S’il te plait : l’architecture est une formule de politesse !

Archicrée est parti à la rencontre de S’il te plait, un groupe de jeunes architectes talentueux composé de Pierre-Loup Pivoin, Mathilde Redouté, Lilit Sarkisian, Bernard Touzet, Louis-Thomas Coupier, Thomas Enée, Théophile Péju, Nina Pestel, Raphaël Saillard et Lucas Stein. Par le travail des formes, des couleurs, de l’espace et des différents sens, ils oeuvrent à apporter une touche d’onirisme dans leurs projets. A chaque nouveau défi, ils essaient de coupler une démarche lyrique puissante en lien intime avec une recherche matérielle et structurelle. Cette invitation au rêve c’est déjà concrétisée sous des formes riches et diverses, par le biais d’expositions, de performances artistiques: Paris Design Week, Archiculture, Shyriaevo Biennale… De conceptions de bars et de restaurants ou de propositions pour des logiques urbaines innovantes inclusives: Wagon Mouche, Paris Périphérique, Parking Archeology…

Pourriez vous nous présenter S’il te plait ? Pourquoi ce nom ?

Lilit Sarkisian : Nous avons créé S’il te plait en 2015, nous étions encore étudiants à l’école d’architecture de Nantes. Nous pensions l’architecture de la même manière et nous faisions souvent des projets ensemble. Nous nous avons eu l’idée de lancer un collectif pour participer à des concours. Pour le nom nous voulions quelque chose qui ne laisse pas indifférent et qui suscite la curiosité des gens.

Bernard Touzet : Avec ce nom il y avait aussi une dimension internationale en assumant un côté « french touch ». Souvent les noms d’agence ce composent de 3 lettres et l’idée de départ était de transformer S’il te plaît en STP mais au final on ne le fera surement jamais.

Pierre-Loup Pivoin : Pour nous S’il te plait ça signifie aussi que l’architecture est une formule de politesse

Comment définiriez-vous l’approche du collectif ?

Mathilde Redouté : Nous sommes plus un groupe de pensée qu’un collectif, qui est un terme assez réducteur en soi. Nous essayons de repenser les choses à chaque fois. Nous nous questionnons principalement sur ce qui entoure le projet. Pour nous la question revient à voir la ville différemment que ce soit Paris ou n’importe quelle autre ville.

B : Je pense que le mot collectif n’est pas forcément réducteur. Nous n’étions pas intéressés d’avoir une approche collective globale dans le sens où tout le monde pense de manière assez figée. L’idée était plutôt d’un groupe avec des membres comme un accélérateur de projets. L’architecture ne se fait pas seule, c’est un travail qui se fait à plusieurs et c’est très difficile de trouver des gens avec qui travailler. Avec un petit groupe cela permet d’avoir un noyau dur. Nous défendons vraiment l’idée d’une pratique collective qui ne soit jamais une pensée unique avec un leader.

PL : L’idée, comme dit Bernard, c’est de mettre en place un accélérateur de projets avec un groupe composé de personnes qui à la base s’entendent bien entre elles et qui peuvent avoir un dialogue autour de sujets d’architecture qui les intéressent. Il peut, par exemple, y avoir une commande pour un concours que l’un d’entre nous propose au groupe et les intéressés formeront une équipe de 2 à 5 personnes. L’important est d’avoir toujours des membres pour répondre à une commande qui nous intéresse.

Le petit Comité

Pour vous quels sont les enjeux du métier ?

M :  Je pense que dans le métier il y a une différence entre la pensée et la pratique. Ces deux parties sont désormais autonomes. Avant l’architecte devait tout savoir faire alors qu’aujourd’hui il est possible de sectionner ces parties.

B : L’architecture d’aujourd’hui est cantonnée dans des domaines très spécifiques à des questions très réduites liées par exemple à la façade d’un bâtiment. L’enjeu de demain serait de venir étendre ces domaines de réflexion et apporter de l’architecture dans tous les domaines de la société aussi bien dans la communication, le design, les arts, le graphisme, mais également à une échelle urbaine ou financière. C’est dans ces domaines vastes que le futur de la pratique architecturale a un rôle à jouer.

L : Personnellement, je pense que l’architecte est un généraliste. Il apporte le savoir-faire dans des domaines différents comme l’administration, la gestion, l’économie. Nous n’apprenons pas cet aspect du métier dans les écoles d’architecture.  Il faudrait expliquer aux jeunes étudiants en architecture que le métier d’architecte n’est pas seulement poétique. Il y a énormément de phases à maîtriser et chacune d’elles est importante. On est réellement architecte à partir du moment où l’on est capable de mener un projet de A à Z.

PL : Être architecte n’est pas forcément quelque chose de matériel, cela nécessite une première réflexion c’est-à- dire que si on limite l’architecte à la simple tâche de conception de façade, de gestion d’interface il va être limité et même dépassé par des machines qui aujourd’hui sont des outils pour nous  et qui pourraient rendre l’architecte obsolète. Son vrai rôle est d’être dans l’innovation et la réflexion. Notre groupe est composé d’architectes mais nous avons des contacts dans plusieurs domaines.  Par exemple pour Le Festival des architectures vives il était important de diffuser des odeurs qui rappellent notre projet. Nous avions un « nez » dans nos contacts qui a créé un parfum spécialement pour notre oeuvre. Pour nous c’est vraiment important de s’avoir s’entourer de personnes avec qui collaborer.

FAV Montpellier : Forme sauvage
FAV Montpellier : Forme sauvage
FAV Montpellier : Forme sauvage
FAV Montpellier : Forme sauvage

et le BIM ?

L : Pour moi le BIM n’est pas de l’innovation ! On commençait déjà à y penser depuis 20 ou 30 ans. Je ne suis pas contre le BIM mais ce n’est qu’un outil ou ne fait pas d’architecture avec le BIM. Il facilite les choses mais il ne reste qu’un outil et je trouve qu’aujourd’hui il est dommage de penser que l’architecture de demain sera créée par le BIM.

B : Derrière la question du BIM se pose la question des données en architecture. Qui capte les données des maquettes BIM, qui les gère et les administre, qui a la responsabilité de l’erreur ? De nouveaux métiers comme les BIM managers sont créés en interne des grosses agences. Pour notre génération c’est très important de savoir faire du BIM car c’est devenu un moyen d’être recruté plus facilement. Je trouve que les nouveaux outils et la technologie font évoluer le métier grâce notamment à de nouveaux matériaux ou de nouvelles façons de construire. C’est un métier très technologique. C’est par les technologies que l’on trouve l’innovation et que l’on construit à des échelles délirantes. Les nouvelles technologies amènent de nouveaux programmes architecturaux et urbains. La course technologique se fait dans tous les sens et l’architecte doit être dans cette course !

Lauréats de l’édition 2017 de l’accélérateur de projets urbains et architecturaux FAIRE Paris, parlez nous de votre projet « wagon-mouche ».

PL : Nous sommes partis du constat que la ligne 6 est l’une des plus vieilles lignes de métro de Paris avec un charme particulier et une grande partie en extérieur proposant des vues sur Paris assez intéressantes notamment avec des lieux symboliques de la ville. Même les parties souterraines passent dans des quartier relativement intéressants. Nous nous sommes rendus compte qu’il s’agissait d’un excellent moyen de visiter Paris pour un touriste en prenant la ligne 6 d’un bout à l’autre de la ville, pour y découvrir les monuments essentiels à travers ce parcours. Nous avons donc pensé à transformer l’un des wagons de cette ligne afin de l’adapter au tourisme sur l’idée des bâteaux mouches qui remontent la Seine et ainsi en faire un « wagon-mouche ». Le projet serait accompagné, en extérieur, de renseignements sur les édifices croisés et, en souterrain, de projections sur les parois des tunnels pour montrer ce qu’il se passait en surface, comment le métro s’est construit… Un moyen de valoriser également la communication de la RATP.

B : Il y avait aussi une dimension patrimoniale puisque la ligne 6 est en train de changer ses métros pour les prochains Jeux Olympiques. Nous imaginions que le dernier métro qui resterait serait le « wagon-mouche ». Ce dernier métro conservé deviendrait ainsi un support touristique. Aujourd’hui, ce projet a été confronté à la RATP qui est une très grosse structure. Pour mettre en route ce genre de projet, les démarches sont assez complexes. Il y a également la question du devenir des autres anciens wagons et c’est là où les architectes doivent proposer des solutions pour les transformer au travers de programmes avec une dimension sociale.

FAIRE PARIS : Wagon – mouche
FAIRE PARIS : Wagon – mouche
FAIRE PARIS : Wagon – mouche
FAIRE PARIS : Wagon – mouche
FAIRE PARIS : Wagon – mouche
FAIRE PARIS : Wagon – mouche
FAIRE PARIS : Wagon – mouche

Une de vos dernière proposition en date, l’installation artistique pour le festival « We Love Green », quelques mots sur le concept de ce projet ?

PL : Nous nous étions déjà intéressés à ce festival il y a deux ans. Cette année c’était la première fois que le festival proposait de créer l’emblème de l’évènement, un pavillon qui serait le totem des deux jours de concert et qui serait renouvelé tous les ans. Notre idée était de créer une sorte de grand chaos formé de parasols fixés sur une structure métallique permettant de créer un espace plus ou moins ouvert pour venir se reposer, s’isoler. Dans la démarche du festival, il était important que le pavillon soit totalement démontable et réalisé à partir de matériaux qui puissent être réutilisés. La structure complète du projet a été pensée en tube et en éléments d’échafaudage, avec des parasols qui viendraient se glisser dedans. A la fin du festival, les parasols pouvaient être donnés à des associations ou recyclés pour l’année suivante. Nous remercions aussi l’ingénieur Jun Sato, qui a travaillé bénévolement avec nous dans le but de crédibiliser ce projet aux yeux des organisateurs du festival grâce à des détails techniques d’assemblage de la structure.

We Love Green
We Love Green
We Love Green
We Love Green
We Love Green
We Love Green
We Love Green
We Love Green
We Love Green

Quelle suite pour le collectif ? 

M : Nous échangeons beaucoup entre nous et c’est ce qui est vraiment intéressant. C’est aussi une façon de s’épauler et d’être dans une démarche de réflexion constante.

PL : Nous avons commencé tôt bien avant d’obtenir notre diplôme ou notre HMO. Nous avons compris assez rapidement que nous voulions expérimenter des choses, nous voulions nous confronter à des projets sans être spécialement encadrés par un professeur ou une agence. Nos projets commencent à se concrétiser à de petites échelles avec par exemple notre installation pour le Festival des architectures Vives de Montpellier l’an passé ou encore l’aménagement du bar parisien Le Petit Comité. Nous travaillons actuellement sur un bar restaurant dans le 18ème arrondissement. Petit à petit les projets deviennent plus gros et se concrétisent. Parallèlement, nous travaillons sur des concours. Nous créons nos propres expériences et nos propres références. Nous ne comptons pas nous arrêter là quoi qu’il arrive !

Comment suivre vos travaux ?

M : Un des médias qui nous intéresse beaucoup pour communiquer notre architecture c’est le média Instagram que nous avons choisi de développer. Cela nous permet de toucher plus de personnes et de partager ce que l’on fait mais aussi de suivre l’actualité. C’est vraiment un nouveau mode de relation. Le projet doit être publié sur Instagram et peut aussi être pris en photo pour être publié par la suite. C’est à la fois la façon de le faire mais aussi de le représenter qui entrent en jeu avec ce média. C’est une dimension qui va être de plus en plus prise en compte pour la communication du projet mais aussi dans son impact au quotidien.

B : C’est un média grand public et en même temps on retrouve dans le projet une dimension Instagram. La représentation fait partie du projet pour le rendre publiable. Il faut qu’il puisse être résumé en une seule photo Instagram et c’est d’une certaine manière un véritable défi ! Nous pensons aussi nos projets en termes d’interactions sociales.

Pour suivre le groupe sur Instagram : @silteplait // contact : silteplait.archi@gmail.com

Propos recueillis par Mélissa Pizovic

L’architecture se féminise, les inégalités persistent

L’architecture se féminise, les inégalités persistent

A l’occasion de la journée internationale du Droit des Femmes, la Maison de l’Architecture recevra ce Jeudi 8 Mars à 19h00, l’association MéMo, pour un temps d’échanges sur la place et la situation des femmes à l’heure actuelle dans les métiers de l’architecture.

La disparité entre les hommes et les femmes sur le lieu de travail est depuis longtemps une source de préoccupation, à la fois  au sein de la profession d’architecte et au-delà. Au cours de ces dernières années, le débat sur l’égalité des sexes en architecture est devenu peu à peu une réalité non négligeable et beaucoup se demandent pourquoi, au XXIe siècle, notre profession peut être une voie de carrière si difficile pour les femmes. 

Les chiffres le prouvent, depuis les années 1970 la profession d’architecte se féminise de manière manifeste. Le nombre de femmes inscrites à l’Ordre des architectes est passé de 7.5% en 1983 à 27% en 2015. Elles représentent également plus de 55% des diplômé.e.s des Ecoles Nationales Supérieures d’Architecture en 2009, contre 46% en 2000. Pourtant derrière ces chiffres, demeurent des inégalités au sein de la profession. Auto-entrepreneuriat, temps partiel, inégalité de rémunération et d’accès à la commande, sont autant de précarités auxquelles les femmes architectes sont plus souvent confrontées. En 2014, le revenu moyen de celles exerçant en libéral représentait 57% du revenu moyen de leurs confrères.

Atteindre la parité en architecture est essentiel. Au-delà des inégalités professionnelles à combattre et de l’invisibilité des femmes dans la profession (dans les média, les grands prix, l’accès à la commande d’envergure, à la tête des agences,…), il s’agit de transformer la vision de la ville et de générer de nouvelles pratiques pour construire des territoires plus inclusifs, où l’ensemble des modes de vies sera pris en compte. Nos villes devraient pouvoir être construites par et pour tous et toutes.
« Nous savons que les femmes assurent également une grande partie de la diversité des pratiques, essentielle à l’existence d’une architecture de qualité. Agissant bien souvent dans l’ombre, elles conseillent les maîtres d’ouvrage, sensibilisent les plus jeunes, démocratisent l’architecture et sont de véritables atouts au service de nos territoires.» précise Christine Leconte, Présidente de l’Ordre des architectes d’Île-de-France.

Cette rencontre organisée par Mémo et soutenue par l’Ordre régional sera l’occasion de revenir au travers d’une série de vidéos sur la féminisation de la profession et de questionner les enjeux de cette métamorphose sur la construction de nos territoires. Seront aussi exposées des affiches réalisées par des étudiants.es de l’école d’architecture de la Ville & des Territoires de Marne la Vallée, dans le cadre de l’intensif : (DÉ)GENRER UN ESPACE DU « COMMUN », cours coordonné par les enseignantes Fanny Lopez (Mcf Eavt) avec Lucile Biarrotte (Lab’Urba) et le collectif La rage.

 Créée en 2017, l’association MéMo (Mouvement pour l’Equité dans la Maîtrise d’œuvre) lutte contre les discriminations professionnelles observées au sein des métiers de la construction. Cette association regroupe architectes, urbanistes et paysagistes, et a pour objectif d’identifier les inégalités professionnelles, de comprendre leurs mécanismes et de proposer un certain nombre d’actions. La sensibilisation auprès du grand public, au sein de l’enseignement professionnel, auprès des institutions et des pouvoirs publics et privés, doit permettre de rendre visible et de promouvoir le travail des professionnelles pour atteindre l’égalité et permettre ainsi une mutation de nos environnements en territoires inclusifs. 

Lien vers le Facebook de Mémo Collectif Mémo