoit le Pritzker Prize 2018

Balkrishna Vithaldas Doshi, architecte indien âgé de 90 ans, a reçu hier le Pritzker Price 2018, grâce à « une architecture sérieuse, jamais tape à l’œil et se moquant des modes ». Retour sur le parcours d’un architecte qui a, depuis toujours, tenté d’associer le modernisme occidentale à la culture indienne.

« la vie est célébrée lorsque modes de vie et architecture fusionnent ».
Balkrishna Vithaldas Doshi, 2018

 

Né le 26 août 1927 à Pune, en Inde, Balkrishna Vithaldas Doshi grandit dans une famille qui travaille dans le milieu de l’industrie du meuble. Jeune enfant, ces professeurs et son entourage remarquent chez lui un sens de l’esthétique et des capacités créatives frappantes. C’est un enseignant du lycée qui le pousse à postuler à la l’Ecole d’Architecture de Bombay, qu’il intègre en 1947. Année de l’indépendance de l’Inde, cet événement le marquera. Il poursuite ses études à l’Université Polytechnique de Londres en 1951.

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En Europe, il travaillera durant 3 ans dans l’atelier de Le Corbusier. Il en est d’ailleurs le dernier collaborateur. Il participe activement aux suivis de chantiers, jusqu’à retourner en Inde pour l’agence, afin de coordonner la réalisation du Palais des Filateurs à Ahmedabad. Plus tard, il s’y installe et ouvre son agence avec deux autres architectes. Il travaillera avec Louis Kahn et Anant Raje, pour la commande d’un nouveau campus universitaire à Ahmedabad.

Travailler avec et pour les étudiants, Balkrishna Vithaldas Doshi aime ça. Ses compétences de pédagogue l’aide à accompagner les étudiants de l’école d’architecture d’Ahmedabad qu’il crée en 1962. Il voit cette école comme un « sanctuaire de la culture » où les « moyens institutionnels, les recherches (…) seront toujours importants ». Il est aussi le fondateur du Centre for Environmental Planning & Technology, dont il dessinera les locaux. Ces qualités d’orateur le mènent à faire de nombreuses conférences à travers le monde, afin de rendre l’architecture au grand public, puisque celle ci est, de toute les manières, le premier intéressé quand il s’agit de la construire.

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Dans son travail et ses réalisations, l’influence du mouvement moderne, qu’il côtoie lors de son périple en Europe au près de Le Corbusier, se fait sentir. Cependant, Balkrishna Vithaldas Doshi a toujours voulu faire transparaître les traits de la culture indienne qui lui ai si chère. Il tisse des liens entre ses souvenirs d’enfance et ses influences spirituelles indiennes, et son intérêt pour l’architecture occidentale. Dans ses projets, il donne une importance primordiale à l’environnement et au cadre dans lequel s’insère son architecture. Le jury du Pritzker Price 2018 fera remarquer son engagement pour une architecture durable.

 

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Cours intérieure de la bibliothèque de l’Institut indien de management d’Ahmedabad, inspirée des temples hindous.

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Ensemble de logements dans les quartiers de Ahmenabad 

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Life Insurance Corporation 

 

Reconnu pour son travail, Balkrishna Vithaldas Doshi est membre de différents jurys, et a reçu plusieurs prix qui sanctionnent la qualité de son architecture. Il a participé au jury de l’Aga Khan Award for Architecture, qu’il remporte d’ailleurs en 1996, il a également été jury du Pritzker Price de 2005 à 2007.  Cette même année, il reçoit le Global Award for Lifetime Achievement for Sustainable Architecture, de la part de l’Institut Français d’Architecture, puis est fait Officier de l’Ordre des Arts et des Lettres en France en 2011. Il reçoit de nombreux autres prix et distinctions, à travers le monde entier, qui mettent toutes en valeur le travail d’un architecte qui souhaite travailler au plus proche des habitants et de la nature, afin de créer une architecture contemporaine durable.

Anne Vanrapenbusch

Chandigarh, le devenir indien d’une ville moderne

Chandigarh, le devenir indien d’une ville moderne

L’exposition Chandigarh, 50 ans après Le Corbusier, présentée à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, interroge le devenir d’une ville moderne en pleine croissance.

Le devenir indien d’une ville moderne

Chandigarh College of Architecture
Chandigarh College of Architecture

L’exposition Chandigarh, s’inscrivant dans le contexte du cinquantenaire de la mort de Le Corbusier, fait suite à une véritable émotion lors de la découverte de cette ville par les commissaires d’exposition. Enrico Chapel, Thierry Mandoul, Remi Papillault, associés au vidéaste Christian Barani et musicien Bertrand Gauguet, viennent rendre compte de leur dérive dans celle que l’on nomme la « Suisse de l’Inde ».

Densification

Fête religieuse
Fête religieuse

Capitale du Pendjab, la construction de Chandigarh décidée par le premier ministre Nehru, fait suite à l’indépendance de l’Inde en 1947. Bien loin de la tabula rasa, cet unique projet urbain de grande ampleur du Corbusier est conçu à partir de 1951, en collaboration avec notamment Pierre Jeanneret qui resta sur place une quinzaine d’année. Prévue à l’origine pour 150 000 habitants, cette ville modèle, symbole et figure optimiste de la démocratie indienne, accueille aujourd’hui 1 200 000 habitants. Après avoir revêtue un costume trop grand, elle atteint son apogée en 2015, sa faible densité originelle permettant un véritable potentiel de densification.

Projection

Palais de Justice, Le Capitole
Palais de Justice, Le Capitole

A travers sa redécouverte est interrogé le devenir de Chandigarh, entre modernité et culture indienne. Penchant entre une double réalité, historique et contemporaine, l’exposition met en regard des documents d’archives de la Fondation Le Corbusier – dont pour la première fois réunis une quinzaine de ses carnets – des maquettes et documents d’interprétation, des films documentaires tournés entre 2014 et 2015. A noter, des copies du mobilier de Pierre Jeanneret permettent aux spectateurs d’être confortablement installé pour visionner les vidéos. Transversalement, la ville est regardée au travers de 7 thématiques + 1 : vie domestique, nature, être mobile, secteur, informel, polis, héritage et le capitole.

Immersion

Secteur 17
Secteur 17

Pour parcourir cette exposition, deux possibilités. La première consiste à la découvrir de la même manière que Christian Barani pour la réalisation de ses films, par la dérive. Théorisée pour la première fois par le situationniste Guy Debord en 1956, la dérive urbaine, vue par le prisme de la psychogéographie, est une démarche qui consiste à flâner dans un lieu en se laissant guider par ses effets, permettant à l’individu de comprendre l’organisation d’un espace par sa propre expérience. La deuxième manière de visiter l’exposition consiste à prendre une carte et à planifier son trajet au préalable. Deux manières d’appréhender l’exposition comme on pourrait appréhender la ville. Une installation donc immersive, qui plonge le visiteur dans la vie urbaine de Chandigarh.

Joueuse de sitar
Joueuse de sitar
Joueur de cricket devant la main ouverte
Joueur de cricket devant la main ouverte
Vendeur de baies rouges
Vendeur de baies rouges

Amélie Luquain

Exposition du 11 novembre 2015 au 29 février 2016

Courtesy Cité de l’Architecture et du Patrimoine / Christian Barani / FLC Adagp, Paris, 2015