Conférence de l’architecte Bernard Desmoulin autour du Musée de Cluny

Conférence de l’architecte Bernard Desmoulin autour du Musée de Cluny

Bernard Desmoulin tiendra une conférence le 13 Septembre prochain à 19h au Pavillon de l’Arsenal dans le cadre de la série « 1 architecte, 1 bâtiment » où il présentera son projet pour le Musée de Cluny.

Bernard Desmoulin, 64 ans, lauréat de l’Équerre d’argent 2009, cet ancien collaborateur de Ieoh Ming Pei qui fut également pensionnaire à la villa Medicis de Rome vient d’achever la nouvelle entrée du Musée du Moyen-Âge situé dans le 5ème arrondissement, en plein cœur géographique et historique de la capitale. Découpé en 4 phases, le projet de rénovation du Musée de Cluny s’inscrit dans une optique de valorisation de sa richesses patrimoniale et culturelle, passant notamment par la restauration des monuments, la construction d’un nouvel accueil, la refonte muséographique et la rénovation des espaces extérieurs.
Spécialiste des édifices culturels et patrimoniaux, l’architecte se dit « allergique » au geste spectaculaire préférant la simplicité et le dialogue avec le lieu. « Quand j’interviens sur un site ancien, je continue une histoire« , déclare le principal intéressé.
Véritable curieux dans l’âme, l’architecte aime observer, déambuler dans Paris, être ému, mais surtout déménager tous les cinq ans pour découvrir de nouveaux quartiers, de nouvelles architectures urbaines. Un perpétuel renouveau, source de son inspiration.
« Quand j’interviens sur un site ancien, je continue une histoire. La vraie modernité, c’est celle qui se mesure au passé et est à l’aise dans son époque. »
Le nouvel accueil imaginé par Bernard Desmoulin, marque la volonté de l’architecte de créer un lien entre les différentes époques. Avec ses façades recouvertes de modules en fonte d’alluminum aux dimensions variées permettant de refléter les rayons du soleil, l’extension aux tons mordorés fait écho aux mêmes teintes qui recouvrent encore les pierres datant de l’Antiquité. « L’accueil qu’il a imaginé pour le musée de Cluny est une création respectueuse, explique Élisabeth Taburet-Delahaye, la directrice du musée. C’est un homme à l’écoute, patient et tenace. »
« Au Musée de Cluny, au coeur de Paris, notre propos n’était pas celui d’une hypothétique intégration à cette magnifique suite bâtie entre les IIe et XXIe siècles, mais une sorte de digression architecturale née d’un besoin d’éclectisme face aux pesantes théories d’une réalité désenchantée. Au regard de cet ensemble historique, le nouvel accueil de Cluny, n’est qu’une bague au doigt qui désigne au passant le renouveau d’un Musér, poursuivant ainsi la belle idée de la ville romaine qui se construit lentement sur elle-même.« 

Construction en terre : une bibliothèque au Ghana

Depuis Mars 2017, une nouvelle école est en construction et accueillera bientôt les enfants d’Abetenim, un petit village situé dans la région Ashanti au Ghana. Dessinée par les architectes françaises Maude Cannat et Rachel Méau, sa bibliothèque d’une surface de 164m2 a été réalisée à partir de matériaux locaux tels que la terre et le bois.

Une bibliothèque au Ghana ©Eskaapi

Toutes les deux passionnées par la terre, elles ont fondé ensemble l’association Eskaapi. Leur sensibilité commune pour ce matériau, mais également pour l’écologie et le patrimoine, les a poussé à réinsuffler des méthodes de construction d’une pratique ancestrale dans un projet contemporain.

« Il y a quelque chose de séduisant dans l’usage de la terre. Elle est déjà là, elle appartient au lieu, elle habille l’espace naturel par sa couleur, sa souplesse et son grain avant même de voir la naissance d’une architecture. Le plaisir de devoir simplement déplacer et modeler pour voir la construction émerger est irremplaçable. »

Une bibliothèque au Ghana ©Eskaapi

Avec un petit budget de 9000€, il a donc fallu beaucoup d’imagination à cette équipe pour mettre en oeuvre une architecture intelligente et respectueuse de son environnement, tout en économisant les ressources mais aussi en s’adaptant à l’absence d’électricité sur le site. Un projet ingénieux, riche d’échanges et de savoirs-faire, ayant remporté le 1er prix de la 4th earth Architecture Compétition en 2016, un concours lancé par la Fondation Nka. Développée en 2005, la Fondation NKA promeut le développement social par le biais des arts. Ainsi, par les arts visuels, les arts littéraires, l’art du spectacle, le design, les films, l’histoire des arts, la critique et l’enseignement des arts, depuis 2007, la Fondation a rassemblé des équipes pour s’engager auprès d’actions humanitaires locales et mondiales. La Fondation est à l’initiative de différents projets en rapport direct avec l’Art que ce soient des projets proprement artistiques, ou humanitaires ou éducatifs, toujours dans l’objectif de créer en lien entre l’Afrique et le reste du monde.

Une bibliothèque au Ghana ©Eskaapi

Soutenue par la fondation la bibliothèque est avant tout un puits de savoir. Elle unit diverses activités en offrant à tout moment de la journée un temps de pause, le fruit d’une recherche, la dynamique d’un travail de groupe, le calme d’une lecture. Module simple, le bâtiment offre un premier lieu de sérénité et de concentration pour les prémices de l’école secondaire.

Une bibliothèque au Ghana ©Eskaapi

Ses murs réalisés en pisé sont relativement épais et permettent ainsi d’isoler l’espace sans dévoiler ce que cache l’intérieur grâce à d’étroites fenêtres. En pénétrant dans le volume, on découvre dans une ambiance aérée et lumineuse, deux espaces articulés autour d’un patio paysager. L’un, de plain-pied depuis l’entrée est propice au travail et à la recherche, l’autre dans un renfoncement sculpté par des marches en gradins, invite le visiteur à s’asseoir pour une lecture.

Une bibliothèque au Ghana ©Eskaapi

« Le pisé est une technique de construction de murs en terre crue, compacté dans un coffrage (également appelé banches) en couches successives à l’aide d’un pilon. Les banches des murs sont le plus couramment réalisées en bois. Mais il existe également au village des banches métalliques, ayant servi à construire les deux derniers bâtiments en pisé d’Abetenim. L’avantage pour nous d’utiliser ces banches métalliques est le gain de temps : n’ayant pas à les construire, nous économisons cinq jours de travail que nous pouvons consacrer à d’autres tâches. »

Une bibliothèque au Ghana ©Eskaapi

L’inertie des murs en terre apporte une fraîcheur à l’intérieur du bâtiment complétée par la toiture décollée et les fenêtres verticales assurant la ventilation. La bibliothèque et son mobilier ne font qu’une seule et même entité. Les étagères en bois sont directement intégrées dans les murs, l’embrasure évasée des fenêtres fait aussi office d’assise et une longue table de travail longe le mur du patio, prête à accueillir les futurs écoliers.

Une bibliothèque au Ghana ©Eskaapi
Une bibliothèque au Ghana ©Eskaapi

Tout a été minutieusement pensé pour économiser les ressources : la terre excavée pour les fondations est compactée dans les murs à l’aide de banches métalliques, le bois des coffrages est réutilisé pour le plancher, et des matériaux de récupération ont permis de réaliser les portes et toutes les finitions bois de la bibliothèque.

Une bibliothèque au Ghana ©Eskaapi

Les architectes responsables de l’association eskaapi qui encadre le projet ont réuni une équipe d’une trentaine de volontaires internationaux et d’une dizaine d’ouvriers locaux pour travailler ensemble sur le projet. La construction de la bibliothèque était le premier workshop mené au village pour la nouvelle école. Depuis, trois classes supplémentaires réalisées par trois autres équipes internationales ont vu le jour à côté du bâtiment d’eskaapi.

Une bibliothèque au Ghana ©Eskaapi

Véritable travail d’équipe et source d’apprentissage, ce projet est aussi une expérience humaine propice aux échanges où chaque participant a pu apporter ses connaissances.

« Être bénévole international c’est d’abord une rencontre avec l’autre, avec une culture différente, un nouveau pays, une langue inconnue. On apprend et on découvre auprès des populations locales, on échange avec le maçon ou la cuisinière, l’instituteur ou les enfants. C’est aussi la rencontre des bénévoles venant d’autres coins du monde et partageant les mêmes envies et motivations que nous. (…) Ensemble, nous construisons la bibliothèque. Nous cherchons le meilleur mélange de terre, nous réfléchissons aux détails d’assemblage, nous imaginons le mobilier intérieur, nous creusons le sol, nous tassons la terre, nous coupons le bois. L’activité est autant intellectuelle que physique. »

Une bibliothèque au Ghana ©Eskaapi

La fondation Nka vient de retenir une nouvelle proposition destinée à construire une école d’Art et d’Artisanat à Kassi Kunda, dans le district de Kantora en Gambie. Floran Martineau et Marie Gilliard cherchent à développer une architecture durable avec pour but initial de revaloriser la terre crue dans la culture constructive africaine grâce a leur projet A Sheltering RoofSi vous êtes volontaires, enthousiastes et que vous souhaitez vous impliquer dans un projet concret! Etudiants, jeunes diplômés ou bien professionnels en quête de nouvelles expériences constructives et culturelles. N’hésitez pas à contacter l’équipe pour participer à cette nouvelle aventure qui se déroulera du 6 Août au 2 Décembre 2018.

Rejoignez l’équipe !

La Chapelle Corneille, prix de la Reconversion Patrimoniale 2018

Rouen, la ville aux cents clochers. C’est à s’y perdre et à s’en mélanger les pinceaux, tant le nombre d’églises dans cette ville Normande est impressionnant. Encore en usage, ou désaffectées, certaines attendent patiemment qu’on leur donne un nouvel essor. Depuis 2016, c’est chose faite pour la Chapelle Corneille, devenue Auditorium de Région, sous les coups de crayons de l’atelier d’architecture King Kong, qui vient de recevoir le Prix de la reconversion Patrimoniale 2018 pour cette réalisation.

Un patrimoine à valoriser !

Au XVIIe siècle, on construit de nombreux édifices religieux dans la ville : monastères et couvents, églises et chapelles… C’est l’époque de l’art gothique, qui caractérisent de nombreuses édifices religieux rouennais. Parmi eux, la chapelle dite Corneille, réalisée par l’architecte François Derand, ne sera construite qu’en partie, faute d’espace et de moyen.  Elle sera tout de même construite, avec ses voûtes en croisés d’ogives, de gros contreforts à l’intérieur, qui reprennent les forces exercées par le volume. Manquent à l’appel les chapelles latérales à l’avant du bâtiment.

En 2004, la Région Normandie annonce sa restauration qui durera près de 11 ans ! Elle lance également un appel à projet, afin de réaliser une nouvelle salle de concert dans ce lieu atypique. Un changement de programme et une réhabilitation, qui n’a pas fait peur aux 5 équipes d’architectes qui avaient soumis leurs idées au jury de la Région.

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Crédits photographiques : atelier d’architecture King Kong – photos Eric Peltier
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Crédits photographiques : atelier d’architecture King Kong – photos Eric Peltier

La chapelle devenue lieu culturel

L’absence des chapelles latérales de la chapelle ont finalement permis de travailler un espace public au devant du bâtiment, et sur ses côtés. L’emmarchement redonne à la chapelle un parvis, et la met ainsi en valeur dans le tissu urbain dense de la ville de Rouen. Le dénivelé existant entre la route et le sol de l’édifice a été utilisé afin d’y glisser les espaces d’accueil au public. On entre ainsi par le sous-sol, afin de monter, petit à petit, dans une architecture baignée de lumière. L’auditorium de 600 sièges prend place au coeur de la chapelle, dont les principales caractéristiques ont été conservées. La réhabilitation de ce monument historique lui attribue une seconde vie, et le donne à voir au public.

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Crédits photographiques : atelier d’architecture King Kong – photos Eric Peltier
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Crédits photographiques : atelier d’architecture King Kong – photos Eric Peltier

L’impressionnant lustre de 6,5 mètres, placé stratégiquement à la croisée de la nef et du transept, valorise à la fois la verticalité de l’espace, mais permet aussi d’ajuster les qualités sonores du bâtiment. Grâce à une lentille convexe, située au coeur de l’ouvrage, le son se répercute et se dirige vers les artistes et le public.

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Crédits photographiques : atelier d’architecture King Kong – photos Eric Peltier
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Crédits photographiques : atelier d’architecture King Kong – photos Eric Peltier

Quand le contemporain se mêle au patrimoine

Inscrire un projet contemporain, dans un édifice du patrimoine, qui plus est classé, n’a pas été chose aisée pour l’atelier d’architecture King Kong. C’est le soucis du détail qui a permis à l’édifice de conserver sa signature historique, tout en étant emprunt de contemporanéité.  Un peu plus de deux ans après son ouverture au public en 2016, et malgré l’avis divergeant des aficionados de musique baroque, l’architecture du lieu est valorisée, et l’auditorium de la Chapelle Corneille est aujourd’hui à nouveau primé par le Palmarès d’Architecture et d’Aménagement de la Seine-Maritime et reçoit le prix de la reconversion Patrimoniale 2018.

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Crédits photographiques : atelier d’architecture King Kong – photos Eric Peltier

 

Anne Vanrapenbusch

Le château de Rentilly change de peau

Sur un site remarquable, l’agence Bona Lemercier, associée à l’artiste Xavier Veilhan et au scénographe Alexis Bertrand, habille le château de Rentilly de facettes miroitantes.

Reconstruit après guerre, le château de Rentilly a perdu de sa prestance. En vue de sa faible valeur architecturale, la Communauté d’agglomération de Marne et Gondoire et le Ministère de la Culture a décidé de sa reconversion en FRAC Ile de France pour accueillir les expositions d’art contemporain.

©Florian Kleinefenn©Florian Kleinefenn

Histoire, nature et allure futuriste se mêlent dans cette architecture atypique. Entouré d’un jardin à la française structuré de bassins et de fontaines d’un côté, et d’un parc à l’anglaise aux dunes ondulantes de l’autre, il est en total immersion paysagère. Sa nouvelle enveloppe réfléchit l’écrin de verdure qu’est le parc culturel de Rentilly. L’accès se fait par le sous-sol, seul vestige historique datant du XVIème siècle.

Il intègre les fonctions annexes du musée, tandis que l’intérieur du château est entièrement évidé pour accueillir les deux plateaux d’exposition. La peau en métal inox poli-miroir plissée reprend

les reliefs de la façade originale. Les formes du fronton et de la corniche sont conservées, ainsi que celles des balcons, accessoirisés d’un garde-corps transparent. Les multiples facettes permettent de distinguer les deux niveaux et l’emplacement des anciennes fenêtres. La toiture à quatre pans et cheminées devient une toiture terrasse accueillant un niveau d’exposition extérieur, et offrant un belvédère sur le parc et le paysage lointain.

Amélie Luquain

Photos : ©Florian Kleinefenn

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La BPO, opération sauvetage

Un bâtiment emblématique du patrimoine du XXe siècle est menacé de disparaître. Cette fois-ci, la Banque Populaire de l’Ouest de Montgermont (BPO) conçue par Odile Decq et Benoit Cornette est dans le collimateur.

 

Construit en 1990 et situé dans la périphérie de Rennes, en Ile et Vilaine, l’immeuble de la Banque Populaire de l’Ouest de Montgermont (BPO) est menacé de démolition pour des raisons financières. Conçue par les architectes Odile Decq et Benoît Cornette, qui se sont vus récompensés d’un Lion d’or à la biennale de Venise en 1996 pour sa conception, la BPO allie recherche spatiale et innovation technique.

 

Un bâtiment emblématique

BPO

Spatialement, elle se distingue par son implantation dans un site vierge de 7 hectares et par le travail de stratification de sa façade principale. Celle-ci joue sur deux plans verticaux dissociés (prémices de la double peau), fruit d’une réflexion sur les notions d’entre deux, de dehors et dedans, de parcours.

BPO

BPOTechniquement, cet immeuble de bureau est le premier en France à être construit intégralement en charpente métallique. Quand à la façade en double vitrage vissé suspendu, développée avec Peter Rice et son bureau d’ingénierie RFR, elle est des plus emblématiques. Par ailleurs, c’est la première fois qu’un ascenseur est entièrement panoramique.

De fait, par ses innovations, la BPO se situe à un moment charnière de l’évolution de l’architecture tertiaire. Elle s’inscrit dans le même courant « high-tech » que la tour HSBC à Hong Kong conçue par Norman Foster en 1985, et le siège de la Lloyd’s à Londres de Richard Rogers livré en 1986.

 

Un bâtiment reconnu

BPO

BPOPrimé pas moins de 12 fois au niveau national et international – dont le Benedictus Award à Washington en 1994 – pour son concept innovant, ce bâtiment à l’identité forte a fait aussi l’objet de plusieurs thèses.

Né de l’association d’un couple d’architectes de renom, il figure dans le parcours de la Galerie moderne et contemporaine de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine de Paris. Sa maquette est également visible au Palais de Chaillot.

 

Un bâtiment menacé

BPO

Bien qu’une rénovation et plusieurs possibilités de reconversion permettraient la conservation de ce patrimoine breton, Odile Decq n’a qu’un mois pour sauver la vie de sa création. De fait, une pétition visant à sauver l’immeuble de la destruction circule sur Internet.

 

Venez signer cette pétition :

http://chn.ge/1HalEDH