Matthijs la Roi architects et BART // BRATKE s’associent pour concevoir une salle de concert à Nuremberg

Matthijs la Roi architects et BART // BRATKE ont publié des images de leur nouvelle salle de concert imaginée pour la ville de Nuremberg, en Allemagne. Le «Konzerthaus de Nuremberg» a pour vocation d’étendre le patrimoine historique du centre municipal, en apportant une expérience musicale unique à cette ville culturelle, tel un bijou architectural imprégné d’histoire.

La Meistersingerhalle, centre municipal de culture et de congrès de la ville, est un espace de concert de style moderniste construit dans les années 1960. 

La salle de concert conçue par Matthijs la Roi architects et BART // BRATKE fait référence à de nombreux thèmes architecturaux et historiques combinés dans une approche contemporaine. Etendue sur près de 17 000 mètres carrés, elle établit un dialogue ludique avec la Meistersingerhalle grâce à une approche minérale, rappelant les formations rocheuses des carrières voisines et les nombreux châteaux des alentours.

Néanmoins, contrairement aux bâtiments historiques de la région réalisés en pierre, les motifs ornant la façade de la salle de concert sont placés en angle, donnant ainsi à l’édifice une impression de légèreté malgré le poids énorme de ce matériau. Un sentiment aérien accentué par une toiture en verre animée par un maillage structurel au motif organique. Les architectes décrivent cette proposition comme un jeu de tradition et de modernité.

Plusieurs éléments verticaux viennent se reposer sur cette base solide, tels qu’un foyer, un escalier expressif, des gradins publics, des lieux de rassemblement. Ils permettent ainsi de rompre avec l’horizontalité rigoureuse de cette bande structurelle afin d’offrir un périmètre ouvert et invitant. Selon les concepteurs, « la base solide fonde la structure, qui crée une légèreté invitante à travers son foyer vertical en tant que distributeur central avec une construction de toit translucide et optimisée en énergie».

L’équipe d’architectes a cherché à intégrer le Konzerthaus à son environnement pour que celui-ci s’inscrive en harmonie dans le paysage urbain du parc Luitpoldhain.

La salle de concert, perçue comme un objet autonome de l’extérieur, est revêtue de bois à l’intérieur. Afin de maintenir une échelle humaine dans l’auditorium de 1600 places, la forme monolithique de la salle est fragmentée en balcons, en bureaux d’information et en zones d’évasion.

Une séparation des fonctions publiques et privées définit le programme intérieur. L’entrée principale pour les visiteurs conduit directement dans l’atrium vertical, avec toutes les fonctions publiques disposées le long du foyer. De plus, un bâtiment arrière accueille les artistes et les employés. Pour améliorer l’efficacité de la circulation, on retrouve l’espace de la livraison, la salle d’instruments et les vestiaires des artistes au même niveau.

A Sars-Poteries, le MusVerre est taillé dans la pierre

A Sars-Poteries, le MusVerre est taillé dans la pierre

Avec sa géométrie saillante calepinée de pierre bleue du Hainaut, le MusVerre conçu par W-Architectures étonne autant qu’il s’insère dans le paysage rural de Sars-Poteries.

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Situé sur un terrain agricole peu construit, en limite bocagère, ses quelques 3500 m2 auraient dû bouleverser le paysage. C’est par le biais de diverses astuces que W-Architectures a su effacer sa massivité au profit d’une géométrie peu commune. © Amélie Luquain

Sars-Poteries, un bourg de 1500 habitants frappé par la désindustrialisation. Situé au sud-est du Département du Nord (Hainaut), dans le parc naturel de l’Avesnois, celui que l’on surnomme « la petite Suisse du Nord » souhaite devenir grand. Avec la très prochaine ouverture du MusVerre, le 1er octobre 2016, celui-ci mettra en avant une tradition verrière et les créations contemporaines qui le perpétuent.

 

Histoire industrielle verrière à Sars-Poteries

Pour mieux comprendre le contexte dans lequel s’insère le projet de l’agence W-Architectures, un rappel historique s’impose. L’industrie du verre à Sars-Poteries bat son plein de 1801 à 1937, sous l’égide d’Henri Imbert, patron des verreries. Verre à vitres, verre de table, gobeleterie et flaconnage sont fabriqués jusqu’à ce que la production s’arrête brutalement sous l’effet de crises conjuguées. En 1967, sous l’impulsion du curé du village, Louis Mériaux, l’exposition des bousillés* prépare la voie à la création du musée du verre qui prend place dans le château Imbert, l’ancienne demeure familiale. S’orientant vers la création contemporaine en verre, ces manifestations attirent des artistes internationaux, rendant le lieu incontournable. En 1994, sa gestion est prise en charge par le Département du Nord, lui offrant de nouveaux moyens pour enrichir sa collection. Il faut cependant attendre 2009 pour voir émerger une nouvelle ambition muséale et l’idée d’un nouveau bâtiment.

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Posée au nu extérieur de la pierre, la plus haute baie vitrée mesure 5,70 m. © Amélie Luquain
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La pierre du Hainaut revêt le parvis ainsi que la promenade extérieure à l’est du bâtiment, le tout dessiné par un paysagiste intégré à l’agence W-Architectures © Anne Vanlatum

 

Du verre à la pierre

musverre_w-architecture_raphael-voinchet_sars-poteriesLa maîtrise d’ouvrage souhaitait refléter une tradition verrière tout en mettant en valeur les œuvres exposées. La réponse s’est imposée comme une évidence à Raphaël Voinchet et ses associés, Bernard Voinchet et Christian Lecouvey, de l’agence toulousaine W-Architectures, lauréate du concours avec un projet salué à l’unanimité – face à MVRDV (Rotterdam), Pierre Hebbelinck (Liège), Terreneuve (Paris) et Urban Kultur (Strasbourg). Les architectes souhaitaient rappeler le matériau tout en évitant l’écueil d’un bâtiment en verre. Ils emploient la pierre bleue du Hainaut, un matériau régional extrait dans la carrière belge de Soignies, à quelque 30 km de là. Une façon de revisiter un savoir-faire local tout en évoquant les cristaux de silice qui constituent le verre, par la teinte bleutée de la pierre et les arrêtes vives et saillantes du bâtiment.

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Le calepinage de la pierre bleue du Hainaut semble reprendre celui de la brique, matériau de construction principal du bourg, tandis que la pierre bleue est principalement utilisée en moellons pour orner les encadrements de fenêtres des anciennes maisons © Amélie Luquain

 

Insertion paysagère et géométrie tranchante

musverre_w-architecture_raphael-voinchet_sars-poteriesImplanté à l’écart du bourg, le MusVerre est situé à 300 m de l’ancien musée, le long de la départementale, et jouxte l’atelier du verre créé en 2001. Situé sur un terrain agricole peu construit, en limite bocagère, ses quelques 3500 m2 auraient dû bouleverser le paysage. C’est par le biais de diverses astuces que W-Architectures a su effacer sa massivité au profit d’une géométrie peu commune. Installé dans la pente, un dénivelé de 7 m, le bâtiment est morcelé en cinq parallélépipèdes aux toits inclinés, connectés entre eux, leurs échelles devenant comparable à celles qui constituent le bâti du village de Sars-Poteries. Orientés d’ouest en est, les volumes s’ouvrent sur le paysage. La géométrie offre différentes lectures selon les faces par lesquelles on l’aborde. La façade principale se veut accueillante par ses surfaces biaises, la façade ouest se caractérise par sa surface lisse et la façade est invite à la curiosité avec ses creux et excroissances. La pierre du Hainaut qui les revêt est une pierre naturelle calcaire, très compacte, de teinte naturelle gris-bleu, plus ou moins foncée selon son degré de polissage et selon la lumière. Pour sa mise en œuvre, les compagnons-maçons ont combiné leur savoir-faire à une taille à la machine numérique. Construire en pierre fut exaltant pour l’architecte, qui a dû calepiner l’ensemble des façades et porter une grande attention aux détails. Les vitrages sont délicatement posés au nu extérieur de la pierre, ce qui a nécessité de travailler la pierre en aval de la pose pour parfaire la continuité entre les deux matériaux. D’autre part, le système de récupération des eaux de pluie en toiture est parfaitement invisible. A l’intérieur, béton et plâtre sont apparents, nécessitant une parfaite maîtrise de la conception.

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La géométrie offre différentes lectures selon les faces par lesquelles on l’aborde, la façade est invitant à la curiosité avec ses creux et excroissances © Amélie Luquain
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La géométrie offre différentes lectures selon les faces par lesquelles on l’aborde, la façade ouest se caractérisant par sa surface lisse © Amélie Luquain

 

De l’écrin noir à la boite blanche

Le visiteur est happé dès l’entrée par le grand hall qui, agrémenté de mobilier en résine dessiné par l’agence, s’affine, fermant la perspective jusqu’aux salles de réserves en partie enterrées pour protéger les œuvres de la lumière – les rayons lumineux risquant de les faire exploser – et profiter de l’inertie thermique de la terre. Le hall d’entrée conduit le visiteur à la salle d’exposition permanente, volume majeur de l’édifice. Le parcours commence avec les œuvres historiques du musée, rassemblées dans trois boites suspendues dont les murs sombres contrastent avec les vitrines claires et lumineuses. La première salle expose les Bousillés, la seconde retrace l’histoire du musée et le rôle essentiel de son fondateur dans le développement de l’industrie verrière en France, la troisième présente des créations internationales des années 80. Au rez-de-jardin sont exposées les collections contemporaines, dans un vaste espace blanc et lumineux ouvert au nord sur le bocage. Cette salle au parcours plus libre, invitant à la déambulation, comprend quatre longs socles agrémentés pour deux d’entre eux de vitrines hautes. Elle est éclairée par des plafonds lumineux qui ne diffusent aucune ombre, intégrés aux sous-faces des boites suspendues.

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Les circulations deviennent des lieux de repos agréablement éclairées par les larges baies vitrées © Anne Vanlatum
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Au rez-de-jardin sont exposées les collections contemporaines, dans un vaste espace blanc et lumineux ouvert au nord sur le bocage © Anne Vanlatum

Dans l’esprit de l’architecte, les espaces blancs doivent pouvoir s’effacer pour laisser place aux œuvres. Peut-on pour autant parler d’un ouvrage parfaitement transparent (au sens de discret), pas si sûr ! Le maître d’ouvrage souhaitait d’ailleurs qu’on le remarque : implanté en zone transfrontalière, il doit participer au désenclavement du territoire et attirer le tourisme international, sur un site pourtant difficile d’accès et desservi par une unique départementale. Reste à espérer que les 50 000 visiteurs tant attendus fassent le voyage. Quoi qu’il en soit, la justesse du bâtiment vaut le détour.

 

*En dehors de leur temps de travail, les verriers utilisent avec l’autorisation du directeur, le matériel de production pour « bousiller » le verre. Ils créaient des objets d’inspiration libre, sans vocation marchande, pour eux-mêmes ou pour offrir, développant leur imaginaire et rivalisant de dextérité.

Amélie Luquain

 

Chiffres clés 1000 m2 de surface d’exposition au lieu de 300 m2 dans l’ancien musée. 2,2 hectares de terrain avec un dénivelé de 7 m. 800 tonnes de pierre bleue utilisées et 2500 m2 pour revêtir la façade à 247€/m2. 3000 pièces de Bousillés

Fiche Technique: MOA : Conseil départemental du Nord. MOE : W-Architectures. Lieu : Sars-Poteries (Département du Nord). Surface : 3417 m2 de surface utile. Coût : 14,9 millions d’euros TTC. Livraison : 1er octobre 2016

 

La pierre massive, une révolution constructive

La pierre massive, une révolution constructive

« Cet ouvrage est avant tout un manuel de construction en pierre massive », avertit Gilles Perraudin dès les premières lignes de cet opuscule alliant force croquis et textes incisifs. Le projet de musée des vins et jardin ampélographique de Patrimonio, livré en 2011 en Corse, sert de cas d’étude à la mise en œuvre d’une technologie constructive oubliée, pour ne pas dire bannie, qui fit pourtant les belles heures de l’architecture de l’Antiquité à l’aube du 20e siècle. Le chantier commence à la carrière. Il ne faut pas attendre de Perraudin qu’il livre au lecteur ses bonnes adresses, préférant laisser à chacun le soin d’aller à la découverte in situ d’un matériau éminemment local. Il détaille en revanche les techniques d’extraction de la pierre, les stratégies de découpe, les méthodes de transport, sans faire l’impasse sur le bilan carbone du déplacement des matériaux à travers la Méditerranée — dans le cas d’espèce, la carrière de Bonifacio ne pouvant fournir toute la pierre nécessaire au chantier, il fallut puiser en Provence un surplus de blocs acheminés par camion  et bateau jusqu’à l’île de Beauté.

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Détaillant la mise en œuvre du sol au plafond, des fondations à l’articulation charpente-mur, Perraudin rappelle que la construction en pierre de taille est d’abord une construction à sec, où c’est en quelque sorte le dessin qui vient donner sa stabilité à l’ouvrage. Le manuel technique prend au fil des pages une dimension militante, encourageant le lecteur à adopter ce nouvel ancien matériau pour reprendre un rôle de concepteur que l’organisation industrielle des chantiers lui a confisqué. « La pierre, dont les lois de stabilité dépendent étroitement du calepinage, redonne de facto à l’architecte le rôle majeur dans la conception des ouvrages (…). En outre, elle redonne aux ingénieurs leur rôle de conseil qu’ils ont perdu avec le béton armé et pour lequel ils ne sont plus que des “applicateurs” de règlement », explique Gilles Perraudin.

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Musée des vins, intérieur, Patrimonio (Corse)

Dernier argument de poids en faveur de la pierre massive, l’immense disponibilité du matériau, que l’on trouve sur les 100 km d’épaisseur de la croûte terrestre. Une abondance telle que Perraudin se propose de rebaptiser notre planète, qu’il appellerait plutôt « la Pierre ». « Nous montrons aux jeunes qu’ils ne doivent pas désespérer d’un métier sublime. En utilisant des matériaux naturels, ils échapperont aux dictats des filières spéculatives, déguisées en idéologie du développement dit “durable” », conclut l’architecte. Manuel ou manifeste ?

Olivier Namias

 

Construire en pierre de taille aujourd’hui, Gilles Perraudin, les presses du réel, Dijon, 2013, 64 p., 18 € – 20,3 x 30,2 cm (broché)

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extrait de l’ouvrage
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Jardin ampélographique au musée de Patrimonio (Corse)