Encore Heureux et ses dix lieux infinis à la Biennale de Venise

Encore Heureux, l’agence parisienne de Nicola Delon, Julien Choppin et Sébastien Eymard, représente la France à la biennale internationale d’architecture de Venise ouverte ce week-end. Le trio d’architectes a choisi de défendre dix lieux exemplaires de la « sobriété heureuse » au travers d’espaces collaboratifs de Paris et de la Petite couronne

A l’occasion de la 16e biennale internationale d’architecture sur la thématique « free space », les trois architectes ont choisi de décliner dix « lieux infinis » (cinq en Ile-de-France, cinq en province), « qui expérimentent à l’échelle réelle de nouveaux modes de vie ». Une architecture innovante propice à l’expérimentation citoyenne et collaborative avec notamment les Ateliers Médicis, à Clichy-sous-Bois/Montfermeil, la Ferme du bonheur à Nanterre, le 6B à Saint-Denis, le 104 et les Grands Voisins à Paris…

« A la Biennale de Venise, on réfléchit plus à des sujets de société qu’à l’architecture pure« 

© Elodie Daguin

« Avec la crise économique, la crise écologique, les flux migratoires, les enjeux sont ailleurs. L’architecture a un rôle social à jouer, faire de l’architecture savante, aussi élégante soit elle, ne nous suffit pas », explique Julien Choppin co-fondateur d’Encore Heureux.

© Sophie Scher

Des « lieux de liberté » , qui pour le trio, « sont des endroits qui expérimentent des transitions (écologique, politique…) nécessaires. C’est là que le futur se construit. » Baptisé « Lieux infinis », le pavillon présente dix sites se transformant avec leur usage et se réinventant, au contraire de l’architecture spectaculaire.

© Sophie Scher

« Nous avons aussi choisi de mettre en avant des lieux d’hospitalité, des refuges dans des villes de moins en moins accueillantes, pour les SDF ou les demandeurs d’asile. Nous proposons une sélection hétéroclite en termes d’échelle, d’usage et de mode de gouvernance. Certains lieux ont trente ans, d’autres n’existent pas encore, comme Le Tri postal à Avignon. Certains sont transitoires, d’autres s’adossent à une structure existante, comme le projet de l’Hôtel Pasteur à Rennes, un lieu culturel en cours d’installation au-dessus d’une école maternelle. Cette diversité est importante car, à la Biennale de Venise, on réfléchit plus à des sujets de société qu’à l’architecture pure. Nous proposons d’ailleurs aux visiteurs de collaborer à un atlas participatif, qui recenserait tous ces « lieux infinis ». »

Le pavillon se compose d’une salle centrale accueillant dix grandes maquettes réalisées par l’agence ou par d’autres architectes. « A l’intérieur, des écrans vidéo projettent des films enregistrés in situ, afin de montrer ce qu’il s’y passe. Au-dessus des maquettes, nous exposons des boules de pétanque, un disque d’or, des papillons, des dessins historiques… En tout, quatre cent cinquante objets prélevés dans ces dix lieux qui témoignent de l’intensité qu’on y a ressentie. » Cette installation, pensée comme un véritable cabinet de curiosités, questionne la conception architecturale dans son ensemble.  « On devrait être capable d’avoir cette démarche aussi pour le logement par exemple, en se disant que l’usage va dicter le bâtiment plus qu’une programmation pré-établie « , estime Sébastien Eymard.

© Sophie Scher

« Les architectes ont un rôle humaniste, politique à jouer. Nous ne sommes pas là pour livrer de beaux immeubles mais pour stimuler la transition écologique. En conservant l’existant quand c’est possible – nous avons, par exemple, réalisé un projet de logements dans un ancien parking que l’on nous demandait de raser – ou en réemployant des matériaux, un enjeu essentiel puisqu’ils se raréfient. Pour notre exposition, nous avons ainsi récupéré les matériaux utilisés par Xavier Veilhan pour le pavillon français de l’édition précédente. »