La piscine des Amiraux d’Henri Sauvage restaurée par François Chatillon

La piscine des Amiraux d’Henri Sauvage restaurée par François Chatillon

Cachée au cœur d’un immeuble en gradin de la rue Hermann Lachapelle, dans le 18e arrondissement, la piscine des Amiraux, réalisée en 1930 par Henri Sauvage, compte parmi les plus ancienne de Paris. Outre sa typologie novatrice, son ossature poteaux poutres en béton armé, son système de chauffage et de ventilation mécanique, ses lumières électriques incorporées dans la structure … le tout fait de cet ensemble un édifice remarquable qui lui vaut d’être classé à l’inventaire des monuments historiques en 1991. Toutefois, les mises aux normes successives des années 1980 et 1990 ont fini, pour de bonnes « mauvaises raisons » à faire disparaître les aménagements novateurs de l’œuvre initiale et la beauté qui en résultait. François Chatillon a pris le parti de restituer la piscine dans un état proche de son état initial, l’enjeu étant d’intégrer des usages contemporains dans un patrimoine à conserver.

© Amélie Luquain H. / Joy Ruotte

 

Conserver, c’est moderne*

Quelques points techniques spécifiques, qui participent d’une restitution de la piscine des Amiraux à l’état de 1930 tout en respectant les règlementations et besoins actuels :

– La mise au jour des structures de la piscine révèle des désordres dans les fondations et les éléments existants, tels que les sept portiques en béton armé, les traverses et les poteaux porteurs. Une mise sous tension de l’armature du plafond par un système de protection cathodique permet de stabiliser le processus de corrosion. Les aciers attaqués sont remplacés au cas par cas après une purge méthodique des bétons dégradés. Les structures elles-mêmes sont renforcées afin de garantir une meilleure résistance au feu.

– L’enduit granuleux du plafond est restitué, grâce à une tyrolienne d’époque.

– Le plafond verrier, au-dessus du bassin, disparu, est restitué dans son état d’origine, ainsi que la verrière au-dessus, qui coiffe le local technique insérant un système d’extraction destiné à traiter l’air de la piscine.

– Le bassin est démoli et reconstruit à l’identique (33mx10m), reprenant les détails de sa conception d’origine.

– Un nouveau process thermique est mis en œuvre, en lieu et place des anciennes chaudières au charbon de 1930 qui chauffait l’eau à la façon d’un « bain-marie ». Cependant, ce système s »appuie sur les cheminements techniques initiaux (circuit d’air, etc.)

– La faïence bleue trouvée au départ des travaux disparaît pour le vert d’origine, comme l’indique plusieurs témoignages, notamment celui de l’écrivaine et critique Marie Dormoy dans un article « L’amour de l’art » paru en 1930.

– Aux murs, les revêtements en céramique sont conservés et restitués (une rénovation minutieuse qui déjà demandé un an et demi de travail à un ouvrier) ou renouvelé dans leur état 1930. La brique blanche des cabines est également rénovée. Au sol, le carrelage est remplacé à 100%. Teinté ocre et strié en surface, il est remis en œuvre par contretypage en raison de la reprise nécessaire de l’étanchéité des plages. La phase finition intègre les réglementations « anti glisse » conforment aux normes en vigueur. Une mise au point qui a nécessité dix mois d’études.

 

Débutés en 2014, les travaux de restauration et de mise aux normes de la Piscine des Amiraux menés par François Chatillon s’achèvent pour une réouverture prévue en septembre 2017.

 

*Titre du manifeste de François Chatillon et Vanessa Fernandez, disponible en intégralité via ce lien, et cité dans le dossier de fond du numéro 371 d’Architectures CREE, p42

 

D’autres réalisations de François Chatillon :

Halles centrales du Boulingrin

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