Maison Gaspar, réalisation d’Alberto Campo Baeza – 1992

En 1995, l’architecte espagnol Alberto Campo Baeza réalise la Maison Gaspar.  Celle-ci se trouve à Zohara, sur la côte sud ouest de l’Espagne, non loin de Cadix et de Gibraltar. Cette réalisation de 90 m² est une commande d’un client disposant d’un petit budget, souhaitant une habitation tournée sur elle-même. Il souhaitait quelque chose de clos et créant une réelle intimité.  C’est pourquoi un grand mur de 3,5 m de haut forme un carré autour de l’habitation. Cela intrigue, pose question. En effet, difficile de deviner ce qui se cache derrière cette enveloppe.  De 18 m de côté, elle n’est percée que d’une petite porte à un battant, sur la façade est.

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Photo : Hisao Suzuki
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Photo : Hisao Suzuki
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Photo : Hisao Suzuki

 

Depuis l’espace urbain, on ne distingue donc qu’une enveloppe lisse, blanche, et la toiture du projet qui dépasse légèrement. En plan, le projet s’inscrit dans un carré de 18 m de côté. Pour concevoir la Maison Gaspar, Alberto Campo Baeza instaure une trame, grâce à laquelle il détermine trois espaces rectangulaires de 18 m sur 3 m. Égaux en terme de surface, ils se différencient par leurs usages. Les parties latérales sont réservées aux espaces extérieurs. Ils s’accompagnent de quatre citronniers disposés de manière symétrique, et d’un bassin d’eau. Le patio Est est l’espace d’entrée de la maison. Celui qu’on retrouve à l’Ouest n’est accessible qu’en la traversant, lui donnant encore plus d’intimité.

 

Le rectangle situé au centre du projet est dédié à l’habitation, unique espace couvert. C’est sous cette sous-face que viennent se déployer les espaces intérieurs du projet. En recul du mur d’enceinte, ceux-ci bénéficient d’assez de lumière pour être habités. En son centre se dessine le salon et la salle à manger. Une première chambre se trouve au nord, et la suite parentale au sud. Le sol en pierre inscrit une continuité sur la totalité du projet, laissant l’intérieur glisser vers l’extérieur, et inversement. Alberto Campo Baeza réussit à instaurer de la poésie grâce à l’emploi de peu de matière, et pour un budget restreint. Le monochrome de blanc, aussi bien dans les patios que dans les pièces de vie dessine un espace reposant. La continuité visuelle créée grâce aux ouvertures symétriques donnant sur les patios amplifient cette sensation de sérénité et de contact avec l’extérieur.

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Photo : Raúl del Valle
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Photo : Raúl del Valle
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Photo : Hisao Suzuki

L’architecte avait donc pour défi de combiner intimité et intériorité tout en jouant avec les ouvertures pour apporter de la lumière. Pour cela,  ses armes ont été la lumière, l’ombre, les murs blancs, les arbres et l’eau.  Défi relevé ! La maison Gaspar a d’ailleurs permis à Alberto Campo Baeza de concevoir de nombreux autres projets, comme la Maison Guerrero ou encore la maison Ascencio.

La Maison en Carton de Shigeru Ban – 1995

Shiegeru Ban, architecte japonais, a deux thématiques qui lui sont chères. Lors de la réalisation de projets, il s’intéresse tout particulièrement à la transparence ainsi qu’à la recherche de nouvelles structures. Il ne se contente pas d’une architecture préconçue mais franchi les frontières du domaine de la construction.

 

 

La Maison en Carton porte bien son nom. Elle a été réalisée en 1995 sur les bords du lac Yamanaka, à Yamanashi, au Japon. Non loin du Mont Fuji c’était un lieu idéal pour construire une maison secondaire. Shigeru Ban réalise sa structure en carton. Ce n’est pas la première fois que l’architecte utilise ce type de matériaux pour la création de bâtiments. Pavillon ou encore constructions d’urgence lors d’un séisme, l’architecte interroge le carton depuis une dizaine d’années. Il n’en est donc pas à son premier coup d’essai. Il s’agit cependant de la première construction pérenne que l’architecte réalise dans ce matériau.
La maison se compose d’un unique rez-de-chaussée, délimité à la fois par une sous-face de forme carrée, le toit, et d’une surface de la même géométrie, le sol, mais celui-ci est prolongé par des terrasses extérieures. La toiture et le sol sont également mis en valeur par une enveloppe vitrée, qui parcourt l’ensemble de leur périmètre. Sur trois des façades, cinq panneaux de verre coulissent, laissant le paysage s’inviter à l’intérieur de la maison, et inversement : l’espace intérieur semble glisser vers les arbres qui l’entourent.

 

 

Ce qui fait l’originalité de cette maison est sans aucun doute les 110 tubes de carton qui délimitent l’espace. Chaque tu possède un diamètre de 275 mm et l’épaisseur du carton est de 14,8 cm. D’une hauteur de 2,7 mètre, ils assurent également la structure du bâtiment puisque le toit repose sur ceci. Il s’agissait du premier projet de la sorte autorisé au Japon. Au-delà de leur fonction structurelle, les tubes de carton recyclé partagent l’espace de l’habitation. En plan, ils créent un « S » proposant ainsi deux espèces circulaires. Le premier, légèrement décentré par rapport à l’emprunte du bâtiment, abrite la salle de bain. Le deuxième abrite un « espace universel » apte à recevoir divers usages : repos, repas, réunion etc. Ce dernier peut également se scinder en deux grâce a des panneaux coulissants, préservant ainsi l’intimité d’une chambre.

Trois maisons au Pérou, par Barclay & Crousse architectes

Trois maisons au Pérou, par Barclay & Crousse architectes

Après s’être confronté à l’urbanisme chaotique de la ville de Lima, il faut prendre la direction du Sud pour regagner la tranquillité péruvienne. C’est au km 116 de la seule route bordant  la côte du Pérou  que les architectes Sandra Barclay et Jean-Pierre Crousse ont imaginé trois projets résidentiels. Cachées derrière un large portail en bois, une quinzaine de maisons  se côtoient sur les hauteurs arides de la plage La Escondida. Agrippées à la falaise, trois maisons font face à l’immensité de l’océan pacifique…

C’est au cours des années 1998, 2001 et 2002 que Barclay et Crousse dessinèrent ces trois projets depuis leur atelier parisien, trois maisons nommées casas 39, 40 et 41. Conscients de la difficulté à suivre un chantier à distance et désireux de garder le total contrôle sur la réalisation, le couple d’architecte ôta tout détail superflu du projet pour ne garder que le gros œuvre et la notion d’espace. Préférant travailler avec les matières environnantes afin de minimiser le coût et l’énergie de transport, les maisons se constituent essentiellement de béton pour la maçonnerie, de brique en terre crue pour le remplissage, enduites par la suite de ciment parfois peint.

S’inspirant de certains principes des maisons pré-colombiennes, Barclay et Crousse imaginèrent des espaces, pour la majeure partie, extérieurs, afin de dépasser la notion d’abri pour s’intéresser en priorité à l’idée de microcosme. Grâce à une forme moderne et épurée , les espaces, à la fois fluides et transparents, entretiennent ainsi quasiment toujours un lien avec le paysage.

_Cécile Gauthier

Images  :Nicolas Balsan

Tout juste lauréate du prix d’Architecte de l’année (Architect of the Year Award) décernée par l’Architectural Review, Sandra Barclay donnera ce soir une conférence à l’Académie d’architecture, 9 place des Vosges à Paris, sur le thème « La Présence de l’absence »

http://www.barclaycrousse.com

Biographie : Nés à Lima, Jean-Pierre Crousse et Sandra Barclay ont enseigné ou étudié à l’école d’architecture de Paris-Belleville. Depuis 2006, ils sont installé à Lima. En 2016, ils ont assuré le commissariat du Pavillon Péruvien à la 15e biennale d’architecture de Venise.