Disparition d’Alan Davidson, pionnier de la visualition numérique architecturale

Disparition d’Alan Davidson, pionnier de la visualition numérique architecturale

Alan Hayes Davidson, véritable pionniers de l’imagerie en architecture, est décédé à l’âge de 58 ans. Il fût l’un des premier à utiliser l’ordinateur pour créer des images numériques réalistes de bâtiments.

Qui aurait imaginé qu’après avoir suivi des études en architecture à Edimbourg, Alan Davidson révolutionnerait l’industrie de l’architecture et ses modes de représentation en apportant à toute une nouvelle génération d’architectes des techniques offrant la possibilité de se rapprocher au plus près de la réalité.

Après s’être installé à Londres en 1986, il se familiarise à l’imagerie en intégrant l’équipe de Richard Rogers Partnership – devenu par la suite Rogers Stirk eHarbour + Partners. A cette époque, les rendus architecturaux était produits à la main par des artistes travaillant à la plume et à l’encre ou la peinture. Des outils à mille lieux de ceux utilisés aujourd’hui pour réaliser des perspectives et nécessitant un temps considérablement plus long. C’est avec l’aide d’ordinateurs Apple Macintosh, du logiciel d’animation graphique Electric Image utilisé notamment par les studios d’Hollywood et d’un tout nouveau logiciel de manipulation d’images appelé Photoshop, que Alan Davidson a commencé à produire des images pour son ancien employeur, Richard Rogers Partnership.En 1989, Alan Davidson fonde son studio de visualisation, Hayes Davidson, la première société entièrement consacrée à la production d’images de synthèse pour le milieu de l’architecture, réalisant ainsi des rendus photo-réalistes pour des architectes comme Renzo Piano avec The Shard ou encore pour la célèbre agence de renommée mondiale Foster and Partners avec Gherkin.

Il est, par la suite, devenu un des avant-gardes de la production d’images vérifiées – des représentations numériques précises de structures proposées sur de vraies photographies créées à l’aide de données d’arpentage combinées à des représentations réalistes du matériau du bâtiment et des qualités de réflexion de la lumière.

Les images vérifiées, contrôlées par le studio de visualisation comme étant exactes, sont devenues un outil essentiel pour les architectes, leur permettant d’expliquer aux planificateurs et au public à quoi ressembleraient leurs créations une fois construites. C’est aussi un moyen pouvant être utilisés comme preuve si un bâtiment proposé est soumis à une enquête publique.

«Sans Alan, je me demande parfois si nous aurions construit le Shard. Les images produites par son équipe ont été déterminantes pour remporter l’enquête publique: elles étaient parfaites. À l’époque, Hayes Davidson était dans une ligue à part et Alan était le pionnier d’une profession émergente. » explique avec émotion William Matthews, de William Matthews Associates.

 

En 2012, Alan Davidson a été diagnostiqué avec la maladie du motoneurone  et durant les dernières années de sa vie, des fonds ont pu être amassés grâce à son organisme de bienfaisance Alan Fondation Davidson  visant à récolter des dons pour la Motor Neurone Disease Association.

 

L’Atelier des Lumières: une révolution scénographique 2.0 ?

L’Atelier des Lumières: une révolution scénographique 2.0 ?

L’art numérique joue un rôle de plus en plus important dans la conception des musées, des galeries et des espaces scénographiques. La perception et l’utilisation de l’espace évoluent en permanence. Situé dans une ancienne fonderie du XIXème siècle dans le 11ème arrondissement de la capitale, cet espace est le premier musée d’art numérique de Paris. A l’Atelier des Lumière, les oeuvres de  Gustav Klimt et Egon Schiele se côtoient sous formes de projections créant un univers enchanté aux couleurs incandescentes.Dans ce musée, les oeuvre prennent totalement possession du lieu et ne sont plus seulement des objet de contemplation accrochées à un mur, elles sont le lieu, le font vivre, lui donne une dynamique et une atmosphère. En résumé, elles prennent vie grâce au numérique. Il est donc intéressant de voir les enjeux émergent de cette démarche pour les architectes d’aujourd’hui et de demain.

 

Depuis Avril dernier, des oeuvres du XXème siècle sont ainsi mises en lumière grâce à une technique de projection sur des murs de 10 mètres de haut dans un espace de 3300m², le tout sous la direction de  Culturespaces , opérateur privé de musées et de monuments.

Ce lieu d’exposition a vocation à redéfinir notre expérience de l’art et à le rendre accessible à un plus large public par l’outil numérique. Une sorte de désacralisation de l’art 2.0 par le biais de la technologie.

« Ces expositions immersives peuvent être une introduction à la découverte de l’art pictural et un tel centre numérique faisait défaut à Paris« , explique Michael Couzigou, directeur de l’Atelier des Lumières.

 

« Les gens ne connaissent pas la culture comme ils l’ont fait par le passé« , expliqe Bruno Monnier, président de Culturespaces. « Les pratiques évoluent et l’offre culturelle doit être en phase avec elles. Le mariage de l’art et de la technologie numérique est, à mon avis, l’avenir de la diffusion de l’art parmi les générations futures. »

Le bâtiment dispose de trois salles d’exposition principales. Deux salles consacrées au peintre autrichien Gustav Klimt et à la peinture viennoise, avec des œuvres d’Egon Schiele et de Hundertwasser.

Une salle plus petite est réservée aux artistes émergents et présente des installations d’IA et numériques: « Nous voulons embrasser les artistes émergents sur la scène de l’art contemporain« , explique Michale Couzigou.

« Nous avons décidé de nous concentrer sur Gustav Klimt, à l’occasion du centenaire de sa mort, pour trois raisons: la variété de ses formes expressives, allant du classicisme au début de l’impressionnisme le mouvement artistique au tournant du XIXe siècle), sa renommée et le caractère poétique et romantique de son œuvre, que nous considérions comme un point de départ idéal », ajoute t-il. « Nous incluons également un court programme consacré au peintre et architecte Friedensreich Hundertwasser, influencé par le travail de Klimt. »

Une bande sonore de Wagner, Chopin et Beethoven, accompagne la visité grâce à un système de son « motion design » composé de 50 haut-parleurs.

« Il permet aux visiteurs de découvrir l’art sous un nouvel angle et par des expériences immersives. Nous combinons l’art classique et l’art numérique – je suis convaincu que le mariage de l’art et du numérique est l’avenir de la diffusion de l’art parmi les générations futures. Il est capable d’atteindre un public plus jeune et plus large que celui des musées traditionnels. Cette approche ne vise pas à remplacer les musées mais constitue une approche complémentaire de l’art »

EP7 : une guinguette numérique en plein Paris conçue par l’agence RANDJA

Depuis quelques mois, le quartier de la Bibliothèque nationale de France est animé par  un nouveau projet signé par l’architecte Farid Azib de l’agence Randja. EP7, appelé également guinguette numérique, est un lieu de création, de restauration et d’inventivité architecturale. Composé d’une façade numérique le bâtiment propose une programmation éclectique pensée par l’équipe du Point Ephémère mêlant concerts, salons de jeunes créateurs, conférences, expositions et restauration.

©David Boureau

Le projet s’inspire de la philosophie du Point Éphémère, à qui la Ville de Paris a demandé de créer un café-concert dans le quartier de la BNF pour faire vivre la mémoire des bâtiments et des lieux tout en les transformant. L’action se concentre sur les façades-enseignes : pour les façades communicantes, des Split / Flap displays sont récupérés. Ces anciens tableaux d’affichage à défilement mécanique des gares permettent de créer un bâtiment architecturalement singulier et d’interpeller les usagers sur la mémoire du lieu, situé au-dessus des voies ferrées. Les displays se mettent en action, pendant une minute ou deux, toutes les heures pour faire apparaître des messages : « Ils annoncent un DJ de Berlin pour demain à 23 heures » !

©David Boureau

Pour intégrer au mieux le programme dans la ville et la réglementation liée au bruit, trois plate-formes de 80 m² chacune, libres de tout obstacle, dans le gabarit des 12 mètres autorisés, sont superposées et les circulations verticales (sas, vestiaire, cuisine, bureau…) sont positionnées latéralement comme écrans acoustiques des futurs logements. La terrasse accessible est intercalée entre le rez-de-chaussée et le deuxième étage, cadrée par les deux blocs de services et des panneaux acoustiques perpendiculaires à la façade. Les entrées et sorties se font par des sas ; la salle du rez-de-chaussée dispose de parois fixes vitrées doubles et pleines pour la continuité de l’isolation. La structure du bâtiment situé sur une infrastructure existante est métallique avec des planchers collaborants, afin de minimiser le poids et de répondre aux exigences d’un chantier propre.

©David Boureau

En réponse à la volonté du Point Éphémère et de la Ville de Paris de créer un lieu festif qui attire les Parisiens, le bâtiment est brut pour permettre une expérimentation artistique propre au lieu. Le traitement de la façade est un hommage au passé du territoire et à l’habileté de l’institution à transformer des lieux anciens en temples de la modernité.Ce projet de guinguette numérique est né de la volonté de la SEMAPA de créer un lieu unique, créatif dans ce quartier en devenir. Cette volonté l’oriente tout naturellement vers la riche expérience de plus de 20 ans d’Usines Ephémères, dans l’activation et l’animation de lieux insolites.

©David Boureau

Le programme a donc été soigneusement élaboré en étroite collaboration avec l’équipe du Point Ephémère.

« C’est sous le terme de guinguette que le projet désigne le café culturel. Loin d’être un anachronisme des deux siècles derniers, le vocable revêt bien la demande actuelle du quartier en termes de convivialité et de création de lien social. Certes, dans une guinguette, on y danse, on y boit mais surtout l’on s’y côtoie dans une mixité bienvenue. C’est un endroit de stabilité dans ce quartier qui apparaît aujourd’hui comme un espace de circulation.« 

©David Boureau

« Il nous semble donc important d’imaginer dans la structure même de ses façades, des murs média, des colonnes de pixels «sur mesure» appuyant architecturalement les lignes de force du bâtiment et permettant de relayer quantité d’informations.« 

©David Boureau

Le projet reprend les grandes lignes du programme souhaitées par l’exploitant qui le désirait comme un signal urbain, une architecture non formatée et cultivée…

©David Boureau

L’EP7, nom actuel de l’équipement tire cette appellation du nom de la parcelle, et fût employé dès la programmation. Il est souhaité comme « lieu singulier et mouvant, de culture et cultivé ». Il est voulu comme une île, qui « attire et soustrait », un lieu à part et différent.

« Un lieu qui se nourrit de son public, de ses échanges de ses rencontres… »

« Un lieu qui diffuse et rayonne (ses parois sont vectrices d’images et d’information). Tel Janus, comme le quartier d’affaires qui l’accueille, sur des rythmes inversés, la guinguette mute en fonction des heures du jour et de la nuit. Le lieu de tous les possibles ».

©David Boureau
©David Boureau
©David Boureau
©David Boureau

Le rez-de-chaussée est largement ouvert, sur l’avenue de France, sur la Place Jean-Michel Basquiat. Son sol, dans la continuité de l’espace public le prolonge jusqu’au sein de l’EP7. Les circulations verticales en nombre de deux sont excentrées latéralement pour répondre aux exigences de sécurité (établissement recevant du public ERP), pour les besoins de flexibilité (privatisations possibles avec des accès dédiés), pour améliorer les performances acoustiques. Ces deux « blocs » verticaux jouent un rôle tampon afin de protéger les logements à proximité des nuisances sonores. Enfin ce dispositif libère trois plateaux « libres » sur trois niveaux.

©David Boureau

Les parties techniques regroupant les réserves, les vestiaires et sanitaires l’espace scène, le bar et ses réserves se glissent sous les volées d’escaliers. Les circulations verticales accompagnent le visiteur aux niveaux supérieurs. Chaque palier est l’occasion d’échappées (larges baies vitrées) sur la ville…

©David Boureau
©David Boureau
©David Boureau

Le restaurant, implanté au dernier niveau, se donne à voir, et laisse entrevoir au sud sur la Place le vieux 13 -ème, au nord sur l’avenue, la Seine, le Tribunal de Grande Instance et la ville en devenir.

©David Boureau

Enfin, le troisième plateau : belvédère, solarium, lieu de détente ou de fête offre un espace inouï surplombant le parvis et l’avenue. Le programme rêvé « un lieu privilégié pour tous, imaginé telle une terrasse dans une médina imaginaire ».

©David Boureau
©David Boureau

Conscients et anticipant les futures plaintes pour nuisances…  Ses concepteurs ont intercalé cet espace ouvert entre le restaurant « perché » et l’espace polyvalent du rez-de-chaussée. Emmitonnés entre les parois des circulations verticales, du plancher bas du restaurant, les regards et les sons s’échappent canalisés vers l’avenue et la place.

©David Boureau

L’EP7, veut être vecteur de signes et de sens, d’informations et d’oeuvres, véritable lieu en mouvement, laissant transparaitre et affichant en grand sur des cimaises électroluminescentes les vibrations intérieures. Cette thématique du programme, « totem communiquant » engage considérablement l’architecture du bâtiment.