L’Ascension paysagère de MVRDV à Rennes

L’Ascension paysagère de MVRDV à Rennes

L’agence MVRDV remporte la consultation internationale initiée par la ville de Rennes : l’aménagement de l’îlot de l’Octroi sur les berges de la Vilaine

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Vue depuis le jardin de la confluence

Densifier VS ouvrir

A l’ouest du centre ville historique de Rennes, face à la confluence de l’Ille et de la Vilaine, l’îlot de l’Octroi, délimité par la rue de la Carrière, la rue Louis Guilloux et la rue de Lorient, est actuellement en grande partie à l’état de friche urbaine. Le site est rendu peu visible depuis les rues et depuis la rive, camouflé derrière une végétation sauvage. L’enjeu ici est d’y combiner forte densité et ouverture sur l’eau, rapport au sol et grande hauteur. Une équation résolue dans un projet intitulé Ascension paysagère, réalisé par l’équipe composée de l’agence MVRDV (Winy Maas, Jacob van Rijs et Nathalie de Vries, Rotterdam, Pays-Bas), ALL (Agence Laurent Lagadec, architectes, Rennes), le Groupe Giboire (promoteur), SNC Lavalin (bureau d’études techniques) et Franck Boutté (ingénieur environnemental). On notera que cette équipe est née d’une procédure atypique, la ville souhaitant que chaque architecte concourant choisisse son maître d’ouvrage et qu’il s’associe obligatoirement avec une agence locale.

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vue depuis la rue de Lorient

 

Gradation

La réponse architecturale de l’équipe menée par MVRDV tire parti de son site paysagé, tout en composant avec l’existant. Les trois lots de logements s’articulent autour du café-théâtre le Bacchus, du Pavillon de l’Octroi* et de deux maisons jumelles, une implantation qui permet la création d’une grande place publique ouverte sur le fleuve. Les masses bâties, suivant une bande habitable de 15 m de profondeur, sont incurvées pour ouvrir des perspectives vers la Vilaine depuis la rue de Lorient, invitant les promeneurs à rejoindre la nouvelle place et le chemin de halage. A chaque lot émerge un point haut, les uns étant décalés par rapport aux autres pour ne pas obstruer les vues et éviter les vis-à-vis. Ces derniers sont sculptés en gradinage. Les façades longitudinales, elles, sont modelées par les espaces extérieurs, la volonté étant d’adjoindre aux 135 appartements une terrasse, une loggia ou un balcon. Le calepinage de la façade composée d’étroits panneaux de terre cuite teintée accentue la verticalité du projet, les nuances et finitions se dégradant du gris au blanc jusqu’à s’évaporer au sommet du bâtiment. Un projet qui définit un nouveau skyline sur les bords de la Vilaine, face au jardin de la Confluence, et qui s’inscrit dans le projet urbain de Rennes pour 2030. AL

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Vue depuis le théâtre de la paillette, rue Louis Guilloux

*L’octroi est le nom d’une taxe autrefois perçue par les communes sur les marchandises qui entraient sur leur territoire. Les pavillons d’octroi hébergeaient l’administration chargée de percevoir cette taxe : les portes des villes étaient souvent signalées par des pavillons situés de part et d’autre de la route et reliés par une barrière. A Rennes, ces portes bordent la rue Louis Guilloux avant que celle-ci ne franchisse le fleuve.

 

 

Projets concurrents en images

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La Cité internationale d’Hérault Arnod, mixité à Rennes

Fin mai 2016, Hérault Arnod Architectes livre la Cité Internationale Paul Ricoeur, un bâtiment hybride qui réunit 4 programmes indépendants, dans un quartier hétérogène de Rennes.

 

Hérault Arnod cité internationale rennes Autour de l’esplanade Charles de Gaulle, anciennement place d’Armes, s’est développé un quartier hétéroclite dédié à la culture et la jeunesse, où les immeubles des années 60 conversent avec des bâtiments contemporains. Elément central d’un plan urbain piloté par Nicolas Michelin, la place remplace un parking de 800 places devenu souterrain. Ce vaste espace entièrement piéton et minéral vide hors événement et uniquement passant est à juste titre perçu comme triste par de nombreux rennais. Pour la border, le bâtiment des Champs Libre de Christian de Portzamparc, livré en 2006, est le principal équipement culturel de Rennes constitué d’un socle de couleur brique surmonté de volumes ovoïdes. Pour l’accompagner, un cinéma multiplexe Gaumont, du même architecte, livré en 2008. Juste derrière, la tour de la CPAM, symbole architectural de la ville. Complétant cet ensemble, Le liberté, une ancienne salle omnisport construite en 1961 devenue salle de spectacle et de concerts, coiffée de toitures en voile de béton précontraint. A l’entour, les toits en ardoises typiques de la région ceinturent les lieux.

 

De la nécessaire mixité

Hérault Arnod cité internationale rennes

C’est dans ce contexte qu’Isabel Hérault et Yves Arnod ont livré la Cité Internationale. Elle est implantée dans le prolongement des cinémas, fermant l’esplanade Charles de Gaulle sur son angle nord ouest. Sur une parcelle exiguë bordée de voies diverses, le bâtiment hybride réunit 4 programmes indépendants – destinés à l’accueil, l’accompagnement et l’hébergement des chercheurs et doctorants étrangers – et trois propriétaires, chapeautés par Rennes Métropole. Les architectes ont du relever un défi, celui de la mixité à l’échelle du bâtiment, transposition de la nécessaire mixité des villes selon eux. La diversité de programmation et de montage se retrouve dans le bâtiment aux lignes tendues, identifiées par des couleurs acidulées. En effet, la mixité engendre la complexité, qu’il s’agisse de la superposition des structures, de l’enchevêtrement des circulations ou de la séparation des réseaux, régis par les règlementations. Ici, la mixité n’enlève pas sa cohérence au bâtiment, bien au contraire. Sous la main des architectes, elle devient un savant collage programmatique unifié par son enveloppe.

De la diversité à l’unité

Le volume se décompose en deux blocs : un socle, qui assure l’alignement sur rue, avec des rez-de-chaussée décalés répondant à une déclivité de 2,50 m, et une émergence verticale, évènement dans le skyline du boulevard de la Liberté. En plan, il se plie légèrement, marquant la séparation entre les espaces communs et les cellules de bureaux et logements individualisés.

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D’une part, le centre sportif (2528 m2) s’ouvre plein sud sur l’esplanade, exposant ses activités. Le dojo est de plain pied, tandis que la salle pluridisciplinaire est, de manière inhabituelle, positionnée au 1er étage. S’y superpose la salle de danse offrant un panorama à 90°. Pour chaque espace, on notera l’attention portée aux détails, notamment au plafond parfaitement calepiné, composés de panneaux acoustique en fibre de bois agglomérées, de panneaux rayonnants et de lignes de luminaires. Sur le pourtour, protégées par de simples vitrages et des ventelles vitrées, les circulations verticales servent de tampon thermique. Point central du bâtiment, le restaurant universitaire (715 m2) s’ouvre complètement sur la rue avec ses panneaux en accordéon. Face nord, se trouve le siège de l’Université Bretagne Loire (1268 m2) surmonté d’une excroissance verticale herissée de piquants.

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D’autre part donc, un volume émerge du socle abritant la résidence destinée aux chercheurs (2878 m2). Desservis par deux couloirs qui se croisent, éclairés naturellement, les 79 studios de 18 m2 et 24 m2 sont équipés de mobilier en panneaux de hêtre multiplis, conçus sur-mesure, privilégiant des aménagements ergonomiques, rationnalisés puis industrialisés. La salle de bain est un monobloc en résine thermoformée. Chaque logement est prolongé d’un balcon, conférant un aspect hérissé à la résidence. La façade nord, quant à elle, abrite des jardins d’hiver derrière une alternance de panneaux fixes et ouvrants en verre extra-blanc ; tampon thermique et phonique, elle dessine un tableau urbain.

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Si chaque programme est clairement différencié, tous sont connectés visuellement et chacun bénéficie d’une terrasse extérieure : l’une est attenante à la salle de danse, celle des bureaux dessine une encoche dans le socle et la résidence est en partie surélevée pour créer une terrasse commune couverte.

Hérault Arnod cité internationale rennes

Pour contenir cette diversité, Hérault Arnod Architectes a travaillé sur une façade unitaire : une enveloppe revêtue de panneaux aluminium striée de lamelles saillantes, positionnées verticalement en façade est et horizontalement au sud. Servant de brise-soleil, elles sont plus ou moins espacées selon les programmes (67 cm pour les bureaux, 37 cm pour le centre sportif).

Hérault Arnod cité internationale rennes

 

Entres deux villes

Avec son socle dévolu aux équipements et sa « tourette » de logements, la Cité Internationale se positionne comme interface entre la ville contemporaine et la ville historique de Rennes. Elle articule, d’un coté, les typologies urbaines des grands équipements qui bordent la place et de l’autre, celles des petits immeubles d’habitations recouverts d’ardoise. La Cité déroule un programme mixte, sujet que les architectes ont à cœur de développer dans un projet encore confidentiel.

Le projet tient également compte d’une dynamique forte, celle du projet urbain EuroRennes, piloté par les architectes Ferrier, Gazeau et Paillard, qui vise à reconquérir les espaces au sud de la Vilaine et créer une nouvelle centralité incluant la gare. Ce réaménagement devrait s’achever à l’horizon 2020.

Amélie Luquain

 

Calendrier

Livraison : fin mai 2016. Chantier : décembre 2013. Concours : avril 2011. Études de faisabilité : 2007

 

Fiche technique

Lieu : Rennes (35). Maîtrise d’ouvrage : Rennes Métropole pour Ville de Rennes, Université Bretagne Loire, CROUS. Maîtrise d’œuvre : Hérault Arnod Architectes. BMF ingénieur économiste ; BATISERF structure ; INEX fluides ; ARTELIA restauration. SHON : 7389 m2. Coût des travaux : 12,8 M€ HT.

 

Courtesy Hérault Arnod Architectes / André Morin

 

 

 

 

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Un couvent transformé en centre des congrès à Rennes

Un couvent transformé en centre des congrès à Rennes

Choisie face à celles de Renzo Piano, Tadao Ando et Marc Barani, l’équipe d’architectes menée par Jean Guervilly restructure le couvent des Jacobins. L’ancien édifice religieux, propriété de Rennes Métropole depuis 2002, abritera un centre des congrès d’ici 2018.

Le futur centre des congrès de Rennes. © Guervilly
Le futur centre des congrès de Rennes. © Guervilly


Situé place Sainte-Anne, dans le centre historique de Rennes, le futur centre des congrès respectera l’architecture du couvent des Jacobins, construit au 14e siècle et classé monument historique. Restauré et agrandi, il accueillera – sur une surface utile d’environ 12 500 m², soit 15 000 m² de surface de plancher – un auditorium de 1000 places, un auditorium de 300 places situé dans l’ancienne église du couvent, une salle modulable de 600 m², 3000 m² de surface d’exposition, 20 salles de réunion modulables, un hall d’accueil de 300 m²… Des espaces ont été créés en sous-sol en creusant sous le couvent, dont la base a été fixée sur des pieux de terrassement. Le cloître est transformé en un jardin ouvert au public. Transformée en signal lumineux, la tour-clocher permettra de souligner l’entrée et l’imbrication de deux architectures : celle de la partie neuve et celle du couvent.

L’agence Perrot et Richard est intervenue sur la restauration de la partie historique. Alain-Charles Perrot, architecte en chef des monuments historiques, a notamment restauré le Grand Palais, l’Opéra Garnier, le théâtre de l’Odéon, le Conseil constitutionnel et le Conseil d’État ; Florent Richard, architecte du patrimoine, a travaillé à la réhabilitation du collège des Bernardins, à Paris.

Démarré en 2013, après un an et demi de fouilles archéologiques, le chantier devrait s’achever en 2017. L’ouverture du centre des congrès est prévue en janvier 2018. L’enveloppe globale d’investissement (études préalables, provision pour fouilles archéologiques, frais de concours, travaux, études, équipements) est estimée à 107 millions d’euros. Le coût des travaux et des équipements scénographiques confiés à la maîtrise d’œuvre (Marché de SOGEA Bretagne) s’élève à 75 millions d’euros.

Construction-lesjacobins.fr

Astrid Avédissian

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Auditorium de 1000 places © Guervilly
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Auditorium de 300 places. © Guervilly