Álvaro Siza et le régionalisme critique

Álvaro Siza, de son vrai nom Álvaro Joaquim de Melo Siza Vieira est un architecte portugais, né non loin de Porto, à Matosinhos, le 25 juin 1933.  Pritzker Price en 1992, il est une figure de l’architecture contemporaine portugaise, tout comme son confrère Eduardo Souto de Moura, avec qui il collabora en 1980 pour la réalisation du Pavillon du Portugal de l’Expo 98′ à Lisbonne, et en 2000 pour celui de l’Expo 2000 à Hanovre.  Plus récemment, il est à l’origine d’une chapelle autosuffisante dans le sud du Portugal.

 

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Portrait de l’architecte Álvaro Siza

 

Il étudie la peinture et la sculpture à l’école supérieure des Beaux-Arts de Porto, dont il sort diplômé en 1955. À 22 ans, son choix se porte alors sur l’architecture. A travers la manière dont il pense et réalise un projet, la peinture et la sculpture ne sont jamais très loin. Il en tire son amour pour le dessin et la matérialité. Par la suite, il collabore avec différents architectes avant de créer son propre atelier, qui siège aujourd’hui à Porto. Álvaro Siza accorde beaucoup d’importance aux rencontres, qu’il estime être source d’inspiration. Entouré d’une vingtaine d’architectes, il aime confronter son point de vue à celui d’autres individus, qu’ils viennent ou non du monde de l’architecture.

 

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Pavillon du Portugal lors de l’Expo 98′ de Lisbonne

 

Álvaro Siza est à l’origine du régionalisme critique. En effet, il se nourrit de l’architecture et des savoir-faire locaux ainsi que de l’artisanat portugais pour concevoir ses projets. Ensuite, il les combine à une architecture moderne, aux lignes épurées, dont le blanc est la couleur dominante. Le dessin et les croquis qu’il réalise sur site ou à l’atelier sont primordiaux dans son approche du projet. Il porte un regard attentif à l’analyse du site et à la topographie du lieu.

 

Salon de Thé Boa Nova

 

C’est d’ailleurs ainsi qu’il réalise son premier projet : la Maison de Thé Boa Nova, à Matosinhos. Celle-ci s’intègre au sein même de la roche qui borde le site de projet, tout en offrant des vues imprenables sur l’Océan. En 1993, il réalise l’école d’architecture de Porto. Projet phare de l’architecture, c’est l’un des trois ensembles universitaires qu’il réalisera. Formé de petits pavillons, chaque ensemble est connecté par des souterrains ou des passerelles.

 

Álvaro Siza est un architecte qui n’a pas de style préconçu à proprement parler. Il va puiser son inspiration à travers croquis et visite de site et s’appuie sur les savoir-faire locaux pour concevoir un projet. Il fait partie des architectes qui mesure la matière : il utilise à bon escient et de manière juste, de sorte qu’elle ne soit ni trop, ni trop peu mise en oeuvre.

Eduardo Souto de Moura, l’architecte contemporain portugais !

Né en juillet 1952 à Porto, Eduardo Souto de Moura est un architecte portugais contemporain. Il est aujourd’hui également professeur à l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Porto. En 2011, son travail de qualité est récompensé par l’obtention du Pritzker Price.

 

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Portrait de l’architecte Eduardo Souto de Moura
© Columbia GSAPP via VisualHunt / CC BY
De manière très pragmatique, ses premières réalisations sont faites en pierre, matériaux local et peu onéreux. Mais il semblerai que l’attrait pour la pierre vienne, de manière peut être intuitive, du domaine de la sculpture, qu’il étudie durant sa jeunesse. A la suite de son diplôme, il va côtoyer plusieurs architectes, dont le Pritzker Price 1992, Alvaro Siza, pour qu’il y travaillera durant cinq ans. En 1980, Eduardo Souto de Moura crée sa propre agence d’architecture à Porto. Ces premiers projets sont principalement des maisons individuelles puis, ils prennent de l’ampleur, allant jusqu’à la réalisation du stade de la ville de Braga, en 2003.

 

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Musée Paula Rêgo, réalisé en 2008 au Portugal

 

La plupart de ses projets sont réalisés dans son pays natal, le Portugal. L’architecte met un point d’honneur à résoudre des problématiques grâce à une architecture simple. Il attribue cela à une philosophie qu’il tire la culture de son pays.  Bien qu’il fût très rapidement attiré par la pierre, matériau local, il s’adapte cependant aussi à l’évolution du marché, travaillant aujourd’hui par exemple avec du fer, du verre ou encore de la brique. Il apprécie la rigueur tout en conservant une part de ce qu’il qualifie de « marge de manœuvre », qu’il pense être la solution sine qua none pour la réussite d’un projet.

 

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Edifício Cantareira, réalisé en 2013 à Porto, Portugal.

 

Il fait du mur un élément phare de ses projets. Au delà d’une réalité constructive très concrète, il devient un élément dont il joue pour créer des espaces plaisants et de qualité. Il aime cette part d’incertitude qui le guide lorsqu’il travaille les matières, les textures et les couleurs. Au fil du temps, ces paramètres ne peut pas forcément tous être contrôlés, tout comme le devenir d’un projet. Difficile de prévoir s’il sera bien reçu par le public. Mais cela ne semble pas perturber l’architecte !

Tadao Andō, la lumière, et le béton…

 

Tadao Andō est un architecte autodidacte japonais, qui fait aujourd’hui partie de ce que l’on appelle les « starchitectes ». Connu mondialement pour ses réalisations en béton, il désigne la lumière comme la matière première de l’architecte. Primé à de nombreuses reprises, son travail de la matérialité et de l’espace est un incontournable du monde de l’architecture !

 

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Un parcours d’autodidacte

Né en 1941 à Osaka au Japon, Tadao Andō grandit aux côtés de sa grand-mère. Durant son enfance, il côtoie régulièrement les petits artisans locaux de son village : verrier, menuisier, ferronnier… C’est là que commence sa formation : il est constamment en contact avec différents matériaux. Il dévore également les livres, à travers lesquels il développe sa sensibilité pour l’architecture et acquiert des connaissances. Il y découvre l’oeuvre de Le Corbusier, qu’il souhaite rencontrer. Malheureusement, il apprend sa mort une fois arrivé en France, après un voyage à travers l’Asie et l’Europe. Il profite tout de même de sa visite européenne pour découvrir son oeuvre architecturale. Comme Le Corbusier, Tadao Andō voyagera beaucoup. Durant 7 ans, il traverse les continents, et analyse ce qu’il voit. Inspiré, il rentre au Japon en 1969, et décide de créer son agence d’architecture. Depuis, il est devenu un architecte mondialement connu et récompensé par de nombreux prix, notamment le Pritzker Price qu’il reçoit en 1995.

 

Le contexte urbain dans lequel il grandit est complexe : les grandes villes japonaises telles qu’Osaka sont des zones de tension, laissant peu de place au silence. C’est pourquoi il dirige son travail d’architecture vers des espaces intérieurs calmes, propices à la sérénité et au repos. Il préfère créer des lieux silencieux.

 

Parmi ses plus grandes réalisations, on retrouve en premier lieu l’église de la lumière, à Ibaraki, au Japon. Réalisée en 1989, la simplicité apparente de l’espace dissimule un travail minutieux et un traitement de la lumière magnifiée. Les matériaux sont laissés bruts, pour mettre en valeur le mur du fond, dans lequel l’architecte dessine deux ouvertures, horizontales et verticales, formant une croix.

 

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Credit photo : Nobuyoshi Araki

 

 

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Maison Koshino
Tadao Ando – 1984

 

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Musée Préfectoral d’art d’Hyogo
Tadao Ando – 2002

 

Le béton comme matériau de prédilection

D’autres réalisations de l’architecte japonais sont marquantes par le silence qui s’instaure naturellement dans ces lieux bétonnés. La maison Koshino s’installe dans un terrain en pente, et propose des entrées de lumières remarquables. Les formes qu’utilise Tadao Andō sont simples, et permettent une lecture efficace de l’espace : carré, cercle, rectangle. Le béton est le matériau qu’il préfère, et qu’il manie avec brio ! Il utilise le plus souvent un béton banché, dont les trous de banches sont restés apparents, créant un rythme sur les longues surfaces brutes.

Dernièrement, Tadao Andō travaille sur le projet de la Fondation Pinault à la Bourse du Commerce à Paris, concours qu’il a remporté en 2017. Il s’agira de présenter la collection d’art contemporain de François Pinault, grand collectionneur. Un projet dont l’élément phare est la création d’un cylindre de béton au sein même de l’espace de la rotonde et sa coupole classique. Le projet devrait voir le jour en 2019.

 

Anne Vanrapenbusch

Lacaton & Vassal, l’architecture au service de l’habitat

Lacaton & Vassal, l’architecture au service de l’habitat

Anne Lacaton est née en 1955 en Dordogne et Jean-Philippe Vassal est né en 1954 au Maroc. Ils étudient à l’école d’architecture de Bordeaux et en sortent tous les deux diplômés en 1980. A leur sortie d’école, Anne Lacaton travaille au centre culturel de Bordeaux Arc-en-Rêve, alors que Jean-Philippe Vassal travaille durant cinq ans au Niger, en tant qu’architecte et urbaniste. Après ces expériences personnelles, Anne et Jean-Philippe se retrouvent, travaillent ensemble chez l’architecte bordelais Jacques Hondelatte, où ils apprennent la rigueur, la précision et intelligence d’esprit. Puis, ils décident de s’associer pour créer l’agence Lacaton et Vassal en 1987, à Bordeaux. En 2000, face à l’ampleur que prennent les projets confiés à l’agence, celle-ci déménage à Paris.

 

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Transformation de 530 logements, bâtiments G, H, I, quartier du Grand Parc – Lacaton & Vassal, Druot, Hutin, 2016

 

Face à une architecture-objet et parfois exubérante, l’agence Lacaton et Vassal s’impose à contre-courant et souhaite une architecture simple, et efficace. Mais cela n’est possible uniquement grâce à un travail colossal dans la conception du projet architectural. Dans leurs réalisations, ils mettent tout particulièrement en avant les qualités spatiales du projet au service de l’usager. Les architectes s’imprègnent d’un contexte, d’un site, qu’ils analysent et dans lequel ils puissent leurs idées pour la conception du projet. Ils aiment également s’inspirer de l’architecture du monde, à travers leurs voyages notamment. Pourtant, l’agence répond principalement à des projets dans l’Hexagone. Elle met un point d’honneur à la notion d’habiter, qui est – après le contexte – le point de départ de leur projet. Penser l’espace de l’intérieur vers l’extérieur, pour passer de l’échelle de l’habitat à celle de l’urbain.

 

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L’économie du projet au coeur des préoccupations

Parmi leur premiers projets, on compte la Maison Latapie, à Floirac près de Bordeaux. Elle est la seconde réalisation de l’agence qui se tient à un budget très serré, pour un couple et deux enfants. Sur un plan carré simple, deux plateaux organisent l’espace. Les façades sont modulables, du plus ouvert au plus fermé, et un « module » en bois est disposé à l’intérieur. La serre, à l’est, est un espace de vie baigné de lumière dès le matin. L’utilisation de tôles de polycarbonate ondulées, matériau peu coûteux, devient comme une marque de fabrique pour l’agence. C’est cette économie de projet qui fait connaitre l’agence à plus grand échelle. Mais cependant, l’économie financière ne prendra jamais le dessus sur l’espace, loin d’être un espace standardisé.

 

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Lacaton & Vassal, une agence primée

Depuis ces premières réalisations, le succès de l’agence ne s’est pas arrêté. C’est sans doute leur intérêt pour l’habitant, au delà de l’objet architectural, qui séduit. En 1999, Lacaton et Vassal reçoit le Grand Prix national d’architecture jeune talent , puis le Prix « Innovation, Habitat et Développement durable »  de la Ville de Madrid en 2006. En 2008, la ville de Bordeaux lui décerne le prix d’architecture de la ville de Bordeaux. La même année, le ministère de la Culture et de la Communication lui adresse le Grand Prix national de l’architecture. En 2011, le travail de l’agence est récompensée par le Prix de l’Équerre d’argent.

Anne Vanrapenbusch

Rencontre avec Dominique Coulon : complexité cachée

Rencontre avec Dominique Coulon : complexité cachée

En 28 ans d’agence, Dominique Coulon et ses récents associés – Steve Letho Duclos, Olivier Nicollas, Benjamin Rocchi – ont su développer une approche complexe, qui questionne des relations dichotomiques entre un volume unitaire en extérieur et sculptural en intérieur. C’est à Strasbourg, un territoire à l’écart des enjeux de la métropolisation, mais tout de même en profondes mutations, que Dominique Coulon a réalisé son premier projet et s’est implanté par la suite, imbriquant dans un même lieu son bureau et son logement.

 

© David Romero-Uzeda / Joy Ruotte / Amélie Luquain