Vers une architecture pare-balle ? : la revue de presse du 25 octobre 2017

Le paysagisme contre les tueries de masse – Logement : Sydney mise sur l’étagère – Voyage aux pays des archi-soviet – Qui a les plans du Roi Baudouin ? – Vauban attaqué – Contesté à Charleroi, adulé à Milan : grandeur et misère du gratte-ciel – Blade Runner 2049, quand la science fiction emprunte un musée de Néanderthal. La revue de presse du 25 octobre 2017 

  

Paysagiste pare-balles

La récurrence des tueries de masse aux USA a des rebonds imprévisibles. « Avec l’augmentation des fusillades de masse, un groupe de professionnels que l’on n’attendrait pas essaye d’éviter aux gens qu’ils soient tués dans la mêlée : les paysagistes », explique The Verge, relatant une visite à la Sandy Hook Elementary School. Tristement célèbre pour avoir été le théâtre d’une tuerie de masse en 2012 – 28 morts dont 20 enfants assassinés par un amateur d’arme à feu de 20 ans – l’établissement reprend ses activités dans de nouveaux locaux conçus par l’agence Svigals+Partners. Un revêtement durcissant appliqué aux vitrages retarde leur destruction de 15 minutes même après un tir, des rangées d’arbres serrées limitent les mouvements de véhicules béliers, etc. « Le principal paramètre que ces concepteurs doivent prendre en compte est la façon dont les gens bougent – ou plutôt paniquent – face à ces menaces ». Des modélisations informatiques tentent de décrire le comportement d’une foule en plein sauve-qui-peut. Un autre problème est d’imaginer la prochaine menace, constate Jay Brotman, associé de l’agence Svigals+Partners : « quels que soient les risques que l’on prend en compte, les gens deviennent de plus en plus fou, ou de plus en plus intelligent. Vegas en est bon exemple. Il y avait probablement une série de barrière, et du personnel surveillant tout le reste, mais quelqu’un a fait quelque chose de totalement différent qui les a tous laissé sur le carreau ». Une grosse Las Vegas Parano plane sur la mise en sécurité des bâtiments.

Via The Verge

 

Étagère habitable

Baptisé « l’étagère », ce projet d’immeuble de logement ne propose rien de moins que de de résoudre la crise du logement à Sidney. « L’étagère changera le visage de l’habitat sidnéen en permettant aux résidents de dessiner et construire leur propre maison, offrant un sens plus fort de la propriété que des milliers d’unités standardisées ». La maquette en bois du projet n’est pas sans évoquer une version zazou des « casiers à bouteilles » de l’unité d’habitation corbuséenne avant la pose de leur façade. Les modules seraient complétés par un système de transport souterrain électrique avec des compartiments séparables conduisant les passagers à destination sans rupture de charge. Cette proposition que le site News n’hésite pas à qualifier de « révolutionnaire » est sortie tout droit de la tête d’un étudiant de 20 ans en première année d’architecture. Pas si nouveau que ça au regard de l’histoire récente et plus ancienne de l’architecture, mais il vaut mieux s’enflammer pour les modules et autres containers que de se passionner pour les armes à feu, comme Adam Lanza, auteur de la tuerie de masse de Sandy Hook précédemment citée.

Via News 

Mr Niethe et sa maquette. Photo : Jonathan Ng

 

Monuments de la planète Marx

Was tun ? – Que faire ? – se demandait en 1901 Vladimir Illitch Lenine dans un ouvrage sous-titré « questions brûlantes de notre mouvement ». 116 ans après, alors que l’on fête le 100e anniversaire de la révolution d’Octobre, la question lui revient en boomerang. Que faire ? des monuments de l’architecture socialiste semés aux quatre coins de l’ancien bloc de l’Est ? Une question brûlante de nos monuments. Haruna Honcoop, réalisatrice tcheco-nippone en a visité plus de deux cent pour la réalisation de son documentaire « Built to last », faisant à l’occasion de « belles découvertes ». Le palais de Ceaucescu, par exemple, ou le monument Buzludzha en Bulgarie, à deux heures de Sofia, soucoupe volante bien connue des amateurs d’exploration urbaine – «  la seconde plus folle architecture que j’ai vue », témoigne Honcoop. Parmi les sites visités, des bâtiments en ruines, d’autres en meilleur état, mais autant de témoignage à préserver pour la réalisatrice. « Je suis absolument pour leur préservation, parce que je pense que les démolir signifierait démolir notre passé, ce qui n’est pas juste. Bien sur, cela ne veux pas dire que nous adorons le régime communiste, que nous n’aimons bien sur pas, mais à travers l’architecture nous pouvons réfléchir sur le temps », déclare Haruna Honcoop, que le site Radio Praha nous présente toute de rouge vêtue. Pour défendre ces bâtiments réputés laids, la réalisatrice veut guider le public vers ces édifices qui ne sont même pas mentionnés dans le Lonely Planet ou d’autres guides, grâce à son site www.built-to-last-project.com. Le Lonely Soviet Planet ou le Guide du Rouge’art ?

Via Radio Praha 

 

Recidiviste

Au tribunal de Namur, un architecte d’une cinquantaine d’année s’avance à la barre. Son avocat plaide : « je n’explique pas l’inexplicable, mais dans ce cas-ci, Monsieur, au lieu de tomber dans un burn-out, a voulu faire plaisir à un copain en faisant ce faux permis. On a franchi la ligne rouge, on a commis l’irréparable. Je n’excuse pas Monsieur et lui non plus ne s’excuse pas. Si tous les architectes agissaient comme cela, on n’en sortirait pas». A sa décharge, l’accusé était perturbé par des problèmes de gestion survenant en pleine procédure de divorce. Problème, il avait déjà été radié de l’ordre quelques années auparavant pour des faits similaires, délivrant à des particuliers un faux permis d’urbanisme. « À cette époque-là, il n’était pas question de dépression, ni de séparation» rappelle la représentante du ministère publique, qui réclame une sanction pénale ou peine de travail de 150 heures. Jugement le 15 novembre prochain.

Via L’Avenir 

 

Un Roi sans plan

« Les plans du Roi Baudouin ont disparu » s’alarme le quotidien Le Soir. Il ne s’agit pas de retrouver les schémas permettant de reconstruire le cinquième roi des Belges, mais d’envisager la transformation du tristement célèbre Stade du Heysel, rebaptisé en 1996 en hommage au souverain récemment disparu.  Bruxelles, candidate pour l’accueil de l’Euro 2020, doit proposer un dossier solide à l’UEFA et montrer que ses installations sportives sont à la hauteur de l’évènement. « Arnaud Pinxteren, député Ecolo, fulmine : il ne parvient pas à obtenir les plans du stade Roi Baudouin. Il a demandé à avoir accès aux documents en avril 2017 au service des archives de la Ville de Bruxelles. Et depuis… toujours rien. Les archives et l’urbanisme se sont renvoyés la balle dans plusieurs mails, mais cela n’a débouché sur rien. Visiblement, l’agent qui avait les plans a quitté l’urbanisme et les dossiers ont été dispersés entre plusieurs collègues. L’administration est toujours à leur recherche… ‘’ Les documents sont portés disparus et c’est assez curieux’’, commente le député, s’interrogeant sur cette mystérieuse disparition ». Elle survient au moment où le député voulait avoir l’avis des experts sur la rénovation du Roi Baudouin, qui beaucoup d’élus jugent impossible à faire financer par le privé. Le privé a sans doute un plan…

Via Le Soir

 

Permis privé pour ne plus être privé de permis ?

Pour financer les travaux du stade, Pintxeren en appelait à une « certaine créativité au niveau du financement ». Il peut toujours compter sur le secteur privé, qui, plus que jamais, fait preuve d’une imagination débridée. Dans une chronique parue dans Les Echos, Frédéric Rolin, professeur du droit de l’urbanisme à l’université Paris-Saclay – site dont l’urbanité calamiteuse a été souligné par plusieurs médias de l’Humanité à Chroniques d’architectures – pose une question débutant par ce « Et si » candide annonçant une innovation détonnante « Et si on privatisait le permis de construire ? ». Même s’il y a loin de la réalisation à la mise en oeuvre, souligne Rolin, les avantages de la formule sont immenses. « Ils tiennent à la réduction des délais entre le montage du projet et sa mise en oeuvre, au risque réduit d’être soumis à un contentieux paralysant, à la possibilité pour les administrations de faire monter en compétence les agents chargés de l’instruction vers l’élaboration des règles d’urbanisme et ainsi de mieux dialoguer avec les agences d’urbanisme ou de les redéployer vers des missions de contrôle garantissant la règle du jeu avec des visites de chantier obligatoires et un certificat de conformité plus rigoureusement délivré ». Les inconvénients seraient minimes « D’abord, les organismes qui certifieront la conformité de constructions aux règles d’urbanisme applicables seront aussi vigilants que l’administration puisque leur responsabilité sera en jeu. On ne verra donc pas jaillir une tour, là où n’est autorisé qu’un pavillon ». Nous voila rassuré. Rolin assure que la mesure permettrait également de contrer les agendas cachés des mairies, qui bloquent les projets qui ne leur conviennent pas en dépit de leur conformité avec les règles d’urbanisme. « L’État s’est d’ailleurs déjà essayé avec succès au passage d’un contrôle administratif à un contrôle privé dans le domaine de la sécurité des poids lourds. Les anciens services qui assuraient cette mission ont été privatisés et désormais ce sont des centres de contrôle technique qui opèrent, comme pour les véhicules légers. Or de l’opinion générale, la sécurité des véhicules ne s‘est pas trouvée dégradée par cette privatisation ».  Puisque le professeur Rolin passe avec audace du 38 tonnes au T3, filons la métaphore : et si on lançait un permis de construire à point pour les maîtres d’ouvrage ?

Via Les echos

 

 

Merde à Vauban

Le permis de construire est-il si contraignant ? Est-il un si puissant frein à la compétitivité internationale ainsi que l’affirme M. Rolin ? A Marseille, un recours des habitants du quartier Vauban avait conduit à l’annulation du permis d’un projet qu’ils jugeaient hors d’échelle : « A l’origine, le promoteur entendait édifier deux immeubles en R+7 et R+8 pour 91 logements. La Ville l’avait refusé en juillet 2014 – « Trop profond et trop haut en façade avant et en coeur d’îlot » – au vu notamment de l’avis défavorable (simple et non conforme) émis par les Bâtiments de France qui en critiquaient la démesure ». Projet revu avec l’architecte conseil de la ville «  vaguement remanié en réduisant quelque peu la voilure (74 logements donc 17 logements de moins et seulement en R+7, avec 103 places de parking en deux niveaux de sous-sols). Il dit « respecter la «politesse urbaine» souhaitée permettant de tutoyer les bâtiments existants avec les constructions nouvelles », toujours pas du goût de l’architecte des bâtiments de France, qui estime qu’il « ne s’inscrit toujours pas correctement dans son environnement urbain ».

Via La Marseillaise 

 

Vauban dans les tours

Autre conflit à l’entrée du quartier Vauban-Esquermes, dans la métropole Lilloise. Un recours des riverains avait fait échouer le permis d’une tour de 56 mètres, construite dans un secteur préservé ou la hauteur était en principe limitée à 21 mètres. Projet retoqué que les habitants craignent de voir réapparaitre à la faveur d’une révision du PLU.«  Nous réclamons un minimum de clarté, nous ne laisserons pas faire n’importe quoi  », prévient l’ex-présidente du conseil de quartier et ancienne adjointe de Pierre Mauroy. Reste à poser cette question brûlante : à Marseille et à Lille, qui en veut autant à Vauban?

Via La Voix du Nord 

Ce visuel de l’ex-tour, plus personne à Vauban ne souhaite le revoir, pas même en cauchemar… via La voix du Nord

 

Tours toujours

Celui qui a dit non : le fonctionnaire délégué de la Région wallonne refuse d’octroyer le permis aux « Rivers Towers » que l’agence Piron  a conçu pour Charleroi en association avec le bureau bruxellois Bogdan & Van Broeck. « Nous nous trouvons là à l’entrée de la ville, dans l’immédiate proximité du ring, à côté de la piscine Hélios et d’un petit centre commercial vieillissant. Si le maintien d’une ancienne tour à béton désaffectée a inspiré l’idée de la verticalité, « les futurs immeubles ont un gabarit inadapté au bâti existant », selon le fonctionnaire délégué Raphaël Stokis. Vingt sept étages, cela les fait monter à… 100 mètres au-dessus du sol. Davantage que la tour Baudoux (…) et que la tour de police qui s’élève à 75 mètres, avec ses 20 niveaux » – oeuvre des ateliers Jean Nouvel inaugurée en 2014. Le fonctionnaire délégué le précise : il est favorable à la densification urbaine, d’autant que la ville prévoit d’augmenter sa population de 50 000 habitants durant la prochaine décennie. Mais point trop n’en faut : rajouter 276 appartements sur 50 ares, c’est trop  « nous ne sommes pas dans une métropole d’un demi-million d’habitants comme Anvers. Il existe des modèles inspirants à l’échelle de Charleroi comme Maastricht par exemple : ce qui a été fait là-bas en bords de Meuse peut servir de référence ». L’idée est claire : s’inspirer, encore une fois, d’un sommet de Maastricht.

Via Le Soir 

 

Passion verticale

Le public déteste-t-il les tours ? Non, si l’on en croit l’affluence record constatée à la tour Generali, dessinée par Zaha Hadid à Milan. Le bâtiment était ouvert à la visite à l’occasion des journées FAI (Fondo Ambiante Italiano), lancées à l’initiative d’une association s’occupant de la valorisation des sites remarquables de la péninsule. À coté des églises de la région, « le vrai boom s’est produit à Milan pour une architecture moderne, un lieu qui fait rêver, le gratte-ciel Hadid (autre nom de la tour Generali) et ses queues longuissimes et plus de deux heures d’attente pour pouvoir jouir d’une vue unique sur la ville de Milan. L’affluence a contraint à arrêter les visites avant l’heure prévue ». Charleroi devrait peut-être missionner Zaha Hadid Architects pour dessiner sa tour : malgré la disparition de dame Zaha, l’agence enchaine les concours victorieux.

Via Eco di Bergamo 

 

Neandertal runner

Le bureau occupé par Wallace dans Blade Runner 2049 contribue à l’ambiance futuro-distopyque de cette suite du film de Ridley Scott. Certains architectes lui ont déjà trouvé un goût de « déjà-vu », et pour cause. Le décor reprend la perspective d’un concours perdu de l’agence Barozzi Veiga pour le musée du néanderthalien à Piloña, en Espagne. L’agence avait été contactée par la production, qui lui avait demandé le droit d’utiliser les images de ce projet conçu en 2010, sans préciser à quel moment du film il apparaitrait. Les architectes ont découvert leur projet transformé à la sortie du film.« Fantastique ! C’est super de découvrir que les projets que l’on dessine et ne construit pas puissent avoir une autre vie. Imagine toi que maintenant notre projet a été immortalisé dans Blade Runner ! » a déclaré Fabrizio Barozzi au site Plataforma architectura. Le cinéma de science-fiction, futur archive des projets de concours perdus?

Via Plataforma arquitectura 

 

Olivier Namias

Hélicoïde, OTAN, Babel, Hong Kong, Brignon : La revue de presse du 30 mai 2017

Du centre commercial au centre carcéral

Étrange pyramide à gradin construite à la fin des années 50 sur la base d’un plan de forme patatoïde, couronné par un dôme géodésique à la Buckminster Fuller, le centre commercial Hélicoïde devait porter le Venezuela au pinacle de la modernité. Pablo Neruda, le poète, y voyait « l’une des plus délicates créations jamais sorties de l’esprit d’un architecte», Salvador Dalí voulait exposer ses œuvres dans ce mall innovant que l’on parcourait en voiture — « une montagne de boutiques avec rampes », résumait l’un des architectes de l’agence Arquitectura y Urbanismo CA, qui avait conçu ce projet d’inspiration ouvertement wrightienne. Parmi les 320 boutiques, des garages, un concessionnaire automobile, un lave-auto, mais aussi un lieu d’exposition, une piscine, un bowling un cinéma, et une station de radio diffusant les offres commerciales du moment. Le shopping-by-driving était-il une idée révolutionnaire ? On ne le saura jamais, car la chute du dictateur Pérez Jiménez signera la fin de ce rêve commercial. Le public boudera le bâtiment qu’il associera à la dictature. Il sera question d’y installer un musée d’anthropologie, un centre de l’environnement, mais c’est finalement en prison et centre de torture que le lieu est utilisé. Celeste Olaquiaga, animatrice du site ‘Project Helicoide’, s’insurge « puisque l’Hélicoïde n’a pas été conçu pour être une prison, son utilisation est principalement une violation des droits humains et doit cesser (…) et demande à ce qu’on donne une deuxième chance au bâtiment ». Il a fait son temps sous les barreaux après tout, et faire ça à un centre commercial, c’est une atteinte au droit du bâtiment.

Via Citylabs

Un centre commercial devient une prison
Construit pour être un centre commercial, Helicoide est aujourd’hui une prison.

Centre commercial

 

Génie ou mythomane?

« Parmi tous les architectes considérés comme grands, il provoque en moi une allergie. Ce n’est pas pour son coté mythomane, menteur et égocentrique laissant derrière lui un sillage de destruction émotionnelle, ni parce que ses bâtiments fuyaient ou s’écroulaient quand ils ne dépassaient pas les budgets prévus, ou que les chaises qu’il a dessinées ne tiennent pas debout et défient les normes élémentaires de confort, ni qu’il a écrit et discouru d’un langage pur, brillant, de non-sens, ni pour ses hypocrites prêches pour la démocratie et la liberté s’accommodant de flirt avec des tyrans comme Mussolini ou Staline. Il était tout ça, mais le plus agaçant de son génie c’est qu’il se fourvoyait trop souvent dans une démonstration de virtuosités répondant à des impératifs incompréhensibles». Vous avez reconnu Frank Lloyd Wright, dont on s’apprête à fêter les 150 ans par une exposition au MoMA. Un critique d’architecture s’interroge : était-il un mythomane ou un génie ? Un de ses biographes décrivait l’architecte comme un «virtuose du faux témoignage», capable de mentir sur sa date de naissance et de s’envoyer des faux télégrammes le félicitant de la bonne tenue de son hôtel tokyoïte lors du tremblement de terre de 1923. «Même ses plus grandes oeuvres – Fallingwater et le Guggenheim – présentaient de sérieux défauts. Mais, encore une fois, le monde serait moins riche sans eux». Frankie est sauvé : on pourra même fêter ses 200 ans.

Via The Guardian

Frank Lloyd Wright et Olgivanna
Frank Lloyd Wright et sa femme Olgivanna en 1937/ Via The Guardian

 

 

Les trésors cachés de Wichita

«C’est une maison spectaculaire (…) c’est sans doute l’un des secrets les mieux gardés de Wichita, et j’aimerais que ce ne soit plus confidentiel car c’est un véritable joyau de notre couronne». Liz Koch parle de la Allen House, une maison wrightienne de style «prairie» construite en 1918 pour le patron de presse et ancien gouverneur du Kansas Henry Allen. Koch dirige une fondation qui s’est donné pour objet de remettre la maison dans son état d’origine : «« Il nous a fallu trois mois pour décaper le bois et exposer ses couleurs naturelles», dit Howard Ellington, qui s’occupe également du lieu. Les occupants successifs avaient fait des modifications qui n’étaient pas vraiment compatibles avec le goût de Wright pour les horizontales et les carrés aux couleurs inspirées par la nature», explique un média local. Grâce à l’action de Liz et d’autres, la maison a retrouvé son lustre d’origine, jusque dans son jardin, ou étaient plantées des vivaces baptisées du nom de l’architecte. La maison va ouvrir au public à partir du 8 juin, pour le cent cinquantenaire de l’architecte. Joyeux anniversaire Frankie !

Via KSN

 

Le tracé d’un monument pop

Ellen Babcock n’a pas eu besoin d’aller jusqu’à Wichita pour trouver son trésor. Il lui a suffi de regarder sous un arbre d’Albuquerque pour trouver son pactole : les dessins d’enseignes néon de la mythique route 66, qui relie Chicago à la côte ouest. Robert Venturi et Denise Scott Brown auraient été enchantés de découvrir les dessins très bien conservés des enseignes routières devant s’adapter à toutes les situations : stations-service, bowling, nettoyage à sec et cafés. Certaines ont été réhabilitées, beaucoup d’autres ont été démontées ou restent désormais dans le noir. Les documents avaient été déposés là par leur producteur, l’usine de Zeon Sign, qui voulait se débarrasser d’un risque d’incendie potentiel. Ils témoignent « d’une époque où l’artisanat et le design étaient entremêlés ». Mark Childs, doyen et enseignant à la faculté d’architecture du Nouveau-Mexique insiste sur l’importance de ces enseignes : « Je pense qu’elles nous apprennent plusieurs choses du point de vue de l’urban design, notamment l’idée qu’il peut y avoir un aspect ludique, à une époque ou l’on ne se permet plus de penser à cette dimension de l’urbain». Un monument américain post-wrightien révélé ?

Via Associated Press

Monument pop
Une enseigne néon dégradée sur la route 66

Elle existe

Le premier épisode de la série « secrets » débute par une révélation : sur une tablette en pierre du IV siècle av. J.-C., le dessin d’un bâtiment à gradin de sept niveaux avec en son centre une figure qui ne serait autre que le roi Nabuchodonosor. L’inscription « Etemenanki Ziggurat Babel » indique que l’on serait bien face à la fameuse tour de Babel, et cette tablette donnerait une preuve de son existence plus tangible que le tableau de Jérome Bosch sur le même sujet. Une autre inscription sur la pierre indique que la construction de l’édifice, haut d’environ 91 mètres, mobilisa une main-d’œuvre recrutée de la mer supérieure (la Méditerranée), jusqu’à la mer inférieure (le Golfe Persique). « De nombreuses langues étaient parlées sur le chantier. C’est de là que pourrait provenir l’idée biblique de la confusion des langages », explique Andrew George, professeur d’histoire babylonienne à l’université de Londres. L’hypothèse restera valable jusqu’à la découverte de la tablette « amendement Molière » imposant une langue unique à cette escouade de travailleurs détachés.

Via ABC

Tour de babel
La tour de Babel, retrouvé sur une tablette du IV siècle av. J.-C. / Via ABC-Smithsonian

 

Architectes Augmentés

Les architectes prennent d’assaut les cours Unity 3D de l’école des Gobelins, une formation à la réalité augmentée s’adressant à l’origine aux graphistes et designers de jeux vidéo, relate Le Monde. Cette technologie familière du grand public depuis le lancement de Pokemon Go « est beaucoup plus intéressante que la réalité virtuelle, qui n’est qu’une simple reproduction artificielle de la réalité », explique Greg Lynn, pape de ces technologies. Craignant qu’elles ne produisent des bâtiments prémâchés tous identiques, Francis Soler insiste sur la nécessité « de détourner ces logiciels pour retrouver notre propre langage ». Jean-Michel Wilmotte reconnaît à ces supermaquettes aux effets cinématographiques la « capacité de faire rêver le client plus vite et plus tôt ». Il mêle la réalité virtuelle et augmentée pour présenter un projet de réaménagement des vingt kilomètres séparant Paris de Roissy-Charles de Gaulle. À réalité augmentée, honoraires augmentés et pour l’instant virtuels.

Via Le Monde 

Greg Lynn
Greg Lynn présente la maquette du projet de réhabilitation du Packard Plant dans le pavillon des USA de la Biennale de Venise 2016. Via Le Monde M

 

 

Bon vieux temps

Le moral des Hongkongais est depuis quelques années inversement proportionnel à la courbe des prix de l’immobilier, de la pollution et des heures travaillées, qui tendent tous trois à augmenter. Signe du cafard, 4 Hongkongais sur 10 voudraient quitter la ville. Dans l’attente d’un hypothétique départ, beaucoup se tournent vers le passé et le bon vieux temps : objets vintages, restaurant, et aussi architecture. Alors qu’approche le 20e anniversaire de la rétrocession de l’île à la République populaire de Chine, les promenades proposant de découvrir le centre-ville historique semblent connaître un certain succès. Cette nostalgie est la meilleure alliée de la préservation du patrimoine, permettant la sauvegarde de groupe de magasins.  « Les jeunes, qui ont souvent fait des études universitaires, se laissent moins impressionner par les promoteurs et n’adhèrent pas forcement à l’idée que vendre le foncier sera meilleur pour l’économie », explique Lee Hoyin, Professeur d’architecture et directeur du programme patrimonial à l’Université de Hong Kong. Il faut donc un jeune pour sauver un vieux (bâtiment).

 Via South China Morning Post

 

Dans les mains de l’OTAN

Le 14 mars 1967, le général américain Lyman Lemnitzer préside la cérémonie de départ de l’OTAN, qui quitte la France pour s’installer en Belgique. Le 25 mai dernier, presque 50 ans après, les chefs d’État et les représentants des 28 pays membres de l’organisation inaugurent leur nouveau siège près de Zaventem, l’aéroport de Bruxelles. Un bâtiment de tous les superlatifs conçu par l’agence américaine SOM, pour un coût de 1,1 milliard dont 300 millions de dépassements de budget, et 18 ans entre la décision de le construire et sa livraison, qui ne sera effective qu’en décembre prochain. C’est aussi une architecture dégoulinante de symbolique : il renferme un bout du mur de Berlin et des débris du World Trade Center souvenir que la lutte contre le terrorisme doit être la priorité de l’alliance, selon Trump. Une Agora sécurisée évoque bien sur les places de la Grèce Antique, et les parois de verre manifestent la transparence, « afin que tout puisse être vu du public ». Des médias russes malveillants ont voulu voir dans le schéma d’implantation la mise en architecture du symbole SS, alors qu’il représente en fait deux mains croisées en signe d’alliance, des mains serrées par la même puissance virile que celle du président français et de POTUS lors de l’inauguration du bâtiment.

Via Le Figaro immobilier 

 

 

Siège de l'OTAN
Le nouveau siège de l’OTAN à Zaventem, SOM architectes. Via Le Figaro immobilier

 

Pour un euro versé, un m2 offert

Attirer de nouveaux habitants, si possibles de jeunes couples avec des enfants en bas âge, pour faire vivre la commune et maintenir ses écoles ouvertes : telles est le casse tête que tente de résoudre les maires de petites communes. Pour résoudre cette équation, Brignon (30), 790 habitants, s’est résolue à vendre douze terrains de 640 à 832 m2 pour la modique somme de 1€/M2, dix à quinze fois moins que le prix du marché. « « Nous étions réticents au départ en affichant ce prix dérisoire mais nous avons voulu créer un choc psychologique », soulignent les élus». La viabilisation des terrains représente pour la commune un coût de 30 000 euros. Cet investissement sera remboursé par les impôts versés par les futurs arrivants. En misant sur ce lotissement d’un genre nouveau, la municipalité attend une cinquantaine d’habitants supplémentaires, convaincue que « les communes rurales ne désespèrent pas devant le déclin si elles savent se montrer attractives ».

 Via L’Eveil de Haute-Loire

Brignon
Élus du Brignon proposant la vente de terrain pour un euro au M2. L’opération s’inspire d’une initiative lancée par la commune de Berrien (Finistère). Via Le Centre

 

Dé-marabouté ?

« J’ai longtemps essayé de construire ici. Mais hélas, ça n’a jamais été possible. En 1982, je n’ai obtenu que le deuxième prix au concours de l’Arche. Ensuite c’est la fameuse tour sans fin haute de 425 m de haut qui a été abandonnée, ce qui au passage m’a conduit à la faillite. Et puis, il y a eu la tour Signal arrêtée net par la crise » se remémore Jean Nouvel dans les colonnes du Parisien. Heureux en Pritzker, malheureux en Défense, disait un dicton Nouvelien qui appartient peut-être au passé. L’architecte a posé mercredi dernier la première pierre d’une résidence étudiante de 20 étages, figure qu’il devrait compléter de la tour Hekla, un gratte-ciel de 80 000 m2 de bureaux qui devrait être livré en 2020. « Jean Nouvel espère avoir enfin vaincu le “signe indien”, cette malédiction qui le tenait éloigné du quartier ». A croire que les travaux sur la zone voisine des Groues, nouvelle aire d’extension de La Défense sur la commune de Nanterre ont eu définitivement la peau des apaches.

Via Le Parisien

Pose de la première pierre à La Défense, via Le Parisien

 

 

Le seigneur des façades

« Après avoir passé des années à fabriquer à la main les cottes de mailles de la trilogie du Seigneur des anneaux, Kayne Horsham, directeur artistique des créatures, des armes et des costumes de la saga, a fini par se reconvertir dans l’architecture. En songeant qu’il devait exister un moyen plus facile de créer des tissus sans devoir interconnecter chaque maille à la main, il a fondé l’entreprise Kaynemail. Pratique quand le but de ses créations est aujourd’hui d’habiller des immeubles entiers » rapporte le magazine Ulyces. L’ancien décorateur a développé un processus de moulage par injection permettant la production en masse de treillis sans soudure. Un produit qui tient de la légende « incroyablement léger et ne nécessite que 20 % de l’énergie nécessaire pour produire de l’acier. Oh, et il est 100 % recyclable, résistant aux UV, au feu et presque impossible à endommager. » D’ici à ce que l’on apprenne, que le créateur du village Hobbit s’est reconverti dans la production de toiture végétalisée, il n’y a qu’un pas.

Via Ulyces

Maille métallique réalisée par l’entreprise de Kayne Horsham, ancien directeur artistique du Seigneur des Anneaux.

 

Patrik Schumacher à Berlin et John Pawson à Londres : la revue de presse du 30/11/2016

Patrik Schumacher à Berlin et John Pawson à Londres : la revue de presse du 30/11/2016

Colères, indignation, fureur et courroux : impôts, sous-traitances, concours et table rase des acquis sociaux. Patrik Schumacher à Berlin, John Pawson à Londres. New York : vers une architecture de l’espionnage. La revue de presse du 30 novembre 2016

 

Tête de turc

Indignation du Syndicat National de la construction des fenêtres, façades et activités associées (en abregé, SNFA), suite à la décision du groupe Vinci, qui a confié à un sous-traitant turc la réalisation de la façade de la future tour Saint-Gobain, à La Défense. « Les raisons de ce choix : à nouveau des prix anormalement bas ! », dit l’organisation, dénonçant « un nouveau coup dur pour les entreprises françaises, une fois de plus privées d’un important marché ». Aujourd’hui Metal Yapi « ne dispose en France que d’un établissement de moins de cinq personnes, qui n’est même pas affilié à la convention collective du bâtiment », écrit l’organisation, qui souligne que « La totalité des composants des façades ainsi que la main-d’œuvre de fabrication et d’installation seront donc intégralement de provenance “hors Europe”. »

D’après le syndicat, le recours à la sous-traitance étrangère devient une pratique courante « Ainsi la façade de la tour Carpe diem, confiée à la société chinoise Yuanda, et elle aussi située à la Défense, a souffert de fuites importantes, qui ont nécessité un colmatage pendant plusieurs mois, rapporte M. Marchand, délégué général du SNFA. Quant à la façade de la tour D2, elle a été confiée au sous-traitant Kyotec, qui lui-même sous-traitait toute sa fabrication en Turquie et a déposé le bilan avant la fin du chantier (…) Pour nous, il est impossible de travailler, en respectant toutes les règles, dans les conditions financières imposées par les entreprises générales ». Jean-Luc Marchand,, avertit : « Nos façadiers vont mourir ». Que le décès advienne au pied de la tour du champion national des produits verriers rend la fin encore plus amère.

Le Monde 

tour Saint-Gobain_la Défense_Valode et Pistre
Le projet de la tour Saint-Gobain à la Défense. Valode et Pistre Architectes Via le monde

 

 

Sans le soleil exactement

Fureur à l’Association Nationale des Propriétaires du Portugal (ANP). En quête de finances, le gouvernement socialiste vient d’approuver une révision des valeurs foncières des immeubles, affectant à « la localisation et l’opérativité relative » une part de 20%. Derrière ce jargon, il s’agit de taxer les appartements en fonction du soleil qu’ils reçoivent et de la qualité de leur environnement. « Les tables d’évaluation prennent en compte d’autres facteurs, comme l’existence d’un ascenseur, la climatisation centrale ou le garage, mais sans conteste, la grande nouveauté est l’apparition d’une taxe sur le soleil, qui augmente de 5 à 20%, cinq fois plus par exemple, qu’une piscine privée ou sept fois plus qu’un court de tennis », reporte le quotidien espagnol El Pais. « Paiera-t-on plus en fonction des heures d’ensoleillement de la maison ? Et si le temps reste nuageux une année durant ? Ou si un arbre me cache la lumière ? » ironisent les agents immobiliers lusitaniens. « Toutes les maisons du Portugal sont exposées au soleil car nous sommes un pays méridional où le soleil abonde. Tout indique que la phase suivante consistera à taxer l’oxygène que les gens respirent », s’indigne António Frias, président de l’ANP qui entonne presque à son insu le fameux « Taxman » des Beatles. Une solution pour échapper à l’impôt sans recourir à l’exil fiscal : relancer la construction de bunker et l’habitat troglodyte.

El Pais 

  

Pas dans mon port

Courroux à Helsinki, où l’on est vent debout contre le projet de Guggenheim, un bâtiment attribué à Moreau-Kusunoki, à l’issu d’un concours international rassemblant 1715 participants de 80 pays. Le parlementaire et architecte Alder Adlercreutz évalue le projet de l’agence franco-japonaise basée à Paris à l’aune du Guggenheim de Bilbao « L’architecture de Gehry est très différente, affirme sans risque d’erreur Adlercreutz, et je ne ressens aucune excitation à la vue du projet lauréat. Il donne l’impression d’une occasion perdue, et d’une proposition qui contribue très peu à améliorer la zone du port, qui n’apporte rien à l’espace public environnant et semble franchement déplacée », assassine le politicien-architecte, qui demande de refaire le concours en tenant compte du développement plus large de la zone du port. Le critique Jonathan Glancey renchérit « affirmant que le choix de cabanes en bois noir face à la pierre blanche des immeubles néoclassiques du front de mer était un affront et une provocation faite aux architectes finlandais. Ce ne sera pas du bois, car les règlements anti-incendie ne l’autorisent pas pour ce type de structure, ce devra être du béton ou de l’acier avec un bardage bois, le genre de chose qui ne plait pas aux Finlandais ». L’architecte Juhani Pallasmaa estime que le concours n’a pas produit de projet à la hauteur de ce site unique. Opposant de la première heure, il s’insurge contre un projet de business impitoyable maquillé en projet culturel. La fondation Guggenheim n’a pas souhaité commenter pour l’instant. De toute façon, ce n’est pas elle qui paye.

Architects Journal

Guggenheim Helsinki Moreau Kusunoki
Guggenheim Helsinki – Courtesy Moreau Kusunoki © Bruno Levy & Julien Weill & Moreau Kusunoki Artefactorylab

 

 

Pas en mon nom

Colère chez Zaha Hadid Architects, après les appels de Patrik Schumacher à abolir le logement social, supprimer la réglementation urbaine et privatiser en masse les espaces publics. Le propos a frappé le public assistant à la conférence berlinoise de Parametric Pat, tout comme les ayants-droits de Zaha Hadid, prenant leur distance avec le directeur de Zaha Hadid Architects par un communiqué émanant de.. Zaha Hadid Architects ! « Le « Manifeste de politique urbaine » de Patrik Schumacher ne reflète pas le passé de Zaha Hadid Architects, et ne sera pas non plus son futur. Zaha n’écrivait pas de manifeste. Elle les construisait. Par sa détermination et son travail acharné, Zaha nous a montré que l’architecture peut être diverse et démocratique. Elle a inspiré toute une nouvelle génération autour du monde à s’impliquer dans leur environnement, à ne jamais cesser de questionner et de ne jamais cesser d’imaginer ». La maitrise des ambiances n’est pas un vain mot chez ZHA !

The Guardian 

Schumacher Zaha hadid
Schumacher wearing the parametric tuxedo he designed himself. Photograph: Martin Slivka via The Guardian

 

 

Modeste

Icone de l’optimodernisme (le modernisme optimiste) d’après-guerre, l’ancien Institut du Commonwealth renaît en musée du design après un lifting de 83 millions de livres, somme tirée de la vente de terrains adjacents sur lesquels ont été construits des logements de luxe. OMA et Allies & Morrison ont été chargés de dessiner les immeubles d’habitation et les façades réhabilitées du musée, John Pawson s’est chargé des intérieurs : « j’ai toujours le sentiment que j’aurais pu être plus modeste, confie Pawson au Guardian. (…) La dernière chose que vous voulez voir dans un musée est la main de l’architecte. Vous n’avez pas envie de vous laisser distraire ». L’architecte a déployé sa palette habituelle, impeccable et soignée. Toutes les parois sont revêtues de délicats panneaux de bois. « Je ne pense pas que le brutalisme conviendrait ici, dit Sudjic, directeur du musée, en défense des choix de l’architecte. C’est un bâtiment assez fragile. La première fois que nous l’avons visité, il était comme un réfrigérateur abandonné sous la pluie. Je pensais qu’il avait besoin d’aide ». Devenir un encombrant pour être secouru par une main charitable : une stratégie à suivre pour les immeubles en péril.

The Guardian 

Design Museum_Institut du Commonwealth
The floor-to-ceiling windows of the luxury flats overlooking the new Design Museum roof. Photograph: Philip Vile/Chelsfield Developments (Kensington) Ltd.

 

 

NSArchitecture

Pour les new yorkais, l’édifice du 33 Thomas Street est « l’immeuble aux longues lignes », une tour de 170 mètres et 29 étages aveugle de la base au sommet. Non qu’elle cherche à éviter une taxe sur le mur rideau et l’ensoleillement, mais plutôt parce qu’elle est entièrement occupée par un standard téléphonique de la compagnie AT&T. La NSA, la National Security Administration, les grandes oreilles américaines, donne à la tour un autre surnom : Titanpointe. Des documents recueillis par le lanceur d’alerte Edward Snowden révèlent qu’elle abrite un centre d’écoute, et que sa concentration de lignes téléphoniques en faisait un endroit idéal pour intercepter les conversations des ennemis et des amis des USA – FMI, banque mondiale, banque du Japon, UE, ONU, et au moins 38 pays différents dont l’Italie, le Japon, le Brésil, la France, l’Allemagne, la Grèce, le Mexique et Chypre. Lithium, nom de code d’AT&T, avait aménagé des pièces à l’accès ultra restreint pour les employés de l’agence d’espionnage américaine. John Carl Warnecke, un des architectes les plus en vue des USA entre 1960 et 1980, mentionnait le projet sous le nom de code « projet X », et en parlait comme d’un gratte-ciel habité par les machines. « Il est difficile de savoir combien de personnes travaillent au 33 Thomas Street aujourd’hui, mais les plans originaux de Warnecke prévoit d’y stocker de l’eau de la nourriture et d’assurer les loisir de 1500 personnes. Il devait aussi recevoir une réserve de un million de litres de fuel pour assurer le fonctionnement de groupes electrogènes permettant à l’édifice de fonctionner comme une ville auto-suffisante », dans l’hypothèse d’une coupure de courant ou d’une attaque nucléaire. En 1982, le critique d’architecture Paul Goldberger saluait dans l’immeuble « un des rares exemples d’architecture moderne de qualité du quartier », jugeant « qu’il s’insérait dans son environnement plus gracieusement que n’importe quel autre gratte-ciel du secteur ». Un employé de la NSA a-t-il pu intercepter cet éloge ?

The Intercept 

Thomas Street
Sketch of the plaza at 33 Thomas Street via The Intercept

 

 

refaites le mur

Beijing refait le mur, celui de 3 437,70 m ceinturant la Cité interdite. Les travaux commencés samedi «  doivent remédier aux souffrances de l’âge qui menacent la structure impériale vieille de 600 ans ». L’ouvrage est touché par de nombreuses maladies, briques effritées, fissure dans la structure et affaissements qui affectent les fondations, selon le Beijing News. Tian Lin, professeur d’architecture ancienne à l’université de Beijing, affirme que ces problèmes sont causés par les facteurs naturels – autant que peuvent l’être le réchauffement climatique et les pluies acides. Dans le même temps, les infrastructures de la Cité interdites seront modernisées. Celles en place ne sont plus adaptées à un flot de visiteurs atteignant les 80 000 par jour, un ouragan d’origine touristique cette fois.

Global Times China

 

immobilier : Seveso sinon rien

A vendre au enchères, les anciens locaux du centre de formation des apprentis, rue de l’industrie, à Beauvais. 7637 m2 désaffectés depuis le départ de ses occupants vers un nouveau bâtiment « « Ces locaux sont une verrue pour nous », lâche Zéphyrin Legendre, président de la CMA (chambre des métiers et de l’artisanat, actuel propriétaire du bâtiment, NDLR). Initialement, la chambre voulait réutiliser le site pour le transformer en pépinière d’artisans. « Entre-temps, nous avons appris que le bâtiment était classé en seuil bas Seveso en raison de la société Soprogaz, située à côté », indique Christine Van Wabeke, juriste à la CMA. Ce qui a eu pour effet de mettre un coup d’arrêt au projet. « On ne peut rien en faire et c’est une charge financière car on continue de l’assurer, et on payait encore récemment la taxe foncière », poursuit-elle. » Pas très vendeur, d’autant qu’il est précisé que les futurs propriétaires seront limités dans l’utilisation des lieux. Les acheteurs potentiels devront préalablement se fendre d’une visite avant d’enchérir sur la mise à prix de 63 600€. Pour investisseur immobilier amateur de risques chimiques.

Le Parisien 

 

Olivier Namias

Nimbisme, Eiffel on tour, clôtures et parlements : la revue de presse du 25/10/2016

Nimbisme, Eiffel on tour, clôtures et parlements : la revue de presse du 25/10/2016

Nimbisme, Eiffel on tour, clôtures et parlements : des architectes imaginent, rabotage et démolition

 

Déboutées

‘Not in my backyard’ (NIMBY), ou plutôt PODAMOCHAM (Point dans mon Champ de Mars): c’est le combat mené par la comtesse de Poix et Mme Bouruet-Aubertot, apprend-on dans une chronique judiciaire du 15 mai 1887 exhumée par le Figaro Immobilier, démontrant par l’archive que la manie du recours ne date pas d’hier. « Les deux propriétaires craignent pour leur « merveilleux panorama » et protestent « contre la construction de la Tour, qui doit leur enlever une partie de la perspective, non seulement pendant l’Exposition, mais pendant une durée indéfinie », laissée à l’appréciation de la ville de Paris qui héritait de la tour. Pour l’avocat de la ville, la tour, « monument à claire-voie, ne saurait en aucune façon dérober la vue ». Le résultat du jugement, rendu huit jours après la parution du jugement, n’est pas connu. La présence de la tour Eiffel dans le ciel parisien semble indiquer que les deux plaignantes ont été déboutées.

Via Le Figaro Immobilier 

eiffel
Via Le Figaro Immobilier

 

Eiffel en Vendée

D’autant plus vaines étaient leur crainte de panoramicide que les innombrables répliques de tour Eiffel à travers le monde l’ont prouvé : qu’elle prenne l’aspect d’un derrick inspiré ou procède du plagiat éhonté, la tour façon Gustave Eiffel enrichit les paysages qu’elle orne. On connaissait les copies placées au centre des villes nouvelles chinoises, voici maintenant que la Dame de fer s’acculture en Vendée, dans la station balnéaire de Saint-Hillaire-de-Riez. « Construit initialement pour l’arrivée le 24 septembre d’une course en mobylette déjantée, l’ouvrage de 12 tonnes (et 32 mètres de haut) aurait dû être démonté après la manifestation » . Un provisoire qui dure, une histoire qui se répète. La tour attire les badauds, au point que le maire, surpris de l’engouement, a repoussé son démontage à la Toussaint. « Mais les élus de la commune voient maintenant plus loin et plus grand, rapporte Direct Matin.«Il y a des retombées économiques directes et indirectes, mais aussi en terme de notoriété. Notre station, pourtant importante, n’est pas connue à l’échelle nationale. Avec cette Tour Eiffel, on parle de nous», poursuit le maire de la station balnéaire de 11.000 habitants l’hiver, et 120.000 l’été. L’idée d’acquérir la «Tour Eiffel de Vendée» a fait son chemin ». Si elle est conservée, elle quittera le parking pour la place du village, sans que le déplacement de lieu ne choque. A croire qu’à Saint-Hillaire, tout le monde trouve Eiffel un peu chouan.

Via Direct Matin 

eiffel
Via Direct Matin

 

Défaites le mur

Tandis qu’un maire rêve de tours en Vendée, un candidat à la maison blanche rêve de mur à la frontière sud des USA. Pour une somme variant de 10 à 23 milliards d’euros, Trump veut étendre la clôture séparant les Etats-Unis du Mexique à 3000 kilomètres, (contre 1300 aujourd’hui) et rehausser de vingt mètres ses cinq mètres de hauteur actuelle. Estudio 3.14, une agence d’architecture mexicaine, a pris la commande au pied de la lettre, dessinant l’ouvrage fantasmé par Donald pour enrayer le flux des migrants et sans papiers. « La prison serait entièrement autosuffisante, avec ses unités de sécurité, son administration, ses infrastructures de santé et ses fabriques de textile où les immigrants travailleraient jour et nuit gratuitement pour financer la construction du mur en seulement seize ans » expliquent les architectes, suivant la suggestion trumpienne de faire financer la construction du mur par le Mexique. “Nous nous sommes basés sur les déclarations de Donald Trump, sur les aspects économiques, financiers et environnementaux sur lesquels nous nous sommes interrogés. Bien que cela ne soient que des déclarations verbales, en tant qu’architectes et designers nous avons la capacité d’imaginer et d’interpréter ce que Trump dit, et nous sommes convaincus que si nous pouvons donner à voir aux gens le résultat, ils pourront mieux évaluer ses propos et la perversité de son projet ». Projet, qui, tel qu’imaginé par les architectes, ressemble furieusement au projet Exodus de Koolhaas, repeint au nuancier de Barragán. Les prisonniers de l’architecture ne seraient-ils plus volontaires ?

Via Konbini 

trump_mur
Via Konbini
trump_mur
Via Konbini

 

Raboté

La politique, on le voit, a des répercussions inattendues sur l’architecture, et pas seulement à l’échelle du territoire. Depuis qu’il a choisi de devenir le premier adjoint du nouveau maire de Nice, qui était son ancien premier adjoint, Christian Estrosi a fait réaliser quelques menus aménagement en mairie. « Quand il était maire de Nice, il avait un bureau « à étage » en conseil municipal. Il dominait la séance, son Premier adjoint Philippe Pradal siégeant à sa droite et en dessous de lui. Mais ça, c’était avant…Aujourd’hui, le bureau a été nivelé : le nouveau maire Philippe Pradal est assis au même niveau que l’ancien maire devenu son Premier adjoint » peut-on lire dans Nice-Matin, qui révèle ce petit rabotage entres amis. Rabotat signifiant travailler dans de nombreuses langues slaves, faut-il y voir dans ce raccourcissement intempestif une injonction à s’activer mal comprise par un ouvrier de la communauté russe, très présente dans la capitale de la Riviera ? « Honni soit qui mal y pense », diraient les Anglais sur la promenade.

Via Nice-Matin 

nice
Via Nice-Matin

 

Cocoon

Pendant que Nice-Matin voit dans la mise à niveau de l’homme politique – surélévation/raccourcissement – un nouveau marché pour les architectes d’intérieur ou les tailleurs (les talonnettes et podium de qui vous savez), l’agence Gensler voit plus grand, et imagine une solution innovante pour reloger les parlementaires anglais chassés du palais de Westminster par les travaux de rénovation. Il s’agirait de les installer dans une structure flottant sur la tamise, un grand cocon enveloppé dans ce qui ressemble à de l’ETFE « Le «bâtiment» de 240 mètres de long, qui peut couvrir une surface de 8600 m², pourrait être construit en moins de trois ans, dans les chantiers navals du Royaume-Uni ». Les tories ne seraient pas dépaysés, puisque « L’intérieur de la structure permettrait de reprendre les particularités de l’actuel Palais de Westminster et notamment les deux chambres emblématiques de la Chambre des communes et celle des Lords dont les dimensions ont été parfaitement respectées. La Galerie Royale et le Vestibule Centrale (Central Lobby) ont été reproduits à l’identique ». Le coût de construction restant inférieur au coût d’une location « en dur » sur le marché tertiaire londonien, le projet devrait permettre de substantielles économies budgétaires. Son nom «projet Poseidon », évoque malencontreusement « l’aventure du Poseidon », film catastrophe racontant le naufrage épique d’un imposant paquebot en route vers Athènes. Une métaphore des relations du Royaume-Uni avec l’UE à l’ère du post-Brexit ? Honni soit qui mal y (re)pense…

Via Le Figaro Immobilier 

cocon_tamise
Via Le Figaro Immobilier
cocon_tamise
Via Le Figaro Immobilier

 

Effet Venturi

Partir : c’est trop souvent le dernier recours d’étudiants peinant à trouver leur place dans leur pays d’origine. Ainsi, Valeria a décidé de quitter Agrigente et tient depuis deux ans un cours d’architecture d’intérieur dans une institut privé de Madinat al-Kuwait, capitale du Koweit. « Ils cherchaient des architectes italiens – confie-t-elle au Fatto quotidiano, j’ai envoyé un CV, passé un entretien sur internet et ils m’ont embauchée ». Elle n’a pas l’intention de rentrer au pays : « là bas, il n’y a pas de futur pour moi. Les jeunes italiens sont réduit à l’aumone, ils (les employeurs) te disent que tu dois d’abord être plus expérimenté et qu’il n’y a pas d’argent. Ici, au contraire, tu trouves des jeunes de 27 ans qui ont déjà 3 années d’expérience professionnelle ». De quoi entretenir une fuite des cerveaux qui ne date pas d’hier. L’opinionista évoque le cas de cet homme, dont le père avait immigré au USA à l’âge de neuf ans. Il eut un fils « qui dès sa plus tendre enfance montra une capacité extraordinaire à saisir chaque détail. Intelligent toujours volontaire, il choisit, avec l’appuis de ses parents, la voie de l’architecture. Et ce choix fit sa fortune ». Effectivement, en 1991, Robert, le fils de Roberto Venturi, obtiendra le Pritzker ! Et oui : « Robert « Charles » Venturi, une des légendes vivantes de l’architecture, est d’origine abruzzaise » titre L’Opinionista, à deux doigts de voir dans cette ascendance l’explication des effets ravageurs du venturisme sur l’architecture moderne. L’effet Venturi, ce vent qui descend des Abruzzes…

via Agrigento Notizie et L’Opinionista

 

Célébrité vs destruction

Devinette posé par le site Chroniques d’architectures : « qu’ont en commun l’ancien studio de Jimi Hendrix, une ville maison construite pour les mères célibataires et un bowling des années 50 » tous situés à Nashville, Tennessee ? La même chose qu’une volière à oiseaux de Londres, les rues du centre historique de Brighton, ou les forts de Portsmouth : d’être un patrimoine menacé d’une destruction imminente, condamné par les appétits immobiliers ou le manque d’entretien. The Guardian dresse la liste de plusieurs bâtiments inscrits à l’équivalent britannique de l’inventaire des monuments historiques, aujourd’hui menacés de disparition. Pour la volière du zoo de Londres, dessiné par Lord Snowdon, le caractère provisoire de la structure, voulu à l’origine du projet, sert d’excuse à la démolition – il aurait été plus inspiré d’envelopper de filets une structure en forme de tour Eiffel. Un des bâtiments passe pour être le lieu de naissance du féminisme. Du guitariste Jimmy Hendrix à la féministe Mary Wollstonecraft, la présence passée d’un personnage illustre ne protège pas l’architecture de la démolition. Un nom tristement célèbre peut même l’accélérer : on le sait à Braunau am Inn, où le gouvernement autrichien vient de décider la destruction de la maison natale d’un encombrant enfant du pays, Adolf Hitler. La bâtisse était devenue une destination de pèlerinage chez les néo-nazis. Désireux d’améliorer ses relations avec la communauté juive, même le candidat du parti d’extreme-droite aux présidentielles autrichiennes s’est déclaré partisan de la destruction. Une démolition qui fait l’unanimité, ou presque. C’est maintenant au tour des historiens de s’émouvoir « on ne peut pas raser sans évoquer le moindre projet », s’est insurgé un chercheur, craignant que l’on profite de la destruction pour gommer les origines autrichiennes de l’irascible moustachu.

Via Chronique d’architecturesThe Guardian, France Info et LCI 

hitler
Via France TV Info
The McGavock House © Sandy Wilson – Via Chroniques d’architectures

Olivier Namias

La Grey Pride, ou le brutalisme dans tous ses états : la revue de presse du 4/10/2016

La Grey Pride, ou le brutalisme dans tous ses états : la revue de presse du 4/10/2016

Encore Brut

Le brutalisme redevient à la mode, si l’on en croit sa popularité sur Instagram ou la sortie d’ouvrages tel « This Brutal World », récemment publié par Phaidon. Une véritable « Grey Pride », constate The Guardian, qui donne un large définition au terme et voit du brutalisme partout, chez Le Corbusier bien sûr, qui popularisa le terme, mais aussi chez Mies, Ando, Eliasson, Eisenman avec son mémorial à l’holocauste de Berlin, prenant à contrepied le grand public qui perçoit le brutalisme comme un style vintage porteur d’une certaine nostalgie des seventies. La notion relancée par Banham dans les années 70 avec son new brutalism garde des contours flous et semble intemporelle. Va-t-on voir la résurgence d’un nouveau new brutalism, ou, en d’autres termes, une extension du domaine de la brute?

Via The Guardian 

rue-tronchet
L’hôtel particulier de Pourtalès, 7 rue Tronchet à Paris via le blog de Daniela Wurdack

 

 

Brutalisée

Après Londres, capitale du brutalisme, Paris, capitale de brutalité ? L’agression de la bimbo Kim Kardashian lève le voile sur une délinquance ciblant les people en goguette dans la Ville-Lumière. Elle révèle aussi une face cachée de l’industrie du tourisme à destination des très riches et très célèbres, secteur de niche que ce fait divers pourrait mettre en grande difficulté. Visite du très discret hôtel de Pourtalès, théâtre de la tragédie, caché sous l’enseigne No Adress. « Depuis son ouverture au printemps 2010, le Pourtalès est devenu l’un des secrets les mieux gardés de la capitale », expliquait en août 2013 Daniela Wurdack sur son blog. Déception : des neuf luxueux appartement loués jusqu’à 15 000 euros la nuit, seuls deux sont dans l’ancien hôtel particulier du comte James Alexandre de Pourtalès, et sous les combles ! Les autres se partagent un immeuble moderne qui jouxte l’édifice de 1839. Restauré par l’incontournable Anthony Béchu, il appartient à Alexandre Allard, via une société luxembourgeoise basée dans la banque qui gérait aussi le compte suisse de Jérôme Cahuzac. « L’architecte Anthony Béchu, chargé des travaux, a restauré les superbes salons Napoléon III du premier éta­ge, l’escalier monumental, relié l’hô­tel à l’immeuble attenant entière­ment restructuré ». Le goût pour les ors du Troisième Empire a-t-il perdu Kim ? Aurait-elle évité le drame en s’installant dans une architecture brutaliste signé Le Courvoisier (sic), architecte franco-suisse prisé par sa mère, qui révélait sa passion dans une vidéo?

Via l’Express et le blog de Daniela Wurdack 

 

Brutale

Avoir un pied à terre dans la capitale reste encore la meilleure solution pour éviter ces hôtels anonymes et les chambres Airbnb, décriées par la municipalité. Il faudra alors se résigner à passer par la case travaux, négocier avec des artisans âpres aux gains. La négociation avec les entreprises peut tourner à l’expéditif : « « Il faut le tuer, ce chien, il ne mérite pas de vivre », s’est emportée la descendante des fondateurs du royaume d’Arabie saoudite à l’encontre d’un artisan venu effectuer des travaux dans son appartement de l’avenue Foch », relate Le Point. Le garde du corps de la princesse a mis en joue l’impétrant qui avait commis l’erreur de prendre des photos de la pièce où il devait intervenir. La maîtresse d’ouvrage craignait qu’il ne revende les photos à la presse. Libéré au bout de quatre heures, il s’est vu « interdire à jamais l’accès au 16e arrondissement ». Le risque d’une pénurie de main d’oeuvre sur le secteur est à craindre !

Via Le Point 

 

du brut au net

Il faut bien avouer que les entreprises ne sont pas toujours faciles, pas plus que les architectes. « Ils se prennent pour Frank Gehry », s’insurge l’adjoint à la culture de Bordeaux en évoquant les architectes d’X-Tu, qui viennent de céder pour 600 000 euros les droits à l’image de la Cité du vin – en fait 450 000 euros de royalties et 150 000 de prestations supplémentaires (dessin de mobilier non compris dans le marché initial), somme finalement réglée par une enveloppe du Feder (Fonds européen de développement régional, connu parfois sous le nom de Saint-Feder). : « C’est une agence qui n’a pas maîtrisé son sujet. Il faut rendre hommage à Philippe Massol (le directeur de la fondation, NDLR) d’avoir mené les choses à bien. Et ils sont extrêmement procéduriers. » tempête Alain Juppé à l’encontre des architectes. S’ils votent au primaires de la droite, pas sûr que ce soit pour l’ancien premier ministre « qui préférait être droit dans ses bottes que mou dans ses baskets ». Et brut dans ses marchés publics?

Via Sud Ouest

 

athlétique

Président de l’ordre départemental des architectes, installé à Saint-Julien du Sault, Frédéric Vincendon relate son quotidien à L’Yonne. A défaut d’être un sport de combat, l’architecture relève au moins des disciplines athlétiques « Une fois que (les esquisses) sont acceptées par le client, s’ouvre alors la phase, contraignante, de l’obtention du permis de construire. « Monter ce dossier administratif, c’est énorme. Obtenir les autorisations de construire, c’est une course de haies. » explique l’architecte. Mais ce n’est pas fini : « suit la deuxième course de haies », celle du chantier. « Là, on enfile nos bottes » » détaille Vincendon. Des baskets ne seraient-elles pas plus adaptées à ce type d’épreuve?

Via L’Yonne 

 

Brutopie

Botte, basket ou escarpin, la chaussure était un sujet d’expertise à Bataville, cité industrielle de Moselle construite pour les besoins du chausseur tchécoslovaque. L’architecte Margaux Milhade a exposé un plan de revitalisation du site ou elle a passé un an. « Micro-brasserie, Fab-Lab (atelier de fabrication numérique) ou résidence d’artistes pourraient ainsi venir s’agréger aux activités qui existent déjà sur une partie du site, sur lequel vivent encore quelques 350 personnes. Trois écoles, un gymnase ou encore une imprimerie sont déjà dans les murs rouges des bâtiments construits dans les années 1930 par des architectes tchèques ». Une nouvelle utopie, affirme le journal, pour une cité jardin qui en a sous la semelle.

Via Le point

 

Art Brut

« Tout a commencé avec un phallus. Dans la nuit du 19 au 20 septembre dernier, un street-artiste a réalisé le dessin d’un pénis (au repos) sur le mur du collège de Saint-Gilles, dans ce quartier très fréquenté de Bruxelles. Alors qu’un sexe féminin puis un acte de pénétration faisaient également leur apparition sur certains bâtiments de la ville, la RTBF – qui a mené l’enquête – expliquait que ces fresques étaient, sans doute, l’oeuvre d’une seule et même personne. » L’Huffington post revient sur cet anonyme, une brute sans doute, qui a couvert certaines des lettres d’une publicité Zanussi, de façon à transformer le nom de la marque en une partie de l’anatomie souvent lancée à la figure de ces personnes que l’on n’estime guère.

Via The Huffington Post

 

L’adieu aux brutes

Tout fout le camp décidément dans la capitale, où un ancien hôtel de passe vient d’être converti en espace de travail partagé – encore un hébergement perdu pour le tourisme people ! Laisse les péniches à Sarcelles et vient donc à Paris, dans le quatrième site de ce genre pour la société Remix. De l’ancien établissement « spécialisé dans l’éducation anglaise » au bureau branché, des permanences subsistent, que nous révèlent les fondateur de la société. Ainsi,« Notre métier, c’est de créer du lien entre nos 300 membres », membres que l’on espère pleinement actifs. Ou encore « chez nous, les hommes en costards côtoient d’autres en survêtement » et combien en peignoir ? « Si la moquette du troisième étage est épaisse, c’est pour que ceux qui le souhaite puissent se mettre pied nu ». Bien sûr, honnit soit qui mal y pense dit-on chez les anglais. « Chez Remix, les bureaux classiques sont bannis, remplacés par de grandes tables de travail. Cinq salles de réunion ont été créées ainsi qu’un studio d’enregistrement de musique et même une salle de cinéma » avec une programmation que l’on s’attend à voir classée dans les dernières lettres de l’alphabet, pour des films faisant la part belle au passage de la maison close à l’open space. « Masqué depuis des décennies par trois faux plafonds, le plafond d’origine couvert d’une peinture dorée appliquée à la main dans un style néogothique, brille à nouveau de tous ses feux dans la salle du rez-de-chaussée ». Quand renait ce décor éculé, même mes carpes font brutes.

Via Le Parisien 

 

Olivier Namias

L’architecture, poison ou remède … : la revue de presse du 20/09/2016

L’architecture, poison ou remède … : la revue de presse du 20/09/2016

L’architecture, poison ou remède? Un escalier pour rien à New York, la compétence d’architecte encadrée ou libéralisée. 

Thomas Heatherwick_revue de presse
Thomas Heatherwick – The Vessel, New York

 

Ouille?

Les mauvais bâtiments peuvent-ils altérer notre santé mentale ? Le quotidien britannique The Guardian tente d’élucider la question en compilant forces études. Réponse : c’est compliqué… Des chercheurs ont découvert que les habitants des villes avaient 21% de chance de plus de sombrer dans des troubles d’angoisses – quand aux troubles de l’humeur, ils seraient supérieur de 39% chez les citadins. Derrière ces recherches, une tentative pour évaluer l’impact des villes sur la santé et trouver des moyens d’améliorer l’environnement urbain dès sa conception. Layla McCay, directrice du centre pour l’urbanisme et la santé mentale, a isolé plusieurs éléments dont elle pense qu’ils influent positivement : l’accès à la nature et aux espaces verts facilitant l’activité physique comme l’interaction sociale, et des espaces de vie et de travail qui donnent un sentiment de sécurité. Il fallait un Think Tank pour apprendre ça ! Sus au béton alors? Halte là, car les bâtiments décriés de la période dite « brutaliste » ont souvent des qualités que l’on recherche dans les écoquartiers ou autres avatars du green urbanism : des espaces piétons, des balcons, de la verdure ou l’on socialise en se relaxant, comme au Barbican Center, qui passe pour être un des bâtiments les plus laids d’Angleterre aux yeux de la vox populi . Et des rapports prouvent que l’insécurité a plus à voir avec les carreaux et les vitres cassées qu’avec l’architecture elle même… Là encore, on s’en serait un peu douté. Après avoir discuté du bénéfice mental – ou non – des centres commerciaux, l’article conclut « la génétique, les premières expérience vécues, les relations familiales et les positions sociales ne peuvent être traitées par l’urbanisme », explique McCay, « mais ce dernier peut et doit jouer un rôle, comme il le fait déjà pour les désordres physiques, qui ont aussi des causes complexes ». Bref, c’est compliqué. 

Via The Guardian 

 

Aïe !

Pour Marwa al-Sabouni, le doute n’est plus permis : l’architecture et l’urbanisme – comprenez, apparemment « moderne » – a alimenté la guerre civile syrienne et couté la vie à des milliers de gens. Bloquée à Homs au milieu des combats, cette jeune architecte proche du philosophe conservateur Roger Scruton a développé sa thèse via un livre « The Battle for Home », et un TED talk visionné 600 000 fois. « L’endroit a favorisé l’agressivité et le désir de vengeance », affirme al-Sabouni, qui tempère toutefois son propos « bien sûr, je ne dis pas que l’architecture est la seule raison de la guerre, mais d’une façon très nette elle a accéléré et entretenu le conflit ». L’architecte imagine déjà la reconstruction et présente des croquis évoquant l’Habitat 67 de Safdie à Montréal. Un moderne humain?

Via The New York Times 

 

Mmh!

S’il est des convaincues que l’architecture peut avoir une influence, voire une influence bénéfique, ce sont les universités américaines. Au Canada comme aux USA, elles investissent des sommes importantes dans de vastes bâtiments high-tech, avec la conviction que ces architectures favorisent l’esprit d’entreprise et l’innovation. « Des exemples ? Cornell Tech, à New York ; les Lassonde Studios à l’université de l’Utah, à Salt Lake City ; le Bergeron Centre for Engineering Excellence de l’université York, à Toronto ; The Garage, à la Northwestern University d’Evanston, dans l’Illinois ; ou encore le Visual Arts Building de l’université de l’Iowa, à Iowa City ». Une liste bien fournie d’édifices d’où les salles de cours et les bureaux enseignants ont disparu, remplacé par des espaces « modulables et multifonctionnels qui tiennent plus de l’atelier que de l’amphithéâtre », remarque Courrier international. Le modèle de ces espaces : le garage de Steve Jobs, abrité dans une architecture éclectique : « Du point de vue purement esthétique, ils ne se ressemblent pas vraiment. La sobriété et l’élégance du Bloomberg Center de Cornell Tech n’ont pas grand-chose à voir avec la rusticité industrielle du Garage de la Northwestern University, pas plus qu’avec les modules design des Lassonde Studios ». L’ « efficacisme », style architectural favorisant l’esprit entrepreneurial, reste donc à découvrir.

Via The New York Times via Courrier international 

 

L’escalier pour?

En 1971, Led Zeppelin inaugurait un escalier pour le paradis. Signe d’une époque désorientée, au 21e siècle, les architectes font des escaliers vers nul part. On se souvient notamment de l’escalier belvédère de Saunders architecture, de l’anneau rouge béton de Supermachine studio en Thaïlande, ou des parcours labyrinthiques imaginés par dRMM studio pour le festival de design de Londres. Jamais, cependant, aucun de ces projets n’avait atteint la taille du « Vaisseau », sculpture à 150 millions d’euros reconstituant en négatif le tiers inférieur d’une pomme de pain agrandie 100 fois aux moyens d’escaliers. Dessinée par Thomas Heatherwick, auteur du pavillon britannique à l’exposition de Shanghai 2010, pour le compte du milliardaire new yorkais Stephen Ross, elle devrait prochainement être installée dans un square de la Big Apple. Des ateliers de Montefalcone (Italie) ont déjà commencé à construire ce que certains comparent aux alvéoles d’une ruche, d’autres une jungle gym (aire de jeu sportive). Le promoteur du projet y voit plutôt un ascenseur social. Que penser de la vue de centaines de promeneurs arpentant ce dédale escherien ? Cela favorisera-t-il leur santé mentale ? 

Via the New York Times 

 

Condamné

« […] L’ensemble du bâtiment est à démolir et à reconstruire selon les règles de l’art… Le prestataire a agi comme maître d’œuvre, maître d’ouvrage délégué, service de contrôle et de suivi et exécutant comme entrepreneur, toutes choses non conformes à l’éthique, à la déontologie et à la législation en vigueur relative à la profession d’architecte ». Sévère condamnation de l’architecte gérant de l’agence ASA-SARL, inculpé au motif qu’en sa qualité d’architecte urbaniste, il s’est attribué les compétences d’un entrepreneur qu’il ne possède visiblement pas. « L’infrastructure est penchée carrément du début à la fin sur un côté sur quelques mètres, et des matériaux utilisés n’étaient pas adaptés. Le travail d’un entrepreneur du dimanche » remarque un témoin. L’architecte fautif a été inculpé pour faits d’escroquerie au préjudice de la Société des boissons et eaux minérales par le juge du 2e cabinet d’instruction du tribunal de la Commune IV du district de Bamako. On ne rigole pas avec le titre d’architecte, au Mali !

Via Mali Actu 

 

Absout

Vérité en deça du Niger, mensonge au-delà. L’architecte malien condamné par le tribunal de Bamako aurait sans doute mieux fait de naitre dans « un pays dont tous les citoyens sont à la fois architectes et ingénieurs en génie civil ». Cette nation, c’est la Tunisie, selon ArcFly. La blogueuse Hajer Zarrouk profite d’un post ironique posté sur le compte facebook de cette grande agence américaine pour dénoncer l’anarchie urbaine qui règne depuis la révolution « Ce qui manque à ce pays c’est le cran : le cran de payer des chercheurs pour faire des études sociologiques et comportementales, le cran d’appliquer la loi à la lettre et sans aucune concession, le cran de décréter de nouvelles lois exemplaires qui toucheront sévèrement aux biens et au portefeuille du Tunisien et qui le dissuaderont de tuer son pays à petit feu (comme il est en train de le faire maintenant). »

Via Nawaat 

 

Olivier Namias

Enregistrer

Enregistrer

Furoncle sur la Tamise, Wilmotte… : la revue de presse du 13/9/2016

Furoncle sur la Tamise, Wilmotte… : la revue de presse du 13/9/2016

Furoncle sur la Tamise; Tout plus sûr avec Wilmotte; Patrik Schumacher voit le futur; Embrouille chez les burners; Panier à prendre au USA.

panier_batiment_revue de presse_NBBJ

 

Motivé

Radieux Jean-Michel Wilmotte lors de l’interview que lui a accordé Le Parisien. A 68 ans, l’architecte « a conscience d’avoir de la chance de conduire autant de beaux projets dans Paris » – dans le désordre et sans être exhaustif, la Halle Freyssinet, le Lutetia ou la très bulbeuse cathédrale orthodoxe russe, pointant ses cinq oignons dorés dans le ciel francilien. S’il voit dans Réinventer Paris l’équivalent d’une sorte de psychanalyse de groupe, « l’occasion de faire un point sur l’état d’esprit et la philosophie des architectes à un moment donné » là où l’on pensait qu’il s’agissait plutôt de projets, Wilmotte ne manque pas d’idées pour la capitale. Il veut de la lumière électrique dans la Pyramide du Louvre, déplacer la grande roue, et encore d’autres sujets qu’il aborde avec « toujours avec la même motivation ». S’il trouve ses propres projets « magnifiques » ou « sublimes » Wilmotte n’est pas toujours tendre pour ses confrères. En témoigne cette critique aux accents sécuritaires de la place de la République, qu’il juge « intéressante et bien traitée » mais « incontrôlable, générant des difficultés pour la sécurité et l’ordre public ». Une bonne façon de proposer ses services dans un climat de peur et d’angoisse rampante, une attention pour la sécurité qui tourne à l’obsession ou au matraquage… commercial. « On aura des contrôles et des sécurités partout. C’est un projet magnifique », explique l’architecte à propos de son intervention Gare du Nord, qui se positionne sans fard sur un créneau pouvant garantir la sécurité, de la commande, à défaut du reste.

Via Le Parisien 

 

Paramétré

« Comment vivre l’après Zaha Hadid ? », a demandé en substance The Guardian à l’avenant Patrik Schumacher. L’ex-associé de l’architecte Anglo-Irakienne disparue en mars dernier a répondu en exposant au quotidien anglais sa feuille de route pour l’avenir. « La passion insatiable et infectieuse de Zaha pour l’architecture, son perfectionnisme infatigable nous manque » explique Schumacher, « mais j’ai découvert que ma propre volonté et ma propre passion pour l’architecture et le progrès de notre discipline – joint à l’enthousiasme et au dévouement de nos équipes – pouvaient nous propulser toujours vers l’avant sans perte d’inertie ». En marche, donc, l’architecte se lance sans surprise dans un plaidoyer pour le paramétrique, dont il est l’un des apologues les plus fervents, et qui semble rimer chez lui avec coup de trique, et pas seulement pour sa tolérance à l’envers de ses dictateurs clients. Rare partisan du Brexit chez les architectes, ancien trotskiste converti au libéralisme sauvage, Schumacher voit dans le paramétrisme rien de moins que le style architectural du capitalisme, proposant à ses confrères d’adopter d’urgence ce style et sans doute les idées qui vont avec. « Si j’étais un financier susceptible d’investir dans votre produit, comment arriveriez-vous à me convaincre ? » a demandé à Parametric Pat le journaliste Rowan Moore. « Ce n’est pas aussi facile que ça, on ne peut pas le résumer aussi simplement », a répondu l’architecte embarrassé. « J’avais l’impression d’avoir donné à Rowan plus d’arguments que ce qu’il rapporte ici, je suppose que ça n’a pas cliqué » a réagit Schumacher sur Facebook après la publication de l’article. Vivement des journalistes paramétriques.

Via The Guardian 

 

Burner

Un campement de 70 000 personnes, déconnecté des réseaux et qui s’entoure progressivement de murs : non, vous n’êtes pas dans une version XXL de la jungle de Calais, mais à Burning man, une zone autonome temporaire ou l’on peut goûter la folie et la liberté totale pendant une semaine, pour la modique somme de 1300 euros minimum, selon des estimations prenant en compte le ticket d’entrée, le coût du véhicule, tente, etc. Né sur une plage de Californie, le festival implanté depuis dans le désert du Nevada cherche à garder son esprit contre-culture malgré une fréquentation en hausse constante, la part de festivaliers huppé augmentant mathématiquement avec la population des burners. Le débat est récurrent depuis plusieurs années, alors que les rois de la Silicon Valley et célébrités y débarquent en fanfare. Marc Zuckerberg, PDG de Facebook, s’y est rendu en 2012, descendant d’hélicoptère pour faire griller des sandwichs au fromage avec des burners. La tension est montée d’un cran avec l’attaque d’un sous-campement à 25 000 $US, dont la rumeur dit qu’il serait financer par le fils d’un oligarque russe. Un plainte a été déposée à la police, qui normalement n’entre pas dans le campement. « C’est logique que vous ayez été sabotés, car votre camp est fermé et pas accueillant » aurait répondu un des organisateurs à l’un des responsable site attaqué, baptisé White Camp. La contre-culture n’a pas encore succombé aux charmes de la gated community.

Via Le Monde 

 

Malin au panier

Tout est plus grand en Amérique : l’adage connu de tous a été maintes fois confirmé par la réalité . Ainsi à Newark, Ohio, se dresse un panier 160 fois plus grand que la normale. Muni de fenêtres et de sept niveaux de plancher, ce canard de 1997 dessiné par l’agence NBBJ concrétise le rêve de Dave Longaberger, qui voulait installer le siège de sa compagnie dans un immeuble à l’image des paniers tressés qu’elle fabriquait. On ne peut pas nier la force publicitaire de l’édifice, malheureusement insuffisante pour enrayer la chute des ventes, passées de 1 milliard d’US$ dans les années 1970 à 100 millions en 2012. Résultat : l’entreprise brade son plus gros modèle, soldant pour 5 millions d’US$ un panier qui en avait couté 32 à fabriquer, et qui devrait en valoir le double au prix actuel du marché immobilier. On en apprend un peu plus sur ce bâtiment mondialement célèbre à l’occasion de la vente : ces parois en bois sont percées de fenêtres qui éclairent généreusement un espace intérieur qui n’a rien de « panierique (baskety)». « Rien ne vous rappelle que vous êtes dans un panier. Vous avez plutôt le sentiment d’être dans une belle tour de bureau » explique l’agent immobilier chargé de la vente. Tout ça pour ça… Les anses posent de nombreux problèmes : chauffées pour éviter l’accumulation de neige, la peinture qu’on y applique s’écaille. « On pourrait les enlever » explique l’agent qui envisage des changements de programme pour vendre son embarrassant panier dégarni. Mais la forme architecturale limite les possibilité d’évolution. « Je suis sûr qu’un bon architecte pourrait trouver une moyen de le repeindre pour qu’il ne ressemble plus à un panier » estime l’agent. Et pourquoi pas une surélévation en forme de victuailles?

Via The Chicago Tribune

panier_batiment_revue de presse_NBBJ

Lauriers doux et amers

Qui connait de ce côté-ci de l’Atlantique ZGF architects et Westlake Reed Leskosky ? Devançant la plus familière SOM, Skydmore Owen Merrill, ces agences ressortent en tête du classement 2016 des 50 plus grandes agences des USA établi par l’ordre des architectes américains à partir d’un questionnaire multi-critères. Bonne nouvelle, près de 80% des agences recensées ont connu une hausse de revenu en 2015, mais seules 1/3 de ces structures proposent un intéressement à leurs employés. Combien de ces 50 grandes agences ont reçu la Carbuncle Cup, Prix du Furoncle organisé par le magazine Building Design ? C’est une information absente qui mériterait de figurer dans le classement. Pour 2016, le gagnant du prix que l’on tremble de recevoir est l’agence BUJ, qui l’emporte avec le Lincoln Plaza, ensemble de logement décrit comme un « bazar indescriptible » par les membres du jury. Le promoteur Galliard a beau vanter « les vues à couper le souffle, des services de première classe, un habitat superlatif dans un site de rayonnement international » , les jurés du prix y voient plutôt « l’incarnation architecturale du mal de mer, des vagues de nausées congelées dans des gaines de verre et d’aluminium de couleur qui, lorsqu’on les contemple trop longtemps, suscitent le malaise, l’inconfort, et chez les plus malchanceux, un renvoi du déjeuner aussi inévitable que des flaques d’eau après l’orage ». Affaire de point de vue : la nausée est souvent dans l’œil du regardeur !

Via the Architect Magazine  et Building Design 

batterse_Carbuncle Cup_revue de presse

 

Olivier Namias

Tours du monde, virtuel contre réel … : la revue de presse du 06/09/2016

Tours du monde, virtuel contre réel … : la revue de presse du 06/09/2016

Tours du monde, virtuel contre réel, ces promoteurs qui honnissent les chartes, Barragan en diamant, bâtiment : le plus moche bientôt couronné

renzo piano

 

Haut c’est trop

Des Londoniens, nous pensions qu’ils adoraient les gratte-ciel qui prolifèrent sans trêve dans leur ville et en hérissent l’horizon chaque jour un peu plus. 400 sont dans les tuyaux des promoteurs et promettent de s’ajouter à un parc déjà bien fourni. L’opinion publique, plus que le ciel, pourrait être la limite. Un sondage Ipsos Mori effectué auprès de 504 Londoniens à la demande du groupe anti-hauteur Skyline Campaign indique que 49 % des personnes interrogées estiment le nombre de projets de tours trop élevé. Par ailleurs, 73 % des sondés aimeraient avoir leur mot à dire sur les tours à venir, qu’ils estiment pour 60 % d’entre eux construites au bénéfice principal de riches étrangers, et souhaiteraient voir la construction de bâtiments de grande hauteur limitée à certains quartiers de la ville comme la City ou Canary Wharf. Quels types de chantiers préféreraient enfin voir les sondés ? Du logement abordable avant tout, éventuellement conçu en relation avec son environnement immédiat. La fin du fuck context ?

Via Dezeen

étude ipsos 

 

« Plutôt élevé »

Sentant le vent tourner sur la Tamise, les promoteurs deviennent prudents. L’année dernière, l’action de Skyline Campaign avait réussi à ramener le projet de Piano sur la gare de Paddington de 72 à 18 niveaux — une rude mutilation pour les pauvres investisseurs partis à la conquête de l’eldorado immobilier londonien. D’où une communication évanescente sur les projets en cours d’étude. L’agence SOM confirme que le futur gratte-ciel qu’elle conçoit pour le compte d’un fond hong-kongais à proximité du Gerkhin sera « plutôt élevé » (quite tall). Et sans doute construit en « un certain temps », plus ou moins égal à celui que le fût du canon de Fernand Raynaud mettait à refroidir.

Via Building Design 

 

Pixelisons, c’est la solution

Plutôt que de cacher ses plans honteusement, SOM pourrait s’inspirer du design de la MahaNakhon tower d’OMA à Bangkok, qui « vient d’être inaugurée dans une ambiance ultra festive comme la Thaïlande sait si bien le faire ». Ce n’est pas la taille qui frappe dans ce bâtiment, reporte radio-Monaco, mais son aspect qui donne « l’impression de vous trouver dans un jeu vidéo un peu trop pixelisé », une sorte de Tétris ou de quartier fait sur MineCraft. « Mais non, cette tour de verre, qui semble faite de pixels, et à laquelle il semble manquer des morceaux, est bien réelle. » Un design qui détourne l’attention et fait oublier la hauteur d’un bâtiment, c’est peut-être la solution : une réactualisation des tactiques de camouflage « razzle-dazzle » utilisées par la marine britannique avant l’invention du radar.

via Radio-Monaco 

 

Effacés

Ultime solution pour gagner en discrétion : disparaître en s’effaçant purement et simplement, une option qui n’est pour l’instant possible que sur la toile. Le Financial Times révèle que de nombreuses personnalités ont fait disparaître leurs propriétés de Google Street View. Paul McCartney, Tony Blair ou Jimmy Page ont fait flouter les images de leur résidence, faisant valoir un droit de rectification accordée à tout à chacun par la firme de Mountain View. Mais selon le quotidien économique britannique, des petits accords entre GAFA ont permis à Marc Zukerberg de faire totalement disparaître sa maison de google drive, tandis que l’interdiction de la Google Car dans certaines gated community huppées a fait s’évaporer du territoire les maisons de Kim Kardashian, Justin Bieber et Jennifer Lopez. Surexposition publique, ultra invisibilité privée…

via 20 minutes 

 

Pokenon !

Au-delà de son aspect anecdotique, ce floutage est révélateur des problématiques que pose le virtuel au réel en matière de propriété. Le succès du jeu Pokemon Go a fourni un autre exemple de conflit. Alors que les responsables de chantiers s’inquiétaient de l’intrusion sur leurs sites de chasseurs de Ratatak peu au fait des procédures de sécurité, le maire de Bressolles, une commune de 800 habitants dans l’Allier avait pris un arrêté visant l’interdiction des Pokémons dans son village. Des demandes similaires ont été formulées à Hiroshima, Auschwitz, Douaumont, et autres lieux sensibles. Jusqu’à présent, l’éditeur du jeu a choisi d’inclure un maximum de points d’intérêts (opt-in) laissant un droit de retrait à qui en ferait la demande (opt-out). Dans un article très complet, le blog S.I.Lex fait le point sur la question. Serait-il possible d’interdire l’implantation d’un pokestop sur sa parcelle, en invoquant une extension virtuelle du droit de propriété, qui prévoit qu’on possède son terrain du centre de la Terre jusqu’aux confins du ciel ? Les droits d’auteurs sont aussi concernés, l’inclusion d’images pouvant être considérée comme l’utilisation de bâtiments à des fins commerciales, ouvrant ainsi le droit à une rémunération. Le monde réel ne devrait-il pas être supprimé, tant il complique la vie du monde virtuel ?

Via S.I.Lex 

 

Luis, mon bijou !

Même avec ses minecraft, pokestop et google car, la fiction n’égalera jamais l’inventivité de la réalité. Quel cerveau de la Silicon Valley ou, à défaut, quel scénariste d’Hollywood ou quel historien de l’architecture aurait pu imaginer que les cendres de l’architecte mexicain Louis Barragan deviennent le diamant ornant une bague de fiançailles ? Certes, le procédé consistant à compresser du carbone pour le transformer en diamant est connu de longue date et presque banal. L’histoire qui mène à cette transformation l’est beaucoup moins : un feuilleton abracadabrant, où l’on retrouve en première ligne l’artiste contemporaine Jill Magid, des héritiers en colère, l’épouse d’un célèbre fabricant de mobilier de Weil-am-Rhein… Pour comprendre les tenants et les aboutissants de cette histoire se situant entre le roman Arlequin, la série Dynasty et la programmation d’un FRAC, mieux vaut se reporter à l’article de Slate qui la relate, et promet déjà un prochain épisode.

Via Slate 

 

Tout mais pas charte !

« Tu la signes quand ma Charte de la construction ? » demandent quarante villes aux promoteurs appelés à construire sur leur territoire. « Jamais ! », répondent ceux-ci avec le soutien du représentant de l’État. La Fédération des promoteurs immobiliers et le préfet d’île de France jugent illégaux ces accords non obligatoires fixant des règles pour améliorer les constructions. Les Chartes prévoient, entre autres, des plafonds de prix, des niveaux de performances énergétiques ou un regard sur la qualité architecturale du bâtiment. Mais elles freineraient la construction, disent les promoteurs immobiliers qui ne veulent pas se voir imposer de nouvelles normes. Quarante élus franciliens plutôt marqués à gauche s’insurgent de la « complaisance de l’État vis-a-vis de ceux qui prônent une libéralisation totale du secteur », affirmant que « ces chartes sont un outil pour développer les villes de façon équilibrée sans céder aux sirènes du tout logement ».

Via L’humanité 

 

Piano au créneau

« Nous sommes les héritiers indignes d’un grand patrimoine. Indignes, car nous ne le protégeons pas. La surdité est coupable. Devant de telles catastrophes, on ne peut pas invoquer la fatalité », explique Renzo Piano dans les colonnes du Corriere della Sera à propos du récent tremblement de terre qui a frappé la région d’Amatrice. Craignant le prochain tremblement de terre, Piano fait de la mise en sécurité du territoire un devoir civil, politique et moral. Il suggère la construction de maisons bois à 600 euros du m2 à proximité des villes frappées, pour ne pas éloigner la population de ses lieux de vie, suivi de la reconstruction des quartiers détruits. Sur le long terme, celui qui est depuis 2013 sénateur à vie de la République italienne propose en priorité la consolidation des écoles et des hôpitaux ; la mise aux normes antisismiques du patrimoine privé devant être encouragée par des aménagements fiscaux. Le calendrier de mise en conformité s’étalerait sur le long terme « ça ne se fera pas en deux ans. Il faut voir ça sur deux générations, ou plus ». Comme on dit au-delà des Alpes, « Chi va Piano… »

Via The Huffingtonpost.it 

 

archi-moche ?

Qui sera le plus moche de 2016 ? Comme chaque année, le journal Building Design s’apprête à décerner la Carbuncle Cup, le prix du furoncle attribué au bâtiment le plus laid livré au Royaume-Uni. L’édition précédente avait couronné le « Talkie Walkie », une tour de l’architecte Viñoly qui avait défrayé la chronique pour sa fâcheuse tendance à se comporter comme un four solaire et brûler les objets placés dans son voisinage. Les nominés de la nouvelle édition comprennent des monstres architecturaux — l’énorme « nid de banquiers » dessiné par l’agence Make architects — une tour de logement et un centre d’affaires coloré, une université à la peau torturée, et une plus banale église méthodiste, affligeante d’une banalité qui nous est aussi familière de ce côté de la Manche.

via The Guardian 

 

Olivier Namias

Enregistrer

Koolhaas, Crasset, Starck… :  la revue de presse du 24 mai 2016

Koolhaas, Crasset, Starck… : la revue de presse du 24 mai 2016

Archi millionaire et SDF au bureau : Koolhaas, Crasset, Starck…

 

revue de presse
in Le Parisien

 

Blindé

« Toutefois, j’ai du mal à vous suivre sur la solution que vous recommandez », écrit Laurence Parisot à Libération en réponse à l’appel du quotidien à limiter la rémunération des dirigeants du CAC 40. Pourquoi ? Entre autres parce que « ce principe ne s’appliquerait qu’aux entreprises cotées. Donc, un gérant de cabinet d’architecte qui gagne plus de 2 millions d’euros et qui fait travailler une bande de stagiaires mal rémunérés ne serait pas concerné », affirme sans crainte de la caricature l’ancienne présidente du MEDEF, qui dit voir dans le poujadisme une menace sur la société. D’après l’observatoire de la profession établi par le Conseil national de l’ordre des architectes (CNOA), le revenu moyen d’un architecte avant impôt est de 33 234 euros par an (chiffre 2013), et selon le classement établi par le magazine d’a, seules 212 des 11 000 agences françaises déclarent un résultat supérieur à 2 millions d’euros. Encore s’agit-il de chiffre d’affaires de l’entreprise, pas de son bénéfice, et encore moins du salaire des dirigeants, souvent associés. Une question reste en suspens : Mme Parisot a-t-elle lancé un chiffre au hasard, ou s’est-elle inspirée d’une personne qu’elle a rencontrée dans la vraie vie ?

Vu sur Libération, le 19 mai dernier

 

Affaires à faire

Si l’envie lui prend d’investir une année de son salaire dans l’immobilier, notre architecte millionnaire pourra se porter acquéreur de la première œuvre de son confrère Philippe Starck. Baptisée maison Le Moult en « en l’honneur de son tout premier propriétaire, cette demeure de 350 mètres carrés, qui fut la première construite par Philippe Starck en 1987, se situe au cœur de l’île Saint-Germain à Issy-les-Moulineaux, dans les Hauts-de-Seine. Elle se compose de 9 pièces et d’un terrain de 150 mètres carrés, et se distingue par ses grands volumes, son ponton privatif sur la Seine et ses deux escaliers semblant dessiner les pattes d’un sphinx (d’où l’idée de Starck de la surnommer le “Sphinx à deux faces”) » apprend-on sur le site Konbini, qui communique également le prix cette icône inconnue de l’architecture : 2 050 000 €. Il ne s’agit en fait que d’un prix de départ : le bien sera adjugé au plus offrant à travers une sorte de système d’enchères, détaille le Figaro. Pas dit que l’architecte de Mme Parisot arrive à suivre.

http://www.konbini.com/fr/inspiration-2/maison-philippe-starck-encheres/

vu sur Le Figaro, le 17 mai dernier

 

Archimal

De toute façon, « l’architecture a un sérieux problème aujourd’hui » — c’est le chef de la profession, le number one Rem Koolhaas qui l’avoue sans fard au détour d’une conversation avec le doyen de l’Harvard Graduate School of Design. Rem, qu’on a connu plus synthétique explique le malaise par plusieurs facteurs : le manque d’appétence pour la contradiction, le rythme trop lent du métier qu’il faudrait compenser… Et pour lui, une architecture forte n’est pas le fait de l’architecte tout seul : elle est due pour moitié à l’ingénieur. Va-t-il falloir bientôt partager les Pritzker ?

vu sur Co.Design, le 21 mai dernier

 

n’habite plus au bureau indiqué

Dans la même interview, Koolhaas exhorte également les architectes à s’engager socialement. Sept étudiants de l’INSA (Institut national des sciences appliquées) et de l’école d’architecture de Toulouse ont anticipé le conseil de leur aîné. Ils proposent d’installer des modules dans les bureaux vides, une « sorte de seconde peau, montable et démontable en quelques jours » pour héberger des migrants ou des SDF. La solution pourrait aussi être envisageable dans les bureaux en cours de commercialisation, le propriétaire trouvant son compte dans la perception d’un loyer et l’occupation des lieux, garantie contre le vandalisme et le squats. Baptisé Instant Modular Home, ce projet d’étudiants pourrait être prochainement transformé en entreprise.

vu sur Le Monde, le 21 mai dernier

 

Kiosque amer

« Poubelle » ou « Gros conteneur », voilà les métaphores qu’inspire à certains élus du conseil de Paris le look des futurs kiosques à journaux de la capitale. Grogne chez les élus, pas consultés sur le sujet ou sommés d’approuver un changement sans qu’on leur ait présenté aucune esquisse. Pour faire taire la bronca, Bruno Julliard, premier adjoint à la mairie, a mis en avant l’identité de l’auteur de cet objet de discorde : Matali Crasset, «l’une des designeuse française les plus reconnue au monde, a signé ces nouveaux mobiliers urbains». Quid des anciens édicules de presse et en forme de module d’alunissage digne d’Archigram – structure en tube d’acier chromé, connecteurs sphériques et panneaux plexi fumés – dessinés par André Schuch en 1980 ? Leur destin est-il de finir à la benne? A quand une commission « touche pas à mon kiosque » lancée par des élus nostalgiques et soucieux de tous les patrimoines parisiens ?

vu sur Le Parisien, le 12 mai dernier

 

Olivier Namias

Viñoly, Portzamparc, Snøhetta… : la revue de presse du 17 mai 2016

Viñoly, Portzamparc, Snøhetta… : la revue de presse du 17 mai 2016

revue de presse_17052016
SFMOMA par Snøhetta

Confessions

« Il y a quelques merdouilles (it has a couple of screw-ups) » a admis Rafael Viñoly évoquant des malfaçons sur sa tour du 432 Park Avenue, l’un de ces nouveaux gratte-ciel pour super-riches qui crèvent la skyline de Manhattan. L’architecte uruguayen présentait son bâtiment de 96 niveaux et 426 mètres de haut lors d’une conférence organisée par des promoteurs. En cause, notamment, six fenêtres carrées de 10 pieds (environ 3x3m) à chaque étage, qui transformeraient les appartements en serres tropicales. « C’était l’idée d’Harry », a dit l’architecte en montrant presque du doigt son maître d’ouvrage, le promoteur Harry Macklowe. Peut-être, mais ce n’est pas le premier problème de Viñoly avec les ardeurs de l’astre solaire : son immeuble de bureau londonien, surnommé le talkie-walkie par la population locale, avait littéralement mis le feu aux véhicules stationnés sur le parking voisin. La façade incurvée concentrait les rayons à la façon d’un four solaire. « Nous avions fait beaucoup d’erreur sur ce bâtiment », avait dit l’architecte. Faute avouée, à moitié pardonnée ?

vu sur Dezeen, le 11 mai dernier 

 

Celui-là

Décidément désireux d’en découdre, Viñoly ne s’est pas contenté d’égratigner ses promoteurs. Il s’en est pris à ses collègues, passant de la contrition à l’offensive au cours de la même conférence : « Quel est le nom de ce bâtiment fait par ce type français ? Il aurait été bien mieux sans toutes ses vitres. Je pense que c’est un bâtiment absolument horrible ». Qui c’est celui-là? Transmis au French Guy, Christian de Portzamparc, qui appréciera cette description synthétique de sa tour du One 57 sur la 57e rue.

Toujours sur Dezeen, le 11 mai dernier 

 

SFMOMA vs SFMOMA

Pendant que Viñoly éreinte son monde à New York, on inaugure un musée sur la Côte Est. Frédéric Edelmann a visité l’imprononçable SFMOMA (San Francisco Museum of Modern Art) à quelques jours de son ouverture au public. L’occasion pour le critique d’architecture du quotidien Le Monde de confronter les –otta et les –etta, soit Mario Botta, architecte tessinois du premier SFMOMA construit en 1995, et Snøhetta, agence norvégienne qui construira d’ailleurs le futur siège du Monde. La comparaison n’est pas à l’avantage du musée originel, icône post moderne vieillissante qui présente pour Edelmann « l’embonpoint d’un temple khmer » totalement dépourvu d’élégance. L’éclairage « zenithophile » bottien jette dans les salles de l’ancien musée l’ambiance d’un tombeau passablement triste, juge le critique, préférant les nouvelles ouvertures latérales imaginées par les Norvégiens. Comparant l’accroche de l’extension sur l’existant à « un gros cocon oblong et ventru, qui s’accroche en en dévorant un morceau, au bâtiment initial », Edelmann rejoint cependant ses confrères américains, qui ont qualifié le bâtiment de «paquebot», «grosse meringue» ou encore «d’iceberg». Cette masse forme-t-elle au moins un «beau tas» ? La question reste pour l’instant sans réponse…

Frédéric Edelmann, « un cocon blanc pousse sur le SFMOMA », Le Monde, 10 mai 2016.

 

Déçu

L’architecte Pablo Katz n’est pas revenu enthousiaste de sa visite du Wilhelmsburg Centre, quartier innovant réalisé dans le cadre de l’IBA 2013 (Exposition internationale du bâtiment) à Hambourg. « L’innovation technique n’a pas produit de qualité urbaine ni architecturale », constate Pablo Katz, qui voit dans le quartier une réussite en terme de communication, et un échec du point de vue du projet social. Plus fâcheux, les défaillances de l’Algenhaus, une maison dite intelligente devenue l’une des attractions de l’IBA, grâce à ses panneaux de verre intégrant la culture d’algue à l’édifice. Les algues qui devaient transformer la biomasse en chaleur se sont décomposées, émettant des gaz toxiques plutôt que de la chaleur. Lors du passage de Katz, les 129 panneaux étaient en cours de dépose ! Souhaitons plus de succès aux projets français explorant des systèmes similaires.

Lu dans le n° 23 de Construire! Tribune libre aux architectes, urbanistes et acteurs de la ville et du logement. Disponible sur demande par mail à construire.archi@gmail.com

 

Mayatown

En croisant des images Google earth avec le plan des constellations, un jeune canadien de 14 ans a découvert une cité maya inconnue à la barbe des archéologues les plus chevronnés. La nouvelle cité se trouve sur la pointe d’un triangle d’étoiles reporté sur le plancher des vaches. Les deux autres sommets sont déjà occupés par des villes antiques. Problème : les Mayas utilisaient leur propre système de constellations qui demeure largement inconnu, et n’a rien à voir avec le nôtre, hérité des traditions helléniques. Enfin, aucun archéologue fouillant la zone depuis plus de 20 ans n’aurait pu passer à côté de ce site de plus de 102 m2, aussi grand que Paris. Le carré vert perceptible sur les images satellites laissant supposer la présence d’une intervention humaine serait plutôt un champs de cannabis qu’une ville, expliquent les spécialistes, critiques sur la capacité des médias à propager cette information sans la vérifier. Un abus des substances tirées du carré vert maya chez nos confrères de la presse canadienne ?

 

Nouvelle star

Ne cherchez plus les cités Mayas dans les constellations ni l’étoile montante de l’architecture dans les palmarès NAJA ou autres prix de la première œuvre. L’architecte le plus prometteur de Paris s’appelle Félix Millory, nous révèle le cahier de tendance de l’obs, présentant celui qui, « à 30 ans pile, compte déjà parmi les architectes stars de l’hexagone », rien de moins ! Après des débuts comme stagiaire puis chef de projet chez Franck Salama, il se décide à voler de ses propres ailes lorsque Vanessa Paradis lui demande de refaire totalement son modeste pied-à-terre de 420 m2. Lâchant illico son CDI, il n’a rien eu à regretter, puisqu’il «jongle» aujourd’hui avec plusieurs projets de luxe « bien conçus, mais surtout pas à des tarifs absurdes » — presque un agenda social exposé par l’architecte à la journaliste Elvire Emptaz. « L’architecture, c’est comme un vêtement, il faut les bonnes proportions » explique aussi la future star dont rien ne semble entraver la marche vers le succès. Avertissement aux clients potentiels « On ne va pas voir Félix si on veut un appartement ultra coloré, son style est chic et épuré » Amateur d’ambiances typées «hacienda mexicaine» s’abstenir !

Vu sur le Nouvelobs, le 11 mai 2016

 

 

Olivier Namias