OMA : la « Tour » de la Fondation Prada bientôt ouverte au public

La Fondation Prada de Milan a annoncé l’ouverture au public de la « Tour » le 20 avril 2018. 

Inaugurée en 2015 et imaginée par l’agence OMA sous la direction de Rem Koolhaas, la Fondation est devenue en l’espace de ces deux dernières années un haut lieu culturel italien. Le nouveau site, une ancienne distillerie datant des années 1910, est aujourd’hui un complexe architectural composé de sept bâtiments préexistants et trois nouvelles constructions : le Podium, le Cinéma et la Tour. Dernière pièce architecturale du complexe, la Tour abritera la collection permanente de l’institution. Ce nouveau volume s’inscrira comme une nouvelle référence visuelle pour la ville. 

© Fondation Prada

D’une hauteur de 60 mètres, la structure de ciment blanc se dressera sur la skyline milanaise et offrira une vue imprenable sur la ville. Sur les neuf étages de la structure, six seront des espaces consacrés à l’exposition d’œuvres de grande envergure et d’installations issues de la collection Prada, des œuvres du 20e et 21e siècle. Les trois autres étages abriteront des restaurants et des aménagements dédiés aux visiteurs. Au sommet du bâtiment, une terrasse panoramique accueillera un bar.

© Fondation Prada

Chaque étage de la tour est configuré comme un seul espace avec des conditions environnementales spécifiques. La moitié des niveaux se développe sur une base trapézoïdale tandis que les autres évoluent sur un plan rectangulaire. Les façades extérieures sont caractérisées par une succession de surfaces de verre et de béton, exposant l’intérieur à la lumière de tous les angles sauf au Sud où un élément en acier et en béton unit la tour à un dépôt. 

© Fondation Prada

La structure géométrique complexe comprend une variété d’oppositions et de fragments conçus pour ne jamais former une seule image définie. Ceci différencie l’aspect extérieur de la tour selon la perspective de l’observation, incarnant la vision architecturale de la fondation entière. 

© Fondation Prada

« En introduisant de nombreuses variables spatiales, la complexité du projet architectural contribue au développement d’une programmation culturelle ouverte et en constante évolution », affirme Rem Koolhaas. Il ajoute que le projet de la Fondation Prada n’est pas un travail de conservation ni même de création d’une nouvelle architecture. Il s’agit plutôt de la mise en oeuvre de deux dimensions coexistant et se confrontant dans un processus d’interaction continue. Ancien et nouveau, horizontal et vertical, large et étroit, noir et blanc, ouvert et fermé … ces contrastes établissent la variété des oppositions qui décrit la nature de la nouvelle Fondation. En introduisant autant de variables spatiales, la complexité de l’architecture favorisera une programmation ouverte et instable, où l’art et l’architecture bénéficieront des défis de l’autre.

La piscine de Roubaix, un patrimoine industriel devenu musée !

La ville de Roubaix, à quelques pas de Lille, est une ville qui a un grand passé industriel, notamment dans le textile et la laine. Les filatures roubaisiennes exportent dans le monde entier jusque dans les années 1960 ! Au coeur de cet élan économique, la ville brasse de nombreux types de populations, aussi bien ouvrières que de riches industriels. En 1926, le maire décide de lancer le projet d’une piscine. Loin d’être une folie, il souhaite que cet endroit devienne un véritable lieu de rencontre, avec un enjeu social majeur.

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© A. Picandet

 

La conception est confiée à l’architecte local Albert Baert. L’architecture qu’il dessine confère aux lieux un aspect théâtral qui fait émerger un réel intérêt pour la piscine dans la population locale, qui travaille majoritairement dans les usines textiles. C’était l’effet escompté par l’architecte. Le plan de la piscine reprend celui d’une abbaye, avec la présence marquante de vitraux dans l’axe majeur du bâtiment. Après son ouverture en 1932, la piscine devient rapidement un lieu de vie. Le solarium et la laverie sont également appréciées, tout comme la présence d’un coiffeur, et de bains publics. Mais en 1985, la voûte, trop fragile, menace de s’effondrer. La piscine est donc fermée pour des raisons de sécurité.

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© Alain Leprince

 

Aujourd’hui, vous pourrez toujours entendre les cris d’enfants et les plongeons des plus grands, mais ils ne seront que fictifs.  Le musée d’art et d’industrie André Diligent, plus connu sous son appellation « La Piscine de Roubaix », est aujourd’hui devenu un des musées les plus connus de la région Lilloise, et son caractère étonne toujours ! Sa réhabilitation, confiée à l’architecte Jean-Paul Philippon et terminée en 2001, nous permet de profiter de ce lieu historique, tout en mettant en valeur les collections d’objets industriels si présents dans la région. Vous pourrez admirer des sculptures le long des bassins, ou encore assister à un défilé de mode. Les cabines qui entourent l’espace deviennent vitrines, les murs de céramique sont aujourd’hui les supports des tableaux. Cette année, la Piscine s’agrandit, afin de bénéficier de 2 000 m² d’exposition supplémentaires. Cela dit, il faudra se presser pour visiter le musée avant sa fermeture pour travaux, du 1er avril au mois d’octobre 2018.  Pour les plus patients, nous vous donnons rendez vous à l’automne prochain pour l’inauguration de l’extension de la Piscine de Roubaix !

 

musée la piscine de roubaix culture exposition statues
© Alain Leprince
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© Alain Leprince
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© Alain Leprince

C’est finalement un essai transformé pour ce patrimoine industriel : le lieu sportif et de rencontre qu’était la piscine dans son usage premier, a su devenir un espace culturel et d’échanges grâce à une rénovation réussie.

Anne Vanrapenbusch

OMA : Rem Koolhaas rénove la galerie Tretyakov à Moscou

Après la signature du nouveau palais de justice lillois, l’agence néerlandaise OMA vient de dévoiler son projet de rénovation d’un des plus grands musées de Russie. C’est en Décembre dernier, que Vladimir Medinsky, ministre russe de la culture, a annoncé la transformation de la Maison centrale des artistes en un complexe d’expositions intégrées. Un projet qui a failli ne pas voir le jour car le bâtiment était menacé de démolition dix ans auparavant. La firme d’architecture russe Reserve collaborera sur ce projet. La compagnie pétrolière locale Transnfet et le GUM Department Store, quant-à eux, le sponsoriseront.

OMA
Rem Koolhaas / OMA : une nouvelle identité pour la galerie Tretyakov à Moscou

 

Construit en 1983 et situé en face du parc Gorky, le musée se compose de plusieurs petites salles. Au fil du temps, les espaces d’exposition et les couloirs ont été fragmentés. L’édifice abrite les collections d’art moderne russe les plus significatives au monde, avec entre autres des oeuvres phares de Malevich, Kandinsky, Chagall, mais aussi d’artistes soviétiques tels qu’Aleksandr Deyneka et Vera Mukhina. OMA propose une réorganisation spatiale complète du lieu, conçu à l’origine en 1964 par les architectes Nikolay Sukoyan et Yury Sheverdyaeven. Cette transformation se caractérise notamment par la création de quatre secteurs distincts : un espace de stockage, un centre d’éducation, la collection et une salle des fêtes. Viendront également s’ajouter une bibliothèque, un restaurant et une plate-forme d’observation sur le toit. Au final, le projet s’étendra sur plus de 60 000m².

 

OMA/ Rem Koolhaas : Tretyakov Moscou
Autonomie des espaces. OMA/ Rem Koolhaas : Tretyakov Moscou

 

Le concept imaginé par OMA, repense totalement la perception actuelle du Tretyakov. Pour offrir une meilleure lecture architecturale de ce haut lieu culturel, l’agence suggère une transformation délicate rappelant l’architecture moderniste soviétique. Avec des codes couleurs et un jeu de matérialité, les plans de Rem Koolhaas révèlent une toute nouvelle identité.

 

OMA/ Rem Koolhaas : Tretyakov Moscou
Retour à la modernité soviétique. OMA/ Rem Koolhaas : Tretyakov Moscou
OMA/ Rem Koolhaas : Tretyakov Moscou
Amélioration de la visibilité et la circulation. OMA/ Rem Koolhaas : Tretyakov Moscou

 

Rem Koolhaas: « Notre proposition est une reconsidération du nouveau Tretyakov, en se concentrant sur l’amélioration de son infrastructure spatiale et l’élimination des parties dysfonctionnelles. Nous défaisons également la séparation absolue entre le musée et la Maison de l’artiste, et supprimons un certain nombre de murs pour rendre les différents composants plus accessibles et visibles. En raison de sa taille, il est presque impossible de le considérer comme une entité homogène; interventions modernes inabordables à l’époque soviétique, telles que les escaliers mécaniques, améliorer la circulation et rassembler les différents éléments autonomes du complexe muséal. « 

 

OMA/ Rem Koolhaas : Tretyakov Moscou
Quatre secteurs. OMA/ Rem Koolhaas : Tretyakov Moscou

 

Enfin, ces nouveaux espaces à l’identité et au rôle clairement définis, seront reliés entre eux par un patio central découvert. Directement ouvertes sur la ville et reliées à une nouvelle voie piétonne longeant la rive de la Moskova, les entrées de la galerie laisseront entrevoir l’intérieur par un subtil jeu de découpage des façades.

 

OMA/ Rem Koolhaas : Tretyakov Moscou
Un musée ouvert sur la ville. OMA/ Rem Koolhaas : Tretyakov Moscou

 

Avec ses recherches pour le Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg et le Musée du Garage d’Art Contemporain à Moscou, OMA signe ici son troisième projet culturel en Russie.

 

La Maison de l’histoire européenne à Bruxelles

Alors que l’avenir de l’Europe est en crise, entre le Brexit et la montée des nationalismes, il importe tout particulièrement de prendre conscience de notre patrimoine culturel. A Bruxelles, siège des institutions de l’UE, s’est ouvert ce 6 mai la Maison de l’histoire européenne, un lieu au sein duquel l’histoire de la construction de l’Europe sera enseignée et débattue, où chaque citoyen pourra se questionner sur son avenir. Pour ce faire, l’atelier d’architecture Chaix et Morel, associé à JSWD Architekten, restructure, comble et couronne un bâtiment de 1935, dont les façades néoclassiques en pierre dialoguent dans de justes proportions avec un volume de verre.

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Courtesy CMA-JSWD / C. Fabris

L’idée de créer un musée de l’Europe n’est pas nouvelle. La Commission européenne avait pensé ouvrir des salles européennes dans divers grands musées européens dans les années 1990 ; un projet privé de Musée de l’Europe a aussi été lancé à Bruxelles en 1997. Plusieurs pays européens se sont par ailleurs posé la question de la création de grand musée national, comme ce fut le cas en Allemagne avec l’édification en 1994 de la Haus der Geschichte (maison de l’histoire) à Bonn, ou aux Pays Bas et en France où les projets ont été abandonnés. Dans ce contexte, le projet de la Maison de l’histoire européenne, officiellement lancé en 2007 par Hans-Gert Pöttering dans le discours inaugural qui a suivi son élection en tant que Président du Parlement européen, est ambitieux. Réceptacle de la mémoire européenne, il vise à encourager les citoyens à réfléchir à ce processus historique et à sa signification à l’heure actuelle. « Quitter l’Europe serait une grosse erreur. Je crois en l’Europe, notamment parce que nous n’avons pas d’autres choses, même si elle a besoin de changement et de débat. La Maison de l’histoire européenne,  ouverte à tous, doit y participer, en offrant la possibilité au citoyen d’apprendre du passé pour construire l’avenir » affirme Antonio Tajani, l’actuel président du Parlement européen, lors de l’inauguration de la Maison de l’histoire européenne à Bruxelles, ouverte au public depuis ce 6 mai 2017 – un message fort à l’aube des élections présidentielles françaises, lors desquelles l’Europe fut un vif sujet de débat.

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Courtesy CMA-JSWD / C. Richters
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Courtesy CMA-JSWD / C. Fabris

 

La Maison de l’histoire européenne, parachever l’ancien

A Bruxelles, en plein cœur du Quartier européen – et à 200 m de la station de métro Maelbeek, où se sont produits les attentats du 22 mars 2016, ne l’oublions pas – s’ouvre donc au public la Maison de l’histoire européenne. Le Parlement a décidé que l’institution complèterait le bâtiment Eastman, ancienne clinique dentaire au style Art Déco construit en 1935 par l’architecte suisse Michel Polak, louée par le Parlement en 1985 et située dans le parc Léopold classé en 1976. Un ancrage historique, auquel a répondu l’atelier d’architecture Chaix et Morel, associé à JSWD Architekten, par l’ajout d’un volume orthogonal en verre. Pour accueillir le musée, il fallait doubler la superficie du bâtiment existant au plan en U. S’insérant dans la cour extérieure et en couronnement, l’extension parachève l’ancien et comble le vide. Elle renforce la prééminence du corps central, et se soumet à la symétrie axiale de l’édifice, tout en dessinant à l’arrière une nouvelle façade, cette fois-ci contemporaine, qui pourrait avoir le statut de façade principale. Là, la transparence du verre joue à contrario de la matité de la pierre.

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Courtesy CMA-JSWD / D.Boy de la Tour
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Courtesy CMA-JSWD / C. Fabris
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Courtesy CMA-JSWD / C. Fabris
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Dialogue univoque

Un joint creux, qui sépare la façade en pierre de son extension, met en évidence le principe qui gouverne l’ensemble du projet architectural : une claire et stricte délimitation entre l’ancien et le nouveau. A l’intérieur du musée, l’atrium central, pourvu d’un escalier suspendu, participe à ce même geste. Il ménage un retrait entre la construction neuve et l’ancien mur de briques extérieur, restauré et magnifié puisque totalement dégagé. « L’extension se glissant dans le creux du U existant, le mur de briques anciennement extérieur devient désormais un mur intérieur. C’est ici que le passage du nouveau à l’ancien et la « cohabitation » se fait, et c’est un sujet qui nous a passionné. » précisent les architectes Philippe Chaix et Jean-Paul Morel. Un tête-à-tête qui se lit aussi dans l’organisation du musée. Les zones d’expositions – qui s’enchaînent par étage selon une logique chrono-thématique, occupent la majeure partie des 7 niveaux de l’extension, comprenant les deux premiers niveaux dédiés aux expositions temporaires. Tandis que le bâtiment 1930 – en partie conservé et restauré, ou déposé et reconstruit à l’identique, percé de trémies circulaires entre le RDC et le R+1 – abrite les fonctions d’accueil, de logistique et d’administration. Seul le troisième étage entretien une relation physique direct entre les deux constructions, l’ensemble du plateau, qu’il soit neuf ou ancien, étant dédié aux expositions.

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Courtesy CMA-JSWD / D.Boy de la Tour
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Courtesy CMA-JSWD / C. Richters
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Courtesy CMA-JSWD / D.Boy de la Tour
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Courtesy CMA-JSWD / D.Boy de la Tour

 

Tout de verre

En terme d’enveloppe, les architectes ont travaillé sur une double peau. Une façade extérieure, dite façade vitrine, est composée de plaques de verre sérigraphié. Elle filtre la lumière, laisse passer l’air naturel et les vues. Une deuxième façade, dite intérieure, est composée à environ 50/50 de pleins et de vides. Les parties vitrées constituent une peau thermique en triple vitrage associé à un système de protection solaire automatisé. Les parties opaques viennent en saillies des parties vitrées, jusqu’à effleurer la façade vitrine. De 4 à 14 m de haut, d’un seul tenant, les raidisseurs en verre sont composés de 4 à 6 plaques de verre feuilleté de 1 cm d’épaisseur (2 ou 3 fournisseurs au monde selon les architectes). Les verres de toiture sont également portés par un maillage de poutres en verre. La jonction poteaux-poutres se fait par moisage, permettant une liaison délicate et discrète. Depuis l’extérieur, l’alternance de surfaces vitrées et de surfaces opaque offre des jeux de volume, affichant pleins et vides, proposant une « asymétrie vivante, en contraste avec la géométrie ordonnée de l’existant, toutes deux complémentaires » spécifient les architectes. « La façade autorise divers modes de présentation scénographique : cimaises, vitrines, alvéoles ou espaces de projection » continuent-ils, ce que n’ont pas exploité les muséographes. Arrivés dans un second temps avec une autre maîtrise d’ouvrage qu’était le comité scientifique de l’exposition, ils ont proposé une scénographie ne tenant pas compte du bâtiment, voire allant à son encontre. S’il fallait adresser un message au Parlement européen, ce serait déjà de relever les stores, pour profiter des qualités de la construction de verre et laisser percevoir un désir d’ouverture.

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Courtesy CMA-JSWD / C. Richters
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Courtesy CMA-JSWD / C. Richters

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Amélie Luquain

 

Fiche technique

 

Maison de l’histoire européenne, Bruxelles Programme : rénovation et extension du bâtiment Eastman : conception du musée, administration, pôle pédagogique (salle polyvalente, salle de conférence de 89 places), cafétéria, boutique.  Maîtrise d’ouvrage : Parlement Européen (Direction Générale Infrastructure et Logistique) Maître d’œuvre : Chaix & Morel et Associés, Paris / JSWD Architekten, Cologne BET :  TPF Engineering, ingénierie /  Werner Sobek, façades /  Francis Crombez Développement, économie /  Tribu, développement durable /  SPRL Venac, acoustique /  SOCOTEC Belgium, conseil en sécurité / Comité scientifique présidé par l’historien Wlodzimierz Borodziej /  GPD Sevilla, muséographe (hors équipe maîtrise d’œuvre) Mission de base + exe + mobilier signalétique Surface et coût des travaux : 9 970 m2 SHON / 27,6 M€ HT Calendrier : concours janvier 2011 – chantier décembre 2012 – livraison du bâtiment automne 2016 – ouverture au public 6 mai 2017

Adresse : 135 rue Belliard, 1000 Bruxelles, Belgique

Ouverture 7 jours sur 7, de 10h à 18h, sauf le lundi de 13h à 18h. Entrée gratuite

 

Photos Courtesy CMA-JSWD / Didier Boy de la Tour, Christian Richters, Christian Fabris

 

 

 

Musée Camille Claudel : entre imbrication et dispositif

Conçu par Adelfo Scaranello, le musée Camille Claudel à Nogent-sur-Seine (Aube 10) a ouvert ses portes ce 26 mars 2017. Adossé à la maison de jeunesse de l’artiste, il articule harmonieusement les anciens bâtiments avec les nouvelles constructions, affirmant son identité contemporaine par une architecture « mesurée ».

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Autour de la maison Claudel

La vocation artistique de Camille Claudel naît à Nogent-sur-Seine, alors qu’elle y réside de 1876 à 1879, encore adolescente. Elle y rencontra le sculpteur Alfred Boucher qui comprit ses dispositions exceptionnelles et sut la conseiller dans son apprentissage à Nogent-sur-Seine puis à Paris, où elle vécu une histoire passionnée avec l’illustre Auguste Rodin. « Camille Claudel est aujourd’hui perçue comme l’héroïne dramatique d’une histoire emblématique de la condition féminine au XIXe siècle et au début du XXe siècle. Elle est surtout une artiste de premier plan au langage universel qui ouvre des ponts entre le Naturalisme et le Symbolisme, le courant néo-florentin et l’Art nouveau », précise Cécile Bertran, conservatrice du musée. En 2003, une exposition consacrée à l’artiste réunit à Nogent-sur-Seine quelque 40 000 visiteurs en trois mois. Plus de doute, l’événement est trop beau. La municipalité envisage de donner une nouvelle dimension au musée Dubois-Boucher, à deux pas de là, fondé en 1902 par Alfred Boucher et s’attachant au nom de Paul Dubois, sculpteur et peintre nogentais. Le projet mûrit et se concrétise en 2008 par trois acquisitions majeures dont la maison Claudel autour de laquelle sera construit le nouveau musée, destiné à exposer 250 œuvres. Suite à un dialogue compétitif, le partenariat public-privé (PPP)* est signé en mars 2012. Alors que la livraison du bâtiment aurait dû aboutir courant 2014, ce ne sera que cinq années plus tard que le projet verra le jour. Comme si à nouveau la reconnaissance due à l’artiste devait être contrariée.

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De l’articulation entre ancien et nouveau au dispositif architectural

Mais l’architecte bisontin Adelfo Scaranello ne le voit pas de cet œil et ira au bout de son architecture. Situé en plein centre historique, le musée occupe à la fois l’ancienne maison de la famille Claudel, restaurée et réhabilitée, et un nouvel édifice. Recomposant l’îlot entier, les constructions conservées – la maison mais aussi des logements sociaux des années 70 et un bâtiment d’un promoteur privé – s’articulent avec les nouveaux volumes. Ou plutôt, les parties neuves s’insèrent dans celles réhabilitées, composant une addition de volumes ; phénomène particulièrement visible le long de la rue Saint Epoing. A l’intérieur, c’est une enfilade de lieux d’expositions qui s’en dégage, comme si des ateliers d’artistes étaient imbriqués les uns à la suite des autres. Réinterprétant les palettes qui servaient de support aux sculpteurs, l’architecte dessine, en guise de toute muséographie, des socles en tôle et medium dans leur plus simple expression. Ainsi disposées – et Adelfo Scaranello parle bien de son musée comme d’un dispositif architectural destiné à présenter les œuvres, et non d’une architecture qui primeraient sur les objets – les sculptures sont mises en scène derrière des baies vitrées, en toiture comme en façade, la lumière naturelle offrant des perceptions renouvelées et changeantes sur les œuvres. Ces cadres visuels instaurent un dialogue avec l’extérieur. Selon l’architecte, « le musée doit déclencher modestement l’envie d’aller voir les choses ». Notamment, l’atelier pédagogique fait face à la cour de récréation de l’école adjacente. L’ensemble est enveloppé derrière une peau de brique. Analogie contemporaine avec les constructions environnantes, elle est utilisée en mono-matériau plutôt qu’en mise en œuvre décorative. De même, l’architecte a souhaité rappeler la main du sculpteur qui travaille la terre : « cette idée du geste a conduit à utiliser une brique fabriquée selon des méthodes artisanales », soit une brique moulée à l’eau et cuite au charbon, jouant de ses nuances et de ses belles vibrations. D’une « verticalité discrète », le musée, profitant de sa situation topographique sur un point haut de la ville, devient un repère au même titre que l’église, les grands moulins ou la centrale nucléaire qui dessinent la silhouette urbaine de la ville de Nogent-sur-Seine. Un patrimoine qu’a souhaité rappeler l’architecte dès le concours en couronnant sa « tour » d’une grande salle pourvue de baies vitrées offrant une vue panoramique sur la ville.

@museecamilleclaudel #adelfoscaranello #nogentsurseine

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« Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un musée pour Camille Claudel, conclut Adelfo Scaranello. Peut-être y a-t-il une correspondance avec son histoire difficile, même son musée a finalement été laborieux à réaliser. Mais je crois avoir dessiné un musée dédié à la sculpture, dont les référents ne sont finalement que la brique moulée à la main et les cadres de lumière naturelle. Un autre changement de destination reste possible » continue l’architecte, qui est allé jusqu’à cacher une porte anticipant des mutations futures, un acte que n’aurait pas renier Numérobis !

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*Ce PPP fait partie des vingt-neuf contrats de partenariat passés au crible par les chambres régionales des comptes pour les besoins d’une enquête nationale supervisée par la Cour des comptes. La juridiction financière a émit de vives réserves sur ce type de contrat. La chambre a contesté la pertinence du recours à un PPP, dans la mesure où le projet définitif s’est avéré moins complexe à réaliser que le projet initial et a généré un surcoût de l’opération. A la suite de quoi la nouvelle municipalité a résilié le contrat et est devenue propriétaire pleine et entière du musée.

Amélie Luquain

 

Fiche technique : Musée Camille Claudel – reconversion / extension Maîtrise d’ouvrage : municipalité de Nogent-sur-Seine Maîtrise d’œuvre : Adelfo Scaranello ABF : Jean-Pascal Lemeunier Surface du bâtiment : 2 645 m² Surface d’exposition permanente : 983 m² Surface d’exposition temporaire : 300 m² Matériaux : Petersen Briques (Danemark)

 

Courtesy Musée Camille Claudel / Marco Illuminati

A Sars-Poteries, le MusVerre est taillé dans la pierre

A Sars-Poteries, le MusVerre est taillé dans la pierre

Avec sa géométrie saillante calepinée de pierre bleue du Hainaut, le MusVerre conçu par W-Architectures étonne autant qu’il s’insère dans le paysage rural de Sars-Poteries.

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Situé sur un terrain agricole peu construit, en limite bocagère, ses quelques 3500 m2 auraient dû bouleverser le paysage. C’est par le biais de diverses astuces que W-Architectures a su effacer sa massivité au profit d’une géométrie peu commune. © Amélie Luquain

Sars-Poteries, un bourg de 1500 habitants frappé par la désindustrialisation. Situé au sud-est du Département du Nord (Hainaut), dans le parc naturel de l’Avesnois, celui que l’on surnomme « la petite Suisse du Nord » souhaite devenir grand. Avec la très prochaine ouverture du MusVerre, le 1er octobre 2016, celui-ci mettra en avant une tradition verrière et les créations contemporaines qui le perpétuent.

 

Histoire industrielle verrière à Sars-Poteries

Pour mieux comprendre le contexte dans lequel s’insère le projet de l’agence W-Architectures, un rappel historique s’impose. L’industrie du verre à Sars-Poteries bat son plein de 1801 à 1937, sous l’égide d’Henri Imbert, patron des verreries. Verre à vitres, verre de table, gobeleterie et flaconnage sont fabriqués jusqu’à ce que la production s’arrête brutalement sous l’effet de crises conjuguées. En 1967, sous l’impulsion du curé du village, Louis Mériaux, l’exposition des bousillés* prépare la voie à la création du musée du verre qui prend place dans le château Imbert, l’ancienne demeure familiale. S’orientant vers la création contemporaine en verre, ces manifestations attirent des artistes internationaux, rendant le lieu incontournable. En 1994, sa gestion est prise en charge par le Département du Nord, lui offrant de nouveaux moyens pour enrichir sa collection. Il faut cependant attendre 2009 pour voir émerger une nouvelle ambition muséale et l’idée d’un nouveau bâtiment.

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Posée au nu extérieur de la pierre, la plus haute baie vitrée mesure 5,70 m. © Amélie Luquain
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La pierre du Hainaut revêt le parvis ainsi que la promenade extérieure à l’est du bâtiment, le tout dessiné par un paysagiste intégré à l’agence W-Architectures © Anne Vanlatum

 

Du verre à la pierre

musverre_w-architecture_raphael-voinchet_sars-poteriesLa maîtrise d’ouvrage souhaitait refléter une tradition verrière tout en mettant en valeur les œuvres exposées. La réponse s’est imposée comme une évidence à Raphaël Voinchet et ses associés, Bernard Voinchet et Christian Lecouvey, de l’agence toulousaine W-Architectures, lauréate du concours avec un projet salué à l’unanimité – face à MVRDV (Rotterdam), Pierre Hebbelinck (Liège), Terreneuve (Paris) et Urban Kultur (Strasbourg). Les architectes souhaitaient rappeler le matériau tout en évitant l’écueil d’un bâtiment en verre. Ils emploient la pierre bleue du Hainaut, un matériau régional extrait dans la carrière belge de Soignies, à quelque 30 km de là. Une façon de revisiter un savoir-faire local tout en évoquant les cristaux de silice qui constituent le verre, par la teinte bleutée de la pierre et les arrêtes vives et saillantes du bâtiment.

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Le calepinage de la pierre bleue du Hainaut semble reprendre celui de la brique, matériau de construction principal du bourg, tandis que la pierre bleue est principalement utilisée en moellons pour orner les encadrements de fenêtres des anciennes maisons © Amélie Luquain

 

Insertion paysagère et géométrie tranchante

musverre_w-architecture_raphael-voinchet_sars-poteriesImplanté à l’écart du bourg, le MusVerre est situé à 300 m de l’ancien musée, le long de la départementale, et jouxte l’atelier du verre créé en 2001. Situé sur un terrain agricole peu construit, en limite bocagère, ses quelques 3500 m2 auraient dû bouleverser le paysage. C’est par le biais de diverses astuces que W-Architectures a su effacer sa massivité au profit d’une géométrie peu commune. Installé dans la pente, un dénivelé de 7 m, le bâtiment est morcelé en cinq parallélépipèdes aux toits inclinés, connectés entre eux, leurs échelles devenant comparable à celles qui constituent le bâti du village de Sars-Poteries. Orientés d’ouest en est, les volumes s’ouvrent sur le paysage. La géométrie offre différentes lectures selon les faces par lesquelles on l’aborde. La façade principale se veut accueillante par ses surfaces biaises, la façade ouest se caractérise par sa surface lisse et la façade est invite à la curiosité avec ses creux et excroissances. La pierre du Hainaut qui les revêt est une pierre naturelle calcaire, très compacte, de teinte naturelle gris-bleu, plus ou moins foncée selon son degré de polissage et selon la lumière. Pour sa mise en œuvre, les compagnons-maçons ont combiné leur savoir-faire à une taille à la machine numérique. Construire en pierre fut exaltant pour l’architecte, qui a dû calepiner l’ensemble des façades et porter une grande attention aux détails. Les vitrages sont délicatement posés au nu extérieur de la pierre, ce qui a nécessité de travailler la pierre en aval de la pose pour parfaire la continuité entre les deux matériaux. D’autre part, le système de récupération des eaux de pluie en toiture est parfaitement invisible. A l’intérieur, béton et plâtre sont apparents, nécessitant une parfaite maîtrise de la conception.

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La géométrie offre différentes lectures selon les faces par lesquelles on l’aborde, la façade est invitant à la curiosité avec ses creux et excroissances © Amélie Luquain
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La géométrie offre différentes lectures selon les faces par lesquelles on l’aborde, la façade ouest se caractérisant par sa surface lisse © Amélie Luquain

 

De l’écrin noir à la boite blanche

Le visiteur est happé dès l’entrée par le grand hall qui, agrémenté de mobilier en résine dessiné par l’agence, s’affine, fermant la perspective jusqu’aux salles de réserves en partie enterrées pour protéger les œuvres de la lumière – les rayons lumineux risquant de les faire exploser – et profiter de l’inertie thermique de la terre. Le hall d’entrée conduit le visiteur à la salle d’exposition permanente, volume majeur de l’édifice. Le parcours commence avec les œuvres historiques du musée, rassemblées dans trois boites suspendues dont les murs sombres contrastent avec les vitrines claires et lumineuses. La première salle expose les Bousillés, la seconde retrace l’histoire du musée et le rôle essentiel de son fondateur dans le développement de l’industrie verrière en France, la troisième présente des créations internationales des années 80. Au rez-de-jardin sont exposées les collections contemporaines, dans un vaste espace blanc et lumineux ouvert au nord sur le bocage. Cette salle au parcours plus libre, invitant à la déambulation, comprend quatre longs socles agrémentés pour deux d’entre eux de vitrines hautes. Elle est éclairée par des plafonds lumineux qui ne diffusent aucune ombre, intégrés aux sous-faces des boites suspendues.

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Les circulations deviennent des lieux de repos agréablement éclairées par les larges baies vitrées © Anne Vanlatum
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Au rez-de-jardin sont exposées les collections contemporaines, dans un vaste espace blanc et lumineux ouvert au nord sur le bocage © Anne Vanlatum

Dans l’esprit de l’architecte, les espaces blancs doivent pouvoir s’effacer pour laisser place aux œuvres. Peut-on pour autant parler d’un ouvrage parfaitement transparent (au sens de discret), pas si sûr ! Le maître d’ouvrage souhaitait d’ailleurs qu’on le remarque : implanté en zone transfrontalière, il doit participer au désenclavement du territoire et attirer le tourisme international, sur un site pourtant difficile d’accès et desservi par une unique départementale. Reste à espérer que les 50 000 visiteurs tant attendus fassent le voyage. Quoi qu’il en soit, la justesse du bâtiment vaut le détour.

 

*En dehors de leur temps de travail, les verriers utilisent avec l’autorisation du directeur, le matériel de production pour « bousiller » le verre. Ils créaient des objets d’inspiration libre, sans vocation marchande, pour eux-mêmes ou pour offrir, développant leur imaginaire et rivalisant de dextérité.

Amélie Luquain

 

Chiffres clés 1000 m2 de surface d’exposition au lieu de 300 m2 dans l’ancien musée. 2,2 hectares de terrain avec un dénivelé de 7 m. 800 tonnes de pierre bleue utilisées et 2500 m2 pour revêtir la façade à 247€/m2. 3000 pièces de Bousillés

Fiche Technique: MOA : Conseil départemental du Nord. MOE : W-Architectures. Lieu : Sars-Poteries (Département du Nord). Surface : 3417 m2 de surface utile. Coût : 14,9 millions d’euros TTC. Livraison : 1er octobre 2016

 

Architectures et Brexit, le coût du bruit, la New Tate : la revue de presse du 21 juin 2016

Architectures et Brexit, le coût du bruit, la New Tate : la revue de presse du 21 juin 2016

Koolhaas s’oppose au Brexit, inauguration de la New Tate modern, les architectes anglais face aux référendum du 23 juin, des décibels qui coûtent de l’Or, Calatrava à l’amende

New Tate Modern The Switch Luc Boegly Sergio Grazia
New Tate Modern  » The Switch » – Herzog et de Meuron architectes. Courtesy (c) Luc Boegly+Sergio Grazia

Remxin

Hollandais, mais aussi ancien étudiant de la AA school, Rem Koolhaas s’est prononcé pour le maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne sur les ondes de la BBC. Il y a bien plus en jeu qu’être dedans ou dehors, a affirmé l’architecte se souvenant des effets que l’entrée dans la CEE avait eu sur son ex-école. Des Allemands, Tchécoslovaques et Français arrivant dans l’établissement avaient contribué à « moderniser la mentalité anglaise, l’ensemble de la civilisation britannique », a encore expliqué l’architecte. Une sortie de l’UE la ramènerait en revanche aux temps qu’a connu Rem à ses tous débuts à l’AA : une ère où les serveuses du restaurant de l’école portaient des bonnets victoriens. Pas sexy pour un moderne, et dur à avaler pour la figure de proue d’une agence qui s’est plusieurs fois penchée sur la communication de la Commission européenne.

Via Building Design

 

Archout?

Si pour Rem Koolhaas, le Brexit ramènerait l’Angleterre aux mauvais temps anciens, les grandes agences d’architectures britanniques se déclarent mal préparées aux conséquences du « Oui » au référendum du 23 juin. Le magazine Building Design a interrogé une douzaine d’agences parmi les principales du Royaume-Uni. Pour Brendan Kilpatrick, associé de PRP, les conséquences sur l’emploi seraient très négatives : notre agence est très internationale, et craint de voir partir de Londres ses employés d’origines polonaise, lituanienne, espagnole ou grecque. Les perspectives d’emploi devraient cependant les retenir au nord du continent… Un directeur d’AHR s’attend à une période d’instabilité d’une durée inconnue et des répercussions sur l’activité économique difficiles à évaluer. En mai dernier, 78% des architectes se prononçaient pour un maintien dans l’UE et 11% pour le Brexit, selon un sondage réalisé par le magazine Building auprès de 180 architectes.

Via Building Design

 

Adieu saucisses, bonjour pyramide

Au-delà du Brexit, l’actualité architecturale britannique se focalise sur l’inauguration de la New Tate Modern, bâtiment livré par Herzog et de Meuron après 10 années de chantier. Déjà un succès public, si l’on en croit les notes données par les lecteurs du Guardian à l’extension de l’ancienne centrale électrique de Bankside. Harry Hickmore, 23 ans, observe qu’il est difficile de prendre un selfie avec le nouvel édifice, admettant que ce n’est peut-être pas un mal. Adam Smith apprécie l’illusion de vivre dans le décor des SIM. L’accès aux pièces avec panorama sur la Tamise lui donne l’impression de vivre dans un des luxueux appartements occupés par les personnages du jeu vidéo, sensation qu’il évalue comme une performance artistique du XXIe siècle. Les deux ont donné 4 étoiles sur 5 au bâtiment, beaucoup plus qu’à l’usine Sainsbury, construite dans les années 30 par Owen Williams, dont la destruction récente est passée inaperçue. Nina Rappaport rend hommage dans les colonnes de Building Design à cette ancienne usine de saucisses. Il faut se faire une raison : francforts, chipolatas et autres merguez ont désormais plus de chance de sortir aujourd’hui des murs d’un atelier d’artiste que d’un établissement de confection industrielle.

via The Guardian

 

Kidzania

La Tate se fera-t-elle voler son jeune public par un concurrent féroce, Kidzania ? Dans ce parc d’attraction qui a pour thème le capitalisme, les enfants apprennent « que rien ne tombe du ciel » tout en éprouvant les « valeurs de la vie réelle ». France TV info visite cet espace de 7 000 m2 ouvert il y a un an – une ville en miniature, décrit la chaine – dans l’ouest londonien. On peut y essayer 60 métiers, et dépenser des dollars kidzaniens durement gagnés pour acheter le droits d’exercer des professions attractives, comme pompier, ou aller étudier pour s’élever dans la société. Le reportage ne dit pas si l’on peut y exercer le métier d’architecte en herbe, ni même si cette profession est enviable financièrement. Voila comment les vocations se perdent.

via France TV info

 

A l’amende

Et pourtant, l’exercice du métier d’architecte peut s’avérer coûteux. Santiago Calatrava, architecte valencien exilé en Suisse, vient d’en faire l’amère expérience. Le Tribunal suprême de Madrid vient de confirmer la condamnation de l’architecte à 2,96 millions de dommages et intérêts en réparation des malfaçons du Palais des congrès d’Oviedo. Le dernier recours juridique espagnol impute une faute de prévision dans le dessin, la fabrication et l’exécution de la couverture de ce projet détonnant pour une ville de 200 000 habitants. La société Santiago Calatrava LLC s’était vue confier par le promoteur Jovellanos XXI l’ensemble des missions, de la conception à la livraison du bâtiment. Trancadiz, Zubi-zuri, passerelle de Venise… souhaitons que les dommages de ces oeuvres calatraviennes construites à Valence, Bilbao ou dans la serenissime ne perturbent pas le sommeil de l’architecte

Via El Mundo

 

Economies Silencieuses

En France, l’État en mal d’argent pourrait, plutôt que de s’en prendre à Calatrava, poursuivre… le bruit ! D’après une étude réalisée par le cabinet EY (ex Ernst&Young) à la demande du Conseil national du bruit, le coût du bruit s’élèverait à 57 milliards ! L’étude financée par l’ADEME repose sur une méthode de l’OMS mesurant la relation entre l’exposition à un agent (le bruit) et ses effets (son impact sanitaire). On veut bien admettre que les traitements pour la surdité aient un coût mesurable, on reste plus sceptique quand à la quantification financière des dommages induits par la gêne du sommeil (40% des cas selon l’étude). On guette l’apparition prochaine de nouvelles normes anti-bruit pouvant faire rimer affaiblissement acoustique et renforcement budgétaire. Pourquoi ne pas tous se taire pendant quatre ans pour réduire le déficit ? L’idée pourra séduire, et pas seulement le Conseil du bruit, qui fait décidément un sacré vacarme autour de ce « coût social » des nuisances sonores.

Via agence newspress

 

 

New Tate Modern Londres the Switch Luc Boegly Sergio Grazia
New Tate Modern  » The Switch » – Herzog et de Meuron architectes. Courtesy (c) Luc Boegly+Sergio Grazia

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Grand Prix Afex pour le Musée national estonien

Le Grand Prix Afex 2016 pour le Musée national estonien sera remis à l’agence DGT (Dorell. Ghotmeh. Tane/Architectes) lors des journées d’ouverture de la 15e Exposition internationale d’architecture – la Biennale di Venezia

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Au cours du XXe siècle, l’Estonie a connu un « âge de l’éveil », se libérant des dominations de la Russie tsariste et soviétique. Rejoignant l’Union Européenne en 2004, elle a depuis lancé un programme de réforme économique et sociale. La création du Musée national estonien témoigne du désir de réveiller une identité nationale et une histoire culturelle. La proposition de DGT pour ce bâtiment de 34 000 m2, abritant une collection de 140 000 objets, a bousculé la demande du concours. Au lieu d’installer le musée sur le site proposé, DGT a choisi de se réapproprier une base militaire soviétique à proximité, présence physique d’une histoire douloureuse. La mise en œuvre sensible, matérialisée par l’envolée de la toiture, invite le visiteur à entrer au cœur du musée. Lieu de rassemblement et d’interaction, cet espace ouvert aux expositions et performances réconcilie les gens à un passé complexe.

PrixAfex_DGT_Estonie_musée

PrixAfex_DGT_Estonie_musée

PrixAfex_DGT_Estonie_musée

PrixAfex_DGT_Estonie_musée

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©Takuji Shimmura

Deux baraquements après-guerre muséifiés

Deux baraquements après-guerre muséifiés

A Gonfreville-l’Orcher (Seine-Maritime), un an après le lancement du programme de restauration, deux baraquements issus des Cités Provisoires (1945…) retrouvent leur état d’origine pour devenir musée.

Baraquement_Camps GI_Espace de partage

Baraquement_Camps GI_Espace de partage

Gonfreville-l’Orcher, ville proche du Havre, fut un terrain d’accueil désigné pour les camps et baraquements en raison de sa situation géographique exceptionnelle dans l’estuaire de la Seine. Dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, les GI américains s’y regroupèrent sur un terrain de 525 hectares et bâtirent le camp Philips-Morris. Les bâtiments étaient à l’origine des préfabriqués à ossature bois, livrés en éléments à assembler par l’armée américaine. Après leur départ en 1947, le camp est divisé en trois Cités Provisoires, dont la Cité Arthur-Fleury qui était la plus importante avec ses 198 baraquements, ses écoles, ses commerces et cinémas. Destinées à abriter les sinistrés et réfugiés havrais les plus démunis (le Havre a été bombardé en 1944 et détruit à 80%), les cités, pendant près de trente ans, doublèrent la population de Gonfreville-l’Orcher.

Petit à petit, ces camps disparaissent du paysage gonfrevillais, ne laissant derrière eux que trois baraquements issus des camps Arthur-Fleury, dont deux font l’objet de la présente restauration. Chacun des deux baraquements est réhabilité dans son état d’origine, témoins de deux époques différentes.

L’un a été restauré dans son état d’origine de construction, daté de 1945 à 1952. Cette période est appelée « Camps américain ». L’autre a retrouvé son état d’après rénovation par le ministère de la Reconstruction et du Logement (MRL) de 1952 à 1980. Cette période est appelée « Cité Arthur-Fleury ».

La restauration a été possible grâce au mécénat de la fondation Total, en partenariat avec la fondation du patrimoine, pour un montant s’élevant à hauteur de 75 000 €.

L’association Gonfrevillaise des Cités Provisoires (AGCP) s’est associée au projet pour créer, au sein des deux baraquements, un Espace de Partage de l’histoire et du patrimoine Gonfrevillais, inauguré lundi 2 mai 2016. Ses salles d’exposition restituent les diverses époques d’occupation à travers les témoignages et objets collectés par l’association.

Amélie Luquain

Chantier Pyramide : 12 pour 1

En juin 2014, le musée du Louvre a entamé un chantier qui devait s’étaler sur 2 ans. Relancé par Jean-Luc Martinez, président-directeur du musée du Louvre, et mené par l’agence d’architecture SEARCH, le projet Pyramide a pour volonté de replacer les visiteurs au cœur des collections.

Pyramide_Charlie Abad
Pyramide © Charlie Abad

 

Affluence croissante

Inauguré en 1989, l’accueil central souterrain du musée du Louvre surmonté de la pyramide de verre et d’acier d’Ieoh Ming Pey était pensé pour 4,5 millions de visiteurs. Aujourd’hui, cette institution culturelle de premier rang en accueille 10 millions par an.

Chaque jour, le public et les agents subissent les désagréments lié au sous-dimensionnement des infrastructures d’accueil : allongements des files d’attente, difficulté de repérage, sous-dimensionnement des vestiaires et de la bagagerie, toilettes en nombre insuffisant, nuisances sonores…

Belvédère-doublement du controle d'accès
Belvédère : doublement du controle d’accès
Entrée Pyramide
Entrée Pyramide © Antoine Mongodin

 

Visibilité augmentée

« Comment rendre le Louvre plus lisible ? » demande Jean-Luc Martinez, président-directeur du musée du Louvre, qui a décidé de mettre le projet Pyramide au cœur de ses priorités dès sa prise de fonction en avril 2013. La réorganisation des accès et de l’accueil sous la pyramide apporte des solutions en déplaçant les fonctions logistiques (billetterie, vestiaires, toilettes…) à la périphérie de celle-ci. Le projet est mené depuis sa conception en 2011 par l’agence d’architecture SEARCH, notamment lauréate des Nouveaux Albums des Jeunes Architectes (NAJA 2006).

Hall Napoléon libéré de sa banque d'information
Hall Napoléon libéré de sa banque d’information

 

Opération tiroir

Débuté en juin 2014, le chantier du projet Pyramide vise à minimiser les impacts sur le public et à assurer la continuité des services sans incidence sur les horaires d’ouverture, pour ce musée ouvert 6 jours sur 7. Ainsi, l’emprise du chantier ne doit pas dépasser 7% de celle du hall Napoléon. Les gros travaux se font de nuit, du lundi soir au mercredi matin. Les parois de chantier, à la fois acoustique, coupe-feu et anti-poussière, minimisent les nuisances. Mais surtout, ce chantier fragmenté rythme la vie du musée, en toute discrétion. Le Louvre héberge une dizaine de micros-lots, chacun avec son propre niveau d’avancement. « L’organisation du chantier en site occupé est le premier des défis techniques (…) Il est ainsi prévu d’organiser les travaux en 12 chantiers qui s’articulent dans le temps en un « jeu de chaises musicales » permettant de maintenir le site ouvert au public. » précise Caroline Barat, architecte.

Point d'information
Point d’information

Par exemple, tandis que les nouvelles portes d’accès à la pyramide sont livrées, l’allée du Grand Louvre entame tout juste sa restructuration. Les Algeco de l’entrée Richelieu, à l’origine temporaire, sont enfin remplacés par des auvents « immatériels » en inox poli miroir. L’actuel point d’information, noyé sous la foule, sera bientôt logé dans deux piliers, dits « trièdres ». Des parois minimisant les nuisances acoustiques, amélioreront notablement l’accueil des visiteurs et les conditions de travail des agents. La billetterie aura son propre espace, concentré au rez-de-chaussée de l’ancienne librairie.

Billetterie dans l'espace protégé de l'actuelle librairie
Billetterie dans l’espace protégé de l’actuelle librairie

Le nouveau complexe bagagerie/vestiaire, regroupé d’ores et déjà en une zone unique permet l’autonomie du visiteur et une plus grande capacité de stockage. La signalétique est également entièrement repensée, en collaboration avec Philippe Apeloig. Au centre du hall, un dispositif de projection permet de s’orienter. A l’entrée de chaque aile, seront reproduits des détails d’œuvres célèbres sur de grandes bannières, laissant place à l’image plutôt qu’à l’écrit, peu accessible en raison de la diversité des langues. Quant à la signalétique des espaces d’accueil, elle sera placée en hauteur et en lettres noires, facilitant sa visibilité, y compris les jours d’affluence.

Bagagerie
Bagagerie

 

Détails urbains

Les architectes ont donc dû s’implanter dans une architecture forte par le biais d’intervention minimale ne nécessitant aucune intervention sur l’édifice. Chaque action, bien que largement contemporaine, doit donner l’illusion d’avoir toujours été là. « La pyramide d’I.M. Pei, désormais iconique, implique pour notre équipe de trouver une écriture architecturale juste, sans surenchère tout en assumant sa propre identité en évitant l’écueil de l’imitation. » nous dit Thomas Dubuisson, architecte.

 

Le projet Pyramide, oscillant entre micro-architecture et échelle urbaine, sera inauguré le 5 juillet 2016 en présence du Président de la République.

Amélie Luquain

 

Calendrier :

septembre 2013 : présentation du projet aux personnels

automne 2013 : commission ministérielle des programmes immobiliers

novembre 2013 : dépôt du permis de construire

mai 2014 : consultation d’ I.M. Pei

2ème semestre 2014 : démarrage des travaux de la future bagagerie et des points d’information.

1er semestre 2015 : Démarrage des travaux de la future billetterie, des sanitaires et de la future librairie dans l’allée du Grand Louvre. Ouverture de la nouvelle bagagerie.

2ème semestre 2015 : Poursuite des chantiers de la billetterie et de la librairie. Pérennisation des contrôles d’accès du passage Richelieu. Livraison de 22 sanitaires.

1er semestre 2016 : Démarrage des travaux des boutiques au nord de l’allée du Grand Louvre. Ouverture de la nouvelle billetterie, des nouveaux points d’information, de la librairie et de 33 sanitaires. Reconfiguration des contrôles d’accès de l’entrée de la pyramide.

2ème semestre 2016 – 2017 : réfection et agrandissement de l’accueil des groupes pour la réalisation d’un espace d’accueil des visiteurs sur deux niveaux.

 

Fiche technique

Surface impactée par le projet : 7 000 m2 environ

Maîtrise d’ouvrage : Musée du Louvre

Maîtrise d’oeuvre :

Agence Search – Architecte Mandataire

Sylvain Dubuisson – Architecte designer

Philippe Apeloig – Signalétique

OPC : PLANITEC – Groupe SETEC

Budget : 53,5 millions d’euros

 

 

Courtesy Musée du Louvre / SEARCH